Résultats de recherche pour : techniques douces

Une écologie de rupture contre la société croissanciste

L’idée-clé de l’écologie politique, c’est la conscience aiguë que nous avons déjà dépassé les limites de la biosphère. Il faudra donc faire des efforts dans tous les domaines. Il ne s’agit pas d’écologie punitive, mais de soutenir une écologie de rupture. A ceux qui lui demandaient comment sortir de la crise, l’écologiste Teddy Goldsmith répondait en souriant : « Faire l’exact contraire de ce que nous faisons aujourd’hui, et ce en tous les domaines. »

Voici un exemple de rupture avec la société croissanciste :

Ce que défend un parti politique traditionnel # Ce que pourrait proposer un parti écologiste
1 Analyse simplificatrice de la réalité # Approche systémique des interdépendances avec la biosphère
2 Crise conjoncturelle, politique de court terme # effondrement de la civilisation thermo-industrielle
3 Priorité à la croissance et risque de récession/dépression # Maîtrise de la décroissance
4 Acceptation des inégalités de revenus # Revenu maximum autorisé
5 Appropriation privée privilégiée # Gestion collective des biens communs
6 Ecologie non punitive, soutien des intérêts à court terme # Ecologie de l’état d’urgence, garante du long terme
7 Dualisme homme / nature # Biocentrisme et écocentrisme
8 Ecologie superficielle, réparatrice # Ecologie profonde, éliminant les causes des dysfonctionnements
9 Priorité à l’économie, censé résoudre tous les maux # ressources naturelles, base de l’économie et des avancées sociales
10 Mythification du PIB, option quantitative # Priorité au qualitatif, IBED (indicateur de bien-être véritable).
11 Ignorance des limites biophysiques # Sens des limites matérielles et éthiques
12 Civilisation minière, extractiviste # Utilisation uniquement de ressources renouvelables
13 Alignement à gauche ou à droite # Ecologie au delà des divisions politiques traditionnelles
14 Loi du marché et individualisme # Lois de la nature et apprentissage du collectif
15 Règne de la concurrence et de la compétition # Apprentissage de la coopération et du partage
16 Marchandisation des rapports sociaux, culte de l’avoir # Valorisation des relations, des liens, de l’être
17 Mondialisation des échanges et libre-échange # Démondialisation, relocalisation, monnaies locales
18 Politique macroéconomique de relance # Politique de sobriété énergétique et de partage
19 Politique de l’emploi global # Politique de l’emploi utile
20 Salarisation et emplois publics # Augmentation de la part des profession indépendantes
21 Soutien aux grandes entreprises # Valorisation des artisans, paysans et PME
22 Soutien à l’agro-industrie, la monoculture # Agriculture biologique, polyculture/élevage
23 Priorité à la technoscience # Mise en œuvres de techniques douces, appropriées
24 Politique d’infrastructures, de grands projets # Rapprochement des lieux de vie, de travail et de loisirs
25 Option tout voiture # Dévoiturage
26 Politique d’allongement des études # Apprentissage court du savoir être et du savoir faire
27 Priorité à la spécialisation dans une société complexe # Formation à la polyvalence dans un système productif simplifié
28 Accentuation de la division du travail # Raccourcissement du détour de production
29 Allongement des circuits de distribution # Priorité aux circuits courts, alimentaires, biens et services
30 Prime à l’intérêt national dans négociations internationales # Vers l’union des peuples, nous n’avons qu’une planète
31 Politique militariste # Apprentissage de l’action non violente
32 Maintien de la force de frappe # Désarmement nucléaire unilatéral
33 Politique militaire interventionniste sur les théâtres extérieurs # Neutralité militaire de la France vis-à-vis de l’étranger
34 Journée d’appel et de défense # Initiation à l’objection de conscience
35 Assistance du berceau à la tombe # Recherche des solidarités de proximité
36 Politique familiale nataliste (allocations familiales, quotient…) # Neutralité de l’Etat, éducation à la capacité de charge
37 Etatisation, centralisation # Soutien à la formation de communautés de résilience
38 Politique de l’offre d’énergie (nucléaire et renouvelable) # Incitation à la réduction des besoins en énergie exosomatiques
39 Marché carbone # Taxe carbone avec prévision carte carbone (rationnement)
40 Soutien de la consommation par la publicité # Suppression de la publicité, indicateurs qualité/prix
41 Effet de mode, obsolescence programmée# Produits de base, réparables, recyclables…
42 Politique du spectacle (foot, société de l’écran…) # Loisirs de proximité avec contact physique direct avec autrui
43 Rupture entre EELV et les citoyens # Exemplarité des militants EELV dans leur comportement
44 Coupure entre EELV et les associations environnementales # Double appartenance (parti et associatif) du militant EELV
45 Electoralisme, recherche de postes # Faire évoluer les idées, formation d’un peuple écolo
46 Syndicat des élus, évolution clanique # Tirage au sort entre candidats à un poste
47 Bureaucratisation # Aucun cumul des mandats
48 Démocratie représentative restreint e# Représentation des acteurs absents (générations futures, non humains)
49 Démocratie participative diluée # Organisation de conférence de consensus
50 Alliance avec un parti croissanciste # Alliance avec des mouvements anti-productivistes
51 Autonomie contractuelle avec un projet vague ou non respecté # Si alliance, liberté totale de parole et de vote des écolos
52 Participation au gouvernement # … uniquement si on obtient le ministère de l’écologie
53 Primaire fermée sur un parti pour les présidentielles # Primaire présidentielle ouverte à un candidat EELV
54 Scrutin majoritaire pour les législatives # Nombre de parlementaires proportionnel au résultat de la primaire

Il vous suffit maintenant de constater que les deux schémas partisans sont opposés point par point ! Pour faciliter ton travail de commentaire, utilise la numérotation pour préciser ce sur quoi tu veux exprimer…

 

Eléments pertinents pour un vrai programme écologique

Au fil de nos lectures, nous avons recensé quelques indications pour un programme écologiste. Ci-dessous notre bimensuel Biosphere-Info qui récapitule des recensions de livre sur cette question cruciale. Si vous avez d’autres approches, complémentaires ou différentes, nous serions heureux d’en avoir connaissance. A mettre en commentaire, merci.
NB : vous pouvez vous abonner à Biosphere-Info, c’est gratuit, il suffit de nous écrire : biosphere@ouvaton.org

pour un programme écologique

Biosphere-Info 348 (1er au 15 avril 2015)

1971 Socialisation de la nature de Philippe Saint Marc
Ce serait une étrange erreur que penser conserver la Nature en maintenant inchangé le système économique qui la détruit. Matérialisme, libéralisme, urbanisation aggravent en effet considérablement la pénurie de Nature résultat de l’encombrement de l’espace par la croissance démographique et économique. Tant que notre civilisation matérialiste donnera au milieu naturel une grande valeur lorsqu’il est détruit, une valeur faible lorsqu’il est sauvegardé, comment s’étonner qu’il disparaisse ?
La seule réponse, la clef de voûte de cette construction nouvelle est la socialisation de la Nature. Ce serait reconnaître qu’elle est le bien commun universel, qu’elle doit être ouverte à tous et que son maintien est une mission de service public. D’où la nécessité d’affecter une forte part du Revenu National à un « budget de la Nature » et d’en faire supporter le poids principal aux responsables des nuisances : les pollueurs doivent être les payeurs. Cette civilisation nouvelle devra donner la primauté aux biens immatériels sur les biens matériels, au socialisme sur le libéralisme, à la ruralisation sur l’urbanisation.
(Stock)

1974 L’écologie ou la mort (à vous de choisir) la campagne de René Dumont, les objectifs de l’écologie politique
Personne n’est admis à avoir une vue globale des choses, ce qui est désastreux d’un point de vue écologique car tout est lié à tout. L’Ecologie, c’est un mot simple. Il veut dire que l’homme comme toutes les espèces vivantes, est inclus dans un milieu qui comprend la nature, les autres espèces vivantes, les autres hommes et qu’il ne peut se permettre de détruire ce milieu sans se détruire lui-même. On a compris que la défense de la nature ne se limite pas à tel ou tel point particulier, mais exige une remise en cause fondamentale pour abouti à notre double objectif :
1. Réduction fondamentale des injustices sociales à l’échelle mondiale, en vue de la réduction prioritaire du gaspillage et des consommations abusives des riches ; donc de leur nombre comme de leur revenu.
2. Elaboration d’une civilisation à basse consommation d’énergie, de viande et de métaux, économisant pour les générations futures les ressources rares de la planète, arrêtant le pillage du Tiers-Monde et la destruction de la nature, source de toute vie.
(Pauvert)

1975 Le macroscope, vers une vision globale de Joël de ROSNAY
Notes de voyage en écosocialisme (décembre1974)
« C’est un scénario parmi d’autres. Pour un monde parmi d’autres. Il contient une part de rêve ? J’en conviens. Mais il est important de rêver. Et pourquoi ne prendrait-on pas ses rêves pour des réalités ?
– Ecosocialisme, écosociété, écocitoyen, écoparlement… Le préfixe « éco » symbolise la relation étroite entre l’économie et l’écologie.
– L’avènement de l’écosociété s’est déroulé en trois grandes étapes, l’économie de survie (société primitive), l’économie de croissance (société industrielle) et l’économie d’équilibre (société postindustrielle ou écosociété).
– L’économie d’équilibre est une économie régulée, au sens cybernétique du terme. Certains secteurs peuvent passer par des phases de croissance ; d’autres sont maintenus à l’équilibre dynamique ; et d’autres encore à un taux de croissance « négative ».
– A la différence des sociétés industrielles structurées « du haut vers le bas », l’écosociété s’est construite du « bas vers le haut ». A parti de la personne et de sa sphère de responsabilités : par la mise en place de communautés d’utilisateurs.
– La consommation en énergie est maintenue au niveau où elle se trouvait au début des années 1980. Ce n’est pas l’austérité monacale, l’énergie est mieux répartie, mieux économisée, plus efficacement utilisée.
– Le taux de naissance est maintenu au taux de renouvellement de la population ; laquelle se maintient à l’état stationnaire.
– La création de filières de récupération a permis de reconnecter les cycles correspondants au métabolisme de l’organisme social avec les cycles naturels de l’écosystème.
– L’écosociété est décentralisée, communautaire, participative. L’écosociété repose sur le pluralisme des idées, des styles et des conditions de vie.
– C’est une société « rurale », intégrée par un réseau de communication extraordinairement développé. Ce réseau permet d’éviter les déplacements inutiles. Beaucoup de gens travaillent chez eux.
– Alors que la maîtrise de la mégamachine, sécrétée par les sociétés industrielles, exigeait une sur-éducation, l’enseignement de l’écosociété est considérablement réduit. Il est à la fois plus global, plus pratique et plus intégré à la vie.
– L’assistance médicale mutuelle est réalisée à grande échelle. On consomme moins de médicaments, on fait moins appel aux médecins. On cherche plus à stimuler les défenses naturelles de l’organisme, qu’à agir de « l’extérieur » à coups de substances chimiques.
– Des programmes de mise en route de nouvelles centrales nucléaires ont été abandonnés. La décentralisation des moyens de transformation de l’énergie a conduit à l’exploration de nouvelles sources. Mais ce sont surtout les économies d’énergie et la lutte généralisée contre le gaspillage qui ont permis de stabiliser la consommation en énergie.
– La transparence de l’écosociété conduit à faire jouer deux motivations à l’action, la compréhension de l’utilité de son geste et le sens de la responsabilité sociale.
– Les produits manufacturés sont plus robustes, plus faciles à réparer. Ce qui revitalise toutes sortes d’activités d’entretien et de réparation. L’artisanat renaît vigoureusement.
– L’écosociété, c’est aussi l’explosion du qualitatif et de la sensibilité.
– Une bioéthique renforce la nouvelle morale de l’écosociété.
– La mort est acceptée, réintégrée à la vie. Les personnes âgées participent à la vie sociale ; elles sont l’objet du respect et de la considération.
(Seuil)

1979 La décroissance (entropie, écologie, économie) de Nicholas GEORGESCU-ROEGEN
Il convient d’expliquer au public cette double difficulté : un épuisement plus lent des ressources signifie moins de confort exosomatique, et un plus grand contrôle de la pollution requiert proportionnellement une plus grande consommation de ressources. Bien sot celui qui proposerait de renoncer totalement au confort industriel de l’évolution exosomatique, mais il faut un programme bio-économique minimal :
– interdire totalement non seulement la guerre elle-même, mais la production de toutes les armes de guerre.
– aider les nations sous-développées à parvenir à une existence digne d’être vécue
– diminuer progressivement la population humaine
– réglementer strictement tout gaspillage d’énergie
– vous guérir de votre soif morbide de gadgets extravagants.
– mépriser la mode qui vous incite à jeter ce qui peut encore servir
– rendre les marchandises durables, donc réparables
– ne plus se raser plus vite afin d’avoir plus de temps pour travailler à un appareil qui rase plus vite encore.
Ces changement de comportement conduiront à un émondage considérable des professions qui ont piégé l’homme. De plus, même si les humains prennent conscience de la problématique entropique de leur espèce, ils n’abandonneront pas volontiers les fastes actuels en vue de faciliter la vie des humains qui naîtront dans dix mille ans, voire dans mille ans seulement ; tout se passe comme si l’espèce humaine avait choisi de mener une vie brève, excitante et extravagante laissant aux espèces moins ambitieuses une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire ! ».
(éditions Sang de la terre)

1982 Du chômage à l’autonomie conviviale d’Ingmar Granstedt
Ingmar Granstedt propose une démarche fondée sur l’idée suivante : que chacun recherche toutes les occasions pour rééquiper peu à peu son environnement en outils simples grâce auxquels il pourra faire de plus en plus de choses par lui-même et réduire d’autant son temps de travail professionnel et son revenu. Le revenu monétaire se mettrait à baisser, mais non pas le niveau ni la qualité de la vie. Il faut se dégager par étape de la dichotomie producteur/consommateur. Pour un nombre croissant de produits courants, 80 % du prix payé par le consommateur final sert en réalité à rémunérer les fabricants d’emballages et de palettes, les transporteurs, les magasins de gros, les détaillants, les assureurs, bref tous les intermédiaires.
Cela suppose de réorienter les sciences et les techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. C’est l’exemple de la machine à coudre, à opposer à l’usine de confection. A la place de l’usine de charcuterie, c’est le cochon qu’on tue et sale avec l’aide des voisins selon des règles de réciprocité, ce qui signifie bien plus qu’une simple collaboration technique. Ne peut-on imaginer des formules d’achat direct chez le paysan, à plusieurs, d’un porc ou d’un mouton ? Des associations de quartier, des municipalités peuvent prendre l’initiative de mettre à la disposition des habitants des instruments et des machines dans des ateliers ouverts à tous. Chacun n’a besoin de ces ateliers que de temps en temps. Il en faut de plusieurs sortes, menuiserie, travail des métaux, réparation d’objets… Au fur et à mesure que l’on étend le domaine vernaculaire, l’outillage devient de plus en plus compatible avec les sources d’énergie proches et renouvelables. Pour la machine à coudre, même notre petite énergie corporelle pourrait suffire si l’on modernisait le bon vieux pédalier à volant. Il y a des domaines où la technicité du travail exige évidemment une spécialisation professionnelle. Mais chaque îlot d’autonomie voit s’élever peu à peu le niveau de sa culture pratique, celle que tous les participants partagent pour assumer leur subsistance et qui leur permettra plus tard de faire d’autres technologies, plus complexes. Le but est de contester le préjugé qui nous pousse à croire que tous les biens ne peuvent pas être produits autrement que sur le mode industriel.
Ce que je fais chez moi, avec les miens, pour vivre à ma manière, tu peux aussi le faire chez toi, avec les tiens, pour vivre à ta manière. Il nous est possible ici et maintenant de retrouver, à travers l’autonomie personnelles des activités vernaculaires reconquises, le visage des autres, la saveur des gestes dans des relations face à face, le goût de la présence mutuelle à travers tous les actes de la vie, à commencer par ce qui sont liés aux nécessités même de l’existence.
(La Ligne d’horizon, 2007)

1990 Gouvernance des biens communs (pour une nouvelle approche des ressources naturelles) d’Elinor Ostrom
Principes communs aux institutions durables de ressources communes :
1. des limites aux prélèvements clairement définies ;
2. la concordance entre les règles et les conditions locales ;
3. des dispositifs de choix collectifs sur le mode participatif ;
4. une surveillance et une autosurveillance des comportements ;
5. des sanctions graduelles pour les transgressions ;
6. des mécanismes de résolutions des conflits ou arènes locales ;
7. le droit à s’organiser sans intervention d’autorités externes ;
8. des entreprises imbriquées (pour les systèmes à grande échelle).
Il y a réticence à investir du temps et des efforts pour améliorer un système géré centralement. Des efforts de réforme centralisée ont souvent débouché sur des problèmes encore plus graves.
(première édition 1990, Governing the Commons, The Evolution of Institutions for Collective Action)
Traduction française en 2010, éditions De Boeck

2001 Charte des Verts mondiaux (Canberra)
PRINCIPES
• Sagesse écologique
• Justice sociale
• Démocratie participative
• Non-violence
• Développement durable
• Respect de la diversité
http://eelv.fr/2011/03/10/charte-des-verts-mondiaux/

2009 Prospérité sans croissance (la transition vers une économie durable) selon Tim Jackson
Une société développe normalement tout un ensemble de dispositifs d’engagement : des mécanismes sociaux et institutionnels influencent l’équilibre des choix au détriment du présent et à l’avantage du futur. Le mariage, les comptes épargne, les normes de comportement social, tous ces éléments constituent des dispositifs d’engagement. Le problème est que l’opulence érode et sape les dispositifs d’engagement : augmentation des ruptures familiales, déclin de la confiance et même attaques contre la parentalité. L’individualisme du laisser-faire ne constitue pas un mécanisme de gouvernance pour une prospérité durable. Face à la crise de l’engagement, l’Etat se doit de réagir. Là où les structures sociales favorisent l’altruisme et la tradition, les comportements égoïstes peuvent être pénalisés. Nos sociétés modernes doivent favoriser la coopération plutôt que la compétition. Le rôle principal du gouvernement est de veiller à ce que les biens publics de long terme ne soient pas menacés par les intérêts privés à court terme. Il serait légitime que le gouvernement renforce et protège les dispositifs d’engagement qui empêchent les choix court-termistes et qu’il réduise les impacts structurels pernicieux qui augmentent les inégalités. Les politiques doivent inclure la fixation de niveaux de revenus minimum et maximum.
Face à des chocs économiques, il est particulièrement important de créer des communautés sociales résilientes. Comme l’affirme l’institut pour l’autosuffisance locale, les communautés devraient avoir le droit de protéger certains espaces de tout esprit de commerce et de la publicité. Il faut que des activités économiques sobres en carbone contribuent vraiment à l’épanouissement humain. Les germes d’une telle économie existent dans des projets énergétiques communautaires, des marchés agricoles locaux, des coopératives Slow Food, des services locaux de réparation et d’entretien, des ateliers artisanaux, et pourquoi pas, dans la méditation et le jardinage. En étant à la fois producteurs et consommateurs de ce genre d’activités, les gens atteignent un niveau de bien-être et de satisfaction supérieur à celui qu’ils retirent de cette économie de supermarché, matérialiste et pressée, dans laquelle nous passons le plus clair de notre temps. Mais en termes formels ces activités, appelons-les entreprises écologiques, comptent encore à peine. Tant que la stabilité économique dépendra de la croissance économique, les changements nécessaires n’auront pas lieu.
Traduction française (de boeck, 2010)
1ère édition 2009, Earthscan, Prosperity without Growth – Economics for a finite planet

2010 Les huit R selon Serge Latouche
Pour se libérer de l’obsession de croissance, nous avons proposé de formuler la rupture en huit R : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Relocaliser, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler. Ces huit objectifs interdépendants ont été retenus parce qu’ils nous paraissaient susceptibles d’enclencher une dynamique de décroissance sereine, conviviale et soutenable. Le deuxième niveau, celui de la mise en œuvre suppose une insertion dans le contexte :
1. Retrouver une empreinte écologique soutenable ;
2. Réduire les transports en internalisant les coûts par des écotaxes appropriées ;
3. Relocaliser les activités ;
4. Restaurer l’agriculture paysanne ;
5. Réaffecter les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d’emploi ;
6. Relancer la production de biens relationnels ;
7. Réduire le gaspillage d’énergie d’un facteur 4 ;
8. Restreindre fortement l’espace publicitaire ;
9. Réorienter la recherche technoscientifique ;
10. Se réapproprier l’argent.
La principale difficulté pour réaliser ce programme tient au fait que, en nous enrichissant matériellement, la croissance économique nous a beaucoup appauvris humainement. Nous avons perdu cette capacité de nous tirer d’affaire par nous-mêmes qui faisait la puissance des pauvres et plus encore les solidarités sur lesquelles pouvaient compter les membres des sociétés traditionnelles. Il nous faut réapprendre à être autonomes et tout faire pour que la récession ne soit pas l’antichambre du chaos ou d’un écofascisme odieux.
(ECOLOGIE POLITIQUE n°40 : les écologies politiques aujourd’hui)

2012 Le programme idéal d’un candidat à la présidence de la république française
Voici les réponses qu’un écolo attendrait d’un candidat aux présidentielles :
1) Comment améliorer le niveau de santé des Français ?
L’amélioration infinie du niveau de santé n’est pas possible alors que nous sommes entrés à une époque où règnent à la fois l’acharnement thérapeutique et le mal de vivre ; la perception de notre santé est inséparable de notre rapport à la mort et à la technique. Par exemple le droit de mourir dans la dignité doit être valorisé et l’accouchement ne doit plus être considéré comme une maladie à médicaliser. Il faut renforcer la territorialisation avec des maisons de santé de proximité.
2) Comment faut-il faire évoluer le système scolaire ?
Le blocage énergétique qui découle du pic pétrolier nous oblige à multiplier les perspectives d’emplois, donc de formation, dans l’agriculture, l’artisanat et les techniques douces. L’apprentissage et les filières professionnelles doivent être privilégiés au détriment des études longues et abstraites.
3) A quel âge et dans quelles conditions doit-on pouvoir prendre sa retraite ?
L’âge de la retraite est un choix individuel avant d’être une obligation sociale. Les difficultés croissantes de financement de la retraite par redistribution nous obligent à réfléchir sur une prise en charge plus grande du vieillissement de la population par les familles plutôt que par des institutions.
4) Comment combattre le chômage ?
Il est vain d’obliger ou même d’inciter les entreprises à garder leurs salariés quand les carnets de commande se vident. Contre le chômage, il faut une politique structurelle de relocalisation des activités, ce qui veut dire valoriser l’achat de proximité, les monnaies locales, la petite industrie. L’emploi ne se crée pas par le haut, mais par le bas.
5) Comment augmenter le pouvoir d’achat des Français ?
Le pouvoir d’achat actuel des Français est déjà au-dessus des capacités de la planète. Cette question est donc absurde. Car un journal bien informé devrait savoir que le pouvoir d’achat va diminuer étant donné l’épuisement des ressources naturelles et la reprise probable de l’inflation. Il faut donc s’interroger sur le partage équitable de la pénurie, ce qui implique une réduction drastique des inégalités de revenus.
6) Comment renforcer la compétitivité des entreprises françaises ?
Dans un système commercialement ouvert comme le nôtre, aucun pays ne peut garder un avantage compétitif durable. Il faut donc remplacer l’esprit de compétition par l’esprit de coopération au niveau national, européen et international. Cela implique aussi un degré croissant de protectionnisme quand on veut relocaliser l’emploi.
7) Comment réorganiser la fonction publique ?
Le poids de l’Etat en période de récession (probable) devient un fardeau insupportable. Il faut surtout recentrer les priorités de l’Etat sur ses fondamentaux et faire mieux avec moins. Par exemple, on peut sans difficulté majeure supprimer la force de frappe et diminuer la durée moyenne des études. Ce qui veut dire que l’armée nationale devient un simple appoint des casques bleus et que la division sociale du travail est simplifiée.
8) Comment faire évoluer l’éducation nationale ?
Un seul enseignant peut avoir une classe de dix élèves, ou de quarante, ou de 150 : tout dépend du niveau d’attention et de confiance des élèves. Il ne faut plus avoir une optique quantitative, ce sont les programmes qui doivent évoluer et les matières enseignées. Une culture de type holistique doit succéder à un enseignement fragmenté.
9) Comment rendre notre système judiciaire plus efficace ?
Le passage en justice est le signe d’un échec social. Si chacun s’efforce de vivre en harmonie avec son prochain, il n’y a plus besoin de recours en justice. Le système d’éducation parental est donc l’indispensable préparation à une justice efficace. Une école des parents semble incontournable, avec comme résultat que certains adultes ne devraient pas être considérés comme apte à devenir parents.
10) Quelle est la réforme indispensable de notre système fiscal ?
Au-dessus d’un salaire de trois fois le SMIC, le fisc prend tout. Les bénéfices d’une entreprise et les revenus patrimoniaux doivent profiter directement à la collectivité et non à l’usage personnel. Une entreprise doit se comporter comme une association à but non lucratif, une personne doit mettre son argent au service de l’intérêt public.
11) Quelle est la mesure prioritaire pour améliorer la qualité de notre environnement ?
Contre le gaspillage des énergies fossiles, il faut établir d’urgence une taxe carbone et même envisager une carte carbone, c’est-à-dire un rationnement. Cela implique une formation généralisée à l’écocitoyenneté, un apprentissage du sens des limites.
12) Quelle doit être la politique de la France sur l’énergie nucléaire ?
La polarisation sur le nucléaire est un grave défaut des politiques actuelles. Le nucléaire est, comme les énergies fossiles, une énergie non renouvelable dont on doit, par définition, sortir. Comme les énergies non renouvelables ne peuvent nous permettre d’utiliser autant d’esclaves énergétiques qu’à l’heure actuelle, il faut donc établir un vaste plan d’économies d’énergie à appliquer au niveau des individus et de la collectivité
13) Comment améliorer l’organisation territoriale du pays ?
Il faut respecter le principe de subsidiarité. Il ne s’agit pas seulement de déléguer plus de pouvoirs aux régions et aux départements, mais surtout aux communautés de résilience ou territoires en transition vers une plus grande autonomie alimentaire et énergétique.
14) Comment la France doit-elle agir sur son immigration ?
Tous les pays vont être confrontés à des difficultés croissantes. Avec la disparition des énergies fossiles, les frontières se ferment, l’ère du monde fini a commencé. L’émigration ne pourra plus être un recours possible au déséquilibre d’une population avec son propre écosystème. La maîtrise de la fécondité et de la sécurité alimentaire devient alors incontournable quand l’émigration n’est plus possible. Se posera cependant un problème croissant sur lequel il faudra faire preuve de solidarité internationale, l’accueil des réfugiés climatiques.
15) Quelle mesure est la plus efficace pour relancer l’économie européenne ?
Cette formulation n’est pas réaliste, la relance de l’économie n’est pas possible quand on a déjà dépassé les limites de la planète. Le keynésianisme global est devenu une méthode obsolète. Il faut reconstruire les structures de résilience, famille, paysannerie, artisanat, solidarités de proximité… que le libéralisme économique s’était employé à démolir.
NB : Le questionnaire du MONDE (19 avril 2012, supplément « Présidentielle 2012 » p. VIII) qui sert de trame à cet article veut complètement ignorer la dimension internationale des problèmes, comme le font d’ailleurs tous les présidentiables franco-français ! De plus LE MONDE n’accorde aucune importance à des questions aussi brûlantes que le réchauffement climatique, la descente énergétique ou la chute de la biodiversité. LE MONDE veut ignorer complètement les contraintes écologiques mondialisées qui pèseront de plus en plus sur les réalités socio-économiques et politiques au niveau national ! Pourtant un présidentiable conscient de l’urgence écologique expliquerait aux citoyens que la rupture avec notre standard de vie occidental est nécessaire.
Source : http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/04/20/de-quel-presidentiable-suis-le-plus-proche/

La COP 21, un débat globalisé qui nous empêche d’agir

Il est vain d’attendre des conférences sur le climat une réponse collective au changement climatique. La conférence des parties (COP), qu’elle se réunisse à Copenhague, Lima ou Paris, ne peut pas avoir de conséquences concrètes. La raison principale, c’est que les politiques ne s’y expriment pas au nom de l’équilibre général de la planète, ils représentent les intérêts à court terme de populations particulières. Le GIEC a produit son premier rapport sur les changements climatiques en 1988 et depuis aucun pays n’a jamais adopté de mesures significatives pour limiter les émissions de GES. Les Etats-Unis n’ont pas signé le protocole de Kyoto en 2001, ils ont nié l’origine anthropique du réchauffement climatique, ils ont toujours privilégié le niveau de vie des Américains. Les Américains ne peuvent se passer de leurs bagnoles et de leurs grandes maisons, les Canadiens veulent exploiter leurs sables bitumineux du Canada, le pouvoir d’achat des Français n’est pas négociable, ni l’enrichissement des Chinois, ni le développement des pays émergents. Les sociétés qui vivent à l’occidentale poursuivent un rêve contradictoire et suicidaire : jouir sans entraves des applications impressionnantes des ressources fossiles, et être aveugles aux conséquences fâcheuses de la perturbation climatique qui en découle.

L’autre raison, c’est qu’un changement de comportement ne se décrète pas d’en haut. Des scientifiques estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. Qui s’en soucie ? Il faut, jusqu’à 2050, s’abstenir d’extraire et de brûler la plus grande partie des réserves fossiles si l’on veut éviter la surchauffe de la planète. Qui s’en soucie ? Pour éviter la catastrophe climatique, nous savons quand nous sommes bien informés qu’il faudrait diviser par quatre d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui voulait dire diviser par deux notre consommation d’énergie. Mais cela restait abstrait. Qui comprend que cela remet complètement en question son mode de vie personnel ?

Le 8 janvier dernier, Laurent Fabius prônait devant un comité inter-ministériel l’adoption d’un objectif « zéro carbone – zéro pauvreté » et le rapprochement des agendas internationaux pour le climat et des Objectifs mondiaux pour le développement, qui doivent désormais être « durables ». Ces déclarations d’intention ne servent absolument à rien si le citoyen de base ne se sent pas concerné. Nous ne pouvons réussir internationalement une COP que si nous commençons à nous impliquer personnellement (par exemple participation généralisée aux « familles à énergie positive ») et à réussir localement (par exemple mise en œuvre d’un plan climat territorial). Les solutions existent, individuelles et collectives. Elles s’appellent sobriété partagée, rationnement bien expliqué, taxe carbone aujourd’hui, carte carbone demain, soutien par l’Etat central des communautés locales cherchant leur autonomie alimentaire et énergétique, adoption de techniques douces aux humains et à la nature, généralisation d’une agriculture biologique, conversion des intellectuels du tertiaire à l’artisanat, entraînement à la réponse non violente en toutes circonstances, rejet des actions militaires, considération des acteurs absents (générations futures et non-humains), maîtrise de la fécondité, etc. Le pire n’est jamais certain, mais il est probable.

(résumé d’une analyse de Michel Sourrouille parue initialement sur le site JNE des journalistes pour la nature et l’écologie)

La COP 21, un débat global qui nous empêche d’agir

Le moment où la technoscience devient insupportable !

Des expérimentations actuelles consistent à modifier le génome de certains virus pour leur faire acquérir des « fonctions » nouvelles, mais délétères – par exemple les rendre transmissibles, virulents, résistants à certains médicaments ou encore capables d’échapper au système immunitaire humain. Autrement dit fabriquer des « Frankenvirus ». Nous avons déjà traité sur ce blog le fait de rendre contagieux entre mammifères un virus grippal exceptionnellement meurtrier pour l’homme, le H5N1. Depuis lors, une demi-douzaine de nouvelles expériences de GOF (Gain of Function) ont été publiées dans les principales revues scientifiques mondiales, impliquant d’autres virus tout aussi meurtriers. Pour les défenseurs de l’« acquisition de fonction », il est essentiel d’étudier comment des virus dangereux mutent et deviennent pandémiques*. Pourquoi ne se sont-ils pas contentés d’étudier l’expansion du virus Ebola ?

Il ne faudrait pas toujours faire ce que nous savons faire, mais les techno-scientifiques n’ont jamais su ne pas faire ce qu’ils savaient faire. Pour l’instant nous sommes encore soumis à la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». Mais il suffirait que les Etats ne financent plus ce genre de recherches à haut risque pour que les chercheurs retrouvent le sens de la mesure et de la modération. Or la décision du gouvernement américain de ne plus financer de nouvelles recherches sur les virus dangereux ne touche pas les travaux en cours et cette suspension n’est que temporaire.

Sur ce blog, nous prônons les techniques douces, douces à la nature et aux humains… et la disparition des Etats, donc de la technoscience : small is beautiful.

* LE MONDE Science&médecine du 22 octobre 2014, volte-face sur les « Frankenvirus »

Résilience, un passage nécessaire par les low tech

 « Quelles techniques pour un changement radical ? Résilience et low tech » . Compte-rendu de l’exposé de Michel Sourrouille* :

« La décroissance sera notre destin, elle sera celle de notre pouvoir d’achat, de notre population… et de nos techniques. L’histoire est en effet cyclique, une croissance exponentielle se termine toujours par une forte récession économique, une crise démographique, l’abandon de certaines techniques. D’une certaine manière, c’est même notre passé qui préfigure notre avenir. Dans ma famille par exemple, nous étions tailleur de père en fils depuis des générations, au moins depuis la révolution française. Nous vivions dans un petit village, Beylongue. Des ciseaux, du fil et une aiguille permettaient de fabriquer des vêtements. Et puis l’urbanisation et l’exode rural ont poussé mon grand-père dans une grande ville où il est resté tailleur sur mesure. Mon père était aussi tailleur, comme d’ailleurs mon oncle. Mais l’industrialisation et le prêt à prêter ont donné un coup d’arrêt à cette stabilité professionnelle continue. J’ai été obligé de devenir un « intellectuel », l’explosion du secteur tertiaire créant l’emploi. Mon frère a mis sur pied le travail à la chaîne dans une fabrique textile, une grosse pile de tissu est coupée instantanément au laser, la fabrication de vêtements s’est délocalisée avec son aide en Tunisie puis au Vietnam. Son usine à Besançon n’avait plus d’ouvriers.

Les emplois disparaissent en France et nos générations présentes sont contemporaines du chômage de masse ; les générations futures redeviendront artisan ou paysan. Retour aux ciseaux, à l’aiguille et au village. En langage moderne, low tech et non plus high tech. L’avenir sera fait de techniques douces, douces à la nature et à l’homme, pratiqué dans un contexte de petite communauté. Nous y reviendrons quand nous parlerons de résilience. Mais d’abord examinons un classement possible des techniques.

1/5) Le dualisme des techniques, douces (low tech) ou dures (high)

                Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes contre technophiles, il n’y a jamais retour à l’âge de pierre ou à la bougie. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre :  techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Le  tableau le plus synthétique que je connaisse a été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologieLa dernière chance de la Terre » 

Société à technologies dures

Communautés à techniques douces

Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

                Mais cette approche en deux parties ne dit rien des raisons de l’évolution technologique et de ses limites.

2/5) Techniques et ressources naturelles : l’exemple du  déplacement

Chaque technique correspond à un besoin et nous savons que le mode de satisfaction d’un besoin est une création sociale. Ainsi par exemple du besoin de déplacement. Il peut être minime. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; le paysan restait près de chez lui. Aujourd’hui certains rêvent de populariser le tourisme spatial ; notre société cultive un sentiment de besoins illimités grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des esclaves mécaniques.

Mais baser le besoin de déplacement sur le slogan « plus loin, plus souvent et plus vite » se heurte aux limites de la biosphère. Toute mobilité nécessite de l’énergie et nous allons connaître la descente énergétique avec la fin des énergies fossiles. De plus tout moyen de déplacement autre que la marche ou le cheval nécessite aussi des métaux. Or il existe un mouvement cumulatif entre énergie et métaux, ce qu’a bien montré Philippe Bihouix : « Les métaux, toujours moins concentrés, requièrent plus d’énergie, tandis que la production d’énergie, toujours moins accessible, requiert plus de pétrole. Le peak oil sera donc vraisemblablement accompagné d’un peak everything (pic de tout). »

Nous pouvons donc classer les méthodes de déplacement de celle qui rend la personne le plus autonome possible (la marche) à celles qui dépendent d’une organisation industrielle poussée à l’extrême et nécessitant énergie et métaux. 

marche

cheval

vélo

train

TGV

Voiture

Avion

Fusée

Physique (musc.

physique

Phys + matériel

matériel

Nucléaire ?

Agrocarburants ?

Kérosène !

Comme nous allons connaître le pic de tout, la disponibilité en ressources naturelles étant fortement reliée à la mise en œuvre de l’énergie fossile, il y aura forcément limitation des déplacements. Le soi-disant progrès technique nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite, le mouvement ira de la droite vers la gauche dans un avenir relativement proche. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, les plus lourds que l’air resteront cloués au sol, la voiture individuelle disparaîtra, le mot d’ordre de nos besoins deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. Bien entendu cela ne dit rien du niveau des inégalités acceptables. La marche était ignorée autrefois par l’aristocratie avec la chaise à porteur et le privilège d’aller à cheval. On peut aussi se faire transporter par cyclopousse ou s’installer en classe de première dans un train. Etre écologiste, c’est être aussi partisan de la sobriété partagée.

3/5) Techniques et complexité

                Outre le problème de l’approvisionnement en énergie et métaux, la durabilité des techniques connaît une autre limite. Par exemple, plus une technique de déplacement est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile.

Joseph Tainter a bien analysé le mécanisme dans son livre de  1988 l’effondrement des sociétés complexes  (traduction française en 2013) :  « Les populations humaines font d’abord usage des sources de nutrition, d’énergie et de matières premières qui sont les plus faciles à obtenir, extraire, transformer et distribuer. Lorsque de telles ressources ne sont plus suffisantes, l’exploitation se tourne vers celles qui sont plus coûteuses alors qu’elles ne génèrent pas de meilleur rendement. Les organisations socio-politiques nécessitent un investissement accru, simplement pour préserver le statu quo. Cet investissement se présente sous des formes telles que l’inflation bureaucratique, l’accroissement de la spécialisation, l’augmentation des coûts du contrôle intérieur et de la défense extérieure. Toutes ces augmentations doivent être supportées en prélevant des sommes plus élevées sur la population sans lui conférer d’avantages supplémentaires. Le rendement marginal dans la complexité se dégrade proportionnellement, d’abord progressivement, puis avec une force accélérée. Divers segments de la population accroissent une résistance active ou passive, ou tente ouvertement de faire sécession. A ce stade, une société complexe atteint la phase où elle devient de plus en plus vulnérable à l’effondrement. »

Bien d’autres auteurs depuis le rapport au Club de Rome en 1972 prédisent l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Ils s’appuient sur les réalités biophysiques et des considérations socio-économiques systémiques, ce qui paraît un meilleur raisonnement que miser sur l’amoncellement de papier-monnaie et l’innovation future… qu’on ne connaît pas encore mais qui arriverait à point nommé.

4/5) Généralisation du raisonnement

Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que le verre (pour le sperme) et la paille (pour la fécondation), c’est largement préférable à une procréation médicalement assistée, c’est infiniment plus acceptable qu’une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). La médicalisation totale de notre existence, depuis la fécondation jusqu’à l’acharnement thérapeutique en fin de vie en passant par la technicisation des mécanismes  naturels de l’accouchement nous a habitué à une existence d’assistés. Le passage à une autre forme de société, à techniques simples et douces, ne sera pas une mince affaire.

Voici d’autres domaines de réflexion, avec classement de l’approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique

5/5) Résilience des techniques, résilience communautaire

                Il nous faut maintenant aborder le volet final de cet exposé, la résilience, la capacité de résister aux chocs énergétiques et climatiques, ce que Rob Hopkins appelle les jumeaux de l’hydrocarbure. Son raisonnement est simple : « Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre. » Pour approcher de ce résultat, il faut mettre en œuvre l’autonomie alimentaire et énergétique la plus grande possible. Cela ne peut advenir qu’au niveau de petites communautés. Cette relocalisation des activités s’accompagnera nécessairement d’une relocalisation des techniques. Il faudra user d’instruments techniques simples, produits et réparés sur place. Avec un forgeron et un atelier de tissage, vous obtiendrez des ciseaux, du fil et des vêtements locaux.

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles et de la technologie triomphante. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs.

Nous n’aborderons pas le problème des seuils : quelle est la taille optimale d’une communauté humaine et la complexité appropriée de sa technique ? La réponse appartiendra à chaque communauté, on ne peut vivre de la même façon dans un climat tempéré, dans des étendues glacées ou dans un désert. Mais le mécanisme sera le même, une régression de l’emploi des techniques modernes. Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. » 

Conclusion : Une conférence sur notre avenir probable ne peut s’achever sans avoir défini quelques moyens d’action. Au niveau individuel, on peut toujours résister à l’emprise de la technique : refuser le portable, la télévision, la carte bancaire, la voiture, etc. A chacun de faire preuve de simplicité volontaire, de montrer l’exemple, de faire des émules. Bien entendu  si nous en avons le courage et le temps, nous pouvons aussi faire œuvre collective, entrer dans une association comme TECHNOlogos, créer un mouvement néo-luddite, agir dans un mouvement écologiste…

L’essentiel est de faire mentir la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». L’autre manière d’exprimer l’inéluctabilité supposée du soi-disant progrès technique est encore plus détestable : « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable ». Il nous faut au contraire redonner de la morale à notre comportement d’utilisateur de techniques, et vivre la convivialité directe les uns avec les autres plutôt que d’utiliser des substituts techniques à notre capacité relationnelle. »

* article paru initialement sur le site JNE, ci-dessus avec l’autorisation de l’auteur, Michel Sourrouille (membre de JNE)

(exposé tenu lors des 2ème assises de Technologos : Techniques, croissance et décroissance à Paris le 13 septembre 2014)

En route directe pour atteindre un réchauffement de 2 °C

Sommet extraordinaire sur le climat à New York le 23 septembre : blablabla, 120 chefs d’Etat, y’a rien à faire, circulez ! Il n’est donc plus possible de demeurer sous la barre des 2°C de réchauffement par rapport à la période pré-industrielle. Selon une étude récente*,  « L’humanité avait un capital de 3 200 milliards de tonnes de CO2 à émettre pour avoir deux chances sur trois  de rester sous le seuil des 2 °C de réchauffement. Et jusqu’à présent, depuis la révolution industrielle, nous en avons émis environ 2 000 Gt. » Il nous en reste 1 200 Gt, ce qui représente environ trente ans d’émissions mondiales au niveau de 2013. Comme il sera impossible de déterminer pour chaque pays le quota qui lui reste à émettre, nous continuerons le business as usual et les plus forts feront la loi… comme d’habitude. Le niveau de vie des Américains n’est pas négociable, ni l’enrichissement des Chinois, ni le pouvoir d’achat des Français, ni le développement des pays émergents. Les sociétés à l’occidentale poursuivent un rêve contradictoire et suicidaire : jouir sans entraves des applications impressionnantes des technosciences, et être aveugles aux conséquences fâcheuses de ses applications.

Les humains ne se sont pas encore rendus compte que de son côté la Nature ne négocie pas. Elle tiendra l’espèce humaine pour quantité négligeable en lui offrant généreusement inondations et sécheresses, acidification des océans et montée des eaux. Notre capacité à imaginer des solutions sera de plus en plus saturée par la brutalité des situations que nous devrons affronter. Plus nous reportons les décisions, plus nous serons dans la gestion de crise… Alors comment conserver notre maîtrise des processus de décision sans sombrer dans l’utilisation de méthodes totalitaires ? Il est aisé de se résoudre à laisser mourir une partie de l’humanité dès lors que cette solution apparaît comme justifiable pour notre propre survie. Il n’aura fallu que huit années aux nazis pour mettre en place des « politiques » jusque là inconcevables, rappelait Hanna Arendt. Nous devrons décider en urgence sur des sujets dont le champ de négociation est limité, ce qui n’est pas très propice à un partage équitable des ressources. Les inégalités risquent de perdurer.

                Nous espérons un avenir moins sombre, les solutions existent. Elles s’appellent sobriété partagée, rationnement bien expliqué, carte carbone plutôt que taxe carbone, soutien aux communautés locales cherchant leur autonomie alimentaire et énergétique, adoption de techniques douces aux humains et à la nature, généralisation d’une agriculture biologique, conversion des intellectuels du tertiaire à l’artisanat, entraînement à la réponse non violente en toutes circonstances, maîtrise de la fécondité, considération des acteurs absents, rejet des armes conventionnelles ou nucléaires, etc. Le pire n’est jamais certain.

* LE MONDE du 26 septembre 2014, Climat : l’humanité en route pour atteindre un réchauffement de 2 °C

Low tech contre low cost, le débat qui préfigure l’avenir

Normal
0
21

Il y a d’un côté les low tech ou techniques douces, de l’autre le travail à prix bradé (low cost). D’après l’éditorial du MONDE*, le low cost est « devenu incontournable », les pilotes d’Air France n’ont plus qu’à se plier à « une évolution qui est inéluctable ». Il est sans doute scandaleux que des pilotes fassent grève pour protéger leurs intérêts corporatistes, à commencer par des salaires annuels qui oscillent entre 75 000 et 250 000 euros avec un temps de vol plus réduit que chez leurs confrères. Il est sans doute vrai que loger avec Ryanair dans un camping près de la base de Marseille est bien moins glorieux que fréquenter un hôtel 5 étoiles. Mais cela n’est pas le fond du problème, il s’agit plutôt de savoir si la profession de pilote d’avion de ligne est profitable pour la société et durable dans le temps.

                Ce qui est « incontournable » et « inéluctable », c’est que le prix du kérosène va exploser un jour ou l’autre. Or nous vivons avec le système marchand dans une perspective du court terme : le prix du baril chute en ce moment à 96 dollars puisque l’or noir coule à flots alors que la croissance mondiale est faible**. Le journaliste du MONDE Jean-Michel Bezat s’intéresse comme à son habitude à l’offre et à la demande de pétrole ce jour, il a toujours occulté la fin du pétrole : « La dépréciation du brut peut durer tant que l’horizon d’une reprise mondiale reste bouché… Dans le même temps, c’est l’abondance du côté de la production…Les huiles de schiste ont profondément modifié le paysage aux Etats-Unis… ». Cependant l’article donne aussi la parole à l’ancien PDG de BP : « Quand l’offre américaine atteindra un pic, d’où viendront les nouvelles sources d’approvisionnement ? » Quand arrivera ce moment, quand la descente énergétique deviendra visible aux yeux de tous, le pétrole flambera et le kérosène des avions deviendra hors de prix.

                Les pilotes d’air France comme ceux de sa filiale low cost Transavia seront définitivement cloués au sol, en chômage structurel. Nous n’aurions jamais le choix des plus lourds que l’air et en rester à la marine à voile…

* LE MONDE du 17 septembre 2014, La grève des pilotes d’Air France ne se justifie pas

** LE MONDE du 17 septembre 2014, Abondance de biens nuit aux producteurs d’or noir

Low tech contre low cost, le débat qui préfigure l’avenir

Normal
0
21

Il y a d’un côté les low tech ou techniques douces, de l’autre le travail à prix bradé (low cost). D’après l’éditorial du MONDE*, le low cost est « devenu incontournable », les pilotes d’Air France n’ont plus qu’à se plier à « une évolution qui est inéluctable ». Il est sans doute scandaleux que des pilotes fassent grève pour protéger leurs intérêts corporatistes, à commencer par des salaires annuels qui oscillent entre 75 000 et 250 000 euros avec un temps de vol plus réduit que chez leurs confrères. Il est sans doute vrai que loger avec Ryanair dans un camping près de la base de Marseille est bien moins glorieux que fréquenter un hôtel 5 étoiles. Mais cela n’est pas le fond du problème, il s’agit plutôt de savoir si la profession de pilote d’avion de ligne est profitable pour la société et durable dans le temps.

                Ce qui est « incontournable » et « inéluctable », c’est que le prix du kérosène va exploser un jour ou l’autre. Or nous vivons avec le système marchand dans une perspective du court terme : le prix du baril chute en ce moment à 96 dollars puisque l’or noir coule à flots alors que la croissance mondiale est faible**. Le journaliste du MONDE Jean-Michel Bezat s’intéresse comme à son habitude à l’offre et à la demande de pétrole ce jour, il a toujours occulté la fin du pétrole : « La dépréciation du brut peut durer tant que l’horizon d’une reprise mondiale reste bouché… Dans le même temps, c’est l’abondance du côté de la production…Les huiles de schiste ont profondément modifié le paysage aux Etats-Unis… ». Cependant l’article donne aussi la parole à l’ancien PDG de BP : « Quand l’offre américaine atteindra un pic, d’où viendront les nouvelles sources d’approvisionnement ? » Quand arrivera ce moment, quand la descente énergétique deviendra visible aux yeux de tous, le pétrole flambera et le kérosène des avions deviendra hors de prix.

                Les pilotes d’air France comme ceux de sa filiale low cost Transavia seront définitivement cloués au sol, en chômage structurel. Nous n’aurions jamais le choix des plus lourds que l’air et en rester à la marine à voile…

* LE MONDE du 17 septembre 2014, La grève des pilotes d’Air France ne se justifie pas

** LE MONDE du 17 septembre 2014, Abondance de biens nuit aux producteurs d’or noir

Un arrachage d’OGM, les commentateurs se déchaînent

La parcelle (de 11 hectares) avait été plantée à la hâte d’un maïs OGM « en présence d’un huissier », juste avant la parution au journal officiel le 15 mars d’un nouvel arrêté d’interdiction de la culture de MON 810. La raison ? Avoir un prétexte pour attaquer sur le plan légal les mesures de protection mises en place en urgence par le gouvernement français. Les faucheurs volontaires ont procédé à l’arrachage de plants encore jeunes pour les remplacer par des graines de maïs bio. Les pro- et les anti-OGM se déchirent sur le net* :

Pro : Une preuve de plus que les agités de l’écologie ont des comportements quasi terroristes et à tout le moins peu démocratiques. La légitimité ne semble jamais les effleurer sauf pour aller à la soupe ministérielle ou aux postes électifs bricolés (cf Duflot et Placé dit bureau de placement).

Anti : Comportements peu démocratiques ? C’est bien vite oublier que 80% des citoyens sont opposés aux cultures d’OGM alimentaires. Il n’y a aucune raison qu’une demi douzaine de multinationales aidées par des centaines de lobbyistes richement dotés aient détourné pour leur seul intérêt économique des lois initialement destinées à assurer des productions de semences saines et de qualité garantie. La démocratie est d’abord au service des citoyens et certainement pas à celui de multinationales.

Pro : On peut penser tout le mal qu’on veut de telle ou telle multinationale, ce n’est pas vraiment le problème. Ce qui est important c’est de nourrir toute la planète. Peut-être les OGM sont-ils un atout, ou non. Mais certainement, les excommunier dogmatiquement n’est pas la meilleure façon d’aborder ce problème vital.

Anti : Les OGM n’ont jamais été  inventé pour nourrir le monde, le rendement agricole n’est pas meilleur. Il s’agit en fait d’une entreprise de concentrations des terres agricoles aux mains de quelques-uns au détriment de l’agriculture biologique et des paysans. Cela profite surtout aux semenciers qui sont à la fois fournisseur des ces semences non paysannes, des pesticides et des engrais.

Pro : En 1830, ces fous furieux auraient détruit tout ce qui ressemblait à un train, au motif que l’homme n’est pas fait pour voyager à des vitesses folles dépassant les 30 km/h. Et ils auraient brûlé Pasteur, ce médecin du diable qui voulait inoculer des produits dangereux aux enfants mordus par des chiens enragés au prétexte de vouloir les sauver ! Quand se décidera-t-on à enfermer Bové quelques années en prison pour simplement faire respecter la loi ?

Anti : Ce serait dommage d’enfermer quelqu’un qui se bat pour le bien être alimentaire de tout le monde. Selon une étude de The Guardian, 908 militants écologistes ont été assassinés dans le monde entre 2002 et 2013, avec un taux d’élucidation proche de zéro. Les anti-verts sont légions, et ils sont prêts à tout, y compris à la violence, pour imposer leur pseudo-progrès au reste du monde. L’humanité n’a jamais arrêté de détruire la planète et elle ne l’a jamais fait aussi rapidement qu’aujourd’hui. Tôt ou tard, on paiera tous les conséquences de ces irresponsables.

Pro : Greenpeace manifeste contre les centrales nucléaire et arrache le maïs OGM : quel rapport entre la technique nucléaire et la technique OGM ? Aucun. Pour Greenpeace il y en a un : ce sont des techniques créées par les hommes, qu’il faut donc combattre pour cette raison.

Anti : centrales nucléaires et OGM ont un trait commun, ces techniques empêchent l’autonomie des individus. Elles ne sont pas l’échelle humaine, mais dépendent du système militaro-industriel et/ou des multinationales. Toutes les techniques ne sont pas condamnables, il faut savoir nuancer ses propos. Il y a des techniques douces comme l’agriculture biologique et l’éolienne de petite dimension.

Pro : José Bové et autres veulent que l’on répande davantage d’insecticides dans les champs. Ils arrachent un maïs qui demande moins d’insecticide, qui sera remplacé par un maïs qui sera copieusement arrosé d’insecticide.

Anti : Un OGM, c’est soit une plante qui produit elle-même le pesticide, soit une plante qui résiste aux pesticides de Monsanto. Bref, OGM = Pesticides. Les études ont montré que les semences OGM n’entraînent pas l’usage de moins de pesticides, mais d’encore plus de pesticides. De toute façon la résistance croissante des insectes aux produits « phytosanitaires » montre que l’usage de ces molécules, qu’il soit internalisé dans la plante ou appliqué de façon externe, aboutit à une impasse.

Pro : Le nombre des espèces diminue. Afin d’assurer la pérennité du monde vivant les biologistes doivent pallier cette diminution en créant de nouvelles espèces via les techniques d’OGM. L’hostilité de groupuscules à cette nouvelle science rappelle l’hostilité stalinienne à la génétique naissante des années 30-50 et qui avait trouvé son accomplissement catastrophique dans le Lyssenkisme.

Anti : Je vous propose de considérer le problème autrement : confier à l’homme la responsabilité d’assurer la pérennité de la biodiversité par la manipulation du vivant relève d’une confiance ambitieuse dans l’anthropocentrisme dont toutes les détériorations de la biosphère qui s’ensuivent montrent l’échec croissant. Et ce n’est pas en invoquant les mânes du stalinisme qu’on apporte des preuves contraires…

* Le Monde.fr | 02.05.2014, Greenpeace et des faucheurs mènent une action dans un champ de maïs OGM

Proposition de VADE-MECUM de l’écologiste

Ci-dessous une ébauche de vade-mecum (va-avec-moi) de l’écologiste, à garder toujours en tête. Les recommandations suivantes s’adressent à tout citoyen qui cherche à construire une société plus égalitaire et conviviale en harmonie avec les possibilités matérielles de la biosphère. Mais à chacun de trouver sa propre voie. Vous pouvez commenter ce texte, il est toujours possible d’améliorer les choses.

1) Les écologues indiquent que tous les indicateurs ont au rouge

Le mot écologie a été inventé en 1866 pour désigner une science naissante qui étudie le biotope (territoire offrant des possibilités de vie durable pour une espèce) et la biocénose (ensembles des êtres vivants dans un même milieu). Etude longtemps limitée à des milieux naturels spécifiques, l’écologie est devenue une approche globale des problèmes. Les écologues, porteurs de l’écologie scientifique, démontrent que tous les indicateurs de la planète sont dégradés (stress hydrique, épuisement des ressources fossiles, des réserves halieutiques, des sols…, réchauffement climatique, etc.).

Les crises écologiques, à commencer par la descente énergétique qui va impacter tout notre tissu productif, s’ajoutent à la contrainte financière qui a déjà fait ses effets. Nous nous dirigeons avec une forte probabilité vers l’effondrement de la société thermo-industrielle. Loin du catastrophisme, nous devons faire preuve de réalisme et réagir par rapport à toutes ces menaces.

2) Tous les citoyens sont écologistes par définition

Par définition, tous les citoyens sans exception sont concernés par l’écologie, c’est-à-dire la meilleure manière de parler (logos) de notre maison la Terre (éco, oïkos). Nous sommes tous plus ou moins victimes et responsables du niveau insupportable d’exploitation de la planète qui ne peut que renforcer l’exploitation inadmissible de l’homme par l’homme. Nous sommes donc tous amenés à avoir un comportement écologique.

L’écologie déborde largement la division droite/gauche. Travailleurs ou capitalistes, riches ou pauvres, nous sommes sur la même planète, limitée dans ses possibilités. Nous devons apprendre à partager l’espace et les ressources, non seulement avec les autres humains, mais aussi avec toutes les autres espèces (la biodiversité). L’écologisme marque l’abandon de l’anthropocentrisme et les avancées de l’humilité.

3) Un écologiste montre l’exemple par son comportement

L’écologie montre que le tout et ses parties sont indissociables. C’est la somme des comportements individuels qui fait évoluer la société, c’est la société ainsi créée qui formate les individus. Nous fonctionnons en effet socialement par interaction spéculaire : « Tu fais, parce que je fais, parce que nous faisons tous ainsi. » Le changement social résulte donc de notre exemplarité dans notre comportement écologique. Soyons le changement que nous voulons voir pour ce monde.

                Le mode de vie à l’occidentale est bien au-dessus des possibilités de la planète (cf. l’empreinte écologique), ce qui nécessite une cure d’austérité.  Cela présuppose aussi la lutte contre les inégalités. Individuellement nous devrions adopter le principe suivant : Faire preuve le plus possible dans ma vie de sobriété énergétique et d’autolimitationpour construire avec autrui une société plus conviviale et plus égalitaire. Comme à l’impossible nul n’est tenu, à chacun de faire son possible pour (re)trouver le sens des limites et la simplicité volontaire.  L’écologiste doit s’interroger sur la véritable signification de sa prétendue liberté, y compris en matière de procréation ; place à une démographie responsable.

4)  Notre action obéit au principe de la non-violence

C’est l’obéissance servile aux mécanismes actuels de détérioration de la biosphère et des rapports humains qui nous prépare l’arrivée d’un autoritarisme. Nous savons que nous sommes tous profondément déterminés par les conditions sociales qui nous sont faites, le parcours de nos parents, notre statut professionnel, etc. Mais nous pouvons penser autrement et pratiquer la désobéissance civile. Nous pourrions tous être des objecteurs de conscience, des technocritiques, des objecteurs de croissance, des lanceurs d’alerte… Il faut savoir résister de façon appropriée à la société industrielle de consommation et du spectacle. Non-violence ne veut pas dire passivité.

                La force de la vérité pèse dans nos raisonnement, mais cette vérité n’est pas préétablie. Les limites (à ne pas dépasser) de la pression humaine sur la planète restent souvent indéterminées. L’autoformation permanente de l’écologiste est alors nécessaire ; il faut bien connaître pour mieux agir. Le réseau de documentation des écologistes n’est qu’un moyen parmi d’autres. Mais si nous ne pouvons convaincre par la parole, inutile de vouloir vaincre par la violence. La recherche de l’efficacité immédiate nuit à la pérennité des solutions.

5) Notre pensée intériorise les intérêts des acteurs absents

Il y a les invisibles de la représentation, les acteurs absents. Bien sûr les habitants du tiers-monde, les pauvres, les chômeurs, les exclus… Mais pour une considération écologiste, il s’agit aussi des acteurs absents, qui ne peuvent prendre la parole lors d’une négociation, ou qui ne sont pas invités à la table des négociations : par exemple les générations futures et les non-humains.

Ce n’est pas une procédure démocratique que de décider sans les acteurs absents de ce qui les intéresse au premier chef. Une telle délibération ne peut qu’entraîner de mauvaises décisions dans l’espace et/ou le temps. L’écologiste, élu ou non, doit savoir s’exprimer au nom des acteurs absents, élargir sa pensée dans l’espace et dans le temps.

6) Un lieu à privilégier, la communauté de résilience

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise ou par les travailleurs. Tout le monde est concerné puisqu’il s’agit de rendre notre avenir durable.

Le souci principal d’un écologiste devrait être de chercher la relocalisation des activités et la décentralisation du pouvoir (principe de subsidiarité). Concrètement un écologiste soutient ou met en œuvre une communauté de résilience, espace territorial qui cherche localement l’autonomie alimentaire et énergétique pour assurer la transition de la civilisation thermo-industrielle vers des sociétés qui fonctionneront sans énergies fossiles. Un système démocratique durable est d’autant mieux préservé si l’Etat central programme la mise en place d’une autonomie territoriale. Il n’y a de véritable démocratie que locale. L’écologiste cherche la subtile synthèse entre une pensée ancrée dans l’espace mondial et dans le long terme d’une part, et d’autre part une pratique qui s’exerce de préférence dans son milieu d’appartenance. Le terme qui résume le mieux cette disposition d’esprit est glocal, fusion des deux mots « global » et « local » : agir localement tout en pensant globalement.

7) Un écologiste s’inscrit dans des réseaux

Coopérative ou mouvement, réseaux ou association, l’important est moins dans l’appellation que dans la capacité à créer une forme d’appartenance commune à ce qu’on pourrait appeler un « peuple écolo ». Il nous faut repenser notre façon de vivre et d’être ensemble pour préparer le futur. D’où la nécessité de se retrouver en groupe pour chercher la meilleure voie possible. Avec l’aide de l’écologie scientifique, nous devons débattre collectivement de nos besoins et de nos techniques, de notre manière de manger comme de nos moyens de déplacement.

                Un écologiste s’investit normalement dans une association à but environnemental. Savoir à quelle association adhérer relève d’une analyse personnelle des statuts de cette association. Par exemple Attac a « pour objet… de mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde. » Il n’y a nulle trace dans ces objectifs de préoccupation explicite à propos des rapports entre l’homme et la nature. Adhérer à Attac ne suffit pas pour un écologiste, sauf à œuvrer pour transformer les objectifs de l’association dans un but écologique.

8) Une conception écologique du social et de l’économique

La droite libérale donne priorité à l’économique, la gauche au social. Le concept de développement durable ne hiérarchise pas entre économique, social et environnemental. Or l’écologiste constate qu’aucune activité socioéconomique n’est possible si on n’accorde pas une attention première aux ressources naturelles (l’eau, l’énergie, etc.) qui permettent son existence (durable). Le facteur « terre » est devenu plus important que le travail et le capital car sans ressources naturelles, ni travail, ni capital ! D’où l’idée que sans considérations écologiques, on ne peut avoir des avancées sociales réelles, et sans société conviviale, il ne peut y avoir d’économie saine.

La disparition inéluctable de la plupart de nos esclaves énergétiques (les machines) indiquent que le temps de travail va augmenter, la division sociale du travail se simplifier et le détour de production se raccourcir. Il faudra d’abord compter sur sa force physique, les agriculteurs et les artisans redeviendront l’essentiel de l’emploi. Les techniques douces, à forte intensité d’énergie renouvelables, seront privilégiée. Le respect des cycles naturels formera un impératif.

9) Un engagement qui ne peut être que politique

Au sens noble du mot « politique », il s’agit de participer à l’organisation de la cité. Au sens large, tous nos gestes sont politiques car ils entraînent des répercussions sur le fonctionnement de la société humaine insérée dans la biosphère. Nous ne pouvons échapper au politique. L’écologie politique porte en soi l’urgence écologique, mais elle ne s’incarne pas forcément dans un parti particulier puisque l’écologie a pour vocation de rassembler l’ensemble de l’humanité autour d’un avenir durable.

A chacun de s’investir dans un parti ou mouvement de son choix en sachant que l’essentiel est notre propre comportement. Un projet politique doit remonter d’en bas, de notre engagement personnel, et non l’inverse, descendant des institutions. Et notre critère d’engagement, c’est d’abord la préoccupation écologique. L’écologie, c’est-à-dire la gestion du long terme et le sens des limites, doit l’emporter sur le souci de la victoire électorale. L’essentiel est de porter en toutes circonstances par la pensée et par ses actes les principes généraux de ce vade-mecum.

NB : Pour de plus amples développements, lire par exemple:

Recherche des fondamentaux pour militantEs écolos

Utopie 2050

Des bombes contre la société industrielle, Kaczynski

Alain Gras trouve important dans un article* de ne pas ignorer Ted Kaczynski. Il rappelle que Kaczynski fut surnommé Unabomber par les journalistes. De 1978 à 1996, il avait envoyé des colis piégés qui firent trois morts et vingt-trois blessés. Mais il voulait en finir avec le soi-disant progrès technologique qui « détruit la liberté humaine et conduit nécessairement à la catastrophe ». Il a rédigé en prison « l’effondrement du système technologique ». Alain Gras en retire l’idée principale, à savoir qu’il y a deux sortes de techniques, une technologie cloisonnée et une technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. Ainsi un réfrigérateur est branché pour fonctionner sur un ensemble industriel complexe et une source d’énergie éloignée. Si le système techno-industriel s’effondre, il n’y aurait plus de réfrigération. A ce système macro-industriel s’oppose la technologie cloisonnée, le talent du forgeron ne peut être perdu. Kaczynski insiste sur la fragilité des systèmes techniques compliqués et rappelle que les Romains n’ont laissé que des traces de leurs technologies, aqueducs, routes, chauffage et autre prodiges de leurs fascinant ingénieurs. Tout cela s’effondre au Ve siècle avant Jésus Christ.

Rendons hommage à Alain Gras. Il a su discerner la méthode violente et inacceptable utilisée par Kaczynski pour promouvoir ses idées et le fond de sa pensée (qui rejoint celle d’Alain), une critique radicale du progrès technique. Il aurait pu ajouter que la différenciation entre techniques appropriées et technologie trop complexe a été déjà abordé par d’autres auteurs comme Mumford qui distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Teddy Goldsmith, qui s’appuie sur Wolfgang Sax, utilise d’autres termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures. Nous aimerions personnellement regrouper ces différentes appellations sous le titre « techniques conviviales » contre « technologie non durable ». De plus l’idée d’effondrement a été abordé par de nombreux auteurs, par exemple Joseph Tainter (l’effondrement des sociétés complexes) ou Jared Diamond (Effondrement – De la disparition ou de la survie des sociétés).

En résumé, la technique moderne n’est pas la solution, elle est le problème et nous amène à la catastrophe. Mais nous pourrions mettre en place des techniques durables qui nous permettraient de résister localement à la descente énergétique.

* Mensuel la Décroissance, décembre 2013-janvier 2014, page 10 (Des bombes contre la société industrielle)

L’accouchement à domicile, c’est un choix de l’écologie

LE MONDE se refuse à toute propagande en faveur de l’accouchement à domicile. Car entre lemonde.fr* et la parution papier**, il a entre autres sucré cette phrase de Carole Rossow, jeune accouchée « maison » : « C’est cet accompagnement (par une sage-femme) que je recherchais, accoucher chez soi, dans l’intimité et la douceur, et non à être accouchée dans un protocole strict, avec un rythme d’usine et par des gens inconnus. » Il a sucré aussi le fait des manifestations en faveur de l’accouchement à domicile. Il ne reste que des considérations bassement financières : attestation d’assurance de 19 000 à 25 000 euros par an, l’équivalent du revenu total moyen d’une sage-femme, pour un acte facturé moins de 314 euros. La prime d’assurances est en effet calquée sur les accouchements à risque alors que l’accouchement à domicile ne peut être envisagé qu’après une grossesse normale. Triste collusion avec les assurances, c’est le ministère lui-même qui a exigé des sages-femmes qu’elles transmettent leur attestation d’assurance. Notons qu’il n’y a que 72 personnes en France qui déclarent pratiquer des accouchements à domicile.

Pourtant la naissance est un processus physiologique naturel sur lequel il convient d’interférer le moins possible. Les écologistes véritables ne veulent pas de l’hyper-contrôle des personnes du berceau à la tombe, ils ne veulent pas de la main-mise des spécialistes dans tous les domaines de leur existence, ils veulent retrouver une certaine autonomie, ils crient « halte à la technique pour la technique ». C’est sous la pression des médecins que les pouvoirs publics ont déconseillé en France dès 1972 les accouchements à domicile. Pourtant l’accouchement dans son propre lit était la règle pour les générations antérieures. Pourtant aux Pays-Bas cette pratique est encore courante. Pour des associations féministes et écologistes, la femme doit pouvoir accoucher « comme elle veut et où elle veut ». Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie ! Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société, en s’éloignant toujours plus de la nature, se dénature. Notre société ignore que la raréfaction des énergies fossiles va entraîner la simplification drastique de notre appareillage médical  et même la disparition des compagnies d’assurance…

Cf. nos articles antérieurs sur les accouchements  à domicile :

Accouchement, désert médical ou société surmédicalisée ?

Donner la vie n’est pas une maladie

Bien naître, bien-être

*Le Monde.fr | 29.10.2013, Des sages-femmes et des parents jugent l’accouchement à domicile menacé

** LE MONDE du 30 octobre 2013, Des sages-femmes et des parents jugent l’accouchement à domicile menacé

recherche des « fondamentaux » pour militant(e)s écolos

SOMMAIRE

1) un mouvement anti-croissance, critique de la droite comme de la gauche

2) un mouvement réaliste, considérant la catastrophe comme probable

3) un mouvement qui lutte contre la bureaucratisation de l’écologie politique

4) un mouvement de considération de la nature, refusant l’anthropocentrisme exacerbé

5) un mouvement démocratique élargi dans le temps et dans l’espace

6) un mouvement reconsidérant la division excessive du travail

7) un mouvement qui sait désobéir et pratique la non-violence

8) un mouvement qui repose sur l’exemplarité des militants

9) un mouvement qui s’inscrit dans des réseaux

A) Développement

1/9) un mouvement anti-croissance, critique de la droite comme de la gauche

La croissance permanente dans un monde fini est impossible, pourtant la droite libérale et la social-démocratie restent sur ce schéma de pensée. Après plus de soixante ans de volonté de croissance économique, l’empreinte écologique de l’humanité a dépassé les capacités de la planète de 50 %. La relance keynésienne ou la croissance « verte » ne peuvent qu’accentuer les méfaits de la croissance. Nous dilapidons le capital naturel et les inégalités sociales s’exacerbent. Nous risquons la décroissance subie (crise, récession économique, effondrement de la civilisation thermo-industrielle). L’écologie politique détermine les décisions qui doivent être prises dans ce difficile contexte. Il est vital d’inverser les pratiques actuelles qui cultivent la démesure de la société de consommation et le culte du progrès technique. Nous utiliserons des techniques douces, douces à l’homme et à la nature. Il nous faut maîtriser la nécessaire décroissance des flux de matières et d’énergie et apprendre à partager équitablement la pénurie.

Les efforts à accomplir ne peuvent être acceptés que si les solutions sont discutées, à l’intérieur d’EELV, au niveau national ou international, dans le cadre des familles ou de l’école. Il s’agit  de repenser l’échelle de nos besoins, d’analyser les usages de nos consommations et les utilités de nos productions. Il s’agit de mettre en place une démocratie participative qui s’interroge et envisage un avenir durable. Par exemple, de quelles quantité d’électricité avons-nous besoin ? La voiture électrique est-elle une voiture propre ? Faut-il abandonner la voiture individuelle (dévoiturage) ? Quel mode de déplacement doit-il être favorisé ? Comment ? Etc. Il nous faut cultiver le sens des limites dans tous les domaines, y compris au niveau démographique. Il nous faut considérer l’urgence écologique.

2/9) un mouvement réaliste, considérant la catastrophe comme probable

L’écologie scientifique nous indique que tous les indicateurs de la planète sont dégradés (stress hydrique, épuisement des ressources fossiles, des réserves halieutiques, des sols, etc.). Nous sommes entrés dans l’anthropocène : l’homme est devenu une force « géologique ». La raison première de ces dégradations résulte de l’abondance actuelle de l’énergie fossile qui a démultiplié la puissance de l’homme sur la nature. Or le pic du pétrole conventionnel est dépassé, nous allons bientôt entrer dans une période structurelle de descente énergétique. Quand nous n’aurons plus les 150 esclaves énergétiques qui servent chaque Français, la rupture sera douloureuse et il faut nous y préparer. De plus on se rapproche dangereusement du point de basculement climatique de la Terre.

L’avenir est donc à la sobriété énergétique que nous voulons organisée et non subie. Il nous faut montrer que la force de travail des hommes est une valeur précieuse, condition indispensable à toute activité. Le chômage sera moindre car il faudra des bras dans l’agriculture biologique comme dans beaucoup d’autres activités autrefois capitalistiques (utilisant beaucoup de capital technique). Il nous faudra veiller cependant à ce qu’une nouvelle nomenklatura n’aménage pas la pénurie à son profit. Les privilèges ne sont acceptables ni dans la société, ni dans notre parti.

3/9) un mouvement qui lutte contre la bureaucratisation de l’écologie politique

En France, la date symbolique de l’écologisation de la politique est la présidentielle de 1974 avec la candidature de René Dumont, soutenu par le mouvement associatif environnemental. Les Verts naissent en 1984. Après l’ouverture à la société civile aux européennes de juin 2009 sous l’étiquette Europe Ecologie, il y a création d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à Lyon le 13 novembre 2010. Depuis les dernières élections, il y a maintenant des groupes parlementaires EELV au Sénat et à l’Assemblée nationale.

Or, plus un parti se développe, plus la logique de l’organisation a tendance à primer la logique des idées. Toutes les grandes organisations devant mener à bien des tâches complexes connaissent ce processus de bureaucratisation. Confondue avec le parti, l’organisation permanente, de moyen devient une fin, à laquelle on peut finir par tout subordonner : principes, convictions personnelles, etc. Le parti devient un parti de cadres et non un mouvement de militants. En 2008 on dénombrait déjà 2000 élus pour quelque 6000 adhérents. Les dirigeants du parti risquent d’adopter un comportement de plus en plus autocratique. La formation Cédis (Centre d’écodéveloppement et d’initiative sociale), payante et importante, ne s’adresse qu’aux élus. Par contre la formation du militant de base est bénévole, peu structurée nationalement.

Pour briser la rupture entre élus et militants, la réflexion permanente permet le contre-pouvoir. C’est d’abord aux militants de lutter contre la bureaucratisation de leur parti. Le débat d’idées dans les groupes locaux doit prendre au moins autant de temps que les impératifs de l’organisation (voir « démocratie participative » dans le point 1). Il nous faut aussi reconsidérer notre rapport à la nature.

4/9) un mouvement de considération de la nature, refusant l’anthropocentrisme exacerbé

Beaucoup considèrent aujourd’hui la nature comme « extérieure » à l’humanité. Cette « extériorité » nous déresponsabilise et permet tous les abus : épuisement des énergies fossiles, dérèglement du climat, recul des terres arables, agonie des sols, raréfaction de l’eau douce, dépeuplement des océans, crise des agricultures, destruction de la biodiversité…

Ce dualisme résulte de l’attribution aux seuls êtres humains d’une considération morale exclusive : c’est le fait de l’anthropocentrisme. L’écologie politique adopte un point de vue plus large : l’ensemble des êtres vivants mérite une considération morale directe. Cette approche se nomme le biocentrisme. L’écologie politique porte aussi en elle un écocentrisme, c’est-à-dire la prise en considération des entités supra-individuelles, comme les espèces ou les écosystèmes. C’est un renversement des fondements de la philosophie occidentale, encore centrés sur la séparation entre l’espèce humaine et la nature… Cela ouvre la perspective de droits de la nature. Notre cohérence politique est fonction de notre capacité à internaliser, dans le domaine économique et social, tout ce qui a été externalisé au nom d’une prétendue dualité entre humanité et nature. Il s’agit d’envisager un élargissement de la démocratie.

5/9) un mouvement démocratique élargi dans le temps et dans l’espace

La démocratie actuelle s’intéresse seulement à des groupes restreints dans l’espace et le temps. Les conseils municipaux s’occupent de leur commune, les députés élaborent des lois dans l’intérêt de la nation, etc. Avec ce processus, les générations présentes sont favorisées au détriment des générations futures, la biodiversité sacrifiée, les ressources naturelles dilapidées. L’écologie politique porte un autre regard sur la démocratie en s’intéressant aux acteurs absents  : tiers qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. Par exemple le milieu naturel, les êtres vivants non humains, les générations futures.

Tout le problème est de savoir comment accorder un droit de vote à ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. Tout simplement en s’en faisant leur représentant. Un décisionnaire qui ne représente pas dans ses choix une bonne analyse dans l’espace (considération de tous les éléments de la planète) et dans le temps (considération du futur) n’est pas un bon démocrate. L’écologiste, citoyen lambda ou militant, élu ou non, doit apprendre à s’exprimer au nom des acteurs absents. Cela implique la rupture avec le système productif actuel.

6/9) un mouvement reconsidérant la division excessive du travail

Notre civilisation thermo-industrielle a atteint des sommets de complexité, et la division du travail, nationale et internationale, est généralisée. Le salaire et la multiplication des salariés dépendent d’une spécialisation des tâches de plus en plus poussée. Or plus la division du travail est poussée, plus la société est fragile. Nous sommes  dépendants d’une suite de travaux parcellaires de plus en plus éloignés de notre lieu de vie et nécessitant des quantités croissantes d’énergie fossile. Quand cette société va commencer à affronter les difficultés socio-économiques et/ou écologiques, toute la structure des interdépendances socioprofessionnelles va s’écrouler par un effet en chaîne : c’est l’effondrement. Notre empreinte écologique actuellement disproportionnée par rapport aux capacités de la nature ne peut se réduire qu’en diminuant la division nationale et internationale du travail.

Parler globalement de création d’emploi sans s’interroger sur leur utilité et leur durabilité n’a aucune signification. Il faut se préparer aux métiers du futur, techniques douces, emplois de proximité, relocalisation. Au-delà de la nécessaire démondialisation, nous avons à revaloriser le travail manuel et les petites entreprises, conseiller aux jeunes l’agriculture ou l’artisanat plutôt que les hautes études, faire preuve de solidarités de proximité au lieu de tout miser sur les caisses déficitaires de la Sécurité sociale. Le travailleur doit avoir le sentiment d’être directement utile à la collectivité. Il nous faut convaincre, cela passe parfois par la désobéissance civile et toujours par la non-violence.

7/9) un mouvement qui sait désobéir et pratique la non-violence

C’est l’obéissance servile aux mécanismes actuels de détérioration des rapports humains et des équilibres de la biosphère qui nous concocte l’arrivée d’un autoritarisme. Dans ce contexte, le rôle d’un parti écologiste est de forger ses militants à résister à cette soumission volontaire. Les faucheurs d’OGM, les objecteurs de croissance, les casseurs de pub et les lanceurs d’alerte sont l’avant-garde du mouvement écologiste.

Notre militantisme choisit la non-violence. Aucune vérité ne peut s’imposer, elle doit être expliquée, comprise et entraîner l’adhésion. L’adage « la fin justifie les moyens » est exclu, la fin est déjà dans les moyens. Cela implique aussi l’objection de conscience, le refus de porter les armes dans des conflits collectifs. La guerre n’a jamais résolu quelque problème que ce soit. L’abandon unilatéral de la dissuasion nucléaire française et la non-intervention armée où que ce soit dans le monde peut être envisagé.

Construire un monde pacifique est un tâche longue et difficile. Il ne suffit pas d’agir par la parole, il nous faut aussi mettre notre pratique en accord avec nos idées.

8/9) un mouvement qui repose sur l’exemplarité des militants

Chacun de nous respecte des codes sociaux, nous jouons un rôle conforme à notre statut, respectant des normes et souvent oublieux des valeurs. Nous agissons comme dans un miroir, par rapport aux autres ; c’est un  mécanisme d’interaction spéculaire. Or le système cultive des éléments de langage (croissance, emploi, compétitivité, profit, consumérisme, etc.) qui nous font oublier le sens des limites. Il nous faut aller contre le langage commun, cultiver la simplicité volontaire, montrer l’exemple de la sobriété énergétique, refuser les mécanismes publicitaires et ceux de la mode, proscrire l’achat inutile et le besoin artificiel. Il s’agit de se démarquer de la société de consommation et de la société du spectacle. C’est l’autolimitation qui permettra de construire ensemble une société plus conviviale et plus égalitaire. Cessons d’attendre que le système change, il ne changera pas sans nous. C’est la stratégie du colibri.

Mais acquérir le sens des limites n’est pas réservé aux militants écolos. Nous attendons des autres qu’ils fassent de même. L’exemplarité de notre comportement devrait provoquer un effet boule de neige. Mais les inégalités de revenus empêchent la prise de conscience. Nous sommes dans un cercle vicieux imitation/ostentation (effet Veblen) qui ne peut s’arrêter que si les riches ne peuvent plus détruire la planète. L’écologie exige un partage équitable des ressources. La recherche des limites est un passage obligé pour permettre un équilibre durable entre les possibilités de la planète et l’harmonie sociale. Personne ne devrait s’arroger des privilèges de revenus et de consommation.  Il nous faut porter le message de l’écologie politique dans toute la société.

9/9) un mouvement qui s’inscrit dans des réseaux

L’enjeu est de construire un parti réseau : coopérative politique, mouvement associatif, cercles de réflexion, il nous faut montrer notre capacité à créer une forme d’appartenance commune à un « peuple écolo ».

Il est possible de recommander la participation du militant écolo à une association à but environnemental. Savoir à quelle association adhérer relève du choix personnel. Il y a des organisations internationales comme Greenpeace, des fédérations d’association comme FNE, des association crées spécialement pour la protection de tel ou tel lieu de vie. La vie politique et la vie associative sont indissociables.

Le militant écolo peut aussi soutenir le mouvement des « territoires en transition ». Des communautés de résilience peuvent nous préparer aux chocs énergétiques, au changement climatique et à la crise alimentaire. Une action raisonnée de l’écocitoyen est une subtile synthèse, ancrée dans l’espace mondial et dans le long terme tout en s’accompagnant d’une pratique qui s’exerce de préférence dans son milieu d’appartenance. Le terme qui résume le mieux cette disposition d’esprit est glocal, fusion des deux mots « global » et « local » : agir localement tout en pensant globalement.

B) Lexique (explicitation des mots soulignés)

Acteur absent : au sens le plus large, qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. Exemple : milieu naturel, être vivants non humains, générations futures. Cf. L.Sébastyien et F.Paran, Une négociation un peu plus écologique + une conservation un peu plus humaine = une gouvernance environnementale mesurée ? (communication au 71e congrès de l’Acfas, mai 2003). Il faut remarquer que la génération actuelle peut se permettre d’utiliser autant de ressources non reproductibles uniquement parce que les générations à venir sont exclues du marché actuel pour la simple raison qu’elles ne peuvent y être présentes ; sinon le prix s’élèverait déjà à l’infini. Il y a une dictature du présent sur l’avenir. Le seul moyen de protéger les générations à venir, c’est de se rééduquer de façon à ressentir quelque sympathie pour les êtres humains futurs de la même façon que vous êtes intéressés au bien-être de vos contemporains. Cette sympathique peut aller aussi vers les animaux, les êtres vivants et même les objets naturels.

Anthropocène : Selon la commission de stratigraphie de la Royal Geological Society de Londres, «  la réaction du climat aux gaz à effet de serre et l’ampleur du changement de la biosphère rendent vraisemblable l’idée que nous soyons entrés dans une nouvelle époque sans comparaison possible avec aucun autre épisode interglaciaire du Quaternaire…. En d’autres termes, l’évolution elle-même a été orientée vers une nouvelle trajectoire ». En 2000, Stoermer et Crutzen proposèrent dans la newsletter de l’IGPB d’appeler cette nouvelle ère Anthropocène. (Voyage dans l’anthropocène de Claude Lorius et Laurent Carpentier, 2010)

Anthropocentrisme : L’attribution d’une considération morale exclusive aux seuls êtres humains est qualifiée d’anthropocentrisme. Parce que seuls certains êtres humains sont dotés de rationalité morale, les valeurs sont fondamentalement anthropogéniques ; elles sont générées par des êtres humains. (Du bon usage de la nature – pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère)

Associations environnementales : une association dédié à un problème écologique même très local est notre allié naturel. Le PS s’inscrit aux côtés des syndicats : en effet les membres du Parti socialiste « doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association » (statuts du Parti socialiste – titre 2, les militants – Article 2.2 : obligations syndicales et associatives des adhérents). EELV pourrait recommander à ses membres l’appartenance à une association environnementale. Le choix d’une association : savoir à quelle association adhérer relève d’une analyse des statuts de cette association. Par exemple Attac a « pour objet de produire et communiquer de l’information, de promouvoir l’éducation populaire, ainsi que de mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde. Parmi ces moyens figure la taxation des transactions sur les marchés financiers. » Il n’y a nulle trace dans ces objectifs de préoccupation explicite à propos des rapports entre l’homme et la nature. Attac s’intéresse aux conséquences économiques et socio-politiques, pas aux déterminants écologiques.

Biocentrisme : Différentes théories morales proposent d’inclure l’ensemble des êtres vivants dans la sphère des individus méritant une considération morale directe. On parle alors de biocentrisme. Paul Taylor considère que tout être vivant est un centre-téléologique-de-vie. Les organismes vivants ont leur finalité, ils possèdent un bien qui leur est propre, l’accomplissement de leurs fonctions biologiques, qu’ils poursuivent par leurs propres moyens. Selon l’égalitarisme biocentrique, tous les êtres vivants ont la même valeur, et cette valeur nous impose le respect. (Du bon usage de la nature – pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère)

Descente énergétique : « Si subitement nous n’avions plus ni pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. » (Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici, 2011)

Capacité à internaliser : « Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. Parce que la Comptabilité Nationale est fondée sur les transactions financières, elle compte pour rien la Nature à laquelle nous ne devons rien en fait de payement financier, mais à laquelle nous devons tout en fait de moyens d’existence… Le terme d’infrastructure est à présent populaire, il est bon d’avoir donné conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. » (Bertrand de Jouvenel in Arcadie, essai sur le mieux vivre,1968)

Colibri (stratégie du) : Pierre Rabhi rappelle l’enseignement de la légende amérindienne du colibri : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » Une association Colibris relaye ce message en France.

Dévoiturage, démondialisation, etc : Dans un contexte de pénurie globale des ressources naturelles, l’avenir n’est plus dans l’expansion, mais dans son inverse. A la croissance économique doit donc succéder la DEcroissance conviviale, à l’effet rebond l’effet DEbond, à la mondialisation la DEmondialisation, à la pollution des sols et des esprits la DEpollution, au populationnisme la DEpopulation, à l’urbanisation la DEsurbanisation, à la voiture pour tous le DEvoiturage. N’oublions pas la DEmilitarisation ! (Beaucoup de « DE » contre les « SUR »  )

Droite/gauche : « L’écologie politique ne sera jamais neutre vis-à-vis du clivage droite-gauche quand il s’agit de choisir entre des politiques qui favorisent les privilégiés et celles qui se préoccupent des démunis. Pour autant, les écologistes et les gauches ne sont pas des alliés naturels. Ils n’ont pas le même ancrage historique et ne s’inscrivent pas dans le même horizon. Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fascinés par ses fétiches et ses addictions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. (manifeste EELV pour une société écologique, novembre 2010) »

Division du travail : « J.B. Say avait raison de noter qu’Adam Smith s’égare lorsqu’il attribue une amélioration du niveau de vie grâce à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature. » (Bertrand de Jouvenel in Arcadie, essai sur le mieux vivre,1968)

Droit de la nature : « l’arbre doit aussi avoir le droit de gagner en justice » (Should Trees Have Standing? de Christopher D.Stone). Le texte de Christopher D.Stone est présenté dans les Grands Textes fondateurs de l’écologie (Flammarion 2013, Champs classiques, 384 pages, 10 euros). Pour l’anecdote, Coluche : « Pour qu’un écolo soit élu président, il faudrait que les arbres puissent voter ».

DUMONT René : L’écologie ou la mort (à vous de choisir) la campagne de René Dumont, les objectifs de l’écologie politique (1974)

Ecocentrisme : Le biocentrisme  comme le pathocentrisme (l’antispécisme), s’ils remettent en cause l’anthropocentrisme, restent cependant tributaires d’une approche individualiste de la considérabilité morale. Or la protection de la biodiversité s’intéresse surtout à des entités supra-individuelles, comme les espèces ou les écosystèmes. Les tenants de l’écocentrisme invitent à prendre en compte dans la délibération morale ces entités globales. (Du bon usage de la nature – pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère)

Effet Veblen : « Nous limiterions notre gaspillage, nous chercherions à changer notre mode de vie, tandis que les gros, là-haut, continueraient à se goberger dans leurs 4×4 climatisés et leurs villas avec piscine ? Non. La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » (Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf, 2007)

Effondrement : Si quelque chose ne fonctionne pas, c’est que c’est trop grand. Ainsi s’exprimait Léopold Kohr (1909-1994), inspirateur du titre de l’ouvrage de Schumacher (Small is beautiful), auteur en 1957 de The Breakdown of Nations (non traduit en français) et prix Nobel alternatif en 1983. Les petites nations, les petites économies sont les plus paisibles, les plus prospères et les plus créatives. Mais à l’échelle des Etats modernes, toutes les organisations deviennent tyranniques. Car le problème, c’est la démesure. Le gigantisme peut seulement mener à des problèmes d’une proportion ingérable ; il faut encore plus de pouvoir pour gérer le pouvoir en question et cela n’a qu’une fin possible, l’effondrement. Nous connaissons aujourd’hui cette crise du gigantisme, et nous cherchons à y remédier par de fausse solutions : des unions fiscales, une gouvernance mondial, plus de croissance. Cette analyse rejoint d’une certaine façon les analyses de Lewis Mumford à la même époque (Les transformations de l’homme – 1956)

Empreinte écologique, superficie de sol (et d’eau) écologiquement productif de différentes sortes (sol agraire, pâturage, forêts…) qui serait nécessaire avec la technologie courante

a) pour fournir toutes les ressources d’énergie et de matière consommée et

b) pour absorber tous les déchets déversés par cette population.

Notre empreinte écologique de Mathis WACKERNAGEL et William REES (1996 – écosociété, 1999)

Esclaves énergétiques : Un seul litre de pétrole contient l’équivalent de près de 9 kWh d’énergie, alors que le rendement moyen d’un être humain est d’environ 3 kWh au cours d’une semaine de 40 heures de travail ! Des esclaves énergétiques font aujourd’hui notre lessive, cuisinent à notre place, nous transportent à l’autre bout du monde, nous divertissent, et font pour nous la majeure partie des travaux pénibles nécessaires à notre survie ou à notre confort. L’énergie utilisée par personne est équivalente à 15 esclaves énergétiques en Inde, 30 en Amérique du Sud, 150 en Europe et 300 aux Etats-Unis (selon Craig). (Des esclaves énergétiques (réflexions sur le changement climatique) de Jean-François Mouhot – 2011)

Interaction spéculaire : le discours sur l’effondrement ne peut être tenu par les responsables économiques et politiques, qui, à la place qu’ils occupent, sont soumis aux contraintes de l’interaction spéculaire (ndlr : spéculaire, relatif au miroir). Ni par les responsables économiques parce qu’ils n’ont d’autre horizon que la rentabilité, de plus en plus financière, de leur entreprise, et la concurrence féroce pour les parts de marché dans leur secteur. Ni par les responsables politiques parce qu’ils n’ont d’autre horizon que leur prochaine réélection et la concurrence féroce pour les places de pouvoir dans les institutions. (Antimanuel d’écologie d’Yves Cochet, 2009)

KEYNES (relance keynésienne) : Keynes avait écrit après la grande crise de 1929 pour promouvoir une politique de relance économique soutenue par l’Etat. Le système de marché n’était pas capable à son avis de résoudre une telle crise financière et ses impacts sur l’activité réelle. Mais il s’agissait pour lui d’une politique conjoncturelle, de court terme. Les Trente Glorieuses en ont fait une politique structurelle de soutien continu de la demande par l’expansion monétaire, le crédit et les  dépenses étatiques. (Keynes a tort)

Non-violence :: « L’un des principaux aspects de nos actions est d’attirer l’attention du public. La condition du succès est alors dépendante de notre capacité à confirmer l’hypothèse suivante : si seulement l’opinion publique savait ce que les écologistes défendent, alors la majorité des gens serait de leur côté. L’expérience accumulée ces dernières années indique que le point de vue écologique avance grâce à une communication politique non-violente qui mobilise à la racine. Historiquement, les voies de la non-violence sont étroitement associées aux philosophies de la totalité et de l’unicité. » (Arne Naess , initiateur de l’écologie profonde in Ecologie, communauté et style de vie, 1976 – traduction française 2008) Arne Naess prenait cet exemple : Un serviteur zélé du peuple, qui avait dit oui à une centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant que philosophe. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est d’adopter un jour la perspective du long terme ! » ( Arne Naess, Vers l’écologie profonde avec David Rothenberg – 1992, wildproject 2009)

Norme = concrétisation des valeurs dans des règles de conduite susceptibles de sanction (exemples : règles de politesse, normes de consommation, etc.). Les normes évoluent grâce aux mouvements sociaux, mais elles peuvent aussi étouffer le sens des valeurs. . La position sociale d’un individu (rôle et statut) dépend d’un discours social (valeurs et normes). La position sociale d’un individu (rôle et statut) dépend d’un discours social (valeurs et normes).

Rôle : pour un individu, ensemble des comportements que les autres attendent de lui. La position sociale d’un individu (rôle et statut) dépend d’un discours social (valeurs et normes).

Soumission volontaire : « Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, sinon qu’il a plus que vous tous : c’est l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux dont il vous épie si vous ne lui donniez ? Combien a-t-il tant de mains pour vous frapper s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il s’ils ne sont les vôtres ? (…) » (La servitude volontaire d’Etienne de la Boetie, 1576)

Statut : ensemble des comportements d’autrui auquel un individu peut s’attendre. La position sociale d’un individu (rôle et statut) dépend d’un discours social (valeurs et normes).

Territoires en transition : depuis 1972, le rapport du club de Rome a dénoncé la course à la croissance en démontrant les limites de la planète. Depuis 1974 et le premier choc pétrolier, nous savons que notre civilisation dépend du pétrole.  Depuis 1990 et le premier rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), nous savons que l’humanité va faire face à un réchauffement climatique. Comment agir efficacement ? L’échec des conférences internationales et les inerties gouvernementales montre que cette voie est trop lente. Pratiquer à l’échelle personnelle la simplicité volontaire semble nécessaire mais insuffisant. Ce qui nous semble le plus pragmatique, c’est d’agir directement au sein de sa communauté d’appartenance pour en restaurer la résilience, la capacité de résister aux chocs. Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. Le projet 2012 d’EELV aborde (un peu) cette problématique : «  Tout comme le réchauffement de la planète, la rareté à venir, la décroissance proche et rapide de la ressource en énergie fossile et en pétrole ont été annoncées depuis longtemps par les écologistes (…) Le soutien à des mécanismes d’action publique tels que les projets de gestion communautaire doit devenir prioritaire afin d’intégrer des objectifs comme la préservation de la biodiversité, la souveraineté alimentaire, et des solutions innovantes (ville en transition…).» Un livre à connaître, le manuel de transition de Rob Hopkins

Techniques douces : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied ». (présentation par Ivan Illich de son livre, La convivialité, 1973)

Valeurs = discours qui permet à l’enfant ou à l’adulte de faire un classement des choses et des pensées (bien et mal, beau et laid, juste et injuste, bon et mauvais, supérieur et inférieur). La position sociale d’un individu (rôle et statut) dépend d’un discours social (valeurs et normes).

les éléments de langage sur la transition énergétique

Le débat franco-français sur la transition énergétique touche à sa fin. Mais bien avant qu’il ne commence, on savait déjà comment il allait se terminer. Les éléments de langage communs à l’élite qui nous gouverne sont ressassés depuis des années déjà. Prenons le dernier discours de Laurence Tubiana* :

– croissance : « L’amélioration de l’efficacité énergétique est nécessaire pour relancer la croissance française. »

– productivité : « La croissance peut se trouver augmenter par une augmentation de la productivité de l’économie française. »

– technologie : « La France doit saisir aujourd’hui l’opportunité d’entrer sur les marchés des technologies d’avenir… L’innovation technologique et sociale est primordiale. »

– compétitivité : « La maîtrise des technologies environnementales sera l’une des clés pour une compétitivité durable. »

– rentabilité : « Oui, la transition énergétique est un processus économique rentable. Les coûts qu’engendrerait le maintien du système énergétique actuel, basé sur les énergies fossiles, se révéleraient à terme plus élevé que ceux que représentera la transition énergétique. »

Laurence Tubiana semble parfois dire vrai: « Imaginez une source d’énergie qui soit bon marché et couvrirait 50 % de nos besoins domestiques : il s’agit tout simplement des économies d’énergie ! » Mais ces économies d’énergie reposeraient uniquement sur « l’amélioration de l’efficacité énergétique ».  Elle passe sous silence le fait que la première source d’économie d’énergie est la sobriété, le refus de la surconsommation, ce qui implique de savoir s’entraider et d’être heureux de peu. Une véritable transition repose sur la décroissance des besoins, l’usage de techniques douces moins productives mais plus adaptées à l’homme et à la planète, la coopération internationale et non la compétition, le refus du profit à court terme et de la rentabilité financière. L’inverse des éléments de langage véhiculés par la classe dirigeante et ses sbires.

Laurence Tubiana appartient au comité de pilotage du débat sur la transition énergétique dont elle est la « facilitatrice ». Elle restera le soutien du système productiviste. La situation est bloquée. Sobriété énergétique, nucléaire, gaz de schiste : sur tous ces aspects décisifs du débat, une alliance de fait existe entre le Medef et trois syndicats de travailleurs : la CGT, FO et la CFE-CGC… Ils ont tous un intérêt commun : la préservation du statu quo dans les filières de l’énergie. Un document présentant la synthèse des « priorités » du débat national sur la transition énergétique vient d’être retiré du site du ministère de l’écologie, car jugé « inacceptable » par le patronat**. Ce texte évoquait en « priorité numéro deux » la « mise en place d’une fiscalité environnementale, en particulier d’une contribution climat-énergie ». Un casus belli pour le Medef. Or la taxe carbone ou assimilée serait le meilleur moyen de promouvoir la sobriété énergétique… Le projet de loi sur la transition énergétique n’arrivera en séance publique au Parlement qu’à la mi-février 2014. De toute façon, il ne fera pas bouger les lignes, à moins d’un nouveau choc pétrolier d’ici là !

* LE MONDE du 22 juin 2013, La transition énergétique est une  nécessité, les ressources se raréfiant (Laurence Tubiana)

** http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/06/21/allies-medef-et-syndicats-ont-fait-voler-en-eclat-le-debat-sur-la-transition-energetique/

Les sondages nous trompent, réfléchissons par nous-mêmes

Le « regard des Français » n’existe pas, ce n’est qu’une image statistique faussée. Prenons ce titre du MONDE « gaz de schiste : des Français plus sensibles au potentiel d’activité et d’emplois »*. Le journaliste Pierre Le Hir nous révèle le pot aux roses.

Le sondage est bien réalisé par l’IFOP, mais pour la société eCORP Stimulation Technologies (ecorpStim), spécialisée dans l’extraction des hydrocarbures. La dernière question révèle en fait la véritable finalité du sondage. Elle est ainsi libellée : « S’il existait aujourd’hui une technologie alternative qui ne nécessitait ni eau ni produits chimiques pour extraire le gaz de schiste, seriez-vous favorable à ce qu’elle soit testée à titre expérimental en France ? » La réponse des sondés est positive à 80 %… Or l’eCORP International a récemment mené un essai de « stimulation » de la roche par du propane, avec, assure-t-elle, « un impact minimal sur l’environnement ». Mais si l’on avait demandé aux Français s’ils approuvent l’usage d’un gaz inflammable, explosif et asphyxiant – ce qu’est le propane –, leur réponse aurait été tout autre. Prenons les autres « évolutions » des sondés.

L’exploitation du gaz de schiste « augmenterait l’indépendance énergétique de la France ». Or cette nouvelle manne ne reculerait la fin des énergies fossiles que de quelques années. Ces annonces incessantes d’un nouvel Eldorado potentiel nous empêchent de promouvoir dès aujourd’hui la seule politique tenable : économiser l’énergie de façon drastique pour aboutir à une consommation d’énergie juste égale aux ressources renouvelables d’énergie. Mais cela, aucun industriel, donc aucun politique, n’en parle. Précisons qu’en Europe, la part des énergies renouvelables n’atteignait que 12,7 % dans l’Union européenne en 2011.

L’exploitation du gaz de schiste créerait de « nombreux emplois ». Or réduire la consommation d’énergie réduit aussi la consommation globale, donc le besoin de travailler. En d’autres termes, il y a une autre manière de lutter contre le chômage : réduire le nombre d’heures que les individus souhaitent travailler. On a essayé les 35 heures, mais les Français ont simplement consacré plus de temps aux écrans. Il ne suffit pas de réduire le temps de travail, il faut aussi agrandir la sphère relationnelle de chacun : moins de biens, plus de liens. Vaste programme que les politiques n’abordent jamais.

Arrêtons de rêver ! Un autre article du MONDE*, encore plus consistant, a pour titre et seul contenu : « L’arc électrique au secours du gaz de schiste ». La recherche incessante de l’innovation technique nous empêche de revenir aux fondamentaux : économies d’énergie et techniques douces.

* LE MONDE du 28 mars 2013, page 8

Les sondages nous trompent, réfléchissons par nous-mêmes

Le « regard des Français » n’existe pas, ce n’est qu’une image statistique faussée. Prenons ce titre du MONDE « gaz de schiste : des Français plus sensibles au potentiel d’activité et d’emplois »*. Le journaliste Pierre Le Hir nous révèle le pot aux roses.

Le sondage est bien réalisé par l’IFOP, mais pour la société eCORP Stimulation Technologies (ecorpStim), spécialisée dans l’extraction des hydrocarbures. La dernière question révèle en fait la véritable finalité du sondage. Elle est ainsi libellée : « S’il existait aujourd’hui une technologie alternative qui ne nécessitait ni eau ni produits chimiques pour extraire le gaz de schiste, seriez-vous favorable à ce qu’elle soit testée à titre expérimental en France ? » La réponse des sondés est positive à 80 %… Or l’eCORP International a récemment mené un essai de « stimulation » de la roche par du propane, avec, assure-t-elle, « un impact minimal sur l’environnement ». Mais si l’on avait demandé aux Français s’ils approuvent l’usage d’un gaz inflammable, explosif et asphyxiant – ce qu’est le propane –, leur réponse aurait été tout autre. Prenons les autres « évolutions » des sondés.

L’exploitation du gaz de schiste « augmenterait l’indépendance énergétique de la France ». Or cette nouvelle manne ne reculerait la fin des énergies fossiles que de quelques années. Ces annonces incessantes d’un nouvel Eldorado potentiel nous empêchent de promouvoir dès aujourd’hui la seule politique tenable : économiser l’énergie de façon drastique pour aboutir à une consommation d’énergie juste égale aux ressources renouvelables d’énergie. Mais cela, aucun industriel, donc aucun politique, n’en parle. Précisons qu’en Europe, la part des énergies renouvelables n’atteignait que 12,7 % dans l’Union européenne en 2011.

L’exploitation du gaz de schiste créerait de « nombreux emplois ». Or réduire la consommation d’énergie réduit aussi la consommation globale, donc le besoin de travailler. En d’autres termes, il y a une autre manière de lutter contre le chômage : réduire le nombre d’heures que les individus souhaitent travailler. On a essayé les 35 heures, mais les Français ont simplement consacré plus de temps aux écrans. Il ne suffit pas de réduire le temps de travail, il faut aussi agrandir la sphère relationnelle de chacun : moins de biens, plus de liens. Vaste programme que les politiques n’abordent jamais.

Arrêtons de rêver ! Un autre article du MONDE*, encore plus consistant, a pour titre et seul contenu : « L’arc électrique au secours du gaz de schiste ». La recherche incessante de l’innovation technique nous empêche de revenir aux fondamentaux : économies d’énergie et techniques douces.

* LE MONDE du 28 mars 2013, page 8

Mariés ou pas, non à la procréation médicale assistée

Hervé Kempf aurait « aimé analyser la procréation médicalement assistée sous l’éclairage du discours sur la technique de Jacques Ellul et Hans Jonas. »1 Cette problématique m’interpelle, moi qui veut résister à la sacralisation de la technique et œuvrer à sa démystification. D’abord quelques indications d’ordre scientifique sur la PMA. Le britannique Robert Edwards a reçu le prix Nobel de médecine pour le développement de la fécondation in vitro2.

Que disent les scientifiques français de la procréation médicalement assistée ? René Frydman, « père » d’Amandine, premier bébé-éprouvette français en 1982, conçoit que la procréation médicalement assistée (PMA) soulève une série de problèmes de nature éthique. Mais comme il reste un scientifique au service de la technique, il n’a plus de repères si ce n’est les moyens de son financement ou l’ambition de sa notoriété. Pour lui, tout devient possible ou presque : « Avec une dizaine d’embryons humains conçus in vitro, nous savons maintenant obtenir une lignée stable et immortelle de cellules souches. Imaginons que nous soyons capables de les faire se transformer in vitro en ovocytes ou en spermatozoïdes, pour un seul individu le nombre de descendants conçus in vitro n’aurait plus de limite. Il s’agit ainsi d’obtenir une forme d’immortalisation de la fertilité. » René Frydman n’envisage qu’une seule contrainte : il trouve impossible de remplacer la présence d’une mère pendant la durée de gestation et rejette ainsi le projet de créer un utérus artificiel ! Les présupposés des technolâtres se nichent dans les détails.

Jacques Testart a été le co-auteur avec René Frydman du bébé expérimental Amandine. Dans son livre de 2006, « Le vélo, le mur et le citoyen », Jacques Testart avait poussé un cri de colère : une recherche finalisée crée immédiatement le maquignon derrière tout chercheur qui trouve. Après avoir initié la stratégie des mères porteuses qui permet à une femelle remarquable de faire naître plusieurs veaux chaque année en transplantant dans les matrices de vaches ordinaires des embryons sélectionnés, il avait compris l’inanité de  sa tâche : en 1972, les excédents laitiers sont généralisés en Europe ! Il avait alors aidé à résoudre l’infécondité des couples humains. Avait-il enfin compris qu’on ne pouvait penser la recherche-développement en faisant l’impasse sur ses conséquences sociale-écologiques ? Non. Il a combattu les plantes génétiquement modifiées, pas les humains artificiellement créés. Quand Jacques Testart parle des couples séduits par la fivète (FIV, fécondation in vitro), il fait preuve d’une conception très limitée  de la démocratie : « Toutes les considérations du genre « Faut-il forcer la nature ? », « Il y a l’adoption ! », ne méritent d’être réfléchies que par les couples stériles eux-mêmes. L’important est de reconnaître la légitimité de la demande d’enfant formulée par un couple ». Jacques Testart fait donc du désir d’enfant une nécessité historique : «  Il n’y a ni caprice ni perversion, seulement l’expression ancestrale d’un désir obscur et partagé. On peut convenir que la fivète est une expérience, mais il n’y a aucune raison de la refuser aux demandeurs inféconds ». Ce scientifique, pourtant ouvert, a aussi des a priori qui consistent ici à combattre la stérilité !

Ces deux raisonnements non scientifiques de la part de scientifiques révèlent des présupposés éthiques qui reposent sur la place de la mère, vouée à la fécondité selohn la culture dominante. Les applications techniques de la science sont toujours dépendantes de choix sociaux : dans quelle société voulons-nous vivre ? Cette problématique est d’actualité. Lors des manifestations en faveur du mariage pour tous, on défile dorénavant pour l’accès à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes. La technique se veut toute puissante, franchissant la barrière des espèces et la différence sexuée. Les homosexuels en profitent. Mais le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis a demandé au président de son groupe de renoncer à un amendement sur la PMA : « Avec la PMA ouvrant le chemin de la gestation pour autrui, nous passons à autre chose. Il ne s’agit plus seulement d’égalité, de liberté, mais du genre humain. »3 Il aborde encore une fois le problème de la limite éthique à l’application de nos techniques. Si on part du principe que tout ce qui est réalisable techniquement sera réalisé, toute est possible, nous allons croire que le monde de demain sera soumis à la toute puissance des humains. Le passage du défendu au toléré, puis au légalisé, suit le rythme des innovations techniques et l’emporte jusqu’à présent sur l’éthique. Pourquoi pas demain l’utilisation des souches IPS (cellules souches pluripotentes induites) grâce auxquelles les homosexuels pourront produire à la fois des ovules et des spermatozoïdes ; la seule limite des IPS, pour l’instant, étant que l’enfant d’un couple de lesbiennes ne pourrait être qu’une fille.  Les couples d’hommes pourront en outre bénéficier de l’utérus artificiel, simple amélioration de la couveuse pour prématurés4. La volonté des gays et lesbiennes d’avoir un enfant n’est qu’un symptôme de cette dérive de la pensée qui découle à la fois du libéralisme moral (tout découle de la volonté humaine) et de la technique extrême (tout est possible). Il existe même actuellement un cas de lesbiennes aux Etats-Unis qui font prendre des hormones à leur fils dans l’attente de l’opération chirurgicale (vive la technique !) qui fera de lui l’objet de leur espérance, une fille (en apparence). Où est la limite à notre volonté de toute puissance favorisée par les avancées technoscientifiques ? Deux personnes nous donnent des pistes de réflexion.

Ivan Illich distingue deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie, l’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel. »5 Quid de la PMA ? Quand commence l’effet de seuil ?

Theodore J. Kaczynski nous donne une autre classification qui recoupe les idées d’Ivan Illich : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. (§ 208)… Depuis la révolution industrielle, nous sommes entrés dans une ère de technologie systémique. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils (…) Quand l’Empire romain a éclaté, la technologie à petite échelle des Romains a survécu parce que n’importe quel artisan de village pouvait construire, par exemple, une roue à eau, parce que n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier avec les méthodes traditionnelles, et ainsi de suite. La technologie des Romains dépendant d’une organisation a régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits ; leurs techniques de construction de routes ont été perdues ; le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique. (§ 209) »6

Le critère pour passer des techniques dures, inacceptables, à des techniques douces, vraiment  utiles aux humains et à la biosphère, reposerait donc sur l’idée de complexité et de durabilité. En résumé, ce qui est trop complexe n’est pas durable. D’un point de vue global, nous retrouvons là les idées de Joseph Tainter selon laquelle les sociétés complexes sont vouées  à l’effondrement. Cette idée de lier durabilité et simplicité nous semble favorable à une perception raisonnable qui donne aux générations futures des chances de perdurer au moindre mal. Le choix social, si ce n’est éthique, reposerait alors sur des bases plutôt objectives : un avenir qui se veut durable. Appliquons maintenant notre raisonnement, trop de complexité nuit à la durabilité, à la procréation médicalement assistée.

La PMA est une technologie systémique, cloisonnée, réalisable uniquement dans une société complexe. Elle n’est pas durable parce qu’elle repose sur des moyens médicaux importants, liés à un taux d’échec non négligeable, et donc seulement à la portée de couples riches ou pris en charge par le reste d’une société très développée. Il est vrai que la société complexe s’accompagne généralement  d’inégalités très importantes, il y a ceux qui ont le pouvoir, ceux qui peuvent payer et tous les autres. Ce n’est pas ce type de société que je désire, la PMA ne devrait pas être à l’ordre du jour d’une société consciente des limites de la technique et de la convivialité nécessaire entre ses membres. Une autre manière de se reproduire est à la portée de tout un chacun, faire l’amour tout simplement, en usant de la différenciation des sexes. Une technique simple qui n’a pas besoin de l’assistance de « médecins » pour porter ses fruits.

1. LE MONDE du 16-17 décembre 2012 p.17, chronique écologie d’Hervé Kempf

2. LE MONDE du 6 octobre 2010, Le père de la fécondation in vitro Nobel de médecine

3. LE MONDE du 18 décembre 2012, Les manifestants favorables au mariage gay font match nul face aux opposants

4. LE MONDE science&techno du 27 octobre 2012, Biologie et homoparentalité

5. La convivialité (numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte, juillet 1973).

6.L’effondrement du système technologique de Theodore J. Kaczynski (éditions Xénia, 2008)

Mariés ou pas, non à la procréation médicale assistée

Hervé Kempf aurait « aimé analyser la procréation médicalement assistée sous l’éclairage du discours sur la technique de Jacques Ellul et Hans Jonas. »1 Cette problématique m’interpelle, moi qui veut résister à la sacralisation de la technique et œuvrer à sa démystification. D’abord quelques indications d’ordre scientifique sur la PMA. Le britannique Robert Edwards a reçu le prix Nobel de médecine pour le développement de la fécondation in vitro2.

Que disent les scientifiques français de la procréation médicalement assistée ? René Frydman, « père » d’Amandine, premier bébé-éprouvette français en 1982, conçoit que la procréation médicalement assistée (PMA) soulève une série de problèmes de nature éthique. Mais comme il reste un scientifique au service de la technique, il n’a plus de repères si ce n’est les moyens de son financement ou l’ambition de sa notoriété. Pour lui, tout devient possible ou presque : « Avec une dizaine d’embryons humains conçus in vitro, nous savons maintenant obtenir une lignée stable et immortelle de cellules souches. Imaginons que nous soyons capables de les faire se transformer in vitro en ovocytes ou en spermatozoïdes, pour un seul individu le nombre de descendants conçus in vitro n’aurait plus de limite. Il s’agit ainsi d’obtenir une forme d’immortalisation de la fertilité. » René Frydman n’envisage qu’une seule contrainte : il trouve impossible de remplacer la présence d’une mère pendant la durée de gestation et rejette ainsi le projet de créer un utérus artificiel ! Les présupposés des technolâtres se nichent dans les détails.

Jacques Testart a été le co-auteur avec René Frydman du bébé expérimental Amandine. Dans son livre de 2006, « Le vélo, le mur et le citoyen », Jacques Testart avait poussé un cri de colère : une recherche finalisée crée immédiatement le maquignon derrière tout chercheur qui trouve. Après avoir initié la stratégie des mères porteuses qui permet à une femelle remarquable de faire naître plusieurs veaux chaque année en transplantant dans les matrices de vaches ordinaires des embryons sélectionnés, il avait compris l’inanité de  sa tâche : en 1972, les excédents laitiers sont généralisés en Europe ! Il avait alors aidé à résoudre l’infécondité des couples humains. Avait-il enfin compris qu’on ne pouvait penser la recherche-développement en faisant l’impasse sur ses conséquences sociale-écologiques ? Non. Il a combattu les plantes génétiquement modifiées, pas les humains artificiellement créés. Quand Jacques Testart parle des couples séduits par la fivète (FIV, fécondation in vitro), il fait preuve d’une conception très limitée  de la démocratie : « Toutes les considérations du genre « Faut-il forcer la nature ? », « Il y a l’adoption ! », ne méritent d’être réfléchies que par les couples stériles eux-mêmes. L’important est de reconnaître la légitimité de la demande d’enfant formulée par un couple ». Jacques Testart fait donc du désir d’enfant une nécessité historique : «  Il n’y a ni caprice ni perversion, seulement l’expression ancestrale d’un désir obscur et partagé. On peut convenir que la fivète est une expérience, mais il n’y a aucune raison de la refuser aux demandeurs inféconds ». Ce scientifique, pourtant ouvert, a aussi des a priori qui consistent ici à combattre la stérilité !

Ces deux raisonnements non scientifiques de la part de scientifiques révèlent des présupposés éthiques qui reposent sur la place de la mère, vouée à la fécondité selohn la culture dominante. Les applications techniques de la science sont toujours dépendantes de choix sociaux : dans quelle société voulons-nous vivre ? Cette problématique est d’actualité. Lors des manifestations en faveur du mariage pour tous, on défile dorénavant pour l’accès à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes. La technique se veut toute puissante, franchissant la barrière des espèces et la différence sexuée. Les homosexuels en profitent. Mais le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis a demandé au président de son groupe de renoncer à un amendement sur la PMA : « Avec la PMA ouvrant le chemin de la gestation pour autrui, nous passons à autre chose. Il ne s’agit plus seulement d’égalité, de liberté, mais du genre humain. »3 Il aborde encore une fois le problème de la limite éthique à l’application de nos techniques. Si on part du principe que tout ce qui est réalisable techniquement sera réalisé, toute est possible, nous allons croire que le monde de demain sera soumis à la toute puissance des humains. Le passage du défendu au toléré, puis au légalisé, suit le rythme des innovations techniques et l’emporte jusqu’à présent sur l’éthique. Pourquoi pas demain l’utilisation des souches IPS (cellules souches pluripotentes induites) grâce auxquelles les homosexuels pourront produire à la fois des ovules et des spermatozoïdes ; la seule limite des IPS, pour l’instant, étant que l’enfant d’un couple de lesbiennes ne pourrait être qu’une fille.  Les couples d’hommes pourront en outre bénéficier de l’utérus artificiel, simple amélioration de la couveuse pour prématurés4. La volonté des gays et lesbiennes d’avoir un enfant n’est qu’un symptôme de cette dérive de la pensée qui découle à la fois du libéralisme moral (tout découle de la volonté humaine) et de la technique extrême (tout est possible). Il existe même actuellement un cas de lesbiennes aux Etats-Unis qui font prendre des hormones à leur fils dans l’attente de l’opération chirurgicale (vive la technique !) qui fera de lui l’objet de leur espérance, une fille (en apparence). Où est la limite à notre volonté de toute puissance favorisée par les avancées technoscientifiques ? Deux personnes nous donnent des pistes de réflexion.

Ivan Illich distingue deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie, l’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel. »5 Quid de la PMA ? Quand commence l’effet de seuil ?

Theodore J. Kaczynski nous donne une autre classification qui recoupe les idées d’Ivan Illich : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. (§ 208)… Depuis la révolution industrielle, nous sommes entrés dans une ère de technologie systémique. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils (…) Quand l’Empire romain a éclaté, la technologie à petite échelle des Romains a survécu parce que n’importe quel artisan de village pouvait construire, par exemple, une roue à eau, parce que n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier avec les méthodes traditionnelles, et ainsi de suite. La technologie des Romains dépendant d’une organisation a régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits ; leurs techniques de construction de routes ont été perdues ; le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique. (§ 209) »6

Le critère pour passer des techniques dures, inacceptables, à des techniques douces, vraiment  utiles aux humains et à la biosphère, reposerait donc sur l’idée de complexité et de durabilité. En résumé, ce qui est trop complexe n’est pas durable. D’un point de vue global, nous retrouvons là les idées de Joseph Tainter selon laquelle les sociétés complexes sont vouées  à l’effondrement. Cette idée de lier durabilité et simplicité nous semble favorable à une perception raisonnable qui donne aux générations futures des chances de perdurer au moindre mal. Le choix social, si ce n’est éthique, reposerait alors sur des bases plutôt objectives : un avenir qui se veut durable. Appliquons maintenant notre raisonnement, trop de complexité nuit à la durabilité, à la procréation médicalement assistée.

La PMA est une technologie systémique, cloisonnée, réalisable uniquement dans une société complexe. Elle n’est pas durable parce qu’elle repose sur des moyens médicaux importants, liés à un taux d’échec non négligeable, et donc seulement à la portée de couples riches ou pris en charge par le reste d’une société très développée. Il est vrai que la société complexe s’accompagne généralement  d’inégalités très importantes, il y a ceux qui ont le pouvoir, ceux qui peuvent payer et tous les autres. Ce n’est pas ce type de société que je désire, la PMA ne devrait pas être à l’ordre du jour d’une société consciente des limites de la technique et de la convivialité nécessaire entre ses membres. Une autre manière de se reproduire est à la portée de tout un chacun, faire l’amour tout simplement, en usant de la différenciation des sexes. Une technique simple qui n’a pas besoin de l’assistance de « médecins » pour porter ses fruits.

1. LE MONDE du 16-17 décembre 2012 p.17, chronique écologie d’Hervé Kempf

2. LE MONDE du 6 octobre 2010, Le père de la fécondation in vitro Nobel de médecine

3. LE MONDE du 18 décembre 2012, Les manifestants favorables au mariage gay font match nul face aux opposants

4. LE MONDE science&techno du 27 octobre 2012, Biologie et homoparentalité

5. La convivialité (numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte, juillet 1973).

6.L’effondrement du système technologique de Theodore J. Kaczynski (éditions Xénia, 2008)

retour à la bougie contre société industrielle, le débat

Ce n’est pas retourner à la bougie que de prôner la fin des pratiques productivistes. C’est au contraire vouloir nous éviter les désagréments, parfois violents, qui découlent de l’industrialisation de la société. Des voix officielles commencent à le reconnaître.

Selon le rapporteur sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, la pêche artisanale est la seule solution durable*. Le rapport recense les dégâts provoqués par la pêche industrielle et sa flotte suréquipée, gourmande en énergie et arrosée de subventions. La pêche industrielle ne fait travailler en moyenne que 200 personnes pour 1 000 tonnes de poissons pris, tandis qu’avec des méthodes artisanales il faut 2 400 personnes et une quantité moindre de carburant pour pêcher autant.

Le raisonnement serait similaire pour l’agriculture paysanne, beaucoup plus performante en termes d’emplois et de durabilité par rapport à l’agriculture industrielle, suréquipée, gourmande en énergie et arrosée de subventions. Le raisonnement serait similaire pour l’artisanat que l’industrialisation a pourtant fait disparaître. Les sociétés à technologies dures comme la nôtre nécessitent de grands apports d’énergie. Les matériaux sont non recyclés et l’énergie non renouvelable. La production est industrielle et on donne priorité à la ville contre la campagne. L’individu est séparé de la nature aussi bien physiquement que psychologiquement. Les limites à l’expérimentation technique ne découlent que de celles imposées par l’argent… A l’opposé les communautés à technologies douces se caractérisent par de faibles apports d’énergie. Les matériaux sont recyclables et l’énergie renouvelable. La production est paysanne ou artisanale, centrée sur le village. Les humains se sentent intégrés à la nature, ils y vivent et ils savent que les seules limites à la technique sont celles imposées par la nature… Mais nous sommes une société qui a dépossédé les paysans et artisans de toute réalité, de toute autonomie.

Maintenant l’industrie exige des apports en énergie fossiles gigantesques alors que les réserves s’épuisent (pic pétrolier, etc.). L’effondrement est inéluctable, c’est donc l’industrialisation qui a préparé la montée des violences et le retour à l’âge de pierre. Nous aurions préféré, comme Olivier De Schutter, des politiques qui s’intéressent enfin aux petits pêcheurs, aux petits paysans, aux petits artisans.

* LE MONDE du 1er novembre 2012, Devant l’ONU, la pêche industrielle mise en accusation

lectures complémentaires sur ce blog :

techniques douces contre techniques dures

nos techniques ne sont pas durables

accouchement, désert médical ou société surmédicalisée ?

« Mort sur l’autoroute A20 d’un nouveau-né dont la mère n’avait pu accéder à une maternité. »* Diantre ! beaucoup de bruit pour pas grand chose. Personnellement ma mère m’a mise au jour à domicile, comme cela se faisait autrefois. Jamais nous n’aurions à l’époque pris une autoroute, elles n’existaient pas. Le président François Hollande s’exclame : « Aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d’urgence ». Mais presque toutes les femmes enceintes se trouvent à moins de cinq minutes d’un lit, d’eau chaude et de soins attentionnés si notre société était plus solidaire et les citoyens mieux formés à l’art de l’accouchement.

Aux Pays-Bas, l’accouchement à domicile est courant. Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie. Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société moderne surdéveloppée a oublié que donner la vie est un acte avant tout naturel. Le corps médical a pris le pouvoir pour régenter notre vie de la naissance (monitoring, césarienne ou péridurale, etc.) à la mort (espace gériatrique, soins « palliatifs », etc.). Ce n’est pas d’un manque de maternités « de proximité » dont nous souffrons, mais de l’hétéronomie de nos techniques qui empêchent notre autonomie. La société moderne, en s’éloignant toujours plus de la nature, concourt à notre aliénation… Voici deux articles antérieurs sur notre blog qui vont à l’essentiel :

Donner la vie n’est pas une maladie

Extrait : En France, sous la pression des médecins, les pouvoirs publics ont déconseillé dès 1972 les accouchements à domicile. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français se positionne aujourd’hui contre les maisons de naissance…

Bien naître, bien être

Extrait : Il suffit de chauffer la pièce et de préparer des serviettes chaudes pour recevoir l’enfant.  On fait bouillir de l’eau pour désinfecter une paire de ciseaux, des nœuds dans le cordon ombilical et on masse le ventre pour faire sortir le placenta. Cela suffit pour réussir un accouchement…

*Le Monde.fr avec AFP | 20.10.2012, Accouchement dramatique sur l’A20 : Hollande demande une enquête