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Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là.

Il n’y a actuellement aucune stabilité dans la définition des valeurs qui régissent nos comportements, même en matière de vie et de mort. En l’absence de données scientifiques qui puissent fonder nos conceptions de la naissance et du décès, tout devient possible. Il suffit qu’une majorité d’opinion semble se dégager pour qu’un gouvernement à la recherche du buzz lui emboîte le pas. Or la démocratie suppose la prise en compte d’avis éclairés plutôt que d’opinions, c’est là une condition nécessaire pour définir le bien commun. L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Aujourd’hui le président Macron met en place des États généraux de la bioéthique* sur la période du 18 janvier au 7 juillet 2018 : « Ce sera un vrai débat philosophique dans la société. » Sauf qu’une assemblée ouverte à tous peut être un lieu précieux d’information mais ne se prête pas au recueil d’un « avis citoyen ». Il faudrait pour cela s’assurer préalablement que les citoyens consultés représentent un échantillon représentatif de la population, qu’ils ne portent pas d’intérêts particuliers, et qu’ils sont tous suffisamment informés avant de s’exprimer. Ce n’est pas le cas pour ces États généraux. L’objectif est d’ouvrir le débat le plus largement possible, ce qui ne peut qu’entraîner la confusion générale. Le président du CCNE qui pilote ce fourmillement n’a voulu exclure aucun sujet, l’essentiel va se noyer dans les détails. On laissera s’exprimer ceux qui ont un avis tranché et souvent non négociable comme les représentants des diverses religions, l’association « La Manif pour tous » (opposée à toute évolution de la loi), l’association des familles homoparentales… Rien n’est prévu pour permettre la réflexion de chacun. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité.

* LE MONDE du 7-8 janvier 2018, Bioéthique : des États généraux pour ouvrir le débat le plus largement possible

Nos vœux pour 2018, une Grande Métamorphose écolo

On peut expliquer l’ histoire humaine en dessin animé :
http://www.youtube.com/embed/WfGMYdalClU

On peut aussi espérer pour 2018 une Grande Métamorphose :

L’or noir va quadrupler, passant de 60 dollars le baril à 240 dollars en fin d’année. En effet Mohammed ben Salmane, le nouvel homme fort d’Arabie saoudite, a cessé de fournir du pétrole à bas prix ; il a décidé d’en garder le plus possible pour ses générations futures. La facture pétrolière française explose. Emmanuel Macron, déjà porteur de l’urgence climatique face à Trump, décide de profiter de la cherté du pétrole pour modifier nos comportements. Après une intense campagne de sensibilisation de la population aux enjeux écologiques, la réduction à 80 km/h sur les routes ordinaires (votée en début d’année) s’élargit à une vitesse limitée à 100 km/h sur toutes les autoroutes. La taxe carbone est étendue à toutes nos dépenses énergétique, il y a rationnement par le prix. Un projet de brider la puissance des moteurs est mis à l’étude. Après discussion (mouvementée) au niveau de l’Union Européenne, il est prévu que la taxe carbone aux frontières sera adopté en 2019. De plus tout accord international, tout échange commercial avec l’extérieur, sera dorénavant soumis aux normes écologiques et sociales européennes.

En France, les inégalités sont exacerbées par la pénurie d’énergie et dénoncées non seulement par la France insoumise mais aussi par une grande partie des élus LRM. Un revenu maximum autorisé, bonus et revenus du capital compris, est fixé à dix fois le salaire minimum par un vote presque unanime du Parlement. Une intense campagne d’explication dans les médias et les écoles insiste sur la fragilité extrême de notre société thermo-industrielle, devenue trop complexe et incapable de se réformer. La plupart de nos concitoyens se rendent compte que la résilience au choc pétrolier ne pouvait s’effectuer que par l’autonomie alimentaire et énergétique acquise au niveau local. L’État décide d’abandonner la plupart de ses prérogatives au bénéfice des entités territoriales ; les Girondins gagnent contre les Jacobins. Emmanuel Macron fait un discours du 14 juillet révolutionnaire, annonçant un virage à 180 degrés, les trois D : Démondialisation, Désurbanisation, Décroissance heureuse. Notre cher Président, porté par les sondages, est devenu le plus ardent des écolos. Il décide fin 2018 la programmation impérative de la sortie totale du nucléaire. EDF se voit imposer de soutenir non seulement le solaire et l’éolien, mais de s’appuyer sur les acteurs du terrain. Mais l’essentiel du plan gouvernemental reste la mise en place de mesures d’économies d’énergie dans tous les domaines. La psychologie collective change puisque tout le monde est en train de changer. Les municipalités réduisent l’éclairage public de nuit, parfois même le suppriment complètement. Les citoyens commencent à bouder volontairement les escalators et à faire de l’exercice physique dans les escaliers. Prendre son vélo ou marcher est devenu tendance, rouler en voiture est désormais ressenti comme passéiste, si ce n’est condamnable. On commence à culpabiliser de gaspiller.

En 2018, le nombre de chômeurs explose, provoqué par le coût de l’énergie. Mais les solidarités de proximité jaillissent comme une évidence, de toute part. Les familles élargies se recomposent, on garde les personnes âgées dans le foyer familial le plus longtemps possible. Le suicide assisté devient une norme. Les couples restent plus longtemps en couple, partageant difficultés… et appartement. Ils décident de faire moins d’enfants, et les enfants partagent la même chambre dans des maisons qui devient plus petites, plus faciles à chauffer. Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. Le compost d’appartement devient une obligation consentie. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Mais les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines. Avoir fait des études longues est devenu un handicap, l’intelligence manuelle est appréciée. La reconversion des tâches effectuées par nos esclaves mécaniques est en effet devenue nécessaire. Des techniques douces sont mises en place, la force physique et l’ingéniosité humaine permet de suppléer l’obsolescence de la thermodynamique industrielle. On casse un peu partout les grosses machines qui ont produites le chômage de masse, on les recycle. Le luddisme est de retour… le ludique aussi, la joie de vivre plus sobrement, plus simplement. Chacun comprend qu’aller moins vite, moins loin et moins souvent pouvait procurer le bonheur. Les voitures rouillent, les rotules se dérouillent : marcher dans la forêt devient le nec plus ultra, plus besoin de paradis artificiels. La France est devenue le pays que le monde entier veut imiter… puisque le Bonheur national brut a remplacé le PIB.

Que l’année 2018 devienne le chemin d’un paradis sur Terre. Nous te souhaitons une bonne année où l’œuf sera pondu dans le poulailler familial, le lait produit dans une économie domestique, le miel récolté dans des ruches partagées. 

Violences obstétricales, médicalisation de l’accouchement

Dans le Tennessee, des sages-femmes dispensent les savoir-faire perdus depuis que le système médical états-uniens recourt aux techniques modernes pour faire venir les enfants au monde. Aux Etats-Unis, un tiers des femmes accouchent par césarienne, ce qui génère des risques tant pour la mère que pour l’enfant. Le programme de The Farm a permis de former de nombreuses sages-femmes et a attiré l’attention sur la surmédicalisation de l’accouchement, démontrant que la césarienne est rarement nécessaire. Sur les 3000 naissances intervenues dans le cadre de ce programme depuis 1971, seules 2 % ont été réalisées par césarienne. En considérant les ressources tant financières qu’écologiques indispensables à l’intervention chirurgicale, la diminution des interventions chirurgicales inutiles est inéluctable. La sagesse ancestrale prendra toute sa place dans un avenir aux ressources limitées.*

En France aujourd’hui, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes a dit vouloir lutter contre les « violences obstétricales ». L’absence d’explications et de recueil du consentement des patientes, par exemple pour l’utilisation des forceps ou la pratique d’une épisiotomie sont mis en cause, car ils rendent ces gestes incompréhensibles. Il y a encore en France 30 % d’épisiotomies (44 % pour le premier enfant, 14 % ensuite). La péridurale et la position allongée sont devenues routinières. Quasiment toujours médicalisé, l’accouchement est aujourd’hui standardisé. Pendant sa grossesse, la future mère peut être suivie par une demi-douzaine de personnes différentes. « On a l’impression de n’être plus qu’un utérus », résume Magali.**

La naissance est un processus physiologique naturel sur lequel il convient d’interférer le moins possible. Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie ! Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société, en s’éloignant toujours plus de la nature, se dénature. Les écologistes véritables ne veulent pas de l’hyper-contrôle des personnes du berceau à la tombe, ils ne veulent pas de la main-mise des spécialistes dans tous les domaines de leur existence, ils veulent retrouver une certaine autonomie, ils crient « halte à la technique pour la technique ». C’est sous la pression des médecins que les pouvoirs publics ont déconseillé en France dès 1972 les accouchements à domicile. Pourtant l’accouchement dans son propre lit était la règle pour les générations antérieures. Cf. nos articles antérieurs sur les accouchements  à domicile :

Accouchement, désert médical ou société surmédicalisée ?

Donner la vie n’est pas une maladie

Bien naître, bien-être

* WWI, Vers une prospérité durable

** http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/08/30/la-violence-de-l-accouchement-en-question_5178270_1651302.html#rqsba2IM81b1VvpA.99

Le peuple n’existe pas, c’est une abstraction construite

Extrême droite et ultragauche se rejoignent. « Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple », affirmait Marine Le Pen lors du lancement de sa campagne présidentielle. L’affiche électorale de Jean-Luc Mélenchon est du même tonneau : un portrait de lui-même surmonté du slogan « La force du peuple ». C’est le règne du populisme. Les présidentiables 2017 pratiquent presque tous cette référence illusoire au « peuple ». Ils disent qu’ils sont à l’écoute du peuple, ils vont le faire parler par l’intermédiaire d’un référendum ou de la démocratie participative, ils en reviennent toujours à leur point de départ, la voix du peuple s’expriment par leur propre bouche. Illusion, illusionnistes. La population est en réalité un ensemble hétérogène de voix dissemblable et dissonante, qui peut dire oui un jour et non le lendemain, qui cherche surtout à voter selon son propre intérêt, qui cherche le plus souvent à satisfaire ses avantages catégoriels et non à promouvoir le bien commun. D’où l’avalanche de promesses diverses de la part des présidentiables à une multiplicité de groupes. Il existe pourtant des peuples particuliers, rendus homogènes par une culture spécifique, le peuple rom ou le peuple catho, la mentalité de gauche ou le conservatisme de droite. Mais ils se caractérisent par leur différence, pas par des traits communs. Personne ne peut s’arroger le droit de parler au nom de tous, au nom du « peuple ». Et la physionomie des peuples évoluent. Contre le pouvoir du capital, le peuple communiste avait ses mots d’ordre et son catéchisme marxiste : exploitation de l’homme par l’homme, lutte de classes, syndicat courroie de transmission, dictature du prolétariat, etc. Le peuple communiste avait sa solidarité de classe, dans l’atelier, dans les banlieues rouges, dans les mutuelles, dans le syndicat. Le peuple communiste existait, il n’existe presque plus. Le peuple écolo n’existe pas encore, il existera un jour.

Il existe un peuple écolo qui est encore en germe, mais il a vocation d‘être rassemblé par un culture commune au XXIe siècle. Comme le pensait Marx, ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence sociale est conditionnée par une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez les communistes, la géologie des richesses minières et l’état des écosystèmes pour un écologiste. Les réalités biophysiques s’imposent à nous tous, nous sommes tous mortels, nous vivons tous des emprunts à la biosphère, nous rejetons tous dans la nature des déchets plus ou moins recyclables. L’impératif écologique nous impose à tous un comportement commun basé sur le sens des limites et la considération du long terme. Mais nous sommes tous à des moments différents de la conscience écologique, car jusqu’où peut aller par exemple la simplicité volontaire ? Jusqu’à imiter Diogène et habiter dans un tonneau ou habiter un endroit basse consommation énergétique ? Aucun présidentiable ne peut se faire le porte-parole de ce peuple écolo, il peut juste essayer de concrétiser par des politiques publiques les éléments qui permettent le changement de comportement. Par exemple taxer fortement les consommations de carbone incite aux économies d’énergie et permet de remplacer le slogan « plus vite, plus loin, plus souvent »  par son contraire. En fait il faut apprendre individuellement et collectivement la complexité, loin des discours simplistes du Front National et simplificateurs de la gauche ou de la droite. L’écologie politique relaye le constat de l’écologie scientifique, la planète est exsangue, l’austérité est notre destin commun.

Les richesses naturelles étant en quantité limitées et rapidement décroissantes pour les non renouvelables, la seule solution pour vivre en paix est le partage équitable de la pénurie. Il y aura un peuple écolo quand la majorité des citoyens refusera le voyage en avion, la voiture individuelle et les trois heures de télé par jour. Le peuple écolo préférera jouer au ballon plutôt que regarder un match de foot, il préférera une partie de belote plutôt qu’une séance télé. La simplicité volontaire des uns se conjuguera avec la décroissance conviviale des autres.Il y aura un peuple écolo quand il y aura effet boule de neige : tu fais parce que je fais parce que nous voulons tous faire de même. Cela commence par des petits gestes, économiser l’énergie, prendre l’escalier plutôt que l’escalator ou l’ascenseur, boire bio, c’est-à-dire boire de l’eau. L’écolo utilise des techniques douces et rejette les techniques sophistiquées. Il sait que marcher à pied vaut mieux que de prendre un vélo, mais le vélo est bien préférable à l’autobus ou au train. L’écolo fait plutôt du covoiturage et rapproche son domicile de son lieu de travail, il isole sa maison et baisse la température dans ses pièces. Il choisit de vivre à l’étroit plutôt qu’augmenter son emprise sur les sols arables, il fait ce qu’il doit et le bonheur lui est donné de surcroît. Un parti politique définit le sens de l’histoire. Un présidentiable propose un projet de société. Mais quand on demande aux autres de changer de comportement, la logique impose de changer soi-même pour que les autres changent. Un parti politique digne de ce nom est composé de militants qui vivent ce qu’ils prêchent. Il y aura un peuple écolo convaincu par la politique quand les militants d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) commencement à donner l’exemple de la sobriété énergétique et de la simplicité volontaire.

Le peuple n’existe pas, c’est une abstraction construite

Extrême droite et ultragauche se rejoignent. « Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple », affirmait Marine Le Pen lors du lancement de sa campagne présidentielle. L’affiche électorale de Jean-Luc Mélenchon est du même tonneau : un portrait de lui-même surmonté du slogan « La force du peuple ». C’est le règne du populisme. Les présidentiables 2017 pratiquent presque tous cette référence illusoire au « peuple ». Ils disent qu’ils sont à l’écoute du peuple, ils vont le faire parler par l’intermédiaire d’un référendum ou de la démocratie participative, ils en reviennent toujours à leur point de départ, la voix du peuple s’expriment par leur propre bouche. Illusion, illusionnistes. La population est en réalité un ensemble hétérogène de voix dissemblable et dissonante, qui peut dire oui un jour et non le lendemain, qui cherche surtout à voter selon son propre intérêt, qui cherche le plus souvent à satisfaire ses avantages catégoriels et non à promouvoir le bien commun. D’où l’avalanche de promesses diverses de la part des présidentiables à une multiplicité de groupes. Il existe pourtant des peuples particuliers, rendus homogènes par une culture spécifique, le peuple rom ou le peuple catho, la mentalité de gauche ou le conservatisme de droite. Mais ils se caractérisent par leur différence, pas par des traits communs. Personne ne peut s’arroger le droit de parler au nom de tous, au nom du « peuple ». Et la physionomie des peuples évoluent. Contre le pouvoir du capital, le peuple communiste avait ses mots d’ordre et son catéchisme marxiste : exploitation de l’homme par l’homme, lutte de classes, syndicat courroie de transmission, dictature du prolétariat, etc. Le peuple communiste avait sa solidarité de classe, dans l’atelier, dans les banlieues rouges, dans les mutuelles, dans le syndicat. Le peuple communiste existait, il n’existe presque plus. Le peuple écolo n’existe pas encore, il existera un jour.

Il existe un peuple écolo qui est encore en germe, mais il a vocation d‘être rassemblé par un culture commune au XXIe siècle. Comme le pensait Marx, ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence sociale est conditionnée par une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez les communistes, la géologie des richesses minières et l’état des écosystèmes pour un écologiste. Les réalités biophysiques s’imposent à nous tous, nous sommes tous mortels, nous vivons tous des emprunts à la biosphère, nous rejetons tous dans la nature des déchets plus ou moins recyclables. L’impératif écologique nous impose à tous un comportement commun basé sur le sens des limites et la considération du long terme. Mais nous sommes tous à des moments différents de la conscience écologique, car jusqu’où peut aller par exemple la simplicité volontaire ? Jusqu’à imiter Diogène et habiter dans un tonneau ou habiter un endroit basse consommation énergétique ? Aucun présidentiable ne peut se faire le porte-parole de ce peuple écolo, il peut juste essayer de concrétiser par des politiques publiques les éléments qui permettent le changement de comportement. Par exemple taxer fortement les consommations de carbone incite aux économies d’énergie et permet de remplacer le slogan « plus vite, plus loin, plus souvent »  par son contraire. En fait il faut apprendre individuellement et collectivement la complexité, loin des discours simplistes du Front National et simplificateurs de la gauche ou de la droite. L’écologie politique relaye le constat de l’écologie scientifique, la planète est exsangue, l’austérité est notre destin commun.

Les richesses naturelles étant en quantité limitées et rapidement décroissantes pour les non renouvelables, la seule solution pour vivre en paix est le partage équitable de la pénurie. Il y aura un peuple écolo quand la majorité des citoyens refusera le voyage en avion, la voiture individuelle et les trois heures de télé par jour. Le peuple écolo préférera jouer au ballon plutôt que regarder un match de foot, il préférera une partie de belote plutôt qu’une séance télé. La simplicité volontaire des uns se conjuguera avec la décroissance conviviale des autres.Il y aura un peuple écolo quand il y aura effet boule de neige : tu fais parce que je fais parce que nous voulons tous faire de même. Cela commence par des petits gestes, économiser l’énergie, prendre l’escalier plutôt que l’escalator ou l’ascenseur, boire bio, c’est-à-dire boire de l’eau. L’écolo utilise des techniques douces et rejette les techniques sophistiquées. Il sait que marcher à pied vaut mieux que de prendre un vélo, mais le vélo est bien préférable à l’autobus ou au train. L’écolo fait plutôt du covoiturage et rapproche son domicile de son lieu de travail, il isole sa maison et baisse la température dans ses pièces. Il choisit de vivre à l’étroit plutôt qu’augmenter son emprise sur les sols arables, il fait ce qu’il doit et le bonheur lui est donné de surcroît. Un parti politique définit le sens de l’histoire. Un présidentiable propose un projet de société. Mais quand on demande aux autres de changer de comportement, la logique impose de changer soi-même pour que les autres changent. Un parti politique digne de ce nom est composé de militants qui vivent ce qu’ils prêchent. Il y aura un peuple écolo convaincu par la politique quand les militants d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) commencement à donner l’exemple de la sobriété énergétique et de la simplicité volontaire.

Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde

« Je n’ai pas envie d’être le candidat de la fin du monde, a déclaré Yannick Jadot. Que l’on ne nous raconte pas que l’écologie c’est le retour à la bougie, alors que s’il y a une idéologie, un programme qui a besoin de toutes les innovations, technologiques, sociales, financières pour bâtir le monde de demain, c’est bien l’écologie. »* Nous faisons deux commentaires à cette assertion du candidat de l’écologie à la présidentielle 2017 avec cette idée clé, politiques et médias doivent éviter les simplismes !

D’abord aucun écologiste ne parle de « la fin du monde ». Nous sommes (sauf accident) sortis de l’hiver nucléaire que nous promettait la course à la bombe atomique du temps de la guerre froide. Par contre la fin de notre monde, une société thermo-industrielle bercée par les délices de l’énergie fossile, est déjà et sera encore plus demain une réalité. L’effondrement passé de toutes les grandes civilisations est un fait avéré. Quand une société devient ingérable à cause de sa complexité et de l’épuisement des ressources qui permettaient de faire face à ses dysfonctionnements, elle se contracte et se fragmente comme l’a fait l’empire romain. Cela ne veut pas dire que la fin de notre monde sera brutale, l’effondrement a déjà commencé. Alors que les riches ont normalement une capacité d’épargne, l’endettement vertigineux des Etats des pays développés montrent déjà que depuis des années on vit au dessus de nos moyens. La montée du protectionnisme et des nationalismes est un autre signe de la fin de la mondialisation « bienfaitrice ». La période actuelle est lourde de risques, et Yannick Jadot le reconnaît : « Avec Trump et Poutine, nous avons un nouveau monde de collaboration pour le pire, protectionnisme pour Trump et expansionnisme côté Poutine, un monde d’addition des intérêts nationalistes. Nous sommes près de la rupture… » Ne plus donner la propriété aux intérêts nationaux, c’est un complet bouleversement de la politique telle qu’elle est conçue aujourd’hui au niveau international. Il faut le dire, la protection du niveau de vie des Américains (ou des Français…) doit être remis en question. Un candidat écologiste à la présidence ne peut pas bercer les citoyens de fausses promesses, le monde de demain sera plus dur et nous devons nous y préparer. Entrer dans la voie de la sobriété heureuse, c’est remettre en cause tous les fondements de la société de consommation, la publicité et la mode, l’achat à bas prix et les soldes, les produits venant de l’autre bout du monde. Produire et se déplacer autrement, c’est aller à l’inverse de toutes les conceptions culturelles aujourd’hui. Oui, la fin prévisible de notre monde devrait être expliquée aux citoyens par Yannick Jadot.

Au niveau technologique, il est vrai que les imbéciles parlent des écolos comme d’un « retour à la bougie » ou à « l’âge de pierre ». Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes et technophiles. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre :  techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Un  tableau synthétique avait déjà été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologieLa dernière chance de la Terre » :

Société à technologies dures Communautés à techniques douces
Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

La résilience, la capacité de résister à effondrement de la civilisation thermo-industrielle, passe nécessairement par la sobriété partagée et par les low tech, les techniques douces aux humains et à la nature. C’est le discours que j’attends du 8ème candidat de l’écologie à la présidentielle depuis 1974.

* LE MONDE du 6 janvier 2016, L’écologiste Yannick Jadot refuse d’être le « candidat de la fin du monde »

Dialogue sur l’alternative politique au catastrophisme

L’auteur du livre « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » se propose de répondre à vos commentaires à propos du sommaire détaillé ci-dessous de son livre :

chapitre 1 : une présidentielle incontournable mais inconfortable

– la présidentielle, une élection devenue essentielle

– présidentielle et législatives, le duo infernal

– Président et Premier ministre, mariage et divorce

– pourquoi une candidature écolo à la présidentielle

– pourquoi une candidature écolo à la présidentielle 2017

chapitre 2 : des présidents en titre, des présidentiables écolos (1959-2017)

Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing (René Dumont), François Mitterrand 1981 (Brice Lalonde), François Mitterrand 1988 (Antoine Waechter), Jacques Chirac 1995 (Dominique Voynet), Jacques Chirac 2002 (Noël Mamère et Corinne Lepage), Nicolas Sarkozy 2007 (Dominique Voynet et José Bové), François Hollande (Eva Joly).

chapitre 3 : des partis balbutiants au niveau écologique

Extrême droite ; gauche communiste ; gauche socialiste ; droite ; centre ; extrême gauche ; l’écologie politique cristallisée sous forme de parti ; Comités de soutien et d’action.

chapitre 4 : Programmes écologistes, quelques éléments historiques (entre 1971 et 2016)

1971, Philippe Saint Marc, Nicholas Georgescu Roegen, le message de Menton… 1972 The Limits of Growth… 1974 la campagne de René Dumont… 1975 Joël de rosnay… 1976 Arne Naess… 1990 Elinor Ostrom… 1995 Rapport Europe Soutenable… 2001 Charte des Verts mondiaux (Canberra)… 2005 Charte de l’environnement… 2006 Pour un pacte écologique… 2007 Le Parti Pour La Décroissance (PPLD)… 2009 Prospérité sans croissance… 2010 Les huit R selon Serge Latouche… 2012 Le programme présidentiel idéal… 2015 Osons, plaidoyer d’un homme libre… 2016 pour une primaire des gauches et des écologistes.

chapitre 5 : organigramme d’un gouvernement écolo (page 133 à 212)

Un Président pour la France et la stabilité de la planète

Premier ministre en charge de l’écologie, question transversale

1. ministre de l’économie biophysique et des flux financiers

2. ministre de l’énergie durable en adéquation avec les besoins

3. ministre de l’équilibre entre population et alimentation

4. ministre du travail et du temps partagé

5. ministre de la protection civile des populations

6. ministre de la relocalisation et de la mobilité

7. ministre des techniques douces et appropriées

8. ministre de l’espérance de vie en bonne santé

9. ministre de la sobriété partagée et de la lutte contre les inégalités

10. ministre de la jeunesse et des générations futures

11. ministre de la nature et de la biodiversité

12. ministre de la subsidiarité entre territoires

chapitre 6 : perspectives pour le XXIe siècle, donner vie à l’utopie (page 213 à 270)

– un changement de paradigme : prépondérance du facteur Biosphère

– le concept d’égalité : abolition de la richesse économique

– le concept de liberté, un mécanisme d’aliénation à dépasser

– la solidarité : moins de biens, plus de liens

– la problématique malthusienne : l’action sur la population et l’alimentation

– le processus technologique : la limitation de l’innovation

– la nature des communications : valorisation des rapports de proximité

– les acteurs du changement : de la toute puissance étatique à l’autonomie individuelle

– la question éthique : les valeurs comme processus de hiérarchisation des choix

– le processus de décision : vers une démocratie élargie

chapitre 7 : Démocratie ou écofascisme, les tendances actuelles

La crainte d’un écofascisme pas si écolo que ça

Des raisons d’espérer : la formation d’un peuple écolo

La tendance actuelle, un bipartisme « écologie politique » versus « extrême droite »

BIBLIOTHEQUE : les grands livres de l’écologie politique (page 287 à 320)

Une présentation des auteurs est suivie d’un extrait du livre.

1516 (L’utopie de Thomas More) ; 1576 Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un (Etienne de La BOETIE) ; 1798 Essai sur le principe de population (Robert Malthus) ; 1849 La désobéissance civile (Henry David Thoreau) ; 1899 Théorie de la classe de loisir (Thorstein Veblen) ; 1925-1929 Gandhi – Autobiographie ou mes expériences de vérité ;1940 Testament agricole, pour une agriculture naturelle (Sir Albert Howard) ; 1948 La planète au pillage (Fairfield Osborn) ; 1949 Almanach d’un comté des sables (Aldo Leopold) ; 1955 Tristes tropiques (Claude Lévi-Strauss)1956 Les transformations de l’homme (Lewis Mumford) ; 1957 The Breakdown of Nations (Leopold Kohr) ; 1960 La technique ou l’enjeu du siècle (Jacques  Ellul) ; 1962 Le Printemps silencieux (Rachel Carson) ; 1965 Avant que nature meure (Jean Dorst) ; 1965 Le Cours d’une Vie (Louis Lecoin) ; 1968 Arcadie, essai sur le mieux vivre (Bertrand de Jouvenel)1969 Le Jardin de Babylone (Bernard Charbonneau) ; 1971 La bombe P (Paul Ehrlich) ; 1971 The entropy law and the economic process  (Nicholas Georgescu-Roegen) ; 1972 La dernière chance de la terre (collectif) ; 1972 Les limites de la croissance ou rapport au Club de ROME (collectif) ; 1973 La convivialité (Ivan Illich) ; 1976 Ecologie, communauté et style de vie (Arne Naess) ; 1979 Que la crise s’aggrave (François Partant) ; 1979 Le principe responsabilité (Hans Jonas) ; 1979 Vivre sans pétrole (Jean Albert Grégoire)

LEXIQUE à l’usage des électeurs (page 321 à 366)

Acteur absent, élément-clé d’une démocratie écologique

Anthropocentrisme, pose le problème de la place des humains dans la nature

Assemblée du futur, en remplacement du sénat actuel

Associations, l’intermédiaire nécessaire entre l’individu et l’Etat

Biodiversité, un exemple de l’interdépendance des populations

Bipolarisation, écologie politique contre conservateurs

Calendrier (inversion du -), la présidentialisation du pouvoir

Candidat « naturel », l’art de conserver le pouvoir

Cohabitation, Président et Premier ministre en contradiction

Comités de soutien et d’action, préalable à un parti durable

Conférence de citoyens, une manière de personnifier la démocratie de masse

Conflit d’intérêts, le poids de l’économique sur le politique

Conseiller de l’Elysée, en route vers le libéralisme bancaire

Constitution, ne doit pas être modifiée en urgence

Contre-productivité institutionnelle, le risque d’inconvénients supérieurs aux avantages

Croissancisme, une illusion partagée par tous les Présidents jusqu’à présent

Décroissance, ce n’est pas une récession économique

Démocratie représentative, ne peut être rattachée à un territoire déterminé

Démocratie participative, une évolution institutionnelle positive

Droit de l’environnement, un foisonnement source d’inefficacité

Droite ou Gauche, un classement obsolète

Ecologie, un vaste ensemble à découvrir ensemble

Effet rebond, dont l’antidote est l’effet débond

Eléments de langage, opération de communication contre l’écologie

Equations de référence, IPAT et Kaya

Fiches de travail pour présidentiable écolo

Financement d’une présidentielle, on peut faire plus avec moins

Indicateurs d’avenir, face au simplisme du PIB (Produit intérieur brut)

Parrainage, une présélection pour la présidentielle

Parti, deux conceptions opposées

Planification, à l’heure des choix de la sobriété partagée

Politique monétaire, l’importance du taux d’intérêt

Primaire, une nouveauté dans le paysage politique français

Promesses électorales, des paroles en l’air

Référendum, la démocratie directe n’a pas toujours raison

Second tour de la présidentielle, l’art de devenir écolo… ou pas

Solidarité gouvernementale, une habitude anti-démocratique

Tirage au sort, le meilleur moyen d’assurer la démocratie

Transparence, la vertu première d’une démocratie

Triangulation, le petit jeu des politiciens politicards

ZAD, zone à défendre

source : « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » de Michel Sourrouille

aux éditions Sang de la Terre, juillet 2016

Écologie, un vaste ensemble à découvrir ensemble

La politique repose sur des « éléments de langage » que les membres de la classe dirigeante s’efforcent de propager dans la presse et d’inculquer à l’opinion publique. Michel Sourrouille propose aux électeurs dans son livre* un lexique pour pouvoir mieux se situer face aux jeux du pouvoir et mieux comprendre les enjeux de la démocratie. Exemple, la multiplicité des domaines de l’écologie :

 » Un citoyen bien éduqué aux réalités matérielles et psychologiques de notre existence connaîtrait la plupart des expressions ci-dessous. Cela faciliterait la gouvernance d’un pays, les responsables politiques et les citoyens posséderaient en effet un langage commun.

Écologie scientifique : Anthropocène ; bioéconomie (économie biophysique, éconologie) ; catastrophe ; couche d’ozone ; analyse du cycle de vie (craddle to craddle) ; biodiversité ; boucles de rétroaction positives (effet de seuil) ; descente énergétique (déplétion pétrolière) ; désertification ; énergie grise ; entropie ; externalités négatives ; holisme ; méga-machine ; peak all ; pic pétrolier ; réchauffement climatique ; ressources halieutiques (épuisement) ; stress hydrique…

Écologie politique : Acteurs absents ; agriculture biologique/raisonnée/productiviste ; agriculture vivrière/d’exportation ; carbone (taxe/carte/marché) ; casseurs de pub ; classe globale (classes sociales) ; communautés de transition (résilience) ; conférence de citoyens ; contre-productivité (Illich) ; les (débond/rebond, démondialisation, démilitarisation, dépollution, dépopulation, désurbanisation, dévoiturage) ; décroissance (subie/voulue/différentielle) ; développement durable (oxymore) ; diversité (culturelle/alimentaire/politique) ; écototalitarisme ; écologie industrielle ; effondrement (de la civilisation) ; efficacité énergétique ; faucheurs volontaires ; Grands travaux inutiles ; greenwashing (écoblanchiment) ; lanceurs d’alerte ; (néo)luddites ; monopole absolu (Illich) ; obsolescence (programmée) ; peuple écolo ; sciences citoyennes ; soutenabilité/durabilité (faible/forte) ; techniques douces/dures…

Écologie comportementale (psycho-écologie) : Associations environnementales ; autolimitation ; culpabilité/responsabilité ; effet rebond/débond ; locavore ; incroyables comestibles ; interactions spéculaires ; mode (refus de la -) ; monnaie locales (complémentaires) ; les R (réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler) ; SEL (système d’échange local) ; semaine sans écran (sans achat, sans télé,…) ; sens des limites ; simplicité volontaire ; sobriété (énergétique, globale) ; les SUR (surabondance, suractivité, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…) ; végétarien/végétalien/carnivore…

Écologie philosophique : Anthropisation ; anthropocentrisme ; biocentrisme ; écocentrisme ; écologie profonde/superficielle ; éthique de la Terre ; holisme/individualisme ; humanisme/anti-humanisme ; nature/culture…

Écologie réparatrice (superficielle) : Croissance verte ; écologie industrielle /productive ; géo-ingénierie ; capture du carbone ; fusion (nucléaire) ; enfouissement des déchets ; incinérateurs ; nanotechnologies ; OGM ; surgénérateurs ; technophile/phobe ; technoscience. »

L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (Un avenir peint en vert pour la France ?)

(éditions Sang de la Terre, en librairie depuis juillet 2016, 370 pages pour 19 euros)

Une écologie de rupture contre la société croissanciste

L’idée-clé de l’écologie politique, c’est la conscience aiguë que nous avons déjà dépassé les limites de la biosphère. Il faudra donc faire des efforts dans tous les domaines. Il ne s’agit pas d’écologie punitive, mais de soutenir une écologie de rupture. A ceux qui lui demandaient comment sortir de la crise, l’écologiste Teddy Goldsmith répondait en souriant : « Faire l’exact contraire de ce que nous faisons aujourd’hui, et ce en tous les domaines. »

Voici un exemple de rupture avec la société croissanciste :

Ce que défend un parti politique traditionnel # Ce que pourrait proposer un parti écologiste
1 Analyse simplificatrice de la réalité # Approche systémique des interdépendances avec la biosphère
2 Crise conjoncturelle, politique de court terme # effondrement de la civilisation thermo-industrielle
3 Priorité à la croissance et risque de récession/dépression # Maîtrise de la décroissance
4 Acceptation des inégalités de revenus # Revenu maximum autorisé
5 Appropriation privée privilégiée # Gestion collective des biens communs
6 Ecologie non punitive, soutien des intérêts à court terme # Ecologie de l’état d’urgence, garante du long terme
7 Dualisme homme / nature # Biocentrisme et écocentrisme
8 Ecologie superficielle, réparatrice # Ecologie profonde, éliminant les causes des dysfonctionnements
9 Priorité à l’économie, censé résoudre tous les maux # ressources naturelles, base de l’économie et des avancées sociales
10 Mythification du PIB, option quantitative # Priorité au qualitatif, IBED (indicateur de bien-être véritable).
11 Ignorance des limites biophysiques # Sens des limites matérielles et éthiques
12 Civilisation minière, extractiviste # Utilisation uniquement de ressources renouvelables
13 Alignement à gauche ou à droite # Ecologie au delà des divisions politiques traditionnelles
14 Loi du marché et individualisme # Lois de la nature et apprentissage du collectif
15 Règne de la concurrence et de la compétition # Apprentissage de la coopération et du partage
16 Marchandisation des rapports sociaux, culte de l’avoir # Valorisation des relations, des liens, de l’être
17 Mondialisation des échanges et libre-échange # Démondialisation, relocalisation, monnaies locales
18 Politique macroéconomique de relance # Politique de sobriété énergétique et de partage
19 Politique de l’emploi global # Politique de l’emploi utile
20 Salarisation et emplois publics # Augmentation de la part des profession indépendantes
21 Soutien aux grandes entreprises # Valorisation des artisans, paysans et PME
22 Soutien à l’agro-industrie, la monoculture # Agriculture biologique, polyculture/élevage
23 Priorité à la technoscience # Mise en œuvres de techniques douces, appropriées
24 Politique d’infrastructures, de grands projets # Rapprochement des lieux de vie, de travail et de loisirs
25 Option tout voiture # Dévoiturage
26 Politique d’allongement des études # Apprentissage court du savoir être et du savoir faire
27 Priorité à la spécialisation dans une société complexe # Formation à la polyvalence dans un système productif simplifié
28 Accentuation de la division du travail # Raccourcissement du détour de production
29 Allongement des circuits de distribution # Priorité aux circuits courts, alimentaires, biens et services
30 Prime à l’intérêt national dans négociations internationales # Vers l’union des peuples, nous n’avons qu’une planète
31 Politique militariste # Apprentissage de l’action non violente
32 Maintien de la force de frappe # Désarmement nucléaire unilatéral
33 Politique militaire interventionniste sur les théâtres extérieurs # Neutralité militaire de la France vis-à-vis de l’étranger
34 Journée d’appel et de défense # Initiation à l’objection de conscience
35 Assistance du berceau à la tombe # Recherche des solidarités de proximité
36 Politique familiale nataliste (allocations familiales, quotient…) # Neutralité de l’Etat, éducation à la capacité de charge
37 Etatisation, centralisation # Soutien à la formation de communautés de résilience
38 Politique de l’offre d’énergie (nucléaire et renouvelable) # Incitation à la réduction des besoins en énergie exosomatiques
39 Marché carbone # Taxe carbone avec prévision carte carbone (rationnement)
40 Soutien de la consommation par la publicité # Suppression de la publicité, indicateurs qualité/prix
41 Effet de mode, obsolescence programmée# Produits de base, réparables, recyclables…
42 Politique du spectacle (foot, société de l’écran…) # Loisirs de proximité avec contact physique direct avec autrui
43 Rupture entre EELV et les citoyens # Exemplarité des militants EELV dans leur comportement
44 Coupure entre EELV et les associations environnementales # Double appartenance (parti et associatif) du militant EELV
45 Electoralisme, recherche de postes # Faire évoluer les idées, formation d’un peuple écolo
46 Syndicat des élus, évolution clanique # Tirage au sort entre candidats à un poste
47 Bureaucratisation # Aucun cumul des mandats
48 Démocratie représentative restreint e# Représentation des acteurs absents (générations futures, non humains)
49 Démocratie participative diluée # Organisation de conférence de consensus
50 Alliance avec un parti croissanciste # Alliance avec des mouvements anti-productivistes
51 Autonomie contractuelle avec un projet vague ou non respecté # Si alliance, liberté totale de parole et de vote des écolos
52 Participation au gouvernement # … uniquement si on obtient le ministère de l’écologie
53 Primaire fermée sur un parti pour les présidentielles # Primaire présidentielle ouverte à un candidat EELV
54 Scrutin majoritaire pour les législatives # Nombre de parlementaires proportionnel au résultat de la primaire

Il vous suffit maintenant de constater que les deux schémas partisans sont opposés point par point ! Pour faciliter ton travail de commentaire, utilise la numérotation pour préciser ce sur quoi tu veux exprimer…

 

Eléments pertinents pour un vrai programme écologique

Au fil de nos lectures, nous avons recensé quelques indications pour un programme écologiste. Ci-dessous notre bimensuel Biosphere-Info qui récapitule des recensions de livre sur cette question cruciale. Si vous avez d’autres approches, complémentaires ou différentes, nous serions heureux d’en avoir connaissance. A mettre en commentaire, merci.
NB : vous pouvez vous abonner à Biosphere-Info, c’est gratuit, il suffit de nous écrire : biosphere@ouvaton.org

pour un programme écologique

Biosphere-Info 348 (1er au 15 avril 2015)

1971 Socialisation de la nature de Philippe Saint Marc
Ce serait une étrange erreur que penser conserver la Nature en maintenant inchangé le système économique qui la détruit. Matérialisme, libéralisme, urbanisation aggravent en effet considérablement la pénurie de Nature résultat de l’encombrement de l’espace par la croissance démographique et économique. Tant que notre civilisation matérialiste donnera au milieu naturel une grande valeur lorsqu’il est détruit, une valeur faible lorsqu’il est sauvegardé, comment s’étonner qu’il disparaisse ?
La seule réponse, la clef de voûte de cette construction nouvelle est la socialisation de la Nature. Ce serait reconnaître qu’elle est le bien commun universel, qu’elle doit être ouverte à tous et que son maintien est une mission de service public. D’où la nécessité d’affecter une forte part du Revenu National à un « budget de la Nature » et d’en faire supporter le poids principal aux responsables des nuisances : les pollueurs doivent être les payeurs. Cette civilisation nouvelle devra donner la primauté aux biens immatériels sur les biens matériels, au socialisme sur le libéralisme, à la ruralisation sur l’urbanisation.
(Stock)

1974 L’écologie ou la mort (à vous de choisir) la campagne de René Dumont, les objectifs de l’écologie politique
Personne n’est admis à avoir une vue globale des choses, ce qui est désastreux d’un point de vue écologique car tout est lié à tout. L’Ecologie, c’est un mot simple. Il veut dire que l’homme comme toutes les espèces vivantes, est inclus dans un milieu qui comprend la nature, les autres espèces vivantes, les autres hommes et qu’il ne peut se permettre de détruire ce milieu sans se détruire lui-même. On a compris que la défense de la nature ne se limite pas à tel ou tel point particulier, mais exige une remise en cause fondamentale pour abouti à notre double objectif :
1. Réduction fondamentale des injustices sociales à l’échelle mondiale, en vue de la réduction prioritaire du gaspillage et des consommations abusives des riches ; donc de leur nombre comme de leur revenu.
2. Elaboration d’une civilisation à basse consommation d’énergie, de viande et de métaux, économisant pour les générations futures les ressources rares de la planète, arrêtant le pillage du Tiers-Monde et la destruction de la nature, source de toute vie.
(Pauvert)

1975 Le macroscope, vers une vision globale de Joël de ROSNAY
Notes de voyage en écosocialisme (décembre1974)
« C’est un scénario parmi d’autres. Pour un monde parmi d’autres. Il contient une part de rêve ? J’en conviens. Mais il est important de rêver. Et pourquoi ne prendrait-on pas ses rêves pour des réalités ?
– Ecosocialisme, écosociété, écocitoyen, écoparlement… Le préfixe « éco » symbolise la relation étroite entre l’économie et l’écologie.
– L’avènement de l’écosociété s’est déroulé en trois grandes étapes, l’économie de survie (société primitive), l’économie de croissance (société industrielle) et l’économie d’équilibre (société postindustrielle ou écosociété).
– L’économie d’équilibre est une économie régulée, au sens cybernétique du terme. Certains secteurs peuvent passer par des phases de croissance ; d’autres sont maintenus à l’équilibre dynamique ; et d’autres encore à un taux de croissance « négative ».
– A la différence des sociétés industrielles structurées « du haut vers le bas », l’écosociété s’est construite du « bas vers le haut ». A parti de la personne et de sa sphère de responsabilités : par la mise en place de communautés d’utilisateurs.
– La consommation en énergie est maintenue au niveau où elle se trouvait au début des années 1980. Ce n’est pas l’austérité monacale, l’énergie est mieux répartie, mieux économisée, plus efficacement utilisée.
– Le taux de naissance est maintenu au taux de renouvellement de la population ; laquelle se maintient à l’état stationnaire.
– La création de filières de récupération a permis de reconnecter les cycles correspondants au métabolisme de l’organisme social avec les cycles naturels de l’écosystème.
– L’écosociété est décentralisée, communautaire, participative. L’écosociété repose sur le pluralisme des idées, des styles et des conditions de vie.
– C’est une société « rurale », intégrée par un réseau de communication extraordinairement développé. Ce réseau permet d’éviter les déplacements inutiles. Beaucoup de gens travaillent chez eux.
– Alors que la maîtrise de la mégamachine, sécrétée par les sociétés industrielles, exigeait une sur-éducation, l’enseignement de l’écosociété est considérablement réduit. Il est à la fois plus global, plus pratique et plus intégré à la vie.
– L’assistance médicale mutuelle est réalisée à grande échelle. On consomme moins de médicaments, on fait moins appel aux médecins. On cherche plus à stimuler les défenses naturelles de l’organisme, qu’à agir de « l’extérieur » à coups de substances chimiques.
– Des programmes de mise en route de nouvelles centrales nucléaires ont été abandonnés. La décentralisation des moyens de transformation de l’énergie a conduit à l’exploration de nouvelles sources. Mais ce sont surtout les économies d’énergie et la lutte généralisée contre le gaspillage qui ont permis de stabiliser la consommation en énergie.
– La transparence de l’écosociété conduit à faire jouer deux motivations à l’action, la compréhension de l’utilité de son geste et le sens de la responsabilité sociale.
– Les produits manufacturés sont plus robustes, plus faciles à réparer. Ce qui revitalise toutes sortes d’activités d’entretien et de réparation. L’artisanat renaît vigoureusement.
– L’écosociété, c’est aussi l’explosion du qualitatif et de la sensibilité.
– Une bioéthique renforce la nouvelle morale de l’écosociété.
– La mort est acceptée, réintégrée à la vie. Les personnes âgées participent à la vie sociale ; elles sont l’objet du respect et de la considération.
(Seuil)

1979 La décroissance (entropie, écologie, économie) de Nicholas GEORGESCU-ROEGEN
Il convient d’expliquer au public cette double difficulté : un épuisement plus lent des ressources signifie moins de confort exosomatique, et un plus grand contrôle de la pollution requiert proportionnellement une plus grande consommation de ressources. Bien sot celui qui proposerait de renoncer totalement au confort industriel de l’évolution exosomatique, mais il faut un programme bio-économique minimal :
– interdire totalement non seulement la guerre elle-même, mais la production de toutes les armes de guerre.
– aider les nations sous-développées à parvenir à une existence digne d’être vécue
– diminuer progressivement la population humaine
– réglementer strictement tout gaspillage d’énergie
– vous guérir de votre soif morbide de gadgets extravagants.
– mépriser la mode qui vous incite à jeter ce qui peut encore servir
– rendre les marchandises durables, donc réparables
– ne plus se raser plus vite afin d’avoir plus de temps pour travailler à un appareil qui rase plus vite encore.
Ces changement de comportement conduiront à un émondage considérable des professions qui ont piégé l’homme. De plus, même si les humains prennent conscience de la problématique entropique de leur espèce, ils n’abandonneront pas volontiers les fastes actuels en vue de faciliter la vie des humains qui naîtront dans dix mille ans, voire dans mille ans seulement ; tout se passe comme si l’espèce humaine avait choisi de mener une vie brève, excitante et extravagante laissant aux espèces moins ambitieuses une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire ! ».
(éditions Sang de la terre)

1982 Du chômage à l’autonomie conviviale d’Ingmar Granstedt
Ingmar Granstedt propose une démarche fondée sur l’idée suivante : que chacun recherche toutes les occasions pour rééquiper peu à peu son environnement en outils simples grâce auxquels il pourra faire de plus en plus de choses par lui-même et réduire d’autant son temps de travail professionnel et son revenu. Le revenu monétaire se mettrait à baisser, mais non pas le niveau ni la qualité de la vie. Il faut se dégager par étape de la dichotomie producteur/consommateur. Pour un nombre croissant de produits courants, 80 % du prix payé par le consommateur final sert en réalité à rémunérer les fabricants d’emballages et de palettes, les transporteurs, les magasins de gros, les détaillants, les assureurs, bref tous les intermédiaires.
Cela suppose de réorienter les sciences et les techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. C’est l’exemple de la machine à coudre, à opposer à l’usine de confection. A la place de l’usine de charcuterie, c’est le cochon qu’on tue et sale avec l’aide des voisins selon des règles de réciprocité, ce qui signifie bien plus qu’une simple collaboration technique. Ne peut-on imaginer des formules d’achat direct chez le paysan, à plusieurs, d’un porc ou d’un mouton ? Des associations de quartier, des municipalités peuvent prendre l’initiative de mettre à la disposition des habitants des instruments et des machines dans des ateliers ouverts à tous. Chacun n’a besoin de ces ateliers que de temps en temps. Il en faut de plusieurs sortes, menuiserie, travail des métaux, réparation d’objets… Au fur et à mesure que l’on étend le domaine vernaculaire, l’outillage devient de plus en plus compatible avec les sources d’énergie proches et renouvelables. Pour la machine à coudre, même notre petite énergie corporelle pourrait suffire si l’on modernisait le bon vieux pédalier à volant. Il y a des domaines où la technicité du travail exige évidemment une spécialisation professionnelle. Mais chaque îlot d’autonomie voit s’élever peu à peu le niveau de sa culture pratique, celle que tous les participants partagent pour assumer leur subsistance et qui leur permettra plus tard de faire d’autres technologies, plus complexes. Le but est de contester le préjugé qui nous pousse à croire que tous les biens ne peuvent pas être produits autrement que sur le mode industriel.
Ce que je fais chez moi, avec les miens, pour vivre à ma manière, tu peux aussi le faire chez toi, avec les tiens, pour vivre à ta manière. Il nous est possible ici et maintenant de retrouver, à travers l’autonomie personnelles des activités vernaculaires reconquises, le visage des autres, la saveur des gestes dans des relations face à face, le goût de la présence mutuelle à travers tous les actes de la vie, à commencer par ce qui sont liés aux nécessités même de l’existence.
(La Ligne d’horizon, 2007)

1990 Gouvernance des biens communs (pour une nouvelle approche des ressources naturelles) d’Elinor Ostrom
Principes communs aux institutions durables de ressources communes :
1. des limites aux prélèvements clairement définies ;
2. la concordance entre les règles et les conditions locales ;
3. des dispositifs de choix collectifs sur le mode participatif ;
4. une surveillance et une autosurveillance des comportements ;
5. des sanctions graduelles pour les transgressions ;
6. des mécanismes de résolutions des conflits ou arènes locales ;
7. le droit à s’organiser sans intervention d’autorités externes ;
8. des entreprises imbriquées (pour les systèmes à grande échelle).
Il y a réticence à investir du temps et des efforts pour améliorer un système géré centralement. Des efforts de réforme centralisée ont souvent débouché sur des problèmes encore plus graves.
(première édition 1990, Governing the Commons, The Evolution of Institutions for Collective Action)
Traduction française en 2010, éditions De Boeck

2001 Charte des Verts mondiaux (Canberra)
PRINCIPES
• Sagesse écologique
• Justice sociale
• Démocratie participative
• Non-violence
• Développement durable
• Respect de la diversité
http://eelv.fr/2011/03/10/charte-des-verts-mondiaux/

2009 Prospérité sans croissance (la transition vers une économie durable) selon Tim Jackson
Une société développe normalement tout un ensemble de dispositifs d’engagement : des mécanismes sociaux et institutionnels influencent l’équilibre des choix au détriment du présent et à l’avantage du futur. Le mariage, les comptes épargne, les normes de comportement social, tous ces éléments constituent des dispositifs d’engagement. Le problème est que l’opulence érode et sape les dispositifs d’engagement : augmentation des ruptures familiales, déclin de la confiance et même attaques contre la parentalité. L’individualisme du laisser-faire ne constitue pas un mécanisme de gouvernance pour une prospérité durable. Face à la crise de l’engagement, l’Etat se doit de réagir. Là où les structures sociales favorisent l’altruisme et la tradition, les comportements égoïstes peuvent être pénalisés. Nos sociétés modernes doivent favoriser la coopération plutôt que la compétition. Le rôle principal du gouvernement est de veiller à ce que les biens publics de long terme ne soient pas menacés par les intérêts privés à court terme. Il serait légitime que le gouvernement renforce et protège les dispositifs d’engagement qui empêchent les choix court-termistes et qu’il réduise les impacts structurels pernicieux qui augmentent les inégalités. Les politiques doivent inclure la fixation de niveaux de revenus minimum et maximum.
Face à des chocs économiques, il est particulièrement important de créer des communautés sociales résilientes. Comme l’affirme l’institut pour l’autosuffisance locale, les communautés devraient avoir le droit de protéger certains espaces de tout esprit de commerce et de la publicité. Il faut que des activités économiques sobres en carbone contribuent vraiment à l’épanouissement humain. Les germes d’une telle économie existent dans des projets énergétiques communautaires, des marchés agricoles locaux, des coopératives Slow Food, des services locaux de réparation et d’entretien, des ateliers artisanaux, et pourquoi pas, dans la méditation et le jardinage. En étant à la fois producteurs et consommateurs de ce genre d’activités, les gens atteignent un niveau de bien-être et de satisfaction supérieur à celui qu’ils retirent de cette économie de supermarché, matérialiste et pressée, dans laquelle nous passons le plus clair de notre temps. Mais en termes formels ces activités, appelons-les entreprises écologiques, comptent encore à peine. Tant que la stabilité économique dépendra de la croissance économique, les changements nécessaires n’auront pas lieu.
Traduction française (de boeck, 2010)
1ère édition 2009, Earthscan, Prosperity without Growth – Economics for a finite planet

2010 Les huit R selon Serge Latouche
Pour se libérer de l’obsession de croissance, nous avons proposé de formuler la rupture en huit R : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Relocaliser, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler. Ces huit objectifs interdépendants ont été retenus parce qu’ils nous paraissaient susceptibles d’enclencher une dynamique de décroissance sereine, conviviale et soutenable. Le deuxième niveau, celui de la mise en œuvre suppose une insertion dans le contexte :
1. Retrouver une empreinte écologique soutenable ;
2. Réduire les transports en internalisant les coûts par des écotaxes appropriées ;
3. Relocaliser les activités ;
4. Restaurer l’agriculture paysanne ;
5. Réaffecter les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d’emploi ;
6. Relancer la production de biens relationnels ;
7. Réduire le gaspillage d’énergie d’un facteur 4 ;
8. Restreindre fortement l’espace publicitaire ;
9. Réorienter la recherche technoscientifique ;
10. Se réapproprier l’argent.
La principale difficulté pour réaliser ce programme tient au fait que, en nous enrichissant matériellement, la croissance économique nous a beaucoup appauvris humainement. Nous avons perdu cette capacité de nous tirer d’affaire par nous-mêmes qui faisait la puissance des pauvres et plus encore les solidarités sur lesquelles pouvaient compter les membres des sociétés traditionnelles. Il nous faut réapprendre à être autonomes et tout faire pour que la récession ne soit pas l’antichambre du chaos ou d’un écofascisme odieux.
(ECOLOGIE POLITIQUE n°40 : les écologies politiques aujourd’hui)

2012 Le programme idéal d’un candidat à la présidence de la république française
Voici les réponses qu’un écolo attendrait d’un candidat aux présidentielles :
1) Comment améliorer le niveau de santé des Français ?
L’amélioration infinie du niveau de santé n’est pas possible alors que nous sommes entrés à une époque où règnent à la fois l’acharnement thérapeutique et le mal de vivre ; la perception de notre santé est inséparable de notre rapport à la mort et à la technique. Par exemple le droit de mourir dans la dignité doit être valorisé et l’accouchement ne doit plus être considéré comme une maladie à médicaliser. Il faut renforcer la territorialisation avec des maisons de santé de proximité.
2) Comment faut-il faire évoluer le système scolaire ?
Le blocage énergétique qui découle du pic pétrolier nous oblige à multiplier les perspectives d’emplois, donc de formation, dans l’agriculture, l’artisanat et les techniques douces. L’apprentissage et les filières professionnelles doivent être privilégiés au détriment des études longues et abstraites.
3) A quel âge et dans quelles conditions doit-on pouvoir prendre sa retraite ?
L’âge de la retraite est un choix individuel avant d’être une obligation sociale. Les difficultés croissantes de financement de la retraite par redistribution nous obligent à réfléchir sur une prise en charge plus grande du vieillissement de la population par les familles plutôt que par des institutions.
4) Comment combattre le chômage ?
Il est vain d’obliger ou même d’inciter les entreprises à garder leurs salariés quand les carnets de commande se vident. Contre le chômage, il faut une politique structurelle de relocalisation des activités, ce qui veut dire valoriser l’achat de proximité, les monnaies locales, la petite industrie. L’emploi ne se crée pas par le haut, mais par le bas.
5) Comment augmenter le pouvoir d’achat des Français ?
Le pouvoir d’achat actuel des Français est déjà au-dessus des capacités de la planète. Cette question est donc absurde. Car un journal bien informé devrait savoir que le pouvoir d’achat va diminuer étant donné l’épuisement des ressources naturelles et la reprise probable de l’inflation. Il faut donc s’interroger sur le partage équitable de la pénurie, ce qui implique une réduction drastique des inégalités de revenus.
6) Comment renforcer la compétitivité des entreprises françaises ?
Dans un système commercialement ouvert comme le nôtre, aucun pays ne peut garder un avantage compétitif durable. Il faut donc remplacer l’esprit de compétition par l’esprit de coopération au niveau national, européen et international. Cela implique aussi un degré croissant de protectionnisme quand on veut relocaliser l’emploi.
7) Comment réorganiser la fonction publique ?
Le poids de l’Etat en période de récession (probable) devient un fardeau insupportable. Il faut surtout recentrer les priorités de l’Etat sur ses fondamentaux et faire mieux avec moins. Par exemple, on peut sans difficulté majeure supprimer la force de frappe et diminuer la durée moyenne des études. Ce qui veut dire que l’armée nationale devient un simple appoint des casques bleus et que la division sociale du travail est simplifiée.
8) Comment faire évoluer l’éducation nationale ?
Un seul enseignant peut avoir une classe de dix élèves, ou de quarante, ou de 150 : tout dépend du niveau d’attention et de confiance des élèves. Il ne faut plus avoir une optique quantitative, ce sont les programmes qui doivent évoluer et les matières enseignées. Une culture de type holistique doit succéder à un enseignement fragmenté.
9) Comment rendre notre système judiciaire plus efficace ?
Le passage en justice est le signe d’un échec social. Si chacun s’efforce de vivre en harmonie avec son prochain, il n’y a plus besoin de recours en justice. Le système d’éducation parental est donc l’indispensable préparation à une justice efficace. Une école des parents semble incontournable, avec comme résultat que certains adultes ne devraient pas être considérés comme apte à devenir parents.
10) Quelle est la réforme indispensable de notre système fiscal ?
Au-dessus d’un salaire de trois fois le SMIC, le fisc prend tout. Les bénéfices d’une entreprise et les revenus patrimoniaux doivent profiter directement à la collectivité et non à l’usage personnel. Une entreprise doit se comporter comme une association à but non lucratif, une personne doit mettre son argent au service de l’intérêt public.
11) Quelle est la mesure prioritaire pour améliorer la qualité de notre environnement ?
Contre le gaspillage des énergies fossiles, il faut établir d’urgence une taxe carbone et même envisager une carte carbone, c’est-à-dire un rationnement. Cela implique une formation généralisée à l’écocitoyenneté, un apprentissage du sens des limites.
12) Quelle doit être la politique de la France sur l’énergie nucléaire ?
La polarisation sur le nucléaire est un grave défaut des politiques actuelles. Le nucléaire est, comme les énergies fossiles, une énergie non renouvelable dont on doit, par définition, sortir. Comme les énergies non renouvelables ne peuvent nous permettre d’utiliser autant d’esclaves énergétiques qu’à l’heure actuelle, il faut donc établir un vaste plan d’économies d’énergie à appliquer au niveau des individus et de la collectivité
13) Comment améliorer l’organisation territoriale du pays ?
Il faut respecter le principe de subsidiarité. Il ne s’agit pas seulement de déléguer plus de pouvoirs aux régions et aux départements, mais surtout aux communautés de résilience ou territoires en transition vers une plus grande autonomie alimentaire et énergétique.
14) Comment la France doit-elle agir sur son immigration ?
Tous les pays vont être confrontés à des difficultés croissantes. Avec la disparition des énergies fossiles, les frontières se ferment, l’ère du monde fini a commencé. L’émigration ne pourra plus être un recours possible au déséquilibre d’une population avec son propre écosystème. La maîtrise de la fécondité et de la sécurité alimentaire devient alors incontournable quand l’émigration n’est plus possible. Se posera cependant un problème croissant sur lequel il faudra faire preuve de solidarité internationale, l’accueil des réfugiés climatiques.
15) Quelle mesure est la plus efficace pour relancer l’économie européenne ?
Cette formulation n’est pas réaliste, la relance de l’économie n’est pas possible quand on a déjà dépassé les limites de la planète. Le keynésianisme global est devenu une méthode obsolète. Il faut reconstruire les structures de résilience, famille, paysannerie, artisanat, solidarités de proximité… que le libéralisme économique s’était employé à démolir.
NB : Le questionnaire du MONDE (19 avril 2012, supplément « Présidentielle 2012 » p. VIII) qui sert de trame à cet article veut complètement ignorer la dimension internationale des problèmes, comme le font d’ailleurs tous les présidentiables franco-français ! De plus LE MONDE n’accorde aucune importance à des questions aussi brûlantes que le réchauffement climatique, la descente énergétique ou la chute de la biodiversité. LE MONDE veut ignorer complètement les contraintes écologiques mondialisées qui pèseront de plus en plus sur les réalités socio-économiques et politiques au niveau national ! Pourtant un présidentiable conscient de l’urgence écologique expliquerait aux citoyens que la rupture avec notre standard de vie occidental est nécessaire.
Source : http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/04/20/de-quel-presidentiable-suis-le-plus-proche/

La COP 21, un débat globalisé qui nous empêche d’agir

Il est vain d’attendre des conférences sur le climat une réponse collective au changement climatique. La conférence des parties (COP), qu’elle se réunisse à Copenhague, Lima ou Paris, ne peut pas avoir de conséquences concrètes. La raison principale, c’est que les politiques ne s’y expriment pas au nom de l’équilibre général de la planète, ils représentent les intérêts à court terme de populations particulières. Le GIEC a produit son premier rapport sur les changements climatiques en 1988 et depuis aucun pays n’a jamais adopté de mesures significatives pour limiter les émissions de GES. Les Etats-Unis n’ont pas signé le protocole de Kyoto en 2001, ils ont nié l’origine anthropique du réchauffement climatique, ils ont toujours privilégié le niveau de vie des Américains. Les Américains ne peuvent se passer de leurs bagnoles et de leurs grandes maisons, les Canadiens veulent exploiter leurs sables bitumineux du Canada, le pouvoir d’achat des Français n’est pas négociable, ni l’enrichissement des Chinois, ni le développement des pays émergents. Les sociétés qui vivent à l’occidentale poursuivent un rêve contradictoire et suicidaire : jouir sans entraves des applications impressionnantes des ressources fossiles, et être aveugles aux conséquences fâcheuses de la perturbation climatique qui en découle.

L’autre raison, c’est qu’un changement de comportement ne se décrète pas d’en haut. Des scientifiques estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. Qui s’en soucie ? Il faut, jusqu’à 2050, s’abstenir d’extraire et de brûler la plus grande partie des réserves fossiles si l’on veut éviter la surchauffe de la planète. Qui s’en soucie ? Pour éviter la catastrophe climatique, nous savons quand nous sommes bien informés qu’il faudrait diviser par quatre d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui voulait dire diviser par deux notre consommation d’énergie. Mais cela restait abstrait. Qui comprend que cela remet complètement en question son mode de vie personnel ?

Le 8 janvier dernier, Laurent Fabius prônait devant un comité inter-ministériel l’adoption d’un objectif « zéro carbone – zéro pauvreté » et le rapprochement des agendas internationaux pour le climat et des Objectifs mondiaux pour le développement, qui doivent désormais être « durables ». Ces déclarations d’intention ne servent absolument à rien si le citoyen de base ne se sent pas concerné. Nous ne pouvons réussir internationalement une COP que si nous commençons à nous impliquer personnellement (par exemple participation généralisée aux « familles à énergie positive ») et à réussir localement (par exemple mise en œuvre d’un plan climat territorial). Les solutions existent, individuelles et collectives. Elles s’appellent sobriété partagée, rationnement bien expliqué, taxe carbone aujourd’hui, carte carbone demain, soutien par l’Etat central des communautés locales cherchant leur autonomie alimentaire et énergétique, adoption de techniques douces aux humains et à la nature, généralisation d’une agriculture biologique, conversion des intellectuels du tertiaire à l’artisanat, entraînement à la réponse non violente en toutes circonstances, rejet des actions militaires, considération des acteurs absents (générations futures et non-humains), maîtrise de la fécondité, etc. Le pire n’est jamais certain, mais il est probable.

(résumé d’une analyse de Michel Sourrouille parue initialement sur le site JNE des journalistes pour la nature et l’écologie)

La COP 21, un débat global qui nous empêche d’agir

Le moment où la technoscience devient insupportable !

Des expérimentations actuelles consistent à modifier le génome de certains virus pour leur faire acquérir des « fonctions » nouvelles, mais délétères – par exemple les rendre transmissibles, virulents, résistants à certains médicaments ou encore capables d’échapper au système immunitaire humain. Autrement dit fabriquer des « Frankenvirus ». Nous avons déjà traité sur ce blog le fait de rendre contagieux entre mammifères un virus grippal exceptionnellement meurtrier pour l’homme, le H5N1. Depuis lors, une demi-douzaine de nouvelles expériences de GOF (Gain of Function) ont été publiées dans les principales revues scientifiques mondiales, impliquant d’autres virus tout aussi meurtriers. Pour les défenseurs de l’« acquisition de fonction », il est essentiel d’étudier comment des virus dangereux mutent et deviennent pandémiques*. Pourquoi ne se sont-ils pas contentés d’étudier l’expansion du virus Ebola ?

Il ne faudrait pas toujours faire ce que nous savons faire, mais les techno-scientifiques n’ont jamais su ne pas faire ce qu’ils savaient faire. Pour l’instant nous sommes encore soumis à la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». Mais il suffirait que les Etats ne financent plus ce genre de recherches à haut risque pour que les chercheurs retrouvent le sens de la mesure et de la modération. Or la décision du gouvernement américain de ne plus financer de nouvelles recherches sur les virus dangereux ne touche pas les travaux en cours et cette suspension n’est que temporaire.

Sur ce blog, nous prônons les techniques douces, douces à la nature et aux humains… et la disparition des Etats, donc de la technoscience : small is beautiful.

* LE MONDE Science&médecine du 22 octobre 2014, volte-face sur les « Frankenvirus »

Résilience, un passage nécessaire par les low tech

 « Quelles techniques pour un changement radical ? Résilience et low tech » . Compte-rendu de l’exposé de Michel Sourrouille* :

« La décroissance sera notre destin, elle sera celle de notre pouvoir d’achat, de notre population… et de nos techniques. L’histoire est en effet cyclique, une croissance exponentielle se termine toujours par une forte récession économique, une crise démographique, l’abandon de certaines techniques. D’une certaine manière, c’est même notre passé qui préfigure notre avenir. Dans ma famille par exemple, nous étions tailleur de père en fils depuis des générations, au moins depuis la révolution française. Nous vivions dans un petit village, Beylongue. Des ciseaux, du fil et une aiguille permettaient de fabriquer des vêtements. Et puis l’urbanisation et l’exode rural ont poussé mon grand-père dans une grande ville où il est resté tailleur sur mesure. Mon père était aussi tailleur, comme d’ailleurs mon oncle. Mais l’industrialisation et le prêt à prêter ont donné un coup d’arrêt à cette stabilité professionnelle continue. J’ai été obligé de devenir un « intellectuel », l’explosion du secteur tertiaire créant l’emploi. Mon frère a mis sur pied le travail à la chaîne dans une fabrique textile, une grosse pile de tissu est coupée instantanément au laser, la fabrication de vêtements s’est délocalisée avec son aide en Tunisie puis au Vietnam. Son usine à Besançon n’avait plus d’ouvriers.

Les emplois disparaissent en France et nos générations présentes sont contemporaines du chômage de masse ; les générations futures redeviendront artisan ou paysan. Retour aux ciseaux, à l’aiguille et au village. En langage moderne, low tech et non plus high tech. L’avenir sera fait de techniques douces, douces à la nature et à l’homme, pratiqué dans un contexte de petite communauté. Nous y reviendrons quand nous parlerons de résilience. Mais d’abord examinons un classement possible des techniques.

1/5) Le dualisme des techniques, douces (low tech) ou dures (high)

                Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes contre technophiles, il n’y a jamais retour à l’âge de pierre ou à la bougie. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre :  techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Le  tableau le plus synthétique que je connaisse a été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologieLa dernière chance de la Terre » 

Société à technologies dures

Communautés à techniques douces

Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

                Mais cette approche en deux parties ne dit rien des raisons de l’évolution technologique et de ses limites.

2/5) Techniques et ressources naturelles : l’exemple du  déplacement

Chaque technique correspond à un besoin et nous savons que le mode de satisfaction d’un besoin est une création sociale. Ainsi par exemple du besoin de déplacement. Il peut être minime. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; le paysan restait près de chez lui. Aujourd’hui certains rêvent de populariser le tourisme spatial ; notre société cultive un sentiment de besoins illimités grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des esclaves mécaniques.

Mais baser le besoin de déplacement sur le slogan « plus loin, plus souvent et plus vite » se heurte aux limites de la biosphère. Toute mobilité nécessite de l’énergie et nous allons connaître la descente énergétique avec la fin des énergies fossiles. De plus tout moyen de déplacement autre que la marche ou le cheval nécessite aussi des métaux. Or il existe un mouvement cumulatif entre énergie et métaux, ce qu’a bien montré Philippe Bihouix : « Les métaux, toujours moins concentrés, requièrent plus d’énergie, tandis que la production d’énergie, toujours moins accessible, requiert plus de pétrole. Le peak oil sera donc vraisemblablement accompagné d’un peak everything (pic de tout). »

Nous pouvons donc classer les méthodes de déplacement de celle qui rend la personne le plus autonome possible (la marche) à celles qui dépendent d’une organisation industrielle poussée à l’extrême et nécessitant énergie et métaux. 

marche

cheval

vélo

train

TGV

Voiture

Avion

Fusée

Physique (musc.

physique

Phys + matériel

matériel

Nucléaire ?

Agrocarburants ?

Kérosène !

Comme nous allons connaître le pic de tout, la disponibilité en ressources naturelles étant fortement reliée à la mise en œuvre de l’énergie fossile, il y aura forcément limitation des déplacements. Le soi-disant progrès technique nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite, le mouvement ira de la droite vers la gauche dans un avenir relativement proche. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, les plus lourds que l’air resteront cloués au sol, la voiture individuelle disparaîtra, le mot d’ordre de nos besoins deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. Bien entendu cela ne dit rien du niveau des inégalités acceptables. La marche était ignorée autrefois par l’aristocratie avec la chaise à porteur et le privilège d’aller à cheval. On peut aussi se faire transporter par cyclopousse ou s’installer en classe de première dans un train. Etre écologiste, c’est être aussi partisan de la sobriété partagée.

3/5) Techniques et complexité

                Outre le problème de l’approvisionnement en énergie et métaux, la durabilité des techniques connaît une autre limite. Par exemple, plus une technique de déplacement est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile.

Joseph Tainter a bien analysé le mécanisme dans son livre de  1988 l’effondrement des sociétés complexes  (traduction française en 2013) :  « Les populations humaines font d’abord usage des sources de nutrition, d’énergie et de matières premières qui sont les plus faciles à obtenir, extraire, transformer et distribuer. Lorsque de telles ressources ne sont plus suffisantes, l’exploitation se tourne vers celles qui sont plus coûteuses alors qu’elles ne génèrent pas de meilleur rendement. Les organisations socio-politiques nécessitent un investissement accru, simplement pour préserver le statu quo. Cet investissement se présente sous des formes telles que l’inflation bureaucratique, l’accroissement de la spécialisation, l’augmentation des coûts du contrôle intérieur et de la défense extérieure. Toutes ces augmentations doivent être supportées en prélevant des sommes plus élevées sur la population sans lui conférer d’avantages supplémentaires. Le rendement marginal dans la complexité se dégrade proportionnellement, d’abord progressivement, puis avec une force accélérée. Divers segments de la population accroissent une résistance active ou passive, ou tente ouvertement de faire sécession. A ce stade, une société complexe atteint la phase où elle devient de plus en plus vulnérable à l’effondrement. »

Bien d’autres auteurs depuis le rapport au Club de Rome en 1972 prédisent l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Ils s’appuient sur les réalités biophysiques et des considérations socio-économiques systémiques, ce qui paraît un meilleur raisonnement que miser sur l’amoncellement de papier-monnaie et l’innovation future… qu’on ne connaît pas encore mais qui arriverait à point nommé.

4/5) Généralisation du raisonnement

Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que le verre (pour le sperme) et la paille (pour la fécondation), c’est largement préférable à une procréation médicalement assistée, c’est infiniment plus acceptable qu’une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). La médicalisation totale de notre existence, depuis la fécondation jusqu’à l’acharnement thérapeutique en fin de vie en passant par la technicisation des mécanismes  naturels de l’accouchement nous a habitué à une existence d’assistés. Le passage à une autre forme de société, à techniques simples et douces, ne sera pas une mince affaire.

Voici d’autres domaines de réflexion, avec classement de l’approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique

5/5) Résilience des techniques, résilience communautaire

                Il nous faut maintenant aborder le volet final de cet exposé, la résilience, la capacité de résister aux chocs énergétiques et climatiques, ce que Rob Hopkins appelle les jumeaux de l’hydrocarbure. Son raisonnement est simple : « Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre. » Pour approcher de ce résultat, il faut mettre en œuvre l’autonomie alimentaire et énergétique la plus grande possible. Cela ne peut advenir qu’au niveau de petites communautés. Cette relocalisation des activités s’accompagnera nécessairement d’une relocalisation des techniques. Il faudra user d’instruments techniques simples, produits et réparés sur place. Avec un forgeron et un atelier de tissage, vous obtiendrez des ciseaux, du fil et des vêtements locaux.

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles et de la technologie triomphante. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs.

Nous n’aborderons pas le problème des seuils : quelle est la taille optimale d’une communauté humaine et la complexité appropriée de sa technique ? La réponse appartiendra à chaque communauté, on ne peut vivre de la même façon dans un climat tempéré, dans des étendues glacées ou dans un désert. Mais le mécanisme sera le même, une régression de l’emploi des techniques modernes. Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. » 

Conclusion : Une conférence sur notre avenir probable ne peut s’achever sans avoir défini quelques moyens d’action. Au niveau individuel, on peut toujours résister à l’emprise de la technique : refuser le portable, la télévision, la carte bancaire, la voiture, etc. A chacun de faire preuve de simplicité volontaire, de montrer l’exemple, de faire des émules. Bien entendu  si nous en avons le courage et le temps, nous pouvons aussi faire œuvre collective, entrer dans une association comme TECHNOlogos, créer un mouvement néo-luddite, agir dans un mouvement écologiste…

L’essentiel est de faire mentir la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». L’autre manière d’exprimer l’inéluctabilité supposée du soi-disant progrès technique est encore plus détestable : « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable ». Il nous faut au contraire redonner de la morale à notre comportement d’utilisateur de techniques, et vivre la convivialité directe les uns avec les autres plutôt que d’utiliser des substituts techniques à notre capacité relationnelle. »

* article paru initialement sur le site JNE, ci-dessus avec l’autorisation de l’auteur, Michel Sourrouille (membre de JNE)

(exposé tenu lors des 2ème assises de Technologos : Techniques, croissance et décroissance à Paris le 13 septembre 2014)

En route directe pour atteindre un réchauffement de 2 °C

Sommet extraordinaire sur le climat à New York le 23 septembre : blablabla, 120 chefs d’Etat, y’a rien à faire, circulez ! Il n’est donc plus possible de demeurer sous la barre des 2°C de réchauffement par rapport à la période pré-industrielle. Selon une étude récente*,  « L’humanité avait un capital de 3 200 milliards de tonnes de CO2 à émettre pour avoir deux chances sur trois  de rester sous le seuil des 2 °C de réchauffement. Et jusqu’à présent, depuis la révolution industrielle, nous en avons émis environ 2 000 Gt. » Il nous en reste 1 200 Gt, ce qui représente environ trente ans d’émissions mondiales au niveau de 2013. Comme il sera impossible de déterminer pour chaque pays le quota qui lui reste à émettre, nous continuerons le business as usual et les plus forts feront la loi… comme d’habitude. Le niveau de vie des Américains n’est pas négociable, ni l’enrichissement des Chinois, ni le pouvoir d’achat des Français, ni le développement des pays émergents. Les sociétés à l’occidentale poursuivent un rêve contradictoire et suicidaire : jouir sans entraves des applications impressionnantes des technosciences, et être aveugles aux conséquences fâcheuses de ses applications.

Les humains ne se sont pas encore rendus compte que de son côté la Nature ne négocie pas. Elle tiendra l’espèce humaine pour quantité négligeable en lui offrant généreusement inondations et sécheresses, acidification des océans et montée des eaux. Notre capacité à imaginer des solutions sera de plus en plus saturée par la brutalité des situations que nous devrons affronter. Plus nous reportons les décisions, plus nous serons dans la gestion de crise… Alors comment conserver notre maîtrise des processus de décision sans sombrer dans l’utilisation de méthodes totalitaires ? Il est aisé de se résoudre à laisser mourir une partie de l’humanité dès lors que cette solution apparaît comme justifiable pour notre propre survie. Il n’aura fallu que huit années aux nazis pour mettre en place des « politiques » jusque là inconcevables, rappelait Hanna Arendt. Nous devrons décider en urgence sur des sujets dont le champ de négociation est limité, ce qui n’est pas très propice à un partage équitable des ressources. Les inégalités risquent de perdurer.

                Nous espérons un avenir moins sombre, les solutions existent. Elles s’appellent sobriété partagée, rationnement bien expliqué, carte carbone plutôt que taxe carbone, soutien aux communautés locales cherchant leur autonomie alimentaire et énergétique, adoption de techniques douces aux humains et à la nature, généralisation d’une agriculture biologique, conversion des intellectuels du tertiaire à l’artisanat, entraînement à la réponse non violente en toutes circonstances, maîtrise de la fécondité, considération des acteurs absents, rejet des armes conventionnelles ou nucléaires, etc. Le pire n’est jamais certain.

* LE MONDE du 26 septembre 2014, Climat : l’humanité en route pour atteindre un réchauffement de 2 °C

Low tech contre low cost, le débat qui préfigure l’avenir

Normal
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Il y a d’un côté les low tech ou techniques douces, de l’autre le travail à prix bradé (low cost). D’après l’éditorial du MONDE*, le low cost est « devenu incontournable », les pilotes d’Air France n’ont plus qu’à se plier à « une évolution qui est inéluctable ». Il est sans doute scandaleux que des pilotes fassent grève pour protéger leurs intérêts corporatistes, à commencer par des salaires annuels qui oscillent entre 75 000 et 250 000 euros avec un temps de vol plus réduit que chez leurs confrères. Il est sans doute vrai que loger avec Ryanair dans un camping près de la base de Marseille est bien moins glorieux que fréquenter un hôtel 5 étoiles. Mais cela n’est pas le fond du problème, il s’agit plutôt de savoir si la profession de pilote d’avion de ligne est profitable pour la société et durable dans le temps.

                Ce qui est « incontournable » et « inéluctable », c’est que le prix du kérosène va exploser un jour ou l’autre. Or nous vivons avec le système marchand dans une perspective du court terme : le prix du baril chute en ce moment à 96 dollars puisque l’or noir coule à flots alors que la croissance mondiale est faible**. Le journaliste du MONDE Jean-Michel Bezat s’intéresse comme à son habitude à l’offre et à la demande de pétrole ce jour, il a toujours occulté la fin du pétrole : « La dépréciation du brut peut durer tant que l’horizon d’une reprise mondiale reste bouché… Dans le même temps, c’est l’abondance du côté de la production…Les huiles de schiste ont profondément modifié le paysage aux Etats-Unis… ». Cependant l’article donne aussi la parole à l’ancien PDG de BP : « Quand l’offre américaine atteindra un pic, d’où viendront les nouvelles sources d’approvisionnement ? » Quand arrivera ce moment, quand la descente énergétique deviendra visible aux yeux de tous, le pétrole flambera et le kérosène des avions deviendra hors de prix.

                Les pilotes d’air France comme ceux de sa filiale low cost Transavia seront définitivement cloués au sol, en chômage structurel. Nous n’aurions jamais le choix des plus lourds que l’air et en rester à la marine à voile…

* LE MONDE du 17 septembre 2014, La grève des pilotes d’Air France ne se justifie pas

** LE MONDE du 17 septembre 2014, Abondance de biens nuit aux producteurs d’or noir

Low tech contre low cost, le débat qui préfigure l’avenir

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Il y a d’un côté les low tech ou techniques douces, de l’autre le travail à prix bradé (low cost). D’après l’éditorial du MONDE*, le low cost est « devenu incontournable », les pilotes d’Air France n’ont plus qu’à se plier à « une évolution qui est inéluctable ». Il est sans doute scandaleux que des pilotes fassent grève pour protéger leurs intérêts corporatistes, à commencer par des salaires annuels qui oscillent entre 75 000 et 250 000 euros avec un temps de vol plus réduit que chez leurs confrères. Il est sans doute vrai que loger avec Ryanair dans un camping près de la base de Marseille est bien moins glorieux que fréquenter un hôtel 5 étoiles. Mais cela n’est pas le fond du problème, il s’agit plutôt de savoir si la profession de pilote d’avion de ligne est profitable pour la société et durable dans le temps.

                Ce qui est « incontournable » et « inéluctable », c’est que le prix du kérosène va exploser un jour ou l’autre. Or nous vivons avec le système marchand dans une perspective du court terme : le prix du baril chute en ce moment à 96 dollars puisque l’or noir coule à flots alors que la croissance mondiale est faible**. Le journaliste du MONDE Jean-Michel Bezat s’intéresse comme à son habitude à l’offre et à la demande de pétrole ce jour, il a toujours occulté la fin du pétrole : « La dépréciation du brut peut durer tant que l’horizon d’une reprise mondiale reste bouché… Dans le même temps, c’est l’abondance du côté de la production…Les huiles de schiste ont profondément modifié le paysage aux Etats-Unis… ». Cependant l’article donne aussi la parole à l’ancien PDG de BP : « Quand l’offre américaine atteindra un pic, d’où viendront les nouvelles sources d’approvisionnement ? » Quand arrivera ce moment, quand la descente énergétique deviendra visible aux yeux de tous, le pétrole flambera et le kérosène des avions deviendra hors de prix.

                Les pilotes d’air France comme ceux de sa filiale low cost Transavia seront définitivement cloués au sol, en chômage structurel. Nous n’aurions jamais le choix des plus lourds que l’air et en rester à la marine à voile…

* LE MONDE du 17 septembre 2014, La grève des pilotes d’Air France ne se justifie pas

** LE MONDE du 17 septembre 2014, Abondance de biens nuit aux producteurs d’or noir

Un arrachage d’OGM, les commentateurs se déchaînent

La parcelle (de 11 hectares) avait été plantée à la hâte d’un maïs OGM « en présence d’un huissier », juste avant la parution au journal officiel le 15 mars d’un nouvel arrêté d’interdiction de la culture de MON 810. La raison ? Avoir un prétexte pour attaquer sur le plan légal les mesures de protection mises en place en urgence par le gouvernement français. Les faucheurs volontaires ont procédé à l’arrachage de plants encore jeunes pour les remplacer par des graines de maïs bio. Les pro- et les anti-OGM se déchirent sur le net* :

Pro : Une preuve de plus que les agités de l’écologie ont des comportements quasi terroristes et à tout le moins peu démocratiques. La légitimité ne semble jamais les effleurer sauf pour aller à la soupe ministérielle ou aux postes électifs bricolés (cf Duflot et Placé dit bureau de placement).

Anti : Comportements peu démocratiques ? C’est bien vite oublier que 80% des citoyens sont opposés aux cultures d’OGM alimentaires. Il n’y a aucune raison qu’une demi douzaine de multinationales aidées par des centaines de lobbyistes richement dotés aient détourné pour leur seul intérêt économique des lois initialement destinées à assurer des productions de semences saines et de qualité garantie. La démocratie est d’abord au service des citoyens et certainement pas à celui de multinationales.

Pro : On peut penser tout le mal qu’on veut de telle ou telle multinationale, ce n’est pas vraiment le problème. Ce qui est important c’est de nourrir toute la planète. Peut-être les OGM sont-ils un atout, ou non. Mais certainement, les excommunier dogmatiquement n’est pas la meilleure façon d’aborder ce problème vital.

Anti : Les OGM n’ont jamais été  inventé pour nourrir le monde, le rendement agricole n’est pas meilleur. Il s’agit en fait d’une entreprise de concentrations des terres agricoles aux mains de quelques-uns au détriment de l’agriculture biologique et des paysans. Cela profite surtout aux semenciers qui sont à la fois fournisseur des ces semences non paysannes, des pesticides et des engrais.

Pro : En 1830, ces fous furieux auraient détruit tout ce qui ressemblait à un train, au motif que l’homme n’est pas fait pour voyager à des vitesses folles dépassant les 30 km/h. Et ils auraient brûlé Pasteur, ce médecin du diable qui voulait inoculer des produits dangereux aux enfants mordus par des chiens enragés au prétexte de vouloir les sauver ! Quand se décidera-t-on à enfermer Bové quelques années en prison pour simplement faire respecter la loi ?

Anti : Ce serait dommage d’enfermer quelqu’un qui se bat pour le bien être alimentaire de tout le monde. Selon une étude de The Guardian, 908 militants écologistes ont été assassinés dans le monde entre 2002 et 2013, avec un taux d’élucidation proche de zéro. Les anti-verts sont légions, et ils sont prêts à tout, y compris à la violence, pour imposer leur pseudo-progrès au reste du monde. L’humanité n’a jamais arrêté de détruire la planète et elle ne l’a jamais fait aussi rapidement qu’aujourd’hui. Tôt ou tard, on paiera tous les conséquences de ces irresponsables.

Pro : Greenpeace manifeste contre les centrales nucléaire et arrache le maïs OGM : quel rapport entre la technique nucléaire et la technique OGM ? Aucun. Pour Greenpeace il y en a un : ce sont des techniques créées par les hommes, qu’il faut donc combattre pour cette raison.

Anti : centrales nucléaires et OGM ont un trait commun, ces techniques empêchent l’autonomie des individus. Elles ne sont pas l’échelle humaine, mais dépendent du système militaro-industriel et/ou des multinationales. Toutes les techniques ne sont pas condamnables, il faut savoir nuancer ses propos. Il y a des techniques douces comme l’agriculture biologique et l’éolienne de petite dimension.

Pro : José Bové et autres veulent que l’on répande davantage d’insecticides dans les champs. Ils arrachent un maïs qui demande moins d’insecticide, qui sera remplacé par un maïs qui sera copieusement arrosé d’insecticide.

Anti : Un OGM, c’est soit une plante qui produit elle-même le pesticide, soit une plante qui résiste aux pesticides de Monsanto. Bref, OGM = Pesticides. Les études ont montré que les semences OGM n’entraînent pas l’usage de moins de pesticides, mais d’encore plus de pesticides. De toute façon la résistance croissante des insectes aux produits « phytosanitaires » montre que l’usage de ces molécules, qu’il soit internalisé dans la plante ou appliqué de façon externe, aboutit à une impasse.

Pro : Le nombre des espèces diminue. Afin d’assurer la pérennité du monde vivant les biologistes doivent pallier cette diminution en créant de nouvelles espèces via les techniques d’OGM. L’hostilité de groupuscules à cette nouvelle science rappelle l’hostilité stalinienne à la génétique naissante des années 30-50 et qui avait trouvé son accomplissement catastrophique dans le Lyssenkisme.

Anti : Je vous propose de considérer le problème autrement : confier à l’homme la responsabilité d’assurer la pérennité de la biodiversité par la manipulation du vivant relève d’une confiance ambitieuse dans l’anthropocentrisme dont toutes les détériorations de la biosphère qui s’ensuivent montrent l’échec croissant. Et ce n’est pas en invoquant les mânes du stalinisme qu’on apporte des preuves contraires…

* Le Monde.fr | 02.05.2014, Greenpeace et des faucheurs mènent une action dans un champ de maïs OGM

Proposition de VADE-MECUM de l’écologiste

Ci-dessous une ébauche de vade-mecum (va-avec-moi) de l’écologiste, à garder toujours en tête. Les recommandations suivantes s’adressent à tout citoyen qui cherche à construire une société plus égalitaire et conviviale en harmonie avec les possibilités matérielles de la biosphère. Mais à chacun de trouver sa propre voie. Vous pouvez commenter ce texte, il est toujours possible d’améliorer les choses.

1) Les écologues indiquent que tous les indicateurs ont au rouge

Le mot écologie a été inventé en 1866 pour désigner une science naissante qui étudie le biotope (territoire offrant des possibilités de vie durable pour une espèce) et la biocénose (ensembles des êtres vivants dans un même milieu). Etude longtemps limitée à des milieux naturels spécifiques, l’écologie est devenue une approche globale des problèmes. Les écologues, porteurs de l’écologie scientifique, démontrent que tous les indicateurs de la planète sont dégradés (stress hydrique, épuisement des ressources fossiles, des réserves halieutiques, des sols…, réchauffement climatique, etc.).

Les crises écologiques, à commencer par la descente énergétique qui va impacter tout notre tissu productif, s’ajoutent à la contrainte financière qui a déjà fait ses effets. Nous nous dirigeons avec une forte probabilité vers l’effondrement de la société thermo-industrielle. Loin du catastrophisme, nous devons faire preuve de réalisme et réagir par rapport à toutes ces menaces.

2) Tous les citoyens sont écologistes par définition

Par définition, tous les citoyens sans exception sont concernés par l’écologie, c’est-à-dire la meilleure manière de parler (logos) de notre maison la Terre (éco, oïkos). Nous sommes tous plus ou moins victimes et responsables du niveau insupportable d’exploitation de la planète qui ne peut que renforcer l’exploitation inadmissible de l’homme par l’homme. Nous sommes donc tous amenés à avoir un comportement écologique.

L’écologie déborde largement la division droite/gauche. Travailleurs ou capitalistes, riches ou pauvres, nous sommes sur la même planète, limitée dans ses possibilités. Nous devons apprendre à partager l’espace et les ressources, non seulement avec les autres humains, mais aussi avec toutes les autres espèces (la biodiversité). L’écologisme marque l’abandon de l’anthropocentrisme et les avancées de l’humilité.

3) Un écologiste montre l’exemple par son comportement

L’écologie montre que le tout et ses parties sont indissociables. C’est la somme des comportements individuels qui fait évoluer la société, c’est la société ainsi créée qui formate les individus. Nous fonctionnons en effet socialement par interaction spéculaire : « Tu fais, parce que je fais, parce que nous faisons tous ainsi. » Le changement social résulte donc de notre exemplarité dans notre comportement écologique. Soyons le changement que nous voulons voir pour ce monde.

                Le mode de vie à l’occidentale est bien au-dessus des possibilités de la planète (cf. l’empreinte écologique), ce qui nécessite une cure d’austérité.  Cela présuppose aussi la lutte contre les inégalités. Individuellement nous devrions adopter le principe suivant : Faire preuve le plus possible dans ma vie de sobriété énergétique et d’autolimitationpour construire avec autrui une société plus conviviale et plus égalitaire. Comme à l’impossible nul n’est tenu, à chacun de faire son possible pour (re)trouver le sens des limites et la simplicité volontaire.  L’écologiste doit s’interroger sur la véritable signification de sa prétendue liberté, y compris en matière de procréation ; place à une démographie responsable.

4)  Notre action obéit au principe de la non-violence

C’est l’obéissance servile aux mécanismes actuels de détérioration de la biosphère et des rapports humains qui nous prépare l’arrivée d’un autoritarisme. Nous savons que nous sommes tous profondément déterminés par les conditions sociales qui nous sont faites, le parcours de nos parents, notre statut professionnel, etc. Mais nous pouvons penser autrement et pratiquer la désobéissance civile. Nous pourrions tous être des objecteurs de conscience, des technocritiques, des objecteurs de croissance, des lanceurs d’alerte… Il faut savoir résister de façon appropriée à la société industrielle de consommation et du spectacle. Non-violence ne veut pas dire passivité.

                La force de la vérité pèse dans nos raisonnement, mais cette vérité n’est pas préétablie. Les limites (à ne pas dépasser) de la pression humaine sur la planète restent souvent indéterminées. L’autoformation permanente de l’écologiste est alors nécessaire ; il faut bien connaître pour mieux agir. Le réseau de documentation des écologistes n’est qu’un moyen parmi d’autres. Mais si nous ne pouvons convaincre par la parole, inutile de vouloir vaincre par la violence. La recherche de l’efficacité immédiate nuit à la pérennité des solutions.

5) Notre pensée intériorise les intérêts des acteurs absents

Il y a les invisibles de la représentation, les acteurs absents. Bien sûr les habitants du tiers-monde, les pauvres, les chômeurs, les exclus… Mais pour une considération écologiste, il s’agit aussi des acteurs absents, qui ne peuvent prendre la parole lors d’une négociation, ou qui ne sont pas invités à la table des négociations : par exemple les générations futures et les non-humains.

Ce n’est pas une procédure démocratique que de décider sans les acteurs absents de ce qui les intéresse au premier chef. Une telle délibération ne peut qu’entraîner de mauvaises décisions dans l’espace et/ou le temps. L’écologiste, élu ou non, doit savoir s’exprimer au nom des acteurs absents, élargir sa pensée dans l’espace et dans le temps.

6) Un lieu à privilégier, la communauté de résilience

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise ou par les travailleurs. Tout le monde est concerné puisqu’il s’agit de rendre notre avenir durable.

Le souci principal d’un écologiste devrait être de chercher la relocalisation des activités et la décentralisation du pouvoir (principe de subsidiarité). Concrètement un écologiste soutient ou met en œuvre une communauté de résilience, espace territorial qui cherche localement l’autonomie alimentaire et énergétique pour assurer la transition de la civilisation thermo-industrielle vers des sociétés qui fonctionneront sans énergies fossiles. Un système démocratique durable est d’autant mieux préservé si l’Etat central programme la mise en place d’une autonomie territoriale. Il n’y a de véritable démocratie que locale. L’écologiste cherche la subtile synthèse entre une pensée ancrée dans l’espace mondial et dans le long terme d’une part, et d’autre part une pratique qui s’exerce de préférence dans son milieu d’appartenance. Le terme qui résume le mieux cette disposition d’esprit est glocal, fusion des deux mots « global » et « local » : agir localement tout en pensant globalement.

7) Un écologiste s’inscrit dans des réseaux

Coopérative ou mouvement, réseaux ou association, l’important est moins dans l’appellation que dans la capacité à créer une forme d’appartenance commune à ce qu’on pourrait appeler un « peuple écolo ». Il nous faut repenser notre façon de vivre et d’être ensemble pour préparer le futur. D’où la nécessité de se retrouver en groupe pour chercher la meilleure voie possible. Avec l’aide de l’écologie scientifique, nous devons débattre collectivement de nos besoins et de nos techniques, de notre manière de manger comme de nos moyens de déplacement.

                Un écologiste s’investit normalement dans une association à but environnemental. Savoir à quelle association adhérer relève d’une analyse personnelle des statuts de cette association. Par exemple Attac a « pour objet… de mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde. » Il n’y a nulle trace dans ces objectifs de préoccupation explicite à propos des rapports entre l’homme et la nature. Adhérer à Attac ne suffit pas pour un écologiste, sauf à œuvrer pour transformer les objectifs de l’association dans un but écologique.

8) Une conception écologique du social et de l’économique

La droite libérale donne priorité à l’économique, la gauche au social. Le concept de développement durable ne hiérarchise pas entre économique, social et environnemental. Or l’écologiste constate qu’aucune activité socioéconomique n’est possible si on n’accorde pas une attention première aux ressources naturelles (l’eau, l’énergie, etc.) qui permettent son existence (durable). Le facteur « terre » est devenu plus important que le travail et le capital car sans ressources naturelles, ni travail, ni capital ! D’où l’idée que sans considérations écologiques, on ne peut avoir des avancées sociales réelles, et sans société conviviale, il ne peut y avoir d’économie saine.

La disparition inéluctable de la plupart de nos esclaves énergétiques (les machines) indiquent que le temps de travail va augmenter, la division sociale du travail se simplifier et le détour de production se raccourcir. Il faudra d’abord compter sur sa force physique, les agriculteurs et les artisans redeviendront l’essentiel de l’emploi. Les techniques douces, à forte intensité d’énergie renouvelables, seront privilégiée. Le respect des cycles naturels formera un impératif.

9) Un engagement qui ne peut être que politique

Au sens noble du mot « politique », il s’agit de participer à l’organisation de la cité. Au sens large, tous nos gestes sont politiques car ils entraînent des répercussions sur le fonctionnement de la société humaine insérée dans la biosphère. Nous ne pouvons échapper au politique. L’écologie politique porte en soi l’urgence écologique, mais elle ne s’incarne pas forcément dans un parti particulier puisque l’écologie a pour vocation de rassembler l’ensemble de l’humanité autour d’un avenir durable.

A chacun de s’investir dans un parti ou mouvement de son choix en sachant que l’essentiel est notre propre comportement. Un projet politique doit remonter d’en bas, de notre engagement personnel, et non l’inverse, descendant des institutions. Et notre critère d’engagement, c’est d’abord la préoccupation écologique. L’écologie, c’est-à-dire la gestion du long terme et le sens des limites, doit l’emporter sur le souci de la victoire électorale. L’essentiel est de porter en toutes circonstances par la pensée et par ses actes les principes généraux de ce vade-mecum.

NB : Pour de plus amples développements, lire par exemple:

Recherche des fondamentaux pour militantEs écolos

Utopie 2050

Des bombes contre la société industrielle, Kaczynski

Alain Gras trouve important dans un article* de ne pas ignorer Ted Kaczynski. Il rappelle que Kaczynski fut surnommé Unabomber par les journalistes. De 1978 à 1996, il avait envoyé des colis piégés qui firent trois morts et vingt-trois blessés. Mais il voulait en finir avec le soi-disant progrès technologique qui « détruit la liberté humaine et conduit nécessairement à la catastrophe ». Il a rédigé en prison « l’effondrement du système technologique ». Alain Gras en retire l’idée principale, à savoir qu’il y a deux sortes de techniques, une technologie cloisonnée et une technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. Ainsi un réfrigérateur est branché pour fonctionner sur un ensemble industriel complexe et une source d’énergie éloignée. Si le système techno-industriel s’effondre, il n’y aurait plus de réfrigération. A ce système macro-industriel s’oppose la technologie cloisonnée, le talent du forgeron ne peut être perdu. Kaczynski insiste sur la fragilité des systèmes techniques compliqués et rappelle que les Romains n’ont laissé que des traces de leurs technologies, aqueducs, routes, chauffage et autre prodiges de leurs fascinant ingénieurs. Tout cela s’effondre au Ve siècle avant Jésus Christ.

Rendons hommage à Alain Gras. Il a su discerner la méthode violente et inacceptable utilisée par Kaczynski pour promouvoir ses idées et le fond de sa pensée (qui rejoint celle d’Alain), une critique radicale du progrès technique. Il aurait pu ajouter que la différenciation entre techniques appropriées et technologie trop complexe a été déjà abordé par d’autres auteurs comme Mumford qui distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Teddy Goldsmith, qui s’appuie sur Wolfgang Sax, utilise d’autres termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures. Nous aimerions personnellement regrouper ces différentes appellations sous le titre « techniques conviviales » contre « technologie non durable ». De plus l’idée d’effondrement a été abordé par de nombreux auteurs, par exemple Joseph Tainter (l’effondrement des sociétés complexes) ou Jared Diamond (Effondrement – De la disparition ou de la survie des sociétés).

En résumé, la technique moderne n’est pas la solution, elle est le problème et nous amène à la catastrophe. Mais nous pourrions mettre en place des techniques durables qui nous permettraient de résister localement à la descente énergétique.

* Mensuel la Décroissance, décembre 2013-janvier 2014, page 10 (Des bombes contre la société industrielle)

L’accouchement à domicile, c’est un choix de l’écologie

LE MONDE se refuse à toute propagande en faveur de l’accouchement à domicile. Car entre lemonde.fr* et la parution papier**, il a entre autres sucré cette phrase de Carole Rossow, jeune accouchée « maison » : « C’est cet accompagnement (par une sage-femme) que je recherchais, accoucher chez soi, dans l’intimité et la douceur, et non à être accouchée dans un protocole strict, avec un rythme d’usine et par des gens inconnus. » Il a sucré aussi le fait des manifestations en faveur de l’accouchement à domicile. Il ne reste que des considérations bassement financières : attestation d’assurance de 19 000 à 25 000 euros par an, l’équivalent du revenu total moyen d’une sage-femme, pour un acte facturé moins de 314 euros. La prime d’assurances est en effet calquée sur les accouchements à risque alors que l’accouchement à domicile ne peut être envisagé qu’après une grossesse normale. Triste collusion avec les assurances, c’est le ministère lui-même qui a exigé des sages-femmes qu’elles transmettent leur attestation d’assurance. Notons qu’il n’y a que 72 personnes en France qui déclarent pratiquer des accouchements à domicile.

Pourtant la naissance est un processus physiologique naturel sur lequel il convient d’interférer le moins possible. Les écologistes véritables ne veulent pas de l’hyper-contrôle des personnes du berceau à la tombe, ils ne veulent pas de la main-mise des spécialistes dans tous les domaines de leur existence, ils veulent retrouver une certaine autonomie, ils crient « halte à la technique pour la technique ». C’est sous la pression des médecins que les pouvoirs publics ont déconseillé en France dès 1972 les accouchements à domicile. Pourtant l’accouchement dans son propre lit était la règle pour les générations antérieures. Pourtant aux Pays-Bas cette pratique est encore courante. Pour des associations féministes et écologistes, la femme doit pouvoir accoucher « comme elle veut et où elle veut ». Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie ! Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société, en s’éloignant toujours plus de la nature, se dénature. Notre société ignore que la raréfaction des énergies fossiles va entraîner la simplification drastique de notre appareillage médical  et même la disparition des compagnies d’assurance…

Cf. nos articles antérieurs sur les accouchements  à domicile :

Accouchement, désert médical ou société surmédicalisée ?

Donner la vie n’est pas une maladie

Bien naître, bien-être

*Le Monde.fr | 29.10.2013, Des sages-femmes et des parents jugent l’accouchement à domicile menacé

** LE MONDE du 30 octobre 2013, Des sages-femmes et des parents jugent l’accouchement à domicile menacé