sauvons la Terre

Comme René Dumont, Lester porte sur le monde une démarche d’agronome, avec la même question fondamentale : Qu’est-ce qu’on va manger demain ? En 1948, Lester Brown n’a que 14 ans quand il se lance dans la culture des tomates. En 1957, quand Lester décide de passer à autre chose, sa récolte de tomates est de 700 tonnes ! Rattaché au ministère de l’agriculture, Lester étudie fin 1962 l’Asie en montrant qu’on ne peut faire abstraction de ses relations avec le reste du monde : toute vision juste est obligatoirement globale. Le résultat, un rapport qui montre qu’on va vers une crise alimentaire mondiale. Bluffé, le secrétaire d’Etat à l’agriculture en fait son conseiller économique alors que Lester n’a que 28 ans. Par la suite, Lester Brown fonde en 1974 le centre de recherches Worldwatch Institute, dont les études vont faire le tour du monde des écologistes. Son lieutenant, chargé des questions de l’énergie, fomente un putsch qui réussit ! Lester s’en va fonder aussitôt le Earth Policy Institute et continue de travailler sept jours sur sept, douze heures par jour.

 

Lester pense que nous allons vivre dans un monde très différent de celui que nous connaissons. Les sources d’énergie fossile se sont mondialisées en délocalisation nos vies. Avec les énergies renouvelables, les sources vont se relocaliser, et la relocalisation de l’énergie entraînera celle de la production alimentaire. Tout peut bouger très vite d’ici à 2020.

 Lester veut donc sauver le monde. Le problème, c’est que le monde ne le veut pas. Mais Lester reste optimiste, il a vu en 1944 combien une population est capable de se mobiliser et d’inverser le cours des choses ; comment les gens récupéraient l’huile dans laquelle ils avaient fait cuire œuf et bacon pour en faire des explosifs ; comment Théodore Roosevelt interdit la vente de voitures pour consacrer l’ensemble des chaînes de montage à l’effort de guerre. Aujourd’hui aussi, nous sommes en guerre, cette fois avec la Nature ! Il ne s’agit plus de produire autrement, mais de fabriquer beaucoup moins…

Des chercheurs trop nombreux

Le Parlement avait examiné (LeMonde du 28/01/2005) la loi d’orientation et de programmation sur la recherche. Le mouvement  » Sauvons la recherche  » dénonçait alors un projet de loi inacceptable, déjà un député PS passait en première ligne pour soutenir les OGM. Aujourd’hui encore, les scientifiques s’inquiètent de la baisse des crédits pour la recherche (LeMonde du 5.03.2008) et de « la politique de la terre brûlée » de Sarko.

 

Pourtant la question essentielle est ailleurs : il faudrait considérer la recherche non comme un tout dont l’objectif serait d’accaparer au moins 3 % du PIB, mais comme des études spécifiques dont les domaines d’application seraient réellement utiles et sans danger pour la société humaine et pour le reste de la planète. Par exemple, faut-il financer principalement la biologie moléculaire (et donc les OGM) ou faut-il favoriser la recherche des naturalistes sur les avantages de la biodiversité dont on nous rappelle parfois qu’elle est en péril extrême ? Faut-il consacrer plus de 80 % du financement de la France en matière d’énergie à la recherche nucléaire et laisser seulement quelques miettes pour les énergies renouvelables ? Faut-il toujours plus de recherche en tous genres sans s’interroger sur les risques pour la santé humaine de nos applications techno-scientifiques alors que nous accumulons déjà des tas de produits chimiques dans notre corps et nos appartements ?

 Finalement notre polarisation sur d’éventuels sauts technologiques dans la recherche à la mode (une mode déterminée par les industriels) nous empêche de consacrer toutes nos forces et notre attention à l’endiguement des dégâts que la techno-science inflige aujourd’hui à notre planète, donc à nous-mêmes. Le pilotage politique ne devrait pas porter sur une enveloppe financière globale qui va sauver quelques emplois de chercheurs, mais sur notre manière de penser et de vivre qui trop souvent pénalise le sort des générations futures. La Biosphère n’a pas besoin des chercheurs qui se foutent complètement de sauver la planète.

limits to growth

« Notre problème est celui de la croissance matérielle dans un monde fini. Tant que la croissance humaine et industrielle se poursuivra, les symptômes (érosion du sol, déforestation, changement climatique…) continueront de se manifester sous une forme ou une autre et cela, de façon toujours plus intense. En 1972, nous avons publié, avec le club de Rome, notre premier livre (ndlr, Limits to growth, traduit en Français par Halte à la croissance) sur la dynamique de la croissance sur une planète finie. A cette époque, nous ne disposions que de nos propres analyses pour exposer les problèmes auxquels nous aurions à faire face. Nous avions fait l’objet à l’époque de nombreuses critiques car personne ou presque ne pouvait concevoir que l’activité humaine deviendrait suffisamment importante pour détériorer les processus vitaux essentiels de cette planète. Jour après jour aujourd’hui, les médias fournissent d’abondantes preuves de l’existence de problèmes qui n’étaient que mauvais pressentiment il y a un peu plus de trente ans. Un titre récent du journal allemand Die Zeit posait même la question suivante : « Peut-on encore sauver l’humanité ? » En 1970, la publication d’un tel article aurait déchaîné les foules partout en Europe. Cette idée est devenue si courante que presque personne n’y a fait attention.

 

Depuis trente-quatre ans, nos principales conclusions n’ont pas changé. Toutefois un changement considérable s’est produit. En 1972, l’humanité était en dessous des limites de la planète, maintenant nous sommes au-dessus. Selon les calculs de Wackernagel (ndlr, l’empreinte écologique), l’humanité avait atteint environ 85 % de cette limite en 1972, aujourd’hui la consommation humaine des ressources se situe à environ 125 % du niveau soutenable à long terme. En 1972, le but principal visait un ralentissement, A présent, le but principal est une diminution. Nous devons ramener la population mondiale et son économie en dessous de ce seuil et nous devons essayer de le faire sans endommager gravement les systèmes naturels de la planète, ni provoquer des conflits étendus. Quelles que soient les circonstances, l’exploitation des matières premières et des énergies déclinera, que nous le voulions ou non. La question est tout simplement de savoir si nous pourrons choisir la manière de procéder à cette réduction. Les nouvelles technologies ne sauraient suffire. Des changements seront également  requis dans les domaines de la culture et de l’éthique. »

 Extraits de Entretiens  du XXIe siècle, Signons la paix avec la Terre (éditions Unesco, Albin Michel, 2007)

bravo DSK !

J’ai écouté DSK lors d’un meeting alors qu’il n’était qu’un des candidats PS aux élections présidentielles française. Il avait répondu aux problèmes écologiques par une seule idée : « Il faut plus de croissance ».

Maintenant il est devenu le grand manitou du FMI, et il n’a pas bougé d’un poil (LeMonde du 4.03.2008) :

– Pour lutter contre l’inflation, il prévoit une baisse du prix du pétrole. Bonjour le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources fossiles ! De plus, il n’a pas encore compris que la TIPP flottante n’incitera pas les consommateurs à économiser une ressource pétrolière de plus en plus rare.

– Pour lutter contre l’inflation, il préconise une « augmentation des surfaces cultivées ».  Bonjour la déforestation et la stérilisation de terres moins appropriées à l’agriculture !  Il ne fait aussi que constater la ruée sur les biocarburants alors qu’il devrait les condamner. Il n’a pas encore compris que les engrais sont  basés sur le pétrole et que cela n’est pas durable.

  Pour lutter contre l’inflation, il conseille des subventions à l’agriculture dans les pays pauvres. Mais qui va payer ces subventions ? Il n’a pas encore compris que la hausse des prix alimentaires inciterait les agriculteurs à accroître leur production alors que les subventions agricoles justifient l’urbanisation galopante.

– Contre le désordre monétaire, il préconise un contre-poids à l’indépendance de la BCE (dont il a quand même compris que cela permet de lutter contre l’inflation en Europe). Mais il préconise une relance budgétaire mondiale, ce qui ne peut que produire encore plus d’inflation. Comprenne qui pourra !

             L’interview se termine par ce que Dominique Strauss-Kahn croit être un changement de paradigme : «  Ce projet de stimulation mondiale prouve que le FMI ne demande pas systématiquement de se serrer la ceinture ». Mais DSK conserve ainsi la vision de l’économie dominante dont le seul refrain est « croissance, croissance, croissance ». DSK ne fait preuve d’aucune analyse transversale, il se garde bien de parler de tous les problèmes écologiques (et donc socio-économiques) provoqués par la croissance. Aux côtés des capitalistes, DSK va continuer à mener la Biosphère au-delà de ses limites,  droit dans le mur. Bravo DSK.

downshifters

Même le Figaro s’y met (15.10.2007) : « Au diable l’avion (trop polluant), la télé, les fast-foods, les vêtements de marque, le dernier sac tendance… Vive Emmaüs, les légumes bio, le recyclage, le vélo, la vie à la campagne et le savon de Marseille ! Baptisés downshifters aux Etats-Unis, nos décroissants prônent la « slow life », refusant l’« étouffement de l’individu dans cette société dévorée par les objets et la technologie ». Soixante-huitards sur le retour, militants alternatifs, libertaires, mais aussi économistes et universitaires, ces hédonistes frugaux se targuent de conjuguer solidarité et joie de vivre. Les «nonos» (ceux qui disent non) après les bobos ? ».

 

A un Président de la République qui répète à l’envie que « les Français veulent travailler plus pour gagner plus », certains ont envie de répliquer « Cherchons à travailler moins pour vivre mieux ! » Les adeptes de la décroissance, les désengagés (downshifters) travaillent moins et dépensent moins car ils veulent le faire de façon constructive. Ils déterminent ce qui est important et ce qui ne l’est pas dans leur vie. En travaillant neuf heures par jour, vous risquez de devenir directeur et ainsi de finir par travailler douze heures par jour. Voilà ce que disent les gens qui se considèrent downshifters. Ce terme est utilisé par les sociologues pour décrire une tendance à renoncer à sa carrière pour avoir une vie moins stressante mais « de meilleure qualité ». Si on prend un point de vue d’économiste, on constate que la défense du pouvoir d’achat dans les pays riches concerne essentiellement les nouveaux biens de consommation (écrans, ordinateurs, téléphones, gadgets divers) dont tous sont loin d’être indispensables. Alors, à quel moment déciderons-nous que les coûts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? A quel moment considérerons-nous dans les pays riches que nous avons atteint le point auquel nous arrêter ?

 

Le révérend Billy (Bill Talen), de la church of stop shopping, a choisi. Il sillonne les Etats-Unis en baptisant des bébés pour les protéger de la société de consommation. Mais les gens aiment acheter. Alors seule une bonne récession pourrait les sauver…

  (pour en savoir plus, dossier Travailler moins pour vivre mieux in Courrier international du 2 au 9 janvier 2008) 

l’écologie, de droite ou de gauche ?

Selon LeMonde du 2-3.03.2008, l’environnement serait devenu la nouvelle coqueluche des maires : « Tous les partis s’y mettent alors que le sujet était autrefois porté seulement par les Verts. » Alors, l’écologie serait-elle désormais ni de droite ni de gauche ?

Examinons de plus près une étude de cas, Narbonne. Le maire étiqueté div. Droite se pose en défendeur acharné de l’énergie propre. Il est ainsi très fier de l’inauguration d’une crèche à énergie positive (qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme). Si ce maire avait fait réaliser l’analyse du cycle de vie des produits nécessaires à construire une crèche à énergie positive, il se serait vite rendu compte que la propreté de l’énergie est toute relative. Mais pour la droite, il s’agit de faire vivre les entreprises, toutes les entreprises, il s’agit de produire pour consommer, il s’agit de calculer le profit immédiat à tirer de la marchandisation des enfants.

Le candidat socialiste est fidèle à son image d’homme de gauche : « La crèche à énergie positive, c’est bien, mais en étant un peu moins exigeant en termes de performance, on aurait pu accueillir davantage d’enfants…ce qui devrait être la priorité. » Il veut donc ignorer presque totalement les émissions de gaz à effet de serre et le sort des générations futures qui vivent dans la crèche. Il a     même une optique nataliste, des enfants, encore plus d’enfants, encore plus d’ennuis dans le futur. Il postule la quantité plutôt que la qualité. C’est vraiment un homme de gauche.

 Maryse Arditi, la candidate des Verts, prend la seule position qui vaille, une analyse transversale : «  Le maire de Narbonne fait un quartier durable, mais continue d’urbaniser à 10 km de la ville et de bétonner la crête… ». Maryse est une écologiste historique, elle fait partie du courant vert des Verts, contre le courant noir des anarchistes verts et le courant rouge des opportunistes en vert. Car on sait à quel point les Verts sont divisés, ce qui entrave tout discours constructif et transforme Maryse Arditi en éternelle minoritaire dans son propre camp.

L’écologie n’est ni de droite ni de gauche, elle est ailleurs et partout à la fois, mais les politiques commencent juste à s’en rendre compte !

Kirkpatrik Sale

Pour te donner envie de lire Kirkpatrik Sale, La révolte luddite, briseurs de machine à l’ère de l’industrialisation (éditions l’Echappée, 2006), quelques citations :

 

– La génération  vivant entre 1950 et 1990 a consommé plus de biens et de services, mesurés en dollars et à l’échelle mondiale, que l’ensemble des générations précédentes de l’histoire humaine.

 

– Le futur des futurologues n’est qu’une amplification grotesque du présent : surcharger encore plus notre environnement de cet amoncellement de déchets qu’est la civilisation industrielle.

 

– Le problème ne réside pas dans le fait d’utiliser une technique ou de s’en abstenir ; toutes les sociétés ont utilisé des outils et la parole elle-même fut l’une des premières techniques. Il réside plutôt dans le fait de savoir si cette technique est bénéfique ou nuisible à ses utilisateurs, à la communauté, à l’environnement, à l’avenir.

 – Comme l’anticipait le panneau surplombant les portes de l’Exposition universelle de Chicago en 1933 : « La science explore, la technologie exécute, l’Homme se conforme ».

– Le régime industriel se soucie peu de savoir qui gouverne l’Etat, pourvu que les dirigeants comprennent ce que l’on attend d’eux. Il s’accommode de la Russie marxiste, du Japon capitaliste, de la Chine soumise, de l’Inde déchirée, de l’Etat juif d’Israël, de l’Egypte musulmane…

 

– L’un des traits de l’industrialisme est de faire un usage intensif des trésors concentrés dans la nature sans égards pour la stabilité et la viabilité du monde qui les fournit. C’est un processus ratifié par des idéologies industrielles tels que l’humanisme, qui en donne le droit, le matérialisme, qui en donne l’explication, et le rationalisme, qui en donne la méthode.

 

– Quiconque est doué de la faculté de sentir ne peut ignorer la catastrophe inhérente à la lutte entre technosphère et biosphère.

 – Rétrospectivement, on ne se souvient pas des luddites parce qu’ils ont gagné, mais parce qu’ils ont résisté. Leur résistance fut dramatique, vigoureuse et suffisamment authentique pour faire entrer les questions soulevées par les luddites dans l’histoire, et intégrer leur nom à la langue.

Combien sommes-nous ?

Je suis objecteur de croissance, je suis néo-luddite. Avec qui puis-je me révolter ?

 Les néo-luddites, qui remettent en cause la révolution industrielle, sont aujourd’hui plus nombreux qu’on ne l’imagine. Privés des moyens d’expression et du pouvoir dont jouissent les optimistes, ces pessimistes se font néanmoins entendre à l’aide de leurs piles de documents et grâce à un nombre croissant de disciples. On les trouve dans les groupes d’action directe des écologistes radicaux. A l’université, dans des groupes de recherche hérétiques en économie et en écologie, souvent liés au mouvement contre la décroissance (no-growth school). Ils sont dans toutes les communautés indiennes des Amériques qui opposent le biocentrisme à la norme anthropocentriste. Ce sont aussi les activistes qui luttent contre le nucléaire, la nourriture contaminée, la déforestation, l’expérimentation animale, les déchets toxiques, la chasse à la baleine, entre autres aspects du massacre high-tech. On pourrait compter les quelques millions de travailleurs des pays industrialisés licenciés pour motif de robotisation. Ajoutons les millions de personnes qui ont été exposées aux polluants, produits chimiques, poisons , et qui en subissent les conséquences dramatiques. On pourrait enfin trouver des néo-luddites parmi tous les gens qui, suite à l’introduction des nouvelles technologies au travail et à la maison, ont été déroutés, rabaissés, frustrés par des machines incompréhensibles que l’on peut de moins en moins réparer.

 

Partout où ils se trouvent, les néo-luddites tentent de fait entendre ce constat : quels qu’en soient les avantages présumés en termes de rapidité, de commodité, de gain de richesse ou de puissance, la technologie industrielle a un prix ; dans le monde contemporain, ce prix ne cesse de s’élever et de se faire plus menaçant. L’industrialisme, structurellement incapable de se soucier de la terre où il puise ses richesses ou de la destinée humaine (qui sont seulement des « effets externes » selon la  théorie capitaliste) semble vouée inévitablement à atteindre des sommets dans le bouleversement des sociétés et l’injustice économique, si ce n’est dans l’épuisement de la biosphère elle-même. Qu’adviendra-t-il des espèces et des écosystèmes détruits ? Quelles conséquences une fois que la frontière de la catastrophe écologique aura été franchie ?

 In La révolte luddite, briseurs de machine à l’ère de l’industrialisation (éditions l’Echappée, 2006) de Kirkpatrick Sale

Sarko = Lula

Comme notre planète est de plus en plus malade, la catastrophe est en marche. Mais que font les politiques ? Prenons la déforestation sauvage qui s’aggrave en Amazonie (LeMonde du 1.03.2008). La journaliste pose clairement le dilemme : « Le gouvernement est écartelé entre deux défis, préserver la forêt tropicale et favoriser la croissance ». L’ensemble des pratiques met malheureusement en évidence qu’il ne s’agit pas de préserver la forêt, mais de soutenir la croissance. En effet le président brésilien Lula da Silva ne peut à la fois vouloir accroître l’exportation de biocarburants et préserver la forêt tropicale. Lula tient pourtant les deux discours, c’est un menteur ou un incapable.

 Mais la France ne fait pas mieux en la matière. Le président Sarkozy met en place un Grenelle de l’environnement qui impose de vouloir transformer le quantitatif en modération qualitative. Dans le même temps Sarkozy instaure une commission pour « libérer la croissance » dont il disait à l’avance qu’il respecterait toutes les indications. Sarkozy tient deux discours contradictoires, c’est donc un menteur et un incapable.

De toute façon les élections municipales en Amazonie font en sorte que la ministre brésilienne de l’environnement doit fermer les yeux sur la déforestation alors que le chef de cabinet de Lula reste responsable d’un plan d’accélération de la croissance. Les élections municipales en France ont fait oublier le Grenelle, il faut bien trouver un plan pour augmenter le pouvoir d’achat. Alors que notre planète est de plus en plus malade, les politiques ont tout intérêt à entretenir la schizophrénie ambiante : ils sont élus pour une courte période, pas pour gérer  le long terme. Le monde des humains est bien mal organisé !

Martin Hutchinson lu par biosphere

La rubrique breakingviews.com (the world’s leading source of agenda-setting financial insight) inséré dans LeMonde du 29.02.2008 fait fort avec son titre : “L’écologie n’empêchera pas le succès du charbon”.

On serait donc foutus ? Réchauffement du climat, montée des eaux, désertification des sols, tout cela devrait-il prospérer grâce à la combustion du pétrole ? L’article nous indique en effet que c’est inéluctable. Le prix du charbon a doublé en un an, les groupes miniers font des bénéfices, ils vont pouvoir prospecter de nouvelle mines pour engranger encore plus de bénéfices. La production de charbon était de 5 milliards de tonne en 2005, l’objectif prévu de 7 milliards de tonnes pour 2030 sera atteint dès 2010 ! Il faut dire que les pays émergents comme la Chine et l’Inde comptent sur le charbon pour satisfaire une demande d’électricité en croissance rapide. L’offre explose car la demande explose et réciproquement. La planète surchauffe nécessairement. Comme dit Martin Hutchinson, « l’arithmétique semble imparable » puisque 80 % des besoins en électricité de la Chine proviennent des centrales thermiques. Il rajoute même qu’ « aucune taxe raisonnable sur les émissions de carbone ne ralentira l’augmentation de l’utilisation de charbon ».

 La Biosphère en déduit qu’il faudrait une taxe carbone fixée à des niveaux déraisonnables pour la petitesse actuelle des cerveaux humains. Alors seulement on n’augmenterait plus les émissions de gaz à effet de serre puisque la consommation d’énergie baisserait automatiquement. Car la question se pose : Où est la raison raisonnante ?

spectacle humain

Qui, dans cette société du spectacle humain, va s’occuper de la santé de la Biosphère ?

« La domination spectaculaire a élevé toute une génération pliée à ses lois. Sur le plan de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse alors que l’esprit de logique ne s’est socialement formé que dans le dialogue. En 1967, j’avais montré dans La société du spectacle ce que le spectacle moderne était essentiellement le règne autocratique de l’économie marchande. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Entre 1967 et 1988, le changement qui a le plus d’importance réside dans la continuité même du spectacle. La possession d’un « statut médiatique » a pris une importance infiniment plus grande que la valeur  de ce que l’on est capable de faire réellement. Ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes sur ce qui change effectivement. Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est cela qui dès lors existe. De plus ce qui est communiqué, ce sont des ordres ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont  donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent. L’individu que cette pensée spectaculaire appauvrie a marqué en profondeur se place ainsi au service de l’ordre établi.

Mac Luhan parlait de « village planétaire », si instamment accessible à tous sans fatigue. Mais les villages ont toujours été dominés par le  conformisme, l’isolement, les ragots toujours répétés sur quelques mêmes familles. Et c’est bien ainsi que se présente désormais la vulgarité de la planète spectaculaire, où il n’est plus possible de distinguer la dynastie des Grimaldi-Monaco de celle qui avait remplacé les Stuart (…)

 La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et il parvient à rassurer. On ne demande plus à la science de comprendre ou d’améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément  tout ce qui se fait. La médecine n’a plus le droit de défendre la population contre l’environnement pathogène car ce serait s’opposer à l’industrie pharmaceutique. »

Guy Debord (in Commentaires sur la société du spectacle, 1988, éditions Gérard Lebovici )

le cycle de la vie et de la mort

Tout panégyrique de la croissance me fait bondir, surtout quand c’est la Société générale qui titre dans LeMonde du 28.02.2009 : « Participez à la croissance ». Toute la population française rigole.

Mais la critique doit être plus subtile quand LeMonde insère un huit pages «  Les cahiers de la compétitivité : La France agricole trace les sillons de la croissance ». Quelle croissance ? En page I, des petites phrases ici ou là nous mettent déjà la puce à l’oreille : « Produire mieux tout en faisant face aux défis énergétiques », « L’engouement pour les biocarburants ne peut qu’accroître l’optimisme ambiant », « Il faut faire face à des changements climatiques, les plantes devront se substituer aux matières fossiles dans l’énergie ». Puis en page II, il y a un article sur la mise au point des biocarburants comme le Diester. Il n’est donc pas étonnant de trouver en page III une page tout en couleur : « Agir pour une croissance verte ». Enfin on a compris de quelle croissance il s’agit, celle des profits de certains agriculteurs qui, loin de nourrir la planète comme il est dit aussi ici et là, vont l’affamer en faisant pression sur les prix alimentaires en cultivant des nécrocarburants.. Je ne passerais pas sous silence le fait que les sols de la biosphère vont être gravement endommagés par ces nouvelles perspectives d’extension de la culture intensive. (cf. texte en annexe)

 La rédaction du Monde prend soin de préciser qu’elle n’a pas participé à la rédaction de ce supplément. Il n’empêche que cet encart de la FNSEA existe bel et bien dans mon journal de référence. Mais le Monde a trop besoin de la publicité pour survivre. Le monde est vraiment mal fait. 

Annexe : Les agrocarburants viennent en concurrence avec les productions alimentaires. Les plus touchés par la hausse de prix qui en résulte sont les pauvres qui consacrent une grosse part de leur budget à l’alimentation. Le prix de la tortillas au Mexique a vu son prix doubler en 2006, précarisant encore plus les populations fragiles. D’autre part, sur une Terre aux dimensions limitées, toute extension des surfaces  cultivées se fait au détriment des forêts et de la biodiversité ; s’il y a  culture intensive, il y a pollutions accrues (engrais, pesticides, gaspillage de l’eau…).  On ne peut demander à notre planète plus que ce qu’elle peut nous donner. Enfin les agrocarburants accentuent le détournement de la matière organique des sols. L’humus est ce mélange complexe provenant de la dégradation micro-biologique de la matière organique morte des sols. Cet humus confère aux terres leur fertilité. Ce qui sort de la terre doit retourner à la terre, ce qui ne se fait pas si leur production est brûlée sous forme de carburants. Le cycle de la vie et de la mort disparaît sous forme d’énergie dégradée, donc irrécupérable (mécanisme d’entropie).

techniques à petite échelle

Nous distinguons deux sortes de technologies, que nous appellerons technologie à petite échelle et technologie dépendant d’une organisation. La technologie à petite échelle est la technologie qui peut être utilisée par des communautés de petite dimension sans aide extérieure. La technologie dépendant d’une organisation est la technologie qui dépend de l’organisation sociale globale. Nous ne connaissons aucun cas significatif de régression dans la technologie à petite échelle. Mais la technologie dépendant d’une organisation régresse quand l’organisation sociale dont elle dépend s’écroule. Quand l’Empire romain a éclaté, la technologie à petite échelle des Romains a survécu parce que n’importe quel artisan de village pouvait construire, par exemple, une roue à eau, parce que n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier avec les méthodes traditionnelles, et ainsi de suite. Mais la technologie des Romains dépendant d’une organisation a régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits ; leurs techniques de construction de routes ont été perdues ; le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique.

  Jusqu’à un siècle ou deux avant la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie était une technologie à petite échelle. Mais depuis la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie développée est la technologie dépendant d’une organisation. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils. Prenez par exemple le réfrigérateur : sans pièces détachées produites en usine ou l’accès aux équipements d’un atelier d’usinage post-industriel il serait pratiquement impossible à une poignée d’artisans locaux de construire un réfrigérateur. Si par miracle ils arrivaient à en fabriquer un, il leur serait inutile sans une source fiable d’énergie électrique. Donc ils devraient endiguer un ruisseau et construire un générateur. Les générateurs exigent de grandes quantités de fil de cuivre. Imaginez vous essayant de faire ce fil sans machinerie moderne. Et où trouveraient-ils un gaz approprié pour la réfrigération ? Il serait beaucoup plus facile de construire une glacière ou de conserver la nourriture par séchage ou fermentation, comme on faisait avant l’invention du réfrigérateur. (extraits du Manifeste de Théodore Kaczynski)

Frédéric Lemaître lu par biosphere

L’éditorialiste Frédéric Lemaître, dans son analyse du déclin français (LeMonde du 27.02.2008) ne sort pas des sentiers battus.

1) « C’est parce qu’ils innovent peu que les exportateurs français subissent la hausse de l’euro ». Il n’est pas difficile de concevoir que l’innovation court après son ombre à une époque où la mondialisation des techniques est un fait établi. C’est la Chine qui sera d’abord l’initiateur de l’innovation, ou alors la Chine utilisera le rapport de force à son avantage comme elle a su le faire avec l’assemblage chez elle de certains Airbus ou l’achat de la licence de fabrication du nucléaire. Ce n’est pas l’innovation qui sauvera le marché français, c’est la relocalisation des activités de base, y compris dans l’industrie du jouet (en bois).

2) « Notre pays est trop peu présent dans les deux secteurs stratégiques pour l’avenir, les biotechnologies et les technologies de l’information. » Nous savons pourtant pertinemment que les OGM ne nourriront pas le monde. Les techniques d’avenir sont totalement autres,  décrites plus loin dans le décryptage p.17 : « Partout on voit baisser les rendements agricoles (…) Ce spécialiste en microbiologie développe une méthode au moment où sa discipline s’étiole ». Ce sont les microbes, champignons et vers de terre qui peuvent nourrir le monde, pas une agriculture innovante qui épuise les sols. Pour les technologies de l’information, ce n’est plus la 25e génération de mobile qui importe, mais le contenu de l’information qu’il faut revaloriser : apprenons à nous parler en face à face physique, pas à échanger des spams artificiels.

 3) « Le problème n’est pas que Mittal ferme son usine, mais que la Lorraine se montre incapable d’attirer des industries innovantes pour prendre le relais. » Encore une fois, Frédéric met en avant l’innovation, il n’a que ce mot comme vocabulaire de base. Pourtant les régions vont devoir fonctionner comme des bassins d’emploi, pas en attirant les investisseurs extérieurs, mais en réhabilitant les produits locaux et les échanges de proximité. Quand le baril sera à 300 dollars, vous verrez que nous irons au plus pressé sans nous soucier de techniques sophistiquées.

Alain Constant lu par biosphere

Lettre ouverte à Alain Constant

Ton trop grand titre « Le bonus-malus contesté » (LeMonde du 26 février 2008) est à mon avis très maladroit. Il tend à faire croire à une remise en cause globale de cet outil environnemental  alors qu’il ne s’agit que du cas spécifique des boîtes de vitesse automatique. Une demi-page rien que pour cela !

La véritable insuffisance du bonus-malus, c’est le fait qu’il ait été mis en place si tard alors que le ministre de l’écologie Serge Lepeltier avait déjà à l’époque essayé de l’introduire :

Le MONDE23/06/2004

S.Lepeltier a annoncé la mise en place du système bonus-malus écologique à partir du 1er janvier 2005 ; inquiet de ce que le plan climat apparaisse trop étriqué, il veut forcer la main du gouvernement.

Enfin un ministre de l’écologie qui commence à bousculer ses collègues de droite. Environ 640 000 véhicules, émettant moins de 140 grammes de CO2 bénéficieront du bonus alors que 350 000, émettant plus de 180 gr. subiront le malus, un million de véhicules étant jugé « neutres ».
Le MONDE26/06/2004

Le plan-climat dans l’expectative : Raffarin contredit son ministre de l’écologie sur le bonus-malus à l’achat de voitures neuves : la décision n’est pas encore prise, c’est à l’étude. S.Lepeltier  a su convaincre le gouvernement, mais pas les parlementaires.

Il n’y a plus de mesures symbolique marquant l’opinion, les députés de l’UMP sont trop ulcérés d’avoir découvert les mesures de SL à la télévision. Ces députés-là ne se rendent pas compte qu’en agissant ainsi, ils autorisent l’augmentation de l’effet de serre. Tout le monde veut décider, il n’y a plus personne qui décide.

L’utilisation de cet historique aurait sans doute suffi à faire une demi-page sur le bonus-malus ayant plus de sens.

Sylvie Kauffmann lu par biosphere

Lettre ouverte à Sylvie Kauffmann

Dans ton post-scriptum (LeMonde du 26 février 2008) tu essayes de te dédouaner des critiques environnementalistes contre la Tata Nano en parlant de la voiture à moteur à air comprimé. Mais ni toi ni le constructeur Tata ne transforment la Nano en voiture propre en parlant d’autre chose. De toute façon, l’air comprimé ne vend que du vent.

Dans « Comment on va sauver la terre ! » (Science & Vie junior), on envisage déjà des idées pour se passer de pétrole, la voiture à air comprimé par exemple. Près de Nice, on peaufinait la MiniCat, une toute petite bagnole qui roule à l’air comprimé. Il suffit d’un grand réservoir contenant de l’air à une pression de 300 bars (300 fois la pression atmosphérique) qui, en sortant de la bonbonne, va se détendre avec violence et actionner les pistons. Selon son concepteur, l’automobile peut parcourir 150 kilomètres à 50 km/h de moyenne. Mais dès que vous l’utilisez dans des conditions normales de fonctionnement en faisant marcher essuie-glaces ou phares, l’autonomie est divisée par quatre. Un tel « optimisme » ne peut découler que d’une cuite collective parmi les concepteurs de ce numéro spécial d’avril 2006. L’édito indique quand même qu’une remise en cause de nos comportements n’était pas exclue.

 Le problème, c’est que l’excès d’optimisme empêche justement de modifier notre mode de vie puisque demain on aura trouvé une solution technique aux problèmes d’aujourd’hui : il suffirait d’une petite mise au point de toutes les inventions extraordinaires qui seraient étouffées par les grands monopoles. La Biosphère préfère le lock-down immédiat, cette forme de lutte liée à l’action directe non-violente qui consiste à faire le sacrifice (temporaire de préférence) de son corps en l’arrimant à un objet. Ainsi s’attacher à des rails pour empêcher un convoi nucléaire de passer. Mais on peut aussi s’attacher à un 4×4 au péage d’une autoroute. Ce serait l’expression du mécontentement de ceux qui ne se contentent pas de rêver que demain on roulera gratis !

créationnisme débile

Pour la santé de la Biosphère, l’hypertrophie du cerveau humain se révèle plus un handicap qu’un avantage. Il faut de la transcendance, il faut croire en quelque chose, le sens du sacré est important, mais c’est notre terre qui est sacré, c’est notre planète que nous devons célébrer, pas le culte de tous ces hommes qui se croient à l’image de Dieu.

Si Dieu s’invite aux élections présidentielles américaines, si la science et la religion cessent d’être des domaines séparés, il n’est pas étonnant que la guerre sainte de Bush ait fait un tabac et que la montée de l’irrationalisme fasse oublier la Biosphère. Un sondage, publié en janvier 2008, indiquait que 29 % des Américains pensent que la vie a été créée sous sa forme actuelle. Il n’y aurait donc pas d’évolution, nous serions seulement en présence du dessein de Dieu, créateur tout puissant de tout ce qui existe. Il n’est pas étonnant que Mike Huckabee, ce pasteur républicain et baptiste arrivé en tête dans la course à l’investiture pour la présidentielle au caucus de l’Iowa puisse affirmer sereinement qu’il ne croyait pas à la théorie de l’évolution.

Pourtant, pour n’importe quel scientifique digne de ce nom, l’étude de l’évolution est un des domaines de recherche des plus actifs, des plus robustes et des plus utiles. De source sûre, on peut en déduire que l’homme n’est qu’une espèce parmi d’autres, apparue bien après l’extinction des dinosaures. Homo sapiens n’a sans doute pas plus de 200 000 ans, la Biosphère près de 3,5 milliards d’années. Les humains n’ont donc aucun privilège à revendiquer, si ce n’est le droit du plus fort à dégrader notre planète. Malheur à nous.

non aux agrocarburants

La faiblesse des outils d’évaluation environnementale, sociale et économique ont conduit les politiques à prendre des décisions mal informées en matière de « bio »-carburants. Telle était la conclusion d’un séminaire  organisé par le ministère français de l’écologie fin janvier 2008. La Biosphère n’est pas protégée, l’avenir est détérioré. Entre la pénurie de pétrole et le réchauffement climatique, le meilleur moyen d’agir est de diminuer notre consommation d’énergie, pas de développer des substituts au pétrole.

Dès if (provenance_elt !=-1) {OAS_AD(‘x40’)} else {OAS_AD(‘Middle’)} if ( undefined !== MIA.Pub.OAS.events ) { MIA.Pub.OAS.events[« pubOAS_middle »] = « pubOAS_middle »; } 2003, les principaux pays occidentaux avaient engagé des plans ambitieux de développement des agrocarburants. Depuis lors les études se sont succédées ; elles ont démenti pour la plupart l’intérêt environnemental de ces carburants, elles sont souvent contradictoires. Ainsi, le bilan énergétique des filières présente des écarts gigantesques selon les modalités d’analyse : dans la chaîne de production des agrocarburants, on peut aller d’un gain de onze unités d’énergie produites pour une consommée à une perte de seize unités. En Europe, on voudrait remettre en culture des jachères ; or les mesures de protection de plantes ou d’oiseaux ont beaucoup bénéficié des jachères. Quant aux agrocarburants produits dans les pays tropicaux, s’ils présentent des rendements énergétiques bien meilleurs (notamment la canne à sucre), leur développement se produit en partie par la déforestation. La concurrence avec les cultures alimentaires peut aussi être nuisible aux plus pauvres, en poussant les prix alimentaires à la hausse. Certains agrocarburants conduisent même à une augmentation des émissions de polluants atmosphériques, comme le protoxyde d’azote. Comme le colza absorbe assez mal l’engrais azoté, son développement en culture énergétique risque de provoquer une augmentation des pollutions de l’eau. Quant à la prévention du changement climatique, les agrocarburants semblent d’un intérêt limité.

 En fait, le développement des agrocarburants a été largement motivé par la volonté de soutenir les céréaliers, mis en difficulté des deux côtés de l’Atlantique par la baisse des subventions. (source LeMonde, 2.02.2008)

pétrole, monde de brut(es)

La Biosphère ne peut que craindre la marchandisation de la planète. Aussi LeMonde argent (25-26.02.2008) a toutes raisons de mettre en exergue cette citation d’Oscar Wilde : « Aujourd’hui, les gens connaissent le prix de tout et la valeur de rien ». Alors pourquoi consacrer un supplément de 8 pages uniquement sur des valeurs monétaires ?  Parce que LeMonde a aussi besoin d’argent, tout simplement. Encore faut-il  comprendre à bon  escient les événements.

Prenons l’article « pétrole, monde de brut ». J’attendais une critique d’une société basée sur le tout pétrole qui va rencontrer prochainement, après le pic pétrolier prévu incessamment sous peu, un monde de brutes. Je ne rencontre que célébration du brut comme valeur refuge. Comme quoi l’argent fait bien perdre le sens des vraies valeurs. Le journaliste fait d’abord porter la responsabilité d’un baril à 100 dollars sur les méchants spéculateurs. Heureusement en fin d’article je retrouve quand même quelques fondamentaux, épuisement des ressources fossiles, fin de l’extraction d’un pétrole facile. Et la conclusion de JM Bezat devrait faire transpirer tous les politiques : Washington a peu de chances de faire pressions sur l’OPEP pour qu’elle booste sa production (et que le prix du baril retombe).

L’ère de la facilité se termine. Comme dit Colin Campbell dans LaRevueDurable (février-mars-avril 2008) : «  Ce que fournit aujourd’hui au monde l’énergie du pétrole, c’est l’équivalent de 22 milliards d’esclaves travaillant nuit et jour. La société vit grâce au pétrole depuis plus d’un siècle et doit maintenant  réaliser qu’elle devra se débrouiller sans énergie alternative aussi pratique à utiliser et facile à extraire. Bien sûr, on peut toujours remonter à cheval.[rires] »

 NB : Colin Campbell est fondateur de l’Aspo, association pour l’étude du pic pétrolier.

l’or n’est pas une monnaie-refuge

L’once d’or côte 958,40 dollars (LeMonde du 23 février), soit 30 814 dollars le kilo. La belle affaire ! Les épargnants trouvent que la Caisse d’épargne ne leur rapporte pas assez, donc ils chassent la proie pour l’ombre. Car que vaut réellement le kilo d’or ? Du côté de la demande, certes les bijoux ne progressent que faiblement, mais l’or devient en cette période d’instabilité le recours, ce qui permet de se  rassurer face à la dégringolade des valeurs mobilières. La chute du dollar accentue la confiance dans une valeur-refuge, l’or qui pendant tant d’années a servi de référent monétaire, à 35 dollars l’once. Du côté de l’offre, la production d’or a reculé à 2500 tonnes en 2007, il est de plus en plus coûteux à extraire. On le cherche jusqu’à 3 3000 mètres de profondeur et à une température de 50°C dans les mines de Chine. La demande est supérieure à l’offre, alors la hausse de prix va procurer l’équilibre dans cette économie de marché si efficace. Le prix augmente, la demande baisse, l’offre augmente, vive l’équilibre automatique.

 Mais pour la Biosphère, cette hausse de prix d’une matière première est au contraire le signe d’un déséquilibre durable. L’or, le pétrole, le fer, l’uranium, la bauxite, toutes les richesses naturelles sont maintenant exploitées dans leurs profondeurs les plus cachées, l’extraction minière atteint ses limites ultimes comme d’ailleurs les performances de nos sportifs de haut niveau. Rien ne peut croître indéfiniment sur une planète finie. La demande est artificielle, l’or ne redeviendra jamais une valeur monétaire dans une société qui sait fixer des supports extraordinaires pour l’échange marchand, depuis la monnaie électronique jusqu’aux SEL (systèmes d’échange local). Et les bijoux en or, franchement, on s’en fout complètement. L’offre approchera donc prochainement de zéro, la demande de zéro. L’équilibre absolu ? Non, le signe que la société devra changer profondément les mythes et ses valeurs sur lesquelles elle repose actuellement quand l’échange marchand s’effondrera et qu’il n’y aura plus de repères aussi clinquants que l’or.