Ça va être dur

Ça va être dur à Las Vegas (LeMonde du 10.04.2008). La ville du jeu et des filles, de la pacotille et des mariages rapides avait pris l’habitude de dépenser l’eau sans compter. Pourtant Las Vegas s’est construite dans l’Etat le plus sec de l’union, la ville est aujourd’hui rattrapée par son environnement. L’eau manque. La ville est comme une adolescente, elle devrait dorénavant apprendre à vivre avec des contraintes. Mais elle veut pourtant continuer à grandir trop vite : Las Vegas comptait 770 000 habitants en 1990, elle en compte aujourd’hui 2 millions, qui préfèrent une pelouse verdoyante devant la maison plutôt que graviers et plantes grasses. Jusqu’à présent aucune métropole n’a arrêté son développement. Mais comme pour toute adolescente, il y aura une taille maximum, puis une lente dégénérescence vers la mort. Ainsi vont les mécanismes autorégulateurs de la Biosphère. Las Vegas était une anomalie, une pécheresse assoiffée née par accident du désert, elle retournera au désert. Ce qui lui arrive arrivera à toutes les métropoles qui ont grandi plus vite que le niveau des nappes phréatiques et les possibilités d’approvisionnement.

Ça va aussi être dur pour les pauvres en France (LeMonde du 10.04.2008). Le pays est aujourd’hui rattrapé par son environnement. Les ressources fossiles importées viennent à renchérir. Les ministères des finances et de l’écologie proposent une hausse du prix du gaz de 5,5 %, après 4 % en janvier. La gestion politique de ce problème va devenir de plus en plus difficile étant donnés ses répercussions sociales. Déjà, entre 2001 et 20036, la part de l’énergie (fioul, gaz) dans les dépenses des foyers les plus pauvres est passée de 10 % à 15 % entre 2001 et 2006, tandis qu’elle diminuait pour les familles les plus aisées, dont les revenus ont augmenté plus vite que le prix de ces combustibles. Dans le même temps, Sarkozy est acculé par l’absence de possibilités budgétaires. Fini les largesses pour les politiques sociales puisqu’on a déjà tout donné pour les riches : « Transmettre à nos enfants la facture de nos dépenses de santé et de retraite, via la dette, est profondément immoral » a déclaré le président français Sarkozy.

 Pourtant, ce n’est pas aux plus pauvres d’assumer le prix d’une eau ou d’une énergie de plus en plus rare, il en va de la responsabilité de tous. Nous ne pouvons apprendre la frugalité  et le contrôle de nos besoins qui si tout le monde montre l’exemple, et d’abord les plus riches. Les mégalopoles doivent être rayées le plus vite possible de la carte du monde, le chauffage devra être rationné. L’eau aurait du rester dans les nappes phréatiques, le pétrole aurait du rester sous la terre, nous avons fait des erreurs, cela va être très dur de les payer.

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esprit olympique

            Il y a des athlètes français qui pensent que l’esprit olympique, c’est œuvrer « pour un monde meilleur » (LeMonde du 7.04.2008). Pourquoi pas, bien qu’on se demande comment la tentative de courir plus vite que son ombre peut changer quoi que ce soit à la méchanceté humaine. Examinons plutôt l’article 51-3 de la charte olympique, qui dispose qu’ « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuses ou raciale n’est autorisée dans un lieu, un site ou autre emplacement olympique ». Pourquoi pas ! Mais le problème de cette expression, c’est son silence assourdissant sur la propagande économique.

            Le monde actuel ne vit plus selon les règles du fair play. Le CIO n’est plus qu’un regroupement de personnes qui mettent les JO aux enchères en pensant à la visibilité médiatique à la mode et aux retombées financières parallèles. Alors que les jeux olympiques ont été privés de ressources financières jusqu’en 1972 parce que le Président du CIO de l’époque était un farouche défenseur de l’amateurisme, le CIO d’aujourd’hui est devenu richissime grâce à la vente des droits de retransmission et au sponsoring d’épreuves désormais ouvertement professionnelles. Sous le prétexte du sport comme expression des peuples, les Jeux Olympiques sont aujourd’hui le cache-sexe du système marchand : sur le stade comme ailleurs, la lutte entre Etats se transforme en lutte entre firmes.  Déjà à Athènes, la lutte contre le « marketing sauvage » s’était traduite par l’interdiction faite au public de pénétrer dans les enceintes olympiques en arborant d’autres marques que celles des sponsors officiels ou avec une boisson gazeuse autre que Coco-Cola !

 Les humains ne font que les lois qui les arrangent, surtout quand il s’agit d’intérêts financiers ; « l’esprit olympique » n’est qu’un prétexte.

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maître Nature

La Biosphère n’a rien à redire, LeMonde2 du 5.04.2008 est super. En première page, « La nature va sauver l’industrie » ; le dossier s’intitule même « La nature pour patron ». Il est vrai qu’en comparaison des performances de la nature, le système industriel apparaît primitif : « Depuis des millions d’années, les écosystèmes se perpétuent et se renouvellent. Ils utilisent une énergie solaire abondante, les processus de décomposition transforment les déchets en éléments nutritifs et énergétiques, le recyclage est de règle, l’interdépendance écologique des individus est permanente, l’autorégulation de mise. Ce sont des systèmes stables, résistants et résilients ». C’est pourquoi le dossier présente l’écologie industrielle, une industrie qui veut imiter la nature, comme le paradis sur terre. Mais le diable se niche dans les détails. La Biosphère trouve désastreux l’affirmation suivante du dossier : « La croissance, l’urbanisation, l’industrialisation ne sont pas un mal en soi, comme l’affirment certains Verts ».  Analysons l’urbanisation à partir même d’éléments de ce dossier.

L’étude du métabolisme des villes révèle qu’elles doivent être approvisionnées sans cesse, en produits et en énergie, tout en produisant quantité de déchets. Résultat, ces villes mobilisent de grands territoires pour en tirer des ressources et installer leurs décharges. Ce qui multiplie les transports et les pollutions. Une ville avec zéro émission n’existe pas, c’est intrinsèque à la vie urbaine. En termes d’empreinte écologique, l’impact d’une ville sur les écosystèmes est donc extrêmement négatif. Les villes « propres » ne peuvent échapper pas à la critique. A Londres, le quartier BedZED réduit sa consommation d’électricité de 25 %. Il est vrai que l’usage d’eau de pluie a tourné court, son filtrage dépensait  trop d’électricité. Les villes sont dépendantes en tout, et particulièrement en maitère d’énergie, celles des centrales thermiques ou des centrales nucléaires. Abu Dhabi voudrait construire la ville d’Al Masdar, une ville « verte » en plein désert. Mais le gouvernement voudrait aussi installer deux réacteurs nucléaires à proximité.

La ville écolo n’existe pas, l’avenir est à la ruralisation.

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aide au développement, nouvelle formule

L’APD (aide publique au développement) bat de l’aile. Selon LeMonde du 5.04.2008, les 22 principaux donateurs mondiaux ont en 2007, pour la deuxième année consécutive, réduit le montant de leurs aides. Alors on devrait en 2009 faire payer par « ceux qui le souhaitent » deux dollars en plus lors de l’achat d’un billet d’avion pour financer l’accès des plus pauvres aux médicaments. Charité publique ou charité privée ? En fait le problème de l’aide au développement est mal posé.

C’est seulement en 1949 qu’un discours du président américain Truman invente la notion de sous-développement : « Nous devons nous engager dans un nouveau programme audacieux et utiliser notre avancée scientifique et notre savoir-faire industriel pour favoriser l’amélioration des conditions de vie et la croissance économique dans les régions sous-développées ».  La société thermo-industrielle devenait ainsi une référence universelle, il fallait passer obligatoirement par les cinq étapes de la croissance économique, c’est-à-dire dépasser l’état de société traditionnelle, faire son décollage économique pour aboutir à l’ère de la consommation de masse. Cette théorie du parcours obligé a merveilleusement servi les intérêts des grandes puissances dans un monde de libre-échange et d’accumulation du capital privé. Pourtant les multinationales déséquilibrent les marchés locaux et dans un monde déjà occupé par la classe globale, les nouveaux arrivants ne trouvent plus de place, si ce n’est dans les bidonvilles.

 Aux trois manières historiquement éprouvées pour régler la question de la pauvreté, action caritative, répression ou obligation pour les pauvres de se rendre utile, les organisations internationales en ont rajouté une quatrième : l’obligation de s’enrichir. Cela n’a fait qu’accentuer les inégalités sociales et complètement perturber les sociétés vernaculaires. Laissons chaque région régler ses problèmes à sa façon : dans l’Afrique traditionnelle, on considère comme pauvre non pas celui qui manque de moyens matériels, mais celui qui n’a personne vers qui se tourner, devenant ainsi un orphelin social, un pauvre en relations. Cela n’exonère pas les riches de faire ce qu’il faut pour aider les pauvres, devenir eux-mêmes beaucoup moins riches, pratiquer la sobriété énergétique et la simplicité du mode de vie, moins peser sur la planète pour laisser un peu plus de place pour tous, ne pas prendre l’avion…

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éteignons les lumières

 Pauvres ados brimés par leurs parents. Selon LeMonde du 4.04.2008, il faudrait laisser dormir ces pauvres choux  puisqu’ils sont devenus des oiseaux de nuit. Les ados auraient une tendance physiologique au coucher tardif, donc au lever tardif ; l’Inserm recommande même que les cours en établissement scolaires ne commencent pas avant neuf heures du matin. En fait, c’est la faute à Edison, pas à notre nature profonde.

 La clé de notre horloge interne se situe dans le cerveau humain, plus précisément dans la glande pinéale, l’épiphyse. Chaque jour, à la tombée de la nuit, cette glande commence à produire de la mélatonine qui est libérée dans le sang  pendant le sommeil. Juste avant l’aube elle cesse son activité et le corps s’éveille pour une nouvelle journée. Mais en 1879 Thomas Edison invente l’ampoule à incandescence et depuis l’environnement des humains n’est plus le même. Au lieu de régler leur vie sur le lever et le coucher du soleil, il leur est désormais possible d’échapper au rythme de la nature en appuyant sur un commutateur électrique. Cette exposition à la lumière artificielle entraîne alors une désynchronisation des activités et des rythmes biologiques ; c’est pourquoi la plupart des occidentaux ont entre trois à cinq heures de retard par rapport au cycle naturel. L’éveil maximum de leurs facultés se situe en milieu de soirée tandis que la phase de sommeil profond est repoussé vers quatre heures du matin plutôt que vers minuit. Ainsi il devient plus difficile de s’endormir le soir, plus difficile de s’éveiller le matin.

Notre horloge interne est une nécessité, pas l’électricité. Parents, supprimez les sorties du soir entre ados et éteignez avant la nuit ordinateurs et téléviseurs à disposition des enfants : ils écouteront mieux en classe dès l’aurore. Les ados ont besoin d’une nuit bien noire pour ne pas dérégler leurs rythmes circadiens.

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match Le Boucher/Kempf

Le supplément développement durable (LeMonde du 3.04.2008) nous permet de comparer l’argumentaire d’Eric Le Boucher et d’Hervé Kempf. Eric pense en page II que « l’écologie n’est pas une contrainte négative qui force à ralentir la croissance et à consommer moins, mais une chance positive de trouver des innovations qui dynamisent la croissance ». Hervé dit en page III que « la croissance a beau être invoquée tous les jours comme le reflet de la santé économique du pays, elle n’en est pas moins contestée par nombre d’économistes et de politiques ». Qui raisonne juste ?

 

Eric est clair, il se retranche derrière les milieux économiques pour qui l’écologie peut être une source fabuleuse de profits. Il défend le libéralisme et la croissance parce qu’il défend le capitalisme et ses privilégiés. Les biens autrefois libres car offerts gratuitement, l’air, l’eau, la température, les bienfaits de la planète devront être dorénavant payés puisque telle est la loi du marché qui a provoqué la rareté actuelle. Hervé démontre que la mesure de la croissance par le PIB est un leurre. Le produit intérieur brut n’enregistre pas le coût de la dégradation de l’environnement, il n’entraîne pas automatiquement une diminution du chômage, il ne se traduit pas par une élévation du bonheur. Dans un autre article du même supplément, Hervé nous indique que la meilleure mesure écologique consiste à réduire les inégalités.

 Nous pouvons déduire de cette comparaison qu’Eric est un conservateur au service du capital, Hervé un progressiste au service d’une humanité réconciliée avec la Biosphère. Le long terme donnera raison à Hervé, il est préférable pour l’avenir des générations futures qu’Eric change d’avis le plus rapidement possible.

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le papa de la F1 est mort

La rubrique nécrologique ne rebute pas la Biosphère, bien au contraire : tout corps en décomposition ne fait que participer au nécessaire recyclage de la matière vivante. D’un point de vue humaniste cependant, tous les décès ne sont pas équivalents puisque le journal LeMonde (2.04.2008) fait toujours un choix entre le signifiant et l’insignifiant. Examinons de plus près le cas de Jean-Marie  Balestre, président de la Fédération internationale automobile de 1985 à 1993 et principal acteur de l’essor de la Formule 1.

Nous savons tous que l’essor de la F1 ne fait que témoigner de l’accélération vers la crise ultime dans laquelle est entrée notre civilisation du tout-automobile. Mais Balestre était certainement de bonne foi, l’automobile a porté toute sa vie, il en faisait d’ailleurs son gagne-pain. Né en 1921, il débutait déjà en 1937 dans l’Auto, l’ancêtre de l’Equipe. Il fondait en 1950 l’Auto-Journal avec un prédateur bien connu, Robert Hersant. Pour assurer le succès des produits sur quatre roues, il prend en 1973 la tête de la Fédération internationale des sports automobiles, puis continue avec la Fédération internationale jusqu’à diriger trois fédérations en même temps. Aucun obstacle ne l’a découragé. Au moment du premier choc pétrolier, il a mobilisé son énergie et ses réseaux d’influence pour que les pouvoirs publics acceptent la reprise des compétitions, arrêtées pour montrer le bon exemple de l’économie d’énergie. Après le vote de la loi Evin en 1991, il a même obtenu de la part de l’Etat un fonds de compensation pour pallier la perte de recette de la publicité pour le tabac.

 Si une telle personnalité avait opté pour la ligne droite, c’est-à-dire la lutte contre le tout-automobile, il est certain que nous n’en aurions jamais entendu parlé. Notre société est mal faite, les rubriques nécrologiques ne célèbrent que les personnes insignifiantes…

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frugalité ordonnée

Robert Solé dans son billet (LeMonde du 1er avril 228) traite Antoine Zacharias de « grand serviteur de la Croissance », écrit à juste titre avec un grand C : quand Zacharias reçoit un complément de retraite de 12,8 millions d’euros, il est vrai qu’il représente parfaitement un illustre défenseur de la croissance de Soi. Le problème, c’est que LeMonde reste aussi dans ce même numéro un grand serviteur de la Croissance.

 

            En page 23, LeMonde nous offre une présentation du 19e salon du cabriolet et du coupé qui frise la propagande.  Dans la page suivante, on enchaîne sans pouvoir respirer un air non pollué avec le Mercedes SLK (219 à 255 g/km de CO2) et autres Chrysler (183 à 248 g/km de CO2). Tout s’explique en page 2, la croissance est Kyoto-compatible selon l’analyse de Frédéric Lemaître : « L’homme est en mesure de réparer le mal qu’il a fait » ; « Les chiffrages de Nicholas Stern, de l’OCDE et du GIEC sont contestés » ; « La lutte contre le réchauffement climatique ne passe pas par une réduction de la croissance » ; « Limiter la croissance ne peut que contribuer à maintenir les pauvres dans leur état actuel » ; « Autre raison de ne pas céder aux sirènes de la décroissance… ». Le Maître enfile les affirmations gratuites, laissons-le à son délire.

             La Biosphère préfère lire les vrais analystes, ceux qui ne répètent pas tout le temps la même chose : « y’a bon la Croissance ! ». Il suffit de rester dans LeMonde du 1er avril pour lire dans le supplément économique  une analyse enfin pertinente, celle de Blake Alcott. Il nous montre qu’une restriction de la consommation individuelle ne peut être bénéfique que si elle est organisée et réglementée au niveau mondial. Il nous montre aussi que les principales stratégies prônées pour limiter l’impact de l’humanité sur l’environnement ont déjà été identifiées dès 1974, l’effectif de population (P), la consommation individuelle (A) et l’impact de la technologie (T). Comme ces trois dimensions sont interdépendantes, il faut agir sur tout cet ensemble en même temps. Ces prophètes nous préparaient à penser la décroissance dans les années 1970, mais leurs analyses sont encore marginalisées par mon journal de référence en 2008, sans poisson d’avril.

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aveuglement libéral

Dans sa chronique, Eric Le Boucher (LeMonde du 31.03.2008) épouse parfaitement les thèses de Peter Mandelson commissaire européenne au commerce extérieur, qui proclame : « Je défendrai le libre-échange jusqu’à mon dernier souffle. » D’abord cette position rigide n’est aucunement une pensée ouverte : faudrait-il toujours s’ouvrir aux marchandises, et jamais adopter une idée nouvelle ! D’ailleurs, dans « Système national d’économie politique » paru en 1841, Frédéric List (naît dans le Wurtemberg actuel) pensait déjà que les libéraux se trompaient en croyant qu’il existait des lois générales de l’économie en tout temps et en tout lieu. Pour lui, l’évolution économique de chaque pays dépend de son évolution politique et culturelle. Aussi, on ne pouvait présenter le libre-échange comme modèle incontestable à une Allemagne ravagée par les guerres napoléoniennes et politiquement éclatée.

 

En fait List n’était qu’un libre-échangiste différé : son idéal d’avenir restait l’industrialisation (protection des industries naissantes), c’est-à-dire tout ce qui détruit les ressources de la planète. Nous sommes dans une économie qui s’est mondialisée parce que l’idéologie libérale a pris le dessus et que le transport est resté trop longtemps trop peu coûteux. Cela ne va pas durer. Beaucoup d’experts commencent à faire un lien entre démondialisation et pétrole cher. Aujourd’hui c’est Pascal Lamy, ancien commissaire européen chargé du commerce international, qui nous fait rêver. Directeur général depuis 2005 de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), qui indique dans le Nouvel Observateur du 14 décembre 2006, « la Terre en danger » :

 

« L’histoire nous a donné une leçon, quand il y a perception du danger, les hommes s’organisent pour y faire face. De ce point de vue, le mouvement écologique a apporté sa contribution à la perception de ces dangers.  Cette conscience est plus forte qu’hier et elle progresse. Dans ses principes, l’OMC prévoit que le développement des échanges doit contribuer au développement durable. Vous avez donc le droit, au nom de la protection de l’environnement, d’instituer certains obstacles aux échanges. C’est parfaitement légal dans le système de l’OMC. Même si, comme partout en politique, il y a des arbitrages à faire entre les différentes urgences, entre la liberté et la sécurité, entre la pauvreté et le développement, entre l’environnement et la croissance (…) Les pays ne peuvent aboutir à un accord que si les uns et les autres font des compromis. C’est compliqué et difficile. Mais nécessaire si on veut que cette planète préserve elle-même son intégrité, notamment environnementale. »

 Dans le journal Le Monde, c’est la pensée dominante, celle de Mandelson Le Boucher, qui est exprimée sans nuances dans un article qui conclut : « L’ouverture, c’est la croissance ». Ce sera donc la croissance et le libre échange contre l’environnement.

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baby- golf

Le golf est à la mode, partout dans le monde. Devant les 3000 députés de l’assemblée nationale populaire, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a demandé très fermement l’arrêt des constructions de terrains de golf sur les terres agricoles. Il constate que la Chine ne parvient plus à protéger l’environnement. Dans la province espagnole d’Almeria, le paysage de lande rousse et de rocailles est  recouvert de serres sur 27 000 hectares. On pompait l’eau fossile jusqu’à 30 mètres sous terre, maintenant les nouveaux forages puisent à 600 ou 700 mètres. Cela n’empêche pas les touristes de réclamer des terrains de golf.

 Le golf est dévoreur d’espace, boulimique d’eau et financièrement hors de prix. Pourtant LeMonde du 28.08.2008 met la pratique du golf à la portée des enfants. On s’exclame sur Tiger Woods qui a touché son premier club au berceau. On enseigne le baby golf à des enfants de 3 à 6 ans. C’est plus cher que le foot, mais c’est le sport qui plaît au gamin ! Soyons adultes, les enfants ne sont jamais libres de leur choix, ils ne font que suivre la mode. L’article nous présente aussi le golf comme un sport qui enseigne le respect des autres et de l’environnement. Je vous en supplie, Monsieur le journaliste, n’écrivez plus que le golf respecte l’environnement…

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toto-religion

Le monde de la finance est quelque chose d’extraordinaire. Le groupe indien Tata emprunte 3 milliards de dollars pour acheter à Ford les marques de luxe Land Rover et Jaguar au prix de 2,3 milliards (LeMonde du 27.03.2008). Mais trêve de plaisanterie à goût de subprime, quelle stratégie peut mener Tata Motors qui a assemblé sa première voiture depuis 8 ans seulement et qui spécule maintenant sur des bagnoles hors de prix tout en construisant déjà la Nano, la voiture la moins chère du marché ?

D’abord Tata démontre ainsi qu’il se fout complètement de l’état de la planète et du réchauffement climatique, il s’agit de vendre toujours plus d’automobiles, surtout dans les pays émergents. Ensuite cette affaire démontre que le mauvais exemple des pays occidentaux, englués dans le tout-automobile, ne peut servir à personne. Ce n’est pas la sagesse après laquelle on court, c’est après la connerie ambiante : il faut faire comme tout le monde, on entre en religion.

 Concluons sur ce  texte très ancien (de 1973 !) :

« Depuis le septennat de M.Pompidou, le culte de l’automobile est devenu en France la religion d’Etat, la seule d’ailleurs à laquelle croient la plupart des dirigeants. Tous les ans, le pèlerinage national ne se rend pas à Lourdes, mais aux vingt-quatre heures du Mans. Telle une grande messe pontificale, le Salon de l’auto déroule sa liturgie fastueuse au courus de laquelle l’automobile nouvelle, bénite par les plus hautes autorités officielles, est comme une relique révélée à la ferveur populaire. En cas d’impiété, répression policière : matraquage de manifestations sacrilèges en faveur de la bicyclette ou des piétons. Et la nouvelle religion a déjà son clergé, puissant et sectaire : les ingénieurs des Ponts et Chaussées.

            Cependant, cette adoration obligatoire dissimule mal la réalité : l’automobile est devenue le cancer de notre civilisation. Elle la ronge par sa prolifération effarante, anarchique et  dominatrice. Elle détruit l’homme et dégrade l’espace. Elle mutile, intoxique et tue. Elle casse les villes et dilapide la nature. Elle gaspille une énergie sans cesse plus rare et plus coûteuse. Présentée à tort comme le symbole de la prospérité, elle appauvrit l’homme dramatiquement, dans son environnement social et physique. Elle brise son cadre de vie collectif pour l’enfermer dans une petite carapace d’acier qui l’isole et  exalte son agressivité en la cuirassant. Elle le ruine dans les biens immatériels essentiels : la santé, la sécurité, les joies de la nature, la beauté des paysages, le sentiment de la communauté. Nous allons vers l’« auto-destruction » rapide de notre civilisation si nous ne changeons par fondamentalement notre attitude à l’égard de l’automobile, si nous ne cessons pas de la vénérer comme une idole et ne la soumettons pas aux impératifs de la défense de l’environnement. »

 Philippe Saint-Marc (in mensuel Le Sauvage n° 6, septembre-octobre 1973)

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évaluons la recherche

Le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et l’Inserm (Institut national de la santé  et de la recherche médicale) sont invités par le gouvernement à repenser profondément leur organisation, qui risquent d’être ainsi transformés en holdings privées d’autonomie Veut-on découper les organismes de recherche en instituts plus dociles ? Veut-on améliorer la prévisibilité de leur action ? Veut-on oublier toute transdisciplinaire ? Veut-on au contraire un acteur puissant capable d’orienter la stratégie ? (cf. LeMonde du 26.03.2008).

 

En fait la condition première à toute réorganisation n’est pas de restructurer d’une manière ou d’une autre, mais de repenser l’évaluation même de la recherche. Le plus important pour les politiques est de savoir fixer un processus qui conduit à la prise de décision lorsque des questions font controverses. En effet notre incapacité collective à organiser des débats sur les questions techno-scientifiques est la cause de la situation « compliquée », voire inextricable, dans laquelle nous sommes aujourd’hui : nous payons toujours plus pour une société technoscientifique de moins en moins efficace.

 Dans la recherche et l’innovation, il doit y avoir implication accrue des profanes, c’est-à-dire d’acteurs qui ne sont ni scientifiques ni techniciens professionnels. Nous sommes en effet entrés dans une société de connaissance disséminée qu’il faut savoir utiliser. Nous sommes aussi rentrés dans une société de défiance envers les techno-sciences. Sans mise en démocratie effective des choix scientifiques, c’est au bout du compte le marché qui continuera de piloter la recherche. Dans une société ou le lobbying règne en maître, il nous faut affirmer la nécessité de contre-pouvoirs. Il nous faut aussi affirmer que toute recherche possède aussi des limites que le département du CNRS « environnement et développement durable » se doit de rechercher activement !

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futur sans automobiles

LeMonde nous assène régulièrement des articles dithyrambiques sur l’automobile. Ainsi le numéro du 25.03.2008 joue la carte du futur en nous prédisant l’automobile électrique qui deviendrait réalité industrielle. N’exagérons pas tout de suite, les premiers modèles ne seraient commercialisés que vers 2011 et on ne prévoit dans trois ans que 10 000 unités de la voiture (hors de prix) qui serait peut-être mis au point par Bolloré. Une telle succession de conditionnels n’empêche pas l’article de se conclure par un magnifique « Il serait dommage que les voitures ultrapropres de demain se contentent de ressembler à des voitures d’aujourd’hui ».

 

La voiture propre ? Le climat de la Biosphère ne connaît pas de voiture propre avec un moteur thermique. Le moteur électrique ne change pas grand chose, il n’y a que mirage. Avec des batteries électriques, la pollution n’est plus directe, elle est devenue invisible, téléportée dans un univers lointain. Car la batterie miracle au lithium-ion doit être rechargé régulièrement : une voiture électrique a une autonomie d’une petite centaine de kilomètres. Au bout des cosses de la batterie, il y a une prise, des fils, des poteaux électrique, des lignes haute tension, des kilomètres, et là-bas, tout au bout du bout, une centrale nucléaire dont on ne sait pas encore quoi faire des déchets radioactifs de longue durée.

 

Si le journal de référence qu’il faut lire régulièrement parle encore de « voiture propre », la Biosphère sort son revolver ! Bien sûr, ce n’est qu’une image malencontreuse. Si le PDG de Renault peut encore prétendre dans cet article que « La voiture électrique est la seule à offrir zéro émission polluante… », il ne faut pas l’assassiner, un autre Carlos Ghosn prendrait sa place*. Car nous sommes tous responsables, tous ceux qui utilisent une voiture individuelle, la classe globale qui domine notre planète. Mais en fin de compte, c’est la Biosphère qui est assassinée, et avec elle une grande partie des générations futures.

 * Georges Besse, PDG de Renault, a été lâchement assassiné le 17 novembre 1986.

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la bombe à Sarko

La Biosphère aime les objecteurs de conscience, opposés à l’usage collectif des armes. Les bilans humains sont toujours tragiques, mais les écosystèmes sont aussi bouleversés par les affrontements armés : la mort violente des civils et des militaires est tragiquement indissociable des dégâts infligés à la nature (cf. « Guerres et environnement » de Claude-Marie Vadrot). Pourtant ce n’est pas la position de la France, ardent exportateur d’armes en tous genres et adepte de la dissuasion nucléaire, remise au goût du jour par son président Sarko(zy). Il parait qu’il nous faut défendre des intérêts vitaux non définis contre une menace strictement potentielle avec un très très gros bâton, limité quand même à moins de 300 têtes nucléaires, la France est une puissance moyenne. Il est vrai aussi qu’on ne prétend plus larguer une bombe irradiante sur Ben Laden, même si on savait exactement où il se trouve. Mais de toute façon nous ne donnons pas le bon exemple.

 

L’assurance-vie d’une nation ne peut reposer sur des armes de destruction massive, seulement sur la volonté de tout un peuple à  rejeter toute dictature sur les corps et les esprits, qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur. Ce n’est pas en éliminant à l’aveugle un adversaire qu’on donne le bon exemple de la sagesse, mais en oeuvrant à la paix mondiale, en partageant ses propres richesses, en montrant qu’on soutient la solidarité entre les peuples, qu’il soit en Europe, au Tibet ou ailleurs. La dissuasion nucléaire est un résidu sinistre de la guerre froide dans un monde globalement sécurisé. Nous savons que les véritables menaces ne sont plus d’ordre géopolitique, mais écologique : elles portent pour nom le pic pétrolier, réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles.

 Nous avons mieux à faire qu’entretenir un arsenal d’opérette dont le dernier fleuron s’appelle « le Terrible »…

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plus le temps…

Selon des chercheurs américains et canadiens, les émissions anthropiques mondiales de CO2 ont augmenté entre 2000 et 2006 au rythme annuel de 3 %, soit bien au dessus du scénario le plus pessimiste du GIEC (LeMonde du 22.03.2008, page 7). La responsabilité en incombe particulièrement à la Chine qui émet au rythme d’accroissement annuel de 11 %. Le paramètre temps est donc devenu fondamental. Si on voulait obtenir une teneur atmosphérique de 450 ppm (partie par millions) de CO2, il faudrait commencer immédiatement à réduire les émissions mondiale à un rythme de 1,5 % par an. Si l’on différait l’effort de sept ans, il faudrait, pour le même objectif, faire décroître les émissions au rythme de 3 % l’an. En effet, plus le temps passe, plus la température moyenne augmente, moins les océans sont capables d’absorber le CO2. Selon les chercheurs, il ne faut pas seulement chercher à faire décroître les émissions de CO2, il faut donc les éliminer complètement.

Pourtant dans le même temps (page huit), Copenhague accorde déjà au Groenland le partage des revenus espérés du pétrole arctique. Certaines estimations placent dans cette zone un quart des réserves mondiales non prouvées en pétrole. Alors on attend que le réchauffement fasse fondre les glaces de l’Arctique pour produire du pétrole qui accélérera la fonte des glaciers.

  Ere pré-industrielle Aujourd’hui Objectif volontariste Stabilisation climat Rythme actuel
CO2 atmosphérique

280 ppm

360 ppm

450 ppm

550 ppm

 
variation annuelle d’émission     – 1,5 % – 0,5 % + 3 %
Température prévue Stabilité climat augmentation 1,5°C à 3,9° 2°C à 5,2° désastre

                Puisqu’on n’a plus le temps, la Biosphère espère sincèrement la faillite du système thermo-industriel…

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un baril à 30 dollars !

La rubrique breadingviews.com de mon journal de référence (LeMonde du 22 mars 2008) est de plus en plus décalée. Ainsi l’idée générale de « La bulle des matières premières menace d’éclater » fait absolument comme si la raréfaction des ressources naturelles n’était pas une vérité. Edward Hadas s’appuie sur une baisse passagère du pétrole à 104 dollars le baril pour en faire un psychodrame : « L’une des chutes les plus brutales jamais enregistrée… Le baril dégringolant de 11 %… » Ce spécialiste de la désinformation estime que le coût réel du pétrole devrait être situé quelque part entre 40 dollars et 60 dollars le baril. Il se garde bien de justifier le réalisme de cette affirmation gratuite.

 

            Nous devrions tous savoir, et Edward le premier, que le baril à 100 dollars n’est qu’une étape vers le baril à 300 dollars et plus. Edward se réfère à la spéculation et au marché, c’est-à-dire uniquement des indicateurs partiels, à court terme. Si on se réfère au contraire à la loi du long terme selon laquelle tout ce qui devient  plus rare devient plus onéreux, nous allons faire face à une croissance exponentielle du prix de l’or noir. Les ressources en pétrole conventionnel ne  couvrent en effet que 40 années de notre consommation actuelle, et on peut ajouter d’autres causes à l’augmentation des prix. Si Edwards avait lu d’autres articles qui accompagnent à d’autres pages ses affabulations (cf. page « la décennie à venir sera cruciale pour stabiliser le climat), il aurait compris la nécessité de réduire très rapidement les rejets de gaz carbonique : une réduction très rapide des émissions de gaz à effet de serre passe nécessairement par une hausse brutale du prix des ressources fossiles.

 Je voudrais bien savoir quel est l’intérêt occulte défendu par Edward pour raconter n’importe quoi. Je voudrais bien savoir quel est l’intérêt pour LeMonde de passer un tel article sous une rubrique déjà dénoncée auprès du médiateur. Il est vrai que la Biosphère se rappelle encore l’époque pas si lointaine où des « spécialistes » affirmaient sans rire que le prix du baril devait rester obligatoirement en dessous de la barre de 30 dollars.

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imbécile !

Nous sommes tous des imbéciles. Des associations environnementales américaines ont décidé de décerner le Fossil Fool (« l’imbécile de l’énergie fossile ») au principal pollueur mondial peu scrupuleux dans le recours massif aux énergies à la source des gaz à effet de serre (LeMonde du 21.03.2008). Les heureux nominés sont innombrables, le PDG de Général Motors (grosses automobiles polluantes) ou de Bank of America (soutien financier au charbon), le premier ministre de l’Alberta (sables bitumineux), et bien d’autres que méritent de les accompagner. L’opération vise à attirer l’attention sur les personnes qui sont responsables du réchauffement climatique.

 Mais General Motors vit de ses clients, Bank of America de ses déposants, l’Alberta de ceux qui croient que le pétrole doit  être recherché à n’importe quel prix. Il paraît même que nombre d’Américains ne savent même pas d’où proviennent les ressources énergétiques. Ils pensent aussi que leur demander d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce serait une atteinte à leur liberté. Les Chinois et bien d’autres veulent imiter les Américains. Nous sommes donc tous responsables, toute la classe globale qui croit que la planète peut se permettre de supporter des voitures individuelles et des climatiseurs à la pelle. Nous sommes tous des imbéciles, et le prix 2008 que nous allons tous recevoir sera très lourd à porter, avec ou sans humour.

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non au libéralisme

Il faut saluer l’efficacité du libéralisme politique qui depuis les différentes déclarations des droits de l’Homme autorise la libre parole contre toutes les dérives de l’autoritarisme. Mais il faut résolument condamner le libéralisme économique et ne pas se contenter, comme le titre du Monde (20.03.2008), de simples critiques contre ses excès.

Le libéralisme économique est fondamentalement pervers, il propose la liberté, mais c’est la seule liberté des riches et des patrons d’entreprise. Ce « libéralisme » repose sur trois postulats qui reposent sur du vide. Le premier réside dans la primauté de l’individu, tous les phénomènes collectifs peuvent être compris grâce à l’étude des décisions individuelles. Ensuite il y a la rationalité individuelle, en poursuivant son propre intérêt, l’individu veut accroître le plus possible sa satisfaction personnelle. Enfin le marché, grâce à la concurrence, est le moyen le plus efficace pour coordonner entre elles les actions des différentes rationalités. Cette idéologie a régné pendant plus de deux siècles, elle a entraîné la plus dangereuse libération des forces productives que la planète ait jamais connue. Mais cette pensée limitée a complètement oublié le substrat qui lui permettait de se développer, les ressources de la planète, la stabilité dynamique de la nature.

C’est pourquoi la société thermo-industrielle est actuellement dans une impasse dont même les spécialistes ne veulent pas encore saisir toutes les implications. Le chômage et la précarisation du travail se développe même dans les pays les plus développés, le libre jeu du marché provoque un cataclysme dans les sociétés encore traditionnelles, et pourtant le monde entier suit des leaders incompétents et pratique le culte non fondé de la croissance illimitée dans un monde fini. Aujourd’hui un système financier en péril demande l’aide de l’Etat après avoir dénigré l’intervention économique de l’Etat depuis Adam Smith (1776). Que les banques fassent faillite, que les entreprises qui basent leur prospérité sur l’argent facile et les faux besoins fassent faillite, que les ménages qui achètent à crédit fassent faillite, que le système tout entier fasse faillite.

Cette faillite généralisée de la mondialisation libérale est la seule solution pour nous rendre enfin compte des vraies catastrophes, le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, la perte de biodiversité…

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Oui au suicide assisté

La demande de Chantal Sébire au droit à mourir a été refusée par la justice. Atteinte d’une maladie incurable et très invalidante, le tribunal lui a refusé, en l’état actuel de la législation, la prescription d’un produit létal. L’éditorial du Monde (19.03.2008) indique à juste titre qu’il ne faut pas légiférer sous le coup de l’émotion. Mais il pose  clairement le problème de fond : «  Quelles frontières tracer entre la vie et la mort, entre la liberté du malade et l’obligation des médecins ?

 

La convention européenne des droits de l’Homme fait jaillir la contradiction des principes, le droit à la vie (article 2) d’un côté, le droit à la liberté (article 5) de l’autre. Pourtant ce débat a déjà été tranché avec l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse. L’individu peut s’arroger le droit de vie ou de mort dès la conception d’un autre que soi-même, et la société peut prendre en charge l’avortement. Pourquoi faudrait-il que l’individu en toute possession de ses moyens ne puisse pas décider de la continuité ou de la fin de sa propre existence ? Le suicide n’est-il pas un droit que l’on s’arroge même si la société  n’est pas d’accord ? D’ailleurs, c’est la structure globale de la société et le regard qu’une culture porte sur le passage à l’acte qui explique le taux plus ou moins important des suicides. Suicide calme et non pathologique aux Philippines, recherche de l’immortalité en Chine bouddhiste, inadaptation face à la montée de la modernité au Maghreb, suicide apparemment absent en Afrique noire dans les milieux sociaux traditionnels.

 Le parlement français a voté en 1987 un texte spécifique réprimant la « provocation au suicide » et « la propagande ou la publicité en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisées comme moyen de se donner la mort ». Il s’agissait en  fait d’interdire le livre « Suicide, mode d’emploi. Mais comme aucune loi ne peut empêcher de se donner la mort, pourquoi la société ne donnerait-elle pas à l’individu les moyens de sa liberté ? Où placer une dignité humaine indéfinissable ? Une maladie incurable ne peut-t-elle donner le droit au suicide assisté ? Enfin, si on se place du point de vue de la Biosphère, toute mort consentie n’est-elle pas une délivrance partielle sur une planète ravagée par le poids des humains ? Quand le fait de se donner la mort paraît la seule issue possible, pourquoi ne pas l’accepter. En toute liberté…

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un bac inutile

A quoi sert le bac ? Il s’agit d’enfermer les enfants entre les quatre murs d’un établissement scolaire, il s’agit de passer des centaines d’heures à entrer avec toute une classe d’âge dans la routine d’un programme pour recevoir un diplôme en fonction de sa capacité à se soumettre. Qu’apprend-on à l’école ? Selon Ivan Illich, on apprend que plus on y passe d’heures, plus on vaut cher sur le marché. Une fois qu’un humain se laisse ainsi définir d’après son degré de scolarisation, il accepte sans broncher que des bureaucrates déterminent son besoin de santé, que des technocrates envisagent son avenir professionnel, que sa vie s’accomplisse au service de la méga-machine.

 

Alors, que LeMonde(18.03.2008) nous apprenne que la proportion de bacheliers dans une génération est de 521 000 reçus en 2007 alors qu’il n’y avait que 31 candidats pour toute la France en 1809 n’a aucune importance. Que la proportion de bacheliers dans une génération soit passé de 5,3 % en 1951 pour atteindre les 20,1 % en 1970 grâce à une manipulation du bac qui a fait adjoindre au bac général un bac technologique en 1968 ne nous intéresse pas ! Que ce bac général compte 34,3 % d’une génération (63.6 % tous bac confondus) prouve que la dévalorisation des diplômes a atteint son paroxysme. Alors pour trouver un emploi avec le bac, mieux vaut être parmi la dizaine de candidats au bac TSR (traitement des surfaces) qui sont tellement spécialisés qu’ils trouvent aussitôt un emploi. Mais Ivan Illich a aussi montré qu’une société de spécialistes enlevait toute autonomie aux individus. L’école a obtenu le monopole radical, celui qui s’établit quand les humains abandonnent leur capacité de faire ce qu’ils peuvent par eux-mêmes et pour les autres en faisant confiance à des spécialistes économiquement organisés qui leur deviennent étranger.

 Il ne peut plus être question de vivre en harmonie avec la Biosphère, il s’agit d’accumuler des diplômes…

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