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redressement écologique de l’industrie automobile ?

Notre connaissance du parti socialiste nous permet de l’affirmer, le PS ne peut pas devenir écolo sans y être obligé. Prenons une des deux contributions thématiques  qui se déclare explicitement écolo pour le prochain congrès, « Pour un redressement écologique de l’industrie automobile ». Les auteurs n’ont pas du tout perçu l’oxymore, c’est-à-dire la contradiction absolue entre écologisme et automobilisme. La voiture émet des gaz à effet de serre, enferme les travailleurs et les conducteurs hors de la nature, utilise un pétrole en voie de disparition ou des agrocarburants en compétition avec l’alimentation, etc. Alors pourquoi s’ingénier à redresser l’industrie automobile ? Voici quelques extraits de cette contribution et notre commentaire :

« Nous sommes des militants engagés pour faire progresser notre système social et permettre les conditions d’une croissance au service des hommes. »

BIOSPHERE :  Le problème du PS, c’est que le social étouffe complètement les préoccupations écologiques et empêche de voir les réalités biophysiques en face. De plus il est significatif que le mot d’ordre de François Hollande, le croissancisme apparaisse ; le PS n’a pas encore compris qu’une croissance économique dans un monde fini est impossible. On ne peut pas continuer longtemps à « servir les hommes » avec une planète dont les ressources diminuent de plus en plus rapidement.

« Nous devons méditer des exemples aussi différents que l’Allemagne, les Pays Bas, l’Autriche… qui ont réussi à développer une compétitivité forte et une capacité d’exportation. »

BIOSPHERE :  Dire qu’Arnaud Montebourg se faisait avant le chantre de la démondialisation et qu’il est tombé à bras raccourci en tant que ministre sur le groupe PSA qui avait choisi un enracinement plutôt franco-français ! Il n’y a pas de différence entre la gestion de droite et de gauche, les éléments de langage sont les mêmes, croissance, compétitivité, exportations. Aucune pensée sur la nécessaire relocalisation qui implique une réduction des échanges internationaux.

« Dans ces pays, on note une certaine forme de cohésion nationale sur le sujet, un rôle de « l’Etat stratège », la conscience forte de l’importance de la technologie. »

BIOSPHERE :  l’Etat ne peut être stratège en matière de politique industrielle aux mains des grandes firmes transnationales. La BD les indégivrables (LE MONDE du 14-15-16 juillet) est significative : « Que peut faire l’Etat quand une usine ferme ? – Oh ! Nous avons un large éventail : nous offusquer, nous indigner, nous scandaliser, … ». Quant à la technologie, la voiture appartient aux techniques non appropriées dans un monde fini. Il nous faut penser en termes de dévoituration, la marche, le vélo et les transports en commun sont adaptés à la descente énergétique qui s’amorce.

« Nous proposons cette contribution sur l’industrie automobile, pour en faire un acteur essentiel de la révolution écologique : réduire de manière drastique la facture pétrolière des transports, contribuer au développement durable. »

BIOSPHERE :  Enfin une mention de l’écologie, mais la façon de réduire la facture pétrolière ne passe pour ces contributeurs que par « l’électrification accélérée et volontariste du parc automobile français ».  Ils occultent complètement la manière de produire de l’électricité et le potentiel (limité) des batteries embarquées. Cette contribution pseudo-écolo ne pense ni à limiter la puissance des véhicules en bridant les moteurs, ni aux techniques douces de déplacement, ni à la limitation des mouvements pendulaires.

« Tous les ans sont immatriculés un peu plus de 2,5 millions de véhicules particuliers et utilitaires, et 2 millions sortent de l’immatriculation française pour la casse [1,5 Millions] ou l’exportation. Le recyclage peut se limiter à un broyage pour matériaux de construction. La suggestion serait une incitation positive s’il y a casse déconstruction fine et recyclage « normalisé » du véhicule et une pénalité dans le cas inverse. »

BIOSPHERE :  La seule mention vraiment écolo est cette préoccupation du recyclage, ce qui n’est d’ailleurs qu’une partie de l’ensemble du cycle de vie du produit automobile. Pour avoir une voiture écolo, il faudrait que ses éléments constituants puissent à nouveau permettre de fabriquer autre chose, etc. De toute façon, toute opération de recyclage nécessite de l’énergie, et le pic pétrolier est déjà passé (en 2006), l’énergie va manquer. Mais les socialistes ne pensent pas du tout à la sortie du pétrole, ils pensent soutien à l’industrie automobile, à l’emploi présent, sans s’interroger sur ce qu’il faut produire et comment le produire. Les socialistes ne sont pas écolos…

De quel présidentiable suis-je plus proche ?

Aux questions ci-dessous posées par LE MONDE*, voici les réponses qu’un écolo attendait d’un candidat idéal :

1) Comment améliorer le niveau de santé des Français ?

L’amélioration infinie du niveau de santé n’est pas possible alors que nous sommes entrés à une époque où règnent à la fois l’acharnement thérapeutique et le mal de vivre ; la perception de notre santé est inséparable de notre rapport à la mort et à la technique. Par exemple le droit de mourir dans la dignité doit être valorisé et l’accouchement ne doit plus être considéré comme une maladie à médicaliser. Il faut renforcer la territorialisation avec des maisons de santé de proximité.

2) Comment faut-il faire évoluer le système scolaire ?

Le blocage énergétique qui découle du pic pétrolier nous oblige à multiplier les perspectives d’emplois, donc de formation, dans l’agriculture, l’artisanat et les techniques douces. L’apprentissage et les filières professionnelles doivent être privilégiés au détriment des études longues et abstraites.

3) A quel âge et dans quelles conditions doit-on pouvoir prendre sa retraite ?

L’âge de la retraite est un choix individuel avant d’être une obligation sociale. Les difficultés croissantes de financement de la retraite par redistribution nous obligent à réfléchir sur une prise en charge plus grande du vieillissement de la population par les familles plutôt que par des institutions.

4) Comment combattre le  chômage ?

Il est vain d’obliger ou même d’inciter les entreprises à garder leurs salariés quand les carnets de commande se vident. Contre le chômage, il faut une politique structurelle de relocalisation des activités, ce qui veut dire valoriser l’achat de proximité, les monnaies locales, la petite industrie. L’emploi ne se crée pas par le haut, mais par le bas.

5) Comment augmenter le pouvoir d’achat des Français ?

Le pouvoir d’achat actuel des Français est déjà au-dessus des capacités de la planète. Cette question du MONDE est donc absurde. Car un journal bien informé devrait savoir que le pouvoir d’achat va diminuer étant donné l’épuisement des ressources naturelles et la reprise probable de l’inflation. Il faut donc s’interroger sur le partage équitable de la pénurie, ce qui implique une réduction drastique des inégalités de revenus.

6) Comment renforcer la compétitivité des entreprises françaises ?

Cette question du MONDE est encore absurde. Dans un système commercialement ouvert comme le nôtre, aucun pays ne peut garder un avantage compétitif durable. Il faut donc remplacer l’esprit de compétition par l’esprit de coopération au niveau national, européen et international. Cela implique aussi un degré croissant de protectionnisme quand on veut relocaliser l’emploi.

7) Comment réorganiser la fonction publique ?

Le poids de l’Etat en période de récession (probable) devient un fardeau insupportable. Il faut surtout recentrer les priorités de l’Etat sur ses fondamentaux et faire mieux avec moins. Par exemple, on peut sans difficulté majeure supprimer la force de frappe et diminuer la durée moyenne des études. Ce qui veut dire que l’armée nationale devient un simple appoint des casques bleus et que la division sociale du travail est simplifiée.

8) Comment faire évoluer l’éducation nationale ?

Un seul enseignant peut avoir une classe de dix élèves, ou de quarante, ou de 150 : tout dépend du niveau d’attention et de confiance des élèves. Il ne faut plus avoir une optique quantitative, ce sont les programmes qui doivent évoluer et les matières enseignées. Une culture de  type holistique doit succéder à un enseignement fragmenté.

9) Comment rendre notre système judiciaire plus efficace ?

Le passage en justice est le signe d’un échec social. Si chacun s’efforce de vivre en harmonie avec son prochain, il n’y a plus besoin de recours en justice. Le système d’éducation parental est donc l’indispensable préparation à une justice efficace. Une école des parents semble incontournable, avec comme résultat que certains adultes ne devraient pas être considérés comme apte à devenir parents.

10) Quelle est la réforme indispensable de notre système fiscal ?

Au-dessus d’un salaire de trois fois le SMIC, le fisc prend tout. Les bénéfices d’une entreprise et les revenus patrimoniaux doivent profiter directement à la collectivité et non à l’usage personnel. Une entreprise doit se comporter comme une association à but non lucratif, une personne doit mettre son argent au service de l’intérêt public.

11) Quelle est la mesure prioritaire pour améliorer la qualité de notre environnement ?

Contre le gaspillage des énergies fossiles, il faut établir d’urgence une taxe carbone et même envisager une  carte carbone, c’est-à-dire un rationnement. Cela implique une formation généralisée à l’écocitoyenneté, un apprentissage du sens des limites.

12) Quelle doit être la politique de la France sur l’énergie nucléaire ?

La polarisation sur le nucléaire est un grave défaut du MONDE. Le nucléaire est, comme les énergies fossiles, une énergie non renouvelable dont on doit, par définition, sortir. Comme les énergies non renouvelables ne peuvent nous permettre d’utiliser autant d’esclaves énergétiques qu’à l’heure actuelle, il faut donc établir un vaste plan d’économies d’énergie à appliquer au niveau des individus et de la collectivité

13) Comment améliorer l’organisation territoriale du pays ?

Il faut respecter le principe de subsidiarité. Il ne s’agit pas seulement de déléguer plus de pouvoirs aux régions et aux départements, mais surtout aux communautés de résilience ou territoires en transition vers une plus grande autonomie alimentaire et énergétique.

14) Comment la France doit-elle agir sur son immigration ?

Tous les pays vont être confrontés à des difficultés croissantes. Avec la disparition des énergies fossiles, les frontières se ferment, l’ère du monde fini a commencé. L’émigration ne pourra plus être un recours possible au déséquilibre d’une population avec son propre écosystème. La maîtrise de la fécondité et de la sécurité alimentaire devient alors incontournable quand l’émigration n’est plus possible. Se posera cependant un problème croissant sur lequel il faudra faire preuve de solidarité internationale, l’accueil des réfugiés climatiques.

15) Quelle mesure est la plus efficace pour relancer l’économie européenne ?

La question du MONDE est absurde, la relance de l’économie n’est pas possible quand on a déjà dépassé les limites de la croissance. Le keynésianisme global est devenu une méthode obsolète. Il faut reconstruire les structures de résilience, famille, paysannerie, artisanat, solidarités de proximité… que le libéralisme économique s’était employé à démolir.

conclusion : Nous remarquons que LE MONDE ignore complètement la dimension internationale des problèmes, comme d’ailleurs tous ces présidentiables franco-français ! De plus LE MONDE n’accorde aucune importance à des questions aussi brûlantes que le réchauffement climatique, la descente énergétique ou la chute de la biodiversité. LE MONDE veut ignorer complètement les contraintes écologiques mondialisées qui pèseront de plus en plus sur les réalités socio-économiques ! Pourtant nous savons tous que la rupture avec notre standard de vie occidental est nécessaire.

* LE MONDE du 19 avril 2012, supplément « Présidentielle 2012 » p. VIII

 

pour un peuple écolo, l’austérité est notre destin

Le peuple communiste existe avec l’avènement de la révolution industrielle et la polarisation entre facteur travail et facteur capital. Contre le pouvoir du capital, le peuple communiste avait ses mots d’ordre et son catéchisme marxiste : exploitation de l’homme par l’homme, lutte de classes, syndicat courroie de transmission, dictature du prolétariat, etc. Le peuple communiste avait sa solidarité de classe, dans l’atelier, dans les banlieues rouges, dans les mutuelles, dans le syndicat. Le peuple communiste existait, il n’existe presque plus. Le peuple écolo n’existe pas encore, il existera un jour.

Le facteur travail et le facteur capital sont aujourd’hui surdéterminés par la raréfaction du troisième facteur qu’on croyait inépuisable, les ressources naturelles. Il n’y a plus seulement les travailleurs contre les capitalistes, il y a l’activité humaine confrontée avec les limites de la planète. Comme le pensait Marx, ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence sociale est conditionnée par une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez les communistes, la géologie des richesses minières et l’état des écosystèmes pour un écologiste. Notre activité économique dépend étroitement des ressources fossiles que nous avons dilapidées et de la dynamique de l’écosphère que nous avons gravement détraquée. Or la nature ne négocie pas, que ce soit à Fukushima ou en termes de réchauffement climatique. Aux humains de s’adapter. Il est trop tard pour éviter la catastrophe, mais plus tôt nous agirons, plus nous réduirons la violence du choc. Les richesses naturelles étant en quantité limitées et rapidement décroissantes pour les non renouvelables, la seule solution pour vivre en paix est le partage équitable de la pénurie. Un parti politique définit le sens de l’histoire. L’écologie politique relaye le constat de l’écologie scientifique, l’austérité est notre destin.

Devant la catastrophe en marche, nous n’avons que deux solutions, soit subir dans le désordre et la violence une récession économique sévère, soit faire preuve de coordination et d’exemplarité. Une crise écologique, donc économique, pourrait avoir un effet déstructurant sur nos sociétés complexes. Mais nous savons aussi que la société dépend des perceptions croisées entre individus : je me représente comment les autres se représentent les choses et moi-même. En termes savants, on dit qu’il y a interactions spéculaires, comme devant un miroir. Il y aura un peuple écolo quand il y aura effet boule de neige : tu fais parce que je fais parce que nous voulons tous faire de même. Cela commence par des petits gestes, économiser l’énergie, prendre l’escalier plutôt que l’escalator ou l’ascenseur, boire bio, c’est-à-dire boire de l’eau. L’écolo utilise des techniques douces et rejette les techniques sophistiquées. Il sait que marcher à pied vaut mieux que de prendre un vélo, mais le vélo est bien préférable à l’autobus ou au train. L’écolo fait plutôt du covoiturage et rapproche son domicile de son lieu de travail, il isole sa maison et baisse la température dans ses pièces. Il choisit de vivre à l’étroit plutôt qu’augmenter son emprise sur les sols arables, il fait ce qu’il doit et le bonheur lui est donné de surcroît.

Car le bien-être n’est pas lié à la somme des objets que nous pouvons posséder, tout au contraire. L’achat d’un téléphone portable qui est démodé dans le mois qui suit n’entraîne pas un sentiment de satisfaction, mais un perpétuel sentiment de manque. La publicité nous formate pour avoir toujours envie d’autre chose, alors nous ne pouvons plus trouver la plénitude d’être. Un écolo refuse la pub, refuse la cigarette, refuse le verre d’alcool de trop. Pour chanter et s’épanouir, pas besoin d’être alcoolisé. Un écolo est sobre, il n’est pas austère même s’il pratique l’austérité. Il y aura un peuple écolo quand la majorité des citoyens refusera le voyage en avion, la voiture individuelle et les trois heures de télé par jour. Le peuple écolo préférera jouer au ballon plutôt que regarder un match de foot, il préférera une partie de belote plutôt qu’une séance télé. La simplicité volontaire des uns se conjuguera avec la décroissance conviviale des autres.

Toute personne qui a compris que nous avons dépassé les limites de la planète devrait savoir qu’il lui faut vivre autrement. Un parti écologiste sera adulte quand ses adhérents agiront en ce sens. Un parti politique digne de ce nom est composé de militants qui vivent ce qu’ils prêchent. Il y aura un peuple écolo quand les militants d’EELV commencement à donner l’exemple de la sobriété énergétique et de la simplicité volontaire. Le peuple écolo existera quand EELV nous donnera une certaine cohérence, des éléments de langage, le sens de la solidarité, l’exemplarité de ses membres. L’équilibre compromis entre les possibilités de la planète et l’activisme humain entraîne nécessairement l’avènement du peuple écolo… ou l’écolo-fascisme !

dialogue avec un partisan des OGM, membre de l’AFBV

Dialogue entre Michel Sourrouille, Journaliste-écrivain pour la Nature et l’Ecologie d’une part et Alain Deshayes, généticien, membre fondateur de l’AFBV (Association des Biotechnologies végétales).

Michel Sourrouille : Alain, j’ai assisté à Paris à la conférence de presse de Vandana Shiva le 19 octobre 2011. Cette militante présentait A Global Citizen Report on the State of GMO. Lors de la conférence de presse, Vandana dénonce les contre-vérités de la bio-ingénierie : « Au lieu d’endosser leurs responsabilités, les Firmes répondent par la propagande. Notre sécurité n’est préservée que parce que l’ignorance est privilégiée. Ce sont les Firmes qui présentent les données sur lesquelles la science peut délibérer ; c’est la fin de la science. » En tant que spécialiste des OGM, qu’en penses-tu ?

Alain Deshayes : J’ai lu ton texte avec attention, et tu ne seras pas étonné si je te dis qu’il m’a « irrité » ! Je connais effectivement Vandana Shiva pour ses engagements anti-OGM, je l’ai rencontrée à l’occasion d’un congrès. C’est une femme qui a du tonus, comme beaucoup de femmes indiennes. Je crois me souvenir qu’elle est physicienne de formation et qu’elle a changé d’activité pour militer en faveur de la biodiversité des variétés traditionnelles contre les variétés « améliorées ». Et,  c’est logiquement qu’elle s’est retrouvée dans le mouvement altermondialiste et qu’elle s’est engagée dans un combat contre les organismes génétiquement modifiés.

Ceci étant comme nombre de ses congénères, elle a dit beaucoup de contre-vérités sur les OGM, les deux principales étant  que les variétés de coton BT n’apportaient en Inde aucune amélioration de rendement et que le coton Bt étaient responsables des suicides de paysans indiens. Sur ces deux points il existe de nombreuses études qui ont montré qu’elles étaient fausses.

Michel Sourrouille : Méfions-nous des études parcellaires. En Chine, 96 % du coton est déjà transgénique. Ce coton Bt est efficace pour détruire une noctuelle, permettant ainsi à une niche écologique de se libérer. Comme la nature à horreur du vide, les miridés (ou punaises) deviennent une infection. On ne sait pas encore si les bénéfices sur l’exploitation du coton n’ont pas été effacés par les dégâts occasionnés sur les autres cultures (LE MONDE  du 15 mai 2010).

La responsabilité des suicides de paysans en Inde repose historiquement sur la révolution verte des années 1970 (semences à haut rendement), mais les OGM en reproduisent aujourd’hui causes et conséquences. Les variétés de semences « améliorées » sont traitées avec des engrais et des pesticides synthétiques. Ces intrants sont coûteux et ces semences doivent être fréquemment remplacées ; c’est inabordable pour la petite paysannerie.

Alain Deshayes : Je t’avais communiqué une étude qui montre clairement la non corrélation entre coton Bt et suicides. Norman Borlaug est considéré comme le père de cette Révolution Verte  pour ses travaux sur le blé, travaux pour lesquels il reçut le Prix Nobel de la Paix en 1970. Et, j’ai souvent dit que cette décision n’avait pas été très judicieuse.

J’ai moi-même, dans des conférences et dans des articles, souligné que les raisons politiques qui avaient été à l’origine de la « révolution verte » avaient conduit à certaines d’insuffisances et d’erreur en raison de la non prise en compte de certaines réalités sociales et économiques locales. Mais il est incontestable qu’à partir de 1960, les rendements ont augmenté dans de nombreux pays (pas dans tous avec la même importance) et amélioré les conditions de vie de nombreux paysans……qui auraient pu passer au communisme !

Michel Sourrouille : La remarque sur le « communisme » est intéressante car elle montre le présupposé idéologique des semences à haut rendement. Avec Borlaug, la révolution verte a reçu le prix Nobel de la paix sous le prétexte que les nouvelles technologies en chimie allait apporter la prospérité, et que la prospérité apporterait la paix. Vandana Shiva l’écrit : « Cela s’est appelé la révolution verte, par opposition à la révolution rouge qui se répandait en Inde, venant de Chine ». Les Américains se sont dit : « Diffusez les produits chimiques et vous éviterez le communisme. Malheureusement ces produits coûtaient cher et nuisaient à l’environnement. Tout cela s’est révélé au bout de dix ans, si bien qu’au lieu d’être en paix et de profiter de la prospérité, les jeunes ont connu une nouvelle pauvreté et pris les armes.  Après la répression très violente par les forces militaires contre les insurgés dans le Punjab, on ne pouvait plus prendre son fusil ; alors les agriculteurs ont commencé à boire les pesticides pour mettre fin à leurs jours. (in Solutions locales pour un désordre global – Actes Sud, 2010) »

La technologie OGM est la continuité d’un modèle mondial d’agriculture industrielle qui n’a pas réussi à donner à manger à ceux qui ont faim et a contribué à la disparition de la paysannerie traditionnelle. Bref, la recherche en milieu fermé est une chose, le développement des OGM par les firmes qui vendent leur insecticide et cherchent à contrôler les semences paysannes, une autre. Monsanto & Al n’œuvrent pas pour le bien de l’humanité !

Alain Deshayes : La culture d’une nouvelle variété végétale, « améliorée », est souvent associée à une pratique culturale nouvelle également ; et on a constaté en Inde ce qui se passe dans beaucoup de pays, à savoir que les potentialités génétiques ne sont véritablement et complètement exprimées que si les pratiques agricoles adaptées sont respectées. Vandana Shiva a reporté sur la technique d’obtention des cotons Bt tous les déboires de certains paysans qui n’avaient pas respecté ces pratiques.

Michel Sourrouille : Cela voudrait dire que les paysans n’appliquent pas les consignes qui leur sont imposées par les semenciers : à production alimentaire industrialisée, pratiques standardisées. Tout est lié, brevetage, génie génétique, concentration économique et dépendance des paysans.

Nous préférons dire que les « potentialités génétiques sont véritablement et complètement exprimées » quand et seulement quand des centaines d’années de sélection des semences par les paysans locaux ont permis d’atteindre un niveau de symbiose le plus grand possible entre une plante et son milieu particulier de vie. Cela, les industriels de variétés végétales « améliorées » ne savent pas faire, les variétés qu’ils vendent sont inadaptées à la plupart des milieux naturels. De plus l’homogénéité génétique rend les cultures plus vulnérables aux changements climatiques brusques, au contraire des semences natives adaptées aux différents microclimats. C’est pourquoi d’ailleurs Vandana Shiva s’est lancée en 1987 dans la défense des variétés locales de graines après la réunion de Bogève à laquelle elle avait assisté.

Comme l’a dit Vandana, les lois qui favorisent le monopole de l’industrie sur les graines sont comparables au monopole sur le sel dénoncé par le Mahatma Gandhi ; celui-ci avait déclenché le Salt Satyagraha, une lutte non violente basée sur la désobéissance civile. Satyagraha, l’étreinte de la vérité. Vandana va lancer à son tour la Bija Satyagraha, une « désobéissance des graines (in Vandana Shiva, victoires d’une Indienne contre le pillage de la biodiversité – Editions Terre vivante, 2011) ».

Alain Deshayes : D’un côté j’aurais envie d’argumenter point par point, de l’autre je me dis que cela ne servirait à rien parce que je sens que tout est déjà figé dans tes propos. Il y a un a priori que « toi et les tiens » seraient les seuls à se poser les bonnes questions et que « moi et les miens » ne seraient que des individus pervers incapables de se poser la question de l’intérêt général ! Mais peut-être que ces deux « populations » sont  non miscibles, les uns parce qu’ils partent de l’a priori que toute action de l’Homme dans la nature ne peut être, intrinsèquement, que néfaste à celle-ci, et les autres parce qu’ils persistent à penser que l’Homme peut utiliser son savoir pour vivre dans et par cette nature, et qu’il peut corriger ses erreurs.

Michel Sourrouille : Nous ne pouvons prêter aux autres nos propres sentiments. Et les sentiment ne sont jamais tout blancs ou tout noirs. Il y a des techniques douces, douces à l’Homme et à la Nature, d’autres qui le sont beaucoup moins. Vaste débat qui n’a jamais commencé si ce n’est dans les écrits d’Ellul ou Illich, bien oubliés. Ce débat reviendra…

Alain Deshayes : Il existe bien un courant de pensée qui tend à opposer les « semences industrielles » – symboles de la sélection variétale, de l’agriculture intensive, de l’appropriation du vivant et de la mondialisation – aux « semences paysannes », apparentées aux savoirs locaux d’amélioration et de conservation de la biodiversité. Les approches qui s’appuient sur la composante génétique  nous semblent mieux à même de répondre aux défis du XXIème siècle qui devra conjuguer l’obligation de nourrir 9 milliards d’individus et la nécessité de réagir aux changements climatiques. Si les défis à relever sont nombreux, ce ne sont pas à la base des problèmes biologiques ; la génétique est sollicitée pour élaborer des réponses sur une scène mondiale où l’homme doit prendre une place centrale.

Michel Sourrouille : C’est aussi cela le problème, la centralité de l’homme, l’anthropocentrisme dominant, la volonté de puissance, l’appropriation du vivant. Croire que la technique (pas seulement génétique) pourra indéfiniment résoudre les problèmes créés par la technique (y compris génétique) est un acte de foi, comme l’Homme à l’image de Dieu.

Il nous semble que les semences paysannes, au plus près du terrain et des femmes, sont plus adaptées que des techniques centralisées oeuvrant pour le profit. Prenons maintenant un  point de vue spécifiquement technique, l’équivalence en substance. Hervé Kempf écrit : « En 1986 sous Ronald Reagan, l’administration élabore un ensemble de règles qui pose le principe qu’il faut évaluer les risques du produit final et non de la technique utilisée. Ce principe dit d’équivalence en substance est crucial : il établit que, si un OGM n’a pas une composition chimique substantiellement différente de l’organisme dont il est dérivé, il n’y a pas besoin de le tester, comme on le fait normalement pour de nouveaux médicaments ou de nouveaux additifs alimentaires, pas plus que de l’étiqueter. Le coût d’autorisation d’un OGM devient moindre que celui d’un dossier d’autorisation de pesticide. (La guerre secrète des OGM  – Seuil, 2003) »

Alain Deshayes : L’équivalence en substance est une question scientifique : Si la composition des deux plantes (la plante d’origine d’une part et la même plante avec un gène supplémentaire) sont comparables, à la différence près de la protéine produite par le gène introduit, pourquoi y aurait-il un risque lié à la plante génétiquement modifiée ? Et donc, pourquoi y aurait-il une restriction à sa culture et à sa consommation par l’animal ou l’homme ? J’ai participé à plusieurs congrès aux Etats-Unis sur ce sujet, et après de nombreuses discussions, un consensus s’est établi pour dire que l’équivalence en substance de deux plantes ne justifiait pas qu’une réglementation spécifique soit appliquée à l’une d’entre elle. Je crois me souvenir que la décision de l’administration étatsunienne sur le principe d’équivalence a été prise en 1995.

Le principe d’équivalence suppose des analyses portant sur la composition chimique du produit. Par contre, dès 1985 (année d’obtention de la première plante génétiquement modifié, il faudra attendre 1987 pour la première expérimentation au champ) les scientifiques considéraient effectivement, qu’un produit, quel qu’il soit, ne devait pas être jugé sur la base de la technologie qui avait été utilisée pour le produire. Nous avions en effet l’expérience des controverses récentes sur les produits alimentaires qui avaient été stérilisés par irradiation aux rayons gamma et c’est cette logique qui a amené l’administration US à la position sur l’équivalence en substance.

Ceci étant, il y a une limite au concept d’équivalence lorsqu’il s’agit de plantes tolérantes à un herbicide ou à un insecticide : faut-il analyser la plante génétiquement modifiée sans que le pesticide ait été appliqué préalablement ou bien faut-il analyser la plante qui a été cultivée en condition agronomique, donc qui a subit un traitement pesticide ? La réalité est que c’est la plante sans application de pesticide qui est analysée. Il y a là une anomalie que nous reconnaissons volontiers.

Michel Sourrouille : Avec l’équivalence en substance, il y a effacement des frontières entre génie génétique et sélection génétique classique, affirmation partisane en faveur du génie génétique. La toxicité des aliments OGM ne peut être prédite à partir de leur composition.

Le concept d’équivalence en substance est directement dérivé des modes de pensée de la science moderne. Ceux-ci sont basés sur un réductionnisme rationaliste dans lequel l’objectivation joue un rôle prédominant. Cette approche s’est avérée à la fois opérationnelle et productive mais le résultat en est que la substance, et non le processus, est devenu le principal et souvent le seul axe d’étude de la science moderne. En d’autres termes, le concept d’équivalence en substance s’adresse aux aliments considérés hors de leur contexte, abstraction faite de la façon dont ils ont été produits et conduits jusqu’au consommateur en fin de parcours. pays d’origine du produit alimentaire, les méthodes agricoles de production, le mode de récolte, les méthodes de conservation et de transformation des aliments, etc. En d’autres termes, l’impact environnemental des filières agroalimentaires devrait être évalué à tous les niveaux du processus, de sorte qu’un bilan environnemental global puisse être établi.

Alain Deshayes : « Pays d’origine du produit alimentaire, etc… » Complètement hors sujet !  «  L’impact environnemental des filières agroalimentaires devrait être évalué à tous les niveaux du processus… ». Confusion totale ! Et voilà comment on passe d’un sujet à un autre en éludant les questions scientifiques et techniques.

Michel Sourrouille : Mais ce sont aussi « les questions scientifiques et techniques » qui doivent tenir compte de tous les autres sujets. La réalité est complexe, globale, interdépendante. Au réductionnisme rationaliste de la science actuelle s’oppose de plus en plus clairement une science holistique qui lie sciences « dures » et sciences « molles », recherche de laboratoire et contextualisation par les sciences humaines, expériences transgèniques et effets sur les structures de l’emploi, de la production et de la commercialisation. Les « questions scientifiques et techniques » ne peuvent être séparés des contraintes socioéconomiques et environnementales.

Au niveau technique, les systèmes de transgenèse s’inscrivent intrinsèquement dans une optique d’uniformisation. Cette tendance est déjà perceptible aux Etats-Unis où l’on cultive actuellement des plantes OGM fortement uniformisées sur de vastes territoires. Or les méthodes de protection phytosanitaire introduites par le génie génétique pour lutter contre les ravageurs reposent sur des mécanismes monogéniques, faisant intervenir un seul gène de résistance. Ces méthodes sont donc vulnérables car elles favorisent la sélection de parasites résistants et devront être remplacées dans le court terme.

Alain Deshayes : Je ne sais quelles sont tes lectures, mais voilà typiquement ce qui résulte d’une incompréhension/méconnaissance d’une réalité scientifique. Le fait que des résistances puissent apparaître et qu’il faille chercher de nouvelles formes de résistance, est un phénomène général, indépendamment des plantes génétiquement modifiées, et qui est bien connu de tous les sélectionneurs.

D’une manière rapide, et donc un peu simpliste, s’agissant du blé : en 1945, fallait-il/aurait-il fallu choisir entre d’une part le maintien des rendements moyens à 12 qx/Ha,  avec les variétés « traditionnelles » qui possédaient une rusticité assurant une stabilité des rendements quelles que soient les années (conditions climatiques, attaque de parasites et de pestes) et d’autre part entreprendre un travail d’amélioration qui a permis (sans OGM) d’augmenter les rendements jusqu’à aujourd’hui d’environ 1 ql/an, avec les risques avérés de voir périodiquement contournées les résistances à des parasites ou des pestes ? Je sais que certains de tes « frères » choisissent/auraient choisi la première voie. Cette question n’est pourtant pas triviale. Je connais de nombreux généticiens qui ont travaillé à l’amélioration de plantes tropicales, notamment  du millet en Afrique, qui se la sont posés. C’est la raison pour laquelle la diversité génétique des variétés locales est d’avantage prise en compte aujourd’hui dans les plans de sélection et de promotion des nouvelles variétés.

Michel Sourrouille : Il te faut admettre que la courses au rendement, avec ou sans OGM, n’est pas durable. Contrairement à la monoculture, les polycultures permettent une résistance naturelle. C’est la biodiversité qui permet la résilience, pas un OGM cultivé sur des milliers d’hectares.

La résistance aux herbicides présente d’ailleurs les mêmes inconvénients que la lutte contre les ravageurs. L’apparition de mauvaises herbes résistantes aux herbicides par dissémination de pollen et croisements interspécifiques imposerait le remplacement à la fois de la semence transgénique portant le gène de résistance et de l’herbicide lui-même. En fait de durabilité, ces méthodes favorisent des systèmes de protection des cultures éphémères, faisant appel à des variétés végétales et des produits phytosanitaires à courte durée de vie.

Alain Deshayes : Baratin en réponse à de vrais problèmes ! L’apparition de plantes résistantes à des herbicides est aussi vieille que l’utilisation des herbicides eux-mêmes ! Tu vas dire que l’argument n’est pas glorieux, dont acte, mais là encore cette question n’est pas directement liée aux OGM.

Michel Sourrouille : Nous sommes d’accord, les OGM se trouvent confrontés aux mécanismes de la sélection naturelle. Mais je répète que le risque est moins grand quand l’agriculture reste paysanne, diversifiée, adaptée à chaque terroir.

Alain Deshayes : Non, nous ne sommes pas d’accord, « le risque n’est pas moins grand », car dans ce que tu appelles « l’agriculture paysanne » il n’y a pas de pesticides. Je ne suis pas et ne raisonne pas dans la même logique. Tous  les agronomes savent que pour nourrir 9 milliards d’humains il faudra augmenter la production agricole globale –selon les hypothèses  sociétales – de 30 à 70 %. Et ce n’est pas l’agriculture paysanne qui le permettra.

Michel Sourrouille : Comment nourrir les hommes en 2050 ? Ca se discute ! Pour Sylvie Pouteau, dont j’ai repris précédemment l’argumentation technique, « la qualité des aliments ne peut être limitée à la seule substance car les aliments agissent sur les êtres humains non seulement au niveau nutritionnel mais aussi au travers de leurs relations avec l’environnement et la société. En sorte que, la question Au delà de l’équivalence en substance appelle en fait une autre question : l’équivalence au delà de la substance. »

Alain Deshayes : Je suis en fait d’accord pour dire que les OGM ne sont rien en soi et qu’ils doivent être positionnés dans une vision de l’agriculture et de sa place dans une problématique de développement. Le problème est que depuis le milieu des années 90, quand la culture des plantes génétiquement s’est développée (Quand même 145 millions d’hectares en 2010 cultivés par plus de 15 millions d’agriculteurs dans le monde !!) le comportement destructeur et, je le dis tout net, anti-démocratique des anti-OGM n’a plus permis aucun débat. Certes le comportement des Monsanto and Co n’a pas non plus facilité les choses.

Michel Sourrouille  : Si tout le monde se trompe, cela n’en fait pas une vérité. De plus, il faut comparer les 15 millions d’agriculteurs OGM qui accaparent les terres et les 2,5 milliards de paysans sur la planète qui se partagent des parcelles ; la balance n’est pas équilibrée.

Il te faut aussi admettre le caractère non démocratique des firmes semencières. Ainsi le traitement statistique de l’étude des effets d’un maïs transgénique par son inventeur et distributeur, la firme Monsanto, avait été publié en août 2005. Mais les données expérimentales brutes, plus d’un millier de pages, avaient été tenues confidentielles par la firme agrochimique jusqu’à ce que Greenpeace en obtienne publicité grâce à la Cour d’appel de Münster. Ce genre de firmes veut être à la fois juge et partie. Ce qui m’a surtout le plus impressionné dans une émission sur Monsanto vu à la télé en 2008, et je l’ai déjà dit sur mon blog biosphere, c’est l’usage par cette firme de tous les procédés d’une dictature : on cache l’information, on ment, on achète les politiques, on achète les opposants à défaut de pouvoir les envoyer en prison,  on licencie les  récalcitrants du jour au lendemain…

Face à cette toute puissance de l’argent, que peuvent faire les citoyens si ce n’est devenir faucheurs volontaires d’OGM ? José Bové agit contre les OGM en pensant que les paysans du Nord sont aussi victime que ceux du Sud du productivisme technicisé agricole. Il écrivait : « Quand les gouvernements encouragent les intérêts privés ou les laissent s’imposer aux dépens de tous et de la terre, il ne reste plus aux citoyens que d’affronter cet Etat de non-droit (Pour la désobéissance civique – édition La découverte). » La désobéissance civile est un aspect nécessaire de la démocratie.

Alain Deshayes : En fait la position initiale de José Bové était une opposition au productivisme, mais sans la destruction des plantes au champ, et, c’est sur cette base que j’ai souvent débattu des avancées technologiques en agriculture avec des militants paysans, d’abord des « Paysans Travailleurs » (organisation issue du PSU) puis de la « Confédération paysanne » ; à cette époque des convergences étaient possibles. Mais rapidement JB a glissé sur le terrain des risques pour l’environnement et la santé humaine, et à partir de ce moment là plus aucune discussion n’est devenue possible tellement sa mauvaise fois était patente.

D’ailleurs, on pourrait démontrer que les actions de « José Bové and Co » ont favorisé les grands groupes semenciers internationaux au détriment des petites structures et, dans le cas particulier de la France, des sociétés françaises.

Michel Sourrouille : Si la Confédération paysanne reste minoritaire, c’est pour plusieurs raisons notamment ses positions souvent d’extrême gauche et les avantages que l’on a si on est à la FNSEA.

                Il paraît évident que les grands groupes semenciers n’ont pas besoin de José Bové pour éliminer les petites structures, et, particulièrement, la petite paysannerie. Les OGM ne sont pas faits pour l’autosubsistance, mais pour le marché. Le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation avait écrit dans un rapport que la libéralisation du commerce « n’est pas plus favorable au consommateur, confronté à une forte hausse des prix, qu’au petit producteur, auquel on paye à un prix de plus en plus faible. En revanche, la chaîne de distribution s’allonge, ce qui contribue à enrichir divers intermédiaires. » L’approche selon laquelle les impacts négatifs résultant du libre-échange seront compensés par les secteurs exportateurs est contestable : « Cette approche, qui établi le bilan des gains et des pertes, n’est pas satisfaisant car les gouvernements ne sont pas en mesure de compenser les impacts négatifs pour leur population ». (Le Monde du 18 décembre 2008)

Alain Deshayes : Nous connaissons bien le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’Alimentation Olivier de Schutter, apôtre de l’agroécologie et grand mystificateur ! Si tu veux m’expliquer que le capitalisme et le libéralisme tel qu’ils se sont développés à partir du milieu des années 1970 n’ont pas entraîné un développement favorable aux populations, alors oui, on peut discuter, mais ce débat ne doit pas être un prétexte pour condamner une technologie qui pourrait être utile, dans certaines conditions.

Michel Sourrouille : Attaquer une personne ne vaut pas raisonnement. Les firmes semencières utilisent à la fois le capitalisme (l’appropriation privée, les brevets) et le libéralisme économique (le marché, son contrôle monopolistique) pour entraîner une évolution défavorable aux populations paysannes. Pourquoi défendre les techniques transgéniques ? Elle déstructure la paysannerie, accroît les inégalités entre ceux qui produisent pour le marché et les autres, ne supprime pas la famine dans le monde.

C’est le savoir actuel, beaucoup trop sophistiqué et compartimenté, qui est foncièrement anti-démocratique : seule une élite peut discuter d’un sujet comme le nucléaire, mais la même élite ne peut pas discuter d’un autre sujet comme les OGM. Le débat est bloqué, structurellement bloqué. Ne devrait-on pas se demander alors si un paysan illettré, mais ayant des connaissances héritées de sa communauté, n’est pas mieux placé qu’un bio-ingénieur pour gérer son avenir de manière durable ?

Alain Deshayes : Pourquoi toujours vouloir maintenir les paysans des pays pauvres dans «  l’autosubsistance ». Cela me rappelle le guide de haute montagne français avec lequel j’ai fait ma première virée en Himalaya : il donnait l’impression d’une grande jouissance interne en constatant « l’authenticité » des conditions de vie de paysans népalais à plus de 3000 m ; on aurait dit que plus les conditions de vie étaient difficiles plus il « aimait » les paysans népalais et vilipendait la société moderne – et cultiver la terre à ces altitudes n’est pas une partie de plaisir et qui rapporte « très peu » en raison, en particulier, des faibles rendements des variétés végétales cultivées.

Améliorer les conditions de vie des paysans népalais passe, entre autre, par une amélioration des conditions de culture et par une augmentation de la production agricole, non seulement pour qu’ils sortent enfin de cet état de d’autosubsistance et qu’ils aient une production telle qu’ils puissent en vendre une partie, non nécessaire à la « subsistance » de la famille, et pouvoir ainsi acquérir le nécessaire pour améliorer les conditions de vie ordinaires.

Michel Sourrouille : Helena NORBERT HODGE a vécu au Ladakh, un désert de haute attitude traversé d’énormes chaînes de montagne. La vie y est rythmée par les saisons, les températures peuvent tomber jusqu’à – 40°C en hiver . La pluie est si rare qu’il est facile d’oublier jusqu’à son existence. Pourtant Helena a admiré les capacités d’adaptation des Ladakhis à la nature, elle en est venue à remettre en question le mode de vie occidental : « Quand je suis entrée pour la première fois dans ce pays, en 1975, la vie dans les villages s’inspiraient encore de principes séculaires. Le manque de ressources de la région, son climat inhospitalier, la difficulté d’y accéder, l’avaient protégé du colonialisme comme du développement.

Mais ces dernières années, des forces extérieures ont fondu sur lui comme une avalanche, provoquant des bouleversements aussi rapides que massifs. Dans une économie de subsistance, l’argent ne joue qu’un rôle mineur. Le travail n’a pas de valeur monétaire, il s’insère dans un réseau complexe de relations humaines. Mais en un jour, un touriste peut dépenser autant qu’une famille ladakhi en un an. Alors les habitants du Ladakh se sentent très pauvres. Au début de mon séjour, des enfants que je n’avais jamais vus venaient m’offrir des abricots ; aujourd’hui, de petites silhouettes affublées de vêtements occidentaux élimés accueillent les étrangers en tendant la main : « Stylo, stylo » est désormais leur mantra. Mais ce que les enfants ladakhis apprennent aujourd’hui à l’école ne leur servira à rien. Leurs manuels sont rédigés par des gens qui n’ont jamais mis les pieds au Ladakh et ignorent tout de la culture de l’orge à plus de 4000 mètres d’altitude. (in Quand le développement crée la pauvreté) » Les OGM peuvent-ils pousser à 4000 mètres d’altitude ?

Alain Deshayes : Pourquoi, toi qui pose une question à faire rire tout agronome (« Les » OGM peuvent-ils pousser à 4000 mètres d’altitude ?) tu aurais raison scientifiquement sur une question que tu ne maîtrise pas ?

La question de savoir si « un » OGM peut pousser à 4000 m, n’a pas de sens. Il n’y a pas « LES » OGM et le reste. Le génie génétique est une technique qui peut être appliquée à tout organisme vivant, microorganisme, plante ou animal. La question est donc de savoir l’intérêt qu’il pourrait exister à introduire tel ou tel gène dans un organisme qui se développe dans un environnement donné. Ceci étant posé, la priorité dans les montagnes himalayennes n’est pas de « penser » génie génétique, mais de s’interroger sur les conditions qui permettraient, compte tenu de la technicité locale, d’augmenter la production agricole globale avec les espèces  existantes. Si des besoins spécifiques sont exprimés et qui ne peuvent être satisfaits avec les techniques disponibles, il sera éventuellement envisageable de recourir à d’autres types de techniques.

Michel Sourrouille : C’est vrai, je ne suis pas généticien, je ne suis que spécialiste en sciences économiques et sociales. Mais nous parlons de développement et de besoins, me voici dans ma « spécialité ». La mondialisation des échanges, à commencer par la commercialisation des denrées agricoles, a été une aberration historique qui remonte à la théorie de Ricardo et ses prétendus avantages comparatifs entre vin du Portugal et drap en Angleterre. Avec le libre-échange, l’Angleterre a gagné sa révolution industrielle, le Portugal a perdu ; depuis les écarts de développement entre pays deviennent de plus en plus grands. Ensuite le libre-échange repose matériellement sur l’abondance des énergies fossiles. Une fraise de Californie (cinq calories de nutrition) brûle 435 calories de fuel pour arriver sur la côte Est.

La descente énergétique qui s’annonce va relocaliser les productions alimentaires. Chaque territoire devra faire de plus en plus avec ce qu’il peut lui-même produire. Le Ladakh d’autrefois était durable, le Ladakh d’aujourd’hui est déstabilisé, le Ladakh de demain sera sans doute assez semblable à celui d’autrefois.

Alain Deshayes : Ce n’est pas parce que le libéralisme, débridé depuis le début des années 80, a produit les effets que l’on observe aujourd’hui dans nos sociétés que je vais abandonner cet idéal qu’un  jour, les conditions de vie de tous les hommes et de toutes les femmes de cette planète pourront être significativement améliorées.

Hier après midi, je faisais du soutien scolaire à des « jeunes du voyage » d’un collège de la région et j’ai beaucoup pensé à ces deux paragraphes. Je pensais aussi à ces jeunes népalais rencontrés au hasard  d’une étape dans un lodge et qui étaient la fierté de leurs parents parce qu’ils savaient lire et écrire. Les retombées financières du tourisme et des trecks ont permis à un grand nombre de famille népalaise d’améliorer considérablement leurs conditions de vie quotidienne : une maison en pierre, avec tout ce que cela peut représenter en « confort » supplémentaire, l’eau courante et chaude grâce à des réservoirs situés sur le toit à côté des panneaux solaires thermiques, et aussi l’électricité avec les panneaux solaires voltaïques. Et en l’espace de trois ans nous avons pu voir que le nombre de tous ces équipements avait augmenté considérablement.

Michel Sourrouille : Le titre du livre d’Helena NORBERT HODGE est parlant : « Quand le développement crée la pauvreté ». J’ose dire qu’une certaine façon d’aller à l’école est pernicieuse, je te rappelle cette phrase d’Helena : « Ce que les enfants ladakhis apprennent aujourd’hui à l’école ne leur servira à rien. Leurs manuels sont rédigés par des gens qui n’ont jamais mis les pieds au Ladakh. »

Cela veut dire qu’il ne faut pas raisonner avec nos lunettes d’occidental, qui fait librement du tourisme mais qui contrôle les migrants dans son pays. Pourquoi avoir besoin d’une maison de pierre et du confort moderne alors que la culture népalaise savait donner la joie de vivre à son peuple. Il nous faut accepter les différences culturelles  et admettre que le mode de vie occidental n’est pas compatible avec les conditions extrêmes de climat. A chaque territoire son mode de vie, nous ne sommes plus au temps des colonies.

Alain Deshayes : Ce qui, fondamentalement, nous sépare c’est une certaine conception de la Nature et des relations que l’Homme entretient avec elle. Pour faire simple, je suis en opposition  avec les thèses de Hans Jonas…et avec celles de Rousseau. Et le texte d’Helena Norbert Hodge illustre bien cette référence au mythe du « bon sauvage » cher à Rousseau et qui est perverti par la société. Qui sont donc ces petits bourgeois qui voudraient que le « bon sauvage » soit maintenu dans sa condition « d’authentique » sauvage, ignorant lui-même qu’il est sauvage ? Il est regrettable que notre enseignement insiste autant sur Rousseau et pas assez sur l’émergence des Lumières.

Ce qui aggrave la situation en France, c’est que nous ne savons pas ce qu’est un « compromis » … Je n’accepte aucun des oukases des écologistes.

Michel Sourrouille : L’émergence des Lumières ne veut pas dire acceptation d’une technique industrielle toute puissante ! Pour en revenir aux OGM,  la déclaration de Bogève qui définissait la position du Sud en 1987, montrait que la biotechnologie est inextricablement liée à la société dont elle est issue : « Comme celle-ci est injuste, la nouvelle technologie servira plus probablement les intérêts des riches et des puissants que les besoins des pauvres. Elle accroîtra probablement les inégalités au sein de la population paysanne, aggravera l’érosion de l’érosion génétique, minera les écosystèmes, accroîtra la dépendance des paysans et la concentration du pouvoir de l’industrie agroalimentaire internationale. (Hervé Kempf in La guerre secrète des OGM)  » Est-ce un oukase que de constater cela ?

Alain, tu es généticien et membre fondateur de l’AFBV (Association des Biotechnologies végétales). Les membres de cette association sont pour la plupart liés à des firmes comme Monsanto, Rhône Poulenc ou Nestlé… autant dire que l’on est en plein conflits d’intérêts. Je crois que tu es au-delà de cette compromission, mais comment échapper à une auto-intoxication induite par sa propre spécialisation ? On peut être trompé par soi-même, et il est alors difficile de s’en apercevoir.

Alain Deshayes : Là tu m’irrites profondément. L’AFBV regroupe des personnes  d’origines diverses, et, parce qu’il s’agit de « technologie », donc d’application et donc d’industrialisation, un certain nombre d’entre elles viennent de l’industrie. Est-ce pour autant que toutes ces personnes défendent des intérêts ? Est-ce pour autant qu’elles pensent toutes de la même façon ? Est-ce pour autant qu’il n’y a pas débat entre elles ? Est-ce pour autant que toutes ces personnes sont incapables de réflexion sur notre société? L’AFBV est l’expression du raz le bol vis à vis des politiques scientifiques et technologiques qui conduisent à marginaliser dans certains domaines notre pays, et l’Europe.

Michel Sourrouille : Esprit d’animosité de ta part ? Non, je te connais, tu sais aussi affirmer : « Ne recommençons surtout pas les erreurs que nous avons commises avec le nucléaire. Ne ratons pas, cette fois-ci, le dialogue science-société. (Hervé Kempf in La guerre secrète des OGM p.103)  » Mais il te faut reconnaître que l’AFBV est une machine de guerre contre ses opposants.

Alain Deshayes : Pas une machine de guerre, une machine à rectifier  les approximations et les mensonges de certains, mais aussi un outil pour promouvoir les biotechnologies végétales.

Michel Sourrouille : l’outil de promotion risque d’étouffer la recherche de la vérité ; à plusieurs reprises l’AFBV avait cherché à jeter le discrédit sur les travaux de G.E. Séralini… Le tribunal de Paris a condamné l’AFBV le 18 janvier 2011.

Alain Deshayes : C’est une manière de voir ! Nos accusations  à l’égard de GES ne sont nullement condamnées: le seul des 8 termes de la plainte de GES qui a été retenu comme diffamatoire  contre l’AFBV est celui qui concerne l’accusation de dépendance à l’égard de Greenpeace! Et donc aucune de  nos critiques sur les travaux de GES n’ont été retenues contre nous.

Michel Sourrouille : Cherchons le compromis, nous sommes tous écologistes. En effet, nous devons veiller collectivement à la bonne marche de notre maison commune, la Terre. Quel est le compromis qui pourrait nous rassembler autour de cet objectif de bonne gestion ? Il faudrait savoir déterminer ensemble les limites de la science appliquée, car toutes les techniques ne favorisent pas une société harmonieuse.

Par exemple la recherche OGM en milieu fermé peut ouvrir des perspectives. Tu avais reconnu que « rien n’a été fait en matière de risque de dissémination. Les industriels ne voulaient pas le faire, et la recherche publique n’y a pas vu d’intérêt suffisant » (Hervé Kempf in La guerre secrète des OGM p.96). Pourtant l’AFBV a demandé récemment aux pouvoirs publics de permettre l’expérimentation aux champs.

Alain Deshayes : Oui, bien sûr, et cela n’est en rien contradictoires avec la phrase que tu cites. A force de ne reprendre que « des fragments  de fragments » de mes déclarations, cela fini pas être tellement tronqué que cela n’a plus de sens. Pendant tout le temps où j’ai été responsable des biotechnologies à l’INRA, cela a été mon principal problème avec les journalistes.

Michel Sourrouille : Bien entendu le texte final de notre échange te sera soumis pour validation. Il n’empêche que l’AFBV développe diverses actions pour contribuer à faire accepter (toutes) les applications des biotechnologies végétales

Alain Deshayes : « Toutes », oui, bien sûr.

Michel Sourrouille :  L’AFBV est donc un lobby, il défend des intérêts particuliers. Quel compromis est-il possible avec les puissances financières ? Aucun, à l’heure actuelle. Mais la marginalisation de la recherche me semble un mouvement inéluctable. La recherche de pointe dans tous les domaines ne va plus avoir les moyens de ses ambitions : les endettements massifs des Etats vont automatiquement réduire les crédits.

Alain Deshayes : Voilà qui a le mérite d’être clair……et qui est bien éloigné d’un débat sur les risques liés à telle ou telle technologie. Ce que nous savions!  Mais autant le dire franchement : il s’agit bien d’une opposition aux sciences.

Michel Sourrouille : La science n’est plus une entité autonome, elle a besoin de laboratoires, d’ordinateurs, de chercheurs super-diplômés, d’un financement, elle est complètement dépendante du contexte social. Que la recherche soit financée par les grandes entreprises n’est pas un gage d’indépendance en soi, au contraire. Notre société devrait délibérer. L’industrialisation de l’agriculture est-elle un objectif durable ? La recherche permanente de la compétitivité internationale est-elle source de bonheur ? L’uniformisation des cultures agricoles permettra-t-elle d’éradiquer la famine ? L’uniformisation des cultures au sens sociologique permet-elle un monde meilleur ? Au cours de nos échanges, j’ai pu me poser toutes ces questions et je t’en remercie.

Alain Deshayes : Tes arguments sur le procès Séralini et ta position de fond sur la recherche montrent bien tous tes a priori idéologiques qui ne supportent aucun compromis. Ceci étant, je ne considère pas comme négatifs les échanges que nous avons eu.

 

en finir avec le progrès technique

Le progrès technique est-il une fuite en avant ? Sujet-type de philosophie, mais réponse trop évidente à l’heure de Fukushima ! La technosphère pourra-t-elle vivre en symbiose avec la biosphère ? Oui… mais seulement si nous n’utilisons que des techniques douces ! Voici ci-dessous quelques références historiques sur la question technologique :

1956 : Quand l’homme du Vieux Monde inventait quelques procédés techniques astucieux, comme la poudre ou la vapeur, c’est à des fins futiles qu’il l’utilisait tout d’abord. Jusqu’au deuxième millénaire après Jésus-Christ, il n’y eut qu’une poignée de progrès technique. Le moulage des grands lions de fers de Chine ou les sculptures en bronze des grecs, qui sont peut-être les plus grandes prouesses techniques de la vieille culture du Vieux Monde, sont des œuvres d’art, ne répondant à aucune nécessité pratique.  Bref, l’acceptation de limites techniques fut aussi un trait durable de la culture du Vieux Monde. La culture du nouveau Monde, en raison de son efficacité méthodique et de son universalité mécanique, menace manifestement de destruction ce qui reste de la culture du Vieux Monde. (Lewis Mumford)

1960 : Aujourd’hui chaque homme ne peut avoir de place pour vivre que s’il est un technicien. On pourrait même dire que tous les hommes de notre temps sont tellement passionnés par la technique, tellement assurés de sa supériorité, qu’ils sont tous orientés vers le progrès technique, qu’ils y travaillent tous, si bien que la technique progresse continuellement par suite de cet effort commun. En réalité la technique s’engendre elle-même ; lorsqu’une forme technique nouvelle apparaît, elle en conditionne plusieurs autres, la technique est devenue autonome. Il faut toujours l’homme, mais n’importe qui fera l’affaire pourvu qu’il soit dressé à ce jeu !

La technique sert aussi à faire obéir la nature. Nous nous acheminons rapidement vers le moment où nous n’aurons plus de milieu naturel. La technique détruit, élimine ou subordonne le monde naturel et ne lui permet ni de se reconstituer, ni d’entrer en symbiose avec elle. L’accumulation des moyens techniques crée un monde artificiel qui obéit à des ordonnancements différents. Mais les techniques épuisant au fur et à mesure de leur développement les richesses naturelles, il est indispensable de combler ce vide par un progrès technique plus rapide : seules des inventions toujours plus nombreuses pourront compenser les disparitions irrémédiables de matières premières (bois, charbon, pétrole… et même eau). Le nouveau progrès va accroître les problèmes techniques, et exiger d’autres progrès encore. Mais l’histoire montre que toute application technique présente des effets imprévisibles et seconds beaucoup plus désastreux que la situation antérieure. Ainsi les nouvelles techniques d’exploitation du sol supposent un contrôle de l’Etat de plus en plus puissant, avec la police, l’idéologie, la propagande qui en sont la rançon. (Jacques Ellul )

1979 : Le progrès technique n’a aucun sens, en lui-même ; il n’a de sens que par rapport à la société qui le réalise. Nos pans de béton indestructibles, nos satellites-espions et nos voitures de course paraîtront certainement sans le moindre intérêt pratique pour les générations futures qui vivront autrement que nous. (François Partant )

1979: Le progrès technique et la recherche de l’abondance entraîne la détérioration du milieu naturel au risque de notre perte. Le châtiment des techniques de maximisation agraire commence déjà à se manifester par la contamination chimique des eaux avec tous les effets néfastes que cela entraîne pour l’interdépendance des différents organismes. De plus il existe une barrière plus fondamentale, l’élaboration d’engrais synthétiques est une forme d’utilisation de l’énergie, ce qui pose non seulement le problème de l’obtention de ressources, mais aussi l’irréalisme d’utiliser l’énergie à l’intérieur du système fermé de la planète : la combustion des matières fossiles entraîne en effet l’augmentation de leffet de serre et le réchauffement global. C’est là une limite implacable aux rêves extravagants d’une humanité plusieurs fois démultipliée qui vivrait dans l’exubérance technologique. La thermodynamique est intraitable, la loi infrangible de l’entropie veut que lors de chaque production de travail, l’énergie se dégrade en chaleur et que la chaleur se disperse. (Hans Jonas )

1995 : Dans toutes les nations industrielles, l’effet des technologies sur l’emploi a été dramatique. L’usage du cheval dans la production agricole fut d’abord restreint avant d’être supplanté par le tracteur. De même le rôle des humains comme pièce maîtresse de la production est vouée à se restreindre. La théorie suppose que le progrès technique supprime des emplois à brève échéance, mais les multiplie à long terme. La vérité est que cette théorie est fausse, ce sont les guerres, le  colonialisme et les dépenses publiques qui en ont créé de nouveaux. (Kirkpatrick Sale)

2002 : Pour conjurer la catastrophe, la société thermo-industrielle va brûler ses dernières réserves d’énergie fossile dans un effort désespéré pour survivre, se rapprochant ainsi un peu plus du point de non-retour. La croissance économique n’est autre que le développement de méthodes d’exploitation de l’environnement naturel toujours plus intensives Les terres cultivées seront alors surexploitées afin d’augmenter la plus-value énergétique, ce qui favorisera la dégradation des sols et fait baisser les rendements. L’Etat augmentera les impôts pour équilibre des comptes de plus en plus déficitaires, une partie de l’énergie résiduelle ne servira qu’à alimenter le style de vie des élites au pouvoir et autres couches sociales non productives. Le progrès technique s’apparentera à un tâtonnement motivé par le désespoir. Une population plus nombreuse recevra moins d’énergie qu’auparavant, tout en travaillant plus et plus longtemps. Confrontés à des troubles sociaux de plus en plus sévères, les gouvernants devront dépenser ce qu’il reste d’énergie pour maintenir un semblant de loi et d’ordre au détriment de l’approvisionnement de la population. La première phrase du chapitre suivant est d’ailleurs explicite : « Sans les combustibles fossiles, la civilisation industrielle moderne cesserait immédiatement d’exister ». (Jérémy RIFKIN)

2008 : Alors que le progrès technique restreint continuellement notre sphère de liberté, chaque nouvelle avancée technique considérée isolément semble désirable. L’électricité, la plomberie intérieure, les communications rapides à longue distance … Il aurait été absurde de résister à l’introduction du téléphone, par exemple ; il offre beaucoup d’avantages et aucun inconvénient. Pourtant toutes ces avancées techniques prises ensemble ont créé un monde dans lequel le destin de l’homme moyen n’est plus entre ses propres mains ou entre les mains de ses voisins et amis, mais dans celles de politiciens, de cadres de société ou des techniciens et bureaucrates distants et anonymes que, en tant qu’individu, il n’a aucun pouvoir d’influencer. Le même processus continuera dans l’avenir. Prenez le génie génétique, par exemple. Peu de gens résisteront à l’introduction d’une technique génétique qui éliminerait une maladie héréditaire. Elle ne fait aucun mal apparent et empêche beaucoup de souffrance. Pourtant un grand nombre d’améliorations génétiques prises ensemble feront de l’être humain un produit manufacturé plutôt qu’une création libre du hasard (ou de Dieu, ou de ce que vous voulez, selon vos croyances religieuses).

Une autre raison pour laquelle la technologie est une force sociale si puissante est que, dans le contexte d’une société donnée, le progrès technique avance dans une seule direction; il ne peut jamais être inversé complètement. Une fois qu’une innovation technique a été introduite, les gens en deviennent d’habitude dépendants, à moins qu’elle ne soit remplacée par une autre innovation encore plus avancée. Non seulement les gens deviennent dépendants en tant qu’individus d’un nouvel élément de technologie, mais même le système dans son ensemble en devient dépendant. (Imaginez ce qui arriverait aujourd’hui à la société si les ordinateurs, par exemple, étaient éliminés). Ainsi le système ne peut évoluer que dans une direction, vers plus de technicisme. De façon répétée et constante, la technologie force la liberté à faire un pas en arrière. Il serait pourtant désespéré pour les révolutionnaires d’essayer d’attaquer le système sans utiliser un peu de technologie moderne. Au minimum ils doivent utiliser les médias de communications pour répandre leur message. Mais ils devraient utiliser la technologie moderne dans UN SEUL but : attaquer le système technique. (Théodore Kaczynski)

2008 : Une croissance économique, par nature exponentielle, ne peut que rencontrer des limites structurelles. Les tenants du progrès technique ont tout fait pour qu’on ignore ce message fondamental. Ses auteurs furent traités de « catastrophistes », qualificatif souvent employé encore aujourd’hui par ceux qui ne veulent pas voir la vérité en face. Pourtant les modélisations du Club de Rome trouvent un écho contemporain dans les travaux de Nicholas Stern qui annonce l’éventualité d’une crise mondiale à l’horizon 2050 liée au réchauffement climatique. (Frédéric Durand)

2009 : La ligne de fracture ne passe pas entre les partisans et les opposants à la technique, mais entre ceux qui font du progrès technique un dogme non questionnable, et ceux qui y détectent un instrument de pouvoir et de domination. Dès les années 1930, Marc Bloch a montré que les moulins à bras ne furent pas remplacés par les moulins à eau et à vent parce que ces derniers étaient simplement plus efficaces, mais parce qu’ils étaient des outils de pouvoir : les seigneurs féodaux privilégièrent la technique centralisée des moulins banaux à celle, domestique et donc plus difficile à contrôler, des anciens moulins à bras. Plus près de nous, David Noble a montré comment l’adoption des techniques de commande numérique dans l’industrie américaine n’était pas le choix de la technique économiquement la plus efficace, mais celle qui permettait le meilleur contrôle social en affaiblissant le poids des syndicats. (François Jarrige)

2009 : Quand nous n’avons pas envie de nous attaquer à un problème, un des arguments est de penser que la technique va nous sauver, ou plus exactement que la technique qui viendra demain, mais n’est pas encore disponible aujourd’hui, va faire le travail en un battement de cils pendant que nous regardons la télé. Dire que la science et la technique vont nous sauver, c’est prononcer un énoncé qu’il est justement impossible de soumettre à la critique scientifique. Nous continuons à faire dépendre notre action d’hypothétiques progrès techniques futurs, alors que le problème est juste l’envie de s’y mettre. Certes la science et la technique ont permis des progrès « miraculeux », mais ce sont bien ces progrès qui conduisent à la destruction accélérée des ressources naturelles. Les bateaux de pêche moderne sont de véritables machines de guerre. (Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean)

… et pour en finir, deux citations de 2011 :

Martin Weitzman : Quand une probabilité faible, voire très faible, est associée à un risque illimité, que fait-on ? On met le calcul économique, les analyses coût-avantage et les opérations d’actualisation qui vont avec au panier et on fait tout ce qui est humainement possible pour que cela ne se réalise pas.

(http://www.alternatives-economiques.fr/apprentis-sorciers_fr_art_1083_53797.html)

Noël Mamère : Le progrès technique est vécu comme un dogme indiscutable par l’ensemble de la classe politique. Quand on l’élève au rang d’un culte, toute remise en cause, tout débat rationnel deviennent impossibles et ceux qui osent élever la voix sont aussitôt considérés comme des apostats. Nous sommes dans la configuration que décrivait Jacques Ellul, dès 1960, dans La technique ou l’enjeu du siècle, où la démocratie n’a plus sa place puisqu’il faut croire sans poser de questions.

(LEMONDE.FR | 23.03.11 | Est-ce indécent de demander un débat public sur la sortie du nucléaire ?)

Fukushima, problème technique ou existentiel ?

Un tremblement de terre et un tsunami pourraient faire de Fukushima le révélateur du dépassement des limites de notre technologie. Car la vraie catastrophe, c’est le développement techno-indusriel, ce ne sont pas les soubresauts de la nature. C’est le point central à quoi tout le reste se ramène, qu’il s’agisse du nucléaire, des pollutions diverses, des 13 millions d’habitant entassés à Tokyo, etc. Refuser la société industrielle a un sens, refuser le nucléaire c’est libérer l’homme de la technique.

– Pour contrôler les dangers de moyens de plus en plus puissants et fragiles parce que complexes, gérer un espace et des ressources qui s’épuisent, prévoir et maîtriser les réactions humaines qui empêcheraient de le faire, la société industrielle est obligé de renforcer l’organisation. Nous constatons que le ravage de la terre et des mers va de pair avec la prolifération désordonnée des techniques de contrôle social sur les peuples et les individus. L’écofascisme a l’avenir pour lui. C’est là le premier danger d’une économie nucléarisée. Notre paradoxe est de devoir nous hâter lentement, sommés de réfléchir dans une maison qui prend feu. L’écologie est la marraine de la révolte contre la société techno-thermo-industrielle, pas seulement le parrain des manifestations anti-nucléaires.

– La technique est déterminante dans la société industrielle en la rendant toujours plus massive et centralisée : technique nucléaire = technique dure. Un bon usage de la science et de la technique suppose un renversement copernicien : créer les moyens de sa société au lieu de la société de ses moyens. En choisissant l’énergie électrique sans mettre en cause le développement, on en arrive à soutenir le TGV et on ignore la vraie question, pourquoi aller plus vite ? Le solaire photovoltaïque lui-même, dans le cadre du développement, devient technique dure en recouvrant tout un canton d’un linceul funèbre. Et bien entendu cette technique concentrée tombera aux mains des trusts ou de l’Etat. D’ailleurs cela commence. Si l’on veut changer la vie, il ne suffit pas de s’en prendre au nucléaire, il faut changer la technique en adoptant des techniques douces et décentralisées. Pas de société conviviale sans technique douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Pour avoir un comparatif sur techniques douces/dures, voir sur ce blog.

On en revient toujours à la véritable raison d’être du mouvement écologique : non pas établir le paradis sur terre, mais y éviter l’enfer. Avec un fil conducteur : la nature quand on l’écoute nous enseigne nos limites. Et puis lisez Le Feu vert de Bernard Charbonneau (1980, réédition Parangon 2009) ; tout était déjà dit !

après Fukushima, ce sera comme avant

L’histoire est immobile, les sociétés humaines n’apprennent rien de leurs erreurs. La preuve, malgré notre cerveau, notre capacité d’empathie et notre possible compassion, le paradis n’a pas été institué sur Terre. La seconde guerre mondiale a succédé à la première guerre mondiale, Staline et Kadhafi suivent une longue lignée de dictateurs sanguinaires et Fukushima veut imiter Tchernobyl. D’ailleurs, s’il y avait la paix sur Terre, il n’y aurait plus de centrales nucléaires ou thermique, il n’y aurait plus d’armes et d’armées, les couples et les collectifs ne vivraient pas d’incessantes petites guerres pour le pouvoir. Nous serions heureux sans Produit Intérieur Brut. Dans sa chronique Hervé Kempf constate comme nous que la marée noire du golfe du Mexique n’a pas infléchi la course avide au pétrole, de la même manière que la crise financière de 2008 n’a pas conduit à une refonte du système financier. Et il ajoute que l’accident de Fukushima pourrait ne pas obstruer durablement le cours d’une augmentation constante de la consommation énergétique.

                Après Fukshima, ce sera donc comme avant. Sauf que la planète se fâche et nous tape sur les doigts ! Elle nous donne gratuitement ses richesses fossiles, mais le réchauffement climatique nous indique que nous avons eu tort de les piller. Nous avons dérobé le feu de l’énergie de la matière, la fission, mais les radiations nous suivront encore longtemps. Nous combattons les maladies avec des antibiotiques, mais les bactéries mutent et nos médicaments deviennent impuissants. Nous transgressons la barrière des espèces avec les organismes génétiquement modifiés, mais les insectes s’adaptent à nos insecticides. Nous ne serons jamais plus forts que la nature. Et si nous continuons à ne plus suivre ses lois telles que le mutualisme et le recyclage absolu, nous irons à l’échec. Il nous faut donc abandonner notre anthropocentrisme et utiliser des techniques douces à l’homme, douces à la nature.

                « L’heure est venue de reconnaître nos limites, de cesser de croire que nous pouvons dompter la nature grâce à la technique. Les avertissements s’accumulent, depuis le naufrage du Titanic jusqu’à la catastrophe pétrolière du golfe du Mexique, en passant par celle de l’usine chimique de Bhopal. Un monde plus sûr ne peut être qu’un monde qui respecte la nature, et encourage la sobriété plutôt que la satisfaction d’exigences matérielles démesurées. » (propos de Wolfgang Kromp**)

* LeMonde du 16 mars 2011, L’énergie est politique

** LeMonde du 15 mars 2011, Il faut cesser de croire que l’on peut dompter la nature grâce à la technique

la bioéthique contre les lois de la nature

Où s’arrêtent les lois de la Nature et où commence celle des humains ? Pour les humains contemporains, cela paraît évident. La nature leur est soumise et ils peuvent tout faire sans contrainte externe ; tout se joue dans les délibérations sociales. Ainsi la fécondation in vitro est-elle passée dans les mœurs. Ainsi l’Assemblée nationale autorise-t-elle le transfert d’embryon post-mortem*. Ainsi l’homosexualité doit-elle s’afficher sur le lieu de travail, 53 % des homos y faisant déjà part de leur orientation sexuelle*. La nature peut nous rendre stérile, les individualistes contemporains s’en foutent, ils veulent un enfant, même quand ils sont du même sexe, même quand le mari est mort. Qui en profite ? Les marchands. Qui gagne du fric sur le DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro) ou avec le Cecos (Centre d’études et de conservation des oeufs et du sperme humains) ? Même quelques femmes et pas mal d’intermédiaires peuvent  transformer la gestation pour autrui en affaire financière**. L’argent gangrène tout et transforme le fait biologique de donner la vie en droit à l’enfant à n’importe quel prix.

                L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’explosion démographique autorisée par nos techniques médicales, hygiénistes et thermo-fossiles est une erreur globale qui nous projette à toute vitesse vers les limites de la planète. La fécondation in vitro n’est qu’un gadget, un luxe de riches qui n’aura pas d’avenir dans une société égalitaire en harmonie avec sa biosphère.

                Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme le DPI et les mères porteuses. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature.

* LeMonde du 12 février 2011, L’Assemblée nationale autorise le transfert d’embryon pot mortem ; 26 % des homosexuels se disent victimes d’homophobie au travail.

** LeMonde du 9 février 2011, La gestation pour autrui : une extension du domaine de l’aliénation !

la bioéthique contre les lois de la nature

Où s’arrêtent les lois de la Nature et où commence celle des humains ? Pour les humains contemporains, cela paraît évident. La nature leur est soumise et ils peuvent tout faire sans contrainte externe ; tout se joue dans les délibérations sociales. Ainsi la fécondation in vitro est-elle passée dans les mœurs. Ainsi l’Assemblée nationale autorise-t-elle le transfert d’embryon post-mortem*. Ainsi l’homosexualité doit-elle s’afficher sur le lieu de travail, 53 % des homos y faisant déjà part de leur orientation sexuelle*. La nature peut nous rendre stérile, les individualistes contemporains s’en foutent, ils veulent un enfant, même quand ils sont du même sexe, même quand le mari est mort. Qui en profite ? Les marchands. Qui gagne du fric sur le DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro) ou avec le Cecos (Centre d’études et de conservation des oeufs et du sperme humains) ? Même quelques femmes et pas mal d’intermédiaires peuvent  transformer la gestation pour autrui en affaire financière**. L’argent gangrène tout et transforme le fait biologique de donner la vie en droit à l’enfant à n’importe quel prix.

                L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’explosion démographique autorisée par nos techniques médicales, hygiénistes et thermo-fossiles est une erreur globale qui nous projette à toute vitesse vers les limites de la planète. La fécondation in vitro n’est qu’un gadget, un luxe de riches qui n’aura pas d’avenir dans une société égalitaire en harmonie avec sa biosphère.

                Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme le DPI et les mères porteuses. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature.

* LeMonde du 12 février 2011, L’Assemblée nationale autorise le transfert d’embryon pot mortem ; 26 % des homosexuels se disent victimes d’homophobie au travail.

** LeMonde du 9 février 2011, La gestation pour autrui : une extension du domaine de l’aliénation !

donner la vie n’est pas une maladie

Nous n’aimons pas du tout le titre du Monde* « Accouchement dans la douleur ». Bien sûr il faudrait lire au second degré, les maisons de naissance ne seraient pas politiquement prêtes à voir le jour. Mais cela jette aussi l’opprobre sur l’acte de donner la vie qui ne pourrait se dérouler que « dans la douleur ». Comme si l’existence de lieux moins médicalisés que les maternités étaient une anomalie ! Comme si accoucher sans péridurale allait contre le progrès social ! Comme si les sages-femmes ne devaient pas être la norme et les gynécologues-obstétriciens l’exception !

En France, sous la pression des médecins, les pouvoirs publics ont déconseillé dès 1972 les accouchements à domicile. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français se positionne aujourd’hui contre les maisons de naissance. Défense de l’intérêt des mères ou défense professionnelle d’une corporation ? Faut-il revenir à l’accouchement à domicile ? Si on considère la mortalité périnatale (mortalité de 20 semaines de grossesse à 28 jours après la naissance) et non plus la mortalité néonatale (décès dans les 28 premiers jours de vie), il n’y a pas de différence entre les femmes qui ont PREVU un accouchement à domicile et celles qui l’ont prévu en hôpital. Les données néerlandaises d’une grosse étude concluent même à propos des mortalités néonatales précoces (7 jours) en faveur d’un risque non accru pour l’accouchement à domicile**.

Aux Pays-Bas, l’accouchement à domicile est courant. Pour des associations féminines particulièrement sincères, la femme doit pouvoir accoucher « comme elle veut et où elle veut ». Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie ! Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société, en s’éloignant toujours plus de la nature, court à sa perte….

* LeMonde du 6 novembre, Accouchement dans la douleur pour les maisons de naissance

** http://www.ciane.info/article-henrionfigaro-58329363.html

la sixième étape

La société thermo-industrielle est devenue LA référence universelle. Il faudrait obligatoirement franchir les cinq étapes de la croissance économique (livre de Rostow, 1960), c’est-à-dire dépasser l’état de société traditionnelle, faire son décollage économique pour aboutir à l’ère de la consommation de masse. Le titre du Monde du 1er janvier (page 4) est caractéristique de cette ligne de pensée : « La Chine en passe de combler son retard ». Retard sur quoi, sur qui ? Bien sûr, c’est évident, par rapport aux pays déjà industrialisés ! Plus précisément dans l’article, on note que la Chine multiplie ses dépenses en recherche & développement, passant de 6,2 à 11,8 % des dépenses mondiales en R&D. La Chine compte déjà le plus grand nombre d’étudiants, 23,4 millions, contre 17,3 millions aux USA. La Chine compte 1,1 millions de  chercheurs, presque autant que dans l’UE. La Chine remonte les filières, passant de l’atelier du monde en matière de produits textiles aux entreprises les plus innovantes : Hua Wei est numéro 2 mondial des télécommunications, devant Alcatel. La Chine commence à dépasser les performances occidentales, la Chine aborde la dernière étape, celle de la consommation mondiale de produits chinois.

 Jusqu’à présent la théorie du parcours obligé a merveilleusement servi les intérêts des grandes puissances dans un monde de libre-échange et d’accumulation du capital privé. Pourtant la concurrence internationale et la mondialisation de la production ont complètement déséquilibré les marchés locaux et les souverainetés nationales. Et les Chinois ne savent pas encore malgré leurs « Carrefours » flamboyants qu’ils ont atteint l’ère de la consommation de masse. Surtout, dans un monde déjà occupé par la classe globale (les personnes qui ont le privilège de rouler en voitures personnelle), les nouveaux arrivants trouvent de moins en moins de place, si ce n’est dans les bidonvilles de Chine ou d’ailleurs. Les OS des pays riches voient leur travail délocalisé ailleurs, les OS chinois sont dévalorisés par des pays à des stades « moins avancés ». Plus personne n’est à l’abri du chômage ou de la  déqualification. Nous sommes arrivés à la sixième étape, car à la maturité d’un système productif succède nécessairement le stade de la saturation des marchés et de la décomposition sociale. Tous les cycles biologiques connaissent l’expansion, la maturité et la mort ;  les cycles économiques ne font pas exception, on le sait depuis les analyses de Schumpeter. Il n’y a pas un axe du temps dirigé vers un progrès infini, il y a les limites de la planète.

Il est temps de s’interroger sur la fin de la course à la croissance économique dans ce maelström insensé de compétition acharnée. Après la consommation de masse, ce sera la société du recyclage et de la sobriété heureuse. Après la société de la démesure, ce sera la société de la stabilisation. Après l’augmentation du niveau de vie et l’obsession du pouvoir d’achat, ce sera un nouveau mode de vie plus convivial et plus serein. Après l’innovation technologique de pointe, ce sera les techniques douces, douce à l’usage de l’homme, douce envers la nature. Ce sera cela, ou ce sera l’affrontement économique et militarisé provoqué par un complexe productiviste qui ne considère que le présent et les avantages des nantis.

limites de la technique

LeMonde du 28 octobre nous présente le trifluorure d’azote, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est 17 000 fois plus élevé que celui du CO2 avec une durée de vie cinq fois plus grande, soit cinq siècles.  En trente ans, la concentration de ce gaz dans l’atmosphère a été multipliée par 30 puisqu’il rentre dans la production de circuits intégrés et d’écrans de cristaux liquides pour accélérer l’emprise de la société du spectacle sur nos choix personnels. Il est également nécessaire à la fabrication des cellules photovoltaïques ; d’un côté la technique solaire permet de lutter contre l’effet de serre, mais de l’autre elle l’accroît. C’est comme les ampoules de basse tension qui contiennent du mercure, un élément dangereux qui nécessite un recyclage particulier.

La technique n’est pas une solution, elle est le problème. Alfred Nobel avait rêvé de  créer un explosif tellement dévastateur que la guerre devienne impossible, mais le XXe siècle a connu deux guerres mondiales. On a inventé l’arme nucléaire, bien plus destructeur que la dynamite, on l’a aussi utilisée. Il faut que l’humanité reconnaisse les limites de la technique et puisse privilégier des techniques douces contre les techniques dures, dures  pour les hommes, dures pour la Nature. C’est ce qu’aurait du écrire mon quotidien préféré…

COP26, technologie ou sobriété partagée ?

De nombreux dirigeants, à commencer par Emmanuel Macron, comptent avant tout sur des progrès technologiques à venir pour faire face au défi climatique. Ils laissent complètement de côté la question de l’évolution de nos modes de vie.

Lire, L’illusion technologique confrontée au climat

Stéphane Foucart : Ouverture, le 31 octobre, de la 26e conférence sur les changements climatiques. La question des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les buts poursuivis est éludée. La question du « comment » entremêle deux enjeux, lavenir du système technique ET l’évolution culturelle des sociétés. Le premier est omniprésent, le second à peu près absent. On le voit, jusqu’à la caricature, dans les récentes déclarations des dirigeants des plus gros exportateurs d’hydrocarbures, comme l’Arabie saoudite : « J’annonce aujourd’hui l’objectif zéro émission de l’Arabie saoudite d’ici à 2060 grâce à une stratégie d’économie circulaire du carbone », a ainsi déclaré Mohammed Ben Salmane. L’engagement princier repose entièrement sur des technologies futures et très probablement imaginaires… Emmanuel Macron mise lui aussi sur d’hypothétiques révolutions technologiques : avion bas carbone, petits réacteurs nucléaires, hydrogène « vert »… Le mot « sobriété » n’apparaît pas quand les mots « innovation », « innovant » sont prononcés à plus de soixante-dix reprises… La transition écologique apparaît avant tout comme une transition technologique… Quand on a un marteau dans la tête, tout a la forme d’un clou… Mais qui sait ce que l’accumulation des dégâts causés par le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité produira sur les imaginaires et les aspirations collectives ? L’aventure spatiale, l’avion bas carbone ou la conquête des grands fonds marins feront-ils encore rêver en 2030 ? Où seront-ils plutôt perçus comme de dangereuses futilités ?

Très bonne analyse d’un journaliste scientifique du MONDE, à compléter par les commentaires sur lemonde.fr :

ERoy : Nous sommes une démocratie et allez vous faire élire en expliquant à vos futurs administrés que : les vacances au soleil en 2 heures d’avion pour 300 euros la semaine c’est fini, le ski, c’est fini, le chauffage à plus de 18 degré c’est fini, le téléphone pour les ados c’est fini, deux télévisions par foyer sera interdit, voitures surtaxées (max une par foyer), gaz surtaxé et essence sur-surtaxée… Bon courage pour les prochaines élections!

Slab : Le dernier rapport de RTE l’a pourtant montré. Tous les scenarii permettant de réaliser la neutralité carbone n’ont qu’un point commun : la sobriété et l’économie de 40 % de l’énergie. La sobriété se réalisera par des changements de comportements. Mais les mentalités évoluent vite, et des habitudes qui relevaient de la lubie boboécolo il y a quelques années sont maintenant largement admises, comme les repas sans viande dans les cantines, le compostage, moins d’éclairage public la nuit, le recyclage des vêtements…

davidirle : On constate ici, en réponse à cet article fort juste, pas mal de commentaires pro-technologies qui ne se fondent sur absolument rien de concret, à part une mythologie du progrès. Pourtant, les gens dont la transition écologique est le métier, c’est mon cas, rêveraient d’avoir à disposition des technologies magiques. Il y a une forme étonnante de déni de la part de ceux qui croient en la science mais semblent parfaitement incapables de regarder ce que la science explique : les limites matérielles de la digitalisation, les limites quantitatives de la transition énergétique, la difficulté à se passer des hydrocarbures, etc. La science, la vraie, nous explique que nous ne pouvons pas compter uniquement sur elle, mais sur des évolutions de nos modes de vie, mais c’est pas grave, ceux qui « promeuvent » la science préfère s’asseoir sur l’état des connaissances scientifiques et écouter des prophètes scientistes/économistes…

Michel Lepesant : Le problème avec l’économie aujourd’hui c’est qu’elle est punitive : certes elle prétend être libérale mais elle ne profite qu’à une minorité. Le problème avec la technologie aujourd’hui c’est qu’elle est sectaire : ce qu’elle impose ce sont des modes de vie de plus en plus conformes, qui s’imposent à tous .. La domination techno-économique nous fait croire que la liberté c’est de dépasser toutes les limites : s’enfoncer au fond des océans et conquérir Mars ! Pire le problème aujourd’hui c’est que la technologie et l’économie sont unies pour contrôler du « temps de cerveau disponible ». Et qu’ils utilisent ce contrôle pour renverser systématiquement les analyses de bon sens : c’est l’écologie qui serait selon eux punitive et sectaire. C’est le monde à l’envers !

Romagination : L’humanité n’a pas maîtrisé la taille de la population mondiale en proportion des ressources disponibles pour assurer à chacun une vie confortable compte tenu de ce que les technologies actuelles permettent. On peut toujours essayer de changer le mode de vie des plus privilégiés actuellement mais ça sera vraiment marginal : le point moyen à atteindre est trop bas à 8 milliards, sauf si l’on rêve en France du niveau de vie du Bangladesh, et qu’au Bangladesh on accepte de rester à ce niveau…

Lire, Notre responsabilité démographique

Marcassin87 : Personne n’a envie de changer son mode de vie, les bonnets rouges, les gilets jaunes entre autres, nous l’ont rappelé avec virulence. Et il est tout-à-fait légitime que les Africains, les chinois, etc. aspirent à un niveau de vie comparable au nôtre. Or personne ne veut évoquer la réduction drastique de la population. Tout le reste c’est illusoire.

Dump : Cette contradiction sera résolue de la manière la plus classique, par la guerre qui ne fait plus peur, même en agitant l’atome. Au moins cela résoudra le problème, peut être même définitivement pourvu qu’on force la dose…

La mouche du coche : Macron est une marionnette, avec la moitié des fils tenus par le MEDEF et l’autre par la FNSEA. Pas étonnant qu’il se cache derrière des illusions pour éviter de voir la réalité : avec bientôt 8 milliards d’Homo sapiens avides d’un « modèle » occidental basé sur la gabegie énergétique. La planète est foutue.

NonMais @ La mouche : La planète s’en fout royalement.

Jacques Ellul, démesure de la société technicienne

Dès les années 1930, alors qu’il est encore étudiant, Jacques Ellul (1912-1994) amorce en compagnie de son ami Bernard Charbonneau une réflexion de fond sur le phénomène technicien. Trois livres servent de références : La Technique ou l’enjeu du siècle (1954), Le système technicien (1977) et Le bluff technologique (1988). Le premier opus s’ouvre sur ces mots : « Aucun fait social humain, spirituel, n’a autant d’importance que le fait technique dans le monde moderne. (…) la Technique a progressivement gagné tous les éléments de la civilisation ». Un peu plus loin, il définit la Technique comme « la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace ». Il considère qu’elle relève de la démesure (hubris) qui, au XXe siècle, s’est emparée de la civilisation occidentale puis, par contamination, mondiale. Le fantasme de toute-maîtrise et l’ivresse de la puissance ont atteint un seuil inégalé au sein de la « société technicienne ». L’analyse ellulienne est fondée sur quatre idées maîtresses :

1) La « Technique » ne se réduit pas au machinisme, elle inclut également toutes les méthodes d’organisation de la vie sociale, du travail (cf. le taylorisme) comme de la cité (cf. la bureaucratie). La recherche de l’efficacité maximale en toutes choses se substitue désormais à toutes les anciennes valeurs.

2) Au fil de son développement, la Technique est devenue un milieu environnant à part entière; l’ancien environnement – la nature – tend à n’être plus qu’un décorum ou un vestige.

3) Parce que la Technique constitue son nouvel environnement et qu’il n’a jamais cessé de sacraliser son environnement, l’homme sacralise désormais la Technique : celle-ci est d’autant plus sacralisée qu’elle est ce par quoi le précédent environnement – la nature – a été désacralisé (profané, pollué…).

4) Il ne s’agit pas de réagir par le réflexe  technophobe, ni même de chercher à trier les bons et les mauvais usages de la Technique ou de privilégier des techniques « douces » à des techniques « dures ». Ellul s’insurge contre les préjugés du type « ce n’est pas la Technique qui est mauvaise mais l’usage qu’on en fait ». L’automobiliste qui bousille son moteur en fait un mauvais usage mais il ne remet absolument pas en question la prolifération des voitures dans sa ville. Prétendre que la Technique est neutre, s’est se montrer soi-même neutre et passif à son égard. Aujourd’hui comme hier « on n’arrête pas le progrès »  car on ne le remet pas en question.

Dès 1954, dans La Technique ou l’enjeu du siècle, Ellul affirme : «  il est vain de déblatérer contre le capitalisme, ce n’est pas lui qui fait le monde, c’est la machine ».  Le marxisme se réduit chez Ellul à une « pensée fossilisée » qui ne tient aucun compte de l’évolution des infrastructures sur les mentalités, en premier lieu celle du machinisme. Ellul prend l’exemple du communisme au moment de son apparition. Citant Kautsky (« la raison du succès de Lénine, c’est l’échec du socialisme marxiste ») et Lénine lui-même (« le communisme, c’est les soviets plus l’électrification »),  il lâche ce commentaire : « en réalité, Lénine faisait là allusion à la création de l’industrie lourde. Celle que, selon Marx, la bourgeoisie était chargée de faire. Que ce soit en régime communiste ou en régime capitaliste, la création de cette industrie ne peut s’effectuer que par la capitalisation. (…) La seule différence, c’est que dans le cas du communisme, tout le profit revient à l’État (qui n’a rien de prolétarien), tandis que dans le cas du capitalisme, une part de ce profit enrichit des personnes privées » (Changer de révolution, 1982). Pour Ellul, le problème directement lié à la Technique est celui de la capitalisation – l’accumulation des capitaux, sans laquelle les « technologies » ne peuvent se développer –  et non de la forme que celle-ci prend, publique ou privée. Le capitalisme d’État ne s’oppose au capitalisme privé qu’en tant que superstructure mais tous deux conduisent exactement aux mêmes résultats. C’est pourquoi, quand les marxistes (ou les keynésiens) en appellent à l’État pour réguler l’économie, ils commettent une grave erreur d’appréciation, ils n’intègrent pas l’idée qu’un État est « technicien » par essence : « L’État, quel que soit son adjectif qualificatif (républicain, démocratique, socialiste (…), reste un complexe d’appareils bureaucratiques, de moyens de contraintes, et d’apparence de légitimation par une relation fictive au peuple ou au prolétariat ». Le capitalisme, qu’il soit privé ou étatique, est tout entier focalisé par l’optimisation de la croissance économique.  A l’est comme à l’ouest, donc, les hommes partagent une même obsession : produire plus, grâce aux progrès techniques, pour obtenir plus de confort. Raison pour laquelle le concept marxiste de lutte des classes n’est plus pertinent dans la mesure où les classes populaires se sont embourgeoisées et prétendent accéder au même bien-être que celui de la bourgeoisie, succombant du coup au même type d’aliénation. Ellul ne nie pas les inégalités sociales, mais il subordonne les rapports de domination au rapport d’aliénation, faisant apparaître que les inégalités sont elles-mêmes causées et creusées par le développement d’une technique. Plus la Technique donne une impression d’être génératrice de liberté, d’égalité et de démocratie, plus elle est aliénante. La tendance générale est de ne voir que les avantages, car ils apparaissent immédiatement, tandis que les nuisances ne se révèlent que par la suite. L’exemple le plus caractéristique est celui de l’énergie nucléaire mais on l’observe dans tous les domaines. Ainsi, quand certains signent des pétitions contre la multiplication des caméras dans la rue, d’autres (parfois les mêmes) étalent leur vie privée dans les réseaux sociaux, totalement insouciants du devenir des informations qu’ils déversent et de l’usage que n’importe qui pourra en faire.

Comment résister à l’aliénation ? En 1934, Ellul écrivait : « Toute révolution doit être immédiate, elle doit commencer à l’intérieur de chaque individu par une transformation de sa façon de juger (…). La révolution ne peut plus être un mouvement de masse et un grand remue-ménage (…) ;  il est impossible de se dire révolutionnaire sans être révolutionnaire, c’est-à-dire sans changer de vie. (…) Nous verrons le véritable révolutionnaire, non pas dans le fait qu’il prononce un discours sur une charrette à foin mais dans le fait qu’il cesse de percevoir les intérêts de son argent » Puis Ellul s’est laissé dominer par le découragement : « Un monde unitaire et total se constitue. Il est parfaitement vain de prétendre soit enrayer cette évolution, soit la prendre en main et l’orienter…  C’est un système qui s’est élaboré comme intermédiaire entre la nature et l’homme, mais cet intermédiaire est tellement développé que l’homme a perdu tout contact avec le cadre naturel et qu’il n’a plus de relations qu’avec ce médiateur (1954) »… « Actuellement, j’estime que la partie est perdue. Le système technicien exalté par la puissance informatique a échappé définitivement à la volonté directionnelle de l’homme (1988) ».

Nécessité pour la foule, partager un langage commun

« Comment se passent les interactions entre individus dans un groupe ? Prenons l’exemple de la construction d’un bâtiment. Un auto-constructeur prend toutes les décisions seul, en fonction de sa culture et de ses connaissances. Il n’a à se mettre d’accord avec personne… sauf peut être avec sa femme ! Il n’en est pas de même pour une équipe de bâtisseurs. Les regards portés sur la mise en œuvre seront aussi divers et nombreux que le nombre de personnes participant au groupe de travail. Or on ne peut être d’accord que sur ce que l’on partage clairement, sur les idées qui sont communes à tous. Schématiquement, l’entente se fait sur l’intersection des idées des protagonistes. Plus le nombre de personnes ayant à se mettre d’accord sur une décision à prendre est important, plus les points communs à leur réflexion sont réduits.

Exemple : Si 195 personnes sont nécessaires à la construction d’un bâtiment, on voit mal comment, en mettant ces 195 personnes à égalité dans la discussion menant à la prise de décision, on parviendrait à tomber d’accord sur un projet qui satisfasse suffisamment chacune des 195 personnes. Tiens !? Il me semble qu’à la COP 21 à Paris, il y avait 195 pays… quelle coïncidence ! On peut donc dire que les considérations de chaque individu (ou États) ne s’ajoutent pas, au contraire, elles s’annihilent ! Pourtant des immeubles construits par plus de 195 personnes, il y en a beaucoup. Mais ils ne sont jamais le fruit de la volonté d’un si grand nombre de personnes. C’est là qu’on retrouve la structure pyramidale habituelle de la société… avec un « chef » architecte qui décide en définitive tout seul, comme notre auto-constructeur. Souvenons-nous : L’homme est un animal de petit groupe, de clan, de tribu. Alors oui : lorsqu’il s’agit de réfléchir en petit groupe, au niveau de son clan, POUR SON CLAN, les hommes qui composent ce clan, sont capables d’aboutir à une réflexion commune, un consensus comme l’ont fait notre auto-constructeur et sa femme. Mais au niveau mondial, les compétences dans la réflexion s’annulent (accord COP 21 pudiquement appelé « a minima » ). En d’autres termes : 8 milliard de personnes, cela fait une capacité d’action qui tend vers l’infini. 8 milliard de personnes, cela fait une capacité de réflexion qui tend vers zéro. Ou encore : L’humanité a la capacité physique de se détruire. L’humanité est dans l’incapacité de maîtriser politiquement cette capacité physique. »

De cette démonstration menée par Lucie Forêt  (pourquoi ça ne marche pas, ou les 3 paradoxes), nous retenons l’idée qu’un consensus entre personnes multiples ne peut aboutir que s’il y a à la base un langage commun, « des idées qui sont communes à tous ». Sur notre blog biosphere, nous essayons justement de promouvoir le point de vue des écologistes comme éléments de langage commun aux protecteurs de la Terre-mère. Nous proposons par exemple de nous retrouver collectivement autour d’un certain nombre de thèmes bien analysés sur notre blog : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (et biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). D’accord ?

Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

Le récent positionnement politique de Yannick Jadot clôt la parenthèse 1994-2019. En 1986, Antoine Waechter fixait ainsi la ligne politique des Verts : « l’écologie politique n’est pas à marier. » Le ni-ni (ni droite, ni gauche) domine, les Verts considèrent que l’écologie est un nouveau courant de pensée politique différent des partis productivistes. Mais lors de l’Assemblée générale des Verts à Lille en 1994, l’alliance à gauche de l’écologie politique est devenue la norme. La participation au gouvernement Jospin puis Hollande, la constitution de groupes parlementaires grâce au PS, le ralliement du présidentiable écolo Jadot en 2017 au PS d’Hamon… se sont terminés par un désastre électoral. Merci Macron d’avoir fait éclater le vieil antagonisme droite/gauche, c’est là votre seule victoire ! C’est pourquoi la proportionnelle aux Européennes 2019 ont redonné leur autonomie aux écolos et un succès électoral : troisième force politique après le rassemblement national et l’attrape-tout macroniste. Aujourd’hui Jadot acte clairement le fait qu’il se dissocie complètement des « vieux appareils » pour construire une vraie alternative aux simplismes de l’extrême-droite. Cela va dans le sens de l’histoire, une écologie qui sera la seule voie réaliste pour le XXIe siècle. Voici en résumé le discours de Yannick dans LE MONDE* :

« Ce n’est pas la question de la recomposition de la gauche qu’il faut se poser, mais celle de tout le champ politique pour faire face au plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée : sa survie. Notre mandat, c’est de sauver l’avenir, pas le passé, sauver le climat et pas les vieux appareils. Je ne participerai pas à un rafistolage du paysage politique du XXe siècle.Il n’y aura pas de société solidaire et démocratique si on n’échappe pas au chaos climatique et à l’anéantissement de la biodiversité. Pour les municipales, les jeunes ne nous ont pas donné mandat pour nous asseoir autour d’une table avec Olivier Faure, Benoît Hamon et Fabien Roussel [dirigeants du Parti socialiste, de Génération.s et du Parti communiste], mais pour agir concrètement sur le climat. Le deuxième tour se construira sur la base du programme écolo. Il est absurde qu’il y ait différents partis écolos qui se fassent concurrence. Il faut créer la structure qui va rassembler la liste Urgence écologie et le Parti animaliste. Génération.s ou La France insoumise ne sont pas des partis écologistes. Mais leurs militants sont les bienvenus s’ils souhaitent, avec nous, construire une société écologique et apaisée. Le populisme, c’est instrumentaliser les difficultés sans se donner les moyens d’y répondre. Nous avons la démarche inverse ; notre souhait est d’être dans le concret, pas dans les slogans. Notre écologie doit montrer qu’elle est sociale et positive, qu’elle est la vraie alternative à l’extrême droite. On doit donner cette espérance dans les zones qui se sentent abandonnées. L’écologie est une exigence concrète qui répond à des besoins quotidiens : chauffage, isolation, fuite d’eau. L’extrême droite se combat tous les jours en améliorant le quotidien. La seule façon de contrer la montée de l’extrême droite, c’est l’alternative écolo. L’écologie a deux pôles : le global et le local, l’Europe et les municipales. Je vais m’y investir pleinement. »

Le gros problème, c’est que la politique politicienne et l’arrivée d’opportunistes qui réclament des places d’élus fasse basculer le parti de Jadot du côté de l’écologie superficielle, apte à la langue de bois et aux mesurettes. Il reste à former les militants et les sympathisant à un discours cohérent et plus radical. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait définir les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), Biens communs (gouvernance), communauté résiliente (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), croissance maîtrisée (économie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), Fécondité raisonnée (démographie), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). Cette réflexion complexe sous-tend le contenu de ce blog biosphere.

* LE MONDE du 6 juin 2019, Yannick Jadot : « Nous voulons conquérir et exercer le pouvoir »

L’illusion technologique confrontée au climat

Bertrand Piccard croit au miracle : « Grâce aux progrès technologiques, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus une contrainte. Nous pouvons parvenir à une croissance propre et qualitative. Saviez-vous que les bâtiments peuvent maintenant être si bien isolés qu’ils sont neutres sur le plan énergétique ? Ou que l’énergie nécessaire au chauffage peut être divisée par quatre et celle nécessaire à l’éclairage public et privé par dix ? Nous sommes même capables aujourd’hui de dessaler l’eau de mer avec l’énergie solaire. Le plastique biodégradable peut être produit à partir de protéines de lait. Les émissions de méthane de vache peuvent être réduites de 30 % avec un simple additif alimentaire. Ce ne sont là que quelques exemples de technologies propres. Je suis convaincu que nous pouvons décarboner nos économies bien avant 2050. Mieux encore, nous avons l’opportunité d’une transition vers une croissance durable à l’échelle mondiale. Les solutions technologiques d’aujourd’hui sont logiques autant qu’elles sont écologiques. »*

Trop beau pour être vrai cet exercice de technophilie. Prenons les rots et pets des vaches. Une étude de 2015 voulait démontrer que des bovins émettaient 30 % de méthane en moins grâce à un complément alimentaire. Mais les différentes molécules testées tardent à sortir des stations de recherche. En cause notamment, des impacts potentiels sur la santé de l’animal. Reste la question du coût d’une telle molécule ; les éleveurs laitiers sont dans une telle situation qu’ils ne peuvent pas se payer un inhibiteur de méthane. De toute façon l’efficacité énergétique dans les autres domaines indiqués par Piccard a non seulement un coût en énergie et en métaux rares, mais des innovations ponctuelles ne sont pas à l’échelle de la division nécessaire par quatre ou cinq de nos émissions de gaz à effet de serre. Par leur optimisme sans preuve et leur discours hors sol, Piccard et consorts empêchent que notre société aborde de front la véritable transition énergétique qui peut se résumer ainsi : réduire nos besoins, recycler, relocaliser, mais aussi démondialiser, désurbaniser, dévoiturer, mais aussi miser sur les technologies douces adaptées aux hommes et à la planète, ce qui exclut toute technique complexe et gourmande en ressources naturelles. Quelques compléments d’analyse avec les commentateurs sur lemonde.fr :

ALAIN LE COMTE : C’est beau l’optimisme !! …Ma grand-mère, à moins que ça ne soit Einstein, disait « la technologie ne peut pas réparer les dégâts de la technologie » !!

ChP : C’est noël. Il nous ont sorti le ravi Helvète, qui s’esbaudit et lève les bras au ciel,dès qu’il entend innovation, croissance verte ou durable. Réjouissez vous mes frères, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus une contrainte mais une joie. Le Grand Technologue nous a envoyé son messager dans son avion aux grandes ailes blanches. Prions, car Satan a réuni ses pires serviteurs à Katowice ! Le beau rêve risque de s’effondrer, la belle promesse va s’évanouir dans les vapeurs du réchauffement.

Balzamine : J’espère que les « groupes de pression » (pro pétrole, pro charbon, pronucléaire, j’en passe et des pires) ne feront pas obstacle à la circulation et au développement de ces innovations technologiques que nous promet M. Piccard !

le sceptique @ Balzamine : Comment cela pourrait être le cas ? Ce qui marche se diffuse. Cela fait 20 ans que je lis de ci de là des propos vaguement complotistes comme quoi on aurait des sources d’énergie ou des machines énergétiques super-efficaces mais que ces inventions seraient brimées par les magnats du pétrole (ou autres). Le problème : c’est juste faux, après examen, les trucs « super » ont un gros défaut, genre ne savent pas stocker une énergie fatale, coûtent 2 fois plus cher que leur équivalent thermique, etc. Par ailleurs, déposer un brevet sur une bonne idée et ne pas l’exploiter est parfaitement stupide si l’idée est plus rentable que son propre business. La propriété intellectuelle peut retarder parfois des démocratisations d’invention, mais depuis deux siècles qu’elle existe, il faudrait être assez aveugle pour prétendre que l’innovation technologique a été ralentie !

* LE MONDE du 5 décembre 2018, Bertrand Piccard : « Grâce aux technologies, la lutte contre le réchauffement n’est plus une contrainte »

Bertrand Piccard croit au miracle technologique

Bertrand Piccard, c’est ce type qui croit que son avion « Solar Impulse », capable tout juste de porter une personne pas trop grosse, va révolutionner le transport aérien ! Le mardi 28 août il déroulait son fantasmes lors de l’université d’été du Medef, concilier profit et écologie. Un message « patron compatible » : pour parler à l’adversaire, il est nécessaire d’adopter son langage, assure-t-il. Sa fondation se fixe un objectif : labelliser 1 000 innovations écologiques et rentables. LE MONDE croit bon de lui consacrer un article*.

S’il pense aux énergies renouvelables ou aux transports électriques, il n’a pas la moindre pensée pour la seule énergie durable, celle qu’on ne consomme pas. Il prend comme exemple de réussite Solar Impulse : « Aucun constructeur d’avion n’y croyait. Aujourd’hui, tous les constructeurs aéronautiques réfléchissent à l’aviation électrique. Tous ceux qui se sont moqués de moi il y a quinze ans travaillent dessus. » Comme d’habitude on remet aux lendemains qui chantent le soin de découvrir que l’avion électrique ce sera l’idéal… ou le fiasco. Ce genre de personnage sur-médiatisé nous font vivre dans le rêve, Bertrand Pïccard est à l’avion ce que Elon Musk est à la bagnole. Pour ces techno-croyants, il est inconcevable d’envisager que la transition énergétique « moderne » consiste à piller toujours plus de ressources minières, et qu’elles sont en voie de disparition. Piccard résout facilement le problème : « La pollution créée par ces mines est localisée, et doit être surveillée. J’aime mieux quelques mines de cobalt de plus que quelques degrés de plus dans l’atmosphère. » Comme les patrons sont selon Piccard des incapables d’innover par eux-mêmes, il faut que l’État crée de toute urgence des lois « modernes » qui poussent à l’utilisation de ces technologies propres… Comme si la motivation par le profit n’était pas le nerf de la guerre dans notre système !

Piccard veut profiter de sa notoriété pour « montrer que les technologies propres peuvent faire des choses que l’on croit impossible ». Nicolas Hulot a déjà montré que vouloir rendre possible l’impossible se révèle tout à fait impossible même quand on est au gouvernement et ministre d’État ! Par leur optimisme sans preuve et leur discours hors sol, Piccard et consorts empêchent que notre société aborde de front la véritable transition énergétique qui peut se résumer ainsi : réduire nos besoins, recycler, relocaliser, mais aussi démondialiser, désurbaniser, dévoiturer, mais aussi miser sur les technologies douces adaptées aux hommes et à la planète, ce qui exclut toute technique complexe et gourmande en énergie.

* LE MONDE « imaginer demain » du 7 septembre 2018, Bertrand Piccard : « Il existe des solutions environnementales rentables »

Poissons et crustacés condamnés à la chaise électrique

Mardi 21 novembre, la Commission des pêches du Parlement européen a donné un feu vert à la pêche électrique. La pêche électrique est une méthode de pêche qui utilise l’électricité pour déloger les poissons du fond des mers et océans, et les faire remonter à la surface. Les filets des chaluts de fond sont équipés d’électrodes qui envoient des décharges électriques dans les sédiments, les poissons se convulsent sous l’effet de la décharge et le courant électrique les ramène vers le filet. Ce sont des décharges égales à celle d’un Taser. Ceux qui sont remontés dans les chaluts sont souvent couverts de brûlures, d’ecchymoses, ou ont subi des déformations du squelette du fait de l’électrocution. Pratique jugée destructrice des ressources marines en Asie au terme d’une dizaine d’années d’utilisation, la pêche électrique a été interdite à Hong Kong en 1999 et en Chine en 2000. Cette méthode de pêche avait été interdite en Europe en 1998, mais en 2007, les Néerlandais avaient obtenu des dérogations au prix d’un lobbying efficace. La réglementation permettait d’équiper en électrodes jusqu’à 5 % de sa flotte de chalutiers à perche (sur lesquels des filets sont fixés à une perche déployée sur le côté).

La pratique de la pêche électrique néerlandaise est très contestée par les pêcheurs français du Nord pour ses conséquences néfastes sur les écosystèmes marins : « Cette pêche tue tous les juvéniles. Les témoignages des bateaux français qui pêchent dans les mêmes eaux que les bateaux néerlandais entre 3 et 20 nautiques nous disent tous la même chose : il n’y a plus de petits poissons dans les eaux de la mer de Nord ». En envoyant des décharges électriques dans les fonds marins, on électrocute forcément des larves ou des femelles pleines, et ça ne peut pas ne pas avoir d’incidences sur la reproduction. C’est un cercle vicieux. Pour maintenir leurs marges, les industriels n’ont pas d’autre choix que de limiter les coûts de production, en réduisant la consommation de carburant, et d’inventer des méthodes de pêche de plus en plus efficaces. Le recours à cette technique électrique est symptomatique d’une ressource halieutique mal gérée au niveau mondial. Et c’est un aveu total de faillite : on est prêt à fermer les yeux sur les risques de destruction des ressources pour conserver un profit à court terme… Grâce à ses capacités de manipulation sémantique, la direction de l’Union Européenne qualifie aujourd’hui la pêche par impulsion électrique de « technique innovante » !

Outre cet épuisement des ressources, la pêche électrique a aussi des conséquences néfastes sur l’artisanat de la pêche, qu’elle concurrence déloyalement, avec des moyens techniques hors de sa portée. Pourtant favoriser l’artisanat, c’est-à-dire des méthodes de pêche plus douces, ce serait mieux pour tout le monde, pour les ressources marines, pour les pêcheurs, pour les citoyens. Selon une tribune dans LE MONDE*, « encore une fois, l’innovation technologique induirait le sacrifice de très nombreux pêcheurs afin de compenser les gains d’efficacité des navires électriques. Les petits pêcheurs sont déjà durement touchés, puisque les chaluts électriques se sont déjà déployés vers les habitats côtiers fragiles, impactant leurs zones de pêche ou de reproduction de nombreuses espèces-clés ».

pour en savoir plus, https://reporterre.net/Le-Parlement-europeen-donne-un-premier-feu-vert-a-la-nefaste-peche-electrique

Il est encore temps de signer cette pétition : https://www.bloomassociation.org/stop-peche-electrique/

* LE MONDE du 16 novembre 2017, « L’Europe doit interdire la pêche électrique »

Poissons et crustacés condamnés à la chaise électrique

Mardi 21 novembre, la Commission des pêches du Parlement européen a donné un feu vert à la pêche électrique. La pêche électrique est une méthode de pêche qui utilise l’électricité pour déloger les poissons du fond des mers et océans, et les faire remonter à la surface. Les filets des chaluts de fond sont équipés d’électrodes qui envoient des décharges électriques dans les sédiments, les poissons se convulsent sous l’effet de la décharge et le courant électrique les ramène vers le filet. Ce sont des décharges égales à celle d’un Taser. Ceux qui sont remontés dans les chaluts sont souvent couverts de brûlures, d’ecchymoses, ou ont subi des déformations du squelette du fait de l’électrocution. Pratique jugée destructrice des ressources marines en Asie au terme d’une dizaine d’années d’utilisation, la pêche électrique a été interdite à Hong Kong en 1999 et en Chine en 2000. Cette méthode de pêche avait été interdite en Europe en 1998, mais en 2007, les Néerlandais avaient obtenu des dérogations au prix d’un lobbying efficace. La réglementation permettait d’équiper en électrodes jusqu’à 5 % de sa flotte de chalutiers à perche (sur lesquels des filets sont fixés à une perche déployée sur le côté).

La pratique de la pêche électrique néerlandaise est très contestée par les pêcheurs français du Nord pour ses conséquences néfastes sur les écosystèmes marins : « Cette pêche tue tous les juvéniles. Les témoignages des bateaux français qui pêchent dans les mêmes eaux que les bateaux néerlandais entre 3 et 20 nautiques nous disent tous la même chose : il n’y a plus de petits poissons dans les eaux de la mer de Nord ». En envoyant des décharges électriques dans les fonds marins, on électrocute forcément des larves ou des femelles pleines, et ça ne peut pas ne pas avoir d’incidences sur la reproduction. C’est un cercle vicieux. Pour maintenir leurs marges, les industriels n’ont pas d’autre choix que de limiter les coûts de production, en réduisant la consommation de carburant, et d’inventer des méthodes de pêche de plus en plus efficaces. Le recours à cette technique électrique est symptomatique d’une ressource halieutique mal gérée au niveau mondial. Et c’est un aveu total de faillite : on est prêt à fermer les yeux sur les risques de destruction des ressources pour conserver un profit à court terme… Grâce à ses capacités de manipulation sémantique, la direction de l’Union Européenne qualifie aujourd’hui la pêche par impulsion électrique de « technique innovante » !

Outre cet épuisement des ressources, la pêche électrique a aussi des conséquences néfastes sur l’artisanat de la pêche, qu’elle concurrence déloyalement, avec des moyens techniques hors de sa portée. Pourtant favoriser l’artisanat, c’est-à-dire des méthodes de pêche plus douces, ce serait mieux pour tout le monde, pour les ressources marines, pour les pêcheurs, pour les citoyens. Selon une tribune dans LE MONDE*, « encore une fois, l’innovation technologique induirait le sacrifice de très nombreux pêcheurs afin de compenser les gains d’efficacité des navires électriques. Les petits pêcheurs sont déjà durement touchés, puisque les chaluts électriques se sont déjà déployés vers les habitats côtiers fragiles, impactant leurs zones de pêche ou de reproduction de nombreuses espèces-clés ».

pour en savoir plus, https://reporterre.net/Le-Parlement-europeen-donne-un-premier-feu-vert-a-la-nefaste-peche-electrique

Il est encore temps de signer cette pétition : https://www.bloomassociation.org/stop-peche-electrique/

* LE MONDE du 16 novembre 2017, « L’Europe doit interdire la pêche électrique »