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donner la vie n’est pas une maladie

Nous n’aimons pas du tout le titre du Monde* « Accouchement dans la douleur ». Bien sûr il faudrait lire au second degré, les maisons de naissance ne seraient pas politiquement prêtes à voir le jour. Mais cela jette aussi l’opprobre sur l’acte de donner la vie qui ne pourrait se dérouler que « dans la douleur ». Comme si l’existence de lieux moins médicalisés que les maternités étaient une anomalie ! Comme si accoucher sans péridurale allait contre le progrès social ! Comme si les sages-femmes ne devaient pas être la norme et les gynécologues-obstétriciens l’exception !

En France, sous la pression des médecins, les pouvoirs publics ont déconseillé dès 1972 les accouchements à domicile. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français se positionne aujourd’hui contre les maisons de naissance. Défense de l’intérêt des mères ou défense professionnelle d’une corporation ? Faut-il revenir à l’accouchement à domicile ? Si on considère la mortalité périnatale (mortalité de 20 semaines de grossesse à 28 jours après la naissance) et non plus la mortalité néonatale (décès dans les 28 premiers jours de vie), il n’y a pas de différence entre les femmes qui ont PREVU un accouchement à domicile et celles qui l’ont prévu en hôpital. Les données néerlandaises d’une grosse étude concluent même à propos des mortalités néonatales précoces (7 jours) en faveur d’un risque non accru pour l’accouchement à domicile**.

Aux Pays-Bas, l’accouchement à domicile est courant. Pour des associations féminines particulièrement sincères, la femme doit pouvoir accoucher « comme elle veut et où elle veut ». Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie ! Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société, en s’éloignant toujours plus de la nature, court à sa perte….

* LeMonde du 6 novembre, Accouchement dans la douleur pour les maisons de naissance

** http://www.ciane.info/article-henrionfigaro-58329363.html

la sixième étape

La société thermo-industrielle est devenue LA référence universelle. Il faudrait obligatoirement franchir les cinq étapes de la croissance économique (livre de Rostow, 1960), c’est-à-dire dépasser l’état de société traditionnelle, faire son décollage économique pour aboutir à l’ère de la consommation de masse. Le titre du Monde du 1er janvier (page 4) est caractéristique de cette ligne de pensée : « La Chine en passe de combler son retard ». Retard sur quoi, sur qui ? Bien sûr, c’est évident, par rapport aux pays déjà industrialisés ! Plus précisément dans l’article, on note que la Chine multiplie ses dépenses en recherche & développement, passant de 6,2 à 11,8 % des dépenses mondiales en R&D. La Chine compte déjà le plus grand nombre d’étudiants, 23,4 millions, contre 17,3 millions aux USA. La Chine compte 1,1 millions de  chercheurs, presque autant que dans l’UE. La Chine remonte les filières, passant de l’atelier du monde en matière de produits textiles aux entreprises les plus innovantes : Hua Wei est numéro 2 mondial des télécommunications, devant Alcatel. La Chine commence à dépasser les performances occidentales, la Chine aborde la dernière étape, celle de la consommation mondiale de produits chinois.

 Jusqu’à présent la théorie du parcours obligé a merveilleusement servi les intérêts des grandes puissances dans un monde de libre-échange et d’accumulation du capital privé. Pourtant la concurrence internationale et la mondialisation de la production ont complètement déséquilibré les marchés locaux et les souverainetés nationales. Et les Chinois ne savent pas encore malgré leurs « Carrefours » flamboyants qu’ils ont atteint l’ère de la consommation de masse. Surtout, dans un monde déjà occupé par la classe globale (les personnes qui ont le privilège de rouler en voitures personnelle), les nouveaux arrivants trouvent de moins en moins de place, si ce n’est dans les bidonvilles de Chine ou d’ailleurs. Les OS des pays riches voient leur travail délocalisé ailleurs, les OS chinois sont dévalorisés par des pays à des stades « moins avancés ». Plus personne n’est à l’abri du chômage ou de la  déqualification. Nous sommes arrivés à la sixième étape, car à la maturité d’un système productif succède nécessairement le stade de la saturation des marchés et de la décomposition sociale. Tous les cycles biologiques connaissent l’expansion, la maturité et la mort ;  les cycles économiques ne font pas exception, on le sait depuis les analyses de Schumpeter. Il n’y a pas un axe du temps dirigé vers un progrès infini, il y a les limites de la planète.

Il est temps de s’interroger sur la fin de la course à la croissance économique dans ce maelström insensé de compétition acharnée. Après la consommation de masse, ce sera la société du recyclage et de la sobriété heureuse. Après la société de la démesure, ce sera la société de la stabilisation. Après l’augmentation du niveau de vie et l’obsession du pouvoir d’achat, ce sera un nouveau mode de vie plus convivial et plus serein. Après l’innovation technologique de pointe, ce sera les techniques douces, douce à l’usage de l’homme, douce envers la nature. Ce sera cela, ou ce sera l’affrontement économique et militarisé provoqué par un complexe productiviste qui ne considère que le présent et les avantages des nantis.

limites de la technique

LeMonde du 28 octobre nous présente le trifluorure d’azote, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est 17 000 fois plus élevé que celui du CO2 avec une durée de vie cinq fois plus grande, soit cinq siècles.  En trente ans, la concentration de ce gaz dans l’atmosphère a été multipliée par 30 puisqu’il rentre dans la production de circuits intégrés et d’écrans de cristaux liquides pour accélérer l’emprise de la société du spectacle sur nos choix personnels. Il est également nécessaire à la fabrication des cellules photovoltaïques ; d’un côté la technique solaire permet de lutter contre l’effet de serre, mais de l’autre elle l’accroît. C’est comme les ampoules de basse tension qui contiennent du mercure, un élément dangereux qui nécessite un recyclage particulier.

La technique n’est pas une solution, elle est le problème. Alfred Nobel avait rêvé de  créer un explosif tellement dévastateur que la guerre devienne impossible, mais le XXe siècle a connu deux guerres mondiales. On a inventé l’arme nucléaire, bien plus destructeur que la dynamite, on l’a aussi utilisée. Il faut que l’humanité reconnaisse les limites de la technique et puisse privilégier des techniques douces contre les techniques dures, dures  pour les hommes, dures pour la Nature. C’est ce qu’aurait du écrire mon quotidien préféré…

Avoir raison par la recherche du consensus

Un commentateur nous interpelle : « Biosphere pourrait, peut-être, faire un article sur l’impossibilité de débattre. »

Il vaudrait mieux dire, « sur l’impossibilité ou non » d’arriver à un consensus social.

En effet sur ce blog biosphere, le débat, c’est pour arriver à une opinion commune, à des sentiments partagés. Comment ? Notre comité de rédaction, avec l’aide de nos informateurs, part des interrelations entre les données écologiques, socio-politiques, économiques, historiques, scientifiques, ethnologiques, statistiques… pour en tirer synthèse et conclusion. On en arrive ainsi à déterminer quel est le meilleur point de vue à un moment donné, sachant que l’écologie, c’est-à-dire la pleine conscience des réalités biophysiques, s’impose de toute façon aux désirs humains. Ce n’est plus la voix de dieu ou d’un autocrate qui prime, mais les lois de la nature.

Lire, Stéphane Foucart, les lois de la nature s’imposent

Encore faut-il savoir interpréter les lois de la nature et les mettre en musique. C’est le rôle de la délibération démocratique. Au niveau des procédures utilisées dans les sociétés libérales, le vote, qu’il soit censitaire ou même universel, n’est pas la meilleure méthode. Car les résultats dépendent du niveau de clairvoyance de chacun des individus qui composent le corps électoral. Dans le cas d’une démocratie directe, un référendum par exemple, trop souvent des considérations autres que la question posée fausse complètement le résultat du vote. Avec la démocratie représentative, c’est pire : la validité des décisions prises dépend du niveau d’autonomie conceptuelle de nos élus. Or ils délibèrent souvent sur des thématiques auxquelles ils ne comprennent rien ou il votent comme le chef du parti en décide. Que ce soit électeurs ou élus, de toute façon le niveau de clairvoyance de chacun dépend de ses connaissances écologiques, socio-politiques, économiques, historiques, scientifiques, ethnologiques, statistiques… et la faculté de synthèse, on ne l’apprend pas à l’école.

Encore faut-il savoir abandonner ses préjugés, savoir résister à son conditionnement culturel. Une culture au sens sociologique, c’est l’ensemble des comportements acquis qui permettent d’apaiser les relations sociales et de préparer un avenir durable. La culture évolue avec les transformations socio-politiques et économiques. Aujourd’hui le facteur de limitation de nos désirs par le fait que les ressources terrestres ne sont pas illimitées entre en jeu et conditionne de plus en plus notre mode de vie. Autrefois le cadre culturel dans les société nombreuses était déterminé par le groupe qui avait pris le pouvoir, l’élite et ses différentes variantes. Ce pouvoir s’est appuyé sur des religions, très diverses, mais toujours orientée pour faire accepter l’ordre social dominant. Le système démocratique a permis de faire éclater ce modèle d’organisation, il n’y a plus d’arguments d’autorité qui s’impose. La démocratie est un lieu vide que la délibération collective remplit au fur et à mesure de sa compréhension des individus qui composent telle ou telle société.

Éduquer les gens dans le bon sens n’est pas gagné par avance. Pourquoi ? Chacun joue un rôle social, il se comporte par rapport à ce que les autres attendent de lui. Il ne pratique pas l’acte juste, il respecte le jeu social, c’est le mécanisme de l’interaction spéculaire : je fais parce que tu fais ainsi parce que nous faisons tous de même. Cette explication sociologique permet d’enterrer le vieux débat épistémologique sur l’antériorité de l’individu ou de la société. L’un et l’autre se renforcent mutuellement car je me représente la manière dont les autres se représentent les choses et moi-même. « Je donne le bon exemple » n’est un message positif que si un grand nombre de personnes font ainsi. Sinon on pourrait croire que je donne le mauvais exemple ! L’insertion dans une institution (école, entreprise, parti politique, syndicat…) provoque une coupure entre l’idée que se fait l’individu de l’acte juste et ce qu’impose à l’individu la préservation de l’institution. L’homme est dans un corset très serré, division extrême du travail, distinction poussée entre ville et campagne, transport individualisé et polluant, exploitation de l’ouvrier dans la fabrication d’objets inutiles. Chacun de nous est compromis… Difficile alors de trouver les moyens de sa liberté. Tout dépend alors de notre aptitude à résister dans les différentes institutions que nous traversons. Les « fondamentaux » appris à l’école, lire, écrire et compter, sont anodins par rapport à la possibilité de former sa propre pensée pour acquérir son autonomie et le sens collectif. Or cela, on ne l’apprend ni à l’école, ni en faculté, ni dans les entreprises, ni dans les partis, ni dans les syndicats. Alors où se trouve la solution pour savoir comment résoudre nos problèmes de fond ?

Lire cette synthèse, Les conférences de consensus

Dans les différente modalités de l’exercice de la démocratie, la meilleure méthode est celle des conférence de consensus. Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. Les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions) sont une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Un groupe de personnes tirées au sort est mobilisée pendant plusieurs jours, reçoit des éléments de formation et d’information, puis délibère. Très souvent les thèmes concernent l’environnement ou les conséquences d’une innovation technologique. Le sujet débattu comporte de lourdes incertitudes qu’il est impossible de lever dans l’immédiat. Le panel des citoyens tirés au sort doit refléter la composition socio-démographique de la nation. Au départ les membres du panel ne possèdent pas d’information détaillée sur la thématique traitée. Une formation scientifique et technique assez lourde est donc nécessaire. Des intérêts multiples et contradictoires sont liés à la question débattue, ils sont écoutés lors d’auditions. Cette méthodologie doit permettre aux profanes de « mettre en question » les certitudes des experts. Le choix des formateurs et de l’animateur est crucial pour éviter les manipulations. L’objectivité de la formation et des débats doit pouvoir être vérifiée. La conférence de citoyens ne saurait être considérée comme une forme de sondage d’opinion, mais comme l’élaboration collective d’une décision éclairée. L’exemple récent le plus connu est celui de la Convention citoyenne sur le climat mise en place lors du précédent quinquennat de Macron. Encore faut-il que les instances traditionnelles comme le parlement accepte les recommandations qui en résultent, ce qui n’a pas été le cas.

Dans notre système social actuel, croissanciste et court-termiste, le passage à l’écologisme est incertain, la recherche du consens balbutiante. Depuis 2005 ce blog biosphere existe pour essayer de montrer comme on peut passer du débat au consensus. Tapez « débat » sur le moteur de recherche de ce blog, et le mot « débat » apparaît d’abord dans le titre. Vous avez à disposition des posts à propos du débat public (CNDP), du « Grand débat » national, du débat politique, du débat Hulot/Joly en 2011, du réchauffement climatique, de la COP21, des climato-sceptiques, de Claude Allègre, de la transition énergétique, des déchets nucléaires, de la dissuasion nucléaire, de la troisième révolution industrielle, du revenu universel, de la post-croissance, des low tech ou des high tech, des OGM, des nanotechnologies, du retour à la bougie, du manger cru ou cuit, du sapin (de Noël) naturel ou artificiel, des 8 milliards que nous sommes aujourd’hui, de la controverse décroissance démographique/décroissance économique, de la controverse Ehrlich/ Commoner, des relations entre démographie et environnement, de Malthus, de l’immigration, de la nature et des sexualités, de la PMA, de la peine de mort, de la fin de vie, de Tik Tok, de l’anthropocentrisme contre le biocentrisme.

Nous faisons en sorte sur ce blog biosphere de montrer à chaque fois que le point de vue des écologistes devient un élément essentiel de la recherche du consensus. La page d’accueil dans sa rubrique « présentation du blog » est claire : Ce blog existe depuis le 13 janvier 2005, il propose une analyse quotidienne du « point de vue des écologistes ». L’écologie est multiple, l’intelligence collective se constitue par la complémentarité des approches. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait poser les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), agriculture biologique (production), communautés résilientes (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), décroissance maîtrisée (économie), Descente énergétique (énergie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), fécondité raisonnée (démographie), Migration limitée (déplacements), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (organisation), etc. Ce sont des thématiques qui sous-tendent le contenu de ce blog biosphere. A nos lecteurs d’en faire bon usage…

Lire, Une culture commune à l’école, l’écologisme

COP26, technologie ou sobriété partagée ?

De nombreux dirigeants, à commencer par Emmanuel Macron, comptent avant tout sur des progrès technologiques à venir pour faire face au défi climatique. Ils laissent complètement de côté la question de l’évolution de nos modes de vie.

Lire, L’illusion technologique confrontée au climat

Stéphane Foucart : Ouverture, le 31 octobre, de la 26e conférence sur les changements climatiques. La question des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les buts poursuivis est éludée. La question du « comment » entremêle deux enjeux, lavenir du système technique ET l’évolution culturelle des sociétés. Le premier est omniprésent, le second à peu près absent. On le voit, jusqu’à la caricature, dans les récentes déclarations des dirigeants des plus gros exportateurs d’hydrocarbures, comme l’Arabie saoudite : « J’annonce aujourd’hui l’objectif zéro émission de l’Arabie saoudite d’ici à 2060 grâce à une stratégie d’économie circulaire du carbone », a ainsi déclaré Mohammed Ben Salmane. L’engagement princier repose entièrement sur des technologies futures et très probablement imaginaires… Emmanuel Macron mise lui aussi sur d’hypothétiques révolutions technologiques : avion bas carbone, petits réacteurs nucléaires, hydrogène « vert »… Le mot « sobriété » n’apparaît pas quand les mots « innovation », « innovant » sont prononcés à plus de soixante-dix reprises… La transition écologique apparaît avant tout comme une transition technologique… Quand on a un marteau dans la tête, tout a la forme d’un clou… Mais qui sait ce que l’accumulation des dégâts causés par le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité produira sur les imaginaires et les aspirations collectives ? L’aventure spatiale, l’avion bas carbone ou la conquête des grands fonds marins feront-ils encore rêver en 2030 ? Où seront-ils plutôt perçus comme de dangereuses futilités ?

Très bonne analyse d’un journaliste scientifique du MONDE, à compléter par les commentaires sur lemonde.fr :

ERoy : Nous sommes une démocratie et allez vous faire élire en expliquant à vos futurs administrés que : les vacances au soleil en 2 heures d’avion pour 300 euros la semaine c’est fini, le ski, c’est fini, le chauffage à plus de 18 degré c’est fini, le téléphone pour les ados c’est fini, deux télévisions par foyer sera interdit, voitures surtaxées (max une par foyer), gaz surtaxé et essence sur-surtaxée… Bon courage pour les prochaines élections!

Slab : Le dernier rapport de RTE l’a pourtant montré. Tous les scenarii permettant de réaliser la neutralité carbone n’ont qu’un point commun : la sobriété et l’économie de 40 % de l’énergie. La sobriété se réalisera par des changements de comportements. Mais les mentalités évoluent vite, et des habitudes qui relevaient de la lubie boboécolo il y a quelques années sont maintenant largement admises, comme les repas sans viande dans les cantines, le compostage, moins d’éclairage public la nuit, le recyclage des vêtements…

davidirle : On constate ici, en réponse à cet article fort juste, pas mal de commentaires pro-technologies qui ne se fondent sur absolument rien de concret, à part une mythologie du progrès. Pourtant, les gens dont la transition écologique est le métier, c’est mon cas, rêveraient d’avoir à disposition des technologies magiques. Il y a une forme étonnante de déni de la part de ceux qui croient en la science mais semblent parfaitement incapables de regarder ce que la science explique : les limites matérielles de la digitalisation, les limites quantitatives de la transition énergétique, la difficulté à se passer des hydrocarbures, etc. La science, la vraie, nous explique que nous ne pouvons pas compter uniquement sur elle, mais sur des évolutions de nos modes de vie, mais c’est pas grave, ceux qui « promeuvent » la science préfère s’asseoir sur l’état des connaissances scientifiques et écouter des prophètes scientistes/économistes…

Michel Lepesant : Le problème avec l’économie aujourd’hui c’est qu’elle est punitive : certes elle prétend être libérale mais elle ne profite qu’à une minorité. Le problème avec la technologie aujourd’hui c’est qu’elle est sectaire : ce qu’elle impose ce sont des modes de vie de plus en plus conformes, qui s’imposent à tous .. La domination techno-économique nous fait croire que la liberté c’est de dépasser toutes les limites : s’enfoncer au fond des océans et conquérir Mars ! Pire le problème aujourd’hui c’est que la technologie et l’économie sont unies pour contrôler du « temps de cerveau disponible ». Et qu’ils utilisent ce contrôle pour renverser systématiquement les analyses de bon sens : c’est l’écologie qui serait selon eux punitive et sectaire. C’est le monde à l’envers !

Romagination : L’humanité n’a pas maîtrisé la taille de la population mondiale en proportion des ressources disponibles pour assurer à chacun une vie confortable compte tenu de ce que les technologies actuelles permettent. On peut toujours essayer de changer le mode de vie des plus privilégiés actuellement mais ça sera vraiment marginal : le point moyen à atteindre est trop bas à 8 milliards, sauf si l’on rêve en France du niveau de vie du Bangladesh, et qu’au Bangladesh on accepte de rester à ce niveau…

Lire, Notre responsabilité démographique

Marcassin87 : Personne n’a envie de changer son mode de vie, les bonnets rouges, les gilets jaunes entre autres, nous l’ont rappelé avec virulence. Et il est tout-à-fait légitime que les Africains, les chinois, etc. aspirent à un niveau de vie comparable au nôtre. Or personne ne veut évoquer la réduction drastique de la population. Tout le reste c’est illusoire.

Dump : Cette contradiction sera résolue de la manière la plus classique, par la guerre qui ne fait plus peur, même en agitant l’atome. Au moins cela résoudra le problème, peut être même définitivement pourvu qu’on force la dose…

La mouche du coche : Macron est une marionnette, avec la moitié des fils tenus par le MEDEF et l’autre par la FNSEA. Pas étonnant qu’il se cache derrière des illusions pour éviter de voir la réalité : avec bientôt 8 milliards d’Homo sapiens avides d’un « modèle » occidental basé sur la gabegie énergétique. La planète est foutue.

NonMais @ La mouche : La planète s’en fout royalement.

Jacques Ellul, démesure de la société technicienne

Dès les années 1930, alors qu’il est encore étudiant, Jacques Ellul (1912-1994) amorce en compagnie de son ami Bernard Charbonneau une réflexion de fond sur le phénomène technicien. Trois livres servent de références : La Technique ou l’enjeu du siècle (1954), Le système technicien (1977) et Le bluff technologique (1988). Le premier opus s’ouvre sur ces mots : « Aucun fait social humain, spirituel, n’a autant d’importance que le fait technique dans le monde moderne. (…) la Technique a progressivement gagné tous les éléments de la civilisation ». Un peu plus loin, il définit la Technique comme « la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace ». Il considère qu’elle relève de la démesure (hubris) qui, au XXe siècle, s’est emparée de la civilisation occidentale puis, par contamination, mondiale. Le fantasme de toute-maîtrise et l’ivresse de la puissance ont atteint un seuil inégalé au sein de la « société technicienne ». L’analyse ellulienne est fondée sur quatre idées maîtresses :

1) La « Technique » ne se réduit pas au machinisme, elle inclut également toutes les méthodes d’organisation de la vie sociale, du travail (cf. le taylorisme) comme de la cité (cf. la bureaucratie). La recherche de l’efficacité maximale en toutes choses se substitue désormais à toutes les anciennes valeurs.

2) Au fil de son développement, la Technique est devenue un milieu environnant à part entière; l’ancien environnement – la nature – tend à n’être plus qu’un décorum ou un vestige.

3) Parce que la Technique constitue son nouvel environnement et qu’il n’a jamais cessé de sacraliser son environnement, l’homme sacralise désormais la Technique : celle-ci est d’autant plus sacralisée qu’elle est ce par quoi le précédent environnement – la nature – a été désacralisé (profané, pollué…).

4) Il ne s’agit pas de réagir par le réflexe  technophobe, ni même de chercher à trier les bons et les mauvais usages de la Technique ou de privilégier des techniques « douces » à des techniques « dures ». Ellul s’insurge contre les préjugés du type « ce n’est pas la Technique qui est mauvaise mais l’usage qu’on en fait ». L’automobiliste qui bousille son moteur en fait un mauvais usage mais il ne remet absolument pas en question la prolifération des voitures dans sa ville. Prétendre que la Technique est neutre, s’est se montrer soi-même neutre et passif à son égard. Aujourd’hui comme hier « on n’arrête pas le progrès »  car on ne le remet pas en question.

Dès 1954, dans La Technique ou l’enjeu du siècle, Ellul affirme : «  il est vain de déblatérer contre le capitalisme, ce n’est pas lui qui fait le monde, c’est la machine ».  Le marxisme se réduit chez Ellul à une « pensée fossilisée » qui ne tient aucun compte de l’évolution des infrastructures sur les mentalités, en premier lieu celle du machinisme. Ellul prend l’exemple du communisme au moment de son apparition. Citant Kautsky (« la raison du succès de Lénine, c’est l’échec du socialisme marxiste ») et Lénine lui-même (« le communisme, c’est les soviets plus l’électrification »),  il lâche ce commentaire : « en réalité, Lénine faisait là allusion à la création de l’industrie lourde. Celle que, selon Marx, la bourgeoisie était chargée de faire. Que ce soit en régime communiste ou en régime capitaliste, la création de cette industrie ne peut s’effectuer que par la capitalisation. (…) La seule différence, c’est que dans le cas du communisme, tout le profit revient à l’État (qui n’a rien de prolétarien), tandis que dans le cas du capitalisme, une part de ce profit enrichit des personnes privées » (Changer de révolution, 1982). Pour Ellul, le problème directement lié à la Technique est celui de la capitalisation – l’accumulation des capitaux, sans laquelle les « technologies » ne peuvent se développer –  et non de la forme que celle-ci prend, publique ou privée. Le capitalisme d’État ne s’oppose au capitalisme privé qu’en tant que superstructure mais tous deux conduisent exactement aux mêmes résultats. C’est pourquoi, quand les marxistes (ou les keynésiens) en appellent à l’État pour réguler l’économie, ils commettent une grave erreur d’appréciation, ils n’intègrent pas l’idée qu’un État est « technicien » par essence : « L’État, quel que soit son adjectif qualificatif (républicain, démocratique, socialiste (…), reste un complexe d’appareils bureaucratiques, de moyens de contraintes, et d’apparence de légitimation par une relation fictive au peuple ou au prolétariat ». Le capitalisme, qu’il soit privé ou étatique, est tout entier focalisé par l’optimisation de la croissance économique.  A l’est comme à l’ouest, donc, les hommes partagent une même obsession : produire plus, grâce aux progrès techniques, pour obtenir plus de confort. Raison pour laquelle le concept marxiste de lutte des classes n’est plus pertinent dans la mesure où les classes populaires se sont embourgeoisées et prétendent accéder au même bien-être que celui de la bourgeoisie, succombant du coup au même type d’aliénation. Ellul ne nie pas les inégalités sociales, mais il subordonne les rapports de domination au rapport d’aliénation, faisant apparaître que les inégalités sont elles-mêmes causées et creusées par le développement d’une technique. Plus la Technique donne une impression d’être génératrice de liberté, d’égalité et de démocratie, plus elle est aliénante. La tendance générale est de ne voir que les avantages, car ils apparaissent immédiatement, tandis que les nuisances ne se révèlent que par la suite. L’exemple le plus caractéristique est celui de l’énergie nucléaire mais on l’observe dans tous les domaines. Ainsi, quand certains signent des pétitions contre la multiplication des caméras dans la rue, d’autres (parfois les mêmes) étalent leur vie privée dans les réseaux sociaux, totalement insouciants du devenir des informations qu’ils déversent et de l’usage que n’importe qui pourra en faire.

Comment résister à l’aliénation ? En 1934, Ellul écrivait : « Toute révolution doit être immédiate, elle doit commencer à l’intérieur de chaque individu par une transformation de sa façon de juger (…). La révolution ne peut plus être un mouvement de masse et un grand remue-ménage (…) ;  il est impossible de se dire révolutionnaire sans être révolutionnaire, c’est-à-dire sans changer de vie. (…) Nous verrons le véritable révolutionnaire, non pas dans le fait qu’il prononce un discours sur une charrette à foin mais dans le fait qu’il cesse de percevoir les intérêts de son argent » Puis Ellul s’est laissé dominer par le découragement : « Un monde unitaire et total se constitue. Il est parfaitement vain de prétendre soit enrayer cette évolution, soit la prendre en main et l’orienter…  C’est un système qui s’est élaboré comme intermédiaire entre la nature et l’homme, mais cet intermédiaire est tellement développé que l’homme a perdu tout contact avec le cadre naturel et qu’il n’a plus de relations qu’avec ce médiateur (1954) »… « Actuellement, j’estime que la partie est perdue. Le système technicien exalté par la puissance informatique a échappé définitivement à la volonté directionnelle de l’homme (1988) ».

Nécessité pour la foule, partager un langage commun

« Comment se passent les interactions entre individus dans un groupe ? Prenons l’exemple de la construction d’un bâtiment. Un auto-constructeur prend toutes les décisions seul, en fonction de sa culture et de ses connaissances. Il n’a à se mettre d’accord avec personne… sauf peut être avec sa femme ! Il n’en est pas de même pour une équipe de bâtisseurs. Les regards portés sur la mise en œuvre seront aussi divers et nombreux que le nombre de personnes participant au groupe de travail. Or on ne peut être d’accord que sur ce que l’on partage clairement, sur les idées qui sont communes à tous. Schématiquement, l’entente se fait sur l’intersection des idées des protagonistes. Plus le nombre de personnes ayant à se mettre d’accord sur une décision à prendre est important, plus les points communs à leur réflexion sont réduits.

Exemple : Si 195 personnes sont nécessaires à la construction d’un bâtiment, on voit mal comment, en mettant ces 195 personnes à égalité dans la discussion menant à la prise de décision, on parviendrait à tomber d’accord sur un projet qui satisfasse suffisamment chacune des 195 personnes. Tiens !? Il me semble qu’à la COP 21 à Paris, il y avait 195 pays… quelle coïncidence ! On peut donc dire que les considérations de chaque individu (ou États) ne s’ajoutent pas, au contraire, elles s’annihilent ! Pourtant des immeubles construits par plus de 195 personnes, il y en a beaucoup. Mais ils ne sont jamais le fruit de la volonté d’un si grand nombre de personnes. C’est là qu’on retrouve la structure pyramidale habituelle de la société… avec un « chef » architecte qui décide en définitive tout seul, comme notre auto-constructeur. Souvenons-nous : L’homme est un animal de petit groupe, de clan, de tribu. Alors oui : lorsqu’il s’agit de réfléchir en petit groupe, au niveau de son clan, POUR SON CLAN, les hommes qui composent ce clan, sont capables d’aboutir à une réflexion commune, un consensus comme l’ont fait notre auto-constructeur et sa femme. Mais au niveau mondial, les compétences dans la réflexion s’annulent (accord COP 21 pudiquement appelé « a minima » ). En d’autres termes : 8 milliard de personnes, cela fait une capacité d’action qui tend vers l’infini. 8 milliard de personnes, cela fait une capacité de réflexion qui tend vers zéro. Ou encore : L’humanité a la capacité physique de se détruire. L’humanité est dans l’incapacité de maîtriser politiquement cette capacité physique. »

De cette démonstration menée par Lucie Forêt  (pourquoi ça ne marche pas, ou les 3 paradoxes), nous retenons l’idée qu’un consensus entre personnes multiples ne peut aboutir que s’il y a à la base un langage commun, « des idées qui sont communes à tous ». Sur notre blog biosphere, nous essayons justement de promouvoir le point de vue des écologistes comme éléments de langage commun aux protecteurs de la Terre-mère. Nous proposons par exemple de nous retrouver collectivement autour d’un certain nombre de thèmes bien analysés sur notre blog : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (et biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). D’accord ?

Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

Le récent positionnement politique de Yannick Jadot clôt la parenthèse 1994-2019. En 1986, Antoine Waechter fixait ainsi la ligne politique des Verts : « l’écologie politique n’est pas à marier. » Le ni-ni (ni droite, ni gauche) domine, les Verts considèrent que l’écologie est un nouveau courant de pensée politique différent des partis productivistes. Mais lors de l’Assemblée générale des Verts à Lille en 1994, l’alliance à gauche de l’écologie politique est devenue la norme. La participation au gouvernement Jospin puis Hollande, la constitution de groupes parlementaires grâce au PS, le ralliement du présidentiable écolo Jadot en 2017 au PS d’Hamon… se sont terminés par un désastre électoral. Merci Macron d’avoir fait éclater le vieil antagonisme droite/gauche, c’est là votre seule victoire ! C’est pourquoi la proportionnelle aux Européennes 2019 ont redonné leur autonomie aux écolos et un succès électoral : troisième force politique après le rassemblement national et l’attrape-tout macroniste. Aujourd’hui Jadot acte clairement le fait qu’il se dissocie complètement des « vieux appareils » pour construire une vraie alternative aux simplismes de l’extrême-droite. Cela va dans le sens de l’histoire, une écologie qui sera la seule voie réaliste pour le XXIe siècle. Voici en résumé le discours de Yannick dans LE MONDE* :

« Ce n’est pas la question de la recomposition de la gauche qu’il faut se poser, mais celle de tout le champ politique pour faire face au plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée : sa survie. Notre mandat, c’est de sauver l’avenir, pas le passé, sauver le climat et pas les vieux appareils. Je ne participerai pas à un rafistolage du paysage politique du XXe siècle.Il n’y aura pas de société solidaire et démocratique si on n’échappe pas au chaos climatique et à l’anéantissement de la biodiversité. Pour les municipales, les jeunes ne nous ont pas donné mandat pour nous asseoir autour d’une table avec Olivier Faure, Benoît Hamon et Fabien Roussel [dirigeants du Parti socialiste, de Génération.s et du Parti communiste], mais pour agir concrètement sur le climat. Le deuxième tour se construira sur la base du programme écolo. Il est absurde qu’il y ait différents partis écolos qui se fassent concurrence. Il faut créer la structure qui va rassembler la liste Urgence écologie et le Parti animaliste. Génération.s ou La France insoumise ne sont pas des partis écologistes. Mais leurs militants sont les bienvenus s’ils souhaitent, avec nous, construire une société écologique et apaisée. Le populisme, c’est instrumentaliser les difficultés sans se donner les moyens d’y répondre. Nous avons la démarche inverse ; notre souhait est d’être dans le concret, pas dans les slogans. Notre écologie doit montrer qu’elle est sociale et positive, qu’elle est la vraie alternative à l’extrême droite. On doit donner cette espérance dans les zones qui se sentent abandonnées. L’écologie est une exigence concrète qui répond à des besoins quotidiens : chauffage, isolation, fuite d’eau. L’extrême droite se combat tous les jours en améliorant le quotidien. La seule façon de contrer la montée de l’extrême droite, c’est l’alternative écolo. L’écologie a deux pôles : le global et le local, l’Europe et les municipales. Je vais m’y investir pleinement. »

Le gros problème, c’est que la politique politicienne et l’arrivée d’opportunistes qui réclament des places d’élus fasse basculer le parti de Jadot du côté de l’écologie superficielle, apte à la langue de bois et aux mesurettes. Il reste à former les militants et les sympathisant à un discours cohérent et plus radical. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait définir les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), Biens communs (gouvernance), communauté résiliente (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), croissance maîtrisée (économie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), Fécondité raisonnée (démographie), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). Cette réflexion complexe sous-tend le contenu de ce blog biosphere.

* LE MONDE du 6 juin 2019, Yannick Jadot : « Nous voulons conquérir et exercer le pouvoir »

L’illusion technologique confrontée au climat

Bertrand Piccard croit au miracle : « Grâce aux progrès technologiques, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus une contrainte. Nous pouvons parvenir à une croissance propre et qualitative. Saviez-vous que les bâtiments peuvent maintenant être si bien isolés qu’ils sont neutres sur le plan énergétique ? Ou que l’énergie nécessaire au chauffage peut être divisée par quatre et celle nécessaire à l’éclairage public et privé par dix ? Nous sommes même capables aujourd’hui de dessaler l’eau de mer avec l’énergie solaire. Le plastique biodégradable peut être produit à partir de protéines de lait. Les émissions de méthane de vache peuvent être réduites de 30 % avec un simple additif alimentaire. Ce ne sont là que quelques exemples de technologies propres. Je suis convaincu que nous pouvons décarboner nos économies bien avant 2050. Mieux encore, nous avons l’opportunité d’une transition vers une croissance durable à l’échelle mondiale. Les solutions technologiques d’aujourd’hui sont logiques autant qu’elles sont écologiques. »*

Trop beau pour être vrai cet exercice de technophilie. Prenons les rots et pets des vaches. Une étude de 2015 voulait démontrer que des bovins émettaient 30 % de méthane en moins grâce à un complément alimentaire. Mais les différentes molécules testées tardent à sortir des stations de recherche. En cause notamment, des impacts potentiels sur la santé de l’animal. Reste la question du coût d’une telle molécule ; les éleveurs laitiers sont dans une telle situation qu’ils ne peuvent pas se payer un inhibiteur de méthane. De toute façon l’efficacité énergétique dans les autres domaines indiqués par Piccard a non seulement un coût en énergie et en métaux rares, mais des innovations ponctuelles ne sont pas à l’échelle de la division nécessaire par quatre ou cinq de nos émissions de gaz à effet de serre. Par leur optimisme sans preuve et leur discours hors sol, Piccard et consorts empêchent que notre société aborde de front la véritable transition énergétique qui peut se résumer ainsi : réduire nos besoins, recycler, relocaliser, mais aussi démondialiser, désurbaniser, dévoiturer, mais aussi miser sur les technologies douces adaptées aux hommes et à la planète, ce qui exclut toute technique complexe et gourmande en ressources naturelles. Quelques compléments d’analyse avec les commentateurs sur lemonde.fr :

ALAIN LE COMTE : C’est beau l’optimisme !! …Ma grand-mère, à moins que ça ne soit Einstein, disait « la technologie ne peut pas réparer les dégâts de la technologie » !!

ChP : C’est noël. Il nous ont sorti le ravi Helvète, qui s’esbaudit et lève les bras au ciel,dès qu’il entend innovation, croissance verte ou durable. Réjouissez vous mes frères, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus une contrainte mais une joie. Le Grand Technologue nous a envoyé son messager dans son avion aux grandes ailes blanches. Prions, car Satan a réuni ses pires serviteurs à Katowice ! Le beau rêve risque de s’effondrer, la belle promesse va s’évanouir dans les vapeurs du réchauffement.

Balzamine : J’espère que les « groupes de pression » (pro pétrole, pro charbon, pronucléaire, j’en passe et des pires) ne feront pas obstacle à la circulation et au développement de ces innovations technologiques que nous promet M. Piccard !

le sceptique @ Balzamine : Comment cela pourrait être le cas ? Ce qui marche se diffuse. Cela fait 20 ans que je lis de ci de là des propos vaguement complotistes comme quoi on aurait des sources d’énergie ou des machines énergétiques super-efficaces mais que ces inventions seraient brimées par les magnats du pétrole (ou autres). Le problème : c’est juste faux, après examen, les trucs « super » ont un gros défaut, genre ne savent pas stocker une énergie fatale, coûtent 2 fois plus cher que leur équivalent thermique, etc. Par ailleurs, déposer un brevet sur une bonne idée et ne pas l’exploiter est parfaitement stupide si l’idée est plus rentable que son propre business. La propriété intellectuelle peut retarder parfois des démocratisations d’invention, mais depuis deux siècles qu’elle existe, il faudrait être assez aveugle pour prétendre que l’innovation technologique a été ralentie !

* LE MONDE du 5 décembre 2018, Bertrand Piccard : « Grâce aux technologies, la lutte contre le réchauffement n’est plus une contrainte »

Bertrand Piccard croit au miracle technologique

Bertrand Piccard, c’est ce type qui croit que son avion « Solar Impulse », capable tout juste de porter une personne pas trop grosse, va révolutionner le transport aérien ! Le mardi 28 août il déroulait son fantasmes lors de l’université d’été du Medef, concilier profit et écologie. Un message « patron compatible » : pour parler à l’adversaire, il est nécessaire d’adopter son langage, assure-t-il. Sa fondation se fixe un objectif : labelliser 1 000 innovations écologiques et rentables. LE MONDE croit bon de lui consacrer un article*.

S’il pense aux énergies renouvelables ou aux transports électriques, il n’a pas la moindre pensée pour la seule énergie durable, celle qu’on ne consomme pas. Il prend comme exemple de réussite Solar Impulse : « Aucun constructeur d’avion n’y croyait. Aujourd’hui, tous les constructeurs aéronautiques réfléchissent à l’aviation électrique. Tous ceux qui se sont moqués de moi il y a quinze ans travaillent dessus. » Comme d’habitude on remet aux lendemains qui chantent le soin de découvrir que l’avion électrique ce sera l’idéal… ou le fiasco. Ce genre de personnage sur-médiatisé nous font vivre dans le rêve, Bertrand Pïccard est à l’avion ce que Elon Musk est à la bagnole. Pour ces techno-croyants, il est inconcevable d’envisager que la transition énergétique « moderne » consiste à piller toujours plus de ressources minières, et qu’elles sont en voie de disparition. Piccard résout facilement le problème : « La pollution créée par ces mines est localisée, et doit être surveillée. J’aime mieux quelques mines de cobalt de plus que quelques degrés de plus dans l’atmosphère. » Comme les patrons sont selon Piccard des incapables d’innover par eux-mêmes, il faut que l’État crée de toute urgence des lois « modernes » qui poussent à l’utilisation de ces technologies propres… Comme si la motivation par le profit n’était pas le nerf de la guerre dans notre système !

Piccard veut profiter de sa notoriété pour « montrer que les technologies propres peuvent faire des choses que l’on croit impossible ». Nicolas Hulot a déjà montré que vouloir rendre possible l’impossible se révèle tout à fait impossible même quand on est au gouvernement et ministre d’État ! Par leur optimisme sans preuve et leur discours hors sol, Piccard et consorts empêchent que notre société aborde de front la véritable transition énergétique qui peut se résumer ainsi : réduire nos besoins, recycler, relocaliser, mais aussi démondialiser, désurbaniser, dévoiturer, mais aussi miser sur les technologies douces adaptées aux hommes et à la planète, ce qui exclut toute technique complexe et gourmande en énergie.

* LE MONDE « imaginer demain » du 7 septembre 2018, Bertrand Piccard : « Il existe des solutions environnementales rentables »

Poissons et crustacés condamnés à la chaise électrique

Mardi 21 novembre, la Commission des pêches du Parlement européen a donné un feu vert à la pêche électrique. La pêche électrique est une méthode de pêche qui utilise l’électricité pour déloger les poissons du fond des mers et océans, et les faire remonter à la surface. Les filets des chaluts de fond sont équipés d’électrodes qui envoient des décharges électriques dans les sédiments, les poissons se convulsent sous l’effet de la décharge et le courant électrique les ramène vers le filet. Ce sont des décharges égales à celle d’un Taser. Ceux qui sont remontés dans les chaluts sont souvent couverts de brûlures, d’ecchymoses, ou ont subi des déformations du squelette du fait de l’électrocution. Pratique jugée destructrice des ressources marines en Asie au terme d’une dizaine d’années d’utilisation, la pêche électrique a été interdite à Hong Kong en 1999 et en Chine en 2000. Cette méthode de pêche avait été interdite en Europe en 1998, mais en 2007, les Néerlandais avaient obtenu des dérogations au prix d’un lobbying efficace. La réglementation permettait d’équiper en électrodes jusqu’à 5 % de sa flotte de chalutiers à perche (sur lesquels des filets sont fixés à une perche déployée sur le côté).

La pratique de la pêche électrique néerlandaise est très contestée par les pêcheurs français du Nord pour ses conséquences néfastes sur les écosystèmes marins : « Cette pêche tue tous les juvéniles. Les témoignages des bateaux français qui pêchent dans les mêmes eaux que les bateaux néerlandais entre 3 et 20 nautiques nous disent tous la même chose : il n’y a plus de petits poissons dans les eaux de la mer de Nord ». En envoyant des décharges électriques dans les fonds marins, on électrocute forcément des larves ou des femelles pleines, et ça ne peut pas ne pas avoir d’incidences sur la reproduction. C’est un cercle vicieux. Pour maintenir leurs marges, les industriels n’ont pas d’autre choix que de limiter les coûts de production, en réduisant la consommation de carburant, et d’inventer des méthodes de pêche de plus en plus efficaces. Le recours à cette technique électrique est symptomatique d’une ressource halieutique mal gérée au niveau mondial. Et c’est un aveu total de faillite : on est prêt à fermer les yeux sur les risques de destruction des ressources pour conserver un profit à court terme… Grâce à ses capacités de manipulation sémantique, la direction de l’Union Européenne qualifie aujourd’hui la pêche par impulsion électrique de « technique innovante » !

Outre cet épuisement des ressources, la pêche électrique a aussi des conséquences néfastes sur l’artisanat de la pêche, qu’elle concurrence déloyalement, avec des moyens techniques hors de sa portée. Pourtant favoriser l’artisanat, c’est-à-dire des méthodes de pêche plus douces, ce serait mieux pour tout le monde, pour les ressources marines, pour les pêcheurs, pour les citoyens. Selon une tribune dans LE MONDE*, « encore une fois, l’innovation technologique induirait le sacrifice de très nombreux pêcheurs afin de compenser les gains d’efficacité des navires électriques. Les petits pêcheurs sont déjà durement touchés, puisque les chaluts électriques se sont déjà déployés vers les habitats côtiers fragiles, impactant leurs zones de pêche ou de reproduction de nombreuses espèces-clés ».

pour en savoir plus, https://reporterre.net/Le-Parlement-europeen-donne-un-premier-feu-vert-a-la-nefaste-peche-electrique

Il est encore temps de signer cette pétition : https://www.bloomassociation.org/stop-peche-electrique/

* LE MONDE du 16 novembre 2017, « L’Europe doit interdire la pêche électrique »

Poissons et crustacés condamnés à la chaise électrique

Mardi 21 novembre, la Commission des pêches du Parlement européen a donné un feu vert à la pêche électrique. La pêche électrique est une méthode de pêche qui utilise l’électricité pour déloger les poissons du fond des mers et océans, et les faire remonter à la surface. Les filets des chaluts de fond sont équipés d’électrodes qui envoient des décharges électriques dans les sédiments, les poissons se convulsent sous l’effet de la décharge et le courant électrique les ramène vers le filet. Ce sont des décharges égales à celle d’un Taser. Ceux qui sont remontés dans les chaluts sont souvent couverts de brûlures, d’ecchymoses, ou ont subi des déformations du squelette du fait de l’électrocution. Pratique jugée destructrice des ressources marines en Asie au terme d’une dizaine d’années d’utilisation, la pêche électrique a été interdite à Hong Kong en 1999 et en Chine en 2000. Cette méthode de pêche avait été interdite en Europe en 1998, mais en 2007, les Néerlandais avaient obtenu des dérogations au prix d’un lobbying efficace. La réglementation permettait d’équiper en électrodes jusqu’à 5 % de sa flotte de chalutiers à perche (sur lesquels des filets sont fixés à une perche déployée sur le côté).

La pratique de la pêche électrique néerlandaise est très contestée par les pêcheurs français du Nord pour ses conséquences néfastes sur les écosystèmes marins : « Cette pêche tue tous les juvéniles. Les témoignages des bateaux français qui pêchent dans les mêmes eaux que les bateaux néerlandais entre 3 et 20 nautiques nous disent tous la même chose : il n’y a plus de petits poissons dans les eaux de la mer de Nord ». En envoyant des décharges électriques dans les fonds marins, on électrocute forcément des larves ou des femelles pleines, et ça ne peut pas ne pas avoir d’incidences sur la reproduction. C’est un cercle vicieux. Pour maintenir leurs marges, les industriels n’ont pas d’autre choix que de limiter les coûts de production, en réduisant la consommation de carburant, et d’inventer des méthodes de pêche de plus en plus efficaces. Le recours à cette technique électrique est symptomatique d’une ressource halieutique mal gérée au niveau mondial. Et c’est un aveu total de faillite : on est prêt à fermer les yeux sur les risques de destruction des ressources pour conserver un profit à court terme… Grâce à ses capacités de manipulation sémantique, la direction de l’Union Européenne qualifie aujourd’hui la pêche par impulsion électrique de « technique innovante » !

Outre cet épuisement des ressources, la pêche électrique a aussi des conséquences néfastes sur l’artisanat de la pêche, qu’elle concurrence déloyalement, avec des moyens techniques hors de sa portée. Pourtant favoriser l’artisanat, c’est-à-dire des méthodes de pêche plus douces, ce serait mieux pour tout le monde, pour les ressources marines, pour les pêcheurs, pour les citoyens. Selon une tribune dans LE MONDE*, « encore une fois, l’innovation technologique induirait le sacrifice de très nombreux pêcheurs afin de compenser les gains d’efficacité des navires électriques. Les petits pêcheurs sont déjà durement touchés, puisque les chaluts électriques se sont déjà déployés vers les habitats côtiers fragiles, impactant leurs zones de pêche ou de reproduction de nombreuses espèces-clés ».

pour en savoir plus, https://reporterre.net/Le-Parlement-europeen-donne-un-premier-feu-vert-a-la-nefaste-peche-electrique

Il est encore temps de signer cette pétition : https://www.bloomassociation.org/stop-peche-electrique/

* LE MONDE du 16 novembre 2017, « L’Europe doit interdire la pêche électrique »

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numéro de juin 2017

Nous, qui sommes responsables de la crise des conditions de vie sur Terre, nous avons aussi la capacité intellectuelle de déterminer comment vivre dans un équilibre durable et dynamique avec les autres formes de vie. Pour nous éclairer, Arne Naess avec George Sessions avait formulé à la fin des années 1970 une offre de « plate-forme de l’écologie profonde » en huit points.

I) Plate-forme de l’écologie profonde en huit points

1/8) Le bien-être et l’épanouissement des formes de vie humaines et non-humaines sur Terre ont une valeur en elle-même (intrinsèque). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité du monde non-humain pour les besoins humains.

2/8) La richesse et la diversité des formes de vie ont une valeur en elles-mêmes et contribuent à l’épanouissement de la vie humaine et non humaine sur Terre.

3/8) Les humains n’ont pas le droit de réduire la richesse et la diversité biologique, sauf pour satisfaire des besoins vitaux.

4/8) L’épanouissement de la vie et des cultures humaines n’est compatible qu’avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement des formes de vie non-humaine requiert une telle diminution.

5/8) L’interférence humaine actuelle avec le monde non humain est excessive et nuisible, et la situation s’aggrave rapidement.

6/8) Les politiques doivent donc changer. Ces changements politiques affecteront les structures économiques, techniques, et idéologiques de la société à un niveau fondamental. La société changera en profondeur et rendra possible une expérience plus joyeuse de l’interdépendance de toutes choses.

7/8) Les changements idéologiques passent par l’appréciation d’une bonne qualité de vie plutôt que l’adhésion à des standards de vie toujours plus élevés. Il y aura une profonde conscience de la différence entre quantité et qualité.

8/8) Ceux qui souscrivent aux points précédents s’engagent à essayer de mettre en application directement ou indirectement les changements nécessaires.

II) Commentaires de la plate-forme par Arne Naess

1/8) Le bien-être et l’épanouissement des formes de vie humaines et non-humaines sur Terre ont une valeur en elle-même (intrinsèque). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité du monde non-humain pour les besoins humains.

Le terme écosphère est préférable au terme de biosphère, pour bien insister sur le fait que nous ne prenons pas seulement en compte les formes de vie au sens étroit du terme. Nous n’utilisons pas le terme de « vie » au sens technique, et nous l’employons aussi pour désigner des éléments que les biologistes considèrent comme non vivants : les rivières, les paysages, les champs, les écosystèmes, la terre vivante. Des slogans tels que « laissez vivre la rivière » illustrent bien cet usage du mot « vie », si répandu dans différentes cultures. Il n’y a que dans nos écoles occidentales que le terme « vivant « est exclusivement associé à la science de la biologie.

2/8) La richesse et la diversité des formes de vie ont une valeur en elles-mêmes et contribuent à l’épanouissement de la vie humaine et non humaine sur Terre.

Les espèces de plantes et d’animaux prétendument simples, inférieures ou primitives contribuent de façon décisive à la richesse et à la diversité de la vie. Elles ont une valeur en elles-mêmes et ne sont pas simplement des étapes dans l’avènement de formes de vie prétendument supérieures et rationnelles. Complexité et complication sont deux choses différentes. La vie urbaine peut être plus compliquée que la vie d’un écosystème sans pour autant être plus complexe. Pourquoi parler de diversité et de richesse ? Supposez que les hommes interfèrent dans un écosystème à un degré tel que mille espèces de vertébrés en soient réduites à un état de survie. Ce serait à l’évidence une situation inacceptable. Nous exigeons une abondance d’habitats interconnectés par des « corridors » écologiques. Il faut comprendre que notre impact sur la vie sur Terre peut être excessif quand bien même nous en respectons la diversité.

3/8) Les humains n’ont pas le droit de réduire la richesse et la diversité biologique, sauf pour satisfaire des besoins vitaux.

Cette formule est peut-être excessive. Mais étant donné le nombre incroyable de droits que les êtres humains s’octroient, il peut être salutaire de formuler une norme sur ce que les humains n’ont pas le droit de faire. Il nous faut prendre en compte des situations dans lesquelles nous ne pouvons revendiquer aucun droit. Nous avons délibérément choisi de laisser le terme « besoin vital » dans le flou pour que chacun soit libre de l’interpréter comme il l’entend. Il faut prendre en compte les différences de climat ainsi que les différences d’organisation dans les sociétés telles qu’elles existent aujourd’hui. Il faut également prendre en considération la différence entre un moyen pour satisfaire un besoin et le moyen lui-même. Pour le baleinier, la chasse à la baleine est une moyen important d’éviter le chômage. Mais il faut pourtant de toute urgence contrôler le pêcheur et son bateau, pour éviter la surpêche et l’usage de méthodes barbares.

4/8) L’épanouissement de la vie et des cultures humaines n’est compatible qu’avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement des formes de vie non-humaine requiert une telle diminution.

La stabilisation et la réduction de la population humaine prendre du temps. Il faut donc mettre en place des stratégies provisoires. Mais cela n’excuse en rien la complaisance dont nous faisons preuve actuellement ; nous devons prendre conscience de l’extrême gravité de la situation présente. Plus nous attendons, plus nous serons obligés de prendre des mesures drastiques. Tant que des changements profonds n’auront pas été réalisés, nous courons le risque d’assister à une diminution substantielle de la richesse et de la diversité de la vie ; le rythme d’extinction des espèces sera dix à cent fois supérieur qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire humaine. Mais si les milliards d’êtres humains qui vivent aujourd’hui sur Terre adoptaient un comportement écologiquement responsable, la vie non humaine pourrait elle-aussi s’épanouir.

5/8) L’interférence humaine actuelle avec le monde non humain est excessive et nuisible, et la situation s’aggrave rapidement.

Dans les pays les plus riches, on ne peut pas s’attendre à ce que les gens réduisent leur impact sur le monde non humain du jour au lendemain. Réduire notre impact ne veut pas dire que nous ne pourrons plus modifier certains écosystèmes comme le font d’autres espèces. Les homme ont toujours transformé la terre et continueront probablement à le faire. Il s’agit de connaître la nature exacte et l’étendue de ces transformations. La biosphère a besoin d’immenses territoires sauvages pour que l’évolution et le spéciation des plantes et des animaux puissent s’y poursuivre. Les réserves de nature sauvage sont actuellement trop petites et trop peu nombreuses.

6/8) Les politiques doivent donc changer. Ces changements politiques affecteront les structures économiques, techniques, et idéologiques de la société à un niveau fondamental. La société changera en profondeur et rendra possible une expérience plus joyeuse de l’interdépendance de toutes choses.

La croissance économique telle qu’elle est aujourd’hui conçue et mise en application par les États industriels, est incompatible avec les 6 premiers points de la plate-forme de l’écologie profonde. Autonomie, décentralisation, bio-régionalisme, un slogan comme « penser globalement, agir localement » ; tous ces termes continueront à jouer un rôle important dans l’écologie des sociétés humaines. Mais si nous voulons mettre en place des changements profonds, nous devons nous engager dans une action globale qui dépasse les frontières. Lorsque des communautés locales soutiennent le prétendu développement de façon inconditionnelle, il est nécessaire qu’une autorité centrale les contraigne à adopter une politique écologique plus responsable. Il y a donc des limites à la décentralisation des décisions écologiques les plus importantes. Il devient aussi primordial de s’engager dans une action globale à travers des organisations non-gouvernementale. La plupart de ces organisations sont capables d’agir globalement tout en s’appuyant sur des contextes locaux, évitant ainsi des interventions gouvernementales malvenues. Aujourd’hui la diversité culturelle a besoin d’une technologie de pointe, c’est-à-dire des techniques qui permettent à chaque culture d’atteindre ses objectifs fondamentaux. Les technologies dites douces ou alternatives sont des étapes dans cette direction. Mais ce que l’on appelle actuellement « technologies de pointe » correspond rarement à ce nom.

7/8) Les changements idéologiques passent par l’appréciation d’une bonne qualité de vie plutôt que l’adhésion à des standards de vie toujours plus élevés. Il y aura une profonde conscience de la différence entre quantité et qualité.

Certains économistes critiquent l’expression « qualité de vie » et considèrent qu’elle est floue. Mais à l’examen, ce qu’ils tiennent pour flou est la nature non quantitative du terme. On ne peut quantifier correctement ce qui est important pour la qualité de la vie, et il n’est pas nécessaire de le faire.

8/8) Ceux qui souscrivent aux points précédents s’engagent à essayer de mettre en application directement ou indirectement les changements nécessaires.

Nous sommes libres de nous faire des opinions différentes des priorités de notre vie : que devons-nous faire en premier, et après ? Qu’est-ce qui est le plus urgent ? Qu’est-ce qui est nécessaire ? Qu’est-ce qui est souhaitable ? Les différences d’opinions n’excluent pas une coopération énergique. Formuler des principes fondamentaux qui soient partagés par la plupart des partisans de l’écologie profonde peut nous permettre de déterminer, parmi nos désaccords, lesquels nous aurions intérêt à atténuer, et lesquels à accentuer.

in Arne Naess, la réalisation de soi (éditions wildproject 2017, 314 pages pour 22 euros)

III) présentation du philosophe et écologiste Arne Naess

En 1973, le philosophe norvégien Arne Naess lança le mouvement de l’écologie profonde, la philosophie préférée des militants écologistes radicaux. Il est mort à l’âge de 96 ans le 12 janvier 2009. En Norvège, sa disparition a donné lieu à un hommage national.

Arne Naess est un philosophe atypique. Considéré par les positivistes logiques comme un des éléments les plus prometteurs du Cercle de Vienne, Arne Naess ne se ralliera jamais à leur thèse d’une réduction de la philosophie à l’analyse logique du langage, ni à l’idée que l’on puisse congédier l’ensemble des énoncés de la métaphysique au rang de non-sens. En 1938, Naess est nommé professeur de philosophie à l’université d’Oslo. Débute alors pour lui à 27 ans une carrière universitaire des plus brillantes. Arne Naess y met fin en 1969, lorsqu’il abandonne prématurément l’université : il préfère « vivre plutôt que fonctionner ».

Il s’engage dans la cause écologiste et, dès 1970, élabore son concept d’écologie profonde, en opposition à l’écologie dite « superficielle » qui se focalise uniquement sur la réduction de la pollution et la sauvegarde des ressources matérielles en vue de garantir le niveau de vie actuel des sociétés riches. A l’inverse, l’écologie profonde s’inscrit dans le long terme et place la réflexion écologique au niveau métaphysique (elle est « écosophie ») afin de transformer durablement la conception moderne du rapport de l’homme à la nature. Naess propose ainsi de substituer à l’image de l’homme-dans-son-environnement une vision relationnelle du monde qui rejette l’anthropocentrisme, et défend la thèse de l’ « égalité biosphèrique », à savoir le droit égal pour tous les êtres vivants de vivre et de s’épanouir en raison de la valeur intrinsèque de chacun.

En sus de l’élaboration de ces grandes thèses philosophiques qui ont donné lieu à un très grand nombre de discussions relativement scolastiques dans le cadre du développement de l’éthique environnementale sur les campus américains, Naess aura toujours prôné la nécessité d’une action militante comme une donnée essentielle de l’écologie profonde. Il se distingue notamment lors des manifestations anti-barrage de Mardöla en 1970, et d’Alta en 1980. On pourra regretter que l’écologie profonde nous soit parvenue en France sous l’effet de la caricature absurde, réduisant l’égalitarisme biosphèrique à une forme d’antihumanisme fascisant*. Il n’en a pas fallu beaucoup pour que la position, certes radicale, des écologistes profonds en faveur d’une réduction de la population humaine comme vecteur important de l’amélioration de la condition humaine et de la planète ne réveille chez certains les peurs génocidaires.

Espérons que la (re)découverte d’Arne Naess nous donne l’occasion de relire une œuvre jamais marquée par les certitudes, profondément ouverte et tolérante, humaine et pacifiste, fortement imprégnée de la pensée de Spinoza et de Gandhi – à l’heure ou l’écologie politique, engloutit dans les pratiques politiciennes, plonge de plus en plus dans l’impensé.

* Le Nouvel Ordre écologique de Luc Ferry est l’exemple le plus emblématique de cette interprétation.

Un livre récemment paru (avril 2017) fait une bonne présentation d’Arne Naess et recense certains de ses articles : Une écosophie pour la vie (introduction à l’écologie profonde) aux éditions anthropocène/Seuil

Références biographiques sur notre réseau de documentation des écologistes :

Ecologie, communauté et style de vie de Arne NAESS

Vers l’écologie profonde (Arne NAESS avec David ROTHENBERG)

Plate-forme de l’ écologie profonde (6/8)

La crise des conditions de vie sur Terre peut nous aider à choisir une nouvelle voie. Nous, qui sommes responsables de cette situation, nous avons la capacité intellectuelle de réduire notre nombre consciemment et de vivre dans un équilibre durable et dynamique avec les autres formes de vie. A la fin des années 1970, Arne Naess a formulé avec George Sessions une offre de « plate-forme de l’écologie profonde » en huit points. Voici le sixième, explicité lors d’une conférence* prononcée en 1986 :

6/8) Les politiques doivent donc changer. Ces changements politiques affecteront les structures économiques, techniques, et idéologiques de la société à un niveau fondamental. La société changera en profondeur et rendra possible une expérience plus joyeuse de l’interdépendance de toutes choses.

La croissance économique telle qu’elle est aujourd’hui conçue et mise en application par les États industriels, est incompatible avec les 6 premiers points de la plate-forme de l’écologie profonde. Autonomie, décentralisation, bio-régionalisme, un slogan comme « penser globalement, agir localement » ; tous ces termes continueront à jouer un rôle important dans l’écologie des sociétés humaines. Mais si nous voulons mettre en place des changements profonds, nous devons nous engager dans une action globale qui dépasse les frontières. Lorsque des communautés locales soutiennent le prétendu développement de façon inconditionnelle, il est nécessaire qu’une autorité centrale les contraigne à adopter une politique écologique plus responsable. Il y a donc des limites à la décentralisation des décisions écologiques les plus importantes. Il devient aussi primordial de s’engager dans une action globale à travers des organisations non-gouvernementale. La plupart de ces organisations sont capables d’agir globalement tout en s’appuyant sur des contextes locaux, évitant ainsi des interventions gouvernementales malvenues. Aujourd’hui la diversité culturelle a besoin d’une technologie de pointe, c’est-à-dire des techniques qui permettent à chaque culture d’atteindre ses objectifs fondamentaux. Les technologies dites douces ou alternatives sont des étapes dans cette direction. Mais ce que l’on appelle actuellement « technologies de pointe » correspond rarement à ce nom.

* in Arne Naess, la réalisation de soi (éditions wildproject 2017, 314 pages pour 22 euros)

BIOSPHERE-INFO, sur la « science sans conscience »

Notre mensuel Biosphere-Info est gratuit. Pour le recevoir, il suffit de communiquer son adresse électronique à biosphere@ouvaton.org

BIOSPHERE-INFO n° 376, octobre 2016

Il faut s’intéresser à la technoscience, la science est de plus en plus reliée à des applications techniques. C’est ce que faisait notre numéro de décembre 2013 intitulé dualisme des techniques, douces ou dures. Celui de septembre 2014 relatait l’existence de l’association TECHNOlogos : penser la technique aujourd’hui et résister à sa puissance. Mais cette problématique interroge plus fondamentalement la place de la science dans la société. On peut citer des initiatives comme la fondation Sciences Citoyennes qui œuvre à une réappropriation citoyenne et démocratique de la science et de la technique afin de les mettre au service du bien commun. Aujourd’hui nous consacrons ce numéro de Biosphere-Info à un site plus récent, Sciences Critiques : « Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n’auront plus que des crédulités scientifiques. » (Anatole France). Voici quelques liens sur son contenu :

Quelques tribunes libres (rubrique « Savoir »)

Pourquoi et comment être critique de science ? (Jacques Testart, février 2015)
Pourquoi il ne faut pas sauver la recherche scientifique (par Le Groupe Oblomoff, mars 2015)
Pour une critique de science (par Jean-Marc Lévy-Leblonc, mars 2015)
La science est-elle universelle ? (par Fabrice Flipo, avril 2015)
L’économie est-elle une science ? (par Didier Harpagès, mai 2015)
Aux racines de la critique des sciences (par Renaud Debailly, juin 2015)
Du scientisme aux savoirs vivants (par Moins !, juillet 2015)
Impasse de la technoscience (par Joël Decarsin, septembre 2015)
La science est-elle sacrée ? (par Christian Godin, novembre 2015)
Y a-t- il des « antiscience » ? (par Fabrice Flipo, décembre 2015)
Religiosité de la technoscience (Simon Charbonneau, avril 2016)
Qu’est-ce que la science post-normale ? (Giacomo D’Alisa et Giorgos Kallis, mai 2016)

Quelques « Grands Entretiens »

Les débats scientifiques peuvent être instrumentalisés (Stéphane Foucart, septembre 2015)
Les climatosceptiques se moquent de la vérité scientifique (Laure Noualhat, octobre 2015)
Il n’y a pas de maîtrise démocratique de la science (Jean-Marc Lévy-Leblond, décembre 2015)
Oser les indisciplines de l’intuition (Mohammed Taleb, mai 2016)
Le XXIème siècle doit devenir le siècle de l’hygiène chimique (Joël Spiroux de Vendômois, juin 2016)
Il est urgent de repenser nos imaginaires (Sébastian Vincent Grevsmühl, juin 2016)

Articles déjà publiés (rubrique « Comprendre »)

http://sciences-critiques.fr/category/comprendre/

deux écologies, l’une superficielle, l’autre raisonnable !

Les journalistes du MONDE sont adeptes de la première écologie. Il faut aller plus loin, l’écologie est une approche transversale qui s’occupe à la fois du moment présent, des générations futures et des non-humains. L’élargissement dans le temps et dans l’espace de l’analyse journalistique est donc nécessaire. Par exemple :

1/2) le grand Tétras

Prenons Martine Valo sur le grand tétras. Son article oppose deux points de vue contradictoires : « Le grand tétras sème la discorde entre défenseurs de la nature et hérauts des énergies renouvelables. Au nom de la protection de ce gallinacé emblématique du massif des Vosges des associations s’opposent à un projet d’éoliennes : « Si on commence à installer des éoliennes ici, il risque d’y en avoir partout dans les Vosges ». Le maire Henri Stoll, principal promoteur des éoliennes et candidat aux primaires EELV pour l’élection présidentielle de 2012 : « Dans cette forêt, on fait de la monoculture d’épicéas, ça manque de bruyère pour que le tétras se nourrisse. Voilà le problème ». Chacun se renvoie les avis d’experts qui l’arrangent. »*

D’un côté il y a la nature, la tranquillité des chemins pédestres et les harmonieuses collines sans éoliennes. De l’autre il y a la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique et de préparer la civilisation de l’après-pétrole. Si on veut défendre le premier point de vue, il faut d’abord et surtout agir contre les centrales nucléaires, leurs déchets et leurs pylônes qui dénaturent la nature, contre les autoroutes et les lignes à grande vitesse qui fragmentent les paysages, contre la civilisation thermo-industrielle et sa pollution de l’air, des eaux et des sols. S’ils en arrivent à penser ainsi, les tenants de l’écologie superficielle se rendent compte qu’il faut des moulins à vent pour moudre le blé et nourrir une population nombreuse… à moins de vouloir retourner aux fléaux de nos lointains ancêtres. Ce qui veut dire qu’il est nécessaire de débattre des techniques plus ou moins douces, du niveau de notre (sur)population, de l’échelle de nos besoins en énergie, de la place à donner aux tétras et aux chauves-souris, etc. Les réponses ne sont jamais évidentes, mais halte aux oppositions stériles entre « écolos ».

* LE MONDE du 30 août 2013, Au col du Bonhomme, éoliennes contre grand tétras

2/2) les électrohypersensibles

Audrey Garric présente la même posture que Martine Valo, façon Janus: « Les ondes émises par les antennes-relais, téléphones portables et autres réseaux Wi-Fi ont-elles un impact sur la santé ? Si cette question controversée génère une littérature scientifique foisonnante, elle n’a toujours pas été tranchée, laissant les personnes électrohypersensibles (EHS) démunies. Une réduction de l’exposition aux ondes sous le seuil de 0,6 volt par mètre (contre 41 à 61 V/m actuellement) est défendue par les associations comme un « seuil de protection » sanitaire. Mais ce plafond est critiqué par les opérateurs de téléphonie mobile, qui s’appuient sur l’Agence nationale de sécurité sanitaire : l’agence Anses estimait en 2009 que les ondes n’entraînaient pas d’effets sanitaires et jugeait infondée la valeur limite de 0,6 V/m. Or depuis, en 2011, l’Organisation mondiale de la santé a classé les ondes électromagnétiques comme potentiellement cancérigènes. Une étude française sur de jeunes rats a conclu à une perturbation du sommeil, de la régulation thermique et de la prise alimentaire entraînée par les radiofréquences. Chez l’homme, ce lien de causalité n’a jamais été établi. Il y a deux consultations médicales spécialisées en France. Dominique Belpomme : « A l’aide de tests, nous avons découvert que tous les EHS présentent un manque d’oxygène dans le cerveau. » Laurent Chevallier : « On pourrait observer la même chose chez d’autres patients non-EHS. »**

D’un côté il y a les tenants du progrès technique qui, même si on leur démontre que les ondes électromagnétiques sont néfastes, voudront poursuivre la course en avant : le risque doit être assumé, le principe de précaution est nul, etc. De l’autre il y a les diverses victimes du progrès technique, les EHS mais aussi les addicts aux écrans, les problèmes du tout électrique, ceux qui n’ont pas accès aux nouvelles technologies, les exploités qui nous procurent les terres rares de nos machins dernière génération, etc. Si chacun accepte de remonter la chaînes des causalités, on se rend compte que les limites de la planète sont dépassées et qu’il faut savoir se contenter de moins. Est-ce que le portable et le Wi-Fi nous apporte plus de bonheur que la téléphonie fixe ? La réponse est non, les ondes électro-magnétiques n’ont aucune raison de se multiplier.

** LE MONDE du 31 août 2013, une souffrance mal comprise et peu prise en charge

mieux que Zoé, le pédalier, une énergie à explorer

La revue L’Ecologiste de janvier-mars 2013 expose tout un dossier « Comment vivre plus simplement ». On passe du jardinage collectif urbain en Russie à la supériorité de la lecture papier par rapport à Twitter. Mais c’est l’article « le pédalier, une énergie à explorer », qui nous a paru le plus symptomatique des temps qui viennent : ni retour à la bougie, ni passage à la fusion nucléaire, des techniques aussi douces que sophistiquées. Grâce au pédalage, on peut fournir directement de l’énergie à des machines ou bien générer de l’électricité.

Au Guatemala, Mayapedal fournit des machines à pédalier qui actionnent des pompes à eau, des broyeurs, des batteuses, des décortiqueuses, des mixeurs et même des machines à laver. Le Dynapod de l’ingénieur britannique Alex Weir peut faire fonctionner des soufflets de forge, des foreuses, des tours de potier, des pistolets à peinture, des broyeuses de café, des scies à ruban et des machines à coudre. La machine multifonctionnelle de l’Indien J.P.Modak fournit plus d’énergie que la personne qui l’utilise grâce à un volant d’inertie qui libère de l’énergie cinétique. Ce système a été réalisé initialement pour fabriquer des briques. Il fournit entre 20 et 60 fois ce qu’un homme moyen peut fournir, soit 300 watts momentanément ou 100 watts sur une longue période.

La façon la plus simple de produire de l’électricité est de fixer un générateur sur un vélo fixe. Le pédalier qui génère de l’électricité fait perdre jusqu’à 70 % de l’énergie. Mais on peut là aussi ajouter un volant  d’inertie. Si les Népalais pédalaient deux heures par jour, leur pays serait autosuffisant en énergie. Un village est équipé d’un générateur qui est actionné 8 heures par jour, chargeant de grosses batteries. Cela fournit assez d’électricité pour 200 foyers.

Nous jugeons ces perfectibles engins par rapport aux machines générées par le pétrole et non aux outils manuels et aux machines qui les ont précédés. Cette technique du pédalier fait donc sourire les occidentaux mais elle est bien accueillie dans le monde en développement où les méthodes agricoles reposent sur la force humaine avec des outils peu élaborés. Ce sont les pays pauvres qui sont en train de mettre au point un fonctionnement indépendant des sources d’énergie fossile.

Source : L’écologiste n° 39, janvier-mars 2013 p.38-39

Vivre comme un écolo : dans la souffrance ?

Vivre comme un écolo implique des « sacrifices » qu’il vaudrait mieux pratiquer volontairement dès aujourd’hui plutôt que de les subir violemment demain. Réponse à quelques questions :

A) Faut-il devenir un moine écolo ?

Le mode de vie à l’occidentale est bien au-dessus des possibilités de la planète (cf. empreinte écologique), ce qui nécessite une cure d’austérité qui implique une sobriété personnelle importante. Or le pouvoir politique ne peut être efficace sans la simplicité volontaire des individus, d’autant plus que nous fonctionnons socialement par interaction spéculaire : « tu fais parce que je fais parce que nous faisons tous ainsi. » Le changement social résulte donc de notre exemplarité dans notre comportement écolo. Comme à l’impossible nul n’est tenu, à chacun de nous de faire son possible dans sa transformation personnelle. Mais il n’y a pas de possibilité d’une société juste sans un mouvement dont les militants n’essayent pas d’être aussi des « justes ».

B) Faut-il éviter de parler d’une vie sans téléphone portable devant des jeunes ?

Le constat de réalité concerne tout le monde, y compris les jeunes. La pédagogie ne consiste pas à faire croire au père Noël qui apporte gratuitement les dernières « tablettes » numériques au pied du sapin. De la part de responsables politiques, ce serait un comble de cacher aux utilisateurs les limites économiques, sociologiques et écologiques du portable en particulier et des écrans en général. Il faut lutter contre les stéréotypes sociaux, « le portable est absolument nécessaire », « la voiture rend libre »… alors que ces équipements  nécessitent toute une organisation complexe, technique, gourmande en terres rares et d’autant plus difficiles à maintenir de façon durable. Préparons politiquement avec les jeunes l’avenir de nos générations futures, ne succombons pas aux délices du consumérisme et de l’aliénation.

C) Faut-il éviter de parler en terme de « tu dois » ?

L’éducation ne consiste pas à prôner la loi du moindre effort et à éviter les interdits. Il faut assurer des repères. La socialisation actuelle fait croire aux gens à la liberté individuelle totale alors que le système nous enserre dans un système de contraintes de plus en plus grandes ; notre pouvoir d’autonomie en est réduit d’autant. La liberté véritable n’existe que si nous avons conscience claire des contraintes. Nous devons nous forcer à redéfinir les techniques (douces) et les relations (conviviales) qui permettent de retrouver notre autonomie. Aussi nous ne disons pas seulement « tu dois », mais plutôt : « Tu dois chercher par toi-même le sens de ta liberté et retrouver ainsi le sens des limites. » Le pouvoir sur soi va avec le devoir envers les autres. En s’exprimant ainsi, nous ne culpabilisons pas les gens, nous leur disons simplement qu’ils possèdent eux-aussi le sens de la responsabilité : responsable, mais pas coupable !

D) Faut-il condamner le système plutôt que les individus ?

Il ne devrait pas y avoir de contradiction. L’écologie montre en effet que le tout et ses parties sont indissociables. C’est la somme des comportements individuels qui fait évoluer la société, mais c’est la société ainsi créée qui formate les individus. Il faut donc à la fois agir sur la chaîne et les maillons de la chaîne. Si on en reste à vilipender le pouvoir capitaliste et à manifester dans les rues, l’expérience historique montre que nous n’avons rien gagné. Le vainqueur des mouvements dans les pays arabes n’est pas la démocratie, mais une idéologie qui est plutôt son contraire. L’écologie est concrète. Par exemple la surconsommation est produite à la fois par le système de publicité et par l’achat « volontaire » de ses produits par le consommateur. A notre avis, l’écologie politique réclame à la fois la fin de la publicité (décision politique) et le changement du mode de consommation des individus (action personnelle). L’un est indissociable de l’autre, à chacun de prendre ses responsabilités sans se croire jugé.

E) Question diverses

A toi, lecteur,  de les poser en commentaire, nous y répondrons…

le portable, technique douce ou dure ?

Les techniques que nous utilisons devraient être douces à la nature, douce aux communautés humaines. Prenons l’exemple de la communication orale. Rien de plus simple, nous pouvons échanger directement, facilement. Mais notre société a tout compliqué. Le tout petit enfant mâchouille quelque chose au moment de la poussée des dents. Alors les usines mettent sur le marché des morceaux de caoutchouc reproduisant un portable, avec touches et tout. L’intoxication commence. Puis est venue pour l’enfant l’accumulation de jouets, à Noël et autres anniversaires : une montagne de jouets nécessitant presque tous des piles électriques. Pas étonnant qu’à 7-8 ans, l’enfant réclame déjà son téléphone personnel ! Mais ce n’est plus à l’autonomie que l’enfant accède, c’est à la soumission à une société thermo-industrielle. Car qui dit électricité dit prise électrique, énorme réseau de poteaux et de transformateurs, et tout au bout la centrale nucléaire. L’enfant dès le plus jeune âge apprend à devenir complice de ce système de production. Au lieu de jouer avec un simple ballon et d’aller dans la nature faire son propre apprentissage, on enferme les jeunes devant la télé et ses émissions pour tout-petits, on lui laissera bientôt prendre le téléphone à la place de ses parents, puis le portable sera l’aboutissement d’une rupture avec la nature, avec les adultes, et avec la relation directe à l’autre : les « facilités » du tout électrique l’emportent.

                Le paradoxe, c’est que cela peut même être dangereux pour la santé physique des enfants*. La ministre de l’écologie Chantal Jouanno prônait en novembre 2010 une interdiction du portable jusqu’à l’âge de douze ans et il est d’ailleurs banni des écoles. Les normes d’exposition aux ondes électromagnétiques avaient été fixées pour des adultes… on va seulement en février 2012 mettre en place la première étude épidémiologique mondiale concernant l’usage du mobile pour les enfants, Mobi-kids. Les enfants ont un crâne moins épais que les adultes, moins protecteur. Peut-être qu’on va découvrir que le portable provoque des tumeurs malignes, sachant que le délai de latence entre l’exposition et l’apparition d’un cancer est de 20 à 30 ans.

                En définitive, la technologie d’aujourd’hui est douce pour les marchands et dure pour enfants et adultes, même si on a développé l’illusion que le bonheur vient avec l’électricité.

* LeMonde du 11 janvier 2011, Ces ondes qui planent sur la tête de nos enfants.

le portable, technique douce ou dure ?

Les techniques que nous utilisons devraient être douces à la nature, douce aux communautés humaines. Prenons l’exemple de la communication orale. Rien de plus simple, nous pouvons échanger directement, facilement. Mais notre société a tout compliqué. Le tout petit enfant mâchouille quelque chose au moment de la poussée des dents. Alors les usines mettent sur le marché des morceaux de caoutchouc reproduisant un portable, avec touches et tout. L’intoxication commence. Puis est venue pour l’enfant l’accumulation de jouets, à Noël et autres anniversaires : une montagne de jouets nécessitant presque tous des piles électriques. Pas étonnant qu’à 7-8 ans, l’enfant réclame déjà son téléphone personnel ! Mais ce n’est plus à l’autonomie que l’enfant accède, c’est à la soumission à une société thermo-industrielle. Car qui dit électricité dit prise électrique, énorme réseau de poteaux et de transformateurs, et tout au bout la centrale nucléaire. L’enfant dès le plus jeune âge apprend à devenir complice de ce système de production. Au lieu de jouer avec un simple ballon et d’aller dans la nature faire son propre apprentissage, on enferme les jeunes devant la télé et ses émissions pour tout-petits, on lui laissera bientôt prendre le téléphone à la place de ses parents, puis le portable sera l’aboutissement d’une rupture avec la nature, avec les adultes, et avec la relation directe à l’autre : les « facilités » du tout électrique l’emportent.

                Le paradoxe, c’est que cela peut même être dangereux pour la santé physique des enfants*. La ministre de l’écologie Chantal Jouanno prônait en novembre 2010 une interdiction du portable jusqu’à l’âge de douze ans et il est d’ailleurs banni des écoles. Les normes d’exposition aux ondes électromagnétiques avaient été fixées pour des adultes… on va seulement en février 2012 mettre en place la première étude épidémiologique mondiale concernant l’usage du mobile pour les enfants, Mobi-kids. Les enfants ont un crâne moins épais que les adultes, moins protecteur. Peut-être qu’on va découvrir que le portable provoque des tumeurs malignes, sachant que le délai de latence entre l’exposition et l’apparition d’un cancer est de 20 à 30 ans.

                En définitive, la technologie d’aujourd’hui est douce pour les marchands et dure pour enfants et adultes, même si on a développé l’illusion que le bonheur vient avec l’électricité.

* LeMonde du 11 janvier 2011, Ces ondes qui planent sur la tête de nos enfants.