Parti dit écolo, du pacifisme au militarisme

Tournant historique, le parti dit « Les Ecologistes » se lance dans un militarisme décomplexé alliant « écologie de guerre » et arme atomique. Pour le cofondateur de l’Observatoire des armements, Patrice Bouveret, « cela traduit une coupure entre les élus du parti et sa base qui se retrouvait dans les valeurs “pacifisme, féminisme et écologie”. » L’expert pointe un manque de réflexion collective à l’intérieur des Écologistes sur les questions de défense. « Les parlementaires écologistes deviennent de plus en plus proches des positions officielles de la France sans qu’il n’y ait remise en cause ou interrogation sur ces questions-là. Ils perdent le côté novateur qu’avaient les écologistes sur ces questions », regrette Patrice Bouveret.

Vincent Rissier (12 mars 2025) : Dans un discours martial le 3 mars 2025, le groupe des Écologistes a prononcé ses adieux au pacifisme : « Le groupe Écologiste et social soutient un engagement militaire renforcé à destination de l’Ukraine, notamment par la fourniture d’équipements de défense avancés, par la formation des forces ukrainiennes et par le renforcement des troupes européennes dans les pays frontaliers de l’Ukraine ». Un discours guerrier, mais qui ne s’arrête pas là. Pour les Écologistes, il s’agit en effet de réarmer l’Europe au moyen d’une « base industrielle de défense européenne… afin d’être indépendants du point de vue opérationnel et de garantir l’interopérabilité entre les armées européennes ». Qu’importe le coût écologique exorbitant des guerres et de l’industrie militaire. « Quand on dit qu’on va produire plus d’armes en France ça va enrichir des gens donc je pense qu’on devrait les taxer sur les superprofits qu’ils vont engranger sur le dos de cette guerre », a justifié Marine Tondelier sur le plateau de France 2 le 12 mars 2025.

Sur le terrain de l’arme nucléaire, Tondelier a également acté une conversion totale des Verts à la doctrine de la soi-disant « dissuasion nucléaire », alors qu’ils entretenaient historiquement une ambiguïté sur ce point. Toujours sur LCI, elle a même revendiqué « qu’avec l’arme atomique dont on dispose mécaniquement ça nous met un peu en figure de proue » du militarisme européen. Marie Toussaint salue aujourd’hui comme « grave, mais à la hauteur de la situation » le discours de Macron appelant à l’escalade militaire, tandis que son groupe à l’Assemblée nationale défend que « L’Union européenne doit s’affirmer comme une force politique, ce qui implique aujourd’hui dans ce contexte de s’affirmer comme une force militaire ».

Le point de vue des écologistes

L’idée que la meilleure manière d’empêcher l’industrie de l’armement de se gaver est de refuser le tournant vers la guerre n’a pas effleuré les esprits profonds des équipes de communication des Verts. A l’heure de la crise écologique, soutenir l’agrandissement d’un complexe industriel uniquement destiné à la destruction des vies et de l’environnement, et qui pollue par sa seule existence plus que le secteur du fret maritime et du transport aérien cumulés, c’est s’engager à tombeau ouvert sur l’autoroute de la catastrophe. Il ne reste plus qu’à souhaiter aux Écologistes qu’il leur arrive la même chose qu’à leurs collègues allemands : l’effondrement de leur base dans la jeunesse et le départ d’une bonne partie de leurs militants, qui méritent bien mieux qu’une écologie de la défaite rampant devant le militarisme.

Si les Écologistes agissaient dans la lignée de leur engagement historique pour la non violence, ils demanderaient politiquement à ce que, lors de la Journée Défense Citoyenneté obligatoire pour tous les jeunes, il y ait un module sur la défense civile non violente ainsi qu’une possibilité pour les jeunes de se déclarer lors de cette journée objecteur de conscience… A plus long terme, confier la gestion de toutes nos forces armées à l’ONU et à son conseil de sécurité ferait basculer nos forces armées d’une préparation dédiée à la guerre vers une simple force d’interposition, une gendarmerie internationale en somme !

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L’écologie entre pacifisme et remilitarisation (7 avril 2025)

extraits : Depuis l’invasion de l’Ukraine, deux visions de la militarisation avancent en parallèle au sein du parti renommé « Les Ecologistes » : créée très récemment en 2024, une commission défense (militariste) cohabite désormais avec la commission Paix et désarmement, créée en 1984 lors de l’AG fondatrice des Verts. Lors des journées d’été des Verts, la commission défense a présent publiquement son point de vue sans qu’il y ait approche contradictoire. Cyrielle Chatelain en était la présentatrice. Elle préside le groupe écologiste à l’Assemblée nationale. À l’Assemblée nationale, elle siège au sein de la commission de la Défense nationale et des Forces armées. Cyrielle a mis fin au pacifisme traditionnel des Verts : « L’Union européenne doit s’affirmer comme une force politique, ce qui implique aujourd’hui dans ce contexte de s’affirmer comme une force militaire. »….

7 réflexions sur “Parti dit écolo, du pacifisme au militarisme”

  1. Nous avons déjà, sur ce blog, longuement parlé de l’«écologie punitive». De la «punitive» entre autres, bien sûr. Et pour en dire quoi, finalement ? Je me souviens avoir lu que l’écologie était punitive par nature… ou une connerie comme ça. En tous cas je me dis que ce n’est certainement pas comme ça qu’ON risque d’éclairer ceux qui pensent, comme Sarko, que l’écologie (voire l’environnement) ça commence à bien faire. Le slogan «écologie punitive» a une histoire, il n’a pas été inventé pour rien, les mots ne sont pas anodins. Et ceux aujourd’hui qui usent et abusent de ce slogan n’ont qu’un but, nous faire peur. Autrement dit jouer sur nos émotions, brouiller nos sens, c’est à dire nous enfumer. Pour mieux nous vendre leur camelote, évidemment. (à suivre)

    1. MC esprit critique

      (suite) Aujourd’hui c’est d’une autre «écologie» dont il est question dans cet article.
      – « L’expression « écologie de guerre » s’est démocratisée en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie » (Écologie de guerre – Wikipédia)
      Là encore ON aurait mieux fait de trouver autre chose. Pas «écologie militaire» ou une connerie comme ça, bien sûr ! Parce qu’avec tous ces articles, commentaires etc. tout ce qu’ON réussit à faire, c’est de rendre le mot «écologie» toujours plus impopulaire.
      Laissons donc tomber la guerre… et bannissons le mot «écologie» de notre vocabulaire.
      Misère misère ! (juste pour la rime) 🙂

      1. esprit critique du Parti d'en rire

        – « C’est pourquoi il est d’autant plus nécessaire de faire circuler les idées à approfondir, la trace historique en sera infime mais elle a le mérite d’exister… »
        (Biosphère hier en réponse à Parti d’en rire)

        Question : Même si la trace historique de cette petite réflexion en sera infime… l’idée de bannir le mot «écologie» de notre vocabulaire mérite t-elle d’être approfondie, ou pas ?

        1. MC du Parti d'en rire

          Après 24 heures de réflexion … pas de réponse. Pourtant ma question n’est pas bien compliquée. Que dois-je alors en déduire ?
          1) Qu’il n’y a personne au bout du fil, que personne n’a lu ce commentaire ?
          Après tout c’est fort possible… qu’ils soient tous en vacances.
          2) Ou alors m’en tenir à ce vieux proverbe, « qui ne dit mot consent » ?
          Et dans ce cas c’est oui, elle mérite d’être approfondie. Et je suis content.
          3) Ou alors à cet autre, proverbe, « parle à mon cul, ma tête est malade ».
          Et là c’est bien ce que je pense.

          notre réponse à MC
          « bannir le mot écologie de notre vocabulaire » est une idée absurde. Ce mot relativement récent a été inventé pour décrire scientifiquement les relations du vivant avec son milieu de vie. Comme ce milieu est détraqué par l’activité humaine, l’écologie est devenue politique : il faut prendre des décisions pour rétablir l’équilibre.
          Mais comme en politique tout est possible, même l’anti-écologisme, les humains se déchirent autour de ce mot…

        2. MC esprit critique

          Réponse à la réponse à MC.
          Absurde dites-vous. Le 15 septembre 2025 à 13:39 j’ai écrit : Le mot «écologie» ne devrait plus servir que pour nommer cette SCIENCE. Et c’est tout !
          Et en suivant, 15 septembre 2025 à 14:18, j’ai parlé du reste.
          Et si comme vous dites les humains se déchirent autour de ce mot… raison de plus pour nous en Débarrasser.

  2. Parti dit écolo… le parti dit « Les Écologistes » …
    Tout à fait ! RAS LE BOL de ces partis et autres mouvements (politiques) autoproclamés au service de l’Écologie ! La Vraie bien sûr, si ce n’est la Véritable, la Réelle et patati et patata.
    Je me répète : Récupéré de tous les côtés, affublé de qualificatifs aussi creux que ridicules et/ou incompréhensibles… la vérité, la réalité, c’est que ce MOT ne veut plus rien dire.
    Dans ce contexte de mélange des genres, de grand n’importe quoi, engendrant un tel niveau d’incompréhensions et de pertes de repères… vouloir aujourd’hui le réhabiliter est une perte de temps. Pire, c’est contre-productif. Puisqu’il est devenu un mot-poison (voir définition) il ne nous reste plus qu’à le bannir de notre vocabulaire.
    Le mot « écologie » ne devrait plus servir que pour nommer cette SCIENCE. Et c’est tout !
    – L’écologie, une science avant tout (radiofrance.fr/franceinter 8 septembre 2025)
    (à suivre )

    1. MC esprit critique

      (suite) Pour le reste, l’intérêt porté à l’environnement (la nature, Nature etc.), il existe déjà le mot « environnementalisme ».
      Parti dit environnementaliste… le parti dit « Les Environnementalistes » …
      Avec ça nous voilà bien avancés, me direz-vous ! Et vous aurez raison.
      Dans ce cas nous en avons un autre… DÉCROISSANCE.
      Certes, là encore, nous aurons diverses sortes de décroissants.
      D’un côté les effondrementalistes, survivalistes et autres catastrophistes, sans oublier les malthusiens et certains fachos qui ont récupéré ce mot… et de l’autre les apôtres de la simplicité et de la sobriété dans la joie de vivre.
      Là encore deux camps qui se font la guerre, d’un côté les Tristus, de l’autre les Rigolus (BD de Jean Cézard). N’empêche que pour le camarade qui doit son choir son camp… avec le mot DÉCROISSANCE les choses devraient être plus claires.

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