Patriotisme et Nationalisme va-t-en-guerre

C’était le 11-Novembre 2018, Emmanuel Macron pour le centenaire de la Grande Guerre : « Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme, le nationalisme en est une trahison ». C’était un discours devant plus de 70 chefs d’État, dont Vladimir Poutine et Donald Trump.

En 2026, le récit national d’ Emmanuel Macron s’est mis au service d’un réarmement militaire et d’évocation de la « puissance » dans un contexte géopolitique bouleversé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie : « Pour être craint, il faut être puissant. Et pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort ». Les évocations de la patrie se font désormais dans un contexte guerrier.

Comme quoi la différence entre nationalisme et patriotisme est devenue imperceptible en situation de crise. Dans les deux cas, ils s’agit de se préparer à la guerre. Ce n’est pas le sens habituel. La différence principale entre nationalisme et patriotisme réside dans leur orientation. Le patriotisme est normalement un attachement positif à la patrie, le plus souvent lié à des valeurs démocratiques. Le nationalisme a tendance à être xénophobe. Le patriotisme fait de l’inclusion, le nationalisme incite à l’exclusion.

Le nationalisme évolue historiquement en deux stades : d’abord progressiste, il libère un peuple dépendant et exprime une volonté d’autonomie nationale ; ensuite, une fois l’indépendance acquise, il devient régressif, marqué par la xénophobie, le racisme et l’impérialisme, refusant les limites de l’indépendance des autres. C’est du Poutine tout craché, un nationalisme dévoyé comme sous le IIIe Reich.

Le patriotisme est plutôt un attachement aux réalisations démocratiques des États-nations.

Les nationalistes ont dérobé le mot patriotisme pour en faire un mouvement uniformisant et violent, rejetant la différence, se repliant sur un territoire donné. Il faudrait arracher le patriotisme du nationalisme pour en faire à nouveau un projet positif. Le patriotisme peut être un sentiment d’affection et de connexion à la patrie compatible avec une loyauté envers l’humanité. Mais il peut devenir un patriotisme idolâtre… donc nationaliste.

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Adlous Huxley, un pacifiste en 1937 (extraits)

Adlous Huxley a publié en anglais une « encyclopédie du pacifisme » en 1937.

– Nationalisme

La seule définition qui convient au mot « nation » est une communauté organisée pour faire la guerre. Il est clair qu’une nation n’est pas une entité raciale, puisque des millions de Noirs sont citoyens des Etats-Unis. Ce n’est pas une entité linguistique, puisque la nation suisse est composée de locuteurs allemands, français et italiens. Ce n’est pas davantage une entité géographique. La définition donnée ci-dessus est celle qui est reconnue par la Société des Nations qui admet parmi ses membres une communauté de membres, même petits, qui ont leur propre armée. La Californie ne peut être membre. Mais si une révolution devait la diviser en une douzaine de dictateurs assoiffés de sang, chacun d’eux pourrait être représenté à Genève.

– Patriotisme

Il existe un Tout plus vaste dont la patrie n’est qu’un morceau. Accorder à une partie de l’univers la vénération qui ne peut revenir qu’au Tout, c’est de l’idolâtrie. L’adoration d’une partie du Tout entraîne des conflits avec les adorateurs d’autres parties. Chaque système d’idolâtrie encourage ses adeptes à haïr les adeptes de tous les autres systèmes. Hellènes et barbares, peuple élu et païens, aryens et non-aryens, prolétaires et bourgeois, Anglais de Dieu et « races inférieures » sans loi. Les mots qui expriment l’éloge de soi et le mépris des autres a varié d’une époque à l’autre, mais les sentiment détestables du patriotisme idolâtre ont toujours été les mêmes. Eux et Nous.

– Religion nationaliste

La place de Dieu a été largement supplantée par des entités déifiées telles que la Nation, la Race, la Classe, le Parti. Dans les États totalitaires, ces entités abstraites sont incarnées dans la personne du chef semi-divin. L’idolâtrie locale est prêchée dans les écoles, dans la presse, sur les ondes, dans les discours politiques, souvent même dans les chaires chrétiennes. En 1914, les autorités ecclésiastiques de tous les pays belligérants se rallièrent avec enthousiasme à leurs gouvernements respectifs et prêchèrent un guerre sainte contre leurs frères chrétiens, simplement parce qu’il vivaient du mauvais côté de la frontière nationale.

Mort pour la France, est-ce raisonnable ?

Extraits : Historiquement, mourir pour la patrie a été présenté comme un idéal, notamment lors des grandes guerres du XXe siècle. Les soldats de 1914-1918, par exemple, étaient convaincus que l’avenir de leur pays et de leurs proches en dépendait, et acceptaient ce sacrifice dans un contexte d’adhésion collective à la nation.

Dans la société contemporaine, cette notion est de plus en plus perçue comme une « grande boucherie » ou une fatalité absurde, et la mémoire officielle tend à présenter les morts comme des victimes plutôt que comme des héros volontaires.

Morts pour la patrie, morts pour rien

extraits : Chacun sa patrie, terreau de la guerre. Les différents récits nationaux européens ne sont pas compatibles. Par exemple le 11 novembre 1918 est une victoire pour les Français, mais le début d’un engrenage mortel pour les Allemands. ll y a trois catégories de pays : ceux où l’enseignement de l’histoire veut conforter le chauvinisme national, et ces pays sont majoritaires. Ensuite, il y a les pays de l’Europe du Nord où il n’existe pas de programme national car cela pourrait être considéré comme une atteinte à la liberté de penser. Et il y a une poignée de pays où l’on vise à renforcer la réconciliation entre les peuples. La moitié des pays européens n’enseigne pas la construction européenne, mais relate guerre fratricide après guerre fratricide…

7 réflexions sur “Patriotisme et Nationalisme va-t-en-guerre”

  1. – « L’opposition entre patriotisme et nationalisme naît en réalité des usages successifs qui ont été faits de ces termes tout au long de l’histoire. La définition de ces deux notions est vague, elles ne prennent sens que parce que chacune charrie une histoire particulière. »
    ( Patriotisme et nationalisme : quelle différence ? laculturegenerale.com 30/05/2019 )

    1. patriotisme d’en-haut et patriotisme d’en-bas

      – « Le patriotisme d’en-haut celui porté par les classes dominantes concurrence l’internationalisme mondialiste de la haute bourgeoisie et instrumentalise le patriotisme populaire d’en-bas, qui s’identifie au village, voir au clocher mais sans souci religieux, ce qui déplait à la branche catho-réac » (Une critique du patriotisme – blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/140725)

      1. – « Le patriotisme c’est aussi le droit du citoyen d’exiger des comptes, de réclamer la transparence dans la gestion des affaires publiques, de demander des solutions concrètes aux préoccupations communes. […] Le patriotisme, c’est l’obligation de dire non à des solutions consistant à présenter des bouc-émissaires ou des ennemis imaginaires pour justifier des échecs ou pour des desseins inavoués. Le patriotisme, c’est se garder de vendre des illusions à de pauvres hères. Le patriotisme, c’est le devoir de s’interroger sur la direction du pays et de refuser de cautionner qu’il soit piloté à vue. Le patriotisme, c’est le refus de fermer les yeux et de se boucher les oreilles face à la détresse de populations prises au piège d’une lutte sans merci pour le pouvoir. […] »
        (Edito/Entre Nous : Le patriotisme n’est pas un slogan – echosmedias.org/2025/10/30)

    2. – « Le patriotisme est la vertu des brutes » (Oscar Wilde)
      – « Quiconque a étudié l’Histoire sait que la désobéissance est la vertu première de l’homme. C’est par la désobéissance et la rébellion qu’il a progressé. » (Oscar Wilde)
      – « Le patriotisme, c’est l’esclavage. » (Léon Tolstoï)
      – « Celui qui voudrait que sa patrie ne fût jamais ni plus grande ni plus petite, ni plus riche ni plus pauvre serait le citoyen de l’univers. » (Voltaire)
      – « Lorsque la stupidité est considérée comme du patriotisme, il est dangereux d’être intelligent. » (Isaac Asimov)

  2. – « Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme, le nationalisme en est une trahison » (Macron le 11 Novembre 2018)
    Et c’est vrai que Macron s’y connaît en matière trahison. Pas que lui bien sûr.
    Toutefois ce qu’il a dit là correspond aux définitions classiques du patriotisme et du nationalisme.
    Comme d’ailleurs ce qu’en dit Biosphère. Le patriotisme est défini (présenté) comme l’amour, ou l’attachement à son pays. C’est à dire un sentiment. Auquel se rajoute la… loyauté, considérée comme une qualité… morale.
    Déjà là, cette idée de patriotisme peut-être interprétée de diverses manières.
    Un pays a une histoire, il s’est construit sur des conquêtes, des guerres, du sang. Quant à la loyauté, ou le dévouement, envers sa patrie (illeuh !)… encore faudrait-il que ces mots aient le même sens pour tous les dits patriotes. (à suivre)

    1. (suite) Or plusieurs études révèlent que les Français sont d’ABORD attachés à leur territoire, autrement dit leur région. Quand ce n’est pas leur village, leur petite île ou autre. Et donc bien plus qu’à leur pays, la France. Dit en passant, envers l’Europe ce sentiment est très ambivalent, en tous cas loin d’être partagé. Et celui de citoyen du monde encore moins.
      De son côté le nationalisme est une doctrine, politique. Et en même temps une valeur morale. Et en effet le nationalisme est généralement perçu de manière négative.
      Seulement combien de mots comme ça… utopie, anarchie et j’en passe.
      La façon dont nous percevons les choses (ici des mots, des idées) est évidemment liée à la façon dont ON nous les présente. À force de nous raconter que le Patriotisme c’est bien… qu’il ne faut pas le con fondre avec le Nationalisme, qui lui est mal… ON va finir par le croire.
      En attendant, moi je mets les deux dans le même panier

  3. Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/
    Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
    https://biosphere.ouvaton.org/
    Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
    Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.

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