Planification écologique, notre synthèse

La planification écologique est annoncée comme le nouveau mantra du prochain quinquennat. Planification impérative comme aux temps de feu dans l’URSS des années 1930 ? Planification indicative à la française comme au temps de feu le commissariat au plan quinquennaux  après 1945 ? Il s’agit de déterminer politiquement les secteurs d’activité qui doivent être supprimés, réorientés ou soutenus. Autant dire que Macron ne fera pas grand-chose question déconstruction de la société thermo-industrielle, sauf à y être obligé par les pénuries croissantes qui impactent déjà la population française (sans compter les crises avérées à l’extérieur de nos frontières).

Nicolas Hulot : L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ? Si nous n’opérons pas de manière planifiée, à quoi ferons-nous appel ? Au marché, dont on connaît le peu de cas qu’il fait de l’intérêt général si on le laisse jouer librement ? A la vertu de l’humanité qui, comme chacun le sait, présente quelques fragilités ?

Eric Monnet : après 1945, la planification reposait sur la concertation entre dirigeants d’entreprises publiques et privées, syndicats, financeurs et administration. Ces structures de concertation sont aujourd’hui à réinventer. Mais on sait également comment les années 1950-1960, en dépit du développement de ces formes de concertation, peuvent difficilement paraître comme un modèle démocratique pour les sociétés européennes actuelles. Cela nécessite un rôle majeur de l’Etat pour une régulation drastique qui interdise au secteur privé le financement international d’activités néfastes. La planification des années 1950-1960 a totalement échoué lorsqu’il fut question, non plus de développer la production industrielle et agricole, mais d’organiser la désindustrialisation à partir des années 1970. Aujourd’hui, le démantèlement de certaines activités industrielles polluantes est un des objectifs premiers. Le coût financier de ces démantèlements est encore incertain, mais on sait qu’il sera élevé, et l’organisation financière publique pour les prendre en charge est encore à inventer, dans l’urgence.

ChP : Les économistes expliquent très bien ce qui s’est passé, très mal ce qui se passe, ne prévoient jamais les crises. Alors quand un économiste nous parle de ce que peut apporter la planification écologique en ne nous parlant que du passé, sans dire un mot sur les différentes formes que pourraient prendre la transition écologique, c’est qu’il n’a rien a planifier. Qu’il en donc reste a ses chères études. Il reviendra nous voir pour nous expliquer les conséquences de ce que nous n’avons pas fait.

Michel Brunet : J’attends toujours ce que l’on entend par « planification écologique » car la comparaison avec celle de l’après guerre où il s’agissait avant tout de « reconstruire » pour subvenir aux besoins de base de la population (alimentation, logements, emplois,..etc.) me parait être très éloignée du problème de la diminution des émissions de GES entre autres pour lutter contre le réchauffement. Pour moi une planification écolo serait plutôt une dé-construction pour reconstruire sur des bases technologiques une société de grande sobriété énergétique peu émettrice de GES. Les moyens d’y arriver me semble difficiles, voire peut être inacceptables par la population… et ce n’est pas les rengaines sur le « pouvoir d’achat » entres autres qui portent à l’optimisme. Et nos politiques toutes tendances se gardent bien d’approfondir le problème et de rentrer dans le dur des mesures qu’il faudrait prendre, « demain on rase gratis » reste le slogan ad nauseam

le sceptique : les Gilets Jaunes ont probablement fait comprendre qu’une planification dédiée à sacrifier les populations au nom du climat ou de la biodiversité auront comme seul effet la victoire populiste à terme et le démantèlement d’institutions précieuses.

Jean-Luc Mélenchon : L’État aurait du imposer depuis quelques années déjà les choix d’un retour à l’équilibre entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère. Au niveau institutionnel, constitutionnaliser une règle verte (2016, Le programme de la France insoumise, L’avenir en commun, 2016) est un bon plan : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. »

Nos article précédents sur ce blog biosphere :

Une planification écologique est nécessaire

Planification publique et carte carbone

Planification écologique, un gadget ?

Planification écologique, Macron hésite

La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

Planification écologique en Suède

Planification écologique, précisions

Nicolas Hulot et la PLANIFICATION

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2 réflexions sur “Planification écologique, notre synthèse”

  1. Planification pièges à cons !

    Si j’avais déposé des droits d’auteur j’aurais pu me faire du blé. Ou alors c’est que les grands esprits se rencontrent, le hasard quoi.
    Lire : Planification, piège à cons ! (1 mai 2022 – infonature.media )
    Un petit éclairage toutefois. L’auteur, Jean-Jacques Fresko, écrit :
    – « On comprend leur embarras : comment peut-on « planifier » l’écologie ? […] Qui sont-ils donc, ces docteurs Folamour qui prétendent planifier le vivant ? »
    Cette Planification (à la con), désormais entre les mains du braqueur, n’a évidemment pas la prétention de planifier le vivant. Ni l’écologie. Quoique, ça dépend de ce qu’on entend par là.
    Mais c’est plus bien simple que ça. Sa finalité n’est rien d’autre que la planification de notre tout aussi fumeuse Transition. C’est à dire de la construction de je ne sais combien d’EPR, et de SMR et en même temps, de bagnoles et de trottinettes électriques, etc. etc.

  2. – «Après avoir grenellisé, puis transitionné, désormais nous allons planifier» (ironie d’Alain Coulombel)
    – «Je vais planifier de ne rien faire !» (Le guignol, sur la caricature de Red !)
    Très bon article du 13 mai 2022 sur Reporterre : Planification écologique, l’imposture Macron

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