PMA, ce n’est pas l’affaire du siècle !

Le Sénat a rejeté [dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 février 2021] la possibilité des couples de femmes homosexuelles et des femmes seules d’accéder à la procréation médicalement assistée (PMA). Le gynécologue obstétricien François Olivennes défend son gagne-pain : « Certains de nos élus restent ratatinés dans leurs certitudes vieillottes. La composition du Sénat, avec seulement 30 % de femmes et un âge moyen de 61 ans, explique peut-être cette décision incompréhensible… Depuis quatre-vingts ans, les groupes conservateurs, l’Eglise catholique en tête, s’opposent à toutes les avancées scientifiques dans le domaine de la procréation… L’Eglise catholique refuse toujours le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) qu’elle qualifie d’« eugéniste », alors que cette technique permet d’éviter que des couples aient des enfants atteints de mucoviscidose… On ne peut que souhaiter que la liberté l’emporte sur l’intolérance, et que ces femmes puissent enfin arrêter d’aller à l’étranger pour bénéficier à prix d’or de la PMA interdite en France. Ces opposants dénient à des individus le droit d’avoir un enfant, désir humain universellement partagé, au nom de postulats moralisateurs dénués de toute preuve scientifique.« 

François Olivennes, spécialiste des traitements de l’infertilité, milite depuis longtemps dans les médias pour la fécondation in vitro (FIV), le don d’ovocytes, la possibilité généralisée pour les femmes de congeler leurs ovocytes et l’AMP (assistance médicale à la procréation) pour les femmes seules. Il se croit donc respectueux du désir d’enfant à tout prix. Être contre son avis, c’est vouloir que « Notre pays reste un petit village gaulois campé sur ses positions rétrogrades mais surtout hypocrites, car des milliers de femmes se rendent à l’étranger, parfois à une heure de Paris, pour bénéficier de ces techniques ». (LE MONDE du 19 février 2014)

Mais est-ce vraiment rétrograde que d’accepter sa stérilité ? Au nom de quoi la morale devrait reposer sur des preuves scientifiques ? Depuis quand le désir d’avoir un enfant est-il universellement partagé ? Et l’enfant, quel est son droit ? Ce n’est pas réservé aux bigots des Églises de se poser ces questions. Il y a motif à pugilat, ainsi sur lemonde.fr :

Michel SOURROUILLE (10/02/2021 – 22h38) : La procréation médicalement assistée est une technologie systémique, cloisonnée, réalisable uniquement dans une société complexe. Elle n’est pas durable parce qu’elle repose sur des moyens médicaux importants, liés à un taux d’échec non négligeable, et donc seulement à la portée de couples riches ou pris en charge par le reste d’une société très développée. Ce n’est pas ce type de société que l’écologie désire. La PMA ne devrait pas être à l’ordre du jour d’une société consciente des limites de la technique et de la convivialité nécessaire entre ses membres. En toutes choses, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire respecter les limites que nous donnent la nature. Et si on éprouve absolument le besoin d’avoir un enfant, l’adoption d’un enfant déjà fait est à disposition des femmes en détresse.

françois olivennes (11/02/2021 – 10h52) : Monsieur, contrairement a ce que vous dites la PMA ne concernent pas que les pays riches. Il y a des centres en Inde, en Chine, en Afrique et partout dans le monde car le désir d’enfant est le même partout et pour tous les couples riches ou pauvres Contrairement a ce que vous dites adopter un enfant n’est pas simple et n’est pas équivalent a faire en un enfant Si l’on « respectait la nature » notre espérance de vie serait de 50 ans… car la médecine passe sa vie à aller contre nature Le type d’écologie (sic?) que vous semblez souhaiter, n’est pas la société que souhaite beaucoup de gens et en tout cas pas moi !

Pour ne pas en dire plus, lire cette synthèse sur un copain à Olivennes :

9 juillet 2020, Frydman, promoteur infatigable de la PMA

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8 réflexions sur “PMA, ce n’est pas l’affaire du siècle !”

  1. Ne caricaturez pas Michel C, je suis antinataliste, et je pense que vous ne trouverez jamais un mot de moi ni pour la stérilisation forcée, ni sur l’avortement ni sur l’euthanasie, ce sont des sujets qui touchent à la morale et je respecte les positions de tous, je dis juste qu’à être trop nombreux on va détruire la biosphère et qu’il faut essayer d’être moins, par l’éducation et la contraception. Pour éviter justement d’aller vers ces extrêmes (et aussi pour préserver la Terre donc)

    1. Je vous l’accorde Didier Barthès. Loin de moi l’idée de mettre tous les antinatalistes, voire tous les malthusiens, dans le même panier. Et ceci bien que je ne vois pas bien la différence entre antinataliste, dénataliste et malthusien.
      Je reconnais donc que j’aurais dû écrire «des» au lieu de «les» (=> je trouve amusant d’y voir aussi DES dénatalistes).
      Soyez assuré que je vous considère comme un (néo)malthusien modéré, avec qui on peut encore discuter et débattre. Je trouve seulement dommage que vous ne mettiez pas plus d’énergie pour essayer d’amener certains de vos alliés à plus de modération. Mais ça je vous l’ai déjà dit.

  2. Esprit critique

    Au lieu de dire que François Olivennes défend son gagne-pain il serait déjà plus courtois de dire qu’il défend ses idées. Notamment que les femmes qui désirent un enfant puissent bénéficier des progrès de la médecine au même titre qu’elles peuvent en bénéficier dans d’autres domaines médicaux. Et ceci sans se préoccuper de savoir si ces femmes sont seules ou en couple, homosexuelles ou pas.
    Mais est-ce vraiment rétrograde que d’accepter de pas pouvoir bénéficier d’un don d’organe, d’une chimiothérapie ou autre traitement médical ? François Olivennes défend la PMA pour toutes comme il défend le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI). Mais est-ce vraiment rétrograde que d’accepter la venue au monde d’un enfant atteint de mucoviscidose ?

    1. Esprit citique, le débat de fond, c’est de savoir situer où est la limite entre une technique absolument nécessaire et une technique superflu, inappropriée ou inadaptée. Bien entendu savoir où mettre le curseur est délicat. Les uns pensent que toute technique trouvée devra être utilisée, même quand il s’agit d’une bombe atomique. D’autres refusent mêmes les transfusions sanguines pour leur propres enfants en danger.
      Est-ce que le désir d’enfant d’une femme doit être privilégié ? Est-ce que la stérilité est une maladie qui doit être soignée ou un fait qui doit être accepté ? L’éradication de la mucoviscidose semble plébiscitée, mais faut-il trier les embryons pour aller vers l’enfant « parfait » ?
      Esprit critique, ne restez pas superficiel, approfondissez vos arguments, merci.

      1. Esprit Critique

        Tout est question de juste mesure, évidemment. La stérilité n’est évidemment pas une maladie mais une anomalie. Disons qu’elle est un fait, comme l’est le nanisme, un bec de lièvre ou toute autre malformation pouvant être jugée acceptable, du moment qu’elle n’altère pas les capacités vitales.
        Mais que fait-on de la souffrance psychique que ces faits provoquent chez ceux qui selon vous devraient les accepter ? La stérilité provoque de réelles souffrances chez les femmes et dans les couples. Pas dans tous les cas évidemment, mais quand la souffrance elle est là on ne peut pas la balayer comme ça d’un revers de la main. Bien évidemment il restera toujours une différence entre refaire le nez ou les seins d’une femme qui ne se trouvera jamais parfaite à ses yeux, et opérer le bec de lièvre d’un gamin. Comme permettre à une femme de 60 ans, ou alors de 30 ans, d’avoir un enfant. Et bien évidemment au Moyen Age ce genre de problème n’existait pas.

  3. POUR ou CONTRE, choisis ton camp camarade !
    Sur ce sujet nous trouvons coude à coude les curetons, les conservateurs-réacs et les Anti-LGBT.
    Jusque là ça se tient. Les uns et les autres sont «ratatinés dans leurs certitudes vieillottes», la vie est un don du Ciel, à ce titre elle est sacrée, un couple c’est un homme et une femme, le reste est contre-nature, si ce n’est une tare, un symptôme de décadence etc.
    Dans ce camp d’opposants, je trouve amusant d’y voir aussi les dénatalistes. Déjà parce qu’on ne peut pas dire que chez ceux-là la vie soit sacrée. Comme sur d’autres sujets (avortement, euthanasie) ils nomment leurs adversaires (aujourd’hui associés d’occasion) les «Pro-vie»… on pourrait d’ailleurs les qualifier d’«Anti-vie». Là encore il serait intéressant de savoir ce qui les anime réellement.

    1. Le docteur François Olivenne souhaite «que ces femmes puissent enfin arrêter d’aller à l’étranger pour bénéficier à prix d’or de la PMA interdite en France.»

      C’est le même argument que nous retrouvons au sujet de l’euthanasie. Et quasiment le même que les Pro-avortement faisait valoir pour en finir de cette hypocrisie. Sur ces deux sujets les Pro s’opposaient et s‘opposent encore aux Anti «ratatinés dans leurs certitudes vieillottes».
      Seulement la PMA ce n’est pas pareil, c’est même l’inverse. Indépendamment du mode de vie de ces femmes (en couple ou seules, hétéro ou homo etc.) la PMA vise tout simplement à mettre au monde de nouveaux êtres humains. Et ça, dans un monde surpeuplé… pour les malthusiens et autres dénatalistes c’est tout simplement intolérable.

      1. (suite et fin) C’est la raison pour laquelle ils sont (et en même temps) CONTRE l’acharnement thérapeutique et POUR l’euthanasie, POUR l’avortement, POUR la contraception, POUR la stérilisation, parfois même forcée, POUR et/ou CONTRE etc. Et tout ça, même si ça ne représente finalement pas grand chose en terme de nombre. Parce que pour eux, un de plus c’est toujours un de trop. Et un de moins c’est toujours ça !
        Cette logique, au nom d’une certaine écologie (?) me fait froid dans le dos. Comme François Olivenne ce n’est pas non plus cette société (ce monde) que je souhaite.

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