Portable, en avoir ou pas ?

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Portable, suis-le le seul à ne pas en avoir ?

Le portable est un excellent objet de débat sur la limitation des besoins. En tant qu’enseignant de sciences économiques et sociales, je commençais par un sondage en classe de seconde : « Qui possède un portable… Qui en est à son premier, son second, son troisième, etc. » Tous les élèves ou presque avaient déjà leur portable. Pire, la plupart en était déjà au deuxième, troisième, quatrième modèle… Ces adolescents croient qu’il faut changer de téléphone comme on change de chemise ! Les comportements sont sous l’emprise des marchands qui formatent nos désirs. Quand je confisquais un portable en classe, l’élève venait m’implorer à la fin du cours de lui rendre immédiatement, « il en avait tellement besoin » ! L’addiction est palpable. Or le portable est un instrument très sophistiqué qui comporte des éléments naturels rares et difficiles à recycler. Quant on analyse le cycle de vie du produit (ACV), de la production à la transformation en déchet, on se rend compte que le portable aurait du rester un instrument à usage professionnel, certainement pas un joujou à mettre entre toutes les mains.

« Le téléphone portable est un concentré de nuisances. D’abord à cause de sa puce. Pour fabriquer une puce de 2 grammes, cela nécessite 1,7 kilos d’énergie fossile, 1 mètre cube d’azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d’eau. Ce n’est pas tout, votre téléphone a aussi besoin de condensateurs en coltan (colombo-tantalite), un minerai malléable, résistant à la chaleur et à la corrosion. Celui-ci est extrait notamment en République démocratique du Congo, au centre d’une guerre pour le contrôle des ressources qui a tué plus de 3,5 millions de personnes depuis 1998. » {Francis Jauréguiberry, Les branchés du portable (PUF 2003))

Une des tares importantes de la société marchande est la dévalorisation incessante de ce qui existe. Le portable est typique du système d’innovation qui consiste à vendre les remèdes aux maux causés par les innovations précédentes. Vous ne parlez plus à vos voisins à cause de la télévision ? Téléphonez-leur ! Une « innovation » chasse l’autre, constamment. Comme il fallait attendre trois ans en 1966 pour être raccordé au téléphone, l’âge d’or des cabines téléphoniques pouvait commencer. On en comptait 4 700 en 1970, 21 000 en 1974, 90 000 cabines sur la voie publique en 1980. Le réseau des Publiphones atteint son apogée en 1997 avec 250 000 unités. Depuis, l’histoire du Publiphone ressemble à une lente agonie. D’abord tous les foyers ou presque ont été équipés de téléphone fixe. Par la suite la mode des portables rend inutile la cabine téléphonique puisque tout le monde ou presque balade son mobile dans la rue. Mais il arrive un moment où l’évolution technologique devient contre-productive : pourquoi remplacer la téléphonie fixe alors que c’était devenu un service universel ?

Nous n’avons pas besoin de portable. La téléphonie fixe était parvenue en France à son degré de maturité ; on pouvait téléphoner partout et de n’importe quel endroit. Toutes les familles ou presque étaient équipées, des cabines téléphoniques étaient facilement accessibles, l’égalité devant le service de la communication à distance était une réalité. Jeter notre téléphone portable, ce n’est pas revenir au courrier à cheval. Mais je suis bien seul à résister au « progrès ». Lors d’une réunion de mon groupe local EELV fin 2011, nous discutions sur les ondes électromagnétiques. La réunion a commencé par déterminer qui avait ou non un portable. J’étais le seul à n’avoir jamais eu de portable. Tous verts, tous drogués à la télécommunication au détriment du présentiel. Notre société ne sait plus interdire ce qui devrait être interdit.

Je crois que nous ne sortirons de l’ère des écrans que quand commenceront les grandes pannes d’électricité qui toucheront la France… c’est-à-dire quand les ressources fossiles qui nous donnent l’électricité à bon compte se seront épuisées.

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Pêche, une activité artisanale devenue un massacre de masse

Peine de mort, abolie un jour, tentation toujours

Philosophie, les valeurs de l’écologie profonde

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16 réflexions sur “Portable, en avoir ou pas ?”

  1. Un autre problème avec les téléphones portables, comme avec tout un tas d’autres trucs et machin(e)s, c’est leur durée de vie ridiculement faible.
    Faut croire que plus ils sont modernes, plus ils font de trucs et de machins, plus ils sont chers, et moins ils durent longtemps. Personnellement, depuis 20 ans que je suis équipé… et si je compte bien… je crois que j’en suis à mon 5ème portable. C’est fou quand même, non ?

    1. Business as usual !

      Le premier aura duré 7 ou 8 ans. Ce qui est très bien me dit-on…
      C’est c’là oui ! En attendant c’est ridicule comparé au téléphone fixe à cadran que j’ai gardé très longtemps. Le second est tombé à l’eau, pas de pot ! Je me souviens qu’il prenait des photos et en plus j’avais la radio. Le troisième, payé dans les 20 euros, aura tenu 3 ou 4 ans. Le suivant, même genre, pas mieux. Misère misère !
      Le dernier, il est tout neuf, il n’a pas 2 ans. Toujours dans le même genre, bien sûr il prend des photos, bien moches. Je l’ai juste pris avec un écran plus grand, pour y voir mieux, eh oui je me fais un peu vieux. Je l’ai payé 60 euros en espérant qu’il dure longtemps. Et en attendant j’en suis très con tant ! Maintenant je ne me fais aucune illusion, l’obsolescence programmée etc. etc.

  2. – « Nous n’avons pas besoin de portable. […] Jeter notre téléphone portable, ce n’est pas revenir au courrier à cheval. »

    A ce moment là on peut même jeter le cheval. Le pigeon voyageur et/ou les signaux de fumée peuvent très bien faire l’affaire. Plus sérieusement, comment peut-on dire que le téléphone portable ne sert à rien, qu’on n’en a pas besoin ? Comme la Bagnole d’ailleurs.
    Alors c’est sûr, un jour où l’autre il faudra bien faire sans. Et alors on fera avec. 😉
    En attendant, le problème, comme avec des tas de trucs et de machin(e)s, c’est l’utilisation que nous en faisons. Personnellement, parmi mon entourage, j’ai été un des derniers à avoir un téléphone portable. Je les voyais faire, avec ça : «T’es où ? Tu fais quoi ? Dis chérie, je prends des haricots ou des petits pois ? » Bref, n’importe quoi. Et donc je n’en voulais pas.
    ( à suivre )

    1. Mais comme j’allais souvent seul en montagne : « Si t’as un accident et patati et patata »… un jour il a fallu que je cède, à la pression.
      Et voilà donc que tout nouvellement équipé je montais, à ski, une pente raide vers un col. Pas là l’endroit idéal pour pique-niquer, j’étais donc con centré.
      Soudain, le téléphone au fond du sac…. DRIIIING DRIIIING !!
      Merde, qu’est-ce qu’il y a… de grave… ma femme… et pourquoi qu’elle m’appelle ? etc. etc. Pas question bien sûr de m’arrêter là, pour savoir. Le col vite !
      Arrivé au col, sain et sauf, merde pas de réseau ! Vite vite le sommet, avec un peu de pot là haut ça va passer. En effet. Et là enfin je peux écouter le message :
      – « Bonjour, je suis Monsieur Ducon de chez SFR, je vous appelle pour vous offrir une super offre et patati et patata ».
      Une heure de stress, pour ça ! Putain de téléphone ! Ce jour là je vous jure, j’ai failli le jeter. Heureusement j’étais en montagne. 🙂

      1. Philippe Katerine

        Ils écoutent la musique avec un téléphone
        Ils parlent dans la rue avec un téléphone
        Ils se photographient avec un téléphone
        Et même ils se dirigent avec un téléphone
        Et moi j’ai plus d’batterie et je sais pas où j’suis
        Han han
        J’écoutais la musique avec mon téléphone
        Je parlais dans la rue avec mon téléphone
        Je me photographiais avec mon téléphone
        Et je me dirigeais avec mon téléphone
        Mais j’ai plus d’batterie et je sais pas où j’suis
        Han han
        Putain d’téléphone
        Han han
        Putain d’téléphone
        Han han

  3. Marcel Duterte

    J’ ai horreur de ces appareils mais il faut reconnaître que dans certains cas , ils s’ avèrent indispensables , helas .
    On m’ a offert un smartphone Samsung en 2021 sinon je n’ en aurais jamais acheté le moindre ( je me contente du téléphone à l’ ancienne)

    1. Parti d'en rire

      Eh ben moi, le Smartphone, je ne sais même pas comment ça marche.
      Et je n’ai même pas envie d’apprendre. Bref je n’en veux pas.
      Alors, en attendant, j’en suis toujours au “téléphone à l’ ancienne“.
      Oh pas quand même un télégraphe ni un téléphone à manivelle, non…
      Je suis un vieux con, mais quand même ! 🙂 🙂 🙂 🙂

  4. « Mais je suis bien seul à résister au « progrès ». Lors d’une réunion de mon groupe local EELV fin 2011, nous discutions sur les ondes électromagnétiques. La réunion a commencé par déterminer qui avait ou non un portable. J’étais le seul à n’avoir jamais eu de portable. Tous verts, tous drogués à la télécommunication au détriment du présentiel.  »

    Je vais réagir à cette phrase car elle confirme bon nombre de mes propos ! Premièrement, comme je l’ai souvent répété le PLAISIR est toujours vainqueur ! Qu’on veuille se faire plaisir ou faire plaisir à ses enfants, dans tous les cas le plaisir passe bien avant la dégradation de l’environnement et la déplétion des ressources, et comme on peut le constater même les écolos les plus avertis ne résistent au plaisir ! A retenir donc, Le plaisir sera toujours en expansion tant qu’il le pourra par les ressources disponible, et le plaisir sera toujours vainqueur même face à la sagesse et la raison !

    1. Deuxièmement, les écolos d’EELV n’ont aucune crédibilité puisqu’ils sont incapables de montrer l’exemple ! Bref, les partisans d’EELV sont à l’image de leur gourou Nicolas Hulot, fais ce que je dis pas ce que je fais ! Et oui adeptes comme gourou, ils ne manquent pas de culot pour nous prendre pour des bulots ! En plus de ça, ils n’hésitent pas une seule seconde pour reporter leurs voix à Macron, et même l’UmPs en général lors de toutes les élections !

      Troisièmement, j’ai des intervenants ici que vous connaissez tous, qui pourtant se présentent comme les plus grands et vertueux écolos, qui ne cessent de me répondre « Chacun sa cam !  » Quand on me répond ça (en milliers de fois depuis le temps que je commente ici), désolé mais ça veut dire ce que ça veut dire  »Chacun doit se faire plaisir sans entrave comme il l’entend sans aucune autre considération des dits plaisirs ou opinions adverses en la matière ! « 

      1. Misère misère !

        Parce que Toi, t’en as de la crédibilité ?
        Premièrement… même si c’est pas cam mais came, je comprends que tu parles là de moi (Michel C, Parti d’en rire, Misère Misère et Jean Passe). Tu peux donc utiliser le pluriel si ça t’amuse, toi aussi.
        Deuxièmement, t’es un menteur. Entre autres bien sûr, toi aussi. Un menteur, un faussaire, un mytho, appelle ça comme tu voudras. En attendant moi je continuerais d’appeler un chat un chat ! Je te mets au défi, Toi le Champion de l’Argumentation et de la Preuve par A+B, de nous dire OÙ et QUAND Michel C, Parti d’en rire etc. qui ne cessent de dire qu’ils n’osent plus s’en dire, écolo… se présentent comme ce que tu dis.
        Troisièmement, encore une fois tu traduis les choses comme t’as envie de les entendre. Autrement dit comme ça te fait du bien.
        Et Toi, le Champion entre autres de la Mauvaise Foi, tu vas bien sûr continuer à chouiner et en rajouter toujours plus au grand n’importe quoi.

      2. Toujours à grogner et insulter ! Puisque tu n’as aucun argument ! Et menteur sur quoi ? Tu m’insultes de menteur sans le démontrer ? Alors quels seraient les mensonges, on t’écoute ?

  5. La seule fois où j’ai béni le téléphone portable, c’était lorsque je devais gérer mes parents âgés, mes parents m’ont eu tardivement ce qui fait je les ai toujours connu âgé. Mais devoir gérer Alzheimer, Parkinson, les démences, les fugues, leurs rendez-vous médicaux, les auxiliaires de vie, etc… Il faut bien le dire, le téléphone portable m’aura soulagé un peu ma peine, d’autant que je n’ai pas de voiture. Pour gérer les personnes âgées, surtout lorsqu’ils perdent la tête, il faut avouer que le portable est un vrai outil.

  6. Ça va être dure de faire renoncer au téléphone portable ! Surtout que les plus grands complices de la téléphonie mobile sont le Patronat pour joindre ses salariés à n’importe quel moment, y compris salariés en vacance (j’en ai fait l’expérience aussi bien dans le privé que dans le public, même la Poste m’appelait à 3/4h du matin pour m’appeler pour bosser !). Le gouvernement pour espionner plus facilement les individus et envoyer des Sms lors des élections, les pages web consultables de son portable et les journaux participant aux propagandes électorales. Les agences de publicité pour matraquer la tête des consommateurs sur les pages web. Et les banques, pour le contrôle et la validation des achats par internet ! S’attaquer à la téléphonie mobile revient à s’attaquer au cœur du capitalisme de connivence vu ci-dessus ! Et évidemment les millions de consommateurs complices de leur propre asservissement viennent couronner le tout !

    1. Pour avorter l’interdiction du portable les capitalistes de connivence n’auront même pas besoin de bouger le p’tit doigt, les millions de consommateurs esclaves de leur tablette réagiront à leur place en revendiquant « Liberté de consommer ce que je veux ! » Les esclaves seront une armée gratuite au profit des capitalistes de connivence…

    2. Marcel Duterte

      Le cellulaire est comme la langue selon Esope , la meilleure et la pire des choses .

      1. Il y a un article sur SudouestPointFr concernant les portables intitulé « Esope, la langue et le portable… » décrivant justement le meilleur et le PIRE, dont une audio à écouter

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