Je marche 2 kilomètres chaque jour à partir de ma maison, je me fais la cuisine, j’entretiens ma maison, je suis une passionné de puzzle et de mots croisés, je tape le carton avec la famille et je fais un peu de potager… J’avoue, j’emploie quand même un jardiner de temps en temps, tailler les haies n’est plus de mon âge, j’ai 94 ans. J’ai connu les pénuries, la cuvette d’eau pour unique salle de bain, la sensation de faim pendant l’occupation, les Allemands qui ont réquisitionné la chambre de mon frère et la forge de mon père. Aujourd’hui cela va encore plus mal en Ukraine et le président des États-Unis est pire qu’un bouffon, ajoutant connerie sur connerie dans tous les domaines. Je suis en bonne santé, active, mais quand je vois le monde tel qu’il va, si demain matin je ne me réveille pas, je serai libérée d’une société sans espérance.
Ce témoignage touchant montre que le moment pour quitter ce monde est déterminé par le contexte. Beaucoup pensent que la mort est une fatalité décidée par Dieu ou le grand âge. D’autres décident de se suicider avant l’heure. Dans notre société démocratique où le libre arbitre devient fondamental, le choix de sa mort devient une réflexion personnelle et une délibération collective.
Si vous voulez nous donner votre avis sur « le meilleur moment pour mourir », nous écrire

Le meilleur moment ? Heu… plus tard.
– Au moment de mourir, les cinq choses qui comptent vraiment dans la vie apparaissent au grand jour (swisslife.com 16.04.2017)
Alors en attendant, le bon moment… faisons en sorte de ne pas avoir trop de regrets.
Pierre Mazeaud, 95 ans. J’ai vu disparaître dans l’ascension du pilier central du Frêney des camarades, plus jeunes que moi, mais là où ils le souhaitaient, dans la montagne. J’étais très à gauche. Je présidais les Jeunes libertaires, j’écrivais dans Le Libertaire sous le pseudonyme de Pierre Hem, je manifestais. J’ai même failli tuer Jean-Marie Le Pen ! Près de la faculté de droit, je lui ai mis un coup de poing qui l’a fait tomber. Sa tête a frôlé l’arrête du trottoir. Il s’en est tiré!
Je n’ai pas abandonné l’esprit libertaire que je garde aujourd’hui encore, mais chargé de mission à Matignon, j’ai arrêté le militantisme. J’ai encore fait quelques voies dans les Dolomites, et j’ai arrêté de grimper à 85 ans.
Quant à la fin qui approche, je n’aurai pas la chance, moi, de mourir en montagne, d’une « mort éblouissante et brève », comme l’écrivait José-Maria de Heredia. C’est dans mon lit que je terminerai bientôt ma vie…
Bonjour Monsieur Mazeaud. Certainement pas autant que vous, mais moi aussi j’ai été très passionné. Et j’ai donc déjà entendu parler de vous et de vos exploits.
La montagne, l’escalade, l’alpinisme… c’était pour moi comme une drogue. 6a, 6b , 6c, 7a etc. ski de rando, couloirs, cascades de glaces et j’en passe, il m’en fallait toujours plus.
Aujourd’hui il y a longtemps que je ne grimpe plus. Et pourtant je n’ai pas encore 85 ans. Toutefois j’aime toujours être en montagne, tranquille, à ne plus regarder la montre, ni me faire trop mal. 1000 mètres de dénive, sur la montagne à vaches, je me dis que c’est pas mal.
Bien que je ne les aie pas vus disparaître, moi aussi je connais des gens qui sont morts en montagne. Je ne pense pas que c’est ce qu’ils souhaitaient. En tous cas de mon côté j’ai toujours fait en sorte d’éviter. Et pourtant moi aussi j’ai failli y rester. (à suivre)
(suite) Je pense que tout le monde souhaite avoir ce qu’on appelle… une belle mort. Seulement voilà, c’est quoi une belle mort ? «Mourir à Pâques, c’est une belle mort» nous dit l’évêque de Dax. Bof, pour moi à Pâques ou à la Trinité… de toute façon je ne suis pas pape. Par contre une «mort éblouissante et brève», comme celle de Félix Faure, dans un lit ou ailleurs… pourquoi pas.
Seulement voilà, blagues à part, même si c’est là ce qu’on peut se souhaiter, ou souhaiter à quiconque, je persiste à penser qu’on ne choisit pas. Même dans le cas du suicide, je pense qu’ils sont rares ceux qui choisissent vraiment.
Personnellement, si je dois arriver à 94 ans… je souhaite que ce soit dans l’état de cette dame.
La forme, certes pas olympique, mais de ça je m’en fous, mais surtout toute sa tête.
Je ne peux que lui souhaiter de bien en profiter.