Présidentielle, osons le big bang écologique

Le Président de la République est en charge du rôle de la France dans la stabilité de la planète, il en a le statut et les moyens. Or les campagnes présidentielles occultent trop souvent cet aspect mondialisé du pouvoir du Président. Le réchauffement climatique ne connaît pas les frontières et les approvisionnements en pétrole déterminent le niveau de sécurité énergétique de tous les pays. La problématique écologique n’est pas seulement franco-française, elle est planétaire et le Président doit jouer un rôle essentiel en la matière. Un Président de la République élu en 2017 ne peut pas faire comme si les conditions de la vie sur terre étaient les mêmes qu’il y a quelques dizaines d’années. Nous sommes entrée dans l’anthropocène ou « ère de l’homme ». C’est pourquoi le Président ne peut pas rester simplement un Président « pour la France ». Un président écolo montrera que la nature ne négocie pas, nous devons nous adapter à ses contraintes et à ses limites. Ce n’est pas à Nicolas Hulot d’être l’envoyé spécial de François Hollande pour la protection de la planète. C’est bien le président de la République lui-même qui devrait devenir cet envoyé spécial puisqu’il est à même de parler directement d’égal à égal avec tous les autres grands dirigeants des différents Etats. C’est pourquoi le Président ne peut pas rester simplement un Président « pour la France ». Tant que chaque État raisonnera seulement à l’aune de ses intérêts nationaux sans considération du contexte global, alors il n’y aura pas d’issue heureuse.

Plutôt que des ministères de l’écologie à périmètre variable, plutôt qu’un vice-Premier ministre responsable de l’impératif écologique, nous proposons que ce soit le Premier ministre lui-même qui soit en charge de l’écologie. L’écologie affecte en effet la quasi-totalité de nos modes d’existence, nos emplois, notre alimentation, notre consommation, nos déplacements, nos logements, nos routes, nos loisirs… Le Premier ministre est tenu d’arbitrer entre les demandes de ses différents ministres lorsque les logiques sont contradictoires. Puisque l’écologie est un objectif qui transcende tous les autres, il est normal que le Premier ministre joue aussi le rôle de ministre de l’écologie et mette enfin l’environnement au cœur du projet gouvernemental. L’écologie ayant pour objet, par nature, de préparer l’avenir et d’anticiper les défis, l’ensemble des instruments de prospective de l’Etat serait rattaché auPremier ministre : le Centre d’analyse stratégique (ex-commissariat général au Plan), la DIACT (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires), la MIES (Mission interministérielle de l’effet de serre). Nous voulons un gouvernement qui considère que l’écologie est un problème transversal qui doit être traité en synergie par tous les ministres sans exception.

Le sénat français a montré qu’il n’était pas source d’avancée vers le futur mais au contraire de conservation de l’existant. On pourrait donc le remplacer par une Assemblée du futur qui se ferait relais d’une science citoyenne. Il convient de confier à une assemblée populaire le soin d’établir la médiation entre l’état des connaissances environnementales et la prise de décision publique. Pour éviter de reproduire au sein de cette assemblée la logique temporelle et territoriale, qui plus est partisane, ces nouveaux sénateurs ne pourraient être élus contre d’autres. Nous proposons des modes de désignation qui ont recours au hasard : tirage au sort dans une liste fournie par les ONGE (organisation non gouvernementale pour l’environnement) d’une part, et pour le tiers restant désignation au hasard dans la population « ordinaire » en fonction de la structuration de la population nationale (à l’instar de ce qui se pratique pour les conférences de citoyens).

Michel Sourrouille dans « L’écologie à l’épreuve du pouvoir »

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