Que signifie « la nature », rien pour les urbains !

Les enfants français passent dix fois moins de temps dehors qu’il y a trente ans. Près de 40 % des enfants de 3 à 10 ans ne jouent jamais dehors en semaine. Ce déficit de nature engendre un isolement sensoriel, un appauvrissement de l’imaginaire, un mal-être croissant. On apprend de la nature encore faut-il s’y immerger.

Julien Vitores : Il circule une idée de sens commun selon laquelle il y aurait une proximité instinctive entre les enfants et la nature. Ce qui semble être du sens commun est en réalité socialement situé. L’approche sociologique permet de montrer qu’il y a différentes manières d’appréhender la nature ; chacun y voit ce qu’il veut. La nature devient un révélateur des logiques sociales, voire de conflits de valeurs. Il y a vingt ou trente ans, il fallait emmener son enfant au musée, aujourd’hui,c’est l’emmener dans la forêt pour la bourgeoisie. Dès 5 ou 6 ans, les enfants des catégories favorisées peuvent pointer le lion et le chat comme étant de la même famille, sans forcément se souvenir du mot « félin ». Si une sortie-nature est assurée par une naturaliste, les enfants ne vont pas expérimenter la même chose que sous la responsabilité d’un chasseur…

Le point de vue des écologistes

Il n’existe pas à ce jour d’éthique chargée de définir les relations de l’homme à la terre, ni aux animaux, ni aux plantes qui vivent dessus. Il faut donc valoriser une éthique de la terre et montrer la responsabilité individuelle face à la santé de la terre, c’est-à-dire sa capacité à se renouveler elle-même. L’écologie, c’est cet effort pour comprendre et respecter cette capacité. Le progrès n’est pas de faire éclore des routes et des paysages merveilleux, mais de faire éclore le sens de l’observation dans des cerveaux humains. Par exemple le chasseur ne devrait pas être cette fourmi motorisée qui envahit les continents avant d’avoir appris à « voir » le jardin à côté de chez lui. La relation à la terre est actuellement une relation de propriété comportant des droits, mais pas de devoirs. D’ailleurs pour l’homme des villes, il n’y a plus de relation vitale à la terre. Lâchez-le une journée dans la nature, si l’endroit n’est pas un terrain de golfe ou un « site pittoresque », il s’ennuiera profondément. Les pratiques de protection de l’environnement ne sont que des soulagements partiels apportés à la douleur de la communauté biotique.

Aldo Leopold : « Cessez de penser au bon usage de la nature comme à un problème exclusivement économique. Une chose est juste quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse. »

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Grandir au contact de la nature, impératif

extraits : Alors que l’Allemagne, la Suisse ou les pays nordiques ont depuis longtemps intégré le plein air à leur pédagogie, la France est à la traîne. Dans une tribune au « Monde », un collectif d’élus et de professionnels de l’éducation appelle à systématiser par une proposition de loi des sessions de classe dehors, sur tout le territoire….

Enfants coupés de la nature, civilisation sans âme

extraits : « Quoi ? Pieds nus dans l’herbe ? Ça va pas la tête ! C’est dégoûtant. Il y a des bêtes… » Dans un monde normal, on découvre le contact direct avec la terre dès qu’on commence à marcher. Aujourd’hui, quatre enfants sur dix (de 3 à 10 ans) ne jouent jamais dehors pendant la semaine. Et les petits franciliens sortent encore moins. Quand on ne sait plus grimper aux arbres et jouer dans l’herbe, on se déconnecte aussi de tout contact avec le sensible, notre odorat, notre toucher. Quand un enfant joue dehors, la nature lui offre des défis variés, il a l’occasion de prendre des décisions, de résoudre des problèmes. Mais tout retient les enfants à intérieur des habitats, l’attrait des écrans, l’urbanisation, les « dangers » de l’apprentissage de l’autonomie. Des enfants dénaturés, le constat est terrifiant. Comment devenir écolo dans un tel contexte ?….

Notre très inquiétante séparation d’avec la nature

extraits : Que reste-t-il de la vraie nature dans nos villes, nos intérieurs aseptisés, nos supermarchés climatisés, nos jardinets engazonnés, nos autoroutes embouteillés et nos parcs d’attraction ? A la maison, à l’école ou au travail, quand sommes-nous en contact sensoriel avec la texture de la terre, la lumière, les cycles de la terre, les esprits des arbres, la puissance de la vie ? Où et comment apprenons-nous cela ? De par leur formatage intérieur dès la petite enfance, nombre de personnes sont – existentiellement et émotionnellement – trop séparées de la nature pour être véritablement touchés par les maux qui l’affectent. Fruit de la modernité, la culture de la société industrielle est déconnectée de son substrat naturel. Nous savons notre impact écologique négatif, mais nous n’y prêtons guère attention, car la nature ne fait plus vraiment partie de notre être et de notre vie….

JDE (août 2013) : Quelle nature voulons-nous protéger ?

extraits : Les parcs et réserves naturelles ne couvrent que 1 % du territoire. Vouloir protéger ces 1 % n’est certainement pas de l’intégrisme. Plus un territoire est petit, plus la biodiversité est réduite. Je constate aussi que 98 % de la biomasse des vertébrés est constituée de l’espèce humaine et de ses animaux domestiques. Il reste seulement 2 % pour les écureuils et tous les animaux sauvages. Le réjouissant, c’est l’herbe qui repousse sur les trottoirs…

2 réflexions sur “Que signifie « la nature », rien pour les urbains !”

  1. – « Ce qui semble être du sens commun est en réalité socialement situé. L’approche sociologique permet de montrer qu’il y a différentes manières d’appréhender la nature ; chacun y voit ce qu’il veut. » (Julien Vitores)
    Tout à fait. Pour moi la nature est à deux pas de chez moi. Tous les jours je vois des canards, des poules d’eau, des poissons, et parfois des écureuils et des serpents. À un quart d’heure à vélo je suis dans les bois, je peux ramasser des châtaignes, des champignons etc. Et à une heure de voiture je suis en « pleine nature ». Je peux alors marcher des heures sans voir une route, une bagnole, une ligne électrique, une maison etc.
    Je n’ai donc pas besoin de prendre l’Avion pour m’émerveiller. J’ai de la chance, je le sais !

  2. Je pense qu’il ne faut pas caricaturer plus qu’il n’en faut. Là encore la juste mesure !
    Si les enfants français passent dix fois moins de temps dehors qu’il y a trente ans, essayons d’en voir les raisons. Par exemples, pourquoi aujourd’hui l’escalade se pratique t-elle en salle ? Pourquoi les jeunes passent-ils autant de temps devant les écrans ? etc. etc.
    Chez les urbains (citadins) c’est comme partout, il y a de tout. Beaucoup n’ont qu’une hâte, celle chaque week-end ou vacances de quitter le Béton et d’aller se « mettre au vert ». Encore faut-il qu’ils en aient les moyens. D’autres préfèrent les musées, les châteaux, visiter des villes, « faire » les magasins, là encore une question de moyens avant tout. (à suivre)

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