Que veut dire l’expression « Prospérité sans croissance »

L’expression « Prospérité sans croissance » est devenu actuellement un élément de langage d’Europe Ecologie Les Verts.
Cécile Duflot : « Je lui ai dit (à François Hollande) ce que je répète sans cesse. Nous avons besoin d’un changement de modèle pour trouver le chemin d’une prospérité sans croissance. » (LE MONDE du 31 mars 2015, Cécile Duflot : Le logiciel de Manuel Valls est périmé)
Emmanuelle Cosse : « Je repose toujours la même question : si la croissance ne vient jamais, que fait-on ? Notre question est de savoir comment on crée de la prospérité sans croissance. » (LE MONDE du 21 avril 2015)

Le problème, c’est que Cécile Duflot n’explique pas comme arriver à une prospérité sans croissance et Emmanuelle Cosse répond à la question du MONDE « Comment fait-on de la prospérité sans croissance » à la manière d’unE économiste : « On crée des politiques d’investissement qui permettent de créer de l’activité et aussi des emplois. »
Cette réponse d’Emma reflète une opinion commune et ambiguë. On apprend en effet aux lycéens en sciences économique et sociales ce principe de l’économie orthodoxe : l’épargne aujourd’hui (et les profits) fait l’investissement de demain et l’emploi d’après-demain. Ce mécanisme est bloqué. L’épargne publique n’existe plus à cause de l’endettement de l’Etat. L’épargne privée sert plutôt à la financiarisation de l’économie plutôt qu’à l’investissement productif. L’investissement productif est un facteur de croissance qui est aux antipodes d’une prospérité sans croissance. Et pour un écologiste la création de l’emploi pour l’emploi ne dit rien de l’utilité réelle de cet emploi.

Emmanuelle Cosse aurait mieux fait de faire référence à l’inventeur de l’expression « Prospérité sans croissance », Tim Jackson. Quelques extraits de son livre* :

« L’idée d’une économie en croissance continue est une hérésie pour les écologistes. En termes physiques, aucun sous-système d’un système fini ne peut croître indéfiniment. La prospérité aujourd’hui ne signifie rien si elle sape les conditions dont dépend la prospérité de demain. Et le message le plus important de la crise financière de 2008, c’est que demain est déjà là… Dans un monde limité, certains types de liberté sont soit impossibles, soit immoraux. La liberté d’accumuler indéfiniment des biens matériels est l’une de celles-là. Les libertés d’acquérir une reconnaissance sociale aux dépens du travail des autres, de trouver un travail intéressant au prix d’un effondrement de la biodiversité ou de participer à la vie de la communauté aux dépens des générations futures pourraient en être d’autres… N’existe-t-il pas un stade où « assez, c’est assez », un point à partir duquel nous devrions arrêter de produire et de consommer autant ?… La diminution volontaire de la consommation peut améliorer le bien-être subjectif et va totalement à l’encontre du modèle dominant… L’humble balai devrait être préféré au diabolique souffleur de feuilles… Il est clair que la transformation de la logique sociale de la consommation ne peut être simplement renvoyée aux seuls choix individuels… Face à des chocs économiques, il est particulièrement important de créer des communautés sociales résilientes. Comme l’affirme l’institut pour l’autosuffisance locale, les communautés devraient avoir le droit de protéger certains espaces de tout esprit de commerce et de la publicité… »

C’est le message de Tim Jackson que devrait porter les dirigeants d’EELV, pas celui de « l’investissement » qui est un discours similaire à celui du PS (et des libéraux).

* Prospérité sans croissance (la transition vers une économie durable) de Tim Jackson
(de boeck ; 1ère édition 2009, Economics for a finite planet)

pour en savoir plus :
– le livre de Tim Jackson :
http://biosphere.ouvaton.org/annee-2010/952-2010-prosperite-sans-croissance-la-transition-vers-une-economie-durable-de-tim-jackson-
– sur notre blog :
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2013/08/27/une-journee-dete-deelv-prosperite-sans-croissance/

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2 réflexions sur “Que veut dire l’expression « Prospérité sans croissance »”

  1. La nécessité de la croissance est un théorème économique fondé sur une théorie qui postule la nécessité de la croissance. En mathématiques, on appelle ce genre de raisonnement une tautologie, et en sciences un dogme.

  2. Un autre aspect du discours d’Emmanuelle Coste « Je repose toujours la même question : si la croissance ne vient jamais, que fait-on ? Notre question est de savoir comment on crée de la prospérité sans croissance. »
    En disant cela, Emmanuelle Cosse donne l’impression qu’elle attend, elle aussi, le retour de la croissance ! Et que la « prospérité sans croissance » ne serait qu’un pis aller… Le plus grand parti écologiste de France ne devrait pas poser de questions, mais proposer des solutions. Relancer l’investissement n’en est manifestement pas une, ou alors il faut préciser de quels investissements on parle !

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