Quel traitement merdiatique pour l’écologie ?

Michel Rocard devant les élèves du Centre de formation des journalistes : «  Vous futurs journalistes allez devenir des spécialistes de l’instantané. Or la politique relève du long terme. La brièveté des messages implique que l’on n’aille pas vers la complexité. Vous chercherez seulement le choc de la petite phrase. L’échange d’arguments rationnels qui forme le cœur de la démocratie a été transformé par l’avènement des écrans, Chaque événement fait son entrée en scène à toute vitesse et disparaît aussitôt pour céder la place à un autre. C’est donc un monde sans beaucoup de cohérence ni de sens ; un monde qui ne nous demande pas d’agir et ne nous le permet pas non plus. Aux Etats-Unis, le dialogue politique est conduit pour l’essentiel au moyen d’annonces télévisées de trente secondes. En France les journalistes coupent la parole des politiques au bout de 10 secondes ! Alors, pour expliquer politiquement des questions aussi complexes que le pic pétrolier… Nous écrivions cela sur ce blog en 2011. Dix ans après, rien n’a changé.

Aude Dassonville : En décembre 2022, alors que les températures étaient anormalement hautes, on voyait des reportages montrant des gens en maillot de bain, et aucun éclairage s’interrogeant sur le caractère anormal de ces températures. Hervé Kempf regrette : « La plupart des médias montrent ce qui se passe sans chercher à le relier aux causes et encore moins à des réflexions sur ce qu’il faudrait faire. » Le nombre, l’intensité et la durée des catastrophes de ces dernières semaines seront-ils de nature à faire de l’été 2022 une date charnière dans le traitement médiatique du dérèglement climatique ? En octobre 2021, une étude réalisée pour les Assises internationales du journalisme avait montré que, plutôt qu’à un « traitement anxiogène, catastrophiste et moralisant, c’est à une information concrète, porteuse de solutions (51 %), mais aussi vérifiée (42 %) et pédagogique (35 %) qu’en appellent les Français. »

Le point de vue des écologistes

Helga: un traitement médiatique sensationnaliste en période de crise puis plus rien quand c’est terminé, en attendant la prochaine crise. Des sujets traités à froid et à fond seraient bien plus utiles pour la prise de conscience du public mais généreraient moins de revenus (moins de clics, moins d’audience, moins d’espaces publicitaires).

Sauf qui Peut : Un journal est d’abord et reste une entreprise commerciale. Malheureusement. Comment vendre et faire du profit avec une information aussi indigeste que angoissante…? Heureusement, il reste à publier quelques photos bien encadrées du dernier aléa climatique avec interviews des campeurs survivants. Et puis on tourne la page et on publie les derniers chiffres de la croissance dûment commentés par le ministre de service.

FrédH : Je regarde actuellement un reportage du 13h de France 2 sur l’éco tourisme dans un lodge de luxe au Botswana. Le journaliste suit 2 touristes françaises qui sont ravies de se balader à dos de chevaux dans la réserve au lieu d’être en 4×4. Tout cela est bien mignon mais comment ces 2 touristes aisées se sont rendues au fin fond du Botswana ? En vélo, à pied, en train ? Moi je parierais sur l’avion et était -il éco responsable ? Ça le journaliste (qui lui même profite de ce séjour) ne le mentionne pas !

Etre Europeen : Très dur de s’apercevoir que l’on a fait fausse route. Encore plus dur lorsqu’on s’est posé comme civilisation étalon pour l’humanité toute entière. Regardez comme l’homme blanc est brillant et surpasse toutes civilisations en matière de technologie. Regardez comme l’homme et le seul et unique à avoir posé son pied sur la lune. Regardez comme l’homme blanc, dans sa supériorité, est la source et l’origine de la Révolution Industrielle qui a « libéré » l’être humain de très nombreuses contraintes physiques et lui ont permis de dépasser toutes ses limites.

Gaspard : Oui. Il faut répandre l’anxiété et la culpabilisation dans tous les reportages, traquer la légèreté, l’insouciance et l’indifférence avec férocité. Personne ne doit plus profiter du soleil ou de la pluie en toute innocence, consommer de la viande, du poisson ou du foie gras, prendre l’avion, circuler en voiture, visiter un zoo, fréquenter des lieux climatisés, acheter des produits non bios ou locaux, utiliser des diffuseurs anti-moustiques etc. sans se sentir horriblement honteux, ni s’excuser sans fin. Le journaliste doit devenir un juge et un inquisiteur, il en va du sauvetage de la planète, des glaciers, des ours blancs et de l’espèce humaine.

Dubitativ : Les médias sont détenus par les plus grosses fortunes françaises chantres du capitalisme. Une charte de bonne conduite pour le climat dans ce contexte fera le même bruit qu’une assemblée applaudissant d’une seule main.

Lire, Les journalistes et l’écologie vendue au capitalisme

Michel SOURROUILLE : Sortant des écoles de journalisme, il est imprudent de contester un modèle qui permet au plus grand nombre d’accéder au confort ou à une espérance de vie plus longue. Aller contre le sens du courant idéologique dominant, c’est – pour un journaliste – prendre le risque de se discréditer tant auprès des sources officielles qu’auprès de ses confrères. Sommés d’entretenir de bonnes relations avec les sources officielles, les journalistes se trouvent cantonnés à ce qui est dicible du point de vue des acteurs institutionnels. Ces logiques de censures invisibles sont particulièrement prégnantes en matière d’écologie dans la mesure où la préoccupation environnementale a été stigmatisée. Pour devenir médiatique, la cause écologique a donc abandonné une de ses principales ambitions idéologiques, celle consistant à montrer pourquoi le croissancisme est un projet insoutenable, une réalité présente à dépasser.

Lahlassa : j ai toujours trouvé anormal que les présentateurs météo parlent de  » mauvais temps » pour dire qu’il va pleuvoir en plein hiver et de  » beau temps ensoleillé  » pour journées anormalement chaudes. en fait le mauvais temps c est quand il fait 25 degrés en plein hiver.

Geisberg : Un bédouin m’a dit un jour que nous autres occidentaux sommes tarés, puisque nous disons que le temps est mauvais quand il pleut…

Mkas : je confirme. Rares sont les bulletins météo, surtout en été, qui parlent de la pluie de façon positive. Je crois que ça commence à changer : le mauvais temps et le beau temps = expressions à interdire.

Toledino 20/08/2022 – 16h18

Bonnes initiatives mais il faudrait aussi aller plus loin dans la cohérence : dire que amortir la hausse des carburants de manière indifférenciée, c’est aussi donner une prime à la consommation de GES, se féliciter des succès de Airbus, Renault et Peugeot c’est contradictoire avec une politique de transition, etc …. Il faut analyser toutes les informations sous l’ angle de la crise écologique pour faire progresser les consciences.

Lire, au MONDE, les journalistes frustrés d’écologie (10 septembre 2013)

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11 réflexions sur “Quel traitement merdiatique pour l’écologie ?”

  1. – « Il y a aujourd’hui plusieurs gros problèmes dans le traitement journalistique qui est réservé à l’écologie : imprécisions, manque de clarté, choix douteux des sources et des experts… Et si on arrêtait de faire du buzz sur l’écologie et que l’on en livrait enfin un traitement scientifique et sérieux ? »
    (Journalisme et écologie : il est temps de devenir sérieux – 6 décembre 2018 – Youmatter)

    Youmatter se veut être sérieux : « Youmatter est un lieu de partage de connaissance pour aider les citoyens et professionnels à comprendre les enjeux de transformation de notre monde. » Son slogan : « Comprendre les défis de notre siècle pour mieux agir. »

    1. Youmatter reste toutefois un média, parmi tant d’autres.
      Et qui plus est un business parfaitement intégré au Système. Que pouvons-nous attendre de bien sérieux du Système ? Que ça continue comme ça. Rien d’autre !
      Dans ce monde qui n’a jamais été aussi complexe, où tout est lié, où les conflits d’intérêts s’entrelacent… comment un simple journaliste pourrait-il être d’une lucidité et d’une impartialité irréprochables ? Et ainsi nous fournir une information tout aussi irréprochable. Pour moi c’est IMPOSSIBLE ! ( à suivre )

      1. Parti d'en rire

        Un journaliste, comme un scientifique d’ailleurs. L’épisode Covid devrait pourtant nous avoir suffi, non ? D’autant plus qu’il y en a eu d’autres bien avant, des épisodes de ce genre. Suffisamment pour comprendre, que nous n’avons rien attendre de ce côté là. Alors oui bien sûr, s’il s’agit juste de nous con vaincre que la Bagnole électrique fume moins noir que le diesel, alors là oui bien sûr. S’il s’agit de nous dire que tout s’aggrave, et que ça presse et patati et patata, et que par conséquent il faut agir… mais en restant bien sagement dans les clous… alors là encore oui bien sûr. Nous voilà donc bien avancés.
        En attendant, l’information se dilue dans une macédoine sans nom. Et la connaissance reste un travail de longue haleine. Et en plus un puits sans fond. Mon dieu que c’est dur de creuser quand on racle le fond !

  2. Misère misère !

    Si les journaleux ne nous parlent pas correctement d’écologie, comme les politiques d’ailleurs, que dire alors du vulgum pecus ? Du pékin moyen, lecteur du Monde ou de n’importe quoi, ou pas. Celui qu’on amuse et abuse de tous les côtés, du matin au soir, et qu’on sonde à longueur d’ânée, en long en large et en profondeur, pour lui faire dire une chose et son contraire, et en même temps, pour savoir ce qu’il veut, ce qu’il aime, et ce qu’il n’aime pas etc. etc. Juste pour mieux lui vendre tout et n’importe quoi.
    Que dire de ce soi-disant écolo lecteur du Monde, qui dit que « Le journaliste doit devenir un juge et un inquisiteur » ? Mon dieu quelle misère ! Pauvre Gaspard !

    1. Parti d'en rire

      Serait-ce le R qui passe mal ? Moi je trouve que Biosphère fait des progrès.

  3. – Ouragan Irma: pour Macron, le réchauffement climatique est une « cause profonde » du désastre (huffingtonpost.fr – 07/09/2017).
    Souvenons-nous de ses larmes de crocodiles, aux Antilles, puis de ses larmes de joie lors de l’annonce des J.O à Paris en 2024.
    Et pas un journaleux pour mettre ce double langage, voire double pensée, à la une !
    De toutes façons combien de journaleux, soit disant intègres, écolos, bien sous toutes les coutures et tout et tout, sont capables de dénoncer l’hypocrisie de celui qui les paie ?
    Ne serait-ce que l’incohérence d’un discours écolo assaisonné de pubs en tous genres.
    – « Eh oh, c’est pas bien de cracher dans la soupe ! » … qu’on vous dira.
    (à suivre )

    1. – « Des journalistes plus écologistes aimeraient que la causalité entre les événements et le dérèglement climatique soit plus systématique. » (Le Monde)

      La causalité est systématiquement pointée, par les journalistes, comme par les politiques. Et ça change quoi ? Rien !
      Du coup ces journaleux aimeraient que la causalité soit PLUS systématique.
      Ben voyons. Et COMMENT concrètement ? En nous le rabâchant du matin au soir, sur toutes les chaines, tous les supports etc. ?
      C’est là le meilleur moyen pour rendre les gens fous. Eh oh c’est bon, de ce côté là n’en rajoutons surtout pas ! C’est aussi un excellent moyen pour que nous fassions tous comme Renaud, qui, souvenons-nous… énervé par la colère, un beau soir après la guerre, a balancé sa télé par la f’nêtre (L’aquarium).
      Et alors là ils seraient bien avancés, nos journaleux, et leurs chers patrons, tous plus écologistes les uns que les autres.

  4. Esprit critique

    Pour moi la réponse à la question du titre est évidente : C’est le traitement qui sert le mieux le Système. Celui qui lui permet de bien tourner, de durer, en attendant.
    C’est tellement logique, évident, qu’il ne peut même pas en être autrement. Ben oui, c’est quoi les meRdias ? A quoi servent-ils, et à qui appartiennent-ils ?
    Tout le reste n’est que du blablabla. En plus, tout ça on le sait depuis des lustres.
    Et on fait avec. On s’en accommode, on continue à bouffer (lire, écouter et regarder) de la merde. Ben oui, faut bien bouffer dans la vie. Et en plus on en redemande. Et on collabore, on participe à ce jeu pipé, ne serait-ce que lorsqu’on parle dans les micros de la Voix de son Maître. Misère misère ! Et le comble, c’est que pour faire durer le gag, de temps en temps Le Monde (ou autre) fait semblant de s’interroger sur la qualité de son information, si ce n’est de sa déformation, sur l’impartialité de ses journaleux etc. La bonne blague !

    1. – « La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. »
      – « Dans ce monde il existe des institutions tyranniques, ce sont les grandes entreprises. C’est ce qu’il y a de plus proche des institutions totalitaires. » (Le Monde diplomatique août 2007 )
      – « En France, si vous faites partie de l’élite intellectuelle et que vous toussez, on publie un article en première page du Monde. C’est une des raisons pour lesquelles la culture intellectuelle française est tellement burlesque : c’est comme Hollywood. » (Comprendre le Pouvoir – 2005)

      1. Et bien sur il n’y a pas que Le Monde, ni que Chomsky, pour nous éclairer ou nous enfumer. De ce côté là nous sommes bien servis, il y en a pour tous les goûts, toutes les religions, toutes les bourses etc. En attendant, nous savons TOUS, et ce depuis des lustres, que notre démocratie est frelatée, qu’en réalité elle n’est qu’ «Une étrange dictature» (Viviane Forrester), etc. etc. etc.
        Et pour couronner le tout, nous savons TOUS que nous sommes dans une impasse. Faits comme des rats ! Con damnés à tourner en rond, en attendant. Alors chacun se complait comme il peut, à faire du cinéma, du cirque, à faire semblant, à mentir, un peu , beaucoup, passionnément etc. Le pire étant de se mentir à soi même.

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