quelques politiques nationales malthusiennes

A quel moment, au juste, une politique démographique mérite-t-elle d’être qualifiée de contraignante. L’idée de contrainte nous rend trouillards. Souvenons-nous pourtant que pendant des siècles, les gouvernements et les églises ont bel et bien contraint les gens à avoir davantage d’enfants.

– La population mexicaine augmentait si vite que le gouvernement mexicain s’opposa en 1975 à l’Eglise catholique pour lancer un programme de planification familiale. Bientôt on vit des ânes grimper les routes de montagne et traverser les canyons, leurs sacoches remplies de préservatifs et de pilules contraceptives. Sans oublier les vaccins contre la polio, la diphtérie, le tétanos… Les femmes acceptaient de prendre la pilule pour éviter de tomber enceinte à condition que leurs enfants soient vaccinés contre les maladies mortelles.

– En décembre 1979, Song et Jiang présentèrent leurs recherches au symposium national chinois de la théorie des populations. S’appuyant sur le rapport du club de Rome, Jiang avait cherché des parallèles et découvert que la Chine possédait significativement moins d’eau, de forêts et de métaux par habitant que la plus grande partie des autres pays du monde. Song avait calculé de son côté, en se focalisant sur la capacité de production alimentaire et l’équilibre écologique du pays, que la population optimale de la Chine se situait entre 650 et 700 millions de personnes. Mais elle avait déjà dépassé les 900 millions et continuait à s’accroître rapidement.

En paraissant dans le Quotidien du Peuple, le journal officiel du Comité central du PC, le sujet du contrôle des naissances sortit de sa confidentialité pour devenir un gros titre national. La politique de l’enfant unique fut officialisée en 1980 par Deng Xiaoping qui avait pris les rênes du pays.

– Quant la république des Philippines accéda à l’indépendance en 1946, elle comptait 18 millions de citoyens. Aujourd’hui les Philippins sont près de 100 millions. A Manille, les chances de renverser le cours de la fécondité ne paraissaient pas bonnes. En 2012, l’Eglise catholique attaquait encore de front les membres du Congrès qui osaient soutenir la planification familiale. Les archevêques s’exprimaient ainsi : «  la contraception, c’est la corruption… La sexualité ne doit jamais être coupée de Dieu… Ne provoquez pas l’Eglise car elle vous enterrera… » Dans les sermons, on serine aux ouailles que la contraception est une forme d’avortement – pratique illégale dans la Constitution des Philippines.

Mais fin 2012 le président Aquino contraignit le Congrès à mettre immédiatement la loi au vote, en déclarant qu’il s’agissait d’une priorité présidentielle. Il refusait de laisser la population doubler une fois de plus et risquer de mourir de faim. Contrairement aux Philippins qui voyaient leur effectif croître de 2 millions de personnes chaque année, les habitants du Vatican ne risquent pas de souffrir de la surpopulation car ils sont tous, ou presque, de sexe masculin et majoritairement célibataire. Ce qu’ils font entre les murs de leur minuscule Etat ne regarde qu’eux.

in Compte à rebours (Jusqu’où pourrons nous être trop nombreux sur terre ?) d’Alan Weisman

première édition 2013 sous le titre Countdown. Our Last, Best Hope for a future on Earth ?

Editions Flammarion 2014, 430 pages, 23,90 €

5 réflexions sur “quelques politiques nationales malthusiennes”

  1. – « Croissez, et multipliez, et remplissez la terre [etc. etc.] » (Genèse 1:28)
    Celle là tout le monde la connaît. Notamment les malthusiens, c’est leur «argument» principal. Notons que c’est un ordre ! Et pas de n’importe quel type SVP ! Puisqu’il s’agit d’un ordre divin. Comme « Tu ne tueras point ! Tu ne voleras point [et blablabla] ». Or, tout le monde sait, même les malthusiens, que de ce genre d’ordres ON s’en tape ! Mais ce n’est pas tout.
    – « Il n’est de richesses que d’hommes. » (Jean Bodin : 1529-1596)
    – « La plus grande richesse naturelle d’une collectivité, ce sont ses enfants. » (Alice Parizeau : 1930-1990)
    – « Les enfants c’est la richesse des pauvres. » (Proverbe haïtien)
    Et des comme ça, je pourrais en citer des tas et des tas. Mais restons-en là, et ne nous fâchons pas. Juste une petite dernière, pour celles et ceux qui ne comprendraient toujours pas :
    – « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. »
    C’est ainsi que se terminent des tas de contes, pour enfants. (à suivre)

    1. Vous avez dit contrainte ?

      (suite) Et donc… que pendant des siècles, et des siècles… les gouvernements et les églises aient encouragé les gens à avoir davantage d’enfants, et même qu’ils les aient fortement dissuadés de ne pas en avoir… je veux bien. Mais dire qu’ils les ont bel et bien contraint (sic), là je trouve que c’est quelque peu exagéré.
      Si encore les papes et les curés avaient montré l’exemple, je dis pas… mais bon. 🙂

      La contrainte c’est la contrainte. C’est pareil pour la coercition. Ne commençons pas à vouloir changer le sens des mots.
      Contraignant vient du latin constringere, qui veut dire « enchaîner, contenir, réprimer ».
      – « Être libre, ce n’est pas avoir la capacité de faire n’importe quoi ; la liberté de l’individu seul sur une île n’a pas de contenu. Être libre, c’est accepter des contraintes discutées en commun et auxquelles chacun se soumet au nom d’un objectif supérieur : la liberté de la parole est l’aboutissement des contraintes du langage. »
      (Albert Jacquard – J’accuse l’économie triomphante, 1995)
      (à suivre)

      1. (suite) Pour répondre à la question, de Biosphère, une politique (ici démographique) peut être qualifiée de contraignante à partir du moment où elle impose quelque chose par la force (et/ou la pression). Et qu’elle punit (réprimande) celles et ceux qui ne respectent les contraintes fixées et clairement définies par la Loi, dans le cadre d’une certaine politique (ici démographique).
        Et peu importe alors que la contrainte (l’ordre, l’obligation) soit de faire des enfants autant que possible, ou alors un seul, ou encore pas du tout. Sans oublier que la contrainte peut s’appliquer également sur les vieux, les mal foutus, les mal pensants, les improductifs… pour qu’ils dégagent le parquet au plus vite.
        L’infraction (non respect) d’une loi constitue un délit. Voire un crime. Donner la vie peut donc être un délit, voire un crime. Et vivre trop longtemps aussi.

        1. La politique de l’enfant unique en Chine est sans aucun doute un bon exemple de politique démographique coercitive. Ou contraignante, si vous préférez.
          Amendes importantes, pertes d’avantages sociaux, pressions professionnelles, refus d’enregistrer l’enfant (ce qui limitait fortement son accès à l’école, aux soins et à d’autres droits), le Top étant les stérilisations et les avortements forcés.
          Donc, pour moi, un exemple à ne pas suivre. Ni à chercher à justifier, et encore moins à défendre..

          – « L’argent est une richesse morte ; les enfants sont une richesse vivante. »
          (Proverbe chinois)
          Comme quoi les vieux proverbes ON s’en tape aussi.
          Aujourd’hui les Chinois peuvent dire que les enfants sont une richesse morte.
          Et que le Pognon est une richesse vivante.

        2. Malthusien du parti d'en rire

          N’empêche que les gosses ça coûte un max de Pognon.
          En plus ça pue, ça pollue et ça rend con.
          Et là, croyez-moi, je sais de quoi je parle !
          Alors faites comme moi, n’en faites plus !

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