Quoicoubeh ! De l’inutilité du langage humain

On ne peut être d’accord que sur ce que l’on partage clairement, sur les idées qui sont communes à tous. Schématiquement, l’entente se fait sur l’intersection des idées des protagonistes. Plus le nombre de personnes ayant à se mettre d’accord sur une décision à prendre est important, plus les points communs à leur réflexion sont réduits. Un consensus entre personnes multiples ne peut aboutir que s’il y a à la base un langage commun, « des idées qui sont communes à tous ». Réduire les échange à la consultation de Tiktok ou de Facebook appauvrit la richesse de la langue et nous empêche de voir l’essentiel.

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Nicolas Santolaria : Nous sommes victimes consentante de jeux de langage qui deviennent une mode et nous cachent l’essentiel. Quoicoubeh, quèsaco ? Quelqu’un se met tout d’abord à vous parler de manière pas très audible, marmonnant en fin de phrase des propos volontairement inintelligibles du type… le but de la manœuvre est de vous inciter à demander une précision : « Quoi ? » Une fois que vous avez eu le malheur d’utiliser ce pronom interrogatif, le piège se referme sur vous et votre interlocuteur, comme s’il avait réussi à vous faire un croche-pied lexical, répond en exultant : « Quoicoubeh !!! » Origine de quoicoubeh? Un tiktokeur de 22 ans aux 350 000 abonnés, dont les répliques onomatopéiques circulent depuis quelques mois sur les réseaux. Dans une vidéo, on le voit piéger sa propre mère avec un quoicoubeh, alors que celle-ci vide les restes du repas à la poubelle. « T’as que ça à faire de ta vie, mon pauvre, c’est malheureux, déplore la maman. A ton âge, tu ferais mieux de chercher du travail. »

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Le point de vue des écologistes qui savent ce qu’ils disent

Une linguiste Julie Neveux voit dans l’usage de cette interjection quoicoubeh le signe d’une « minipulsion nihiliste destinée à semer le chaos dans l’interaction linguistique classique ». Difficile de ne pas penser que Tiktok joue un rôle géopolitique, destiné à rendre nos jeunes générations totalement dégénérées. Ce tiktoteur cité par Santolaria est l’exemple parfait de l’inutilité de ce débris humain et de l’utilité de vider ses poubelles après son travail ! Qu’ils sont loin, Arne Naess ou Benveniste ! Les mots signifient forcément quelque chose, et même si la signification demande souvent un effort d’interprétation, ils permettent l’intelligence collective. La langue aujourd’hui est déjà suffisamment instrumentalisée, dévoyée, « fake-newsisée », « bullshitisée », elle n’a pas besoin qu’on y rajoute autre chose.

Nous les humains, et toute la vie sur Terre, aurions été davantage en sécurité si l’espèce homo dite sapiens n’avait pas évolué vers le langage complexe. Peut-être que l’usage de la connaissance qu’offre le langage, poussé à son extrême, nous permet seulement de parvenir à un plus haut niveau général de stupidité suicidaire.

Et quand mon enfant reviendra de l’école en cherchant à m’avoir par un langage incompréhensible, je dirai : « Je comprends que tu cherches à rompre le lien entre le signifiant et le signifié ». Il me répondra : « Quoi ? » Et là je savourerai ma vengeance, quoicoubeh ! D’où l’intérêt de permettre de discerner l’utile de l’inutile. Les enfants feraient mieux de jouer aux échecs dans la cour des écoles plutôt que pratiquer des jeux de langage sans avenir.

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2 réflexions sur “Quoicoubeh ! De l’inutilité du langage humain”

  1. Stradivicius

    J’avoue j’ai été confronté au « quoicoubeh » sur mon lieu de travail … mais au final rien de nouveau depuis « waaaazzaaaah » … Les « réseaux sociaux » et les « influenceurs » ont remplacé la pub TV mais les deux ont pour finalité de capter « le temps de cerveau disponible » comme disait l’autre.
    En surface, un phénomène (pour une fois) léger mais au fond pas forcément inoffensif: l’enjeu reste l’économie de l’attention et l’arbitrage entre une société du divertissement ou de l’apprentissage alors même que de nombreux acteurs demandent à l’école d’assumer des rôles de sensibilisation à une foultitude de sujets ( en plus du socle de base ) dans un temps et des ressources limités !

  2. Ah que je suis con tant ! Ce soir je vais me coucher un peu moins con que quand je me suis levé ce matin. Et un petit peu, c’est déjà ça ! Merci Biosphère.
    Jusque là je n’avais jamais entendu quoicoubeh. Faut dire aussi que j’habite sur une autre planète. Sur la mienne ON n’a que 4 mots, avec lesquels ON peut tout exprimer. Tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi, vu qu’ON ne sait faire que ça. GA BU ZO MEU !
    Sur ma planète le zozo qui dit quoicoubeh est de suite étiqueté gaga. Parce que chez nous c’est comme partout, c’est celui qu’il dit qui l’est. Et c’est pour ça que nous le sommes tous, gaga.
    – Je dis des choses tellement intelligentes que le plus souvent je ne comprends pas ce que je dis.
    – Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes.

    Ga Bu Zo Meu : les Shadoks expliqués à ceux qui sont nés après 1990 ( Le MONDE )

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