Recension : DARWIN (presque) FACILE

Grâce à ce livre de 130 pages, on pourra tout savoir sur le darwinisme, cette théorie de l’évolution qui a révolutionné notre mode de pensée.

Pour Pierre Jouventin, l’homme est selon le titre de l’un de ses livres précédents, ‘un animal raté’ tant il a méprisé ses origines animales. Il étaye maintenant cette analyse en s’intéressant à Charles Darwin qui est devenu avec son ‘Origine des espèces’ paru en 1859 le « Newton de la biologie ». La science a pris le relais de la religion et la sélection naturelle a remplacé le mythe de la Création divine. L’explication de l’origine naturelle du monde vivant initiée par Darwin a été amplement démontrée par la suite avec les découvertes de la génétique et les analyses ADN. Tous les animaux (Homo sapiens inclus) et les plantes dérivent de la même origine. Darwin nommait cette thèse « Théorie de l’ascendance commune ».

On doit connaître Darwin pour ce renversement majeur de perspective, l’homme n’est qu’une branche du vivant. Encore ne faut-il pas déformer cette pensée, c’est ce que s’emploie à faire Pierre Jouventin. L’auteur passe ainsi en revue les dérives du darwinisme, sa récupération par le capitalisme, les tentations de l’eugénisme, la prépondérance donnée à la loi du plus fort… alors que Darwin mettait en valeur les avantages de la morale, de la coopération et de l’altruisme. Son livre, à la portée de tout lecteur, avec un historique détaillé, est écrit par un spécialiste des stratégies de reproduction des oiseaux et mammifères. Les dessins illustrent à merveille le texte, les citations sont mises en évidence et toujours sources de réflexion.

Ce livre de Jouventin, en s’appuyant sur les carnets de notes, les lettres et l’autobiographie rédigée par Darwin pour ses enfants, consacre aussi des développements aux pensées intimes de Darwin qui vont à l’encontre de ses études de pasteur : « Je compris progressivement qu’il n’y avait pas plus de raisons de croire à l’Ancien Testament qu’aux écrits hindous. » Et Darwin de confier dans l’un de ses carnets : « Je dois éviter de montrer à quel point je crois au matérialisme ». Darwin était en quête d’une vérité et non d’une idéologie. Il recherchait des explications causales et détestait les débats stériles qui ne font pas avancer la connaissance. Pierre Jouventin illustre cette méthodologie par son livre dont l’originalité finale est de montrer que Darwin, un des pères fondateurs de l’écologie et de l’éthologie, est aussi un grand pionnier de la cause animale.

DARWIN (presque) FACILE, éditions Delachaux et Niestlé, mai 2022

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2 réflexions sur “Recension : DARWIN (presque) FACILE”

  1. Esprit critique

    DARWIN (presque) FACILE… j’aime bien le « presque ». 130 pages pour tout savoir sur le darwinisme… ça m’étonnerait. Mais bon, c’est sûr que toujours mieux que rien. Et puis un bouquin de plus ou de moins, on n’est plus à ça près. Sinon on a aussi Wikipédia.
    Avec tous les liens je pense qu’on dépasse largement les 130 pages. Là aussi on passe en revue les dérives du darwinisme, sa récupération par le capitalisme, les tentations de l’eugénisme, la prépondérance donnée à la loi du plus fort etc. Mais bon, Wikipédia ce n’est pas non plus la Bible. Et Darwin ce n’est pas Dieu non plus. 🙂
    Tout aussi intéressant (pour ceux que ça intéresse) Jean-Sébastien Bolduc et Ruey-Lin Chen ont publié (en 2013) un essai d’une vingtaine de pages dans le Bulletin d’histoire et d’épistémologie des sciences de la vie : « La dette de Darwin envers la théorie des populations de Malthus : une approche structurelle » (lisible sur Cairn.info)

  2. Rapporterre

    La natalité des êtres vivants est supérieure à la production de ressources naturelles, c’est ce que démontrait Malthus. Darwin ajoute que ce déséquilibre aboutit à la sélection des individus les mieux adaptés au milieu ambiant, lesquels transmettent leurs caractères avantageux à leurs descendants. C’est la sélection naturelle : « Je fus frappé de l’idée que des variations favorables seraient préservées et les défavorables détruites. Il pouvait en résulter la formation d’une nouvelle espèce ». Darwin s’intéressait à la biologie, pas à la politique. Malthus s’intéressait à la condition sociale, et les pauvres en se multipliant entraînaient leur appauvrissement. Darwin se contentait de constater, Malthus indique qu’il faut apprendre à maîtriser la fécondité humaine. La sélection naturelle pourrait devenir une sélection artificielle, on ne devrait pas attendre guerres, famines et épidémies avant de réagir.

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