Refuser l’injonction à la maternité ?

Le choix de la non-maternité concerne de tout temps entre 10 % et 15 % des femmes françaises » à l’issue de leur vie fertile. Les raisons avancées par chacune sont multiples et singulières : effroi face à l’amour absolu pour son enfant, traumatismes de famille, non-désir construit à partir d’une réflexion féministe…

Solène Cordier : Alors que le nombre de femmes ne souhaitant pas avoir d’enfants reste stable, l’ouvrage collectif « Nullipares, et alors ? Être sans enfants », dirigé par Chloé Delaume, témoigne d’un véritable changement en cours : celui de l’assumer publiquement. Dès la préface de Nullipares : « Nullipare : se dit d’une femme qui n’a pas encore donné naissance à un enfant ou d’une femelle de mammifère qui n’a pas encore eu de petit. » Et alors ? « Pas encore » : cette expression adverbiale dit beaucoup en peu de mots, souligne Chloé Delaume, pour qui elle montre à quel point il est « impensable, jusque dans la langue, de ne pas du tout avoir d’enfants ».

C’est de cette « anomalie », « voire une anomalie tenant de l’inconcevable », que s’emparent dix femmes et un homme transgenre. A coups de « tu en voudras plus tard » et de « tu le regretteras », cette petite musique résonne pourtant auprès de nombreuses nullipares. La journaliste Rokhaya Diallo, dans un texte traversé par une certaine colère, réagit en renvoyant la balle. « C’est étrange, on doit expliquer pourquoi on ne le souhaite pas, mais on n’a jamais besoin de motiver sa décision de procréer. » Les nullipares, en s’écartant de la norme sociale, élargissent l’éventail des manières d’être une adulte, d’être une femme, ce qui constitue, au bout du compte, un progrès collectif.

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Nullipare par souci du bien commun

extraits : Prix Nobel de médecine en 2008, la virologue Françoise Barré-Sinoussi a co-découvert le virus du sida en 1983. Elle est interviewé par LE MONDE :

LM : Vous avez fait le choix de ne pas avoir d’enfant…

FBS : A mon adolescence, il y a eu des moments très violents entre mon père et moi. Il considérait qu’une femme devait se marier, avoir des enfants et rester au foyer, comme ce fut le cas pour ma mère. Je ne me voyais pas avec un enfant. J’aurais eu une double culpabilité : ne pas suffisamment m’occuper de lui et ne pas donner assez à la science. Je ne voulais pas vivre tiraillée ainsi, cela aurait été insupportable. Mon mari l’a compris. Nous avons fait ce choix ensemble. Il m’a toujours soutenue. Même si cela n’a pas toujours été facile. Quand le sida est arrivé, nous ne sommes, par exemple, plus jamais partis en vacances. Nos amis ne comprenaient pas. Certains lui disaient : « Mais comment acceptes-tu la vie que Françoise te fait mener ? » Il répondait : « Ça ne vous regarde pas, c’est sa vie et, moi, ça me va très bien comme ça… » Le jour de notre mariage, je suis passée au labo, avant la cérémonie, prévue en fin de matinée. Vers 11 heures, mon futur mari m’a téléphoné : « Est-ce que tu te rappelles quel jour on est ? Est-ce que tu comptes venir ? » Je n’avais pas vu l’heure !….

Nullipares, childfree, les personnes sans enfants

extraits : La décision d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants se fait normalement à deux. Aujourd’hui, l’infécondité définitive atteint en France 21 % des hommes nés entre 1961 et 1965, et 13,5 % des femmes nées à la même époque. On estime à 3 % seulement la part due à l’infertilité médicale. Mais il est de bon ton de ne s’intéresser qu’aux femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants. En Allemagne, 25 % des femmes nées en 1968 sont sans enfants. Il y a là-bas une véritable culture des familles sans enfants. Une page entière du MONDE consacrée aux childfree, cela se fête. Malheureusement l’article du MONDE insiste sur la superficialité des considérations individualistes….

En savoir encore plus

Féminisme, sensibilité écologique et refus de maternité (2016)

No kid, ces femmes qui ne veulent pas avoir d’enfant (2014)

démographie responsable (2010)

oui à la nulliparité (2008)

Un livre qui fait le tour des problèmes : « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) »

Pour rejoindre l’association « Démographie Responsable » : https://www.demographie-responsable.org/nous-rejoindre.html

5 réflexions sur “Refuser l’injonction à la maternité ?”

  1. Parti d’en rire

    – « La journaliste Rokhaya Diallo, dans un texte traversé par une certaine colère, réagit en renvoyant la balle. « C’est étrange, on doit expliquer pourquoi on ne le souhaite pas, mais on n’a jamais besoin de motiver sa décision de procréer. » »

    Pourquoi de la colère ? Comme s‘il n’y avait que pour ça qu’ON avait besoin d’expliquer pourquoi ON ne veut pas. Comme quand ON refuse d’acheter le truc qu’un marchand de salades essaie de nous fourguer, ou qu’ON ne veut pas aller à son salon, ou signer sa pétition (à la con), ou encore quand ON n’a pas envie de faire la vaisselle, ou l’amour.
    Par contre quand ON décide de s’y atteler, à la vaisselle, alors là ON trouve ça normal.
    Si ON était un peu plus tolérants, et tolérantes, ça marche dans les deux sens, eh ben ON devrait s‘en foutre et pousser la chansonnette :
    – « Tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux pas tant pis.
    Si tu veux pas, j’en f’rai pas une maladie.» (Zanini)

  2. Pour revenir sur cette question … et tenter d’en finir :
    – « Désir d’enfant : inné ou acquis ?
    Le fait est indéniable : la majorité des humains ressentent l’envie de faire des bébés. S’agit-il d’un élan naturel, dicté par nos gènes, ou d’un désir construit socialement par des discours entendus depuis l’enfance ? Difficile de trancher. […]
    Où l’intime se retrouve à la croisée des chemins, entre le biologique et le social… »
    ( Le désir d’enfant dans tous ses états – Par Isabelle Gravillon – cairn.info )

    Quoi qu’il en soit une chose est certaine, s’il n’est pas un besoin (naturel) … ce désir est nettement plus puissant chez les femmes que chez les hommes.

  3. esprit critique

    Quant à ce non-désir d’enfant… dont nous avons déjà parlé :
    – « Le choix de la non-maternité concerne de tout temps entre 10 % et 15 % des femmes françaises » à l’issue de leur vie fertile. […] Alors que le nombre de femmes ne souhaitant pas avoir d’enfants reste stable, l’ouvrage collectif « Nullipares, et alors ? Être sans enfants », dirigé par Chloé Delaume, témoigne d’un véritable changement en cours : celui de l’assumer publiquement. »

    Étant donné qu’il y a là quelque chose de constant (de tout temps ; stable) il faut déjà admettre que ces 10% à 15% représentent une minorité.
    Non négligeable certes, il n’empêche qu’à côté (je ne dirais pas en face) il y a 85 à 90% des femmes qui ont des enfants (ou qui en ont eu, ou qui en auront).
    ON peut donc dire que pour une femme, la norme (normalité) est de passer par la maternité.
    Que ces enfants soient voulus, programmés etc. ou pas, est un autre sujet.
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite)
      Peut-ON dire alors que les autres, ces 10% à 15% (voire 25% , lire l’article cairn.info), sont anormales ? Personnellement je ne le dirais pas comme ça. Sinon je devrais également dire que les lesbiennes sont anormales et que les gays sont anormaux.
      Ainsi que les nains (ON dit «personnes de petite taille»), les curés et j’en passe !
      Sans oublier celles et ceux qui osent dire NON.
      Et alors ? Eh bien n’en déplaise à tous ces conformistes et autres conservateurs qui pourront toujours dire que je ne suis qu’un wokiste (n’importe quoi !), je trouve que c’est très bien que chacun(e) puisse assumer (publiquement ou pas) sa ou ses différences.
      Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il y a de quoi être fier de ne pas être comme tout le monde. Quoique… dans certains cas… 🙂

      Pour plus de précisions :
      – Le choix de ne pas avoir d’enfant, ultime libération ?
      (cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2017)

  4. Déjà pour répondre à la question (titre) et rappeler que je n’ai aucun problème lorsqu’il s‘agit de refuser une injonction :
    – «Tiens-toi droit, écoute ton maître, finis ton assiette, finis tes études, va travailler, fonde une famille, trouve une bonne école pour tes enfants, suis la mode, ne rentre pas trop tard, agis normalement, pense modérément, traverse dans les clous, arrête de vieillir, regarde la télé, achète un appartement, mets de côté pour tes vieux jours, etc. etc.
    Avez-vous déjà essayé de dire NON aux règles établies, NON au conformisme ? »
    (10 commandements plutôt que 100 principes – Biosphère – MICHEL C 7 MAI 2020 À 10:36)

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