Réinventons notre relation à la montagne

Un collectif s’insurge contre le projet d’un téléphérique sur un glacier : « Et si les humains, les autres animaux et les glaciers partageaient plus qu’une simple relation d’utilitarisme… La bonne manière de se relier à la montagne est-elle de continuer à monter, plus vite, plus haut, plus fort… N’est-il pas temps de descendre d’un cran, de se poser la question de ce qu’est un glacier en train de mourir… Nous proposons de réinventer de nouvelles formes de relations au glacier, allier les pratiques de ski de montagne et l’éducation aux problématiques écologiques et climatiques… Nous sommes habitués, en Occident, à penser les glaciers comme des éléments inanimés faisant partie de notre « environnement naturel » plutôt que comme des acteurs à part entière d’un monde que nous habitons en commun. C’est cette idée qu’il nous faut déconstruire pour tisser les fils d’une autre histoire possible… Est-il si difficile de transformer une cosmologie héritée de la révolution industrielle, nous intimant de croire qu’il existerait une nature extérieure à nous que nous devrions exploiter jusqu’à ce que plus une once de ce grand dehors ne résiste à nos impératifs de gestion rentable et profitable ? Sentez-vous une tristesse naître en vous lorsque l’on vous explique que l’économie des vallées montagnardes ne tient qu’à l’aménagement touristique bétonné et mécanisé ? Si oui, c’est que vous vous demandez ce que nous avons fait du monde qui soutenait nos existences… A l’image des peuple autochtones, nous sommes nombreux à vouloir expérimenter d’autres formes de relation aux entités qui peuplent nos milieux… Nous ne disons pas que nous savons ce que c’est que penser comme un glacier. Mais nous décidons d’arrêter de nous acharner sur ses restes, nous décidons d’en prendre soin… Un autre modèle de développement est possible. Demandons l’étude d’un autre projet qui mette différemment en valeur le glacier de la Girose… » 

Admirable insurrection des consciences, sauf que ce collectif s’arrête en chemin. Respecter la haute montagne, c’est la laisser à sa splendeur inviolée. Les alpinistes ont été des conquérants de l’inutile, les skieurs hors ou sur pistes sont devenu des nuisibles. Les riverains d’un océan n’allaient pas autrefois sur le bord de la plage, ils avaient bien d’autres choses à faire. Les gens vivant à proximité de la montagne ne ressentaient pas du tout le fait que la montagne était synonyme de loisirs marchands. Dans un monde écologisé, on se contentera de ce qu’on a autour de soi, on ira moins loin, moins vite et moins haut. Après le choc pétrolier ultime, nous n’aurons de toute façon plus les moyens de rêver ni à aux voyages en voiture, ni aux vacances de neige…

Pour en savoir plus sur la radicalité de ce blog biosphere,

24 juin 2019, Stations de ski et réchauffement climatique

7 février 2018, Ne skiez pas, ni au Pla d’Adet ni ailleurs

20 octobre 2014, L’inutile conquête des sommets de l’Himalaya

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13 réflexions sur “Réinventons notre relation à la montagne”

    1. Si je comprends bien… en plus d’empêcher le grand n’importe quoi, cette «charte de bonne conduite» empêche aussi toute possibilité de débat.

      1. Le sage a dit : « Tournez soixante-dix-sept fois votre stylo dans la main avant d’écrire ».
        Cela permet de prendre du temps pour approfondir sa réflexion. Brider sa spontanéité empêche nullement la possibilité du débat, cela facilite la volonté d’aller à l’essentiel et évite souvent le grand n’importe quoi. Sur ce blog, on a connu plusieurs exemples de pugilats interminables entre deux commentateurs ou des digressions à répétition qui se gardent bien de coller à l’analyse initiale.
        De toute façon nos règles ne font que reprendre la charte des commentaires selon lemonde.fr, par exemple :
        « Vous pouvez poster une contribution par article et jusqu’à trois réponses… »

  1. C’est clair que le mode de vie montagnard est en perdition depuis des lustres, plus exactement depuis l’urbanisation (Grenoble Lyon Annecy etc) conjuguée au tout voiture pour se rendre au supermarché. Aujourd’hui la vie se résume à accueillir les touristes en masse de manière saisonnière, quant aux autochtones ils vivent en ville hors saison puis dans leur chalet-hôtel lors des vacances. Hormis que, lorsqu’un petit microbe genre coronavirus au hasard vient foutre la pagaille, l’économie est ruinée car tous les œufs ont été mis dans le même panier, c’est à dire que s’il n’y a plus de touristes les recettes monétaires sont à plat, bref le pib montagnard fait la gueule…

  2. La modération à Michel C.
    Nous laissons cette fois votre message ci-dessous, mais pour recentrer les débats, nous vous informons que dorénavant les commentaires sont limitées à une contribution principale et à 3 réponses maximum. Vous en êtes à 8 interventions sur cette thématique !
    (re)lisez note charte de bonne conduite, merci :
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/regles-de-moderation-des-commentaires/

    – « Après le choc pétrolier ultime, nous n’aurons de toute façon plus les moyens de rêver ni à aux voyages en voiture, ni aux vacances de neige…» (Biosphère)
    Il ne manquerait plus que ça qu’on nous empêche de rêver ! Et même de montagnes, de neige, de con quêtes etc.
    Nos rêves seront juste différents. La voiture sera tractée par des chevaux, le train (à vapeur) nous amènera jusqu’à Cauterets, d’où nous partirons à pied pour aller admirer le lac de Gaube, ou pour FAIRE le Vignemale. Comme au temps de Victor Hugo et du Comte Russel. Les plus vaillants pourront toujours rêver de monter à Cauterets ou à la Grave à vélo.

    1. La modération à Michel C.
      Nous laissons cette fois votre message ci-dessous, mais pour recentrer les débats, nous vous informons que dorénavant les commentaires sont limitées à une contribution principale et à 3 réponses maximum. Vous en êtes à 8 interventions sur cette thématique !
      (re)lisez note charte de bonne conduite, merci :
      https://biosphere.ouvaton.org/blog/regles-de-moderation-des-commentaires/

      – « Réinventons notre relation à la montagne » (Biosphère)
      Justement, d’un certain point de vue on peut dire que là aussi le Covid y aura participé. Et que tous comptes faits le Covid c’est formidable. («On est en train d’en revenir à l’essentiel de nos besoins, poussés par un virus et non par notre réflexion commune [etc.] » (Biosphère le 8 MAI 2021)
      En attendant, le Covid n’a pas empêché les gens d’aller toucher la neige.

      1. La modération à Michel C.
        Nous laissons cette fois votre message ci-dessous, mais pour recentrer les débats, nous vous informons que dorénavant les commentaires sont limitées à une contribution principale et à 3 réponses maximum. Vous en êtes à 8 interventions sur cette thématique !
        (re)lisez note charte de bonne conduite, merci :
        https://biosphere.ouvaton.org/blog/regles-de-moderation-des-commentaires/

        Comme les années «normales» j’ai vu des parkings de stations blindés. Les remontées à l’arrêt, les gens ont découvert les joies de monter à pied, comme au bon vieux temps. Du coup je n’ai jamais vu autant de skis de randos et de raquettes que l’hiver dernier. Les magasins de matos ont d’ailleurs été dévalisés, et le Business a su saisir l’opportunité, il a même inventé le «kit découverte de ski de randonnée en station.» Et du coup je n’avais jamais vu un tel n’importe quoi.
        le 7 FÉVRIER 2018 À 11:02 (Ne skiez pas, ni au Pla d’Adet ni ailleurs) je parlais de la mode du «free-ride» et de cette nouvelle faune qui m’a fait arrêter le ski de randonnée. Ceci dit je sais ce que durent les modes. Et le jour où il faudra le cheval ou le bourricot pour monter jusqu’à la neige je pense qu’il y aura beaucoup moins de «free-railledeurs». Hélas je serais trop vieux pour m’y remettre.

  3. Encore une fois si nous étions seulement quelques uns, cela ne poserait pas de problème. C’est la dose qui fait le poison, quelques milliers de personnes dans les montagnes, ce n’est rien, quelques millions ça en détruit l’équilibre et la beauté, toujours cette question du nombre et de l’ordre de grandeur.
    Nombreux, nous seront conduits un jours à vivre tous confinés comme aujourd’hui, à ne plus pouvoir rien faire que des loisirs préalablement estampillés eco-responsables et surveillés. Le monde qui se dessine est effroyable et la cause de toutes ces contraintes tourne toujours autour de nos effectifs qui rendent la moindre chose insupportable et destructrice de la nature.

    1. La modération à Michel C.
      Nous laissons cette fois votre message ci-dessous, mais pour recentrer les débats, nous vous informons que dorénavant les commentaires sont limitées à une contribution principale et à 3 réponses maximum. Vous en êtes à 8 interventions sur cette thématique !
      (re)lisez note charte de bonne conduite, merci :
      https://biosphere.ouvaton.org/blog/regles-de-moderation-des-commentaires/

      Il y a un siècle les montagnes étaient bien plus peuplées qu’aujourd’hui, seulement par par la même faune. Ce n’est pas le (sur)nombre qui fait qu’aujourd’hui des milliers de personnes (randonneurs, grimpeurs, skieurs) pullulent en montagne. La cause c’est la démocratisation des loisirs, autrement dit le tourisme. Et derrière le tourisme, je vous laisse deviner.

  4. – « Admirable insurrection des consciences, sauf que ce collectif s’arrête en chemin. Respecter la haute montagne, c’est la laisser à sa splendeur inviolée. Les alpinistes ont été des conquérants de l’inutile [etc.] »
    Poursuivons donc le chemin, allons donc plus loin, toujours plus loin, et plus haut… dans la réflexion.
    Ceux qui n’ont jamais pratiqué l’alpinisme n’ont probablement pas lu «Les Conquérants de l’inutile», ce livre écrit par l’alpiniste Lionel Terray (1961). Combien de choses inutiles ne fait-on pas, hein ? Et encore si elles n’étaient qu’inutiles, ce ne serait pas bien grave. Le pire c’est quand elles sont néfastes.

    1. Là encore tout est dans la juste mesure. On ne va non plus reprocher, et encore moins interdire, à des gens d’aller en montagne, ou en mer, ou de traverser des déserts, quitte à mettre leur vie en danger, sous prétexte que leur passion (leur came etc.) est inutile. On ne va quand même pas leur reprocher de violer cette nature, avec leurs seules godasses. Attention avec ça, nous en avons déjà parlé.

    2. C’est plutôt un certain esprit qui me gène là, celui de conquérir, de vaincre. Comme si une montagne pouvait abdiquer, se soumettre. N’importe quoi ! Personnellement je n’aime pas conquérir, vaincre. Et je n’ai jamais dit «j’ai conquis le Vignemale».
      Par contre il m’est arrivé de dire «j’ai fait le Vignemale»…comme si c’était moi qui avait fait le Vignemale, n’importe quoi ! C’est comme se faire un restau, je trouve ça trop con. Pour dire si je l’ai, moi aussi, il m’est même arrivé de dire, tout fier que je m’étais fait Ginette.
      Je fais de l’alpinisme, je fais de l’escalade, je fais du parapente, je fais ceci et je fais cela, et en attendant je fais surtout le con. Mon dieu que le verbe FAIRE me fatigue !

  5. Connaissant un peu l’endroit, je comprends l’intérêt de ce projet. Du fait du réchauffement ce glacier fond comme de la glace au soleil. Les actuelles grottes de glace pour amuser les touristes n’en ont plus pour longtemps, on veut donc faire arriver l’actuel téléphérique 350m plus haut. Ce qui permettrait notamment de supprimer l’ancien téléski, au plus grand bonheur des railledeurs (skieurs), le téléphérique va plus vite.
    Je pense que l’impact négatif de ce projet (sur le glacier) serait minime, ce n’est pas ça qui va le faire fondre plus vite. Toutefois en tant qu’amoureux de la montagne je suis CONTRE. Même s’il est très peu probable que je remette un jour les pieds sur le glacier de la Meije.

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