La biographie, et donc les actes, de René Dumont devrait être connu de tous les militants écolos. Voici quelques extraits.
En ce début d’année 1974, Le président de la République française, Georges Pompidou, vient de mourir. Une élection anticipée aura donc lieu. René Dumont rentre d’Alger, à Orly on l’attend : « Voilà, les mouvements écologistes se sont réunis. Ils ont décidé d’apparaître politiquement en ayant un candidat à l’élection présidentielle. Nous avons pensé à toi… »
Dumont : « D’accord, j’ai trois semaines de vacances avant de repartir, je vous les donne. A une condition cependant, qu’on parle du tiers-monde ! »
Au programme de la présidentielle : la réduction de la consommation du tiers le plus riche de la population française, le cancer de l’automobile, la folle course aux armements, la folie nucléaire, la démographie galopante, une diminution radicale du temps de travail, la « limitation de la croissance économique aveugle », l’arrêt du gaspillage des ressources naturelles et de l’exploitation du tiers-monde… ». Quand le candidat Dumont se présente devant l’ORTF, il tombe sur un panneau « Interdit aux animaux ». Il déclare aussitôt que, relevant lui-même du monde animal, il n’entrera pas dans ce lieu. A un déjeuner de presse, Dumont prévient : « S’il y a à la fois du poisson et de la viande, je n’y vais pas. » Passant à la télévision, il s’attaque au tabou numéro un, la voiture ; il propose d’augmenter le prix du super à 5 francs alors qu’il se vendait 1,50 francs. Il déclare par exemple : « La civilisation de l’automobile particulière est en train de renforcer la famine mondiale. » Il se saisit d’un verre d’eau et le boit très solennellement en direct « avant que nous n’en manquions ». L’écologie politique obtiendra seulement 337 000 voix (1,33 %). Mais l’écologie politique est lancée et pas question d’appeler à voter pour le candidat de la gauche au deuxième tour.
René Dumont soutient Brice Lalonde qui se présente à l’élection présidentielle de 1981 : « Un écologiste contre un socialiste, je soutiens l’écologiste. » En 1986, il est tête de liste des Verts à Paris pour les élections législatives à la proportionnelle. En 1988, quand des militants écologistes lui proposent de se joindre à eux pour protester contre la « trahison » de Brice Lalonde qui a accepté d’être ministre de l’environnement, le professeur refuse de s’y joindre : « Si Brice estime qu’il peut faire quelque chose, il a eu raison d’accepter. C’est un problème de conscience et on verra à l’usage. » Mais en 1989, invité par Brice Lalonde à participer au lancement de Génération écologie, on parle surtout d’enjeux électoraux. Dumont se lève et déclare : « Je vous ai écouté avec une stupéfaction sans cesse croissante. Au revoir. » Avec lui, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Si on construit un barrage, il le trouve trop gros. Il y a toujours trop de fonctionnaires, ou trop de voitures, ou trop de dépenses d’armement : « Je suis obligé de dramatiser parce que les gens ne s’inquiètent pas assez. » A ceux qui lui reprochent un comportement « catastrophiste », il rétorque que c’est plutôt leur propre attitude qui est « catastrophique ».
Il restera « le plus rouge des Verts » et on devrait se souvenir encore longtemps de son éternel pull rouge. Dumont est désormais convaincu qu’une course de vitesse est engagée pour arrêter la dégradation du milieu naturel, sans l’équilibre duquel la société humaine sombrera dans le déclin économique et la dislocation sociale. Pendant que la production mondiale explosait pendant les Trente Glorieuses, le capital naturel a été entamé aux limites de l’irréparable : « Nous sommes en train de brûler en quelques dizaines d’année les réserves accumulées en quelques dizaines de millions d’années. » Les critiques n’ont pas manqué contre son « catastrophisme », son « archaïsme » ou son « malthusianisme ». Mais il en est persuadé : « Plus nous tarderons, plus nous paierons cher la note. » Il presse l’opinion et ses dirigeants de « regarder la réalité en face. » Il reste réaliste : « On reconnaît dans les milieux informés les limites de notre petite planète. On reconnaît le danger de surpopulation. Mais, encore une fois, on n’agira que lorsqu’il sera trop tard. »
René est mort le 18 juin 2001, souvenons-nous de ses convictions écologiques…
Source : René Dumont, une vie saisie par l’écologie de Jean-Paul Besset

Rien que la page Wikipédia (René Dumont) nous en apprend davantage sur le personnage.
Autant son pacifisme remonte à sa tendre jeunesse (« René est marqué par l’horreur de la première guerre mondiale »), autant sa prise de conscience et son engagement pour la cause environnementale (écologie) viennent sur le tard (en 1974 il a 70 ans).
Toutefois son cœur était à gauche depuis longtemps.
Bien plus orienté que Wikipédia, cet article à l’adresse de ces pauvres droitards qui ne peuvent pas voir le rouge et le vert en peinture :
– L’illuminé René Dumont, précurseur du catastrophisme et du totalitarisme verts
(contrepoints.org 29 septembre 2025)
Un autre sans parti, dont j’ai souvent parlé, considérant que lui aussi… devrait être connu de tous les militants écolos… Henri Laborit. Né en 1914 (10 ans après René Dumont), lui aussi fut marqué par l’horreur de la guerre. Les hasards de la vie feront de lui un médecin, chirurgien, neurobiologiste, éthologue, eutonologue et… philosophe. Difficile à classer, sur l’échiquier politique traditionnel, ce qui fait l’intérêt de ce genre de personnages… pour moi nul doute qu’Henri Laborit avait lui aussi le cœur à gauche.
– « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chances qu’il y ait quoi que ce soit qui change. » (Henri Laborit, Mon oncle d’Amérique)
Certains pourront se demander quel est le rapport entre la chirurgie, la neurobiologie, voire la philosophie… et l’écologie.
C’est juste parce qu’ils ne connaissent pas Henri Laborit.
– LABORIT Henri – Biologie Des Comportements Et Écologie (fr.scribd.com)
– Henri Laborit : le déséquilibre catastrophique des écosystèmes (la-plateforme-stevenson.org)
Dans les années 70… Dumont, Laborit et bien d’autres avaient déjà TOUT compris.
Chacun à sa façon tentait de nous l’expliquer, de nous faire comprendre que nous étions dans l’Erreur. Et que si nous nous entêtions à persister sur cette voie… à refuser d’opter pour une nouvelle grille* (autrement dit décoloniser notre imaginaire)… alors nous irions à la Catastrophe. Dumont et Laborit c’était donc il y a … 50 ans !
* La nouvelle grille (Laborit 1974)
– Décoloniser l’imaginaire. La Pensée créative contre l’économie de l’absurde (Serge Latouche 2003)