On ne peut se proclamer écologiste sans avoir une connaissance de nos fondamentaux, Ellul et Charbonneau, Grothendieck et Gorgescu-Roegen, Arne Naess….
A partir des années 1970, c’est un des premiers écolo déclaré, René Dumont, qui entre en scène. Il fait économiser la lumière dans ses conférences. Il vitupère les emballages, le gâchis de la publicité, l’overdose d’engrais, les climatiseurs et les escaliers roulants. Il condamne « l’univers de la bagnole, la plus grosse erreur de civilisation du siècle ». Premier des présidentiables écolo en 1974, il avait déjà exposé ses idées en 1973 dans un livre « L’utopie ou la mort »*.
De son expérience des limites de la planète en tant qu’agronome, il en avait déduit un projet de « disciplines matérielles », incluant une disciple de consommation qui permettra l’aisance chez les plus démunis, mais aussi une discipline démographique (s’appliquant d’abord dans les pays riches). Dumont ne manque pas de propositions concrètes pour donner corps à son projet de civilisation : interdiction des automobiles privées en centre ville, rationnement des voyages en avion, égalisation des revenus et fiscalité plus lourde sur les riches en vue de réduire leur consommation, taxation des familles nombreuses par l’impôt, réduction du temps de travail, armement zéro, compostage pour l’agriculture des excréments, taxation des produits pétroliers, rationnement mondial des ressources rares, etc.
Voici quelques extraits de son livre
Le problème des exponentielles
– J’ai été saisi à la gorge par les perspectives qui s’offrent à nous si se prolongent les actuelles croissances exponentielles de la population et de la production industrielle. Il nous faut donc sortir du système capitaliste. Car jamais une société humaine n’a perdu à ce point le contrôle de sa démographie, de sa technologie, de son modèle de consommation. Non seulement nous nous acheminons vers une rupture brutale de notre type de civilisation au détriment de nos petits-enfants, mais nous privons définitivement les pays d’économie dominée de toute possibilité de réel développement par des gaspillages qui deviennent de plus en plus insoutenables. La croissance démographique zéro, dont nous avons montré l’urgence bien plus grande dans les pays riches, devrait donc s’accompagner d’une série de freins à l’urbanisation dévergondée, sans limite, qui dégrade l’environnement, pollue effroyablement, entraîne l’aliénation d’une part croissante de travailleurs, et surtout gaspille des ressources qui ne vont pas tarder à manquer.
– Irresponsables seraient ceux qui persisteraient à ignorer celle des conclusions du Club de Rome qui me paraît irréfutable : une croissance exponentielle de la population et de l’industrie ne peut se prolonger bien longtemps dans un monde fini… Doubler une production industrielle en 10 ans pendant un siècle multiplie la production par 1024… Sur quelles bases matérielles ? Si nous ne parvenons pas à réduire les émissions de gaz carbonique, la dégradation des climats risque d’atteindre le point de non-retour à partir duquel on ne serait plus sûr de pouvoir rétablir un ordre climatique viable.
L’impasse automobile
– Revenons à l’automobile particulière, privilège devenu exorbitant surtout à la lumière de ce que nous apprend le club de Rome. L’acier, les matériaux, les ingénieurs, techniciens et ouvriers qui les construisent, toutes les ressources rares et toute cette activité compétente, s’ils étaient autrement dirigés, auraient pu développer partout une industrie suffisante pour couvrir l’ensemble des besoins essentiels des pays du tiers-monde. Chaque auto que vous achetez, en général bien avant d’avoir usé la précédente, représente autant d’acier de moins pour les charrues des paysans tropicaux.
La question démographique
– De savant calculs nous montrent que l’explosion démographique, telle qu’elle est déjà engagée – contre du reste toutes les prévisions antérieures à 1945, qui la sous-estimaient terriblement – constitue un phénomène irréversible pour de longues décennies. Même si une campagne de planification familiale se généralisait rapidement, il suffirait que chaque futur couple ait une moyenne de deux enfants pour que la progression continue encore longtemps. Mais faut-il qu’ils aient chacun deux enfants ?
– Ce qui me paraît le plus grave, c’est la persistance des mesures natalistes, par exemple dans un pays comme la France, envers laquelle nous avons une responsabilité particulière ; et à qui des imprudents sinon des impudents comme Michel Debré, n’hésitent pas à proposer l’objectif de 100 millions d’habitants. Dans une décennie, il serait déjà bien tard pour la mise en œuvre hardie de toute la série de disciplines qui s’imposent impérativement ; et celle de la population commande toutes les autres si nous refusons un degré peu supportable d’austérité.
– Il n’est plus possible de s’en remettre à la seule planification familiale, car elle se contente d’empêcher la venue au monde des enfants non désirés. La survie de l’humanité ne peut plus être confiée au bon vouloir d’un nombre aussi élevé de procréateurs plus ou moins irresponsables. Ceux qui les encouragent peuvent désormais, maintenant que les limites de la planète sont enfin reconnues, être au mieux considérés comme inconscients, au pire comme criminels, cherchant à satisfaire quelque volonté de puissance. Des mesures limitatives autoritaires de la natalité vont donc devenir de plus en plus nécessaires, mais elles ne seront acceptables que si elles commencent par les pays riches et par l’éducation des autres.
– Dès 1931, je soulignais l’urgence de freiner la population au Nord-Vietnam… mais de 1931 à 1971, 40 années ont été perdues, pendant lesquelles l’explosion démographique a pris des proportions compromettant l’avenir même de l’humanité. Quarante années pendant lesquelles communistes et catholiques ont rejeté l’idée même du néomalthusianisme.
– En France, en Europe, quand on sera enfin capable de comprendre la gravité de la situation (état de surpopulation), on commencera par supprimer tous les avantages (fiscalité, logements et allocations familiales) au-delà du deuxième enfant, après que l’on aura réduit les inégalités de revenus. Les ouvriers de Montargis me disent qu’ils en ont assez de payer pour leurs voisins paresseux, qui vivent de leurs enfants.
– Aux États-Unis, il faudrait aller plus loin, taxer les familles nombreuses de plus en plus lourdement : surtout les plus riches, qui sont les plus gaspilleuses, de véritables vandales ; avant d’être obligé d’en arriver à des quotas autoritaires. Une fois cet arrêt de croissance des populations riches nettement amorcé, nous serons mieux en mesure de le conseiller efficacement dans les pays où il s’impose le plus, du Maghreb à l’Asie méridionale, en insistant sur l’Égypte, le Pakistan…
* L’utopie ou la mort de René Dumont ( 1ère édition 1973, réédition août 2020 au Seuil, 8,50 euros)

– « Le problème des exponentielles
J’ai été saisi à la gorge par les perspectives qui s’offrent à nous si se prolongent les actuelles croissances exponentielles de la population et de la production industrielle. Il nous faut donc sortir du système capitaliste. […] » (René Dumont)
Ces deux croissances, exponentielles, Dumont les met donc sur le compte du Capitalisme.
Dont il nous dit qu’il faut sortir. Personnellement c’est ce que je pense depuis longtemps.
Pour moi c’est en effet ce système (Le Système), non seulement productiviste, extractivitiste, croissanciste, belliqueux etc. qui nous a conduit, et nous maintient, dans un véritable état d’aliénation, mentale. Pour ne pas dire d’esclavagisme. Ou encore, comme l’explique Viviane Forrester dans son livre sorti en 2000, Une étrange dictature. (à suivre)
(suite 1 ) Ce système qui s’applique à nous abêtir, toujours plus. Débilités en tous genres, publicités, jeux du cirque, et à gratter etc. Et en même temps, à nous diviser.
Pour mieux régner. Nous monter les uns contre les autres, les jeunes contre les vieux, les fonctionnaires contre les salariés du Privé, les rats des villes contre les rats des champs, etc. etc. Bref, Nous contre les Autres.
Et c’est justement cet état d’esprit qui fait dire à ces ouvriers de Montargis qu’ils en ont assez de payer pour leurs voisins paresseux, qui vivent de leurs enfants (sic Dumont).
Et quand ce ne sont pas les «paresseux» (sauf de la quéquette), ce sont TOUS ces fainéants de fonctionnaires (sic Ducon), les plombiers polonais, les Gôchos, les Zécolos et j’en passe. (à suivre)
(suite 2) Toutefois, Dumont se focalise, lui aussi, sur la question démographique :
– « Des mesures limitatives autoritaires de la natalité vont donc devenir de plus en plus nécessaires, mais elles ne seront acceptables que si elles commencent par les pays riches et par l’éducation des autres. […] En France, en Europe, quand on sera enfin capable de comprendre la gravité de la situation (état de surpopulation), on commencera par supprimer tous les avantages (fiscalité, logements et allocations familiales) au-delà du deuxième enfant, après que l’on aura réduit les inégalités de revenus. [etc.]»
Des mesures autoritaires, donc. Cependant je n’ai pas le souvenir que Dumont ait osé prôner les stérilisations forcées… Et je note qu’il précise que les mesures qu’il préconise, la suppression de tous les avantages (sic)… ne viendraient qu’APRÈS la réduction des inégalités, de revenus. (à suivre)
(suite 3) En 1974 le taux de fécondité en France était d’environ 2 enfants par femme. Et depuis il n’a fait que baisser.
En 2026 le problème des inégalités est loin d’être résolu.
– « Après une baisse dans les années 1970 et 1980, les inégalités de revenus repartent à la hausse depuis la fin des années 1990. […] L’année 2023 est parmi les plus inégalitaires des dernières décennies, […] La tendance à la progression des inégalités semble durablement installée. [etc.]. » (Comment évoluent les inégalités de revenus en France ? inegalites.fr – 08 juillet 2025)
(à suivre)
(suite et fin) – « Une fois cet arrêt de croissance des populations riches nettement amorcé, nous serons mieux en mesure de le conseiller efficacement dans les pays où il s’impose le plus » (Dumont)
En 2026, voilà donc qui est fait. Au point que les pays riches craignent désormais de disparaître… et de se voir «remplacés» par les Autres.
Les Autres qui eux aussi voient leurs taux de fécondité qui baissent.
Alors bien sûr, pas assez vite que le voudraient certains. Patience !
Et finalement… je ne vois pas bien ce que Nous (les riches) serions aujourd’hui en droit de conseiller aux Autres (les pauvres)… Merci de m’éclairer. 😉