René Dumont, radicalement malthusien

Le 15 novembre 2022, nous avons dépassé selon l’Onu le nombre de 8 milliards d’êtres humains. Il y a presque cinquante ans,  René Dumont, le premier des présidentiables écolo en 1974, avait exposé ses idées en 1973 dans un livre « L’utopie ou la mort »*.

De son expérience des limites de la planète, il en avait déduit un projet de « disciplines matérielles », incluant une disciple de consommation qui permettra l’aisance chez les plus démunis, mais aussi une discipline démographique (s’appliquant d’abord dans les pays riches). Dumont ne manque pas de propositions concrètes pour donner corps à son projet de civilisation : interdiction des automobiles privées en centre ville, rationnement des voyages en avion, égalisation des revenus et fiscalité plus lourde sur les riches en vue de réduire leur consommation, taxation des familles nombreuses par l’impôt, réduction du temps de travail, armement zéro, compostage pour l’agriculture des excréments, taxation des produits pétroliers, rationnement mondial des ressources rares, etc. Voici quelques citations centrées sur la surpopulation :

– Irresponsables seraient ceux qui persisteraient à ignorer celle des conclusions du Club de Rome qui me paraît irréfutable : une croissance exponentielle de la population et de l’industrie ne peut se prolonger bien longtemps dans un monde fini… Doubler une production industrielle en 10 ans pendant un siècle multiplie la production par 1024… Sur quelles bases matérielles ? 

– De savant calculs nous montrent que l’explosion démographique, telle qu’elle est déjà engagée – contre du reste toutes les prévisions antérieures à 1945, qui la sous-estimaient terriblement – constitue un phénomène irréversible pour de longues décennies. Même si une campagne de planification familiale se généralisait rapidement, il suffirait que chaque futur couple ait une moyenne de deux enfants pour que la progression continue encore longtemps. Mais faut-il qu’ils aient chacun deux enfants ?

– Ce qui me paraît le plus grave, c’est la persistance des mesures natalistes, par exemple dans un pays comme la France, envers laquelle nous avons une responsabilité particulière ; et à qui des imprudents sinon des impudents comme Michel Debré, n’hésitent pas à proposer l’objectif de 100 millions d’habitants. Dans une décennie, il serait déjà bien tard pour la mise en œuvre hardie de toute la série de disciplines qui s’imposent impérativement ; et celle de la population commande toutes les autres si nous refusons un degré peu supportable d’austérité.

– Il n’est plus possible de s’en remettre à la seule planification familiale, car elle se contente d’empêcher la venue au monde des enfants non désirés. La survie de l’humanité ne peut plus être confiée au bon vouloir d’un nombre aussi élevé de procréateurs plus ou moins irresponsables. Ceux qui les encouragent peuvent désormais, maintenant que les limites de la planète sont enfin reconnues, être au mieux considérés comme inconscients, au pire comme criminels, cherchant à satisfaire quelque volonté de puissance. Des mesures limitatives autoritaires de la natalité vont donc devenir de plus en plus nécessaires, mais elles ne seront acceptables que si elles commencent par les pays riches et par l’éducation des autres.

– Dès 1931, je soulignais l’urgence de freiner la population au Nord-Vietnam… mais de 1931 à 1971, 40 années ont été perdues, pendant lesquelles l’explosion démographique a pris des proportions compromettant l’avenir même de l’humanité. Quarante années pendant lesquelles communistes et catholiques ont rejeté l’idée même du néomalthusianisme.

– En France, en Europe, quand on sera enfin capable de comprendre la gravité de la situation (état de surpopulation), on commencera par supprimer tous les avantages (fiscalité, logements et allocations familiales) au-delà du deuxième enfant, après que l’on aura réduit les inégalités de revenus. Les ouvriers de Montargis me disent qu’ils en ont assez de payer pour leurs voisins paresseux, qui vivent de leurs enfants.

– Aux États-Unis, il faudrait aller plus loin, taxer les familles nombreuses de plus en plus lourdement : surtout les plus riches, qui sont les plus gaspilleuses, de véritables vandales ; avant d’être obligé d’en arriver à des quotas autoritaires. Une fois cet arrêt de croissance des populations riches nettement amorcé, nous serons mieux en mesure de le conseiller efficacement dans les pays où il s’impose le plus, du Maghreb à l’Asie méridionale, en insistant sur l’Égypte, le Pakistan…

Un livre vient de sortir, qui fait le point sur la question démographique

Alerte surpopulation

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* L’utopie ou la mort de René Dumont ( 1ère édition 1973, réédition août 2020 au Seuil, 8,50 euros)

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7 réflexions sur “René Dumont, radicalement malthusien”

  1. Malgré nos 6836 articles à ce jour, sur le dernier mois c’est le vieil article sur la « perversité » de Gandhi qui arrive sur le podium : trop de lecteurs cherchent la déconsidération des personnes, pas leur vérité. Malheureusement Michel C, à propos de René Dumont, garde la même tendance, voyant en René un « fasciste ». C’est la démarche facile de déconsidération du messager pour ne pas écouter le message. Rappelons que lors de son enterrement le 19  juin 2001, la dernière volonté de René consista à faire entendre Boris Vian chantant «Le Déserteur ». Pendant ses 18 mois de service national, il se bat comme un fou contre l’institution militaire. Quand, lors du premier exercice, le lieutenant lui demande ce qu’il ferait s’il y avait une mitrailleuse ennemie sur la colline en face, Dumont n’hésite pas : « Je mets les chevaux à l’abri. »

    1. En septembre 1939, il signera avec Jean Giono et Louis Lecoin un tract qui appelle à « la paix immédiate ». Nazisme ou pas, la guerre lui apparaît comme l’ennemie numéro un. Il s’abstiendra complètement pendant la Deuxième Guerre mondiale. Lui, le militant antifasciste, se retire dès qu’il faut prendre une arme, même pour son camp. Même « populaires », les guerres lui font peur parce qu’il sait que ceux qui vont mourir un fusil à la main sont ceux qui ne pourront plus manier la faux ou pousser la charrue. Il signe à tour de bras les manifestes pacifistes et anticolonialistes, comme celui des 121 contre la guerre d’Algérie en 1960.

      Faire la moindre concession à la guerre revient pour lui à encourager son développement. 

      1. Florilège du discours de Michel C : « pour moi Dumont n’a rien inventé du tout, ni révolutionné grand chose…. le véritable événement de la présidentielle 1974, c’était quand même la première femme candidate, avec Arlette Laguiller… C’est sa casquette de malthusien qui a le plus desservi le message qu’il essayait de faire passe… Quelques ombres dans la vie de René Dumont (Le MONDE – 24 juillet 2001)… – René Dumont, pacifiste, fasciste et tiers-mondiste, est mort… (Réseau Voltaire – 8 août 2001)… Quand l’ecologie rencontre le petainism e…. »

        Michel C ose même : « Mon but n’est pas de salir sa mémoire ».
        Michel se contente de fouiller dans les poubelles.

      2. Eh ben, heureusement qu’ À 11:32 j’ai évoqué toute la sympathie que Dumont m’inspire, malgré ces quelques ombres dans sa vie.
        Heureusement aussi qu’ À 13:27 j’ai dit qu’il ne fallait pas tuer le messager… conformément à ce que nous prêche Biosphère à chaque occasion.
        Seulement voilà, il y a messager ET messager, message ET message ! Et quand le message ne sonne pas bien à certaines oreilles… le messager n’est plus qu’un éboueur. Un fouille merde qui fait les poubelles !
        Le MONDE est-il, ou était-il alors une poubelle ? Le Réseau Voltaire n’est-il, ou n’était-il (en 2001) qu’une clique de faussaires, d’«ultra-cons» et autres moins que rien dans mon genre ? Biosphère aura t-il le courage de répondre ?
        Et cette tendance à interpréter les propos de ses détracteurs … ce n’est pas pervers peut-être ? C’est quoi alors hein ? Tout le monde peut vérifier que si quelqu’un a vu en René un « fasciste » c’est seulement le Réseau Voltaire.

  2. Pour moi René Dumont était avant tout un utopiste. Pour moi ce n’est pas une tare, au contraire, par contre quand l’utopie devient radicale ça peut le devenir. «L’enfer est pavé de bonnes intentions». Je dirais donc, que même pour l’utopie, la juste mesure s’impose.
    Et avant d’être «radicalement malthusien», Dumont était radicalement tiers-mondiste. Une idéologie très à la mode à la fin des années 60 début 70.
    Malgré toute la sympathie qu’il m’inspire, pour moi Dumont n’a rien inventé du tout, ni révolutionné grand chose. Si ce n’est le style (le look) peut-être, et la façon de parler, en politique. Ce qui fait qu’il reste dans les mémoires, et pour peu qu’on se dise écolo on est bien obligé de penser à lui. On connait René Dumont comme on connait Rabhi… ou Hulot…
    Par contre on ne connait pas Ellul, ni Charbonneau …

    1. La candidature de René Dumont à la Présidentielle de 74 fait ainsi oublier que «le véritable événement de cette campagne 1974, c’était quand même plutôt la première femme candidate, avec Arlette Laguiller qui était présentée par Lutte Ouvrière ».
      (Quand René Dumont démolissait Pierre Rabhi – 21 MAI 2016 – blogs.mediapart.fr)

      Très bon article : René Dumont : les quarante ans d’une Utopie
      (par Alexandre Moatti , le 11 juillet 2014 – laviedesidees.fr)

      Pour moi (et d’autres), bien plus que son pull rouge, c’est sa casquette de malthusien qui a le plus desservi le message qu’il essayait de faire passer.
      Et c’est bien dommage.

      1. Le but n’est pas de salir sa mémoire, mais seulement de critiquer cette façon d’encenser le personnage plus qu’il ne mérite.
        Il faut déjà admettre que René Dumont n’est pas un cas isolé, et que des liens existent entre certaines idéologies. Et si on cherche à être un tant soit peu crédible, il vaut mieux ne pas les nier. Ni essayer de faire passer le messager pour un moins que rien.
        C’est bien joli de dire «arrêtons de faire des gosses» … «acceptons l’IVV» etc. etc. en arrondissant les angles en disant «avant d’être obligé d’en arriver à des quotas autoritaires» (BRRRR !!!) … seulement ce genre de discours n’est pas très joli joli.

        – Quelques ombres dans la vie de René Dumont (Le MONDE – 24 juillet 2001)
        – René Dumont, pacifiste, fasciste et tiers-mondiste, est mort
        (Réseau Voltaire – 8 août 2001)
        – Quand l’ecologie rencontre le petainisme sous l’heure d’ete de petain de 1942
        (Publié le 1 septembre 2017 par labrousse)

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