Saboter les pipelines, un impératif ?

La question des différentes formes de non-violence face à la violence de la société thermo-industrielle doit être discuté par tous les militants de l’écologie. Sur ce blog biosphere, nous pensons que la destruction de biens nuisibles à la santé des humains et de la Terre n’est pas une violence, c’est une contre-violence, elle appartient au domaine de la non-violence. La démonstration qu’en fait Andreas Malm* paraît convaincante. Ainsi par cet exemple :

Deux membres des Catholic Workers, Jessica Reznicek et Ruby Montoya, tout au long du printemps 2017, ont perforé à plusieurs reprises un pipeline en construction. Elles justifient : « Après avoir épuisé toutes les formes d’action possibles, dont la participation à des réunions publiques, la collecte de signatures pour réclamer des études d’impact environnemental, la désobéissance civile, les grèves de la faim, les manifestions, boycotts et campements, nous avons constaté l’incapacité évidente de notre gouvernement (américain) à entendre les revendications populaires. » 

Elles savent dorénavant qu’elles doivent obtenir plus de résultats. N’ayant aucune expérience du sabotage, elles optent d’abord pour l’incendie. Elles brûlent alors six pièces de machinerie lourde en enflammant des chiffons imbibés d’un mélange à base d’essence et d’huile de moteur, le tout placé dans des thermos de café. Elles décident ensuite de cibler les tuyaux. Elles étudient comment percer l’acier, et choisissent d’utiliser un chalumeau à oxygène-acétylène pour trouer l’oléoduc au niveau des vannes d’arrêt (qui en sont la portion émergente du tuyau). Après avoir rassemblé les ressources nécessaires, elles perforent les vannes tout le long de l’oléoduc de mars à mai 2017. Voici leur analyse : « Le pétrole qui est sorti de terre et les machines qui le font sortir et l’infrastructure qui permet cela, voilà la violence. Nous n’avons jamais menacé de vie humaine, nous agissons pour tenter de sauver la vie humaine. Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait avec des mains pacifiques, résolues et toujours aimantes. » Elles ont fini par sortir de la clandestinité en revendiquant publiquement leurs actions : « Nous prenons la parole pour encourager d’autres à entrer dans l’action, le cœur pur, pour démanteler l’infrastructure qui nie notre droit à l’eau, à la terre et à la liberté. »

Kelcy Warren, PDG d’Energy Tranger, s’en est pris directement à ces deux femmes selon son expression « abominables » : « Il s’agit de personnes qui devraient être sorti du patrimoine héréditaire de l’espèce ». Des lois prévoyant de lourdes peines pour toute action de protestation contre les pipelines ont été promulguées dans une douzaine d’Etats américains pendant l’ère Trump. En octobre 2019, Jessica et Ruby ont été mises en examen pour des chefs d’accusation passibles de 110 ans emprisonnement… Pourtant Kelcy Warren et Donald Trump passeront un jour au tribunal de l’histoire pour crime écologique. Jessica Reznicek et Ruby Montoya deviendront des héroïnes !

* Comment saboter un pipeline, de Andréas Malm. La Fabrique éditions 2020.

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18 réflexions sur “Saboter les pipelines, un impératif ?”

  1. Personne ne reconnait à la 5 G sa première vertu… celle de préparer l’avènement de la 6 G qui, elle-même etc.
    Bref lançons un concours, à quel numéro de G se situera le grand effondrement qui renverra tout ça dans les poubelles de l’Histoire ?

    1. Alors là Didier Barthès, je me garderais bien de con courir. Et pour cause, personne ne peut sérieusement dire si le point G est un fantasme ou une réalité. Même là il n’y a pas de consensus au sein de la communauté scientifique. 🙂

    2. Selon moi le Grand effondrement ne se produira pas à une date butoir, mais est plutôt un processus sur plusieurs décennies… Et le processus a déjà commencé depuis au moins 50 ans, voir même 250 ans selon comment on perçoit la finalité de l’effondrement. Bref, est ce que l’on va revenir à un mode de vie à 100 % antérieur à la première révolution industrielle ou alors certaines technologies pourront être préservées. On peut même imaginer le processus en plusieurs paliers par des plusieurs régressions technologiques avant d’aboutir à un mode de vie pré-industriel ? Pour le moment, l’UmPs donne l’illusion de maîtriser la situation parce qu’il y a encore du pétrole et du phosphate pour remplier les gamelles, alors il est encore possible de s’occuper des choses très sérieuses comme le football dont on peut rediffuser les matchs sur les tablettes des sans-dents.

      1. Pour moi aussi l’effondrement a déjà commencé, ça fait un moment déjà que je suis sur le déclin. Et faut bien faire avec. 😉
        Le concours que lance Didier vise juste à deviner jusqu’où ira le toujours plus en matière de téléphonie mobile (6G , 7G … ?) On pourrait aussi s’amuser à deviner jusqu’où ira la Bagnole (toujours plus lourde, plus «intelligente»…) etc. Finalement c’est comme la question au sujet du temps que met le fût du canon pour refroidir (un certain temps !)
        Mais au fait, qu’a-t-on à gagner avec ce concours ? En attendant, je pense qu’il vaut mieux se faire à l’idée qu’après le point G viendra la méga débandade. Comme dans un bordel en feu ! Les femmes paniquées, et pas qu’elles.

      2. Bonjour BGA 80
        J’ai un point de vue un peu différent, pour moi l’effondrement n’a pas commencé. Certes, intellectuellement on peut considérer que tout processus de croissance porte en lui les germes de sa destruction puisqu’il nous lance dans un mouvement d’expansion dans un espace fini ce qui n’est évidemment pas durable. Certes aussi très vite, apparaissent quelques limitations parfois repoussées provisoirement par une technologie adéquate (mais dévoreuse de capital naturel). Mais si l’on suit ce raisonnement on devrait faire remonter les prémisses de l’effondrement à la révolution néolithique.
        Il me semble plus raisonnable de considérer que l’effondrement commencera quand nos vies seront sérieusement impactées, pour l’instant non, bon je parie pour avant 2050

        1. @ Didier

          La consommation de pétrole de la France baisse depuis 2001, d’où l’impact immédiat de Jean Marie Le Pen au second tour de la Présidentielle en 2002.

          Jancovici énonce souvent l’année 2007 pour la baisse de pétrole mais c’est pour l’échelle européenne, d’où l’impact immédiat de la crise financière de 2008

          Pour en revenir à la France, avant les années 2000; on est parvenu à importer jusqu’à 2200 kkbl/jour en pétrole, pour descendre autour des1600 à présent, soit une baisse de -25% déjà !

          Donc, c’est bien un processus, on perd environ -1,5% chaque année de consommation de pétrole pour une population toujours plus nombreuse en France

        2. Par ailleurs, pour ma part je ne parlerai pas d’effondrement mais d’effondrements au pluriel, c’est à dire qu’il s’agit de catégoriser chaque effondrement selon un type, effondrement des forêts, effondrement des jungles, effondrement de chaque espèce de poisson, effondrement de chaque espèce animal, effondrement de chaque espèce d’insecte, effondrement de chaque ressources, effondrement des glaciers, effondrement boursier, effondrement économie réelle, etc

          Car comme on peut le voir, chaque effondrement est désynchronisé par rapport à un autre, bien que certains effondrements soient synchronisé par rapport à d’autres. D’autant que certain pas encore effondré tire leur épingle du jeu sur le dos de l’effondrement d’autre, comme on peut le voir avec la finance par rapport à l’économie réelle. Par contre d’autre s’effondre en chaîne une espèce animal qui disparait suite à la disparition d’une autre espèce puisque c’était son alimentation.

          1. Voilà, à partir de là, on peut dire que l’effondrement global a tout de même débuté, même s’il n’est perceptible qu’à travers d’effondrement de catégories. Mais on se rassure en mettant en avant le fait que l’espèce humaine ne soit pas encore effondrée dans nos pays occidentaux. Bien que Pierre Larroutourou a démontré que beaucoup de classes moyennes soient passées en classes précaires.

        3. @ Didier BARTHES 15 sept 21h50 : Sérieusement, moi aussi je suis convaincu que l’effondrement a déjà commencé. On peut bien sûr penser cet effondrement de diverses façons. Si nous comparons notre société à un immeuble alors nous pouvons déjà dire qu’il est très vieux. Plus de 2000 ans c’est déjà pas mal pour ce type de construction humaine. En regardant bien nous pouvons voir des fissures par ci par là, en fait tout fout le camp. On peut appeler ça la décrépitude, le déclin ou la décadence. Nietzsche en voyait les signes jusque dans la musique de Wagner, il y a 150 ans de ça.
          Les optimistes et les naïfs, qui eux aussi ont bien besoin de survivre en attendant, ne le verront évidemment pas comme ça. Eux préfèreront ne regarder que le tape à l’oeil, le bling-bling, la technologie, les «progrès» comme ils disent. Comme si un coup de peinture sur une vieille ruine (en plus en surcharge) pouvait la rendre éternelle.

          1. Bonjour Michel C et BGA 80
            Je crois qu’en réalité nous sommes d’accord sur le fond et j’approuve tout à fait vos remarques, mais simplement nous ne mettons pas exactement la même chose derrière le mot d’effondrement.
            J’y place une chose dramatique, effroyable et sans grand espoir quand vous y placez quelque chose de plus large qui inclut le processus et les premiers effets, mais nous pensons à peu près la même chose sur ce qui est en cours et sur ce qui se prépare

  2. Les consommateurs fossiles ne tireront aucune leçon, même lorsqu’ils se prennent de gros incendies de forêt sur la tronche ! Pour preuve, regardez cette vidéo sur youtube =  » Incendie en Californie : un drame qui se répète pour les familles »

    Et ben le père de famille, plutôt très aisé financièrement (il a 2 voitures corvettes de sauvées), et ben il le dit lui même, il va se battre pour racheter une maison et tant qu’à faire il compte rester ici, autrement dit il compte rebâtir une maison près de la forêt, bref il va rebâtir à quelques kilomètres de l’incendie. Il ne pose même pas la question sur la part de responsabilité qu’il a lui même sur cet incendie. Non, pas d’interrogation sur sa part de responsabilité et sur ses choix futurs, tout ce qui compte, pouvoir racheter tout ce qu’il a perdu.

    1. Puis j’imagine que les politiciens se réjouissent en cachette de l’incendie, puisqu’une personne qui a tout perdu, va tout racheter et donc ça va alimenter la croissance, et miam miam taxes et tva… Les incendies et catastrophes naturelles alimentent la croissance, que de réjouissance UmPs (ou plus exactement leur équivalent américain)

      Donc, quoi qu’il arrive, il n’y aura jamais aucune leçon de tirée. Tous les chemins mènent à la croissance….. jusqu’à jusqu’à jusqu’à …que toutes les ressources soient extraites de la terre et le fossile expédié sous forme de pollution dans l’atmosphère, rien ne les arrêtera pas même le KraKatoa !

      1. Ne te fatigue pas BGA, de toute façon tu vois bien l’audience de ce blog.
        Cette question de savoir s’il faut «impérativement» saboter les pipelines, ou brûler les SUV, couler les baleiniers etc. n’est pas MON problème. Ni le TIEN à ce que je vois. Ce qui ne veut pas dire que nous (toi et moi) soyons dispensés d’y réfléchir.
        NOTRE problème à tous c’est de faire avec toute cette merde, de faire au mieux, on peut dire aussi accepter, en attendant. Je rappelle qu’accepter ne veut pas dire approuver, encore moins aimer.

        1. Je commente juste la question de l’audience du blog à propos de laquelle seul(e) Biosphère peut répondre. Ca n’est pas parce que seulement cinq personnes (en moyenne) réagisssent au articles que l’audience du dit blog est limitée à ces cinq personnes. Par ailleurs, ayant constaté que les commentaires (et ça comprend les miens) sont systématiquement la partie la moins intéressante de toute publication sur internet, je ne leur accorde qu’une importance anecdotique et je n’y répond donc jamais.

          1. @ Guy : Détrompez-vous, votre commentaire est intéressant et je vous en remercie. Vous avez raison, l’audience ne se limite pas aux quatre pelés et un tondu (ça fait bien cinq) qui commentons régulièrement ici.
            Ceci dit, sur la présentation du blog (en haut à droite) nous lisons :
            – « Ce blog existe depuis le 13 janvier 2005, il propose une analyse quotidienne du « point de vue des écologistes ». L’écologie est multiple, chaque article est soumis à vos commentaires. Vous pouvez aussi proposer un texte, il suffit de l’envoyer à biosphere@ouvaton.org . L’intelligence collective se constitue par la complémentarité des approches. »

  3. Les politiciens, les chefs d’entreprise, les consommateurs étaient au courant des problèmes environnementaux que provoquent les énergies fossiles. Pourtant il s’est vendu 300 millions de SUV dans le monde et 1,2 milliards d’automobiles dans le monde, les premiers ont permis aux seconds de pouvoir en vendre sur les marchés et les troisième d’en acheter sans scrupule. Alors saboter un pipeline quel intérêt ? On est trop peu nombreux à vouloir réellement une transition, à vouloir préserver l’environnement. Si l’un de nous sabote un pipeline, les consommateurs vont immédiatement nous mettre sur le bûcher pour délit de sorcellerie malthusianiste. Au mieux, on finirait en prison tout ça parce qu’on aura tenter de sauver l’environnement et par ricochet sauver cette humanité de consommateurs ingrats (mais pourtant bien gras).

    1. Même apprendre que l’usage de fossiles est nuisible pour la santé à cause de la pollution, et que cela multiplie les maladies sur eux et leurs enfants, et que la pollution engendre des millions de morts chaque année, ils n’en ont rien à péter, tout ce qui compte continuer de consommer = Pavillons, piscines, SUV, et bagnoles…ainsi que des voyages en avion. Ils ne veulent même pas sauver leur propre santé, leurs propres enfants, tout ce qui compte sauver leur pouvoir d’achat fossile !

      Alors pourquoi risquer sa peau pour les sauver en sabotant des pipeline ? Ils ne veulent pas être sauvés, ils veulent sauver leur pouvoir d’achat issu des combustibles fossiles ! Le pétrole est une drogue, ce sont des junkies du pétrole. Méritent-ils vraiment d’être sauvés ? Pour moi non, qu’ils assument, les conséquences aussi terribles seront elles !

  4. Ce débat lui-aussi est miné. Dans cet état actuel de grande confusion il ne peut mener à rien de réellement positif. La violence est multiforme, dès lors on peut débattre et disserter à n’en plus finir, on peut inventer «l’agressivité non violente» ou «la non violence agressive» (oxymores), en faire même sa marque de fabrique etc. Bon courage pour démontrer que le sabotage d’un pipeline, l’incendie volontaire d’un SUV, l’éperonnage d’un baleinier etc. sont des actes de non-violence.
    Sauf bien sûr en usant et abusant de la méthode Coué : « À force de répétitions et à l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, il devrait être tout à fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. [etc.] les mots peuvent être façonnés jusqu’à rendre méconnaissables les idées qu’ils véhiculent.»(Goebbels)
    Ainsi un terroriste peut-être vu comme un héros et vice-versa, c’est juste une question de point de vue.

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