Ségolène Royal contre l’écotaxe, une grossière erreur

A peine nommée au ministère de l’écologie, Ségolène Royal fait cavalier seul. Elle ne tient aucun compte des travaux parlementaires en cours, un travail de six mois conduit par cinquante députés et destiné à redonner du sens à l’écotaxe poids lourds et la rendre acceptable. Elle souhaite « remettre à plat» la taxe sur les poids lourds de plus de 3,5 tonnes. Elle dit des choses indignes d’une écologiste : « «Les Français ont déjà beaucoup payé d’impôts supplémentaires… L’écotaxe est un impôt… J’en comprends bien le sens : il s’agit de taxer ceux qui polluent, mais j’ai toujours dit que, pour respecter la citoyenneté, l’écologie ne doit pas être punitive et on ne doit pas taxer des gens s’ils n’ont pas le choix de prendre le transport propre. »*

Un député rétorque : « Ségolène Royal a fait une déclaration sur un dossier qu’elle ne connaît pas. Elle parle d’une taxe supplémentaire alors qu’il s’agit d’un péage, d’un droit d’usage. » Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger dénonce un « mauvais signal » envoyé par la ministre de l’écologie : « L’écotaxe, ce n’est pas de l’écologie punitive, au contraire, c’est de la fiscalité responsable, pour responsabiliser les transporteurs. » Les associations environnementales sont furieuses. Il est vrai qu’une ministre de l’écologie qui affiche sa sympathie à l’égard du mouvement des “bonnets rouges” contre l’écotaxe, cela fait désordre. Positionnement d’autant plus étrange que l’ancienne candidate aux présidentielle 2007 était favorable à l’écotaxe : « Je souhaite faire sortir la France du « tout routier », en matière de transport de marchandises. Pour cela, il faut faire émerger la vérité des coûts du transport de marchandises par camion (par exemple, par une « éco-redevance », intégrant les coûts indirects des transports : dégradation des routes, impact sur la santé et l’environnement, sécurité…). »**

Ségolène Royal au pouvoir est donc partisanE d’une écologie superficielle, se retranchant derrière le pouvoir d’achat des ménages modestes pour ne rien faire de sérieux. Comme l’exprimait l’ex-ministre socialiste de l’écologie Delphine Batho, « l’enjeu pour le gouvernement est de dépasser une vision de l’écologie qui serait seulement sectorielle ou tactique, liée à des équations électorales »***. On ne devient vraiment écolo que quand on a quitté le gouvernement ! Rappelons que la taxe carbone dont l’écotaxe n’est qu’une petite facette est un projet défendu par tous les politiques un tant soit peu réalistes dans un contexte de réchauffement climatique et de pénurie prévisible de pétrole. Le 1er juillet 2009, le secrétariat national du PS avait validé, après intense réflexion d’un groupe de travail, une contribution climat-énergie universelle (CCEU). En avril 2013, les députés se sont prononcés pour une fiscalité écologique. Faute d’une écotaxe, nous aurons donc un jour une carte carbone… sans Ségolène !

* LE MONDE du 5 avril 2014,  A peine nommée, Ségolène Royal relance la polémique sur l’écotaxe

** http://decodeurs.blog.lemonde.fr/2013/11/11/ecotaxe-la-grande-amnesie-de-segolene-royal/

*** LE MONDE du 22 août 2013, Delphine Batho : « L’écologie n’est pas un enjeu sectoriel »

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3 réflexions sur “Ségolène Royal contre l’écotaxe, une grossière erreur”

  1. Concernant les questions d’énergie, priorité de la nouvelle ministre qui doit présenter pour juin la loi de transition énergétique, elle s’est inscrite dans la ligne gouvernementale en refusant les gaz de schiste « en l’état actuel » des techniques d’extraction, mais sans fermer complètement la porte à des recherches. « On ne doit jamais fermer des perspectives de recherche, jamais ! », a-t-elle insisté.
    (Le Monde.fr avec AFP | 06.04.2014, Ségolène Royal joue la montre sur Notre-Dame-des-Landes et l’écotaxe)
    Madame Royal, on ne doit jamais dire « jamais », on risque de le regretter…

  2. De la part d’un correspondant qui a côtoyé de très près SR dans le conseil régional du Poitou-Charentes : « Ségolène Royal ne sait pas ce qu’est l’écologie politique, elle ne connaît que l’écologie de communication. »

  3. Ce n’est pas cette écotaxe qui risque de modifier grand chose. Si cette taxe ne permet que de financer des trams pour les centre villes , ou quelques transports ferroviaires, cela ne pèse rien ou presque dans le réchauffement . on consommera toujours autant de pétrole, on aura toujours des terres sous perfusion de nitrates, et autres intrants, sources de réchauffement . idem pour le bétonnage qui y contribue. Pour la bonne conscience, ou se donner l’illusion qu’il se passe quelque chose d’écologique , certes …

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