Ségolène Royal et le fiasco de la voiture électrique

Le projet de loi sur la transition énergétique (18 juin 2014) fait la part belle aux voitures électriques en prévoyant 7 millions de points de recharge en France d’ici à 2030. Pérennisé, le bonus pour l’achat d’un véhicule électrique sera majoré pour atteindre jusqu’à 10 000 euros lorsqu’il s’accompagne de la mise au rebut d’un véhicule diesel. Patatras, la voiture électrique ne peut pas être considérée comme « écologique » ni « propre ». Telle est la conclusion de trois avis publiés par le jury de déontologie publicitaire (26 juin 2014) concernant des publicités pour des véhicules électriques en libre-service : « L‘utilisation de ce service induit nécessairement certains effets négatifs sur l’environnement, notamment les pièces d’usure des véhicules utilisés et l’électricité nécessaire à leur rechargement, dont il n’est pas établi qu’elle serait intégralement issue de sources renouvelables. » L’Observatoire du nucléaire pointe tout particulièrement l’électricité d’origine nucléaire (à 75 % en France) qui sert à recharger les batteries, et le lithium, qui sert à les fabriquer et dont l’exploitation peut polluer l’environnement. C’est donc le fiasco assuré avec la Zoé la première voiture électrique « grand public ».

                Le principal problème, c’est le soutien aveugle qu’a apporté l’actuelle ministre de l’écologie Ségolène Royal à la voiture électrique quand elle était aux commandes en Poitou-Charentes. La Chambre régionale des comptes (CRC) d’Aquitaine révèle le gouffre financier qu’a creusé le soutien « important et inconditionnel » de l’ancienne présidente du Poitou-Charentes à un projet de voiture électrique qui s’est terminé par la mise en liquidation de la société Eco & mobilité. Au mauvais choix stratégique s’était ajouté une gestion financière opaque*.

                Une transition énergétique réussie ne peut reposer sur l’innovation technologique, tout a un coût environnemental de plus en plus exorbitant au fur et à mesure de la raréfaction des ressources naturelles. Un(e) ministre de l’écologie conséquente devrait constamment relayer les positions de l’ADEME, « la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas ». Ce qui présuppose que les citoyens aient bien intégré la distinction entre efficacité énergétique (basée sur l’innovation technologique) et sobriété énergétique (basée sur la limitation des besoins en énergie). Prenons l’exemple de nos besoins de mobilité individuelle. Le principe de sobriété nous incite à les réduire en essayant de nous rapprocher de notre lieu de travail. Nous pouvons aussi recourir à un mode doux de déplacement, marche, vélo, rollers, trottinette… La sobriété dimensionnelle nous incite à éviter toute surpuissance inutile dans le choix d’un véhicule. La sobriété coopérative repose sur la mise en commun pour réduire les besoins : mutualisation des équipements, autopartage, co-voiturage, auto-stop. La sobriété d’usage consiste à limiter le niveau et la durée d’utilisation d’un appareil, conduite douce par exemple… La sobriété ne s’applique pas qu’à nos comportements individuels, elle doit guider nos choix collectifs, notamment l’aménagement de l’espace. Ségolène Royal devrait lire le scénario Négawatt !

* lemonde.fr | 27.06.2014, Poitou-Charentes : la très chère voiture électrique de Ségolène Royal

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1 réflexion sur “Ségolène Royal et le fiasco de la voiture électrique”

  1. On peut tout de même penser qu’un vehicule plus rustique consomme moins de kilowatts ?
    Dans les années 90 une voiturette électrique (2 places) avait les caractéristiques suivantes :
    Moteur 8 Kw, vitesse maxi 80km/h, batterie plomb acide 8 kwh, autonomie 1 heure « à fond » soit 80km. Avec une conduite légère ou en ville autonomie 100 à 200 km.
    Soit un trajet travail de banlieue à banlieue de 15km à faire 10 fois par semaine pour 0.80 Euros, avec une recharge le week-end.
    Batterie équivalente Varta neuve :1000 €.
    Trente ans plus tard, quel progrès ?

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