La transition démographique désigne le passage d’un régime traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également. Entre ces deux états d’équilibre, l’inertie démographique engendre durant un certain temps une forte croissance liée à la baisse de la mortalité et au maintien d’un fort taux de natalité. Le passage entre les deux états, constaté jusqu’alors à partir des exemples européens, se fait selon le rythme du progrès en matière de médecine, de niveau de vie, d’urbanisation et d’éducation (notamment des femmes). Les effets se font d’abord ressentir sur l’espérance de vie, alors que les comportements procréatifs (avoir beaucoup d’enfants pour compenser la mortalité) évoluent plus lentement.
De ce point de vue, les spécialistes se veulent rassurant : l’indice de fécondité [2] devrait se stabiliser autour de 2,1 enfants par femme en 2050 (ONU, 2022). La prédiction, fondée sur l’histoire des sociétés européennes, n’en reste pas moins une prédiction. On rejoint là, somme toute, le postulat de linéarité du progrès qui a constitué depuis Rostow (1960) la vulgate évolutionniste de la pensée du développement : passage de sociétés traditionnelles vers des sociétés industrialisées, caractérisées par une consommation de masse. Le futur probable sinon souhaitable puisqu’il est associé à la sortie du « sous-développement » de l’ensemble des pays de la planète pose cependant question : comment une population mondiale principalement urbaine et donc concentrée dans des villes ou métropoles saura pourvoir à ses besoins en eau et en nourriture ?
Si l’on prend le cas ne serait-ce que d’un petit pays comme la France, voici quelques chiffres que l’on présente rarement : depuis 1940 la population a augmenté de 67 % tandis que le nombre d’agriculteurs diminuait de 90 %. Est-il possible d’envisager une transition agroécologique lorsque moins de 1 % de la population (659 500 équivalents temps plein soit 758 300 personnes) ont la charge de nourrir 67 millions de personnes ? Cela est possible, certes, puisque nous ne souffrons pas de famine. Mais au prix d’une intensification en intrants chimiques, en pétrole, en machines et en technologie, qui montre aujourd’hui ses limites au niveau environnemental (pollution, cancers, dégradation de la biodiversité) et agronomique (baisse des rendements, antibio-résistance, érosion des sols, etc.). Et que dire d’un modèle agricole qui subventionne largement les exportations (avec les aides européennes) alors que nous devons importer une partie de notre nourriture ?
Je questionne le terme de « transition démographique » pour le faire sortir de son statut de concept anhistorique. Il ne s’agit pas d’une loi scientifique mais d’une contingence historique. Certes, la démographie est un paquebot à forte inertie, surtout lorsqu’elle concerne des sociétés déjà considérables par leur nombre. Mais pas davantage que les modes de vie ou les infrastructures qui sont aujourd’hui à questionner à l’aune de la crise écologique.
Et il est vrai que, dans le débat sur les transitions (économique, écologique, énergétique, agro-écologique, etc.), la dimension démographique, si elle apparaît en toile de fond, fait rarement parti de l’équation des solutions. L’évolution de la population mondiale est laissée à l’appréciation d’un constat apparemment implacable, celui d’une croissance démographique avec laquelle il va falloir faire et s’adapter, au besoin en devenant entomophage ou végétalien.
Yannick Sencébé est maîtresse de conférences en sociologie à AgroSup Dijon
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– « Je voudrais ici questionner le terme de « transition démographique » pour le faire sortir de son statut de concept scientifique anhistorique et le faire entrer dans le champ plus normatif, acceptant donc les variations de cadre de pensée, des autres transitions. »
En tant que sociologue, il faut bien que Yannick Sencébé s’occupe. Alors va pour questionner le concept de transition. Mais attention, pas n’importe laquelle, ON parle ici de la démographique.
– « Si la transition démographique partage un point commun avec les autres transitions, c’est notamment la difficulté à en changer le cadre de pensée. Plus encore que la « décroissance économique » qui, après avoir été un impensable, commence à être envisageable pour certains, la décroissance démographique reste un quasi tabou. »
Ah c’est sûr que sortir du Cadre de Pensée… ça c’est pas facile. (à suivre)
(suite) La Preuve, si ON n’en parle pas comme il faut c’est parce que c’est tabou.
Ben voyons. Alors surtout ne changeons rien, et reprenons les vieux poncifs.
Et répétons ce que de toute façon tout le monde sait. À force de répétitions et à l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, etc. etc.
Bref, ce gros pavé pour dire quoi ? Autrement dit, en quoi Yannick Sencébé fait-il avancer les choses ? En quoi cette déconstruction de cette transition nous aide t-elle à être moins cons ? Et donc à pouvoir penser du neuf. Et du durable bien évidemment !
Bof… En tous cas pour moi, le Point Commun se résume à Transitions pièges à cons.