S’engager dans un parti écologiste, un choix raisonné ?

S’engager dans la militance écologique, par exemple à Europe Ecologie-Les Verts, implique un certain nombre d’interrogations dont nous vous donnons ici quelques réponses :

A) Pourquoi adhérer à EELV puisqu’on peut faire de l’écologie autrement ?

Je note une grande complémentarité entre un comportement individuel de sobriété, l’engagement associatif et le fait d’être encarté. Ce sont les associations environnementales qui ont poussé René Dumont à être candidat écolo aux présidentielles de 1974. René Dumont a accepté car il constatait l’impasse : « Ma candidature, c’est le résultat du mépris dans lequel ont été tenus les Français depuis dix ans, en ce qui concerne la gestion de leur environnement. A chaque élection, des écologistes en colère vont trouver les candidats des divers partis politiques. Ils sont reçus avec… une certaine condescendance. Voilà pourquoi le mouvement écologique devient politique. » Il fallait écologiser les politiques et politiser les écologistes.

Presque quarante ans plus tard, nous avons au pouvoir un parti socialiste résolument anti-écolo ! EELV est donc toujours nécessaire, pour faire office d’aiguillon, pour montrer qu’il y a autre chose de plus en phase avec les réalités contemporaines qu’une politique social-démocrate qui cultive les aéroports…

B) EELV n’est-il pas complice de la politique socio-démocrate

Il est vrai que la participation d’EELV au gouvernement socialiste bride la parole écolo et qu’elle devient inaudible. A cela s’ajoute le fait qu’EELV est devenu un parti de cadres plutôt qu’un mouvement de militants. Cette évolution est générale : plus un parti se développe, plus la logique de l’organisation prime la logique des idées. Confondue avec le parti, l’organisation permanente, de moyen devient une fin.

Pour lutter contre ce processus de bureaucratisation, la multiplication du nombre de militant de base et leur libre parole est absolument nécessaire. Or l’adhésion est facile : il existe un statut de coopérateur pour lequel il suffit de verser 20 euros et pouvoir ainsi participer au mouvement des idées dans EELV.

C) l’écologie, un dépassement du marxisme… et du libéralisme

Le manifeste du Parti communiste (1848) a été un moment important de la lutte politique du temps de la révolution industrielle : union des travailleurs contre propriétaires du capital. Depuis les années 1970, l’écologie politique forme progressivement une idéologie qui va se substituer à la vulgate marxiste. Aujourd’hui le facteur « terre » est devenu plus important que le travail et le capital car sans ressources naturelles, ni travail, ni capital ! Aujourd’hui c’est l’anthropocène, l’exploitation de la planète par l’espèce humaine.

Un parti écolo prépare l’alternative au modèle marxiste. Nous devons sortir de la civilisation thermo-industrielle, nous devons faire prendre conscience que l’écologie sera la pensée dominante au XXIe siècle…

D) Ne s’agit-il pas de reproduire l’idée d’avant-garde (du prolétariat) ?

Historiquement la doctrine marxiste s’est basée sur l’idée de classe (les travailleurs) contre classe (les capitalistes) liée à la prise du pouvoir d’Etat (la révolution). Une avant-garde (le parti communiste) devait diriger le mouvement. Le mouvement écologiste se trouve aux antipodes. D’abord tout le monde est écologiste, qu’il le sache ou non. Nous sommes tous concernés par le niveau insupportable d’exploitation de la planète qui ne peut que renforcer l’exploitation inadmissible de l’homme par l’homme. Il n’y a pas d’affrontements de groupes humains, seulement une nécessaire prise de conscience par tous de l’urgence écologique. Le comportemental individuel de sobriété est indissociable de l’action associative environnementaliste comme des décisions politiques. Il n’y a pas d’avant-garde, chacun est partie prenante de la prise de conscience.

D’autre part EELV n’a pas pour objectif de devenir la majorité au pouvoir. Les élus ne sont que des moyens pour porter et diffuser la parole écologique. Car il n’y a de véritable démocratie que locale. Notre souci principal devrait être de chercher la décentralisation des activités et non porter principalement sur la décision d’Etat. Concrètement, il serait important de soutenir la création des communautés de résilience, celles qui cherchent localement l’autonomie alimentaire et énergétique pour assurer la transition d’une civilisation thermo-industrielle à une autre, plus conviviale, plus en phase avec les possibilités de la planète.

E) Ne faudrait-il pas dédramatiser les menaces ?

Personne ne peut nier que tous les indicateurs, bien argumentés par l’écologie scientifique, sont au rouge. Ces crises écologiques (déplétion pétrolière, réchauffement climatique, désertification des sols…) s’ajoutent à la contrainte financière qui a déjà fait ses effets. La descente énergétique va impacter tout notre tissu productif d’une façon plus violente encore qu’en 1929. Un parti doit dire la réalité et montrer que nous ne pouvons affronter l’avenir sans un effort collectif important. Car si nous refusons la pédagogie de la catastrophe, ce sera la catastrophe qui servira de pédagogie… si on peut encore parler de pédagogie quand il y a approfondissement d’une crise généralisée.

Comme un parti écolo se doit d’exister pour affronter ces menaces, nous nous devons de le faire vivre ! S’engager dans un parti écolo est un choix plus que raisonné, nécessaire.

A vous maintenant de poser vos questions, nous essaierons d’y répondre…

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