Sentience animale, ressentir des émotions

Les frontières de la « sentience », cette capacité à ressentir des émotions et à percevoir de manière subjective son environnement et ses expériences, ne cessent en effet de reculer. Après les mammifères, les oiseaux et la plupart des animaux vertébrés, c’est au tour des céphalopodes – poulpes, seiches et autres pieuvres – et des crustacés décapodes – crabes, homards et crevettes – de se voir reconnaître la capacité de ressentir douleur et bien-être et d’adapter leur comportement en fonction de leurs expériences vécues.

Marion Dupont : La sentience discerne un palier entre la sensibilité – au chaud, au froid ou à la lumière, partagée par un grand nombre d’êtres vivants dont les éponges et des végétaux – et la conscience, c’est-à-dire la connaissance par un individu de son existence et de celle du monde extérieur, encore généralement considérée comme l’apanage des humains. Le biologiste britannique Donald Broom lui consacre un livre en 2044, Sentience and Animal Welfare. Le terme est peu à peu traduit dans d’autres langues – en italien (« senzienza »), en espagnol (« sentiencia ») et, bientôt, en français (« sentience »).

Ce terme, écrit, en 2018, l’Académie vétérinaire de France, risquerait de « servir d’arguments aux tenants de l’égalité entre l’homme et les animaux, quelle que soit leur espèce, voire par les juristes souhaitant accorder une personnalité aux animaux ». En 2020, elle intègre quand même le dictionnaire Larousse, reflétant l’évolution des mentalités quant aux relations que l’homme entretient avec le vivant et l’environnement.

Le point de vue des écologistes sentiencieux

En ce moment, on s’attaque sans honte aux droits des femmes, des étrangers et des minorités, alors pour les droits des animaux, c’est mal barré. D’autant plus que le terme sentience est maladroit, trop proche du français sentence. Mais il est vrai qu’un caméléon qui prend la couleur de son environnement s’identifie bien à son contexte. Des études récentes ont montré combien les poulpes montrent une grande intelligence et ressentent leur cadre de vie. Les orques se reconnaissant sur des photos et se donnant des noms. Comment voulez-vous exister de façon durable sans percevoir votre environnement, ne serait-ce que pour manger, échapper aux prédateurs et se reproduire ? Tout cela des prédispositions innées plus ou moins liées à un certain degré d’apprentissage. Un chimpanzé partage 98% de notre capital génétique, « l’humain » résiderait-il dans les 2 % restant ?

Cette distinction humain/animal a de plus un grand inconvénient, elle nous a transformé en prédateur sans conscience. Pourtant que ce soit clair, l’humain est un animal parmi d’autres. Cela devrait être connu dès l’école maternelle, une femme et une chatte sont toutes deux des mammifères, un escargot a les mêmes composants corporels (cerveau, cœur…) qu’un humain, etc. En fait la question n’est pas celle de la sentience, du ressenti, mais de la souffrance inutile. Nous pensons entre autres aux Ukrainiens sur le champ de bataille…

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l’humain, un Animal parmi d’autres

extraits : J’avais affirmé à ma petite fille de 6 ans, Zoé, que l’homme était un animal parmi d’autres. Réaction spontanée de l’enfant : « Mais Papi, les animaux ne sont pas comme nous, ils ne parlent pas ». Ainsi commence l’anthropocentrisme, l’idée d’une supériorité de la race humaine puisque nous nous jugeons différents, dans le sens « supérieurs », inégaux. Je lui ai appris ce qui ne va pas de soi pour un enfant, la richesse du langage chez les animaux. Par exemple, la maman dinde a une incroyable gamme vocale pour s’adresser à ses petits. Et les petits comprennent. Elle peut les appeler pour qu’ils viennent se blottir sous ses ailes, ou bien leur dire de se rendre à tel endroit.…

conte animalier pour favoriser l’empathie humaine

extraits : Le conte scientifique animalier est un récit qui permet au lecteur de s’imaginer partager la vie d’un animal sur la base des  connaissances scientifiques disponibles. Il s’agit de favoriser une approche de la biodiversité par l’empathie, cette faculté propre aux humains de pouvoir se mettre à la place d’un autre, de percevoir ce qu’il ressent. En 2005, le premier conte animalier censé favoriser l’empathie porte sur l’ornithorynque. Il a été choisi comme modèle pour son caractère aussi étrange qu’attachant et son extrême rareté. « Pour entrer dans l’histoire, imaginez-vous….

Le cerveau des non-humains

extraits : Les humains sont des animaux parmi d’autres. Même une mouche à un cerveau. Pourtant beaucoup de personnes ne nous voient pas comme un animal, ils ont une  conception de la nature anthropocentrée, centrée sur l’espèce humaine. Nous n’avons pas à les traiter d’imbéciles, il faut seulement mieux leur expliquer nos origines, comprendre le fonctionnement de notre maison commune et de tous ses habitants. Les écologistes n’ont pas d’adversaire, ils n’ont que des personnes à convaincre….