JAMAIS IL N’A RÊVÉ DU POUVOIR. Il l’a reçu, fort jeune, sans l’avoir désiré. Encore adolescent, il s’était converti à la vie philosophique, une manière de vivre. Jeune homme, il dort à la dure, s’habille simplement, étudie avec les meilleurs maîtres. Quand il accède au pouvoir suprême, une série de détails le distinguent.
Afin de mener à bien sa tâche, il s’entoure d’administrateurs et de généraux compétents. Pour nourrir son intense activité législative et judiciaire, il s’appuie sur des techniciens expérimentés. Les affaires judiciaires ont une place importante pendant son règne ; il travaille avec minutie sur chaque cas, s’aide de l’avis du conseil impérial et traite toutes les affaires avec la même attention. Le jour, il consulte, arbitre, commande. La nuit, il écrit, et s’interroge : a-t-il bien été fidèle, heure par heure, à ses principes de vie ? Ne s’est-il pas laissé influencer, impressionner ? A-t-il évité les pièges de la vanité, les erreurs de jugement, l’injustice ? Il fait un usage éminemment pragmatique de la philosophia, tendu vers un unique but : s’efforcer de « tenir son cap » et de « rester droit », malgré toutes les difficultés qu’il doit affronter. En charge de la destinée du monde entier, il doit en effet se tenir constamment sur ses gardes face aux flatteurs et aux comploteurs.
Ses méditations privées sont connues sous le titre de Pensées pour moi-même ; elles demeurent un des textes majeurs de la philosophie occidentale. Peu importe le contenu du discours du moment qu’il permet de s’appartenir de nouveau et d’« être à soi », c’est-à-dire totalement dévoué aux autres. Le bien moral est le seul concept qui compte ; la mort, la pauvreté, la maladie et l’échec, tout comme leurs contraires, ne doivent provoquer que de l’indifférence. La gloire est éphémère, elle ne permet pas d’échapper à la mort.
Il évite les morts inutiles : une de ses premières mesures est d’imposer un filet sous les spectacles d’acrobates. Il s’abstient d’encourager la cruauté : obligé par ses fonctions d’assister aux jeux du cirque, il dicte son courrier, donne des audiences dans sa loge. Ses tâches administratives consistent prioritairement à clarifier et améliorer le système déjà en place, la plupart de ses actes étant motivés par le mauvais état financier de l’empire. Il fait vendre, durant des mois, des kyrielles de meubles, tissus précieux et statues provenant de ses palais. Son but n’est pas simplement de se défaire d’un luxe qu’il juge inutile. Grâce aux recettes, il peut financer les dépenses militaires devenues indispensables et urgentes, sans pour autant augmenter l’impôt qui pèse déjà lourdement sur le peuple. Car la grande affaire du règne de cet homme pacifique sera la guerre. Les frontières de l’Empire sont harcelées, les défaites nombreuses, le risque d’effondrement réel. Des années durant les combat, il vivait sous la tente au cœur des armées.
Comment passe-t-on du sage au dirigeant militaire ? Assez simplement, dans l’optique de la doctrine stoïcienne dont se réclame le philosophe-empereur. A chacun de tenir son rôle le mieux possible, comme un musicien joue sa partition dans un orchestre. Savetier, il s’agit de faire de bonnes sandales. Soldat, de bonnes campagnes. Le rôle de l’empereur est de préserver l’empire. Il doit maintenir l’ordre du monde, et exercer sa fonction le mieux possible pour empêcher la dislocation de l’existant.
Bien entendu il ne faut pas se trumper. Il ne s’agit pas du bateleur de foire qui croit être un chef d’État et Nobel de la paix, Donald Trump. Nous venons de résumer la vie de l’empereur Marc Aurèle (121-180). Son oncle, l’empereur Antonin – père adoptif, protecteur et maître –, l’avait choisi pour successeur. Il règne de 161 à 180. Dernier des « cinq bons empereurs » selon Machiavel, il est aussi le dernier empereur de la période de la « paix romaine ».
Marc Aurèle, sentant que ses jours sont finis et son devoir accompli, accepte comme stoïque une mort honorable, s’abstenant de manger et de boire, et aggravant ainsi la maladie pour lui permettre de mourir le plus rapidement possible.

D’abord rendons à César ce qui est à César.
– L’empereur Marc Aurèle, stoïcien à Rome comme sur le champ de bataille
(Par Roger-Pol Droit – Publié le 16 juillet 2026 – lemonde.fr)
Là encore une très bonne leçon. Décidément j’aime trop les philosophes. Pas tous, mais bon.
Pour en revenir à notre pauvre cinglé… Si Trump était un véritable chef d’État …
Et si ma tante en avait… alors là je vous dis pas !
Mais là encore, la moindre des choses c’est de rendre à César ce qui est à César.
Parce que cette gauloiserie n’est évidemment pas de moi.
– Si ma tante en avait [si ma tât ân- avè] (mots-surannes.fr)
– « Marc Aurèle régna sur Rome de 161 à 180. Aurait-il été un empereur idéal ?
Sa façon d’envisager sa fonction est peut-être un exemple pour certains « grands » de notre monde actuel. Pour évoquer cet empereur romain, interview de Benoît Rossignol, maître de conférences en histoire romaine à l’Université Paris 1 […]
Du point de vue des Romains, Marc Aurèle a été l’empereur idéal révèle Benoît Rossignol. »
(Bienveillant, cultivé et humble : Marc Aurèle était-il l’empereur romain idéal ? rtbf.be)
Du point de vue des Romains, de l’époque… admettons.
Mais du point de vue des Biosphéronautes actuels… qu’en est-il ?
Avouez quand même que la question mérite un peu de réflexion. Ne serait-ce déjà que pour essayer de voir l’intérêt, voire la nécessité, pour un peuple… d’avoir d’un empereur.
(à suivre)
(suite) Pour celui dont la devise est “Ni dieu ni maître“ c’est tout vu.
Tant qu’ON y est… pourquoi n’aurions-nous pas plutôt besoin d’un dictateur ?
Oui mais attention, d’un bon ! Un gentil quoi.
– Y’a-t-il de bons dictateurs? (radiofrance.fr 8 septembre 2020)
– « Dernier des « cinq bons empereurs » selon Machiavel, il est aussi le dernier empereur de la période de la « paix romaine ». » (Biosphère. Ou Roger-Pol Droit peu importe)
Cette fois c’est donc le point de vue de Machiavel. Sacré bonhomme celui-là aussi !
Quand à la Pax Romana… souvent présentée comme une suite de la Pax Augusta (sic) « Il s’agit ainsi avant tout de l’idée d’une « paix imposée » aux ennemis par la domination, un concept lié à la maîtrise militaire ». (selon Wikipédia)
– « Pour Sénèque, la Pax Romana correspond à la prospérité, à l’abondance de biens, au luxe et au raffinement que ne connaissent pas ceux qui vivent au-delà de ses limites. Il ne prétend pas pour autant que ces peuples sont malheureux. »
(« Pax Romana », une paix en trompe-l’œil – unige.ch mars 2015)
Y’abon la Prospérité, l’Abondance, le Luxe et le Raffinement ! Toutes ces choses que ne peuvent évidemment pas apprécier tous ces malheureux qui vivent au-delà des frontières. Sacré Sénèque va ! Qui n’a quand même pas écrit que des conneries, lui non plus.
Bref, la Paix, imposée… une paix en trumpe-l’œil… pour assurer l’Ordre, Établi, et la Sécurité ! C’est bon, pas besoin de faire un dessin. Et finalement, quand ON voit les choses sous cet angle (simple question de point de vue donc), eh bien ON peut dire que le Grand Cinglé est un bon empereur. Ou un bon dictateur, si c’est ça que vous préférez.
Quant au Raffinement et la Politesse… laissons ça à Sénèque . 🙂
C’est l’un des avantages des monarchies, prendre des gens qui n’ayant pas voulu le pouvoir sont plus exempts d’ambition (bien que cela puisse venir avec la situation, ne soyons pas naïfs non plus) et qu’évidemment, cela puisse amener au pouvoir des gens complètement incompétents. Les monarchies constitutionnelles qui règnent encore sur une bonne part de l’Europe (on l’oublie souvent, pensant que toutes les nations sont des républiques) ne sont peut-être pas d’aussi mauvaises solutions, cela favorise aussi la continuité et le temps long, un élément plus favorable à l’écologie.
Je doute que les monarchies soient un bon remède contre l’ambition. Notamment celle de régner, de dominer. De toute façon c’est cette façon de penser qui sera inculquée au petit futur monarque dès son berceau. Et je n’en connais pas beaucoup qui aient craché sur le Trône, la Couronne etc. Et le Pouvoir qui va avec. Peut-être Charles Quint… qui a renoncé à ses trônes, mais pas à sa couronne d’empereur, et qui s’est retiré dans un monastère, et encore…
Bref, s’il suffit de ne pas avoir voulu le Pouvoir pour être un “véritable chef d’État“… pourquoi alors ne pas plutôt défendre le tirage au sort.
– Et si on essayait le Tirage au Sort ? (revue-democratie.org 18 février 2023)
Alors certes, là encore ne soyons pas naïfs non plus. Parce qu’évidemment cela peut amener au pouvoir des gens complètement incompétents. Imaginons les Tuche à l’Élysée…
Il n’y a pas de « despotisme éclairé », c’est une leçon de l’histoire humaine. Des monarques exerçant leur pouvoir absolu au nom de la raison, assumant d’être autoritaires pour mieux être progressistes, gouvernant pour accroître prospérité, liberté et bonheur de tous, ça n’existe pas. Quand les structures sociales demeurent inégalitaires, les libertés limitées et le peuple tenu d’obéir, il n’y a pas de démocratie possible, pas de contre-pouvoirs pour éclairer le despote. Le pouvoir absolu fait tourner la tête… toujours dans le mauvais sens.
Et les monarchies constitutionnelles actuellement en exercice ne donnent aucun pouvoir réel à des monarques fantoches.
Je suis tout à fait d’accord avec vous, Biosphère. Le despote éclairé c’est comme le bon dictateur, et/ou l’empereur idéal. Le bon roi Machin n’existe que dans les contes pour enfants. C’est comme le Bon Dieu. C’est le genre d’histoires qu’ON nous raconte, dès le berceau, pour nous apprendre à marcher dans les clous. Et à finir son assiette, à écouter son maître, à penser modérément, regarder TF1 etc.
Seulement à forces de répétitions… ON a fini par y croire, à toutes ces conneries.
C’est bien pour ça qu’ASHOKA et Marc Aurèle … 🙂