silence généralisé

Dans la série best-sellers, LeMonde du 20.08.2008 nous parle d’Isabelle Lövin, l’empêcheuse de pêcher en rond. Son livre Mer silencieuse donne enfin aux poissons une valeur intrinsèque que ne leur reconnaît pas notre société qui ne fonctionne que dans le court terme et l’intérêt immédiat des humains. Isabella dresse un constat accablant des conséquences de la surpêche, notamment en mer Baltique : disparition de la morue, élimination des anguilles, effondrement de la biodiversité, la mer devient silencieuse.

 

Dommage que cet article sur une page entière ne souffle mot de l’ancêtre de ce livre, Printemps silencieux (à cause des pesticides qui tuent les insectes, et donc les oiseaux), écrit en 1963 et qui est souvent présenté comme un des premiers manifestes de la pensée écologique : « Nous avons à résoudre un problème de coexistence avec les autres créatures peuplant notre planète. Nous ne pouvons par exemple espérer trouver un modus vivendi raisonnable avec les hordes d’insectes, que si nous prenons en considération toutes ces forces vitales, et cherchons à les guider prudemment dans les directions qui nous sont favorables. La mode actuelle, celle des poisons, néglige totalement ces considérations fondamentales. Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue. Ces extraordinaires possibilités de la substance vivante sont ignorées par les partisans de l’offensive chimique, qui abordent leur travail sans aucune largeur de vues, sans le respect dû aux forces puissantes avec lesquelles ils prétendent jouer. Vouloir « corriger la nature » est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal, où l’on pouvait encore croire la nature destinée à satisfaire le bon plaisir de l’homme. Le malheur est qu’une aussi primitive pensée dispose actuellement des moyens d’action les plus puissants, et qu’en orientant ses armes contre les insectes, elle les pointe aussi contre le monde. »

 Que ce soit contre les insectes ou contre les poissons, homo dit sapiens utilise des armes démesurées qui se retourneront tôt ou tard contre lui. Il n’est que temps de retrouver le sens des limites.

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