Sortir de l’impasse démographique, vite

Antoine Bueno : Notre empreinte environnementale dépend de note mode de vie multiplié par notre nombre, de la même manière que la surface d’un triangle dépend de sa longueur fois sa largeur. Séparer les deux est artificiel. Mais comme le facteur « mode de vie » est rigide, on ne peut se priver d’agir sur la population. A côté des transitions économiques, la maîtrise démographique apparaît d’ailleurs d’une simplicité évangélique. Tandis que les transitions énergétiques, agricoles et industrielles sont des mastodontes, il est possible de hâter la transition démographique avec des préservatifs et des stylos !

Cela pourrait être mis en place en finançant le planning familial mondial et ses besoins en contraception et en demandes d’IVG partout où il y a lieu, ainsi que la scolarisation des filles dans le monde entier. A lui seul, le financement du planning familial suffirait à réduire de 40 % l’accroissement de la population mondiale. En effet on dénombre plus de 30 millions de naissances non désirées sur la planète pour 80 millions de personnes en plus chaque année. Quant à la scolarisation des filles, son impact démographique est majeur. Il y a en effet une forte corrélation négative entre le niveau d’instruction des filles et le taux de fécondité moyen. Plus les filles vont à l’école, plus le aux de fécondité baisse rapidement et fortement. De plus accélérer la transition démographique revient à mettre en adéquation droits des femmes et droits de la nature. Féminisme et environnement, même combat. Enfin une telle politique aurait un coût dérisoire comparé à ce que les transitions économiques réclameront : 43 milliards de dollars par an selon l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) dont 4 pour couvrir les besoins des femmes en planification familiale et 39 pour scolariser les filles jusqu’au secondaire. Soit 0, 0005 % du PIB mondial quand la transition économique en réclamerait 2000 fois plus. Faire l’impasse sur la démographie pourrait bien nous mener à une impasse écologique. (revue Front populaire n° 5, page 32-33)

Brigitte Bardot : La démographie galopante sera notre prochaine tragédie. J’attends une prise de conscience. Or, comme c’est un sujet qui fâche, on évite de l’aborder. Mais comment peut-on penser que l’on pourra résoudre les problèmes posés par la pollution, les déforestations et les gaz à effet de serre avec une progression démentielle de la démographie humaine ? La planète a déjà du mal avec les 7,6 milliards d’êtres humains qu’elle doit supporter aujourd’hui. Que se passera-t-il en 2050 s’il y en a 9,8 milliards comme le prévoit l’ONU ? Le combat sera perdu d’avance. L’humanité sera responsable de la fin d’un monde qui, déjà, commence à s’effriter… Notre drame, si j’ose dire, est que l’homme n’a pas de prédateurs, contraire aux autres espèces animales. C’est pourquoi je me demande si le coronavirus n’est pas un signe qui nous est envoyé. (revue Front populaire n° 5, page 13 et 15)

Michel Onfray : Le productivisme qui fut l’horizon indépassable de la gauche et de la droite pendant des dizaines d’années, mais également le natalisme, une idéologie partagée par les mêmes, ont l’un et l’autre contribué à épuiser la planète et à faire naître un sentiment écologique… Hans Jonas affirme qu’engendrer est une obligation éthique sans imaginer une seule seconde que ce puisse être un choix et qu’on puisse s’y soustraire en ne souhaitant pas procréer. Après tout, cesser de faire des enfants serait une bonne méthode pour économiser la planète ! Bonne et très efficace, la meilleure peut-être ! (revue Front populaire n° 5, page 3 et 4)

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13 réflexions sur “Sortir de l’impasse démographique, vite”

  1. L’inertie des mécanismes démographiques fait qu’en effet il faut s’y prendre au plus tôt.
    Si nous avions pu nous en occuper dès le début du 20ème siècle nous serions peut-être aujourd’hui deux fois moins nombreux sur la Terreet, à mode de vie équivalent, polluerions deux fois moins aurions laissé nombre d’espaces disponibles pour les animaux sauvages, bref, la planète irait mieux,, nos libertés seraient moins contraintes et nous aurions plus de marges de manœuvre pour agir. Encore une fois, plus nous attendons, plus les mesures prises demain seront difficiles.

    1. Bonsoir Didier Barthès. On sait bien qu’avec des si on peut mettre Paris en bouteille. Si nous nous étions occupé de ce problème dès le début du 20ème siècle, certes le monde tournerait autrement. Comme il tournerait autrement s’il n’y avait pas eu ces deux guerres mondiales, si Untel et Ontel n’étaient pas nés, si au contraire un nouveau Sauveur était descendu sur Terre, si ceci ou si cela etc. Bref, il tournerait même autrement si ma tante en avait. En attendant, rien ne peut nous dire combien nous serions aujourd’hui.
      Quant à ces mesures, qu’il faudrait prendre aujourd’hui, sous prétexte qu’elles seront pires demain… quelles sont-elles ? S’agit-il de ces “Solutions radicales pour surpopulation avérée » ? ( Voir le plat suivant, que je vais bien sûr assaisonner. )

      1. Cette critique sur les « si » ne me semble pas devoir déconsidérer définitivement l’usage de ce mot, il est nécessaire au raisonnement.
        En ce qui concerne les mesures à prendre, je crois que vous n’avez jamais lu sous ma plume (sous mon clavier, pardon) la préconisation de mesures liberticides, tout au contraire. Je renvoie de toutes manières pour cela au site de l’association Démographie Responsable.

        1. Il n’est bien sûr pas question de bannir les «si» de notre vocabulaire ni de notre façon de penser, nous en avons trop besoin. En logique et en mathématiques le raisonnement conditionnel repose justement sur le «si-alors».
          Maintenant lorsque les «si» ne sont que des suppositions, et qu’ils s’empilent, alors tout devient possible. C’est comme ça qu’on peut refaire le monde, déduire tout et n’importe quoi, raconter n’importe quoi etc. C’est avec des «si» qu’on peut mettre Paris en bouteille (Suppositions de Jacques Charpentreau).
          Et même mieux : «Si, avec un si, on peut mettre Paris dans une bouteille, on doit pouvoir aussi, avec un si bémol ou naturel, mettre une contrebasse dans un porte-documents ou un hélicon dans un carton à chapeau» (Pierre Dac).

          1. Quant aux «mesures à prendre», c’est un un peu pareil.
            Nous passons notre temps à refaire le monde, à tirer des plans sur la comète, à supposer, supputer, affabuler, déconner, etc.
            Admettons déjà que nous ne pouvons rien faire de mieux.

          2. Sortir de l’impasse démographique résulte de prises de décisions individuelles, le choix d’une progéniture plus ou moins nombreuses, et de choix politiques, système d’allocations familiales natalistes ou dégressives, lois sur la contraception et l’avortement, contenu des programme scolaires, etc. Or l’imaginaire collectif à la base de nos comportements est dédié demis toujours à un endoctrinement nataliste, on n’est une vraie femme que si on est une mère, il n’y a de force que d’hommes, les malthusiens sont très méchants, etc. Il nous paraît significatif que les dossiers du site bien documenté notre-planete ne laissent aucune place à la question démographique.

            Ce blog biosphere, à sa minuscule échelle, essaye de faire son possible pour préparer un autre imaginaire plus conforme à la durabilité de toutes les formes de vie, y compris humaines.

          3. @ Biosphère. Bien sûr aussi, il n’est pas non plus question de supprimer ou d’interdire tout ce qui participe (ou peut participer) à cette décolonisation des imaginaires.
            Pour le connaître un peu, le site Notre Planète-info traite aussi le problème démographique (taper le mot dans le petit moteur de recherche en haut à droite). Maintenant, si chez Biosphère le Problème N°1 est le (sur)nombre, chez Notre Planète-info c’est le fait qu’on mange de la viande.
            Votre blog est spécialisé (disons-le comme ça) sur la question démographique. Comme d’autres sont spécialisés sur les ENR, la Transition, le végétarisme etc. etc. Après tout pourquoi pas, du moment que ça ne soit pas Le Seul Sujet, que tout (et n’importe quoi) ne soit pas systématiquement ramené à ça.

          4. D’autre part, même si l’audience de Biosphère est moindre que celle d’à côté (je me fous du Top50 et des classements, des images et de tout le tralala pour plaire au client… ), je reconnais qu’ici les réflexions vont bien plus loin. Et c’est notamment pour ça que je suis toujours là, sous un pseudo ou un autre, à rabâcher toujours les mêmes choses, dans le style qui est le mien. 😉

        2. Et si… le monde d’après ne ressemblait pas au monde d’avant ? » édité par Alternatiba, le mouvement citoyen pour la justice climatique et sociale. Soixante personnalités et artistes (José Bové, Fatima Ouassak, Alain Damasio, Marie Desplechin ou encore Cédric Herrou) déclinent une trentaine de thématiques essentielles (se nourrir, se soigner, travailler, partager, produire…) pour imaginer un monde d’après qui ne ressemble pas au monde d’avant.
          Et si la pandémie mondiale était l’occasion de rebattre les cartes ? « Si, au lieu d’une vision de la santé reposant très largement sur des approches curatives et biomédicales, nous tâchions d’aller aux racines sociales et environnementales des maladies pour concevoir des approches préventives ? », propose Kevin Jean, enseignant chercheur et adepte des sciences citoyennes. « Et si on refusait que la violence domine notre monde ? », lance l’activiste écologiste Jon Palais.

  2. Sortir de l’impasse ? Elle est bien bonne celle-là ! Par définition une impasse est une voie sans issue. Pour en sortir il suffit juste de faire marche arrière. Or dans notre situation c’est juste impossible. On ne peut même pas faire demi-tour, on peut juste tourner en rond, comme des cons. Que ceux que cela inquiète, démoralise ou terrorise se rassurent, d’une manière ou d’une autre nous finirons bien par en sortir, par le haut ou par le bas.
    Et pourquoi seulement démographique ? Où qu’on regarde, quel que soit l’angle ou le côté, nous sommes bel et bien plantés. Faits comme des rats, l’impasse est totale.
    Et pourquoi vite ? Mais c’est quoi ces enfants gâtés, qui veulent être servis de suite et toujours plus vite ? Là encore il suffit d’attendre. Alors patience.

    1. En attendant, ce n’est pas en tournant en rond, en radotant, rabâchant etc. qu’on pourrait en sortir, de l’impasse. Ni en réfléchissant avec des guignols comme ceux-là.
      Le premier s’enferme dans un joli triangle, qu’il a tracé avec sa règle rigide, et il s’imagine pouvoir en sortir avec quelques stylos et autant de préservatifs.
      La seconde, très fatiguée, par l’usure du temps, a pour l’instant résisté au Coronavirus. Bien qu’elle ne soit pas vaccinée.
      Quant à l’autre, pour le coup vacciné, l’autre qui doit faire retourner Nietzsche dans sa tombe, et lui faire dire «c’est dur d’être aimé par des cons», celui-là est à présent l’apôtre du grand n’importe quoi, autrement dit du nihilisme.

      1. Michel C, nous constatons que votre dernier commentaire se résume à une attaque sur les personnes et ne repose pas sur une argumentation. Pourtant vous êtes capable du meilleur.
        Ce n’est pas parce que nous sommes dans une impasse, avec un précipice plutôt qu’un mur en bout de course croissanciste (cf.votre premier commentaire), qu’il faut être désespéré. Il nous faut bien un jour ou l’autre passer l’arme à gauche, mais ce n’est pas cela qui nous empêche d’aimer les femmes (ou les hommes), la nature, les nuages et la joie de vivre…

        1. Mon attaque n’est pas pire que la votre d’hier à l’encontre de Bébel. Même s’il n’y a rien ou pas grand chose à espérer il faut éviter le désespoir, c’est bien ce que je ne cesse de prêcher. Pour ce qui est de passer l’arme à gauche, à mon âge, comme au votre, on est bien on obligé d’y penser, n’est-ce pas ? Mais que ça ne devienne pas non plus une obsession, la juste mesure là encore. De ce côté là j’ai toujours dit que je n’étais pas pressé, que la pression fallait pas se la mettre surtout pas se la faire mettre mais la boire.
          En attendant, profitons de ce que la vie nous propose de meilleur. Pour moi c’est la bière, le bon vin, la bonne charcuterie, la famille, les amis, la rigolade etc. Et bien sûr la beauté. Pour moi c’est celle des femmes, des goûts et des couleurs on ne discute pas. Et puis évidemment celle de la nature. Les champignons, les poissons, les oiseaux, petits et gros, les nuages, les étoiles et j’en passe.

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