spectacle humain

Qui, dans cette société du spectacle humain, va s’occuper de la santé de la Biosphère ?

« La domination spectaculaire a élevé toute une génération pliée à ses lois. Sur le plan de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse alors que l’esprit de logique ne s’est socialement formé que dans le dialogue. En 1967, j’avais montré dans La société du spectacle ce que le spectacle moderne était essentiellement le règne autocratique de l’économie marchande. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Entre 1967 et 1988, le changement qui a le plus d’importance réside dans la continuité même du spectacle. La possession d’un « statut médiatique » a pris une importance infiniment plus grande que la valeur  de ce que l’on est capable de faire réellement. Ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes sur ce qui change effectivement. Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est cela qui dès lors existe. De plus ce qui est communiqué, ce sont des ordres ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont  donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent. L’individu que cette pensée spectaculaire appauvrie a marqué en profondeur se place ainsi au service de l’ordre établi.

Mac Luhan parlait de « village planétaire », si instamment accessible à tous sans fatigue. Mais les villages ont toujours été dominés par le  conformisme, l’isolement, les ragots toujours répétés sur quelques mêmes familles. Et c’est bien ainsi que se présente désormais la vulgarité de la planète spectaculaire, où il n’est plus possible de distinguer la dynastie des Grimaldi-Monaco de celle qui avait remplacé les Stuart (…)

 La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et il parvient à rassurer. On ne demande plus à la science de comprendre ou d’améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément  tout ce qui se fait. La médecine n’a plus le droit de défendre la population contre l’environnement pathogène car ce serait s’opposer à l’industrie pharmaceutique. »

Guy Debord (in Commentaires sur la société du spectacle, 1988, éditions Gérard Lebovici )

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