Statistiques démographiques, l’essentiel

La plupart des Français pensent que le monde est surpeuplé. Mais on observe que peu de nos concitoyens estiment avoir trop de monde autour d’eux. La plupart sont heureux d’aller sur des plages bondées et sont complètement habitués de vivre dans leur HLM. C’est pourquoi il est important qu’un citoyen puisse avoir une vision globale grâce aux statistiques.

Le chiffre de 2,1 enfants par femme qui permet une stabilisation d’une population à un niveau donné est très utilisé, y compris par les natalistes. Pourtant ce n’est qu’un chiffre sans fondement car cela n’indique pas si un pays à un moment donné a outrepassé ou non les possibilités en ressources durables pour cette population. Le livre de Michel Sourrouille, « SURPOPULATION – Afghanistan, France, Royaume Uni… aucun pays n’est à l’abri » démontre que tous les pays sans exception, riches ou pauvres, connaissent actuellement les inconvénients du surnombre.

Prenons l’exemple de la Pologne. La population atteint 38 millions d’habitants en 2025. La densité de population en 2025 est de 125 habitants par km², bien plus que la densité moyenne en Europe de 34 habitants par km². De plus la Pologne n’a ni pétrole ni matières premières et expatrie déjà sa population excédentaire. Problème supplémentaire, le taux urbanisation est élevé 60 %. C’est un signe de fragilité extrême en cas de difficulté. Or la pénurie énergétique nous menace et les métropoles, qui n’ont aucune autonomie, deviendront vite invivables. Comme faire face à à un exode urbain massif ; impossible.

Certes la Pologne a le plus faible taux de fécondité d’Europe, 1,03 enfants par femme. Un taux de fécondité proche de 1 conduit tendanciellement (si cela se poursuit) à une division par deux de la population à chaque génération. Mais ce taux est variable selon le comportement de la population. Le gouvernement polonais, ignorant les enjeux socio-économiques de la démographie, est ouvertement nataliste : une allocation est versée pour chaque enfant, aujourd’hui à 800 zlotys (190 euros) par mois, environ un quart du salaire minimum. Cette aide compte aujourd’hui pour 8 % du budget de l’Etat. Quant aux places en crèche, elles ont triplé, à 230 000. Cela a réduit la pauvreté infantile, mais cela n’a eu aucun effet sur la démographie. Des jeunes Polonaises envisagent de se faire stériliser pour cause d’anxiété généralisée (la guerre en Ukraine, le changement climatique…). On les comprend.

La population polonaise est passé de 27 millions en 1955 à 38 millions aujourd’hui. Revenir volontairement en 70 ans à une population de 27 millions n’est pas une évolution catastrophique. Ce qui a été fait dans un sens peut être fait dans l’autre.

Au niveau général, la population mondiale de 8,2 milliards augmente encore au taux de croissance annuel moyen de 1 %, soit un doublement en 70 ans pour une planète que l’activité humaine a rendu exsangue et surchauffée. Il n’y a plus désormais de développement durable possible, au sens originel de pouvoir répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. On ne peut donc comprendre ces natalistes qui condamneraient une diminution réciproque de 1 %. Comme l’indiquait Malthus en 1798, si l’humanité ne maîtrise pas sa fécondité au risque de dépasser l’état de ses ressources, il y a des famines, des guerres et des épidémies. En 2025, c’est bien là notre réalité concrète.

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statistiques sinistres (juin 2009)

Sur 6,7 milliards d’êtres humains, la planète compte 2,8 milliards vivant de la terre. Et sur 1,3 milliards d’actifs agricoles, seuls 28 millions utilisent un tracteur, 250 millions des animaux de traits. Plus de 1 milliard ne disposent que de leurs mains. Sur le milliard de personnes qui souffrent d’un apport alimentaire insuffisant, 50 % sont de petits paysans, 10 % des éleveurs, 20 % des paysans sans terre et 20 % des urbains pauvres.(Le Monde du 30 juin)

La population urbaine des pays en développement s’accroît de 70 millions d’habitants par an, un milliard d’humains vivent déjà dans des bidonvilles et 360 millions d’urbains habitent des zones côtières de basse altitude, menacées par la montée des océans.(Le Monde du 30 juin)

Si l’on devait résumer en chiffres environnementaux une journée typique aujourd’hui, on obtiendrait cela : nous allons perdre 20 000 hectares de forêt tropicale. Nous allons aussi perdre à jamais entre 40 et 100 espèces vivantes. Nous allons en revanche gagner un quart de million de personnes. Et nous allons produire plus de 10 millions de tonnes de déchets et injecter 15 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère. Chaque jour. (L’écologie pour les nuls, 2009)

10 réflexions sur “Statistiques démographiques, l’essentiel”

  1. Esprit critique

    Réponse @ STATISTICON 29 NOVEMBRE 2025 À 23:00

    Les prévisions (projections) sont le résultat de probabilités, calculées à partir de statistiques, une branche des mathématiques dont nous ne pouvons évidemment pas douter du sérieux.
    Ces statistiques (probabilités => projections) ne sont, évidemment, que le reflet de la réalité… à un instant T. La réalité d’aujourd’hui est ce qu’elle est, l’indice de fécondité moyen est en baisse, la tendance n’est pas à la hausse, etc. etc.
    Imaginons que nous sommes à bord d’une voiture qui roule à 200 km/h… et tout à coup, la panne d’essence. Tout naturellement sa vitesse décroît…
    Mais évidemment elle ne s’arrête pas de suite (l’inertie).
    Au bout d’un certain temps… elle roule (nous roulons) encore à 100 km/h.
    À ce moment précis… est-il sérieux de dire que dans une heure nous serons 100 km plus loin ?

    1. Esprit critique

      Comme avec le TOUJOURS PLUS, les décroissants devraient avoir parfaitement compris les problèmes du TROP. Trop vite, trop haut, trop lourd, trop peur etc. etc. c’est la Démesure. Seulement comme le PAS ASSEZ ne vaut guère mieux, c’est la Juste Mesure que nous devons penser. Et viser. Voici un extrait d’un article qui mérite réflexion :

      – « L’œuf et la poule
      En fait la dénatalité est la fille de la dégénérescence des esprits autant que la mère de la décadence des nations. La jeunesse ne croit plus à son avenir et elle en a peur.
      (à suivre)

      1. (suite) Dans son dernier ouvrage, Chantal Delsol (Insurrection des particularités, Cerf, 2025) rappelle les propos de Pierre Chaunu selon lesquels « durant la première moitié du XVIème siècle 90% de la population amérindienne a ont disparu, non seulement par suite des infections importées par les Européens mais aussi par le refus des habitants de survivre à une société dans laquelle ils se sentaient abandonnés des dieux. »
        Nous pourrions vivre très bien avec une population moins nombreuse, mais une décroissance rapide tendra plutôt à nous faire disparaître. [etc.] »
        (La baisse de la natalité ou le déclin du monde – Jean-Philippe Delsol – contrepoints.org)

  2. Une diminution de la population mondiale (par réduction de la fécondité) de 1 % par an est parfaitement acceptable : nous avons bien connu une croissance de 2 % par an autour des années 1965 !

    Une baisse de la population de 1 % chaque année conduirait dans 100 ans à une population de 36,7 % de ce qu’elle est aujourd’hui, cela ferait 3,0 milliards d’humains.

    Et si l’on prend comme échéance la fin du siècle (en 2100, dans 75 ans donc) cela conduirait à une population de 47 % de ce qu’elle est aujourd’hui (soit 3,9 milliards).

    Voilà qui serait bien préférable à la trajectoire actuelle, pour nous, comme pour le reste du monde vivant. Il faudrait d’ailleurs continuer sur cette trajectoire si nous voulons durer.

    Regardons le passé pour envisager le futur. Il y a seulement 125 ans nous étions 5 fois moins nombreux et nous croissions d’ailleurs beaucoup plus lentement (+0,4 % par an soit moins de 7 millions de personnes supplémentaires par an quand nous en gagnons 80 millions aujourd’hui ( + 1 %) par an.

    1. Mais pourquoi vous obstinez-vous à vouloir à réduire la natalité ? Cette natalité qui justement diminue à l’échelle mondiale, chez les riches comme chez les pauvres, notamment (entre autres) du fait de cette baisse inédite (et «inexpliquée») des taux de fertilité. Et les prévisions nous disent que ça va s’accélérer… et qu’au rythme actuel de cette baisse la population mondiale pourrait être diminuée de moitié à la fin du siècle. Patience Monsieur Barthès !

      1. Michel c, certes la natalité diminue au niveau mondial, mais l’indice de fécondité moyen n’est pas encore passé en dessous de 2,1. Notez que cet indice n’est qu’une projection à partir du comportement des femmes une année donnée, ce n’est donc pas la réalité. Au rythme actuel, la population mondiale double encore tous les 70 ans. Nous avons augmenté de un milliard en onze années seulement pour la dernière période. Le problème supplémentaire, c’est que la diminution de la population dans certains pays s’accompagne d’une explosion démographique dans d’autres pays notamment en Afrique. A cela s’ajoute le fait que dans des pays à forte proportion de jeunes, l’accroissement naturel est durable. Et comme les pauvres veulent augmenter leur niveau de vie, notre niveau de population de 8,2 milliards de personnes est bien supérieur à nos ressources durables. La baisse de fécondité arrive trop tard et elle n’est pas généralisée.

  3. Parti d'en rire

    « À force de répétitions et à l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes
    concernées, il devrait être tout à fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. »

    Ici c’est pareil, ON pense qu’à forces de répétitions il devrait être tout à fait possible de « prouver » que ce fameux chiffre de 2,1 enfants par femme est sans fondement. Tout le contraire donc de la fameuse équation I=PAT. Qui nous dit que I = I et que P = P etc. Et de la tout aussi fumeuse capacité de charge, qui nous dit que la Terre peut supporter quelque chose qui se situe entre 2 et 40 milliards de personnes.

    1. esprit critique

      Plus sérieusement, ce qui est faux c’est de dire qu’il faut 2,1 enfants par femme pour éviter que la population diminue. Car ce chiffre ne tient pas compte de l’immigration.
      La France (pas quelle) a toujours connu un apport migratoire. Et même avec 1,7 ou 1,8 enfant par femme, la population ne baisserait pas.
      La première question à se poser est bien sûr de savoir si les couples ont, ou pas, le nombre d’enfants qu’ils désirent. La seconde si ON tient, ou pas, à conserver son modèle de vie.
      Ce qui revient à dire si ON accepte, ou pas, le principe des vases communicants.

      1. « Esprit critique », bien entendu la variation naturelle n’est qu’un élément de la progression totale d’une population. Il faut bien sûr ajouter le solde migratoire (ce qui n’est pas simplement l’effet de l’immigration). Ce n’est pas faux de se fixer sur le chiffre de 2,1, c’est seulement incomplet comme vous le signalez. Notez que l’extrême droite veut à la fois arrêter l’immigration et augmenter la natalité des Français de souche. C’est logique si on pense que le vieillissement de la population est une catastrophe et qu’il faut éviter un hypothétique « grand remplacement ». C’est absurde si on pense que la France, étant déjà surpeuplé, n’a besoin ni d’un surcroît d’immigrant ni d’une hausse de l’accroissement naturel de la population. Quant à l’impact écologique de ceux qui vivent en France, il est tellement élevé qu’il faut ramener le salaire des Français au niveau planétaire moyen, soit 8 800 dollars (733 dollars par mois).

    2. « Parti d’en rire », le chiffre de 2,1 enfants par femme n’est qu’un indicateur qui montre la condition pour qu’une population se stabilise à un niveau donné, rien d’autre. Personne ne peut dire que cet indicateur est sans fondement, il recouvre une réalité. Il est vrai que dans un système totalitaire, on peut faire croire que la statistique, c’est le mensonge, et supprimer les statistiques comme le font Trump ou Poutine.
      Quant à la capacité de charge, elle dépend de beaucoup de facteurs, la population, le niveau de vie, la technologie utilisée, l’impact écologique, etc. Mais nos chercheurs ont déjà établi que la capacité de charge était déjà dépassée, c’est cela qu’on devrait politiquement reconnaître… et en tirer les conséquences.

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