suicide de Gérard Horst

La Biosphère te donne la vie, la croissance, la maturité, le déclin et te retire de toute façon un jour ou l’autre le droit de continuer. La Nature est plus forte que l’environnement…

 

Né à Vienne en février 1923, sous le nom de Gerard Horst, André Gorz est considéré comme un penseur de l’écologie politique et de l’anticapitalisme. Cependant André Gorz ignorait la philosophie de l’écologie profonde, apparue en même temps que son article Ecologie et liberté. Contre les courants environnementalistes systémistes ou écocentristes, il s’était en effet attaché à défendre un courant humaniste pour qui l’environnement se conçoit seulement comme un environnement humain. Exit la Nature ! Dans Capitalisme, Socialisme, Ecologie (1991), il adoptait même une attitude sans nuances : « Du point de vue des fondamentalismes pré-modernes, tout le développement de la modernité a été un péché contre l’ordre naturel du monde. Son issue catastrophique obligera l’humanité à sa nécessaire conversion. Il n’existe pas de voie rationnelle vers le salut, seul l’effondrement inévitable pourra ouvrir la voie. » C’est pourquoi il allait jusqu’à trouver une parenté entre ce qu’il appelle « les fondamentalistes Vert » et les intégristes : « Il n’est pas exclu, d’ailleurs, que le fondamentalisme  islamique ait  recours à des armes biologiques ou nucléaires afin d’anéantir l’impie civilisation moderne avec sa propre technique scélérate. (p.28) 

 Pourtant on peut être à la fois un écologiste forcené et un non-violent confirmé, à la fois un écologiste forcené et un athée convaincu. Mais laissons là le débat, paix à son âme, il s’est suicidé  le 24 septembre 2007 en même temps que sa femme, Dorine, atteinte depuis longtemps d’une affection évolutive qui s’est doublée d’un  cancer. L’écrasante beauté d’une communion dans le suicide de deux amoureux octogénaires ne peut que nous faire penser à Paul Lafargue qui écrivait, avant de se suicider en 1911 avec sa femme Laura Marx : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. » Ce double exemple montre qu’il n’est pas nécessaire d’aller en Suisse pour avaler un cocktail létal et pratiquer ainsi une forme d’auto-euthanasie.  

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