Surpopulation, sa perception en 1973 et 2021

L’idée de surpopulation en 2021 : Alors que la population mondiale augmentera de 1,5 milliard d’habitants d’ici à 2030, la décroissance aggraverait davantage la situation des habitants réduits à la famine. Au contraire, l’agriculture devra produire davantage pour nourrir la planète. L’organisation de la recherche au niveau européen doit permettre d’avancer plus vite : les « new breeding techniques » ne peuvent être écartées d’un revers de main sous la pression des activistes déclinistes. Ce procédé n’introduit aucun ADN extérieur dans la plante, mais il permet d’obtenir des variétés plus résistantes. Nous devons parier sur l’intelligence humaine, source de progrès et d’amélioration de nos conditions de vie depuis des siècles. Nous devons sortir de la logique régressive pour suivre celle du progrès. (Christian Jacob, président du parti Les Républicains)

L’idée de surpopulation en 1973 : La population du monde ne cesse de s’accroître. Bientôt les villes auront envahi la terre entière. La nourriture (du plancton) sera rationnée. Dans ce monde de béton sans arbres, ni fleurs, les hommes seront enserrés, prisonniers. C’est alors que sera proclamé « LE GRAND DECRET », qui instaure un arrêt total de la natalité pendant trente ans, sous peine de mort — après qu’un projet asiatique visant à supprimer les vieillards (qui atteignent désormais les cent cinquante ans) ait été repoussé par les Occidentaux. L’interruption d’une fonction naturelle aussi importante que la maternité crée des problèmes de frustrations résolus par la mise en service de succédanés : des bébés électroniques en tout point semblables aux vrais, et que chaque couple peut se procurer au Marché d’Enfants. Cela donne lieu dans le roman à de nombreuses scènes caractéristiques :

« Edna fronça les sourcils. Ennuyée, elle prit soudainement le cou du bébé et le fit pivoter sans ménagement. L’enfant poussa un petit cri. Edna enleva ensuite la tête du bébé et regarda dans le creux béant de son cou. Elle y enfonça son doigt pour toucher un quelconque mécanisme puis se tourna vers son partenaire.

Le bébé est encore malade, dit-elle. Il ne veut pas dire ma-man. — Il vaudrait mieux l’emmener chez le pédiatre, lui répondit George. Et, cette fois, dis à ce charlatan de le programmer comme il faut » (p. 34).

L’idée de maternité étant fortement enracinée chez les femmes (qui ont pourtant suivi des cures de préparation psychologique), le Grand Décret suscite quelques révoltes individuelles, quelques essais de maternité réelle qui, découverts, sont punis par l’exécution publique du couple et de l’enfant. Le GouvMond d’Ehrlich n’est pas « méchant » : il est réaliste, il se bat au pied du mur contre une situation qui existe en germe aujourd’hui. Nous faire admettre que, la Terre ayant trop d’habitants, il faut stopper la natalité, par la force si besoin est, et nous faire là-dessus partager l’envie de maternité de Carole et l’amour qu’elle portera à son « vrai » bébé. A la fin du roman, Carole, son mari et leur bébé se réfugient sur une île radioactive où tous les missiles nucléaires ont été abandonnés après le désarmement général, et n’y peuvent espérer que cinq ou six ans d’une vie « courte mais heureuse ». Mais la séquence la plus originale est celle du Vistarama, où la foule oisive et affamée assiste à la projection de vieux films du XXe siècle : « Le début pouvait tout aussi bien être celui d’une Cambrousse que celui d’une Becquetance. On pouvait voir d’immenses champs de blé s’étendre jusqu’à perte de vue sous un ciel d’un bleu pur. (…) Puis, tout à coup, le film montra l’intérieur d’un magasin d’alimentation de l’époque. Le commentateur expliqua qu’il s’agissait d’un supermarché et le public poussa un long soupir collectif. Il y avait des boîtes pleines de légumes frais, des viandes de toutes sortes et des fruits entassés en pyramides colossales. Le commentateur cita chacun de leurs noms étranges : pommes, poires, prunes, oranges, pamplemousses. (…) C’était un spectacle presque insupportable. Les gens avaient la bouche ouverte et la salive aux lèvres ; ils regardaient l’écran d’un air lascif et semblaient participer à une gigantesque expérience sexuelle » (pp. 190 et 191).

Malgré sa narration terne et ses contradictions mineures, Le Grand Décret conserve un intérêt à cause de son sujet même, la surpopulation. Ce n’est pas un livre de science-fiction, c‘est le roman du futur possible, d’un futur que nous pressentons chaque jour de plus en plus fort. (« Le grand décret » de Max Ehrlich, un livre de science fiction)

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3 réflexions sur “Surpopulation, sa perception en 1973 et 2021”

  1. Parti d'en rire

    Si chez certains le sujet est Tabou, chez d’autres il est une Obsession. Pourtant on est bien en septembre, non ? L’écologie est-elle en panne ces temps-ci, n’y a t-il rien d’autre à commenter ?
    Par exemple, le député ex-LREM Aurélien Taché qui rallie Eric Piolle pour la Course à l’Elysée…
    Euh, non pas ça on va en bouffer pendant des mois. Alors Macron actuellement en visite à Marseille, sa balade dans les Calanques en compagnie de Hulot, le Congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans la soirée, l’annonce de la future tenue en France d’un «One Ocean Summit», un grand machin chargé de la préservation des océans.
    Mais bon, je comprends que Biosphère préfèrerait un «One Overpopulation Summit».

    1. La question n’est plus « quelle planète va-t-on laisser à nos enfants ! »
      mais « doit-on laisser des enfants à notre planète ? »
      (Pierre-Emmanuel Barré)

      1. Pierre-Emmanuel Barré tire sur tout ce qui bouge, j’adooore. Seulement va savoir ce qu’il veut dire, avec cette question. Mieux vaut donc peut-être, remonter à la source :
        – « La question n’est pas tant de savoir quelle planète nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à notre planète.»
        Question qui commence déjà à dater. C’est un peu différent, non ? Eh oui, quels enfants ? Si c’est un ramassis de crétins, que nous devons lui laisser, à la Planète, alors moi aussi je vais me faire No Kid. Misère misère. Un peu plus tard Pierre Rabhi repose cette double question :
        – « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants et quels enfants laisserons-nous à la planète ? »

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