Avec plus 8 milliards d’habitants, la planète suffoque. Mais le problème de la surpopulation n’est pas qu’une question de nombre. La crise écologique vient aussi du mode de vie et de la surconsommation. A cela s’ajoute des considérations socio-politiques, exemple avec l’île de Malte.
Dans ce pays, la catégorie « surpopulation » a été mobilisée pour définir les populations perçues comme « de trop ». La forte densité de population à Malte – autour de 1 740 habitants par kilomètre carré – s’explique par le cumul entre étroitesse du territoire national (316 km²) et population (plus de 550 000 habitants). Mais la surdensité ne fait pas prise de conscience. Les femmes à Malte risquent une peine allant de dix-huit mois à trois ans d’emprisonnement si elles avortent. L’île de Malte, très catholique, fait passer ses convictions religieuses avant le libre choix des femmes même s’il y a surpopulation. En fait historiquement l’excès démographique a d’abord été attribué aux pauvres « locaux » qui ont été désignés comme indésirables. L’État (assisté de l’Eglise) encourage donc financièrement et diplomatiquement une émigration massive. Mais dans les années 1960 et 1970, la main-d’œuvre locale bon marché apparaît plutôt comme une « richesse nationale » : elle est une aubaine pour le développement d’industries sous-traitantes et du tourisme. La position géographique du pays en fait aussi une terre d’arrivée pour les migrants. Mais l’intégration à l’Union européenne oblige Malte à adopter une loi sur l’asile. L’argument de la surpopulation est alors brandi pour contourner les obligations diplomatiques et morales du pays, et pour justifier l’enfermement massif des étrangers, qui constituent désormais la figure centrale à exclure. Un langage censé rendre compte d’un excès devient le vecteur d’un rejet.
Cette thèse de Lucas Puygrenier (https://theses.fr/2024IEPP0001) occulte le fait que Malte a une capacité de charge insuffisante par rapport à son niveau de population. On s’égare dans des considérations morales sur les migrants alors que Malte constitue une seule zone urbaine, une cité-État. Or toute sur-concentration urbaine entraîne un décalage entre démographie et ressources. Objectivement il y a beaucoup trop de monde à Malte, que ce soit les locaux ou les étrangers. Le Parlement de Malte a adopté le 28 juin 2023 une loi autorisant pour la première fois l’avortement, mais dans un seul cas, très restrictif : si la vie de la femme est en danger et que le fœtus n’est pas viable.
Autant dire que la surpopulation n’est pas un problème à Malte. Comme il en est de même au niveau mondial. « La faim et la malnutrition se propagent plus vite que notre capacité à y faire face », s’indigne le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. En 2024, près de 300 millions de personnes dans 53 pays analysés étaient confrontées à une situation de crise alimentaire, en progression de 13,7 millions par rapport à 2023. En nombre absolu, comme en prévalence, c’est un niveau jamais atteint. Dans ce contexte où les besoins n’ont jamais été aussi élevés, la chute des financements dédiés à l’aide humanitaire et au développement menace la capacité de réponse aux crises.
Bien entendu les causes de la famine sont multiples. Mais si on n’attache pas au moins autant d’importance au planning familial et à la limitation de la fécondité (politique structurelle) qu’à l’assistance agricole d’urgence (politique conjoncturelle), il n’y aura jamais de solution pérenne à la faim dans le monde.. et à la future famine à Malte.
