La télévision, un miracle technologique depuis les recherches sur le sélénium qui, plus ou moins stimulé par l’intensité lumineuse, la restitue sous une forme électrique. Il aura donné son impulsion aux découvertes sur l’alliance entre la lumière et l’électricité. Mais la télé repose aussi sur des politiques publiques, des investissements privés massifs et d’innombrables stratégies de guerre culturelle pour avoir accès au « temps de cerveau disponible » des spectateurs.
L’écran est devenue notre prison dans laquelle nous nous sommes enfermés à notre insu de notre plein gré.
Tristan Garcia : La télévision est devenue un cristal presque miraculeux pour le capitalisme, ordonnant, dans un appareillage technique, la captation du temps d’attention des consommateurs, un point de fixation des corps fatigués après le travail, la synchronisation des regards et des émotions, à partir de centres de diffusion à peu près contrôlables par les Etats ou par des consortiums industriels.
– Coordinatrice de nos solitudes et de nos vies familiales, elle est aussi devenue source de fascination grâce au miroitement de l’écran, au feuilletonnage du monde.
– Avec la télévision, le spectacle social a débarqué à la maison : on va au cinéma, mais la télévision vient à vous.
– Et puis, son flot ne s’arrête jamais vraiment, on l’arrête et on le reprend, selon notre tempo.
– Elle a domestiqué nos corps, elle nous a assis sur des canapés.
Le point de vue des écologistes débranchés
Après l’ère de la télévision, Internet et smartphones ont fait passer le spectacle entre nos mains. Chacun a pu se lever du canapé et regarder l’écran, à n’importe quel moment.
– Le temps disponible de notre cerveau pour devenir intelligent est devenu insignifiant.
– Un monde de drogués s’est répandu sur toute la planète, on ne peut plus rien faire sans la numérisation du monde.
– On a même besoin d’une intelligence artificielle qui se répand sur nos écrans et dans nos têtes.
– A force d’offrir (à peu de frais) de l’évasion, elle dispense l’aliénation à la tonne, à toutes les sauces, et en toutes les langues.
J’ai cessé de regarder la télé quand j’ai quitté mes parents à la fin de mes études. La télé était dans la salle à manger- séjour. Impossible d’y échapper, difficile de communiquer avec le reste de la famille. Depuis je n’ai jamais acheté de téléviseur. Quand les amis de parlaient des émissions, je leur disais que je n’avais pas la télé, ils me répondaient » tu ne t’ennuies pas ? » Non je ne m’ennuie pas ! Je fais du sport, je lis, nous allons aux spectacles, nous dansons, nous faisons de la randonnée. Le poste de télévision ne jacasse pas tout seul chez nous.
la télévision, mouroir de la pensée (février 2011)
extraits : Le diagnostic est simple, TV lobotomie. La vie est dangereuse pour les hommes. L’alcoolisme, le bavardage et l’automobile en font déjà des abrutis. Pourtant on a rajouté la télé.. Il n’y a pas une bonne ou une mauvaise télévision. Il est préférable qu’il n’y ait pas de télévision du tout. Les influences médiatiques sont subtiles, cumulatives, et interviennent sur une longue période de temps ; parents, pédiatres et éducateurs peuvent ne pas être conscient de leur impact. Il n’empêche que la possibilité de penser par soi-même s’effondre. Cela n’empêche pas des velléités de résistance aux émissions qui vident notre cerveau pour nous inciter à boire du coca cola….

Comme si ON ne le savait pas depuis longtemps… Il y a 30 ans (1996) Pierre Bourdieu publiait un livre intitulé « Sur la télévision ». 30 ans plus tôt (1966)… en France, la Télévision trônait déjà fièrement dans quelques 7 millions de foyers. Elle avait pris la place du vieux poste à galène, lui-même détrôné par le Transistor, ON n’arrête pas le Progrès. Bref, à cette époque, préhistorique, il y a donc 60 ans, La Voix de son maître était grosse et moche, avec les coins arrondis, une image pas terrible, en noir et blanc. Et le son pas mieux. Le Téléspectateur n’avait alors le « choix » qu’entre deux chaînes (la Une et la Deux), des programmes limités, et il devait se farcir la Mire et le Petit Train de Maurice Brunot. Pour dire à quel point c’était la misère, le pauvre ne pouvait même pas se gaver de Pub. Pour ça il lui a fallu attendre la « Révolution » (1968). Et puis ON connaît la suite.
Et c’est ainsi que le Téléspectateur s’est transformé en Consommateur (con-sot-mateur).