Thomas Piketty est un doux rêveur, il croit que le monde sur-développé va continuer sur la même voix croissanciste en devenant même écologiquement compatible, indemne d’un extractivisme forcené. Il suffirait d’un haut niveau des dépenses publiques. Yaka, FauKon. Il a oublié qu’une croissance dans un monde fini voit obligatoirement sa fin, et ce moment approche de plus en plus vite. Comme l’exprimait Thomas Malthus, on ne peut vivre durablement à crédit, au dessus des ressources utilisables.
Thomas Piketty : « L’Europe est devenue une puissance sociale-démocrate ou même un « éco-socialisme ». Les pays nordiques les plus prospères (Danemark, Suède, Norvège) ont des dépenses publiques avoisinant 45 % à 50 % du PIB, proches à l’échelle historique des niveaux observés en Allemagne et en France, et personne ne reviendra sur cette réalité. Les pays européens ont atteint un niveau de prospérité et de bien-être social inconnu dans l’histoire, en grande partie grâce aux investissements collectifs dans la santé, la formation et les infrastructures publiques. L’Europe affirme ses valeurs et défend haut et fort son modèle de développement, opposé en tous points au modèle nationaliste-extractiviste des trumpistes et des poutiniens. Si l’on prend en compte les externalités négatives liées aux émissions carbone, alors le PIB corrigé de ces effets externes s’effondre aux Etats-Unis comparativement à l’Europe. Ce n’est pas en couvrant la planète de centres de données – nouveau fantasme en vogue à Washington et parfois à Bruxelles – que l’on va résoudre les problèmes du monde. »
Le point de vue des écologistes décroissancistes
Valérie S : Merci Piketty pour votre article. Il contribue utilement à la prise de conscience de l’émergence d’une identité européenne distincte au sein du bloc occidental. Cela étant, un élément vient relativiser le succès présumé du modèle européen, et assombrir ses perspectives d’avenir. Malgré des investissements sociaux considérables, les démocraties européennes échouent à contenir la montée des national-populismes, menace directe pour l’Europe et la démocratie. Sur ce terrain, l’Europe ne fait pas mieux que les États-Unis.
Mendo : L’inflation des normes, l’effondrement du niveau scolaire, la désindustrialisation, la fragmentation communautariste mériteraient aussi d’être intégrée à cette analyse. Quant au « niveau de bien être »….Qu’en sera-t-il si, faute « d’extractivité prédatrice » on ne pourra plus se chauffer en hiver ?
Rempart : Décidément ce Piketty est impayable ! Comment la Suède a réduit ses déficits publics pour préserver son modèle social dès les années 1990 ? La retraite : capitalisation + répartition Age de départ à taux plein porté à 65 ans. Fonctionnaires au même régime que le privé. Le montant des pensions varie tous les 2 ans à la hausse ou à la baisse en fonction de la situation économique. Suppression de 70 000 postes de fonctionnaires (- 4 % en France ça en ferait 220 000 de moins). Réduction des prestations sociales. Mise en concurrence des écoles publiques avec le privé.
Jla 83 : Avec une dette de 3 400 milliards, la France peut se sentir à l’aise et fière de ses acquis sociaux. Je pourrais acheter le château de Versailles avec un prêt que je ne rembourserais jamais…
Alec Touvabienovitch : Des dépenses publiques avoisinant 45 % à 50 % je trouve que ça fait déjà beaucoup d’impôts et qu’il faudrait les réduire, l’auteur, que je surnomme « taxman » en pensant à la chanson des Beatles, n’a de cesse de réclamer encore plus d’impôts…
ricob en réponse à Alec Touvabienovitch : Ce ne sont pas que des impôts. La plupart sont des cotisations sociales, retraites, maladie, chômage, cela n’a rien à voir. C’est plutôt une forme d’assurance.
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Taxer les riches pour refroidir la planète
Thomas Piketty : « Au cours du XXe siècle, l’impôt progressif sur le revenu a été un immense succès historique. Au XXIe siècle, il faudra étendre cet héritage à l’impôt progressif sur la fortune, avec des taux de 80-90 % sur les milliardaires, et mettre à contribution les 10 % des patrimoines les plus élevés. Il faut aussi et surtout qu’une part substantielle des recettes pesant sur les plus riches soient versées directement aux pays les plus pauvres, en proportion de leur population et de leur exposition au changement climatique…. (extraits)
CLIMAT, prendre aux riches, donner au pauvres
Thomas Piketty : « les responsables Verts, enivrés par leur succès, notamment en France, refusent de dire s’ils souhaitent gouverner avec la gauche ou la droite. Pourtant tout indique de plus en plus clairement que la résolution du défi climatique ne pourra se faire sans un puissant mouvement de compression des inégalités sociales. On voit mal comment les classes moyennes accepteraient de changer leur mode de vie si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. Avec l’ampleur actuelle des inégalités, la marche en avant vers la sobriété énergétique restera un vœu pieux…. (extraits)

Je reconnais que Thomas Piketty nous avait habitué à mieux.
Sur ce coup… avant de le qualifier de «doux rêveur », demandons-nous déjà s’il a les yeux bien en face des trous. Et de bonnes lunettes. Et s’il vit bien sur notre même planète, Europe.
– « Les termes peuvent varier : […] « économie sociale de marché » […] « État social » […] « social-démocratie écologique » […] « éco-socialisme » […] » (Piketty)
ON peut également rajouter « Capitalisme vert ».
Et même parler d’ « Une étrange dictature » (Viviane Forrester, 2000).
Bref, de ce monde là, plus exactement de cette Europe là, si Piketty en est fier… de ce qu’elle devenue depuis 1945 (sic)… ce n’est d’abord que son problème. Alors certes il y a pire que l’Europe, mais il n’y a vraiment pas là de quoi claironner. (à suivre)
(suite) De leur côté, Valérie S, Mendo, Rempart … (les écologistes décroissancistes) voient les choses sous un autre angle. C’est normal et c’est toujours pareil, selon l’observatoire où ON se place le point de vue n’est jamais le même.
– « Pour gagner la bataille culturelle et intellectuelle, l’Europe doit défendre haut et fort son modèle » (Piketty)
Mais quel modèle !!?? Mais quelle bataille !!?? Mais de quelle culture ON parle !!??
Et d’abord… où sont les intellectuels ?
– « Les pays européens ont atteint un niveau de prospérité et de bien-être social inconnu dans l’histoire » (Piketty)
Si la prospérité se résume au Pognon, au PIB, qu’en est-il du « bien-être social » ?
Ne serait-ce pas là encore un de ces concepts dont tout le monde use et abuse dans le sens qui l’arrange ? Dans Le Meilleur des mondes d’Huxley, à quel niveau se situe le curseur ? Ben au Top, bien sûr.
– C’est quoi le bien-être social ? (celyatis.com)
– Économie du bien-être (Wikipédia)
Et pour y voir plus clair, dans toute cette vase, et comme ça fait un moment qu’ON n’en entend plus causer… il serait peut-être bon de nous ressortir le Care.
Et pendant qu’ON causera de ça, eh ben ON oubliera la décroissance.
– « Nous n’irons jamais très loin tant que l’ombre des Mondes hostiles et des Marchés partout assombrira l’analyse. Les variétés « extension » et « contexte » de la sociologie économique ne résolvent pas le problème non plus. Comme de récents travaux français le confirment, seule une analyse alternative entièrement sociale des processus d’intimité et d’économie nous mènera là où il faut aller. »
(L’économie du care – Viviana Zelizer – cairn.info/revue-francaise-de-socio-economie-2008)
– « […] Je ne suis pas un tenant de la décroissance. Les innovations technologiques peuvent très bien continuer et permettre une croissance immatérielle et non polluante indéfinie. A condition toutefois d’inventer des énergies propres, ce qui n’est pas gagné. [etc.]» ( Thomas Piketty : La croissance peut-elle nous sauver ? Libération, mardi 24 septembre 2013 – piketty.pse.ens.fr )
Depuis plusieurs années l’attribution des prix Nobel de la Paix, d’Economie et de littérature relève d’une vaste plaisanterie, seule entre en ligne de compte la soumission des candidats à la bien-pensance du moment.
Thomas Piketty n’a jamais été lauréat du prix Nobel de quoi que ce soit.