Tout savoir sur le conflit Nature / Culture

Au préalable, précisons qu’on doit éviter la confusion entre les deux sens du mot culture. Il y a la culture au sens traditionnel de « cultivé », c’est-à-dire sachant beaucoup de choses qui n’ont aucune importance. Avant on se gorgeait de littérature et on allait au musée, maintenant on connaît le dernier chanteur à la mode et savoure la version télé de la réalité. C’est toujours une culture de divertissement, que ce soit pour les bourgeois ou pour les prolétaires. Ce n’est pas la culture au sens sociologique, l’ensemble des comportements acquis qui permettent d’apaiser les relations sociales et de préparer un avenir durable.

La mémétique utilise le concept, dû à Richard Dawkins, de « mème » (élément de comportement transmis par imitation) pour étudier les évolutions de la culture dans une approche darwinienne étendue. Si la génétique se base sur le concept de gène pour étudier le vivant, la mémétique se base sur le concept de mème pour étudier la culture. Notre blog biosphere a pour ambition de présenter des éléments de langage, donc une culture, qui pourraient améliorer notre société de façon durable. C’est pas simple !

Notre blog, centré sur toutes les problématiques écolos, débute en 2005 et compte plus de 7000 articles. Sur notre moteur de recherche interne, il suffit de taper une demande pour avoir les réponses les plus parlantes. Ainsi l’item « nature culture » nous offre ce panorama dont nous vous sélectionnons l’essentiel.

Notre rapport détérioré à la nature sauvage

Le faux dualisme entre nature et culture

Pour les uns la na­ture, ça n’existe pas, ce n’est qu’une construction de l’esprit, tout est culture. Or ce dualisme a mené l’humanité à une exploitation effrénée et suicidaire des res­sources naturelles. Pour d’autres comme l’anthropologue Philippe Descola, les tribus amérindiennes entrent en connivence avec les autres « existants », tous dotés d’une vie autonome dont dépend la qualité de vie des humains. Satish Kumar a fait une formidable « Déclaration de dépendance » :

« Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « je » dans son « je pense, donc je suis ». Il fonde tout seul sa vérité, tout ce qui vit autour de lui n’existe plus ! D’ailleurs il a eu cette révélation en méditant enfermé dans une chambre. S’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire. En posant l’ego comme le moteur de l’être humain, votre Descartes a institué un dangereux dualisme. »

Cueilleur par nature, obèses par culture

Depuis que l’humanité s’est sédentarisée, passant d’un modèle de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur, elle s’est éloignée d’une grande partie des 80 000 espèces végétales comestibles de la planète. Mais que se passerait-il si tous les consommateurs se convertissaient à la cueillette et partaient à l’assaut des chemins et des collines ? Il n’y aurait plus aucune plante sauvage comestible vu notre nombre.

Pas de bol, l’impossible retour à la nature sauvage

Pas de bol, « Il est trop tard ». Trop tard pour revenir à l’époque de la chasse et de la cueillette. Trop tard pour que l’agriculture nourrisse l’humanité tout en préservant les sols, les zones humides et les forêts. Trop tard pour espérer vivre avec des loups et des ours à nos portes. Trop tard pour avoir un sentiment océanique au milieu des vacanciers des bords de mer. Trop tard pour aller dans un lieu préservé de l’homme car il devient la destination prévue d’un tourisme organisé. Trop tard pour que nos enfants des villes sachent goûter l’aventure dans la nature. Trop tard pour définir des zones naturelles sauvegardées étant donnée la prolifération de l’espèce humaine. Trop tard pour limiter le nombre de nos animaux d’élevage pour laisser plus de place aux espèces férales. Trop tard, trop tard !

BIOSPHERE-INFO n° 365, retour à la nature à Fatu Hiva

Fatu Hiva relate l’expérience de jeunesse de Thor Heyerdahl (1913-2002), quand il a essayé en 1935 de revenir à la nature, de couper toutes les chaînes qui le reliaient au monde moderne. Il écrit :

« C’est le progrès, quand un fermier abandonne sa houe et un pêcheur son filet pour aller travailler à la chaîne, parce que le champ de blé est loué à une industrie, qui a besoin de la rivière aux saumons comme tout-à-l’égout. C’est le progrès, lorsque l’homme de la rue peut cesser de réfléchir parce que tous ses problèmes sont résolus par d’autres, ou quand des gens deviennent tellement spécialisés qu’ils savent presque tout sur presque rien. C’est le progrès, quand la réalité devient si morne et étouffante que nous survivons en regardant des divertissements qui passent sur une boîte. C’est le progrès, quand les villes deviennent si grandes et les forêts si petites. C’est le progrès, quand les enfants obtiennent une contre-allée en échange d’une prairie, quand le parfum des fleurs et la vue sur les collines sont remplacés par de l’air conditionné et la vue sur la rue…

De tous les coins du monde, montent les voix désespérées de funestes prophètes, qui nous prouvent à l’aide de courbes, de calculateurs électroniques et de statistiques convaincantes que l’humanité marche à la catastrophe. Leurs adversaires – nous pourrions les appeler les marchands de sable – s’affairent à répéter aux foules de continuer à dormir en paix : la science peut résoudre tout et l’homme du commun rester devant sa télévision. »

Réapprendre la nature, une nécessité

Arachnophobie, naturel ou culturel ?

Pour déterminer si un comportement est naturel ou culturel, on peut envisager deux critères. Si ce comportement est universel chez une espèce, il s’agit sans aucun doute d’un conditionnement génétique. Montrer que ce comportement est relatif, variable selon les individus, serait donc une preuve de conditionnement culturel. Il suffit alors de mettre à jour l’apprentissage social d’un comportement pour déterminer d’où il vient.

Enfants coupés de la nature, civilisation sans âme

« Quoi ? Pieds nus dans l’herbe ? Ça va pas la tête ! C’est dégoûtant. Il y a des bêtes… » Dans un monde normal, on découvre le contact direct avec la terre dès qu’on commence à marcher. Aujourd’hui, quatre enfants sur dix (de 3 à 10 ans) ne jouent jamais dehors pendant la semaine. Et les petits franciliens sortent encore moins. Quand on ne sait plus grimper aux arbres et jouer dans l’herbe, on se déconnecte aussi de tout contact avec le sensible, notre odorat, notre toucher. Quand un enfant joue dehors, la nature lui offre des défis variés, il a l’occasion de prendre des décisions, de résoudre des problèmes. Mais tout retient les enfants à intérieur des habitats, l’attrait des écrans, l’urbanisation, les « dangers » de l’apprentissage de l’autonomie. Des enfants dénaturés, le constat est terrifiant. Comment devenir écolo dans un tel contexte ?

Notre très inquiétante séparation d’avec la nature

Pierre Rabhi exprime son inquiétude : « Nous sommes coupés de la nature et de ses flux de vie : nous grandissons dans des crèches, étudions dans des bahuts, logeons et travaillons dans des cubes de verre et de béton, circulons dans des « caisses », allons en « boîte » pour nous divertir, confinons nos aînés dans des maisons de retraite, en attendant notre cercueil. Nous ne savons plus respirer, nous vivons en disharmonie avec les rythmes de la nature et les pulsions de notre cœur. Quand sortirons-nous de notre aveuglement et de notre surdité ? »

Une culture commune à l’école, l’écologisme

L’école actuelle, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, n’est qu’une création du système thermo-industriel qui a chassé les paysans de leurs terres et rendu l’école obligatoire pour trouver du travail en ville, « en sachant lire, écrire et compter ».

Les jeunes doivent se préparer à un monde beaucoup moins abondant en énergie. Ils doivent donc devenir performant en cuisine, en jardinage ou en bricolage, devenir autonomes au niveau compétences et réflexion. Nos enfants doivent maîtriser des notions comme la capacité de charge d’un territoire, le niveau de CO2 dans l’atmosphère, le taux de renouvellement des ressources, le maximum de captation des ressources fossiles, etc. Ils doivent comprendre les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature. Il s’agit pour eux de privilégier les conséquences à long terme de ses actes sur la simple satisfaction du moment présent. Il s’agit pour les enfants d’acquérir le sens des limites ainsi qu’une manière de vivre favorable aux générations futures et à la biodiversité.

« La haine de la nature » selon Christian Godin

« La détestation de la nature constitue sans doute l’obstacle principal qui empêchera les hommes d’agir à temps afin de prévenir la catastrophe écologique globale prévue. Le mépris de la nature est une histoire de longue durée : la pensée tend en effet à ne reconnaître qu’autres supériorités qu’en elle. La haine de la nature est d’abord celle d’un réel qui ne vient pas de nous. La nature ne figure pratiquement plus dans notre sphère symbolique. Elle ne nous fait plus contester, ni aimer, ni rêver. Le monde devient inhumain à partir du moment où il n’est plus qu’humain, seulement humain. »

Notre addiction à la culture de la liberté

L’inhumaine loi des hommes contre les lois de la nature (2014)

Une « loi de la nature » décrit une réalité objective qui ne peut souffrir la moindre exception sauf à détériorer les cycles naturels. Dans une société où la loi humaine se veut plus forte que la loi de la nature, il n’est que temps de revenir à ce qui aurait du rester les fondamentaux de toute culture. Stéphane Foucart : « Le problème, c’est que les lois de la nature ne paraissent pas aux yeux de la plupart des gens comme quelque chose que nous ne pouvons pas transgresser. Ainsi de la différence des sexes pour procréer ou les idées de géoingénierie contre le réchauffement climatique. »

Le sexe/genre relève-t-il de la nature ou de la culture ? (2013)

Contrairement au discours courant, il ne faut pas confondre exercice de la sexualité et « théorie du genre ». Lors des journées d’été d’EELV en août 2013 un atelier a eu lieu sur « le genre pour les nuls ». Pourtant il n’ a pas été question de sexualité, mais des inégalités des rôles masculins et féminins dans une tradition toujours bien présente, même en France. La hiérarchisation entre mâle et femelle humaine peut être contestée et modifiée.  Ce n’est pas parce qu’on est égalitariste qu’on prône l’identique. La notion de genre permet de se démarquer d’un certain féminisme « essentialiste » qui croit encore à un déterminisme biologique.

Sexe et enfant, l’homosexualité en lutte contre la nature (2012)

L’homosexualité témoigne de deux manières différentes de la volonté de s’affranchir des limites naturelles. Il s’agit d’abord de promouvoir une sexualité hors norme, ensuite d’exiger une reproduction qui ne peut être que bizarre.

Au niveau sexuel, la possibilité du coït par un couple de lesbiennes est ignorée sauf utilisation d’un godemichet, ce qui ne constitue qu’un succédané de la relation physique entre sexes différents. Entre deux hommes homosexuels, il y a le plus souvent mimétisme : un homme joue le rôle « passif », celui de la femme, offrant son anus faute de vagin et l’autre partenaire se veut « actif », jouant le rôle de l’homme tout en niant la place de la femme. Cette sexualité entre femmes ou entre hommes nie la différenciation sexuelle, mécanisme inventé par la nature pour faciliter le brassage des gènes tout en permettant la reproduction à l’identique. Pourtant, c’est un fait, l’homosexualité existe à toutes les époques. Comment expliquer cette déviance par rapport à l’ordre sexué inscrit par la nature dans nos chromosomes ? Le comportement des humains n’est pas fixé par la nature, mais par la culture. Tout est alors possible.

La faculté de reproduction constitue le deuxième élément naturel qui fonde la différenciation sexuelle. Or les couples de même sexe ont un problème physiologique pour concevoir. Ce n’est pas une pathologie, il s’agit d’un simple constat : un spermatozoïde ne peut en tout état de cause rencontrer un ovule quand il s’agit de sexes identiques. Il s’agit d’utiliser la procréation médicalement assistée (PMA) pour deux lesbiennes ou la gestation pour autrui (GPA) pour deux gays. Le couple parental n’est plus un homme et une femme, mais concerne plusieurs personnes dont on va ou non proclamer le statut parental ou l’anonymat. Il s’agit ni plus ni moins que de fonder une famille dans laquelle plus aucune contrainte naturelle ne serait admise. Le mariage pour tous et la reproduction homosexuelle n’est que le symbole éclatant de la négation totale de la nature par la société occidentale industrialisée.

La culture ne reflète plus notre nature sexuée, elle devient l’expression de la liberté totale des hommes et des femmes insérés dans des institutions dont on a transgressé la stabilité. Une telle société est vouée à l’échec. Non seulement l’enfant n’est qu’un jouet supplémentaire dont on peut disposer à son gré dans les sociétés riches, mais la liberté totale sans aucune limite dissout les liens sociaux et présage du pire.

guerre contre la nature, guerre contre l’homme

Faute d’un changement immédiat et de grande ampleur des comportements, la perte croissante des écosystèmes naturels (pollution de l’air, de l’eau, des sols, équilibre des climats…) va entraîner des modifications irréversibles. Que nous devenions possesseurs et maître de la fusion nucléaire ne ferait qu’accélérer la fin de notre civilisation thermo-industrielle, asphyxiée dans un monde de la démesure, sur une planète de moins en moins vivante, recouverte de bétons et  de terres stérilisées.

6 réflexions sur “Tout savoir sur le conflit Nature / Culture”

  1. – « La culture, en sociologie comme en éthologie, est définie comme « ce qui est commun à un groupe d’individus » et comme « ce qui le soude », c’est-à-dire ce qui est inventé, produit, appris, et transmis. […] En philosophie, le mot « culture » désigne ce qui est différent de la nature. […] Pluralité de définitions : Différentes définitions du mot « culture » reflètent les théories diverses pour comprendre ou évaluer l’activité humaine » (Wikipédia)

    1. esprit culture

      Moi aussi je pourrais donc dire qu’il en existe deux sortes. Celle qui occupe les sociologues, et les éthologues… et celle qui occupe les philosophes. Seulement, vu que cette dernière espèce est désormais éteinte, disons plutôt qui occupait les … philosophes.
      Si ON laisse de côté celle du coton, du maïs ou de la betterave, je dirais donc qu’il n’en reste plus qu’une. Qu’ON appellera La Culture, ou « la culture » … peu importe !
      La Culture : Un fourre-tout, un bric à brac, dans lequel ON trouve de tout.
      Tout et n’importe quoi. Des perles, des pépites, des joyaux, au milieu d’un tas de merdes et de pacotilles à foutre à la Poubelle. (à suivre)

      1. contre culture ?

        (suite) La dite générale ne voulant plus rien dire, ON parle alors de culture populaire. La culture du peuple par le peuple… c’est comme ça qu’ON la définit ! Vive la démocratie ! Mais attention, il ne faut pas la con fondre avec la pop-culture (la culture de masse), parce que là c’est vive la démocraSSie ! Si ce n’est vive l’ochlocratie, mais peu importe. Bref, comme la Télévision, et notamment grâce à elle, la Culture s’est donc… démocratisée. C’est comme ça qu’ON dit !
        La culture du divertissement, si ce n’est de la distraction, ratisse large. Très large !
        Désormais ON a la littéraire, la musicale, l’artistique, la scientifique, la sportive, l’automobile, la numérique et j’en passe. Choisis ta culture camarade ! (à suivre)

      2. Parti d'en rire

        (suite et fin) Et parce que tu le veau bien, camarade, sur chacun de ces rayons estampillés « culture » tu n’as que l’embarras du choix parmi une foultitude de variantes. Bref, la Culture, il y en a pour tous les goûts, tous les genres, toutes les bourses, et donc pour tout le monde, Et bien sûr, que tu sois bourgeois ou prolétaire, l’Offre se doit d’être à la hauteur de la Demande. Si ce n’est l’inverse, mais là encore peu importe, Business as usual. Conclusion, de nos jours tout le monde est cultivé. Même les incultes, et ça c’est formidable !

  2. Dans son évaluation annuelle, publiée le 9 juillet, le Haut Conseil pour le climat (HCC) estime que les politiques climatiques actuelles sont « insuffisantes » pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et « pour éviter une forte aggravation des risques climatiques ». Il se concentre sur la France.
    Mais tout rapport devrait indiquer que la France n’est pas le seule concernée par les émissions de gaz à effet de serre, c’est un problème international. On connaît le triste sort qui a été fait à l’action à mener lors des conférences internationales sur la question. Si on adopte au niveau personnel un comportement de sobriété, cela ne change pas le problème global. Ce sera donc l’épuisement des ressources fossiles qui nous obligera à faire du dévoiturage, de la désurbanisation, de la démilitarisation, etc.

    Le choc pétrolier ultime nous mettra pied au mur, la nature devrait imposer sa loi à la culture !

    1. Si d’un point de vue philosophique la culture est ce qui diffère de la nature, ce n’est pas pour autant qu’il convient d’opposer les deux. Qu’elle soit hostile, gentille, bienveillante ou je ne sais quoi, la nature reste la nature. Ou la Nature. Pour ne pas alors dire Dieu… Quant à la Culture, ça va ça vient. Et finalement c’est seulement sur ce petit détail («détail») que nous pouvons parler d’un conflit entre Nature et Culture (titre).
      Sauf que je ne vois toujours pas en quoi ça nous avance. Pour moi nature vs culture n’a aucun sens. Du moins je n’en vois aucun. Je dois probablement manquer de culture…
      Par contre culture vs inculture ça oui ça me parle ! 🙂

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