Tout savoir sur une agriculture durable

Des paysans, pas des agro-industriels ! C’est ce qu’exprime l’agronome Marc Dufumier.

Marc Dufumier en 2012 : «  Contrairement à des idées préconçues, l’agriculture biologique n’est pas extensive. C’est une agriculture qui fait un usage intensif de l’énergie solaire pour la convertir en énergie alimentaire par le biais de la photosynthèse. Pas un rayon de soleil ne doit plus tomber directement à terre ; tous doivent être interceptés par des feuilles de plantes. Pas un filet d’eau ne doit ruisseler à la surface des terrains ; toute l’eau doit être retenue par l’humus et s’infiltrer dans les sols. L’agriculture biologique vise à séquestrer intensément le carbone pour fabriquer les hydrates de carbone (glucides, produits amylacés, lipides, etc.) dont nous avons besoin et pour enrichir les sols en humus. Grâce aux légumineuses, cette forme d’agriculture fait aussi un usage intensif de l’azote de l’air pour la fabrication des protéines et la fertilisation des sols. L’agriculture biologique sait aussi recycler dans les couches arables les éléments minéraux libérés par l’altération des roches mères en sous-sol. Savante, mais artisanale, elle exige davantage de travail à l’hectare ; c’est donc une forme d’agriculture intensive en emplois .Par contre l’agriculture industrielle ne fournit que très peu de travail à l’unité de surface. Les systèmes de production exagérément spécialisés ne sont pas durables. L’urgence est de mettre un plafond à la taille des unités de production agricole, comme à l’époque des lois anti-cumuls. La seule issue pour nourrir correctement l’humanité entière est de faire en sorte que prédominent des unités de production agricole familiales. » ( chapitre « vers une agriculture durable » in Un nouveau monde en marche (vers une société non-violente, écologique et solidaire) sous la direction de Laurent Muratet et Etienne Godinot (éditions Yves Michel, 2012))

Marc Dufumier en 2016 : » Il nous faudrait promouvoir une agriculture moins industrielle, c’est-à-dire plus artisanale, plus respectueuse de l’environnement mais aussi plus intensive en emplois. En effet la France ne peut plus être compétitive sur les marchés internationaux en tentant d’exporter des denrées standards produites à grande échelle. Les poulets nourris avec du maïs et du soja brésiliens ne peuvent être vendus plus chers que des poulets brésiliens… Beaucoup d’agriculteurs considèrent cependant qu’il leur faut poursuivre avec les formes actuelles d’agriculture industrielle, quitte à considérer les problèmes environnementaux et sanitaires engendrés par celles-ci comme étant relativement secondaires… Et nos productions exportées vers ceux des pays du Sud contribuent à ruiner définitivement les paysanneries de ces pays qui travaillent encore pour la plupart avec des outils manuels. Ce sont pour une très large part les distorsions de prix introduites par les subventions de la politique agricole européenne (PAC) qui ont été à l’origine de nos errements. Mais pourquoi ne réorienterons-nous pas celle-ci pour que les paysans soient incités à mettre en œuvre les systèmes de culture et d’élevage les plus conformes à l’intérêt général ? » (résumé du MONDE (9 février 2016, Crise agricole : « Vive la production artisanale ! »))

Marc Dufumier en 2020 : « il existe des pratiques agricoles alternatives à l’emploi du glyphosate et des néonicotinoïdes. Ces techniques, qui relèvent d’une agroécologie scientifique et s’inspirent en même temps de savoir-faire paysans très anciens, ne visent pas tant à éradiquer les herbes concurrentes des plantes cultivées ou les pucerons qui leur transmettent des virus qu’à en réduire la prolifération et à minimiser leurs dommages. La première d’entre elles consiste à allonger les rotations de cultures et à diversifier les espèces cultivées au sein de nos terroirs. Quand les parcelles sont occupées par des cultures d’espèces très variées, les insectes susceptibles d’occasionner de gros dégâts sur l’une d’entre elles éprouvent de réelles difficultés à se propager du fait que les cultures présentes sur les parcelles voisines ne leur sont guère accueillantes.

Si les parcelles de betterave à sucre affectées par la jaunisse avaient été plus dispersées dans l’espace et entourées de diverses autres cultures, les pucerons qui lui ont inoculé le virus à l’origine de cette maladie ne se seraient pas autant disséminés .Si les parcelles de betteraves avaient été entourées de haies vives hébergeant diverses espèces herbacées, arbustives et arborées, les pucerons n’auraient pas tardé à être neutralisés par les larves ou adultes de multiples insectes auxiliaires : coccinelles, syrphes, chrysopes, cécidomyies, etc. Les pertes de production auraient donc été bien moindres que celles observées cette année, sans avoir à employer des insecticides. Il nous faudrait réintégrer au plus vite des légumineuses : trèfles, luzernes et sainfoins destinés à l’alimentation des herbivores ; lupins, féveroles et pois fourragers consacrés à celle des volailles et porcins ; lentilles, pois chiche et autres légumes secs dont nous faisons trop peu usage dans nos repas. Ces espèces ne sont pas en effet très accommodantes pour les pucerons verts s’attaquant aux betteraves et autres cultures. Et de surcroît, ces légumineuses nous permettraient de réduire notre énorme déficit en protéines végétales destinées à la nutrition animale. La somme de 100 millions d’euros annoncée dans le plan de relance pour inciter nos agriculteurs à cultiver des protéagineux paraît bien dérisoire, en comparaison avec les milliards d’euros de subventions de la politique agricole commune que perçoivent annuellement nos agriculteurs en proportion des surfaces disponibles. Cela est d’autant plus regrettable que les plantes de l’ordre des légumineuses contribuent à fertiliser les sols en azote par la voie biologique et nous éviteraient d’avoir grandement recours aux engrais azotés de synthèse, coûteux en énergie fossile importée et très émetteurs de protoxyde d’azote, principale contribution de l’agriculture française au dérèglement climatique. »

Commentaire de biosphere : L’agronome Marc Dufumier obtient notre appui total en ce qui concerne sa présentation de l’agro-écologie. Par contre il est tellement obsédé par l’agriculture qu’il ne peut comprendre que l’alimentation et la population sont les deux facettes d’une même médaille. Il dit : «  Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable.  »

On arrête de manger de la viande et on peut nourrir 10 milliards d’humains ! On partage un peu plus et on peut nourrir 20 milliards !! On… et on peut nourrir… X milliards !!! Quel est l’intérêt de nous multiplier ? Marc Dufumier ne voit-il pas que c’est une course sans fin entre prolifération humaine et déperdition des possibilités nourricières de la terre . Les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ; le consommateur est-il prêt à refuser le dernier iphone à la mode pour se payer des produits bio ? De toute façon le mouvement des campagnes vers les villes, même constituées de favellas, se poursuit ; des mégapoles cauchemardesques paraissent préférable au travail à la campagne. Si l’on ne s’attaque pas au problème démographique et à la regrettable nécessité d’intensifier nos rendements pour nourrir toujours plus d’humains, nous laisserons encore moins de place au reste des êtres vivants. Il est urgent de rappeler que cette planète n’est pas peuplée uniquement par des humains, nous devons apprendre à laisser de la place à la nature.

Conseil de lecture : « Arrêtons de faire des gosses (comment la surpopulation nous mène à notre ruine) » de Michel Sourrouille aux éditions Kiwi (collection lanceurs d’alerte)

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16 réflexions sur “Tout savoir sur une agriculture durable”

  1. Marc Dufumier prend des situations locales optimales qu’il multiplie jusqu’à les appliquer à l’ensemble du monde, ce n’est pas réaliste. Malthus avait bien raison en avance.
    Quand les anti-malthusiens comprendront ils que les prévisions de Malthus ont été reportées simplement du fait que la mécanisation nous a permis d’exploiter plus vite les ressources de la Terre (et en aucun cas d’inventer de nouvelles ressources contrairement à ce qu’ils prétendent un peu vite) ? Cette mauvaise foi est incroyable.

    1. – « Cette mauvaise foi est incroyable. »
      Vous rendez-vous compte, Didier Barthès, qu’on peut vous rétorquer exactement la même chose ? Et qu’à ce petit jeu ça pourrait durer longtemps.
      Et puis arrêtez avec cette vision binaire, malthusiens d’un côté (du bon) et anti-malthusiens de l’autre (du mauvais bien sûr). C’est non seulement ridicule, mais en plus ça ne fait que révéler votre dogmatisme.

      1. Le dogmatisme est le caractère des doctrines qui présentent leurs affirmations comme des vérités fondamentales, incontestables et intangibles, sans esprit critique. Le plus souvent dans le domaine politique ou religieux (dogmes), ces doctrines peuvent, dans certains cas, être imposées par la force.

        -« Ce n’est pas seulement l’intérêt qui fait s’entre-tuer les hommes. C’est aussi le dogmatisme. Rien n’est aussi dangereux que la certitude d’avoir raison.»
        ( François Jacob – 1920-2013 – Le jeu des possibles, 1981 )

        -« Ce n’est pas l’Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l’évolution. C’est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance.»
        ( Henri Laborit – 1914-1995 – Eloge de la fuite – 1976 )

        1. Affirmer comme Dufumier et consorts que le terre peut nourrir plus de 12 milliards d’ habitants ne relève bien sûr pas du dogmatisme , ben voyons !

          1. Tout dépend de la définition que vous avez du dogmatisme. Si c’est comme pour le reste alors vous avez bien sûr raison, ben voyons !

          2. À ma connaissance Marc Dufumier s’en tient à 10 milliards.
            Mais je comprends qu’on aimerait bien lui faire dire des grosses conneries, du genre 20 ou 40, ou plus encore (No limit !)
            Alors on y va par petits pas. Comme on n’en est plus à 2 milliards près, on est passé à 12. Et maintenant à «plus de 12 milliards». Toutes ces manoeuvres sont pitoyables !

      2. Didier BARTHES

        Désolé je maintiens quand même que c’est d’une grande mauvaise foi que de prétendre que le progrès technique a permis de multiplier les ressources et que cela aurait donné tort à Malthus.
        Désolé aussi de faire partie de ceux qui préfèrent assumer leur choix et leurs opinions plutôt que se contenter du non engagement et de la moquerie du choix des autres.

  2. À notre connaissance Marc Dufumier ne parle jamais de la question démographique. En oubliant l’autre face de la médaille nourriture/population, il fait donc l’impasse sur l’évolution exponentielle de la population, à l’heure actuelle un doublement de la population tous les 70 ans. Cette courbe de croissance extrême à un moment ou un autre se casse bien sûr la gueule. Notons aussi que l’agriculture biologique à l’ancienne est actuellement en perdition dans la plupart des régions du globe et entraîne un exode rural massif vers les bidonvilles de la planète. C’est une autre impasse.
    Nos doux utopistes de « personne en va mourir de faim, il suffit de travailler mieux la terre et de partager ses fruits », nous amènent au désastre puisque leur point de vue entraîne qu’on a l’autorisation d’enfanter sans limites.
    Mais l’expérience montre que les croyants ne peuvent être convaincus par quelque argument que ce soit.

    1. Biosphère : «À notre connaissance Marc Dufumier ne parle jamais de la question démographique ».

      Jamais ? Ou pas assez ? Où est la juste mesure chez Biosphère ?
      Marc Dufumier en parle certes moins que n’en parlait René Dumont… et alors ? Rappelons que Dufumier est un ancien élève de René Dumont, qu’il lui voue une grande admiration et qu’il est présenté comme son «héritier direct».
      Après il n’est pas obligé non plus d’en faire son gourou. Pas obligé non plus de s’agenouiller devant n’importe quelle idole et de dire amen à tout.

      1. – « Le XXe siècle est un siècle maudit. Il n’y a jamais eu autant de conneries que durant ce siècle. La première étant l’explosion démographique. » (René Dumont en 1999)

        On peut reconnaître que Marc Dufumier n’a jamais tenu de tels propos malthusiens, et alors ?
        En matière de conneries je préfère encore entendre ça :
        – «La faim et la malnutrition dans une grande partie du monde ne s’expliquent pas par un défaut de production globale, mais par l’inégalité des revenus et des règles de l’échange commercial qui tuent les agricultures vivrières des pays du Sud… » (Marc Dufumier)

  3. Marc Dufumier dérange les malthusiens, tout simplement parce qu’il ébranle la base de la théorie de Malthus. Pour le Pasteur il était tout simplement IMPOSSIBLE que la Terre puisse nourrir 4 milliards d’humains, 8 n’en parlons même pas. Alors tout est bon pour réhabiliter le Dogme, les stratégies sont vieilles comme le monde.
    On raconte que Dufumier ne comprend pas que l’alimentation et la population sont les deux facettes d’une même médaille (sic), on lui fait dire qu’il est POSSIBLE de nourrir 20 milliards d’humains, voire X milliards (sic), on laisse ainsi entendre qu’il fait partie de ceux qui ne croient pas aux limites et que tout et n’importe quoi est possible. On raconte qu’il n’est pas conscient des autres problèmes, qu’il ne sait pas que le monde ne sera jamais parfait, on sort des phrases de leur contexte, on laisse entendre que pour lui tout va bien, qu’il n’y pas de problèmes etc. etc.

    1. Bref, on essaie de faire passer Dufumier pour une sorte de doux rêveur, une théoricien totalement déconnecté de la réalité. Un peu comme Malthus, tous comptes faits, non ? Eh oui !

      Et en plus… obsédé par l’agriculture (sic). Celle là elle est bonne. 🙂 🙂
      Ben quoi, c’est pas bien l’agriculture ? Chacun son truc après tout, il existe bien des obsédés du «surnombre».
      Ne manque plus que de laisser entendre qu’il est grassement payé par l’Empire du Mal.

    2. À notre connaissance Marc Dufumier ne parle jamais de la question démographique. En oubliant l’autre face de la médaille nourriture/population, il fait donc l’impasse sur l’évolution exponentielle de la population, à l’heure actuelle un doublement de la population tous les 70 ans. Cette courbe de croissance extrême à un moment ou un autre se casse bien sûr la gueule. Notons aussi que l’agriculture biologique à l’ancienne est actuellement en perdition dans la plupart des régions du globe et entraîne un exode rural massif vers les bidonvilles de la planète. C’est une autre impasse.
      Nos doux utopistes de « personne en va mourir de faim, il suffit de travailler mieux la terre et de partager ses fruits », nous amènent au désastre puisque leur point de vue entraîne qu’on a l’autorisation d’enfanter sans limites.
      Mais l’expérience montre que les croyants ne peuvent être convaincus par quelque argument que ce soit.

      1. Esprit critique

        – « Nos doux utopistes de « personne ne va mourir de faim, il suffit de travailler mieux la terre et de partager ses fruits », nous amènent au désastre puisque leur point de vue entraîne qu’on a l’autorisation d’enfanter sans limites. » (Biosphère)

        – « Ce n’est pas l’Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l’évolution. C’est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance.» ( Henri Laborit )

        Lequel des deux détient la Vérité ?

      2. Esprit critique

        Selon Biosphère, si on dit « personne ne va mourir de faim, il suffit de travailler mieux la terre et de partager ses fruits », cela amène à déclarer qu’on a l’autorisation d’enfanter sans limites.
        Cette interprétation ressemble fort à un sophisme, dont le but est de faire passer l’autre pour un imbécile. En effet si on pense qu’il n’y a pas de limites, que la terre peut nourrir un nombre illimité et infini de terriens, alors on est évidemment un imbécile. Ou un « doux utopiste ».
        Stratagème 1 dans «L’Art d’avoir toujours raison» de Schopenhauer. Je cite :
        L’extension. Etirer l’affirmation de l’adversaire au-delà de ses limites naturelles, l’interpréter de la façon la plus générale possible et l’exagérer.

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