Transphobie/philie, un « débat » incompréhensible

Coline Folliot est à la fois Cheffe d’édition adjointe au Monde ET coprésidente de l’Association des journalistes LGBTQIA+. Elle analyse le dernier livre de la « féministe » Maud Royer… qui analyse le « lobbying acharné » mené, dans les années 2020, par des acteurs réactionnaires transphobes.

Coline Folliot : En quelques années, les transidentités sont sorties de l’invisibilité et devenues un sujet récurrent de polémiques – encore récemment lors de l’offensive réactionnaire contre l’éducation à la sexualité. Dans Le Lobby transphobe, Maud Royer, militante trans, féministe et présidente de l’association Toutes des femmes, décortique cette campagne médiatique. Elle retrace la construction d’une « panique morale » inspirée du Royaume-Uni et des Etats-Unis. En France, l’assaut a d’abord été mené au nom du féminisme, mais « les tentatives de construction de mouvements transphobes sous le déguisement de la protection des femmes cisgenres [dont le genre correspond à celui assigné à la naissance] ont été très largement rejetées ». Celles qui portent ce discours n’en finissent plus, depuis, de se rapprocher de l’extrême droite. « Ce sont donc rapidement des acteurs réactionnaires qui ont occupé cet espace », analyse Maud Royer. encourageant dans le même temps les députés à « exclure la transidentité du champ de la loi interdisant les thérapies de conversion ». Ce « lobbying acharné » nourrit les discriminations et a des effets politiques concrets. Fin mai, le Sénat a ainsi voté une loi, décriée par l’écrasante majorité des professionnels, limitant la prise en charge des mineurs trans. Le texte est directement issu d’un rapport de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, inspiré par Caroline Eliacheff et Céline Masson.

Maud Royer, citant la proposition de loi visant à déjudiciariser le changement d’état civil, estime que c’est là un des rares domaines dans lesquels les progressistes peuvent aujourd’hui trouver une majorité au-delà de la seule gauche, et créer de nouveaux droits.

Commentaires sur lemonde.fr

le sceptique  : Je doute que les citoyens se retrouvent dans le lobby trans-phobe ou dans le lobby trans-phile. Cette manière de présenter les sujets de manière très polarisée, très politisée, conduit ceux qui le font à des reculs notables de sympathie et à la croissance du rejet qu’ils redoutent. Surtout quand les sujets ne sont pas exactement en tête de l’agenda des préoccupations nationales et internationales. Mais certains n’arrivent plus à le comprendre.

A13 : Ce qui est dramatique, c’est l’utilisation à outrance du suffixe « phobe » pour qualifier ceux qui n’ont juste pas « de goût à », « d’arôme crochu avec », « d’envie de »…. transphobe, islamophobe, grossophobe, homophobe… Donc si quelque chose ne nous plaît pas, c’est qu’on en a peur ?! Il préfère le bleu ! Fouettez-le, il est rougeophobe ! Par contre, je comprends les wokophobes.

constantine : Mme Folliot, c’est très bien d’être coprésidente de l’Association des journalistes LGBTQIA+. Mais vous êtes également journaliste au Monde, et on attend un peu de recul critique dans ce type de recension ! Vous utilisez votre métier pour être un porte-voix de vos engagements ! Faites-vous plutôt un blog perso et publiez-y cette recension. Curieux, toujours, ce jugement moral sur les ‘bons’ lobbys acharnés et les ‘méchants’ lobbys acharnés. Sur le sujet des trans, comme sur celui de l’avortement et de la fin de vie… Seulement de la condamnation des 2 côtés, sans s’écouter, sans débattre, et du côté des journalistes du Monde comme vous, on attendrait une prise de recul, une problématisation. Par exemple, dédaigner les psychanalystes comme vous le faites, malgré leur expertise, c’est franchement de la mauvaise foi !

Les écrits antérieurs de Coline Folliot sur LE MONDE, très transphiles

10 avril 2024 : « Ne suis-je pas un·e féministe ? » : les femmes trans et la lutte pour l’égalité de genre

Dans un court essai, le sociologue Emmanuel Beaubatie replace la question contemporaine de l’intégration des personnes trans dans les combats féministes au sein d’une histoire longue, marquée principalement par les figures de femmes blanches, hétérosexuelles et bourgeoises.

27 novembre 2023 : Jack Halberstam, professeur en études du genre : « Des formes de divergence au genre existent et ont existé un peu partout »

14 mars 2023, « Queer theory », le concept rendu accessible à tous dans un livre

23 janvier 2023, « Pour beaucoup de personnes trans, la transphobie est si fréquente et si grave que son expérience est totale »

19 octobre 2022, « Madame le maire » : une trans au pouvoir

9 mai 2022, « La Panique woke » : des craintes identitaires déraisonnées

19 novembre 2021, « Ecologies déviantes » : périple dans l’activisme climatique queer

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