Un impossible tourisme « durable »

L’approche des grandes vacances d’été montre un retour en force d’un tourisme très énergivorace. Alors on se grise officiellement de mots doux : tourisme durable , soutenable , équitable , écoresponsable, et même vert de vert. Notre société de loisirs n’a pas peur des oxymores, ces contradictions insolubles. Il n’y a pas que le « tourisme mondialisé par avion » qui doit être rejetté par une écologie de rupture, mais toutes les formes de voyage de loisirs. Il ne suffit pas de s’en tenir à l’abandon du projet de quatrième terminal à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Dans un monde contraint par la déplétion des ressources et les pertubations climatitques, il paraît dorénavant absurde de « faire de Paris la capitale du tourisme durable » comme le voudrait pourtant l’objectif affiché par cette ville. Cela implique également de rompre avec la vision stratégique gouvernementale qui a érigé en objectif prioritaire l’accueil de 100 millions de visiteurs étrangers par an en France. C’était en 2014 que Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avait fixé cet objectif. Mais en 2015 il présida aussi la COP21 à Paris sur le climat, visant un ralentissement des émissions de gaz à effet de serre. Or, ces deux objectifs sont profondément antinomiques, ainsi que le montre le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du tourisme en France.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a publié un rapport au mois de juin. Ses conclusions sont claires : le tourisme en France, dont les seuls critères de réussite sont le nombre de visiteurs internationaux et sa part dans le produit intérieur brut (PIB), n’est pas compatible avec les objectifs environnementaux du pays. Cette évaluation recense le transport, l’hébergement, l’alimentation et la consommation des touristes, mais aussi l’exploitation et la construction des infrastructures nécessaires à leur accueil, de l’appartement loué sur Airbnb au centre de congrès vivant du tourisme d’affaires. Le poids du tourisme dans les émissions de GES se révèle ainsi supérieur à son apport au PIB (11,1 %, contre 7,4 %).

Le tourisme est une activité superflue, il est parfaitement possible de s’en passer et c’est ce que font une grande partie des français… non fortunés. Selon l’observatoire des inégalités, le taux de départ en vacances des personnes à bas revenus (1 200 euros mensuels pour une personne seule,) est inférieur à 50 % pour l’année 2019, alors qu’il dépasse 80 % pour les hauts revenus (plus de 2 600 euros). En moyenne le taux de départ atteint 60 % en France. Pourquoi ne pas tout simplement obliger tout le monde à rester chez soi. Ce serait une mesure très égalitariste et un moyen très efficace pour lutter contre le gaspillage des ressources naturelles. Il est vrai que quand on creuse, il ne reste que très peu d’activités absolument indispensables et la période de pandémie nous a appris que c’était possible de limiter de façon drastique ses besoins de déplacement : pour se promener, pas plus de 1 kilomètre autour de chez soi, on nous a même dit de façon très impérative…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

25 septembre 2020, Tourisme de masse et écologie, incompatibles (synthèse)

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3 réflexions sur “Un impossible tourisme « durable »”

  1. – « Pourquoi ne pas tout simplement obliger tout le monde à rester chez soi. […] et la période de pandémie nous a appris que c’était possible de limiter de façon drastique ses besoins de déplacement »
    En effet c’est possible. Comme il est possible de vivre sans jambes ou sans bras, ou en prison etc. En attendant ce discours ne peut que braquer le «citoyen», le fameux «écologiste en formation», con-sot-mateur avant tout. Ce discours est contre productif, il nuit à l’écologie d’autant plus qu’il apporte de l’eau au moulin des «Anti-écolos».

    1. Travaille, consomme et tais-toi ! Ceux qui nous ont imposé ces interdictions et ces restrictions, et maintenant le Vaccin, en attendant la Puce pour tous, ne nous ont jamais dissuadé de travailler. Et encore moins de consommer. Amazone et Compagnie peuvent d’ailleurs les remercier. Ceux qui à le première occasion versent leurs larmes de crocodiles, et qui au nom du «Bien Commun» et du «quoi qu’il en coûte» s’en prennent à nos libertés, font en même temps la promo pour le Tourisme, l’«Avion de demain», la Bagnole électrique, la Croissance, les J.O à Paris etc. etc.
      Nous savons ce que pèse l’écologie chez ces gens là, nous savons que rien ne les étouffe, que dans un même discours ils peuvent dire une chose et son contraire, qu’il leur suffit de balancer du «durable», de l’«équitable» et autres foutaises pour abuser leur monde. Alors attention, parce que demain on risque de s’entendre dire que «la liberté c’est l’esclavage».

    2. En attendant on peut dire tout ce qu’on veut, le Tourisme c’est comme l’Automobile, l’Avion et tant d’autres choses, c’est du PIB et des emplois. Partant de là l’équation est impossible à résoudre. Comme pour le reste le Tourisme c’est du Business (as usual), du Pognon et des gros profits. Et en même temps des inégalités, des souffrances, des ravages, des émissions etc. Le «tourisme durable», c’est comme le «développement durable», la «voiture propre», le «capitalisme vert» et/ou «vertueux» et j’en passe. Tous ces oxymores ne servent même plus à duper le gogo, ils font désormais partie de cette novlangue indispensable au maintien du Système et de son ordre établi.

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