Cet article est notre post n° 7400. Il résume par l’intermédiaire de José Mujica tout ce que nous voulons défendre sur ce blog.
Pendant son mandat, on l’avait surnommé « le président le plus pauvre du monde » car il avait préféré rester dans sa modeste ferme, à Rincon del Cerro, à 15 kilomètres de Montevideo, et continuer à y cultiver ses fleurs, plutôt que de s’installer dans le palais présidentiel. Dès que sa santé le lui permet, José Mujica laboure son champ avec son tracteur à plus de 80 ans. Il a été militant tupamaros, guérilla qui a opté pour la lutte armée dans les années 1960 pour tenter (en vain) de contrer l’instauration d’une dictature (1973-1985) en Uruguay.
José « Pepe » Mujica en a été président de 2010 à 2015. Il est mort le 13 mai 2025. Puisse son message être relayé.
José « Pepe » Mujica en 2024 : « Nous n’avons pas changé le monde, mais nous nous sommes battus pour qu’il y ait une meilleure répartition. Le fait que les Etats-Unis, le pays avec le plus fort taux de scientifiques, de penseurs, d’universitaires brillants, aient choisi quelqu’un comme Trump montre que la démocratie contemporaine est malade et ne donne pas de réponses à la complexité croissante de ce monde. La voie des armes et la voie électorale vers la révolution ont toutes deux été prises, et ont toutes deux échoué. La dictature du prolétariat n’a servi qu’à créer de la bureaucratie parasite et inefficace. Qu’est-ce que la liberté ? C’est d’abord avoir une raison de vivre. Ensuite, c’est avoir du temps pour faire ce qu’on a envie de faire. Mais si je dois passer ma vie à travailler pour consommer, je ne suis pas libre. La véritable liberté consiste à apprendre à vivre sobrement. Mais la société de consommation est un élément fonctionnel de l’accumulation capitaliste. En Uruguay, il y a trois millions et demi d’habitants, et nous importons 27 millions de paires de chaussures par an. Comme si on était des mille-pattes ! Penser que pour être heureux il faut être riche est une tragédie. L’amélioration des indicateurs sociaux en Uruguay [réduction de la pauvreté et des inégalités, du travail informel, augmentation des salaires…] a été le fruit de notre labeur, le mien, et celui de beaucoup d’autres. Cependant, nous avons fait des consommateurs, mais nous n’avons pas fait des citoyens. J’appartiens à une génération qui pensait qu’en changeant les relations de production et de distribution, on changerait la société. Qu’on aurait un homme nouveau. Nous nous sommes trompés. Nous n’avons pas su donner à la culture le rôle qu’elle devrait avoir. Nous avons surestimé le rôle de l’économie. Pour les indigènes Aymaras, celui qui est pauvre est celui qui n’a pas de communauté. Et moi je suis entouré ici par tous mes camarades. La bêtise humaine est de se croire indispensable et de ne pas se rendre compte que le vieil arbre fait de l’ombre et doit s’écarter pour les jeunes pousses. J’ai toujours dit que le meilleur dirigeant n’est pas celui qui en fait le plus, mais celui qui laisse des remplaçants qui feront mieux que lui. Mais Yuval Noaḥ] Harari m’a un jour dit qu’il avait peur que l’humanité n’ait pas le temps de réparer les désastres qu’elle a commis, que l’holocauste écologique s’abatte sur elle avant qu’elle ne puisse inverser la tendance. Parce que nous, les humains, nous savons parfaitement ce qu’il faut faire, mais nous ne le faisons pas. Nous mourons les yeux ouverts. »
nécrologie de José Mujica : Son éthique s’exprime par une vie toujours menée dans la frugalité, roulant à côté de sa compagne, Lucia Topolansky, au volant de sa Coccinelle Volkswagen sur les chemins de terre qui le conduisent au palais présidentiel depuis sa petite ferme. Après une journée d’exercice du pouvoir, on l’aperçoit s’occuper de ses plantations de marguerites et recevoir, sur les chaises en plastique de son jardin, autorités, journalistes et célébrités du monde entier. Fort de son image, Mujica prononce deux discours dont le retentissement sera planétaire. Celui qui n’a ni compte Twitter, ni Facebook, ni même de smartphone prend la parole, en 2012, au sommet de l’ONU sur le développement durable à Rio de Janeiro, puis en 2013 lors de la 68e assemblée des Nations unies à New York. Le vieux militant n’accorde que peu d’importance au fait d’être au pouvoir, car, pour lui, « ce n’est qu’une circonstance » ; il cherche à laisser « una barra » (« une bande ») de militants jeunes capables de pousser de nouvelles énergies de transformation sociale. « A quoi sert un vieil arbre s’il ne laisse pas passer la lumière pour que des nouvelles graines poussent à travers son feuillage ? » Mujica associe la liberté à la politique et répète aux jeunes :
« Tu n’es pas une fourmi ou un scarabée, car tu as de la conscience. Au lieu de suivre un destin naturel, une tradition, ou de mener une vie dépourvue de sens, tu peux faire quelque chose avec le monde où tu vis. Prends la vie entre tes mains et construis un projet collectif. Ne perds pas ton temps à travailler pour gagner de l’argent, tu n’auras fait que perdre ta vie, ton temps de vie, dont la seule chose importante est de la vivre avec les autres… Vis comme tu penses ou tu finiras par penser comme tu vis ! »
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Le mensuel La décroissance de novembre 2014 dans Le président de la décroissance ? : « Tu es libre seulement les moments de ta vie où tu fais des choses qui te plaisent, et tu n’es pas libre quand tu dois te consacrer exclusivement à gagner de l’argent… La vie ne doit pas servir la marchandise… » Cette citation provient du président de la République de l’Uruguay, José Mujica. C’est la première fois qu’un chef d’État va aussi loin dans la dépossession. Tous ce qu’il possède, c’est une Coccinelle. Il habite dans une ferme qui appartient à sa femme… Il reverse 87 % de ses émoluments à des œuvres sociales…
Le contexte uruguayen
Avec 2,7 millions d’habitants, l’Uruguay fait alors figure d’exception dans l’Amérique du sud, grâce aux réformes du président José Batlle (1903-1907 et 1911-1915). La peine de mort a été abolie en 1907, le divorce légalisé en 1913, l’Eglise séparée de l’Etat en 1917, les femmes votent depuis 1927. Grâce au poids considérable d’un salariat protecteur qui couvre plus de trois quarts de sa population active et à un taux d’urbanisation supérieur à 80 % depuis les années 1930, l’Uruguay a inventé la social-démocratie, bien avant l’Autriche ou l’Allemagne.
Mais divers secteurs de l’armée conspirent depuis 1964 avec le soutien des administrations nord-américaines. Fin 1972, la guérilla des Tupamaros est définitivement défaite par l’armée. Neuf dirigeants, dont Mujica, seront déclarés « otages » par la dictature militaire qui s’installe après le coup d’Etat de juin 1973 et maintenus dans des conditions terribles d’isolement total et de torture pendant près de treize années.
En 1989, Mujica et les Tupamaros créent le Mouvement de participation populaire (MPP), partie intégrante de l’alliance des gauches. Mujica se présente à une élection pour la première fois en 1995, où il est élu député. En 2000, il est sénateur, en 2005 ministre de l’agriculture, en 2010 président de la République. Sous la présidence de Mujica, l’Uruguay légalise l’avortement (2012) et le mariage homosexuel (2013), il régule la consommation et la production de cannabis en 2014. Une loi visant à limiter les effets monopolistiques de concentration de la presse. La pauvreté est divisée par deux et la pauvreté extrême réduite à 1 % de la population ; le système de santé est réformé, offrant un accès assez égalitaire à la santé.

Un texte qui fait du bien à lire, surtout quand on voit le niveau du débat politique actuel…
Je partage entièrement cette idée d’un président au service du vivant, pas de la croissance à tout prix.
On peut rêver, mais il faut aussi agir, merci pour ce rappel.
« A quoi sert un vieil arbre s’il ne laisse pas passer la lumière pour que des nouvelles graines poussent à travers son feuillage ? » (Pepe Mujica)
Celle-là je la note, je la trouve formidable, il faudra que la place. Je pense là à tous ces veilles branches vermoulues, souvent complètement pourries, à droite, à gauche, au centre et au-delà…
Ah si elles pouvaient lire cette parabole, et en prendre de la graine !
– Mort de Pepe Mujica, ancien président de l’Uruguay et figure politique emblématique du sous-continent (humanite.fr 14 mai 2025)
Bravo et merci Biosphère pour cet hommage.
Anticapitaliste, anti-consommation, anti-cravate, anti-blingbling, atypique, d’une simplicité et d’un mode de vie exemplaires… José «Pepe» Mujica était tout simplement un homme de gauche tel que je les aime. Et de plus un homme courageux ! Qui n’a pas eu peur de se battre, pour de vrai, contre de vrais fachos, contre leur dictature, qui a enduré la torture sans jamais renoncer à ses valeurs, sans jamais capituler.
Et en plus un homme qui labourait son champ à plus de 80 ans ! Oh certes pas avec une paire de bœufs ou de bourricots, mais avec un tracteur. Ce qui ne devrait pas contrarier la notre, paire. Espérons que nos deux misérables grands vaillants, grands courageux, grands bienfaiteurs et grands penseurs (qui se reconnaîtront), comprendront que la Gauche (et ses gauchistes, gauchos, «gauchiasses» et j’en passe) n’est pas si «naturellement» pourrie qu’ils nous la racontent.