Votons pour un confinement climatique

Stéphane Foucart : La gestion de la pandémie de Covid-19 reproduit celle du réchauffement climatique. Même insouciance devant l’émergence du danger, d’abord lointain. Même cortège de pseudo-experts instillant avec succès le doute. Même procrastination du pouvoir, enfin, devant la certitude du désastre. Le réchauffement a déjà commencé à déstabiliser la production alimentaire, à accentuer les migrations… mais il n’y aura jamais de vaccin contre le réchauffement. Les mesures à prendre seront autrement plus contraignantes que celles décidées pour endiguer le coronavirus. Ceux qui dénoncent aujourd’hui une « dictature verte » à la moindre mesurette écolo sont les meilleurs artisans de ce qu’ils prétendent redouter en encourageant la paralysie et la procrastination. L’information la plus inquiétante de ces derniers jours ne concernait nullement le Covid-19 mais le climat, et elle devrait tous nous terrifier.

Emmanuel S sur le monde.fr : Trop facile de mettre tout sur le dos des politiques. Nous sommes tous responsables. Regardons nous en face sans démagogie et ne nous retournons pas à chaque fois sur les « décideurs ». Nous sommes tous décideurs.

JP Hell : Les responsables politiques sont l’expression des peuples qu’ils gouvernent, que ce soit dans la démocratie inerte ou la dictature incontrôlée… et les humains sont accro à une drogue dure: le confort. Donc soit on revient à 4 ou 5 milliards d’humain, soit on limite drastiquement le confort individuel, soit on rêve que la technologie nous permettra de garder le même niveau de confort à 10 milliards. Pour l’instant, on ne voit aucune de ces trois directions être prise sérieusement. C’est le sens de l’article et je suis d’accord: se préparer à une catastrophe, c’est toujours donner l’impression d’en faire trop, surtout aux yeux de gens bien nourris et bien chauffés, qui en veulent encore plus….

Marius Albufera : La seule chose à faire contre le réchauffement climatique serait de stopper la production et la consommation des biens superflus: on pourrait commencer par interdire la fête de Noël et son cortège de cadeaux inutiles. On imagine les cris poussés au nom de la sauvegarde des libertés publiques si un quelconque pouvoir n’ exprimait que le commencement du début de cette pensée… Avant de s’ en prendre aux politiques, les commentateurs et les citoyens devraient commencer par jauger eux-mêmes leurs propres volontés d’ action et les compromis qu’ils seraient prêt à faire.

Erwann Le Meur : Interdire le ski à Noël ? Une gageure ! Brider les vitesses max à 80/130 et puissance des voitures ? Un atteinte aux libertés fondamentales ! Imposer le transport longue distance par train et pas en camions ? Un autoritarisme inacceptable. Quand le lobbying des intérêts particuliers l’emporte sur l’acceptation du changement par les individus, la responsabilité des gouvernants est nulle puisqu’il représente le peuple.

ALG : Bien dit. En critiquant à tout va les dirigeants, beaucoup se dédouanent de toute responsabilité personnelle.

Dominique Finon : Alors que l’objectif de réduction des émissions de carbone à 2030 par rapport à 1990 n’était encore que de 40 % en 2019, le Conseil européen du 17 septembre l’a poussé à 55 % et le Parlement européen a voté le 7 octobre une résolution visant à le porter à 60 %… Pour y parvenir il faudrait un ensemble de mesures de « confinement climatique ». Aucune rupture technologique majeure viable ne semble pouvoir apparaître dans les dix prochaines années pour effacer rapidement le paradigme énergétique fossile. Il faudrait donc une politique de dissuasion de l’usage des véhicules individuels, d’arrêt de l’alimentation en viande rouge, d’entraves au tourisme de masse, d’interdiction de la mobilité aérienne de loisirs, etc. Dit autrement, il faudrait mettre en place des moyens de coercition sur les industries, les services et les populations. Il faudrait une décroissance du PIB de 27 à 33 %… On peut alors s’attendre à des jacqueries de gilets de toutes les couleurs. L’objectif symbolique de neutralité carbone en 2050 ne doit pas se transformer en une servitude écologique insupportable.

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4 réflexions sur “Votons pour un confinement climatique”

  1. En parlant de procrastination Stéphane Foucart en a fait réagir plus d’un. Contrairement au réchauffement on ne peut pas dire que les gouvernements n’ont pas réagi face au Covid-19. Seulement et notamment en France cette réaction a été et reste disproportionnée. Les mesures prises assorties d’un discours et d’un battage médiatique tout aussi disproportionnés n’auront servies qu’à tenter de dissimuler l’incompétence de nos responsables. Manque d’anticipation, pénuries de moyens, incapacité à réfléchir sereinement, à résister à la puissance de Big Pharma etc. Tout ça vient en rajouter à la confusion et à la résignation, le plus grave reste l’acceptation des restrictions de nos libertés.
    Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS, a récemment présenté les résultats de son travail sur la gestion de cette épidémie. On trouve facilement la vidéo : « Mais que viens-je faire dans cette galère ? »

  2. Le dernier commentaire de Jean-Pierre Bernajuzan (06/12/2020 – 10H15) résume la situation.
    Il me semble que de plus en plus de gens prennent plus ou moins conscience de l’impasse. En tous cas je vois que beaucoup partagent le point de vue d’Emmanuel S : «Trop facile de mettre tout sur le dos des politiques». En effet c’est le moins qu’on puisse dire. Ou encore celui de Philinte (06/12/2020 – 08H32) : «L’avenir est sombre pour l’humanité…» C’est sûr, il n’est ni rose ni vert. Noir c’est noir !
    Loriot (05/12/2020 – 15H49) est un des rares à pouvoir voir plus loin, «dans disons 10 millions d’années»… Déformation professionnelle probablement.
    En attendant, ceux qui en sont encore à «il faut faire ceci, y’aca faire cela» ne voient pas l’impasse. Ceux qui utilisent le temps du conditionnel semblent plus lucides : «il faudrait faire ceci, il faudrait cela». Je pense qu’il est temps de se focaliser sur ce qu’il nous reste à sauver.

  3. D’un côté on peut dire que la gestion de la pandémie de Covid-19 est aux antipodes de celle du réchauffement climatique. Déjà, l’insouciance face au danger que représentait le Covid n’aura pas fait long feu, on peut dire qu’elle s’est vite transformée en peur irraisonnée, démesurée. Ensuite, si certains malades ont effectivement été soignés, la plus grosse partie ont été invités à se «soigner» eux-mêmes, avec du Doliprane.
    D’un autre côté ces deux «gestions» ont en commun de mettre au grand jour le pouvoir des puissants. Que ce soit les lobbies du pétrole ou ceux des EnR, de la Transition etc. ou ceux de la chimie et de Big Pharma, c’est toujours le même problème, Business as usual.

    1. (suite) Ces deux crises nous montrent aussi à quel point nos «dirigeants» sont dépassés par les évènements. Et à quel point le grand n’importe quoi devient la règle. D’un côté des mesures démesurées, de l’autre des mesurettes qui font rire les puissants et pleurer les petits.
      En attendant, le but des uns et des autres sera toujours de maintenir l’Ordre Etabli. Pour ça la recette est connue depuis longtemps : propagande, peur (du bâton, du virus, de n’importe quoi) et bien sûr du pain et des jeux. La dictature sera «verte», je le crains.

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