L’écologie en tête du palmarès des likes

2019 marque le basculement des consciences, en attendant l’insurrection des consciences. Au cours des deux dernières années, l’écologie a progressé de manière continue pour s’installer à la première place dans la dernière enquête Ipsos Sopra-Steria*. L’environnement n’est plus la préoccupation des gens aisés mais de tout le monde, sauf ceux en extrême difficulté. Par exemple 55 % de ceux qui se considèrent comme appartenant aux milieux populaires citent l’environnement comme priorité, juste devant le pouvoir d’achat (54 %). L’écologie a fait progressivement tache d’huile. Le clivage qui oppose les personnes faisant de la question environnementale leur priorité et celles qui en font un aspect secondaire est devenue l’opposition politique la plus importante. Les Français perçoivent maintenant directement les chocs écologiques : canicules, pollution dans les grandes villes, effondrement de la biodiversité, conséquences sur la santé. Les cris d’alarme des experts (depuis 1972 !) portent enfin leurs fruits. Mais il faut relativiser, les statistiques sont toujours une forme du mensonge. Car dire qu’on est inquiet de la détérioration de la planète qui nous fait vivre ne veut pas dire qu’on va s’engager pour changer l’ordre des choses. Ainsi ces commentaires sur lemonde.fr :

Cyril Videau : Je pense qu’un des chiffres à retenir est que les Français émettent aujourd’hui en moyenne 11 ou 12 tonnes de Co2 par habitant et par an. Pour limiter le changement climatique à +1,5 degré (objectif de l’accord de Paris), nous ne devrions émettre que 2 tonnes de Co2 par habitant et par an. A quelle époque les Français n’émettaient-ils que 2 tonnes de CO2 par habitant et par an ? En 1950 ? En 1930 ? ou même avant. On peut alors demander aux citoyens s’ils sont prêts à ré-adopter le mode de vie que l’on avait à cette époque. Vous aurez ainsi le pourcentage de ceux pour qui l’écologie est réellement « une préoccupation majeure ».

le sceptique : Il y a un déni (« négationnisme » comme on dit maintenant) de la classe politico-médiatique sur quelques évidences, par exemple :
– à technologies connues, stopper réellement les émissions carbone en 30 ans demande un bouleversement sans précédent de notre économie et de notre mode de vie;
– protéger réellement la biodiversité exige de cesser quasiment toute pollution et artificialisation supplémentaire de la nature, donc geler urbanisme, agriculture, extractions, etc.
Sans conscience de cela, le Français croit que « protéger l’environnement » consiste à rester 30 secondes de moins sous sa douche, à voyager en avion tous les 48 mois plutôt que 24 ou à manger des fruits et légumes bio (au même prix que le conventionnel).

Colonel de Guerlass : C’est le genre de sondage bourrage de crâne, qui ne résiste pas à l’examen des faits. Quand les ecolos ont voulu faire augmenter le prix de l’essence pour satisfaire leur lubie, ils ont déclenché le mouvement de rejet des Gilets jaunes soutenu par 80% des français.

Untel : C’est le résultat de la bonne vieille méthode, celle qui dans le passé a fait progresser la droite grâce au sentiment d’insécurité et qui aide maintenant les écologistes grâce au sentiment d’insécurité climatique et au développement de l’hypochondrie dans le public (pesticides, Linky, maladie de Lyme, nanoparticules, perturbateurs endocriniens, bébés sans bras, gluten, Lévothyrox…).

Violette @ Untel : Tout ce que vous qualifiez d’hypocondrie existe réellement. Encore un effort de votre part et Fukushima ne serait qu’une fable et vous conseillerez une cuillerée de Glyphosate au petit-déjeuner pour mieux affronter l’hiver !

* LE MONDE du 17 septembre 2019, L’écologie, une préoccupation désormais majeure pour les Français

Bientôt le choc pétrolier ultime ?

Le monde est un baril de pétrole qui ne demande qu’à s’enflammer. Qui aurait dit en septembre 1972 que le prix du bail allait quadrupler au cours de l’année 1973, entraînant pour les années suivantes stagnation de l’activité économique et inflation (stagflation) ? Aujourd’hui il suffit d’une attaque de drones contre des installation pétrolière en Arabie saoudite pour que s’envolent les cours. Le cours du brent est monté de 10 % à 66 dollars le baril le lundi 16 septembre 2019. Les attaques de hier ont réduit de plus de la moitié la production saoudienne, qui perd ainsi 5,7 millions de barils par jour – ce qui correspond à environ 5 % de l’offre mondiale. C’est la plus soudaine baisse de production de l’histoire du pétrole, plus encore que lors de la première guerre du Golfe. La crainte d’un conflit plus important au Proche-Orient est omniprésente. « Cette attaque est le “Big One”] », lançait ainsi le Wall Street Journal, en référence au surnom donné à un tremblement de terre dévastateur.

Le premier choc pétrolier de 1974 a été suivi d’un second en 1979, toujours pour des considérations géopolitiques : guerre du Kippour entre Israël et l’Égypte, puis arrivé de Khomeiny au pouvoir en Iran. La découverte de pétrole dans les pays hors OPEP avait entraîne un contre-choc dans les années 1986, aujourd’hui nous n’avons plus d’alternatives possibles. Le marché de l’or noir ne considère que le très court terme, et du moment que l’offre égale la demande, le prix reste faible. Par contre à moyen terme les réserves de combustibles fossiles se feront beaucoup plus réduites, nous approchons du choc pétrolier ultime, le moment où les traders considérerons que le prix de l’essence, du gas-oil, du fuel et du kérosène ne peut qu’augmenter par disparition de la ressource. Notons d’ailleurs que l’augmentation actuelle du baril est insuffisante pour les Américains, dont le coût d’extraction du pétrole de schiste approche les 80 dollars le baril, laissant le secteur lourdement déficitaire.

Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier, l’actualité nous renvoi brutalement aux fondamentaux. Les importations de pétrole constituent 5 % de nos importations, mais permettent 95 % de notre PIB. Sans énergie, nos systèmes économiques complexes s’effondrent. Rappelons ce qu’écrivait un spécialiste de l’automobile en 1979, JA Grégoire : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! » (Vivre sans pétrole)

Vivre sans pétrole sera le challenge du XXIe siècle, lire notre biosphere-Info :

16 mars 2016, BIOSPHERE-INFO, bientôt la crise pétrolière ultime

Le salon de l’automobile en accusation

Le XIXe siècle a connu l’émergence du mouvement ouvrier contre l’exploitation de l’homme par l’homme, le XXe siècle a connu l’endormissement de la classe ouvrière, bercée par le consumérisme et la société du spectacle, avec le XXI siècle débute le siècle de l’écologie. La lutte des premiers syndicat, interdits au début du XIXe siècle, a été une exigence. Aujourd’hui nous réconcilier avec la Terre-mère, à laquelle nous faisons une guerre de rapines et de forêts brûlées, devient un impératif catégorique. Nous commençons à vivre de nouvelles formes de grèves (de l’école par exemple), de systèmes de production (bio, artisanal, convivial…) ou de distribution (circuits de proximité, AMAP, etc.), sans oublier les comportements personnels de sobriété et les manifestations (en vélo et à poil de préférence).

Entre 15 000 et 25 000 manifestants, la plupart en vélo, ont défilé samedi 14 septembre à Francfort à l’occasion du salon international l’automobile. Le slogan « des sous, des sous » est remplacé par des évidences, « On ne peut pas remplacer nos poumons », « Le salon de l’automobile représente le siècle passé », « On n’en veux plus de ces gros SUV  », etc. Le collectif « Sand im Getriebe » (« Du sable dans les rouages »). On a bloqué dimanche une partie du salon. Une fraction radicale du mouvement écologiste est prête à des actions illégales pour attirer l’attention. La « génération climat » commence à faire entendre sa voix. De la condamnation du salon de l’automobile, Le Figaro en parle, et France-info, sans compter Ouest-France, LE MONDE et la presse allemande. La désobéissance civile connaît une percée médiatique et devient un cri de ralliement.

En plus des grèves pour le climat à l’appel de Greta Thunberg, des mouvements se répandent comme une traînée de poudre de Londres à Berlin, en passant par Paris. Le groupe « Ende Gelände » (« Terminus ») avait réussi en juin à occuper et forcer l’arrêt temporaire d’une vaste mine à ciel ouvert de lignite. Extinction Rebellion agit en Angleterre et ailleurs. Aujourd’hui on s’en prend au salon de Francfort, et bientôt on interdira les courses automobiles et chacun de nous intégrera de nouvelles priorité du type « piétons > vélos > voitures ». Le dévoiturage est sur la bonne voie. Fini bientôt la boîte où l’on se regarde passer sa vie dans les bouchons, le transport redeviendra un temps de vie, on ira au boulot à pied !

CLIMAT, que deviendra Côme Girschig ?

Côme Girschig, 24 ans, représentera la France au sommet de la jeunesse pour le climat qui se tiendra à New York le 21 septembre. Il a été choisi par les Nations unies parmi 7 000 candidats pour son engagement contre le dérèglement climatique. Diplômé de Sciences Po Paris et de l’Ecole des Ponts Paris Tech, il préfigure l’alliance entre les technocrates et les instances internationales pour faire face aux défis climatiques. Son discours va déjà dans ce sens : « Les COP sont-elles utiles ? lance-t-il à un auditoire de deux personnes, costume et baskets élégantes aux pieds. Oui, car même si ça ne va pas assez vite, elles créent une confiance commune qui permet à tous les Etats d’avancer ensemble. »

Ses bonnes résolutions seront rapidement détournées par le système. Il dit aujourd’hui : « nous devons relocaliser notre économie pour limiter notre empreinte écologique », il soutiendra demain la géo-ingénierie. Côme Girschig croit que la génération climat va se présenter massivement aux élections, encore faudrait-il que la génération des écrans veuille quitter ses écrans. Il apparaît pour la première fois dans les colonnes du MONDE* ce sera la seule fois en tant que militant. Il réapparaîtra un jour comme porte-parole d’un parti ou expert dans telle ou telle officine. Nous avons connu cette évolution avec la génération 1968. Car Côme Girschig s’apercevra comme Arnaud Montebourg que le discours politique, ce sont des propositions grandioses pour des résultats bien trop souvent minuscules. Alors mieux vaut en vivre !

A connaître cependant pour ne pas complètement désespérer des jeunes, l’association qu’il a lancé avec d’autres. Les Jeunes ambassadeurs pour le climat animent des interventions en collège, lycée et université pour sensibiliser les jeunes aux enjeux climatiques tout en partageant leur expérience des négociations internationales auxquelles ils participent chaque année. L’association propose aussi des conférences sur des thématiques en lien avec le climat (numérique, négociations internationales, agriculture, éducation, genre, …) à destination du grand public… et des grandes entreprises (Google, Deloitte, BNP). Pour les petits malins, le choc climatique permettra de gagner très bien sa vie. Côme Girschig est sur la bonne voie. A moins que Côme se garde de sombrer dans le management et devienne un adepte de la simplicité volontaire. Alors qu’il intégrait Sciences Po Paris, en section affaires internationales, il entreprenait de réduire son empreinte carbone : boycott de l’avion pour les déplacements touristiques, alimentation végétarienne, bio, locale et de saison, vélo et transports en commun dans la capitale, achat de vêtements et d’équipements d’occasion. Sans illusion : « C’est beau de changer de mode de consommation, mais après, il reste encore la production. Il est très compliqué de trouver un travail totalement éthique ». On ne lui fait pas dire ! Mais on peut toujours rêver. Côme Girschig, Greta Thunberg, Nicoles Hulot, Cyril Dion, etc. etc…. espérons que des millions et des millions d’humains deviendront à votre suite de véritables écologistes.

* LE MONDE du 13 septembre 2019, Côme Girschig, un jeune « champion du climat » qui croit à la politique

Taxe aux frontières ou démondialisation ?

Écologie superficielle : « En dissociant les lieux de production et de consommation, la croissance du commerce mondial entraîne une hausse du transport de marchandises et donc des émissions de gaz à effet de serre. C’est la contribution directe du commerce aux émissions. Or, ces dernières ne sont pas prises en compte dans le calcul des émissions de chaque pays.Si un groupe de pays décide de poursuivre des objectifs ambitieux en matière de climat et de taxer ses émissions de carbone, leurs efforts pourraient être annihilés par le jeu du commerce international. Les industries fortement émettrices, comme les cimenteries, délocaliseraient leurs usines dans des pays qui n’ont pas de politique climatique. Ce qui ne ferait que déplacer le problème ailleurs. Il faut donc imaginer autre chose. Une première méthode, a priori séduisante, est la taxe de compensation aux frontières. Les pays qui taxent leurs émissions pourraient aussi taxer les importations de biens en fonction du carbone émis au cours de leur production. Cela réglerait les problèmes de perte de compétitivité de leurs industries. Mais comment calculer la teneur en carbone d’un bien ? Difficile. Une manière de contourner cet obstacle serait de former un club de pays qui taxeraient tous les biens en provenance des pays non engagés dan la lutte climatique. Il suffirait à ces pays d’ajuster leurs objectifs climatiques pour rejoindre le club et échapper à la taxe. Le produit de la taxe pourrait être utilisé pour financer le transfert de technologies propres vers les pays les moins avancés. L’OMC l’autoriserait sans doute car elle prévoit une exception environnementale pour les droits de douane qui poursuivent un objectif légitime, transparent et non discriminatoire. » (Lionel Fontagné)*

Écologie de rupture : « Sur le plan environnemental, il va falloir réduire les échanges, puisque le transport de marchandises émet presque 1 milliard de tonnes de CO2 par an ! La mondialisation, c’est la concurrence effrénée où l’emporte le plus antisocial, le plus anti-environnemental, qui utilise les moyens les moins scrupuleux pour fabriquer moins cher. La mondialisation est donc déloyale en mettant en concurrence des anciens pays industrialisés, qui ont cent cinquante ans d’acquis sociaux, avec des pays nouveaux, qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves. La mondialisation a provoqué deux crises : celle financière des subprimes, où un excès de la dette privée avait dû relayer un pouvoir d’achat insuffisant, et la crise écologique mondiale. Les standards mondialisés tirent vers le bas toutes les normes environnementales et organisent le saccage de la nature. Pour moi, la mondialisation est terminée. Si vous mettez bout à bout l’explosion des inégalités, la destruction des ressources naturelles, l’inquiétude mondiale sur le dérèglement climatique, l’appauvrissement des classes moyennes, la colonisation numérique de notre économie par les empires américains et chinois, vous avez en résultante le nécessaire rétrécissement du monde. Et avec l’affirmation des Etats-Unis qu’il faut restreindre les échanges, c’est le retour inévitable à la souveraineté économique des Etats-nations. Le retour du protectionnisme va rétrécir le monde, par un rééquilibrage justifié, nécessaire, après l’intégrisme religieux de la mondialisation. Nicolas Hulot a raison : les traités de libre-échange et l’écologie sont incompatibles. » (Arnaud Montebourg)**

* LE MONDE du 12 septembre 2019, « Il faut intégrer le coût environnemental au commerce des marchandises »

** LE MONDE du 8 septembre 2018, « La mondialisation, c’est terminé »

Marchons pour le climat le 21 septembre

Samedi 21 septembre, nous marcherons par milliers dans les rues, partout en France, pour dénoncer l’inaction climatique du gouvernement et exiger la justice sociale. Cette marche sera engagée, festive et familiale : que vous veniez seul·e, en famille ou entre ami·es, nous marcherons côte à côte pour exiger la fin d’un système destructeur pour l’humain et le climat. Le sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre est une fenêtre de tir à ne pas laisser passer.

Je veux savoir où marcher

Les raisons pour se mobiliser ne manquent pas :
1. Cet été, la planète nous a envoyé des signaux d’urgence.
2. Si le gouvernement continue de ne rien faire, ces catastrophes vont s’intensifier.
3. Il est encore temps d’agir : chaque dixième de degré compte.
4. La mobilisation pour le climat sera mondiale du 20 au 27 septembre.
5. Citoyen·nes, organisations et syndicats formeront un immense cortège pour marcher ensemble : parce que défendre le climat, c’est lutter pour davantage de justice sociale.
6. Lundi 23 septembre, Emmanuel Macron est convoqué à l’ONU et il est attendu au tournant ! Le secrétaire général de l’ONU a déclaré à l’ensemble des responsables politiques : “Apportez des plans, et pas des discours” car il s’agit de “lutter pour nos vies”. Mais pour le moment, la France refuse d’adopter des objectifs climatiques compatibles avec l’Accord de Paris.
Tous et toutes, partout autour du monde, faisons pression sur les responsables pour que les Etats soient précis et ambitieux dans leurs objectifs climatiques. Le sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre est une fenêtre de tir à ne pas laisser passer.
Samedi 21 septembre, mobilisons-nous contre l’inaction climatique !
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Le repas végétarien à l’école, enfin !

Dans un pays ou seulement 5 % de Français se déclarent végétariens, et 35 % « flexitariens », l’appropriation culturelle du repas végétarien est un processus long, trop long. Dix ans pour que l’État réagisse enfin ! Le 29 mai 2009 L’A.V.F. (Association Végétarienne de France) avait lancé la campagne pour « un jour végétarien hebdomadaire en France » à la suite de l’initiative de la ville belge de Gand. Elle travaillait en partenariat avec toutes les organisations se reconnaissant dans l’intérêt du « Lundi Jour Végétarien ». Voici leurs arguments :

– Manger végétarien un jour par semaine, c’est bon ! Vous n’avez rien à perdre, mais beaucoup à gagner. A la découverte de nouveaux ingrédients, recettes, restaurants et livres de cuisine… un monde de nouveautés gustatives s’ouvre à vous !

– Vous prenez soin de votre santé. L’instauration d’une journée végétarienne par semaine est un excellent pas vers un mode d’alimentation plus sain. La plupart des personnes mangent trop de viande et trop peu de fruits et légumes. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le dit pourtant noir sur blanc : adoptez des habitudes alimentaires saines, à base de produits végétaux principalement.

– Vous sauvegardez la planète. Manger plus souvent végétarien signifie moins d’abattage de massifs forestiers pour les pâtures et les aliments fourragers, moins de pollution mais aussi moins de gaz à effet de serre. L’élevage est en effet responsable du rejet d’une part majeure des gaz à effet de serre.

– Vous aidez autrui.Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Elles n’ont pas suffisamment accès à des aliments nourrissants et bon marché. Pendant ce temps, près de 40% des céréales à travers le monde servent à nourrir le bétail, ainsi que 90 % du soja. En mangeant moins de viande animale, vous réservez plus de céréales, de terres cultivables et d’eau pour les humains.

– Vous sauvez des animaux. Sa vie durant, un Français non-végétarien mangera 6 à 7 bœufs, vaches ou veaux, 33 cochons, 1 à 2 chèvres, 9 moutons, plus de 1300 volailles et 60 lapins, ainsi que des centaines d’animaux marins, sans compter tout le reste… En mangeant végétarien une fois par semaine, vous sauvez donc la vie d’un grand nombre d’animaux.

Dix ans plus tard, au 1er novembre 2019, toutes les cantines scolaires françaises devront proposer au moins un repas végétarien par semaine aux élèves. La mesure, qui prend pour l’instant la forme d’une expérimentation de deux ans introduite par la loi EGalim (octobre 2018) constitue selon le gouvernement un levier important en termes de santé et de lutte contre le réchauffement climatique. Le temps de restauration à la cantine est en effet un temps d’éducation. Mais aucun décret d’application de cette loi « expérimentale » n’a encore été publié. Et puis il faudrait éviter que l’arrivée de plats végétariens dans les cantines ne profite « à l’industrie agroalimentaire, aux steaks de soja ou boulettes de pois chiche industrielles plutôt qu’aux produits et aux producteurs locaux de qualité, donc aux usagers »*. Quelques compléments montrant que notre blog biosphere s’intéresse à la question depuis longtemps :

4 janvier 2019, 500 personnes (plus moi) appellent au lundi végétarien

30 mars 2015, Le lundi végétarien à la place de la viande de porc ?

21 mars 2013, Journée sans viande ou lundi végétarien ?

21 mars 2011, journée sans viande ou lundi végétarien ?

9 juin 2010, Interbev et le lundi végétarien

22 mai 2010, pour un lundi végétarien

* LE MONDE du 8 septembre 2019, Le défi des repas végétariens obligatoires dans les cantines scolaires

CLIMAT, décrocher Macron de son cadre

Apportons notre soutien aux décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron, jugés ce 11 septembre 8h30 à Paris. La planète brûle et le gouvernement persiste dans l’inaction et les petits pas. Face à cet immobilisme, la société civile se mobilise et agit pour sensibiliser l’opinion publique par la multiplication d’actions non-violentes, réprimées dans la violence comme sur le pont de Sully où la France a vu des militantes et militants pacifistes passé-es au poivre à bout portant. Au cœur de cette mobilisation, ANV-COP21 a lancé le mouvement dit des “décrocheurs”. Assumant le risque de la condamnation des militantes et militants de toute la France décrochent depuis des mois les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies des petites comme des grandes villes. Un emprunt pour rappeler que l’action contre le réchauffement climatique n’attend pas. Après plus de 128 portraits décrochés, des militantes et militants sont d’ores et déjà sous le coup d’un passage devant la justice. Demain, les décrocheurs comparaîtront devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris – celle qui juge les terroristes et les délinquants chevronnés. Ils encourent cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Le 12 juin 2019, le tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse avait déjà condamné six militants d’Action non violente-COP21 : 500 euros d’amende avec sursis. Lors de l’audience du 28 mai, les militants et leurs avocats avaient insisté sur le montant « disproportionné » des amendes au vu du coût réel du portrait, soit 8,70 euros (sur le site de l’Elysée). Voulant dénoncer l’inaction du président face aux changements climatiques, la campagne #Décrochonsmacron met en avant l’urgence et l’état de nécessité qui poussent à agir, « de façon non violente » insistent les militants. Ces portraits pourraient être restitués en cas de changement de politique climatique et environnementale avait expliqué au président du tribunal l’un des prévenus, ce qui avait valu la réplique savoureuse de ce dernier : « Donc vous n’allez pas les rendre. » La jurisprudence devrait pourtant jouer pour ses militants : dans l’affaire des chaises empruntées par les militants altermondialistes, la plupart ont été relaxés.

Derrière les discours, la réalité de l’action gouvernementale va en marche arrière : glyphosate, épandage de pesticides aux abords des maisons, accords de libre-échange, investissements fossiles, taxe sur le kérosène, aides à la bio, etc. Non seulement rien de ce qui est nécessaire n’a été entrepris mais, pire, le gouvernement recule et applique à la lettre les besoins des lobbies. L’action des décrocheurs est une action bénéfique à la société. En attirant l’attention du grand public, ils rappellent le gouvernement à ses devoirs. Chacune de ces personnes prend des risques personnels pour aider le collectif à s’en sortir. Ils méritent des décorations, pas des condamnations.

À lire, mensuel « La décroissance », extraits

Raoul Anvélaut : Nous remettons fondamentalement en cause l’hypermobilité et appelons à en finir avec la grande vitesse, que ce soit sur mer, dans les airs, sur rail, sur route ou dans des tubes à faible pression d’air. Ni TGV, ni Hyper-loop, ni avion à réaction. De la lenteur, de l’enracinement, de l’enclavement. Les transports rapides et les télécommunications instantanées n’ont abouti qu’à uniformiser le monde, à anéantir l’espace, à transformer la planète en un vaste banlieue où tous les réseaux convergent vers les métropoles.

Francis Jarrige : L’an dernier la France renouait avec un Grand prix de formule 1 après dix ans d’absence. Comme si tourner en rond le plus vite possible sur un circuit automobile était un besoin fondamental dont l’interdiction serait inacceptable. Pourtant chacun sent qu’il faudrait freiner l’essor des mobilités, réduisant les consommations d’énergie. Comment imaginer une transiton fondée que la sobriété énergétique alors que des circuits continuent un peu partout d’entretenir le désir de vitesse et le culte de la bagnole ?

Philippe Pongy : J’ai eu l’ineffable bonheur de connaître un temps où à partir de rien (un caillou, une pétale de fleur, un mot) on découvrait et créait le monde. Aujourd’hui, à partir d’un monde sans limite, il semblerait qu’on ne découvre et ne crée plus rien. La réalité augmentée permet de mixer et de confondre totalement la réalité extérieure et réalité virtuelle.

Julien Lebrun : Les écrans sont pires que l’automobile. Car leur développement fulgurant témoigne en effet que nus sommes loin, bien loin, de plus en plus loin d’intégrer ce que suppose notre vie sur terre.

Hervé Krief : Voiture et smartphone contribuent au mêmes fantasme de liberté, de vitesse, d’enivrement technologique, de déstructuration de l’espace qui sont utilisé par les industriels et les États pour nous convaincre de leur bien-fondé et du caractère inéluctable de leur présence. Ils portent en eux la volonté d’asservir les populations en leur fabricant une vie simplifiée et vide. Ils participent activement à la déstructuration concomitante de la vie sur Terre et de notre condition humaine.

Florent Busssy : Le numérique crée une dépendance qui fait qu’on ne se déconnecte plus jamais. Tout est fait pour accroître nos besoins dans la logique d’une recherche de profits fondés sur la consommation de masse. L’économie capitaliste ne peut se passer de croissance et production cette dépendance. C’est à elle qu’il faut résister.

La décroissance n° 162, septembre 2019

Leopold KOHR, éloge de la petitesse

Quand vous avez atteint le bord de l’abysse, la seule choses qui ait du sens, c’est de reculer. Ayant soutenu que la taille modeste est une solution aux problèmes créés par la taille excessive pendant plus de quatre décennies, j’ai été traité d’excentrique dès le début des années 1940. Cela ne m’a jamais vraiment dérangé. La seule chose qui me faisait douter était que ce qui devait être fait, et pouvait être fait, serait également fait. La question n’est plus comment s’étendre, mais comment se contracter ; plus combien croître mais comment mettre des limites à la croissance. Mais quel est l’ordre de grandeur critique qui mène aux abus ? La réponse n’est pas bien compliquée à trouver. Il s’agit de la quantité de pouvoir qui empêche toutes représailles et assure ainsi l’impunité. Cela arrive chaque fois que le pouvoir persuade qu’il ne peut être remis en cause par accumulation de pouvoir plus grande que celle qu’il possède lui-même. Les petits enfants, sans pour autant perdre de leur charme et de leur innocence, font aux petites créatures ce qu’ils n’oseraient pas faire aux plus grandes. Ajoutons que le seul garde-fou pour ne pas pêcher n’est pas tant la stature morale que la peur de la punition, c’est-à-dire l’absence d’opportunité. Certains individus peuvent développer une extraordinaire volonté et rester dans le droit chemin, mais le simple fait que même ces êtres extraordinaires aient à mener de durs combats intérieurs face aux forces de l’opportunité montre le caractère élémentaire de ces dernières. Ainsi ce que Bernard Shaw a dit de la vertu d’une femme, à savoir qu’elle n’est qu’une question d’opportunités.

Dans une petite société, le seuil critique de pouvoir ne peut qu’être rarement atteint puisque la force de cohésion du groupe est facilement paralysée par les tendances centrifuges autorégulatrices portées par les individus. Dans les sociétés plus grandes, la pression du nombre peut devenir telle que les tendances à la compétition individuelle disparaissent et que le danger de la fusion sociale, portée à un stade critique, soit présent en permanence. Comme l’a montré l’Histoire, la fusion sociale peut atteindre un degré tel qu’aucune force de police ne serait en mesure de la gérer… à moins d’atteindre elles-mêmes un volume tel qu’en nous sauvant des atrocités commises par le peuple, elles les remplacent par leurs propres atrocités de police d’État. Cela ne laisse comme méthode fiable pour traiter la violence que l’établissement d’un système fondé sur des entités sociales de si petite taille que la cristallisation de puissance collective ne peut pas atteindre un stade critique. Si nous voulons éliminer le crime à Chicago, nous ne devons pas éduquer Chicago et le repeupler de membres de l’Armée du Salut ; nous devons éliminer les communautés de la taille de Chicago.

Napoléon ou Hitler furent d’abord agressifs uniquement envers ceux dont ils savaient pour triompher facilement. Mais chacune de leurs conquêtes augmenta leur pouvoir jusqu’à ce qu’ils soient si puissants qu’ils aient quelques raisons de croire qu’aucune alliance ne sera en mesure de les arrêter. Quant on voit où les partisans de l’unification nous ont menés, appliquons la théorie de la taille à l’Europe. Nous devons démanteler les nations pour une nouvelle fournée de petits États, l’Aragon, la Catalogne, la Bohème, la Moravie, la Slovaquie, la Macédoine, la Transylvanie, la Moldavie, la Bessarabie, et ainsi de suite. Un fait saute aux yeux, il n’y a rien d’artificiel dans cette nouvelle carte. Il s’agit en fait du paysage originel européen. Dans un monde composé de grands comme de petits États la guerre existera toujours. La violence et autres traits de caractères indésirables sont liés à la nature humaine. Au Moyen Age, il y avait quelque part en Europe une guerre déclarée presque chaque jour. Mais les guerres médiévales étaient de petites vagues jamais grosses au point de prendre les proportions d’une marée qui aurait recouvert le continent entier. Les problèmes de la violence ne disparaissent pas, ils sont juste réduits à des proportions supportables.

Leopold KOHR, L’effondrement des puissances (éditions RN 2018, 1ère édition 1957 : The Breakdown of Nations )

à lire sur notre blog biosphere :

4 mai 2019, De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

20 juillet 2016, À lire, The Breakdown of Nations (Leopold Kohr, 1957)

la BAD, base autonome durable

J’ai (Piero San Giorgo) longuement conversé avec des survivalistes américains. Je suis arrivé à la conclusion que le seul moyen de survivre c’est de s’établir dans un endroit éloigné des zones de trouble potentiel et d’acquérir une autonomie aussi grande que possible pour tout ce qui concerne l’eau, la nourriture et l’énergie tout en s’intégrant dans une communauté locale. J’ai été autorisé par ses inventeurs à développer l’idée de BAD (base autonome durable), un programme construit sur 7 éléments fondamentaux : eau, nourriture, hygiène et santé, énergie, connaissance, défense et lien social.

C’est lorsque le puits est à sec que nous apprécions la valeur de l’eau… L’idéal est de produire soi-même sa nourriture… Nous serons confrontés à la disparition des services de soins et de santé, vous n’aurez pas intérêt à être malade… La seule énergie gratuite est celle que vous n’avez pas besoin de générer… Celui qui possède un métier est comme celui qui possède un château fort… Si vis pacem, para bellum car le plus grand danger pour l’homme reste l’homme… Le lien social est le septième et dernier élément fondamental d’une BAD.

Vous ne pourrez survivre longtemps seul. Vous devez constituer un réseau, vous intégrer à des communautés grâce à des relations mutuellement interdépendantes, et faire en sorte que les gens et les groupes de gens autour de vous aient le moins de raisons possibles de vous agresser et qu’ils s’associent à vous pour une défense commune. Etre capable de survivre seul, c’est bien. Mais la force est aussi dans le nombre. Imaginez un village entier, une vallée organisée pour une production optimale de ressources alimentaires et énergétiques et une mise en commun des savoir-faire (médecins, maçons, etc.), créer une meilleure défense et entreprendre des travaux pour le bien commun. Ce genre de communautés se met déjà en place, Résilience communautaire en France, Transition Towns, Post Carbon Cities et Relocalisation Projects au Canada, Belastbar Gemeinde en Allemagne…

La BAD peut être individualiste, mobile, 100 % survivaliste, par exemple avec un voilier. Mais le meilleur choix possible et la BAD rurale, où on s’enracine dans tous les sens du terme. Rappelez-vous que toute richesse est d’abord issue de la terre nourricière. La mise en place d’une BAD en ville peut avoir du sens si vous n’avez pas les moyens pour mettre en place une BAD en milieu rural. Choisissez une ville de taille moyenne, traversée d’une rivière, avec une centrale hydroélectrique toute proche. Vous avez aussi l’option d’une BAD délocalisée. Mais qui peut vous garantir qu’en tant que riche étranger, vous ne finirez pas victime de nettoyages ethniques ?

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

la résilience selon Piero San Giorgo

Des capacités de résilience ? Avec l’effondrement économique, les Etats seront incapables de fonctionner. Ce sera la fin du salariat. Fini aussi l’assistanat de l’Etat providence ! Les retraités, les handicapés et les malades auront intérêt à avoir une famille qui s’occupe d’eux. Sans transport automobile, les villes vont radicalement changer d’aspect ; les gratte-ciel seront laissés à l’abandon et resteront un témoignage de l’époque des énergies fossiles abondantes. On peut imaginer que des organisations continuent d’exercer une forme de gouvernement sur un territoire plus réduit. Des régions, devenues de fait autonomes, du moins celles qui ne seront pas plongées dans le chaos, sauvegarderont un relatif maintien de l’ordre.

Toute entreprise devra redevenir locale. La richesse consistera en l’accès à des ressources physiques, comme la nourriture et l’eau potable, et à des intangibles, comme les relations et les réseaux. La vraie richesse sera surtout celle du savoir-faire : savoir cultiver un potager, réparer des batteries et des panneaux solaires, etc. Les petites fermes vont s’en sortir grâce à leurs connaissances et à leur taille. Les artisans redeviendront vraiment utiles, forgerons, bottiers, menuisiers, etc.

Ceux qui possèdent la terre pourront permettre à certaines familles de s’établir en échange de leur travail. Mais ces propriétaires auront intérêt à savoir défendre leur domaine contre les pillards, ils pourront embaucher des milices. Ce sera le retour d’une sorte de système féodal. Mais une fois le pire de la crise passé, on assistera sans doute, du fait de la vie en communautés plus petites et plus proches de la nature, à un retour à la spiritualité naturelle, à un ré-enchantement du monde pour lui redonner du sens.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Survivalisme selon Piero San Giorgo

Aurez-vous accès à l’eau potable si rien ne sort de votre robinet et si les supermarchés sont vides ? Comment défendrez-vous votre famille de votre voisin affamé ? Piero San Giorgo, un suisse né en 1971, se pose ce genre de question et y répond à la manière survivaliste : la survie se jouera presque certainement à l’écart du monde actuel, dans des refuges qu’il faudra savoir aménager et défendre. Car il prévoit un effondrement de la civilisation, effondrement dont il s’applique dans une première partie à montrer les déterminants. Piero San Giorgo est dans la lignée de James Howard Kunstler, qu’il cite : « D’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement… » Voici dans le livre de San Giorgo les déterminants de l’effondrement (jusqu’à la page 149) :

– le problème des exponentielles, par exemple dans le cas de l’évolution démographique ;

– la fin du pétrole ;

– la fin de toutes les ressources ( le pic de tout) ;

– l’effondrement écologique ;

– la fin du système financier et l’endettement ;

– la culture de la consommation, la perte du sens de la responsabilité, la perte du lien social ;

– les imprévisibles, par exemple une épidémie ;

-la complexité des chaînes logistiques et alimentaires.

Par conséquent, dans les décennies à venir, nous allons expérimenter l’enfer.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Survivaliste à 8 ans, Yves Cochet a 73 ans

En 2015, l’institut Ipsos avait interrogé 500 enfants de 8 à 11 ans sur leur vision de l’écologie : 63 % des sondés estimaient alors que la planète était en mauvais état. Et, pour 87 % d’entre eux, les adultes ne faisaient pas ­assez d’effort pour protéger l’environnement.Aujourd’hui, les jeunes générations ne cessent d’entendre des discours alarmants qui infusent en profondeur dans leurs petits cerveaux ; l’angoisse qui imprègne le monde des adultes a immanquablement un impact sur eux. L’attrait de mon fils* de 8 ans pour le survivalisme n’est donc pas la perpétuation d’un habitus familial, mais peut s’envisager comme une réponse singulière à la crise écologique. Il s’est progressivement transformé en survivaliste en culottes courtes ; son petit sac à dos, qu’il désigne lui-même comme son « kit de survie », doit permettre – en théorie – de parer à toute situation d’urgence, lampe de poche à manivelle, une paire de jumelles, une boussole, une mini-trousse de premiers soins, un sifflet, une bougie, un Opinel à bout rond, etc. Tout pour faire plaisir à Yves Cochet, constant oiseau de mauvaise augure et ardent partisan de la résilience communautaire.

Son projet de motion collapso pour le Congrès d’EELV de novembre 2019, en bref : « L’effondrement est comme un trou noir qui attire à lui toutes les certitudes passées. Si, comme moi, on croit au scénario d’un effondrement systémique, global, imminent, comme le scénario le plus probable des trente prochaines année sur Terre, alors toutes nos pensées et nos actions doivent être orientées par ce trou noir, cet attracteur, ce magnétisme. La période 2020 – 2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. À quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050). De telles affirmations s’appuient sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens de rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement systémique mondial imminent dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin. La seconde étape, dans les prochaines années trente, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en France en 2035 ?), et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains résidus recyclables de la civilisation thermo-industrielle en ruine.

On peut espérer que s’ensuive une troisième étape de renaissance.Il découle de notre scénario central que l’essentiel de la vie humaine dépendra bientôt de l’échelon local. Les États, les institutions internationales, les firmes transnationales étant défunts, seuls les groupements humains locaux pourront maintenir une certaine civilisation. D’abord en réexaminant comment satisfaire, à moindre empreinte écologique, les besoins de base de toute société : air, eau, alimentation, vêtements, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et connaissances, outils, santé, justice, institutions politiques, imaginaire collectif (les valeurs partagées) qui soude la société. Afin de préparer ce vaste mouvement d’exode urbain, d’autosuffisance locale et de société Low Tech, indiquons quelque orientations pour cet objectif de résilience locale (…) »

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Parentologie : Mon fils est un survivaliste

Le message déplaît, tuons le messager !

Stéphane Foucart* : « Souvenez-vous. Lorsque la question climatique a commencé à se frayer une petite place dans les grands médias, la première forme de négationnisme a consisté à en nier la réalité. Cet argument tombé, il fallut en trouver un autre. Certes, le réchauffement était réel, mais il n’était pas le fait des activités humaines. Puis il fallut chercher autre chose. Certes, le réchauffement était réel, certes il était bien le fait des activités humaines, mais il était sans gravité. Cet élément de langage a aussi fait long feu. Les négationnistes ont alors revêtu des habits neufs. Ce ne sont plus des arguments qui sont attaqués, mais les personnalités qui incarnent la mobilisation contre le réchauffement, ainsi la jeune Greta Thunberg. « Quelle âme habite ce corps sans chair ? », s’interroge Michel Onfray. Elle « affiche son syndrome d’Asperger comme un titre de noblesse », persifle Pascal Bruckner. Pour Raphaël Enthoven, elle n’est « qu’une arnaque, qu’une image, qu’une enveloppe vide mandatée pour dire le Bien ». Au terme de cet été, les forêts, les banquises, les océans et les ressources en eau douce ont certes souffert, mais la qualité du débat public n’a pas, elle non plus, été épargnée. » Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Si-i : Merci pour cet article. Quand la nouvelle est mauvaise, on tue le messager.

E. P : Des vagues de haine et de calomnie amplifiées par les réseaux sociaux qui servent le déni et la désinformation en détournant l’attention. A l’insulte Trump et Bolsonaro ajoutent la provocation de réaffirmer leur projet d’exploitation irraisonnée de la nature. Des méthodes qui obligent à replacer toujours et encore le discours sur l’essentiel, la maison brûle.

Fopa : Les nouveaux sceptiques montrent le syndrome d’Asperger de Greta Thunberg lorsque Greta leur montre la science. »

Marco Prolo : MERCI aux éveillés, à ceux qui prônent l’excès de sobriété. Et aux OUBLIETTES les autres.

Marredesc : Et si la presse n’offrait pas de relais à ces négationnistes ?

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

24 juillet 2019, Greta Thunberg, le climat face aux députés

25 juin 2019, Greta Thunberg répond à ses détracteurs

20 mai 2019, Greta Thunberg, l’icône dont nous avons besoin

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Climat : les habits neufs du scepticisme

Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

Les conférences de consensus (ou de citoyens) sont un mécanisme qui devrait être mis en avant par les écologistes car c’est une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Voici quelques éléments de présentation de ce système mis en place… par Macron ! Voici aussi nos critiques :

Cadre général : La convention citoyenne sur la transition écologique a été annoncée par Emmanuel Macron le 25 avril 2019 lors de sa conférence de presse de conclusion du grand débat : une assemblée de 150 citoyens tirés au sort sera placée sous la double tutelle du ministère de la transition écologique et solidaire et du Conseil économique social et environnemental (CESE). Cette convention « répond à la double demande de plus de participation et de plus d’écologie » et « a vocation (…) à mobiliser l’intelligence collective pour passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions »

Biosphere: « …passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions … » ? Cette phrase n’a aucun sens. Si le consensus admet la gravité d’un sujet, comment imaginer un compromis sur les solutions ? De plus la notion de « tutelle » pose problème, quelle va être l’autonomie réelle des 150 citoyens ? Enfin il est étonnant qu’une telle structure ne soit pas organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP).

Objectif de la Convention : Cette convention citoyenne devrait « redessiner toutes les mesures concrètes d’aides aux citoyens sur la transition climatique dans le domaine des transports, de la rénovation des logements, pour les rendre plus efficaces ». Le ministre de l’écologie François de Rugy précisait : « Nous attendons de cette assemblée qu’elle définisse un paquet de mesures qui seront soit directement transmises aux Français par voie de référendum, soit au Parlement dans un cadre législatif, soit encore qui donneront lieu directement à des mesures réglementaires. »

Biosphere : Greenpeace a estimé que « le gouvernement brandit la participation des citoyens pour dissimuler son inaction… Le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation sur les mobilités ou la loi climat-énergie, sont en cours d’examen. »

Moyens et résultats : Le tirage au sort des 150 Français a débuté lundi 26 août et s’achèvera fin septembre, avant une première réunion début octobre. A l’issue des discussions, « le gouvernement publiera un calendrier prévisionnel de mise en œuvre de ces propositions ». Six week-ends de trois jours de travail sont programmés, avec une journée bilan, fin janvier 2020. Les citoyens pourront par la suite « formuler une réaction commune et publique aux réponses du gouvernement ».

Biosphere : Comme la France est déjà loin de tenir ses engagements sur le climat, cette convention risque fort de ressembler au Grenelle de l’environnement sous Sarkozy qui n’avait abouti à aucune mesure concrète lors de son passage au parlement.

Biosphere-Info : Ecologie, droite ou gauche ?

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A l’heure où l’idée écologique commence à infuser tous les partis politiques s(ou presque) se pose la question de la classification de l’écologie sur l’échiquier politique : droite, gauche, ou ailleurs ? Notons d’abord que depuis les années 1970, le parti socialiste n’a véritablement jamais été présent sur les différents fronts de la lutte environnementaliste et a laissé aux Verts la sous-traitance de cette problématique. Notons aussi que la droite traditionnelle n’a jamais brillé sur le front de l’engagement écologique. Notons pourtant que la droite a eu aussi ses ministres compétents en matière environnementale comme Corinne Lepage, Serge Lepeltier ou Nathalie Kosciusko-Morizet.  Notons surtout que le parti écologiste des Verts a fait en 1984 son entrée en politique sous le slogan : « Ni gauche, ni droite ! ». Son amarrage au Parti socialiste ne date que de 1997 et les élections européennes de 2019 marqueront sans doute son autonomie retrouvée.

Le véritable obstacle en matière écologique ne repose pas sur la dichotomie droite/gauche. Elle repose sur une contradiction qui s’insère au cœur de chaque individu : « Au sein des démocraties, la difficulté viendrait plutôt de la résistance farouche de la majorité des populations à la remise en cause de leur mode de vie, considéré comme un acquis dans le cadre d’un progrès à sens unique, perçu comme un droit. » (Hubert Védrine, Le débat, Janvier-Février 2005, n °133). Plus généralement, il devrait être clair pour tous que l’écologie n’est pas un thème de droite ou de gauche puisque nous sommes tous concernés par l’évolution de la biosphère. Arnold Schwarzenegger le dit simplement : « Il n’y a pas un air républicain ou un air démocrate, il y a l’air que nous respirons tous. » (Le Monde.fr | 11.10.2014, La leçon d’Arnold Schwarzenegger aux climatosceptiques). Voici quelques points de vue historiques sur l’obsolescence de la dichotomie droite/gauche.

1973 La convivialité d’Ivan Illich

La dictature du prolétariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politique de la même domination par un outillage industriel en constante expansion. Une interprétation exclusivement industrielle permet aux communistes et aux capitalistes de parler le même langage. La politique économique socialiste se définit bien souvent par le même souci d’accroître la productivité industrielle que le chantre de la libre entreprise. Aussi longtemps qu’on attaquera le trust Ford pour la seule raison qu’il enrichit Monsieur Ford, on entretient l’illusion que les usines Ford pourraient enrichir la collectivité. La solution ne réside pas dans un certain mode d’appropriation de l’outil, mais dans la découverte du caractère non convivial de certains outils.

1979 Que la crise s’aggrave de François Partant (Parangon, 2002)

En fin de compte, la division entre droite et gauche est aujourd’hui presque totalement dépourvue de sens ; il y a ceux qui cherchent l’avenir en respectant la logique du système, les soumis, et les autres, réfractaires à cette logique : voilà la ligne de partage politique qui traverse toutes les classes. Les écologistes réfractaires luttent contre les moyens et les conséquences de la croissance, ils ébranlent donc notre système qui implique la croissance.

1980 Le Feu vert de Bernard Charbonneau (réédition Parangon, 2009)

L’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints. Déjà commence à se tisser ce filet de règlements assortis d’amendes et de prison qui protégera la nature contre son exploitation incontrôlée. Que faire d’autre ? Ce qui nous attend, comme pendant la seconde guerre totale, c’est probablement un mélange d’organisation technocratique et de retour à l’âge de pierre : les intuitions de la science-fiction risquent d’être plus près de la réalité à venir que la prospective progressiste de M.Fourastié.

1991 Philosophie de la crise écologique de Vittorio Hösle (Wildproject, 2009)

Ce ne sont pas les différents régimes de propriété des moyens de production qui déterminent les modalités d’exploitation de la nature mais bien la mentalité de ceux qui prennent des décisions importantes. C’est avec sagacité qu’André Gorz a subsumé l’économie contemporaine capitaliste et socialiste sous un concept plus large, l’industrialisme. Cela est difficile à faire admettre à ceux qui restent tributaires de l’illusion simplificatrice du modèle gauche/droite. Mais on se rend compte actuellement que des chrétiens démocrates et des sociaux-démocrates partageant une même sensibilité écologique sont plus proches les uns des autres que de leurs camarades de parti qui restent attachés au modèle productiviste.

1999 Politiques de la nature (comment faire entrer les sciences en démocratie) de Bruno Latour

L’écologie politique ne cherche pas à choisir une place à droite ou à gauche, selon l’organisation des travées au parlement. Aucun paquet tout ficelé ne permet d’opposer les forces du Progrès et celles de la Réaction. Les divisions à l’intérieur des partis sont depuis déjà longtemps supérieures à ce qui les réunit. Que faire de la gauche et de la droite si le progrès consiste à aller d’un mélange des faits et des valeurs à un mélange encore plus inextricable ? Si la fraternité réside non pas dans un front de civilisation qui renverrait les autres à la barbarie, mais dans l’obligation de construire avec tous les autres un seul monde commun ? Si l’égalité demande à prendre en charge les non-humains sans savoir d’avance ce qui relève du simple moyen et ce qui appartient au royaume des fins ? Si la République devient une forme de parlement des choses ? L’écologie débute à peine, pourquoi aurions-nous fini d’explorer les institutions de la vie publique ?

2003 Pétrole, la fête est finie d’Heinberg Richard (Résistances, 2008)

Tant la gauche que la droite tendent à occulter le problème de la croissance démographique continuelle. Pourtant tous les pays de la planète ont dépassé leur capacité d’accueil.

2005 Comment ne plus être progressiste…sans devenir réactionnaire de Jean-Paul Besset

  • Tu n’es donc plus de gauche ?
  • Non.
  • Tu ne te sens pas un peu à droite ?
  • Pas plus. De toute façon, aujourd’hui, c’est à peu près pareil.
  • Quand même…
  • Si, si, franchement. La carrosserie change un peu mais le moteur reste le même. Croissance, production, progrès…

Le capitalisme et le socialisme participaient de la même valeur productiviste, et si le second avait triomphé plutôt que le premier, nous serions probablement arrivés à un résultat indique. Les deux systèmes ne partagent-ils pas la même vision opérationnelle de la nature, corvéable à merci pour répondre à la demande ? L’un comme l’autre se proposent de satisfaire l’exigence de bien-être social par l’augmentation indéfinie de la puissance productive : logique de développement des forces productives par le marxisme, libérées de la propriété privée ; dynamique des mécanismes de marché pour le capitalisme, en éliminant les obstacles à son fonctionnement.

La lutte contre l’exploitation des uns et l’arrimage aux privilèges des autres ne peuvent être confondus, mais un même corpus idéologique lie les deux mouvements. Ce qui les rassemble demeure plus fort que ce qui les oppose. C’est d’un même mouvement que les néoconservateurs américains décident de nouveaux forages pétroliers dans le parc national de l’Alaska et que le ¨Parti des travailleurs de Lula donne son feu vert à la culture du soja transgénique sur les terres conquises sur la forêt amazonienne. Au nom du progrès, les idéologues de la bourgeoisie mais aussi la plupart des marxistes prédisent un monde sans paysans. A croire que ceux-ci constituaient une race de perturbateurs, celle qui maintient le lien avec la nature, et qu’il fallait définitivement tourner cette page « archaïque » de l’histoire.

Pour basculer vers la société durable, nous n’avons besoin ni de la droite, ni de la gauche. D’un même mouvement, elles se refusent à prononcer les mots qui fâchent – limites, décroissance, sobriété, modération, écotaxes – et elles n’envisagent de changements qu’à l’étalon des mots usés – modernité, développement, progrès.

2006 Pour un pacte écologique (avec le Comité de veille écologique) de Nicolas Hulot

Madame ou monsieur le futur président de la République, l’impératif écologique n’est pas une priorité, c’est LA priorité.

Mobilisation ! J’emploie ce terme à dessin, dans son sens guerrier, même si cette guerre est d’un type particulier puisqu’elle est dirigée contre nous-mêmes. L’ennemi ne vient pas de l’extérieur, il siège à l’intérieur de notre système et de nos consciences. L’impératif écologique ne sera pas relevé en faisant l’impasse sur cette double dimension, collective et individuelle, en sous-traitant le problème aux scientifiques, aux politiques ou aux industriels. Nous avons besoin que chacun participe au changement. L’impératif écologique dessine un paysage politique radicalement différent de ceux auxquels nous sommes habitués. Il suppose une confluence d’intérêts plutôt qu’un conflit d’intérêts. Il faut en finir avec les logiques exclusives de parti, cette psychologie de horde où l’individu abdique toute conscience pour privilégier les intérêts de sa boutique. Si quelque chose émerge, ce ne sera ni à droite ni à gauche, ni au centre, mais au-dessus. Il est indispensable que toutes les familles politiques partagent le même diagnostic et votent de concert les grandes orientations pour une mutation écologique de notre société, d’autant plus qu’elles seront parfois rugueuses.

2006 Les Ecovillages de Jonathan Dawson

L’intérêt principal des communautés de résilience, c’est qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle idéologie, mais d’une pratique : comment faire en sorte que sa communauté d’appartenance puisse faire face prochainement aux chocs que sont l’épuisement des ressources fossiles (le pic pétrolier…), le réchauffement climatique, l’éloignement de l’homme par rapport à la nature. C’est aussi une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les bobos et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. La volonté de vivre en communauté repose non sur les affinités de ses membres mais sur des valeurs et une mission communes remonte aux brumes de la préhistoire.

2007 petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche (1001 nuits)

La croissance et le développement étant respectivement croissance de l’accumulation du capital et développement du capitalisme, la décroissance ne peut être qu’une décroissance de l’accumulation, du capitalisme, de l’exploitation et de la prédation. La véritable dualité politique n’est plus celle qui distingue « la droite » de « la gauche », mais celle qui sépare les partisans respectueux du souci écologique des autres, les prédateurs. La critique radicale de la modernité a été plus poussée à droite qu’à gauche, avec Hannah Arendt ou Cornelius Castoriadis. Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Yann Arthus-Bertrand ne sont pas « de gauche ». Et le programme d’une société de décroissance que nous proposons est aussi peu partagé à gauche qu’à droite.

2009 C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici Jean-marc et Grandjean Alain (Seuil)

De l’extrême gauche à l’extrême droite, ils sont tous d’accord : il y a peut-être un problème avec le pingouin sur la banquise, ce qui rend les enfants très tristes, mais cela ne concerne pas les affaires des grandes personnes, comme le pouvoir d’achat ou la compétition économique internationale. Au dernier débat présidentiel, c’est donc du même côté de la table que nous aurions dû trouver Royal, Sarkozy, et les deux journalistes politiques qui les interrogeaient. Tous les quatre étaient tellement confiants dans leurs promesses de croissance infinie ! Seule la répartition des sucettes supplémentaires était un sujet de débat.

2009 Simon Charbonneau, Résister pour sortir du développement (le droit entre nature et liberté) (Sang de la Terre)

Le clivage qui marque depuis la Révolution française la séparation entre une droite conservatrice et cléricale et une gauche républicaine et progressiste est obsolète. Les repères se brouillent, la droite a même confisqué à la gauche le monopole du progressisme et de l’engagement écologique. L’opposition entre la droite et la gauche est aussi en décalage croissant avec l’urgence écologique. Faut-il rappeler que les représentants du capitalisme comme ceux du socialisme ont toujours manifesté une foi inébranlable dans les vertus d’un progrès menant l’humanité vers le bien être matériel et la paix entre les hommes. Cette croyance au progrès, marqué pourtant par des totalitarismes et des massacres, entre dans une crise idéologique majeure. Comme l’écologie est transversale, elle ne peut être revendiquée par aucun parti.

2009 Le syndrome du Titanic – 2 de Nicolas Hulot

On ne m’en fera pas démordre : les enjeux écologiques se situent au-delà de l’affrontement traditionnel entre droite et gauche. Nous ne défendons pas des intérêts particuliers, mais l’humanité tout entière. Quel que soit le vainqueur des élections, il s’agissait pour moi de continuer à ouvrir l’espace de l’impératif écologique.

2009 Sur quelle planète vont grandir mes enfants ? (Ecologie, clé du futur) de Jean-Guillaume Péladan

Les modes de gestion des ressources et des biens publics ne sont ni de droite, ni de gauche. Les clivages idéologiques passés accusent leur obsolescence.

2009 Tu viens ? de Nathalie Kosciusko-Morizet

On entre en politique, adolescent, pour faire bouger les choses. Lorsque j’en ai éprouvé le besoin, et rien n’a changé depuis, il m’a semblé que le levier du mouvement était à droite, quand la gauche française me paraissait vouée à la répétition vaine de principes dont elle faisait, au mieux, une sorte de vêtement de l’inertie. L’invocation permanente de la justice sociale, du partage, et du « pluriel », tout cela ne n’habillait plus rien, ne disait plus aucune espérance. Qu’on le veuille ou non, c’est bien la droite qui a porté en France la législation environnementale, qui lui a donné un principe constitutionnel et qui a organisé la première véritable concertation publique sur l’ensemble de ces enjeux : création en 1971 du ministère de l’environnement par Georges Pompidou, loi Barnier en 1995, Charte de l’environnement en 2005 avec Jacques Chirac et « Grenelle de l’environnement » lancé en 2007 par Sarkozy.

2010 Le paradis sur Terre d’Alain Hervé

On l’a entendu aussi bien à gauche qu’à droite pendant le débat parlementaire (en 1979) sur l’industrialisation nucléaire : « Pour réduire les inégalités sociales, nous avons besoin de davantage d’énergie. » Ce qui revient à dire, à droite : « Nous refusons de partager les richesses déjà accumulées, mais ça ne nous coûte pas cher de promettre de partager les richesses à venir. » A gauche, cela veut dire : « Plutôt que chambarder la société, nous attendons que la corne d’abondance nucléaire commence à produire et nous serons là pour répartir justement ses fruits. » Et voilà toute la classe politique agenouillée, mains jointes devant la machine, l’implorant de déverser une pluie de bienfaits. Ainsi soit-il. J’ai eu du fait de ma profession l’occasion de bavarder avec quelques-uns de nos dirigeants. Je peux citer Jospin, Rocard, Guichard, Couve de Murville… Gauche, droite, je les ai tous trouvés parfaitement ignares en ce qui concerne les notions les plus élémentaires de l’écologie : les biotopes, la biodiversité, la chaîne alimentaire, les risques liés à l’énergie nucléaire, aux manipulations génétiques… Enfermé à vie dans un système de références appris à l’école (souvent à l’ENA) et dont ils étaient incapables de sortir. Et ça ne change pas avec les nouveaux venus.

2010 Manifeste pour une société écologique (texte de synthèse lors de la création d’EELV le 13 novembre 2010)

A droite, à gauche ou au centre, beaucoup se disent maintenant convaincus de l’importance de la question écologique. C’est un effet spectaculaire de l’impact de la crise. Les écologistes n’ont pas de raison de douter de la sincérité des évolutions individuelles. Ils s’en réjouissent même. Mais force est de constater que, dans les programmes et les décisions des formations de droite, de gauche ou du centre, l’intégration de la question écologique apparaît plus comme une posture d’opportunité, une concession à l’air du temps, que comme un véritable tournant.

  Dans les mouvements libéraux, conservateurs, sociaux-démocrates ou d’inspiration marxiste, la problématique écologique reste généralement perçue comme relativement secondaire, une catégorie parmi d’autres, un secteur d’intervention supplémentaire qu’il s’agit d’ajuster sans faire obstacle à l’orientation prioritaire, à savoir les politiques de stimulation de la croissance à des fins de redistribution en direction de leurs bases sociales.Fossilisés par leur histoire, ils se refusent à accomplir une mue qui les montrerait nus.

L’écologie politique a donc toute raison de revendiquer son autonomie, refusant de devenir une force d’appoint assignée à la sous-traitance ou au supplément d’âme. Mais autonomie n’est pas isolement. Les écologistes ne sont pas seuls au monde. Il nous faut donc construire des majorités d’idées en cherchant en permanence des partenariats avec d’autres forces politiques et plus largement avec les organisations et les mouvements sociaux concernés, à travers des pactes ponctuels, sectoriels ou régionaux, démarche pouvant se prolonger jusqu’à conclure des accords de gouvernement ou de mandature.

Les écologistes n’exigent aucun passeport idéologique si l’accord intervient sur l’essentiel du projet de société. Mais le poids de l’histoire et la réalité politique obligent à constater que l’attachement des partis de droite aux formes les plus sauvages du libéralisme, vecteur privilégié de l’approfondissement des crises, dogme idéologique et système économico-social rigoureusement incompatibles avec la mutation écologique, rend les rapprochements impossibles. Les écologistes seront toujours disponibles pour appuyer toute mesure qui irait dans le bon sens, quels qu’en soient les protagonistes, mais ils ne se laisseront jamais enfermer dans des opérations de dilution de leur projet dans les méandres du capitalisme vert. L’écologie politique est donc conduite à envisager ses alliances avec la social-démocratie et les partis qui se réclament de la gauche. Cela ne va pas de soi. Certes, des sensibilités voisines sur les questions de droits humains et de justice sociale, confortées par des complicités militantes et des proximités historiques, ont conduit les écologistes à collaborer souvent étroitement avec les forces de gauche. Des valeurs se croisent, des objectifs convergent. L’écologie politique ne sera jamais neutre vis-à-vis du clivage droite-gauche quand il s’agit de choisir entre des politiques qui favorisent les privilégiés et celles qui se préoccupent des démunis.

Pour autant, les écologistes et les gauches ne sont pas des alliés naturels. Ils n’ont pas le même ancrage historique et ne s’inscrivent pas dans le même horizon. Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fascinés par ses fétiches et ses addictions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. Les écologistes souhaitent les convaincre de changer d’orientation. Mais ils n’ont pas vocation à épouser une doctrine qui n’est pas la leur en y introduisant un peu de vitamine verte.

Le champ de la discussion et des convergences est donc ouvert ainsi que l’indiquent de nombreux signaux venus des rangs de gauche. Mais les frémissements ne font pas une politique et, de la parole aux actes, le changement de cap reste à démontrer. En l’état actuel des projets respectifs, l’écologie politique n’est pas candidate à une union de la gauche où son identité se dissoudrait. Elle est néanmoins prête à des contrats de partenariats avec les gauches disposées à aller aussi loin que possible vers la transformation écologique et sociale de la société.

2011 Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici

En Occident, alors que certains pays ont été soi-disant à gauche et d’autres soi-disant à droite, les modes de consommation à l’arrivée sont furieusement identiques ! Dans le monde fini qui est le nôtre, le mode de vie futur va dépendre bien davantage de la disponibilité de l’énergie par personne que de la nature des régimes politiques.

2011 Des écologistes en politique d’Erwan Lecoeur (lignes de repères, 2011)

L’écologie politique comporte la même temporalité ternaire du mythe, passé harmonieux du climax, présent catastrophique et projet de sauvetage de la planète ; toutefois le héros central du récit n’est plus le prolétariat comme dans la philosophie de l’histoire du XIXe, mais la nature. Après le libéralisme et le socialisme du XXe siècle, l’écologie est la grande idée du XXIe siècle, qui répond à la principale question du temps : la question naturelle. C’est au-delà du clivage droite-gauche que se situe l’écologie. Corinne Lepage, Dany, Cécile ou José, tous expriment un refus de se laisser enfermer dans le clivage entre une gauche dont nul ne semble plus distinguer les valeurs et une droite dont on sait trop ce quelle réserve à l’écologie, en dernière analyse.

Corinne Lepage n’a jamais eu d’autres engagements politiques que l’écologie, n’a jamais été dans d’autres partis politiques qui ne soient écologistes. L’écologie doit affirmer son autonomie. Elle était dès la première réunion de Génération Ecologie en 1990, elle a créé Cap 21 en 1996, devenu parti politique en 2000. Elle a parcouru presque tout l’éventail politique, elle en connaît les dessous : « Les partis traditionnels ont certes un volet écologique dans leur programme politique, cela va de soi. Mais la question est traitée en aval. Lorsqu’ils ont décidé le modèle socio-économique qu’ils veulent mettre en place, alors ils se posent la question de l’impact environnemental que cela va avoir. La particularité de l’écologie politique est dans l’inversion de l’ordre des facteurs : qu’est-ce qui fait système ? Moi, je suis pour faire de l’économie un sous-système de l’écosystème global. L’alternative, c’est de ne plus considérer les capacités physiques de la planète comme étant une variable d’ajustement, mais comme étant le point à partir duquel on construit un projet politique. »

Daniel Cohn-Bendit précise : « Dans le ni droite, ni gauche, il y avait quelque chose de juste. C’est vrai qu’on est critique du productivisme de gauche, et du productivisme de droite, donc on est ni à gauche, ni à droite, on est autre part… C’est vrai aussi qu’à certains moments historiques, il faut créer des majorités, et que dans certaines majorités, tu ne peux pas réaliser ce que tu veux faire. »

Cécile Duflot peut conclure : « C’est vrai que c’est compliqué de faire des alliances avec le Parti socialiste. Oui, on est une troisième voie ; oui, on est capable de passer des accords ; non, ce n’est pas automatique. Nous Europe Ecologie et les Verts, notre position, c’est de revendiquer, à la fois, l’autonomie de notre projet politique différent, et la possibilité de passer des accords.  On ne peut légitimer des valeurs politiques qui sont basées sur la compétition, la concurrence, le refus de prendre en compte le long terme… »

En clair, le refus du positionnement procède d’un refus des termes habituels du champ politique pour restituer le radicalisme que les écologistes veulent poser comme une nécessité. Mais comment, sans le soutien du PS,  accéder à la qualification aux législatives, scrutin uninominal à deux tours ?

2011 La décroissance heureuse (la qualité de la vie ne dépend pas du PIB) de Maurizio Pallante

Depuis toujours, les innombrables variantes de la droite et de la gauche se mesurent sur la scène politique à la stratégie la plus efficace pour faire croître la production de marchandises. De 1917 à 1989, la confrontation a été monopolisée par le défi opposant marché et planification, entre le capitalisme des Etats-Unis et le socialisme de l’Union Soviétique. Une confrontation analogue s’est produite et se produit encore entre partis de droite et de gauche à l’intérieur de pays à économie de marché. Le culte de la croissance économique, de l’innovation et du progrès unit tous les partis de droite et de gauche. S’ils sont au gouvernement et que le PIB croît, ils sonnent le clairon et en attribuent le mérite aux choix de leur politique économique. Si, par contre, la croissance ralentit ou, pire, est égale à zéro, ou pis encore, est négative, les partis d’opposition se déchaînent accusant leurs adversaires d’être incapables de gouverner.

En agitant le drapeau du progrès, des changements et des innovations, la gauche a contribué à introduire dans le patrimoine génétique des classes subalternes le système de valeurs sur lesquelles est fondé le mécanisme de la croissance économique et le pouvoir des classes dominantes qui le dirigent. Celui qui dénonce les problèmes très graves causés par la croissance et pense qu’on doit entamer le plus vite possible la voie de la décroissance, se met hors de la dialectique entre droite et gauche. Pourtant il n’est pas nécessaire de regretter le passé pour critiquer le présent. Droite et gauche partent de l’hypothèse que plus le gâteau est gros, plus il y en aura pour tout le monde. Cela n’allège pas les souffrances de quatre cinquièmes de l’humanité auxquels on soustrait ce qui est nécessaire pour vivre, pour faire un grand gâteau dont les classes subalternes des pays développés mangent les tranches les plus fines.

2011 Petit bréviaire écolo de Wilfrid Séjeau et Erwan Lecoeur (les Petits Matins)

« L’écologie, ça ne devrait être ni de droite ni de gauche »

Environ la moitié des Français ne se reconnaît plus dans cette séparation entre droite et gauche. Avant d’être de droite ou de gauche, les écologistes sont… écologistes. L’écologie politique n’est pas ailleurs, elle est devant ! Les écolos sont bien isolés lorsqu’ils posent une critique radicale de la société de consommation et du matraquage publicitaire. Les écologistes sont toujours les seuls à remettre en cause les religions du progrès et de la croissance. Les écolos fauchent les champs d’OGM. Au fond, et en dehors du fait que le sarkozysme a remis la droite sur l’axe de l’extrême droite, c’est quoi, au juste, d’être « de gauche » ? A quoi bon s’enferrer dans des clivages paresseux aux contours flous. Il n’empêche que la préservation des ressources et des milieux naturels ne fait pas bon ménage avec le libéralisme économique.

2012 Le futur a-t-il un avenir ? (pour une responsabilité socio-écologique) de Philippe Lebreton

La droite privilégie le niveau de l’individu, la gauche celui de la société ; les dépassant tous deux, l’écologisme s’intéresse au destin de l’espèce humaine (et de la biosphère) dont dépendent solidairement société et individus.

Question : « Si la droite se convertissait réellement à l’écologie, voteriez-vous pour elle ? » Réponse : « Oui, car ce ne serait plus la droite. » « Et si la gauche faisait de même ? » « Oui, car ce serait enfin la gauche » (Philippe Lebreton, l’excroissance, 1978)

2013 Plus haut que mes rêves de Nicolas Hulot

J’avais lancé le Pacte écologique pour la présidentielle 2007. Je demandais aux politiques de ne plus s’affronter systématiquement mais de valider les idées pertinentes d’où qu’elles viennent. S’il n’existe pas un esprit de concorde entre la droite et la gauche, nous assisterons impuissants à l’effondrement de notre planète. Si les politiques signent le Pacte, je me retire de la course à la présidence. Après son paraphe, Sarkozy me renvoie dans les gencives : « Cet exercice ridicule auquel tu m’as obligé à me prêter devant tes écologistes barbus… »

(…) EELV a négocié un accord avec le parti socialiste sur un certain nombre de députés sans demander mon avis ni celui d’Eva Joly. Conditionner l’engagement écologique à un ancrage politique est un problème majeur. Il aurait fallu que je proclame ma symbiose absolue avec la gauche alors que, sur les sujets écologiques, elle n’est pas plus éveillée ou instruite que ne l’est la droite. Si leurs priorités diffèrent, leurs modalités sont identiques.

Astrid, l’enfant mort-né du nucléaire

Le projet de réacteur à neutrons rapides (RNR) Astrid est abandonné par son père, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). D’après la Cour des comptes, près de 738 millions d’euros avaient été investis dans ce plan à fin 2017, dont près de 500 millions proviennent du grand emprunt du Programme d’investissements d’avenir. Le réacteur Superphénix de Creys-Malville (Isère), fermé en 1997 sur décision du gouvernement Jospin, s’appuyait déjà sur ce concept. L’objectif de cette « quatrième génération » était d’utiliser l’uranium appauvri et le plutonium comme combustibles, autrement dit de réutiliser les matières radioactives issues de la production d’électricité du parc nucléaire actuel et en grande partie stockées sur le site de la Hague (Manche). Astrid était censé, non seulement transformer en combustible des matières aujourd’hui inutilisées, mais aussi réduire de manière importante la quantité de déchets nucléaires à vie longue.

Astrid, acronyme de l’anglais Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration, était un projet de prototype de réacteur rapide qui devait être construit sur le site nucléaire de Marcoule, dans le Gard. Astrid aurait fonctionné avec un cœur à neutrons rapides refroidi au sodium. Pas de quoi tomber amoureux, elle aurait ressemblé tellement à son grand frère de Creys-Malville, Superphénix ! Quel démantèlement pour Superphénix ? Les 5500 tonnes de sodium, dont la majorité est irradiée, sont encore loin d’être traités. Les ateliers nécessaires n’avaient pas été prévus à la construction de la centrale ! Le sodium primaire est donc maintenu à la température de 180 °C pour rester à l’état liquide. Or le sodium liquide s’enflamme au contact de l’air et explose au contact de l’eau. Pour connaître un emballement du cœur d’un tel réacteur, il suffit d’une fuite de sodium peut provoquer la catastrophe. L’explosion atomique dans un surgénérateur porte le nom rassurant d’« excursion nucléaire ». Nous préférons les excursions amoureuses.

Cet abandon prévisible d’Astrid soulève deux questions capitales pour l’avenir de la filière nucléaire hexagonale*. La première est celle des quantités importantes d’uranium appauvri et de plutonium dont dispose le pays. Jusqu’à présent, elles sont considérées comme des « matières radioactives », puisqu’elles pourraient en théorie être réutilisées dans un réacteur à neutrons rapides. Mais si cette filière était abandonnée, ces matières risqueraient de rentrer dans la catégorie des « déchets », pour lesquels aucune solution n’est prévue. Plus encore, pour le groupe Orano, (ex-Areva) spécialisé dans le recyclage des combustibles usés, ils représentent une manne économique potentielle qui perdrait toute valeur.Le renoncement à Astrid pose aussi un problème plus fondamental pour la filière. La troisième génération, celle de l’EPR, n’a pas encore réellement vu le jour, embourbée dans le chantier cauchemardesque de Flamanville (Manche). Le réacteur ne devrait pas être mis sur le réseau avant fin 2022, au mieux. Sans garantie sur la troisième génération de réacteurs, et sans recherche sur la quatrième, le nucléaire français pourrait voir son avenir s’assombrir encore un peu plus.

Nos articles précédents sur ce blog biosphere :

17 mars 2019, Nucléaire, des risques sans alternative nucléaire

27 avril 2016, Le démantèlement super-compliqué de Superphénix

3 juillet 2012, ASTRID, une belle salope adorée des politiques

16 novembre 2010, Astrid, une belle salope…

* LE MONDE du 30 août 2019, Nucléaire : la France abandonne la quatrième génération de réacteurs

PS, en route vers la social-écologie ?

Université d’été du parti socialiste à La Rochelle (la première depuis 2015, le PS avait peur de son ombre). Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a appelé à développer la «dimension écologique» de son parti, plaidant pour éviter à la fois «l’effacement» et «l’isolement» face notamment aux Verts. Interrogé par l’AFP, il précise : « Il n’y a pas d’écologie viable sans le social et pas de société viable sans l’écologie» . Il souhaite construire un chemin qui mêle les deux : «Tout le monde parle social, écologie et démocratie. Notre spécificité c’est que nous allions l’ensemble». Les dirigeants socialistes ont adopté un nouveau slogan, celui du « mariage de la justice environnementale et de la justice sociale ». Pas de quoi discerner une originalité stratégique des socialistes, tous les partis disent faire de même. Mais quelles écologie, superficielle ou de rupture ? Les oppositions demeurent entre éléphants du PS, comme un fossé béant :

Raphaël Glucksmann : « Il y a des sacrifices qu’il faudra faire du côté de ceux qui consomment le plus, pas du côté des classes populaires. On ne peut pas avoir et le productivisme et l’écologie. »

Stéphane Le Foll  : « Je ne suis pas pour la sobriété mais pour une croissance sûre qui porte le progrès. Ce n’est pas l’écologie comportementale individuelle en ne prenant plus l’avion ou en ne mangeant plus de viande qui va régler la question du réchauffement, mais des investissements dans l’efficacité énergétique. »

Olivier Faure : « Il faudra se poser des questions sur le bilan carbone de nos week-ends quand on prend l’avion et remettre en cause des projets, comme le Lyon-Turin ou Europacity. »

Urgence écolo contre politique des petits pas

La ministre de l’écologie Emmanuelle Wargon* dit le contraire de ce qu’il faudrait penser. Démonstration :

Emmanuelle Wargon : Se coltiner le réel suppose de faire des compromis, d’avancer étape par étape. Nicolas Hulot avait beaucoup plaidé pour que son ministère s’appelle transition écologique et solidaire, or, l’idée même de transition, c’est d’y aller progressivement. L’ambition du président de la République et du premier ministre est intacte, et même renforcée.

Biosphere : Lors de sa démission du gouvernement il y a un an, Nicolas Hulot dénonçait la politique des « petits pas » en matière écologique. L’éveil de Macron à l’urgence écologique peut se résumer par l’expression « Lentement mais pas trop vite ». Sa ministre de l’écologie est au diapason. Il y a longtemps que la situation n’exige pas une « transition », mais une écologie de rupture.

Emmanuelle Wargon : La position gouvernementale pose la question de savoir si la transition écologique est compatible ou non avec le libre-échange et l’économie de marché. Ma réponse est oui. Dire que l’on va fermer les frontières à tout n’est pas la solution. Nous n’avons pas d’alternative à l’économie de marché en tant que système. Elle a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté dans le monde pendant les trente dernières années.

Biosphere : Business as usual ! Voir que l’on fait du surplace au niveau du discours gouvernemental est terrifiant. La relocalisation des activités n’implique pas la fermeture brutale des frontières, mais un soutien net aux circuits courts par la taxation des produits qui voyagent inutilement. L’économie de marché nous envoyait dans le mur, le système de l’offre et de la demande ne se soucie que du court terme, on a besoin d’une régulation politique des prix pour favoriser le long terme. Par exemple le prix de l’essence devrait déjà être au dessus de 10 euros et les consommateurs devraient savoir que la pénurie croissante des ressources implique des changements drastiques de leur comportement. Sobriété ne veut pas dire pauvreté.

Emmanuelle Wargon : Si les engagements pris par les pays du Mercosur, et en particulier le Brésil, en matière de protection de l’environnement et de la biodiversité ne sont pas tenus, la France s’opposera à la ratification de cet accord et cela bloquera son application. Notre position est claire et sans ambiguïté.

Biosphere : Comme quoi Macron s’est aperçu que le libre-échange n’avait pas que des vertus. Il était ridicule d’importer des protéines végétales au détriment de l’Amazonie alors qu’il faudrait tendre à l’autonomie alimentaire de chaque pays.

Emmanuelle Wargon : L’opinion publique nous demande d’être capables de passer à l’acte, et cela implique des changements profonds de politiques publiques qui prennent du temps. On a vu, avec le mouvement des « gilets jaunes », qu’on ne peut agir de façon dogmatique ou péremptoire.

Biosphere : Des mesures radicales sont nécessaires, mais elles font perdre un électorat potentiel… Si on suit cette voie, on ne pourra éviter la catastrophe. Un gouvernement digne de l’impératif écologique doit savoir distinguer les revendications multiples et disproportionnées des Gilets jaunes et l’évolution de l’opinion publique. Nos concitoyens se rendent compte de plus en plus clairement que les menaces planétaires vont exiger beaucoup d’efforts individuels et collectifs pour éviter les larmes et le sang. Gouverner ne veut pas dire « faire plaisir » !

Emmanuelle Wargon : L’opinion publique nous demande d’être capables de passer à l’acte, et cela implique des changements profonds de politiques publiques qui prennent du temps. Les agriculteurs, par exemple, on leur donne jusqu’en 2025 pour réduire de 50 % leur consommation de pesticides. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, il faut trouver des solutions alternatives.

Biosphere : Les plans de réduction des pesticides, c’est comme l’isolation des logements ou la fermeture des centrales nucléaires: tous les cinq ans on fait un nouveau plan pour dire qu’on se donne cinq ans pour agir, parce qu’il faut « laisser du temps au temps ». Conséquence, le plan Ecophyto issue du Grenelle de l’environnement en 2007 devait déjà réduire de moitié l’utilisation des pesticides en 2018 ; on constatait en 2015 que l’objectif ne serait pas atteint, alors on a inventé Ecophyto 2, et la consommation de pesticides a continué d’augmenter. Les solutions alternatives, c’est l’agriculture biologique !

Emmanuelle Wargon : Je ne sais pas ce que diront les citoyens au sujet de la taxe carbone. Mais, la logique, c’est qu’ils nous entraînent, qu’ils nous aident à faire les changements le plus vite possible tout en les rendant acceptables. La taxe carbone permettrait de financer toujours plus d’actions pour l’écologie. Le produit de toute augmentation devrait être alloué à 100 % à la politique écologique. Cette taxe permet de montrer à tout le monde que les carburants fossiles ont un impact sur l’environnement. Mais elle ne saurait être réintroduite sans accord démocratique.

Biosphere : Si on comprend bien la ministre de l’écologie, il faut une taxe carbone, mais il faudrait d’abord attendre l’avis de l’opinion publique. A ce rythme, on aboutira au choc pétrolier ultime sans avoir modifié quoi que ce soit de nos structures énergivores. C’est pourquoi, les illusions macronistes dissipées, un gouvernement futur sera obligé d’instaurer une carte carbone, le rationnement de l’énergie.

* LE MONDE du 27août 2019, Emmanuelle Wargon : « L’idée même de transition écologique, c’est d’y aller progressivement »