Le sentiment qui m’habite, c’est l’angoisse

« Le sentiment qui m’habite, en vérité, et qui habite plein de gens, c’est l’angoisse : quel monde terrifiant va-t-on laisser à nos enfants ? » Les anti-écolos qu sévissent dans les médias devraient méditer un peu plus cette phrase de Ruffin. De source sûre depuis le rapport sur les limites de la croissance en 1972 et toutes les études scientifiques qui, depuis, ont confirmé le mauvais état dans lequel nous mettons la planète, tout le monde devrait savoir que ce monde thermo-industriel court à sa perte. Les illusionnistes anti-écolo ne font qu’accélérer un peu plus la vitesse à laquelle on fonce vers le mur. Voici quelques textes récents de référence :

1) Le sentiment qui m’habite, en vérité, et qui habite plein de gens, c’est l’angoisse : quel monde terrifiant va-t-on laisser à nos enfants ? Nous fonçons droit dans le mur écologique, à vitesse accélérée. On le sait, et on sait pourquoi : avec le triptyque croissance-concurrence-mondialisation, on rend l’air irrespirable, l’eau imbuvable et la planète invivable pour nos enfants. Il nous fallait appuyer sur le frein, changer de direction, mais nous ne faisions rien. A la tête de notre pays, nous avons des gens qui sont psychologiquement, idéologiquement et culturellement incapables de rompre avec la main invisible du marché, et avec la mainmise des firmes. Depuis trente ans, la mondialisation a tracé une frontière entre vainqueurs et vaincus. Nos dirigeants parlent de souveraineté alimentaire, et en même temps, ils signent des accords pour importer du bœuf mexicain ! Laissée libre, la main invisible du marché élève les uns, écrase les autres. Elle ne va pas naturellement relocaliser l’agriculture, les vêtements, les aliments. Aujourd’hui, il faut une direction à l’économie, comme aux États-Unis durant la guerre : toute l’énergie, tous les capitaux, tous les savoir-faire du pays étaient dirigés vers la production de chars, de bombardiers, de porte-avions. Il nous faut une économie de guerre climatique. Que veut-on produire ? Il y a des tas de productions inutiles, qu’il faut cesser. Nous devons rompre avec la croissance. Comme but poursuivi pour l’industrie, je pose l’impératif écologique. L’enjeu, aujourd’hui, est d’ouvrir un chemin d’espérance entre l’extrême droite et l’extrême argent. » (François Ruffin dans LE MONDE du 30 mai 2020)

2) Certains acteurs arguent de leur incapacité à mettre en œuvre ces mesures écologiques en temps de crise économique. Mais les difficultés des entreprises ne doivent pas faire perdre de vue l’impératif de la transition vers une économie circulaire plus sobre en ressources qui favorise l’allongement de la durée de vie des produits. En France, la loi anti-gaspillage a posé les jalons d’une consommation plus durable en facilitant les solutions grâce à des mesures comme l’indice de durabilité, le fonds réparation, la priorité au réemploi et à l’économie circulaire dans la commande publique, la disponibilité des pièces détachées, l’écoconception, etc. Nous, associations et entreprises conscientes de l’urgence écologique, demandons à ce que le cap de la loi anti-gaspillage soit au minimum maintenu pour passer enfin au monde d’après, un monde dans lequel les produits sont conçus pour durer, être donnés, loués, reconditionnés ou réparés, en cohérence avec l’existence d’une seule planète terre sur laquelle prospérer. (collectif du Club de la durabilité dans LE MONDE du 2 juin 2020)

3) Après le prolétaire le planétaire, les radicalités ont trouvé leur nouveau cheval de bataille, et ce n’est que réalisme face au libéralisme économique. Rappelons que ce libéralisme est une doctrine qui repose sur le désengagement de l’Etat, la responsabilité des chefs d’entreprise, la loi du marché et les inégalités. Faire le plus de fric possible le plus rapidement possible ! L’enjeu écologique au contraire nécessite une vision du long terme qui est complètement absente des mécanismes de l’offre et de la demande. L’enjeu écologique nécessite de casser la spirale néfaste imitation/ostentation qui découle de la différence des normes de consommation entre riches et pauvres. L’enjeu écologique nécessite une forte intervention de l’État et sans doute une planification écologique. L’enjeu écologique nécessite la participation de tous aux efforts nécessaires. (biosphere)

Dogmatique traitant autrui de dogmatique

Christophe Ramaux en mai 2020 : « Avec la décroissance, il n’est pas possible d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de « faire payer les riches »… Réduire le PIB c’est réduire la production et la demande, mais aussi automatiquement les revenus distribués… Le découplage entre production et émissions de GES a déjà commencé à l’échelle mondiale en réduisant l’intensité carbone de l’énergie par le recours au nucléaire… La plupart des partisans de la décroissance abandonnent de fait l’objectif du plein-emploi… Un emploi quel qu’il soit augmente la richesse monétaire, le PIB, et partant le niveau de vie… L’émancipation sociale au XXe siècle a été embrumée par le dogmatisme rouge. Puisse le XXIe siècle ne pas l’être par le dogmatisme vert. »

Christophe Ramaux en août 2019 : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux. L’écologie mérite mieux que la régression des nouveaux prophètes de l’apocalypse… Miser sur la réduction de la croissance économique annihilerait le développement (le soulèvement des « gilets jaunes » atteste l’étendue des besoins insatisfait)… L’écologie elle-même exige un surcroît de croissance : rénovation du bâti, etc. .. Le découplage relatif – augmentation des gaz à effet de serre (GES) inférieure à celle du PIB – a déjà commencé à l’échelle mondiale, le découplage absolu n’est pas hors d’atteinte… La réduction de l’intensité carbone de l’énergie implique d’abandonner les énergies fossiles au profit du nucléaire… L’histoire fourmille de promesses d’émancipation abîmées par le dogmatisme. Puisse l’écologie y échapper. »

Les commentateurs sur lemonde.fr étrillent à juste titre ce maître de conférences qui répète toujours la même chose sans se soucier de la validité de ses dires :

20100 : Soyons sérieux il n’y a pas de découplage à cause de l’habituel effet rebond : une amélioration d’efficacité est toujours contrebalancée par une augmentation plus importante de la consommation (croissance oblige…). On est toujours dans la fuite en avant.

ChrisL : Ce mec Ramaux ne connaît que l’argent ! Il n’a jamais entendu parler de solidarité, d’échanges directs de services et de biens sans passer par l’argent. Il oublie que le PIB ne prend pas en compte la dégradation de l’environnement.

JY REHAULT : Si l’on intégrait en négatif dans le PIB l’épuisement la planète, la décroissance serait constatée depuis longtemps !

VDBs : Il n’est nul besoin d’être expert pour réaliser que le modèle actuel ne garantit plus le plein emploi depuis belle lurette et ne le fera jamais. Cela n’est possible que dans certaines régions du monde qui deviennent pendant un temps les usines pour le reste des pays, jusqu’à ce qu’elles se fassent supplanter à leur tour. Ce discours anti-écologique est même assez extraordinaire. Ce ne sont pas les écologistes qui alertent contre la surexploitation de la planète, contre le réchauffement climatique ou contre les dangers du nucléaire ou de la destruction de la biodiversité, ce sont les scientifiques. Les écologistes, dans l’ensemble, ne font que tenter de proposer des solutions, à discuter bien entendu, à ces problèmes incontournables. Cet article donne l’impression qu’il faudrait ignorer pour continuer dans la voie qui les a créé. Je trouve que cette vision d’un économiste « à la Sorbonne» n’est pas à la hauteur des enjeux.

Iphigenie : Ce que l’article ne dit pas, c’est que nous avons 0 solution, nada, rien, pour faire bouger les voitures, produire dans les champs et créer des services sans émettre de CO2. La voiture électrique produit autant de CO2 que celle à pétrole (il faut retourner des millions de tonnes de terre pour isoler les terres rares des batteries). La compensation est un mythe (il faudrait planter 50% de la surface de la France pour compenser nos émissions françaises ). Donc la décroissance viendra, soit organisée, avec ses limites, soit forcée, dans la violence. C’est là notre choix.

Desideriusminimus : Que de sophismes dans ce texte qui n’est informé qu’en apparence ! Pour ce qui est de la décroissance, ce n’est pas une option politique, mais un constat de fait qui relève de la physique : dans un monde fini, une croissance infinie est impossible. ucun décroissant que je sache ne prône «d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de ‘faire payer les riches’. Il s’agit bien plutôt de partager équitablement la baisse du PIB qui nous attend. Celle-ci ne sera pas nécessairement synonyme de perte d’emplois, mais d’une réorganisation de ceux-ci vers des activités moins dépendantes des matériaux et énergies fossiles.

Bobby Videau : Si 90% de la population active est dans les champs à cultiver des patates pour se nourrir (les 10% restants sont les artisans, fonctionnaires, médecins… qui sont nécessaires au fonctionnement de la société), on peut faire de la décroissance économique qui inclut le plein emploi, non ? C’est même plutôt logique : moins d’énergie, moins de machines, c’est aussi un plus grand besoin de main d’œuvre humaine et animale (chevaux, bœufs…).

J.Dupont29 : Et si le vrai sujet était la DÉCROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ? La limitation de la démographie des classes populaires éviterait de créer une demande très forte parmi les emplois peu rémunérés, ce qui pousserait les employeurs à améliorer leur rémunération. Rappelons que l’emploi est aussi un marché…

L’écologisme sera la religion du XXIe siècle

Toute politique renvoie à un ensemble de prémisses fondamentales sur ce que sont le monde, le réel, la vie, donc à une ontologie (une métaphysique) qui formate nos croyances. La politique ramène donc à des conceptions religieuses au sens de « ce qui nous relie » et fait société. Et toute religion est une construction sociale élaborée pour résoudre un problème.

« Le Dieu unique du monothéisme était originellement celui d’Israël. Cette conception nouvelle dans un monde où régnait une pléthore de divinités est né tardivement, vers les VIe-Ve siècles avant notre ère, au sein du peuple hébreu. En 587 avant notre ère, le temple de Jérusalem est détruit par les troupes du roi babylonien ; certains Judéens se trouvent en exil à Babylone, d’autres en Égypte, le dieu d’Israël risquait de disparaître. C’est de ce désastre que va jaillir l’idée monothéiste, les scribes exilés à Babylone vont réécrire l’histoire. Non, disent-ils, le peuple d’Israël n’a pas été anéanti par les armées des conquérants : les divinités babyloniennes ne sont que des dieux faits de main d’homme alors que Yahvé, lui, est un dieu invisible, transcendant. Le judaïsme a produit la Torah (le Pentateuque) qui est devenue une sorte de patrie portative. Avec le décloisonnement entre la pratique religieuse et les institutions étatiques, la fonction royale n’est plus indispensable, ce qui est radicalement novateur dans le Proche-Orient antique – où, traditionnellement, ce sont les dieux qui transmettaient aux rois leurs codes de loi. » (Thomas Römer)

Dès la Préhistoire, les aspirations spirituelles de l’humanité manifeste que la quête du transcendant fait partie de l’être humain. Nous ne pouvons être libéré de la religion, mais nos références fluctuent selon nos besoins sociaux. Les discours du Parti communiste français ont historiquement des accents religieux : si l’on doute, on est excommunié. Aujourd’hui les gémissements de la planète favorisent la progression d’une religion moins anthropocentrique, tournée vers la Terre-mère, sacralisant d’une certaine façon ce qui existe sans l’homme au fur et à mesure que l’activisme humain fait disparaître les derniers éléments de la nature sauvage. Comme les Juifs, nous vouons garder trace de ce qi est en train de disparaître pour garder espoir. Le monothéisme en tant que concept philosophique ou théologique était assez difficile à penser, parce que très abstrait. L’écologisme veut garder les pieds sur Terre.

Pour conclure. Le XXIe siècle verra sans doute l’émergence d’une nouvelle religion qui donne cohérence à la société humaine et à nos comportements individuels. Éthique de la Terre, Pacha Mama, peu importe la dénomination exacte et le nom de ses prophètes du moment qu’il ne s’agit plus d’anthropocentrisme, mais d’une humanité qui se ressent à nouveau immergée dans la biosphère. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

1er mars 2020, Biosphere-Info, écologisme et religions

18 février 2020, L’écologisme concurrence les religions

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie (Arturo Escobar)

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité (Satish Kumar)

15 avril 2019, Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

19 août 2018, Pour connaître John Seed et l’écologie profonde

3 août 2018, Religion et écologie commencent à faire bon ménage

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

21 septembre 2014, Religion catholique et écologie : comparaison papale

29 décembre 2009, notre Terre-mère Pachamama

16 septembre 2009, bien-être et religion

22 décembre 2008, quelle religion pour le XXIe siècle ?

Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

Les 150 tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat ont longuement débattu en visioconférence les 30 mai et 31 mai 2020 : près de 150 propositions visant à « changer en profondeur la société ». Il n’était pas facile de se mettre d’accord ! Alors on vote, on élague, et on oublie toute virulence. Les 19, 20 et 21 juin, cette convention présentera à l’exécutif un document final dont on connaît déjà le résultat final : tout ce qu’ils diront a déjà été dit et presque jamais mis en application. Rappelons les atermoiements d’Emmanuel Macron quant à la question écologique. Il recule devant la taxe carbone à cause de quelques manifestants en gilets jaunes sur les ronds-points. Il annonce un Grand Débat National dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il est confronté à une pandémie dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il multiplie les organismes consultatifs pour faire croire qu’il fait quelque chose. Il annonce la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, quelques mois auparavant, un Haut-Conseil pour le Climat dont il n’y a rien à attendre. Rappelons aussi que l’urgence climatique ne couvre pas l’ensemble de nos problèmes structurels. La biodiversité, la pollution, la réforme agro-alimentaire… restent toujours sans réponse durable. Il est dommage que la bonne idée de conférence de consensus soient utilisés par le gouvernement uniquement pour cacher son impuissance à remettre en question la société thermo-industrielle. Voici nos articles antérieurs à propos de la convention citoyenne. Merci de votre attention, bonne lecture.

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Biosphere-Info, SARS-CoV-2 et choc pétrolier

Notre synthèse « Biosphere-Info » paraît le premier de chaque mois. Pour la recevoir gratuitement par mail, il suffit de contacter biosphere@ouvaton.org

Un événement chasse l’autre. Les médias nous font passer avec trop de facilité d’une spectacularisation à une autre ; avant-hier le réchauffement climatique, hier le terrorisme, aujourd’hui la pandémie, demain… on en oublie la descente énergétique. On capte notre attention pour nous détourner de l’essentiel, nos lendemains seront de plus en plus difficiles. La tendance de long terme de ce système de production a été de détruire des emplois puisqu’on a substitué le pétrole à l’énergie humaine. La bonne nouvelle, c’est que l’inéluctable déplétion pétrolière multipliera les emplois intensifs en travail comme la culture du sol et l’artisanat. La mauvaise nouvelle, c’est que nos dirigeants, ignorant les contraintes biophysiques, vivent au jour le jour et veulent retrouver post-covid une croissance « business as usual ». C’est impossible durablement vu le blocage énergétique qui se profile, et quelles que soient les mesures de relance mises en place. Peu de gens restent lucides sur le rôle essentiel du pétrole, voici les différents avertissements de Jean-Marc Jancovici. suivie par notre synthèse sur la question énergétique. Une catastrophe n’a pas effacée la catastrophe précédente, il faudrait agir dans tous les domaines, instituer une stratégie globale de rupture avec la société thermo-industrielle.

09.04.2020, du pétrole ou pas: « Avec un baril qui se traîne aujourd’hui entre 20 et 30 dollars dans un contexte de surproduction massive, il serait déraisonnable d’expliquer que nous en manquons déjà. Et pourtant… Si l’indicateur retenu est la quantité produite par terrien et non la quantité produite globale, le premier pic est survenu en 1979. Jamais un humain n’avait autant utilisé de pétrole que cette année là, et jamais plus il n’en utilisera autant. Avec ce passage du pic de la production par personne, nous avons assisté, dans tous les pays occidentaux en même temps, à l’apparition du chômage, de l’endettement public, des services et de la mondialisation, c’est-à-dire la recherche de gains de productivité en allant chercher ailleurs du travail pas cher. En 2008, nous avons connu un nouveau pic de production, global cette fois, celui du pétrole conventionnel. Ce passage du pic conventionnel conduit la production mondiale à rester quasiment stable de 2005 à 2009, déclenchant un nouveau choc économique, la « crise des subprimes » qui vient heurter le mur de dettes qui s’est patiemment construit depuis le choc de 1973. Mais les pétroliers n’ont pas encore dit leur dernier mot, et la production repart grâce à deux ressources de fonds de tiroir : les sables bitumineux du Canada, et surtout les pétroles de roche mère des USA. Malgré cet apport, depuis fin 2018 la production a de nouveau cessé de croître. Cela va avoir une conséquence majeure pour nous. Cela fait 40 ans que le PIB mondial varie exactement comme la quantité de pétrole qui sort de terre (quel que soit son prix), parce que les transports sont le facteur limitant de l’économie mondiale. Quand le pétrole va se mettre à baisser de façon structurelle, le PIB va faire de même « un certain temps ». Les montagnes de liquidités qui seront déversées post-covid n’y changeront hélas pas grand chose. »

29.08.2019, Leçon inaugurale de Jean-Marc Jancovici à Sciences Po: « Les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer des ressources naturelles. Par définition, l’énergie est la grandeur qui quantifie le degré de changement d’un système. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie, et donc pas d’économie sans énergie. PIB ou CO2 faut choisir. Personne dans le discours politique ne le dit, à part Yves Cochet. Les politiques sont devenus paresseux, ils ne font pas l’effort de concevoir des programmes qui permettraient de vivre sous contrainte et de faire revenir du sens, ce qui ne se trouve pas dans l’idée de vouloir augmenter les résultats trimestriels. Un manque d’énergie signifie diminution de production, c’est un facteur limitant. Pas d’énergie, pas de PIB. Sans énergies fossiles, il n’y aura pas de croissance économique. Quand on ne pourra plus promettre la croissance, les arbitrages politiques vont devenir très violents. Marine Le Pen, enfant du carbone ! Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. Tant que la pédagogie du problème ne sera pas faite, ce sera l’impasse. »

Sur ce blog biosphere, nous sonnons le tocsin depuis longtemps :

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

21 septembre 2019, + 7 °C en 2100 ou krach pétrolier en 2020 ?

17 septembre 2019, Bientôt le choc pétrolier ultime ?

24 août 2017, L’objectif, faire entrer le pétrole en politique ?

16 mars 2016, BIOSPHERE-INFO, bientôt la crise pétrolière ultime

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par JM Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

12 août 2010, la date du pic pétrolier

19 avril 2008, pic pétrolier (USA, Russie, etc.)

Bibliographie pétrolière

1979 Vivre sans pétrole de J.A.Grégoire

2003 Pétrole, la fête est finie (avenir des sociétés industrielles après le pic pétrolier) de Richard Heinberg

2005 la fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle) de James Howard Kunstler

2005 Pétrole apocalypse d’Yves Cochet

2005 la vie après le pétrole de Jean-Luc Wingert

2006 le plein s’il vous plaît (la solution au problème de l’énergie) de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean

2009 la crise pétrolière (analyse des mesures d’urgence) de Bernard Durand

Scolarité, l’éducation à l’écologie absente

Surtout pas de catastrophisme dans l’éducation nationale : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci (circulaire de juillet 2004, rubrique EEDD, éducation à l’environnement et au développement durable). » Un adepte de la pédagogie de la catastrophe fait-il preuve de lucidité ? Ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer la réalité aux jeunes que nous éduquons (épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… sans compter le poids des dettes que nous léguons en France aux générations futures. La catastrophe va bientôt sonner à notre porte parce que nous aurons été beaucoup trop mous pour s’engager dans une autre voie qu’un croissancisme mortifère. Mais chut, il ne faut pas le dire aux élèves.

« L’histoire des textes officiels en dit long sur la difficulté de l’école à enseigner la transition écologique » dixit de nos jours Anne-Françoise Gibert dans LE MONDE. Apparue en France en 1977, l’éducation à l’environnement a été qualifiée à la rentrée 2019 de « transition écologique ». Mais la transversalité de l’écologie n’est toujours pas au programme, on reste sur organisation bureaucratique « un cours, une matière, un professeur, une classe ». De plus l’école française a une particularité, elle s’inscrit dans une conception de l’enseignement du « vrai »… autant dire que cette conception des savoirs scolaires s’accorde mal avec la réflexion sur l’environnement qui présuppose différents points de vue souvent contradictoires. Patrons et syndiqués peuvent même se retrouver faire cause commune contre les revendications d’ordre écologique. L’enseignement agricole est en avance. Confronté à des questions brûlantes comme les OGM, les pesticides et le bien-être animal, la réforme de 2014 « Enseigner à produire autrement » promeut l’approche agroécologique. Mais nous restons très loin d’une remise en question, au sein de l’éducation nationale, des politiques de maximisation de la production et du profit. Pour en savoir plus grâce » à notre blog biosphere, extraits :

30 mars 2019, L’éducation à l’écologie, déprimante et si nécessaire

Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée…

15 avril 2018, SES, l’avenir de l’écologie passera par le baccalauréat

Le problème de la réforme actuelle du bac n’est pas la suppression des filières L, SES et S**. Le problème de fond, c’est que le tronc commun comporterait les enseignements de français, philosophie, histoire-géographie, enseignement moral et civique, langues vivantes 1 et 2, éducation physique et sportive, humanités scientifiques et numériques. Tout pour les disciplines traditionnelles, rien pour l’écologie alors que cette approche systémique est la seule vraiment transversale, propre à ouvrir nos lycéens à une réflexion approfondie car globale.

1er mars 2016, BIOSPHERE-INFO : spécial « éducation à l’écologie »

La charte de l’environnement de 2005 a été inclus dans la constitution française. Son article 8 explicite clairement que « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte. »…

23 mars 2013, L’écologie, axe central de l’éducation scolaire

Voici quelques directions à prendre :

–          Faire entrer à part entière l’enseignement de la coopération dans les matières enseignées.

–          Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

–          Placer les activités manuelles, indispensables à l’équilibre général des compétences, au cœur des programmes.

–          Mettre au cœur de l’enseignement des enfants, la connaissance, la compréhension, l’interaction avec la Nature.

–          Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature.

–          Encourager les démarches de transition écologique et humaine dans les écoles de son territoire : rénovation thermiques, cantines bio, recyclage, etc. »

du point de vue des écolos, quelle écologie ?

Thèse :« Le problème, c’est qu’il y a deux courants très opposés dans la famille écolo. Le courant qui voit dans l’écologie une sorte de perfection comme les communistes. Et un courant  qui est celui de l’ajustement permanent. » 

Commentaire de biosphere : D’accord pour l’opposition entre deux courants, le manichéisme simplifie la pensée, mais il faut préciser davantage pour éviter la caricature. D’un côté ce n’est pas l’écologie bisounours (une forme de messianisme utopique) et de l’autre l’écologie pragmatique (l’ajustement permanent comme on l’aime). C’est beaucoup plus compliqué que ça. D’un côté il y a l’écologie de rupture avec la société thermo-industrielle, et ça c’est très dur car toutes nos structures productives et de consommation sont faites pour promouvoir la société croissanciste. Il faut donc résister avec des efforts conséquents dans son comportement individuel (simplicité volontaire) et prendre des décisions politiques drastiques (taxe carbone, reconversion des secteurs polluants, abandon de l’automobile et de l’avion…). Nos adversaires anti-écolos parlent à ce propos d’écologie « punitive » alors qu’il s’agit d’une position réaliste, combattre le réchauffement climatique et éviter l’épuisement trop rapide des ressources fossiles. De l’autre il y a une écologie superficielle faisant croire qu’il peut y avoir un développement durable, une croissance verte, des moteurs propres, des avions de ligne qui vont voler avec des énergies renouvelables, des villes intelligentes (smart city), et l’abondance pour tous. C’est une vision idéalisée de l’avenir faisant croire qu’on peut continuer à vivre comme on le fait aujourd’hui quand on appartient à la classe globale (celle qui possède une voiture individuelle), il suffirait de s’inscrire sur un site de « compensation carbone » quand on prend l’avion pour être lavé de tous ses péchés.

Si vous avez bien compris ce message, il faut inverser les conceptions habituelles. L’écologie superficielle est en fait une vision idyllique complètement fausse car elle oublie sciemment les contraintes biophysiques en faisant une confiance aveugle aux progrès techniques qui ont pourtant amplement démontré qu’ils accroissent nos dysfonctionnements socio-économiques plutôt que les résoudre. Par contre l’écologie de rupture est réaliste, elle nous projette dans le long terme et demande des changements structurels qui se feront en termes de pertes d’emplois d’un côté et création de l’autre : nous aurons dans l’avenir beaucoup d’artisans et de paysans et beaucoup moins d’ingénieurs et d’industrie agro-alimentaire. En termes politiques, cette distinction de fond est occultée par une opposition factice aux congrès des Verts. D’un côté un courant minoritaire qui représente historiquement cette écologie radicale que la biosphère appelle de ses vœux et qui s’était concrétisée dans des motions d’orientation (Avenir Ecolo, Objectif Terre, Pôle écologique…). De l’autre un courant qui s’était acoquiné au parti socialiste depuis 1997 pour avoir des places d’élus (la firme, disait-on) et qui ne pouvait que soutenir une écologie superficielle. Le compromis était plutôt une compromission. Cette période néfaste semble dépassée ; l’idée écologique selon laquelle il nous faut changer radicalement vu les perturbations diverses progresse dans l’opinion publique grâce aux révélations des médias, d’où des scores aux élections qui décollent sur la seule force de l’étiquette « écolo ».

C’est pourquoi l’analyse de Nicolas Hulot selon laquelle il faut rassembler les militants de tous bords avec la méthode « qui aime l’écologie nous suive » paraît essentielle. L’unité globale est conservée au-delà de la nécessaire diversité, un milieu résilient repose sur la biodiversité. Bien entendu dans le détail il y a et il y aura beaucoup de différences de conception entre les politiques à mettre en œuvre. Un seul exemple, les confrontations sur les lignes aérienne de courte distance. Faut-il conserver ces vols, les réduire, les supprimer ? Peut-on faire confiance aux carburants « alternatifs », un peu, beaucoup, abondamment, pas du tout ? Qu’est-ce qui compte le plus, l’emploi, l’attractivité d’une ville ou le réchauffement climatique ? Toutes les nuances du Vert vont s’exprimer, même au sein du parti vert. Sur cette question aérienne, leur tête de file Yannick Jadot ne sait plus à quelle écologie se fier… De son coté l’écologie de rupture tranche, un jour ou l’autre il n’y aura plus d’avions dans les airs par absence de kérosène, autant s’y préparer le plus rapidement possible.

DéCONfinement, le point de vue des écolos

Globalement nous défendons l’idée qu’il faut sortir du culte de la croissance. Si on veut respecter l’Accord de Paris, il faudrait que la baisse annuelle du rejet de gaz à effet de serre soit celle qui a eu lieu pendant le confinement. Cela donne une idée de l’effort qu’il faudrait réaliser et du changement de modèle qu’il faudrait imposer pour atteindre les objectifs climatiques minimaux. Mais ce qu’on a connu pendant le confinement, ce n’est pas un contre-modèle de développement, c’est ce qui va se passer si on perpétue la société thermo-industrielle qui va générer de plus en plus de chocs économiques. Il ne faut pas confondre récession économique et a-croissance. C’est la même différence qu’entre le chômage et la réduction du temps de travail. Dans un cas, c’est subi, cela crée donc du désordre et des inégalités, dans l’autre, c’est organisé par la collectivité et cela crée des emplois. Pour rétablir un équilibre au niveau de la biosphère, plus on s’y prend tard, plus la pente sera raide. La crise plaide pour des mesures radicales.

Avant même le Covid, les études se multipliaient sur le changement climatique, l’extinction des espèces, l’explosion des inégalités sociales, l’épuisement des matières premières et les conflits que ça provoque… Le Covid est une raison supplémentaire qui nous dit qu’il faut changer de civilisation. Mais regardez en 2008 : l’Europe avait apporté 3 000 milliards d’euros pour répondre à la crise. Cet argent a servi à la refinanciarisation de l’économie et à la reprise à la hausse des gaz à effets de serre. Business as usual ! Ce qui reste de la social-démocratie aura certes plutôt vocation à gouverner avec l’écologie. Mais attention : on sent une tentation régressive de retour à une social-démocratie « originelle » avant qu’elle vire social-libérale. Le sujet des écologistes n’est pas de réinventer la gauche ou de rassembler la gauche. On confond les moyens et la fin. Il faut un nouvel imaginaire politique écologiste, et non pas une resucée de la Gauche plurielle. Les dialogues entre les partis, les boucles zoom, les textes communs, cela traduit plus un moment de décomposition politique que de recomposition…

La révolution écologique ne peut pas être un projet consensuel dans le sens où il remet en question l’ordre actuel du monde et ceux qui en bénéficient. C’est un projet radical dans le sens où il retourne à la racine des problèmes. Le changement de modèle économique par l’écologie passe par l’arrêt du modèle productiviste, et donc, capitaliste. Il n’en demeure pas moins que les anticapitalistes de gauche, tout comme la gauche qui ne se dit pas anticapitaliste d’ailleurs, ne sont pas anti productivistes, et qu’ils ont contribué à faire courir la planète à sa perte… La radicalité qui m’intéresse, c’est celle qui nous fait passer d’un projet politique de partage de l’abondance (émancipation par le « pouvoir d’achat »), qui constitue une promesse intenable, à un imaginaire de sobriété juste. Transition écologique et justice sociale sont indissociables. ..

(Résumé d’un discours de David Cormand, ex secrétaire national d’EELV, sur mediapart)

Covid-19, choisir la sélection naturelle ?

Il y avait deux stratégies en présence pour enrayer les contaminations, l’immunité collective ou la distanciation sociale. Aux dernières nouvelles, le virus SARS-CoV-2 entraîne bien une immunité protectrice. L’infection suscite la production d’anticorps et ceux-ci possèdent une action neutralisante contre ce coronavirus encore présente six semaines après l’apparition des symptômes. Maintenant on s’interroge sur l’efficacité du confinement généralisé en France et ailleurs. Le choix de l’immunité commence à être analysé ; la Suède est-elle un modèle à suivre ?

L’immunité avait été choisie dans un premier temps par la Grande Bretagne. Patrick Vallance, conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, l’avait exprimé clairement : « Il n’est pas possible d’éviter que tout le monde attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable car il faut que la population acquière une certaine immunité. » Toujours selon M. Vallance, il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte le virus pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies. M. Johnson a donc alerté les Britanniques sur le fait qu’ils devaient « se préparer à perdre bien davantage d’êtres aimés« . De même en Suède, seuls les rassemblements de plus de 500 personnes avaient été interdits, ainsi que les visites dans les maisons de retraite. Le reste n’était que recommandation : se laver les mains, ne pas sortir de chez soi en cas de symptômes grippaux, renoncer aux interactions sociales pour les plus de 70 ans et les personnes à risque. Un confinement sélectif pour personnes à risque. Cafés et restaurants restent ouverts. L’argument ? Les conséquences du remède (le confinement) ne doivent pas être pires que celles de l’épidémie. Dimanche 22 mars 2020, le discours du premier ministre, Stefan Löfven n’avait duré que cinq minutes : « Beaucoup allaient devoir dire adieu à un être cher » ; il n’avait annoncé aucune nouvelle mesure, se contentant d’appeler au civisme et à la responsabilité individuelle. Un discours accueilli positivement, tant par les commentateurs que par ses adversaires politiques, jouant la carte de l’unité nationale.

L’autre méthode, le confinement, est la voie choisie par la France et la plupart du pays,. On met en œuvre la distanciation sociale, entre autres le fait de demeurer à au moins un mètre d’autrui ; cela fait partie des gestes “barrière” recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des mesures policières empêchent le déplacement des personnes et les rassemblements. Lidée est d’aplatir la courbe représentant le nombre de contaminés en fonction du temps. Plutôt que de laisser le virus se répandre rapidement dans la population, saturant les systèmes de santé, l’idée est de faire en sorte qu’il se propage sur une plus longue période. Il s’agit donc en arrêtant une grande partie de l’activité économique, de s’assurer que les systèmes de santé pourront faire face à tous les cas nécessitant une hospitalisation, et seront ainsi en mesure de limiter le nombre de décès. En termes philosophiques, il s’agit de choisir entre se soumettre presque totalement aux mécanismes de la sélection naturelle, ou bien d’essayer d’enrayer par contraintes multiples la propagation du virus.

Un des fondateurs de l’écologie politique, Alain Hervé, avait un discours très loin de la voie choisie par Macron : « Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal. On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle… » Nous acceptons toujours actuellement que la famine, les guerres et les automobiles entraînent la mort d’une partie de la population mondiale, pourquoi les épidémies devraient-elle être nécessairement éradiquées ? Il y avait cependant une méthode intermédiaire qui pouvait faire la synthèse, minimiser le nombre de morts tout en acceptant nos faiblesses. Avec une mise en quarantaine ciblée, on aurait imposé un confinement strict de toutes les populations à risques (grand âge et personnes ayant une pathologie) ; ce serait l’équivalent de la protection des « enfants bulle ». Le reste de la population serait soumise au processus d’immunité collective. C’est la voie choisie par le déconfinement !

Financer la bagnole ou marcher à pied ?

L’auto, ça tue, ça pollue et ça rend con. La preuve, c’est le gouvernement français qui donne quelque 8 milliards pour un secteur automobile employant 900 000 personnes en France, en perdition depuis l’émergence du Covid-19. Les uns seront pour, les autre contre, l’écologie ne peut que prôner le dévoiturage.

Thèse : un communiqué de presse d’EELV « appelle Renault à prendre l’engagement, en échange de l’aide de l’État, de ne fermer aucun site, de ne pas procéder à des licenciements » Qu’un parti social-démocratique mette l’emploi en premier se comprend, qu’un parti écolo dise de même paraît incongru. Nous aurions mieux fait de rappeler que la voie du plus lourd que l’air et l’ère de la voiture individuelle est vouée à la disparition complète par raréfaction des ressources fossiles et pollutions diverses. Au niveau pragmatique, il faut insister sur le fait que la disparition de certains emplois néfastes  est inéluctable, il ne faut donc pas subventionner les secteurs thermiques mais financer les moyens de la reconversion.

Antithèse : « C’est quand même incroyable d’entendre dire que les écolos ne doivent pas se préoccuper de l’emploi quand on a 4 sites de Renault qui risquent de fermer avec ses milliers d’emplois à la clé… Bien sûr qu’il faut penser à la reconversion industrielle mais ça c’est pour le moyen terme, à court terme il faut éviter que les emplois partent en Chine » dixit un porte -parole d’EELV.

Synthèse : Notre système médiatique et politique soutient les grandes entreprises et pas du tout les petites. A peine 30 % des autoentrepreneurs ferment boutique, qui en parle ? L’industrialisation de l’agriculture a imposé sans indemnisation des reconversions forcées à une très grande partie des paysans, qui en parlait ? Et il faudrait maintenant soutenir les travailleurs de Renault ou Air France en conservant des entreprises néfastes à la soutenabilité de notre environnement ? Voici quelques pistes de réflexion :

– la question sociale. Un parti écologique doit être clair sur la question sociale : on aide les travailleurs à supporter le choc d’une reconversion, on ne soutient pas des entreprises qui doivent disparaître. Je rappelle que c’est sans état d’âme qu’on a fermé les mines de charbon en Angleterre ou en France, cela paraissait inéluctable. De même la fermeture de toutes les entreprises basées sur les ressources fossiles devrait être présentée comme inéluctable. Un parti qui se veut « écologiste » doit affirmer la disparition programmée des secteurs d’activité carbonés. Qu’un militant écolo veuille défendre le court-termisme de l’emploi au détriment du sort des générations futures est une injure faite au rapport sur les limites de la croissance de 1972, à René Dumont notre candidat à la présidentielle 1974, et à toutes les études scientifiques qui nous indiquent que nous allons au désastre.

– la question écologique. Le « business as usual » nous amène trop rapidement vers un monde qui connaîtra non seulement la fournaise climatique, mais aussi le choc pétrolier ultime auprès duquel l’épisode du coronavirus ou même la crise de 1929 paraîtront de courtes parenthèses. L’écologie politique, c’est la gestion du long terme. Elle doit son existence à la détérioration des conditions de vie sur terre et indique un avenir possible face au désastre provoqué par la société thermo-industrielle. Il faut indiquer au corps électoral que la nécessaire transition écologique ne sera pas facile, que ce sera même très dur ; mais ce n’est pas être punitif qu’être réaliste. Il faut indiquer médiatiquement que le chantage à l’emploi fait par tous les anti-écolos retarde la transition écologique. Plus le temps passe sans rien faire ou presque, plus la « transition » deviendra un effondrement non maîtrisable de façon humaine. Nier les contraintes biophysiques fera à terme, et fait déjà le jeu des populistes qui inventent des boucs émissaires symboliques pour prendre et/ou garder le pouvoir.

Surpopulation, la télé en parle… très mal

Trop de monde sur Terre ? (Magazine « Terra Terre » sur Public Senat le 26 mai 2020 à 23h). Nous avons regardé l’émission malgré son heure très tardive, c’était super-nul. Dans une ambiance bistro où les gens n’écoutaient pas ce qui se disait de la démographie, on passait à toute vitesse d’un thème à l’autre sans s’arrêter sur aucun, capacité de charge, migration, transition démographique, statut des réfugiés climatiques, Nicolas Sarkozy a dit, on n’est plus dans une croissance exponentielle, ah mais il y a aussi le vieillissement de la population, et que pense donc les décroissants qui de toutes façon ne s’intéressent pas à la question démographique, etc. Malthus est envoyé en un mot aux oubliettes, qui ne sait pas que « malthusien » est dans le dictionnaire n’en saura pas plus, mais il y aura eu un reportage sur la spiruline : demain pas de problème alimentaire, on mangera des algues « si riches en protéines »… Mieux vaut adhérer à l’association Démographique Responsable que perdre son temps devant la télé. Mieux vaut lire ce blog pour en savoir plus, ainsi des discours de Sarko :

– Nicolas Sarkozy en 2016 : « Nous sommes 7 milliards d’habitants. En 2100, nous serons 11,5 milliards. La question des conséquences de cette démographie est donc centrale pour les grands équilibres de la planète ». Il souhaite que « la communauté internationale prenne en main le premier problème de la planète, qui est celui de la démographie mondiale ». Il préconisait « une conférence mondiale sur la démographie ». À son avis, le sujet doit « faire l’objet, chaque année, d’une conférence comparable à celle sur le climat».*

– Nicolas Sarkozy en septembre 2019 devant le MEDE :« Quand je suis né en 1955, il n’y avait pas si longtemps, il y avait 2,5 milliards d’habitants. Sur moins de la durée de vie d’un homme, la population mondiale été multipliée par trois. C’est incroyable ! Dans 30 ans nous serons 9 milliards, à la fin du siècle 11 milliards. C’est fait, quoi que nous décidions. Les dérèglements climatiques, le monde en a connu, mais le plus grand choc est démographique. Un choc comme celui-là, le monde ne l’a jamais connu. Dans 30 ans le Nigeria aura plus d’habitants que les USA. On va passer de 1,2 milliards d’Africains à 2,5 milliards. La crise démographique n’a pas encore commencé, elle est à venir. On peut refuser cela, mais promouvoir le développement durable sans se poser la question de l’explosion démographique, cela n’a pas de sens. Le sujet démographique est un sujet monumental, tectonique et il n’y a pas un seul organisme international qui aide à réfléchir sur l’évolution démographique mondiale alors qu’en agriculture il y en a une dizaine. La question, c’est combien d’êtres humains peuvent vivre en même temps sur cette planète. J’entends bien la difficulté, le désir d’avoir des enfants, ce que cela représente. Mais est-ce qu’on ne voit pas que toutes les espèces ont vocation à disparaître par surpopulation ou par appauvrissement des ressources. Et on pense que cela ne se passera pas pour nous les humains ? Je suis assez fasciné de voir les multiples discussions sur le climat et la gêne quand on discute d’évolution de la démographiemondiale. » **

* http://www.lejdd.fr/Politique/Sarkozy-preconise-une-conference-mondiale-sur-la-demographie-783501

** https://www.youtube.com/watch?v=VuwncVRV4Iw&feature=youtu.be

Mariage à trois, CGT, Greenpeace et Attac !

Un miracle est arrivé, dix-huit organisations associatives et syndicales ont présenté le 26 mai un plan de « sortie de crise », y compris la CGT, Greenpeace et Attac. Mettre ensemble le vautour, la baleine et un coléoptère serait plus vraisemblable. Jugeons sur pièce de la pusillanimité de leurs représentants:

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT : Le vrai débat, c’est comment produire et consommer autrement. C’est pour cela que notre plan pose la question de la réduction du temps de travail. On peut également s’interroger sur la consommation : est-ce que ça vaut le coup d’avoir tous les deux ans une nouvelle version d’iPhone fabriquée au bout du monde ? S’il y a eu un syndicat qui s’est battu contre la casse de la SNCF et du fret ferroviaire, c’est bien la CGT ! Mais si on dit aux salariés « vous avez le choix entre votre emploi ou la planète », ça va être compliqué !

Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac : La transition écologique est complémentaire avec la création de centaines de milliers d’emplois. Nous voulons une reconversion professionnelle qui permette de maintenir les emplois actuels, d’en créer de nouveaux, et il faut que ce soit des emplois de qualité ! Quand on propose que la dette publique détenue par la Banque centrale européenne soit une dette perpétuelle à taux zéro, ce n’est pas rien du point de vue macroéconomique…

Jean-François Julliard,  directeur général de Greenpeace France : Les écologistes ne disent surtout pas qu’il faut arrêter toute activité productive ! Mais on parle décrue des industries qui polluent et réorientation des investissements vers les secteurs qui font du bien. On porte ensemble l’arrêt de certaines lignes aériennes… Ce n’est pas une approche décroissante.

Les commentaires sur lemonde.fr sont parfois pertinents :

Le roi est mort vive le roi : Le problème de la CGT c’est que quand elle dit un truc intelligent ( ça arrive !), on pense tout de suite à toutes les grèves jusqu au boutistes qu’elle a fait ( docker, sncf, sncm…)

jea.vie : Toujours les mêmes vieilles recettes de le CGT , augmenter les salaires (avec quel argent?), déverser de l’argent public qu’on n’a pas, réduire le temps de travail, alors qu’aucun pays concurrent ne le fait. Pourquoi accorder une telle place à ces sornettes répétées mille fois ? Difficile d être audible après ça.

Munstead : À la lecture, on a l’impression de lire trois discours parallèles. Martinez est excellent dans la récupération pour diffuser les obsessions cégétistes: salaires plus élevés et réduction du temps de travail. On aimerait savoir ce que les militants de Greenpeace pensent de cette association avec le syndicat le plus réactionnaire en matière d’environnement, qui s’est si souvent opposé à Greenpeace, y compris en justice. Quant à ceux d’Attac, ils sont noyautés par les trotskystes et divers groupuscules gauchistes et tout cela doit plutôt leur plaire. Leur problème est que la parole d’Attac est tellement politisée au sens politicard d’extrême-gauche qu’elle est devenue inaudible. Attac vit sur une image ancienne et dépassée d’un mouvement jadis généreux.

Pm42 : Moi aussi je veux plus d’argent tout en travaillant moins et en sauvant la planète. Et aussi rester jeune tout le temps, pouvoir manger tout ce que je veux sans grossir, ne jamais être malade… Tiens, si mon papa en ephad qui ne me reconnaît plus pouvait retrouver sa mémoire et si l’Etat payait 100% de ses frais d’hébergement, ce serait bien. En fait, il n’aurait même plus besoin d’être en ehpad parce qu’il serait à nouveau autonome. Et pouvoir rouler à nouveau vite en voiture (j’aimais bien ça) mais sans polluer, sans impact pour la sécurité et dans une ambiance apaisée où personne ne serait agressif au volant. Mais bon, je suis un adulte et je sais qu’on ne peut tout avoir et son contraire et je ne fais pas de tribune pour prétendre que ma liste au Père Noël est un programme politique.

Michel SOURROUILLE : Tous ensemble, tous ensemble. Bientôt nous serons tous écolos, de gré ou de force, quand on arrivera aux dernières gouttes de pétole et que la température du globe dépassera en moyenne de 5 °C la période pré-industrielle. Autant agir avant. Mais les 34 mesures proposées sur 24 pages aérées sont bien en deçà de ce qu’il faudrait, c’est un fourre-tout indigeste dans lequel l’écologie a la partie congrue : distribution gratuite des masques… pour les droits des étranger-ères et personnes incarcérées… maintien des droits pour les intermittent·es… reprendre le contrôle de la finance…. acter dans la loi l’arrêt des vols courts… les politiques publiques et les plans d’investissement doivent soutenir l’emploi, etc. Il n’est aucunement question de rupture avec la société thermo-industrielle qui nous mène droit au désastre, pas étonnant que CGT signe un texte qui n’engage à rien, plus étonnant que Greenpeace se lance dans les droits des femmes…

Adrien H : Rien que pour voir la CGT et Greenpeace essayer de tenir un discours commun sur le nucléaire, ça mérite de préparer le pop-corn.

Dance Fly : Autant je soutiens la plupart des campagnes de terrain de Greenpeace lorsque cette organisation lutte contre les OGM, les pesticides, le lobby climato-sceptique, les énergies fossiles ou bloque une plate-forme pétrolière ou appose une banderole géante sur un réacteur nucléaire, autant j’aurais tendance à me désolidariser lorsqu’elle se fourvoie avec un syndicat, qui depuis des décennies a toujours promu une politique industrielle productiviste qui est finalement plus proche du système capitaliste traditionnelle (celui qui carbure avec les énergies du XXe siècle et dont les représentants politiques sont Trump et Bolsonaro) que d’un capitalisme en transformation de ses modes de production.

yves9242 : Pour répondre à la question de Philippe Martinez : « On fait des propositions concrètes. Et on dit aux partis : On a bossé, qu’est-ce que vous faites de tout ça ? », la réponse est comme pour tous les autres qui ont déjà sorti leurs catalogues de mesures : « rien du tout ».

Ecolomaniak déconfine ses deux poules

Ma vie en période de confinement a été comme à l’ordinaire, bien employée et proche de la nature. J’aimerais que tout le monde puisse passer ses vieux jours dans les conditions qui sont les miennes, à la campagne, au milieu de ses poules, de ses fleurs, de ses arbres fruitiers et du potager d’où on peut contempler tout autour la forêt. Plus je vieillis, plus je pense que la ville est une invention du diable… et la pension de retraite une incitation à se mettre au rythme de la nature et au service de la collectivité. Je me lève assez tard, je l’avoue, pour un petit déjeuner eau/chicorée. Puis j’ouvre mon ordinateur pour plonger dans le télétravail. Participer à des associations écologistes et à un parti politique environnementaliste, ça occupe de longues heures. J’arrive au déjeuner, mes deux poules ont fourni l’essentiel du repas, leurs œufs. Et au dessert nos framboises sorties du congélateur (un luxe non durable), les dernières, les nouvelles arrivent mais pas en très bon état cette année. Je prépare la pâte à crêpe pour le soir, le lait est issu de la ferme d’à côté. Privilégions les circuits courts nous dit-on avec raison. mais tout le monde n’a pas le privilège de résider à la campagne…

Petite précision, hier j’ai déconfiné mes deux poules pondeuses. Je leur avais fabriqué un enclos de 30 m², elles ont maintenant le droit de circuler dans le verger, 2500 m². Elles ont l’air plus heureuse, moi aussi j’ai besoin d’espace pour parcourir la nature. Rappelons que le chiffre 3 sur une boîte d’œufs signifie un élevage en cage avec 18 poules au mètre carré. 18 poules ! J’ai pourtant lu qu’une poule a besoin au minimum de 0,5 mètre carré dans le dortoir et d’au moins 1 mètre carré dans la zone de promenade. Élevons des poules au grand air, tout le monde s’en portera mieux.

En début d’après-midi, je joue au piano, chacun à son passe-temps et mieux vaut martyriser un instrument de musique que taper sur sa femme en période de (dé)confinement. Ensuite c’est le travail au jardin, des cerises à ramasser en haut du cerisier de la vieille voisine, quelques plants de tomates à repiquer, la vie proche de la terre comble largement les vides de l’existence. En fin d’après-midi je me lance à bicyclette sur les chemins avec ma compagne, nous allons parcourir plus que les 4 à 8 km journaliers que nous nous étions imposés pour garder la forme ces deux derniers mois de mise en résidence surveillée. Personne dans les bois pour nous verbaliser alors que nous dépassions largement le kilomètre imparti pour les urbains… chut ne nous dénoncez pas. Le soir arrive, j’ouvre à nouveau mon ordinateur, militantisme écolo oblige pour un Ecolomaniak qui se respecte… c’est quand même mieux que s’affaler devant la télé !

NB : si vous voulez être publié, envoyez votre histoire d’Ecolomaniak à biosphere@ouvaton.org, merci. (3000 caractères maximum)

Post-covid à la gloire du libre échange, NON

Idée fausse : « La spécialisation et la production à grande échelle génèrent des bénéfices économiques importants. »

Idée pas claire : « La mondialisation permet aux consommateurs d’avoir accès à des biens sophistiqués à un coût faible. »

Idée fataliste : « Les politiques protectionnistes sont très coûteuses pour ceux qui les mettent en place, surtout dans des systèmes de production très fragmentés. »

Idée fantaisiste : « L’Europe a beaucoup tiré profit du libre-échange. »

Idée absurde  : « Les normes sociales et environnementales sont indispensables à une croissance durable sur le long terme. »

Ces propos d’Isabelle Méjean, professeure à l’Ecole polytechnique, sont largement commentés sur lemonde.fr :

Marredesc : Ca tourne en rond, façon hamster. Il faut « diversifier les sources d’approvisionnement », mais cela suppose de « réviser la concentration très importante de la production dans un petit nombre d’entreprises et de pays ». Or cette concentration « génère des bénéfices économiques importants », et si on revient en arrière c’est « le consommateur [qui] paiera la note ». Et çà il ne faut pas cher.e.s ami.e.s, car dans le modèle dont elle cause, c’est votre consommation effrénée de tout un tas de produits inutiles et toxiques (qui finissent dans de vastes dépotoirs) qui fait marcher le bazar.

Walden58 : Cette « jeune » économiste de 39 ans nous repropose la vieille lune de la mondialisation comme un résultat win/win. Quand on voit le résultat en matière d’explosion du chômage dans les pays occidentaux, l’exploitation féroce d’un salariat de misère dans les pays de délocalisation et la course tout aussi féroce aux riches dividendes par les actionnaires, on voit bien que les tenants de la mondialisation ne se préoccupent que de la bonne santé des dividendes et non des besoins réels de la population mondiale non détentrice de capitaux.

Super Sara : Si on relocalise en France, on payera plus cher. Mais on aura des emplois, des retombées fiscales et l’assurance qu’on ne sera pas tenu par les c… par la Chine et autres cinglés exotiques.
NGO : Ce qui est inquiétant c’est qu’elle enseigne à Polytechnique. Je doute que des profs d’économie puissent être neutres, ils propagent surtout leurs idées.

Michel SOURROUILLE : Si on rentre dans le détail des propos de Méjean, il faudrait croire à cette idée folle qu’une croissance durable sur le long terme est encore possible sur une planète dont on a déjà dépassé toutes les limites. Il faudrait croire à cette idée éculée d’un bénéfice du libre-échange pour l’Europe alors que celle-ci a pratiquement abandonné toutes ses activités industrielles, du textile aux gants chirurgicaux, au prix d’une dépendance absolue aux importations et d’un chômage de masse. Il faudrait encore désirer des « biens sophistiqués à un coût faible » alors que l’avenir est à la simplicité volontaire. Il faudrait refuser le protectionnisme mais instituer une taxe carbone aux frontières. Rappelons à cette économiste que la démondialisation pour une relocalisation des activités est la seule alternative à un libre échange qui impose la loi du plus fort, chose connue depuis Ricardo et la prédominance de l’Angleterre dans son empire au XIXe siècle.

Izy : Cette dame n’a pas l’air d’intégrer la nécessité d’une transition économique décarbonée dans ce qu’elle nous dit sur la relocalisation (laquelle s’impose tout simplement déjà pour réduire les coûts en carbone des transports). Je ne sais pas ce qu’elle raconte aux polytechniciens mais si c’est pour les maintenir dans l’idée complètement fausse que l’économie est indépendante des systèmes physiques et des équilibres biologiques terrestres , ça craint un maximum…

C. du Lac : Un prix bas pour les consommateurs n’est pas le nec plus ultra. Certains économistes oublient que le but de la politique économique, c’est la distribution juste du bonheur. La mondialisation, quant à elle, a pour destin la mort par le lingchi (supplice en usage en Chine qui consistait à entailler et retirer successivement, par tranches fines, des muscles et des organes du condamné avant de lui couper la tête).

Roymacaille : Mon grand père qui ne roulait pas sur l’or avait coutume de dire :  le bon marché revient cher. A quoi sert un prix bas pour un produit dont on n’a pas besoin ? Un prix bas au moment de l’achat signifie-t-il un prix bas sur la durée d’utilisation ? C’est loin d’être évident avec tous ces produits dont la principale caractéristique est la recherche du plus bas prix. Et je ne parle pas des conséquences sociales et environnementales…

Jean Kazadi : C’est la course effrénée à qui versera plus de dividendes aux actionnaires qui a justifié la délocalisation des entreprises, pas le souci de vendre des produits moins chers. Dans les années 1960 mon père qui n’avait pas plus étudié que moi pouvait faire des économies de quelques mois pour s’acheter une VW produite en Allemagne ; aujourd’hui je dois recourir à un crédit bancaire pour m’acheter la même Coccinelle dont la production a été délocalisée au Brésil, « pays à la main d’œuvre moins chère ».

G.Martin : Pas un mot sur le pic de production de pétrole qui a été dépassé alors que notre économie dépend entièrement du pétrole. Pas un mot donc concernant la préparation à l’après pétrole par la relocalisation. Jancovici a encore bien des conférence à faire avant de toucher les économistes… courage !

Gandalf : Relocaliser c’est créer des emplois ici et se rendre indépendant des aléas internationaux. Une vraie bonne idée alors que la catastrophe écologique est bien là et que le local est une vraie réponse pour y faire face. Peut-être un peu trop de lobbying dans ses propos ?

RAS : Merci pour cet article intéressant aussi par les réactions qu’il suscite. On pourrait bien sur inviter tous les « indignés » à planter leurs pommes de terre pour la récolte qui les nourrira l’année prochaine, et à se demander d’où viendront le coton et le polyamide de leurs futurs masques. Plus sérieusement il est évident que la question posée est celle de l’échelle adéquate pour une production efficace, et la diversification (en localisation, qualité, prix) semble essentielle.

Ana Chorète : Ouaip, j’ai planté mes pommes de terre. Sans indignation mais avec cohérence. Sans hystérie. Sinon, le lin et la laine, c’est bien aussi, pas pire que le polyester. N’est pas remise en question « une croissance durable sur le long terme ». Dans un monde fini ? Long terme… vingt, cinquante ans ? Un siècle ? Jusqu’à épuisement de toutes les ressources disponibles ?

Le monde-d’après, l’imagination sans pouvoir

La Convention citoyenne pour le climat reste inaudible, les partis politiques sont tétanisé par le virus, les cercles de réflexion vont dans tous les sens, comme d’habitude ; rien de fiable. On appelle même à une nouvelle assemblée de citoyens tirés au sort, « dédiée à la question du plan de relance ». Nous sommes très loin d’un appel à la sobriété partagée ! La France va sans doute vivre en 2020 sa pire année de récession depuis la fin de la seconde guerre mondiale et battre le record de 2009 – une chute de 2,9 % du produit intérieur brut (PIB). Mais budgétairement les mesures actuelles de soutien pèsent davantage que n’importe quel plan de relance. La facture a déjà explosé pour l’État, 11 milliards d’euros pour le chômage (84 % du salaire net pour les salariés au chômage partiel) et 2 milliards pour le fonds de solidarité pour les indépendant (1 500 euros mensuels). Le plan de relance suite à la crise financière de 2008-2009 avait été conçu sans perspectives écologiques, il en est de même aujourd’hui. « Le monde d’après » la Covid-19 risque fort de ne pas aller très loin si on se contente d’une étude publiée mercredi 1er avril par les chercheurs de l’Institut pour l’économie du climat (I4CE) : favoriser la production d’électricité renouvelable et de voitures électriques avec des infrastructures de recharge.

Alors que faire ? Le député Matthieu Orphelin n’offre pas beaucoup plus de perspectives avec un grand plan sur la sobriété numérique . Par contre le Fonds mondial pour la nature (WWF) propose de suivre su la « taxonomie verte » de l’Union européenne. Il s’agit d’une classification des activités économiques en fonction de leur empreinte écologique ; il faut relever les entreprises mais pas à n’importe quelle condition, en gelant les subventions au secteur fossile par exemple.  Daniel Boy n’est pas très optimiste : « J’ai beaucoup de doutes sur le fait qu’une fois sortis de cette crise on ait des politiques économiques très vertueuses. Je crois que l’on sera plutôt dans une course à retrouver la croissance, le pouvoir d’achat, des industries qui tournent… Une fois de plus l’écologie et l’environnement risquent de passer à la trappe. » Les commentaires sur lemonde.fr* se déchaînent :

Palaski : Les mots clefs de l’après crise seront : Croissance , chômage , dette , pouvoir d’achat , santé. On risque pas d’entendre reparler du climat et d’écologie avant un moment .

Marius Albufera : La question qui va se poser sera beaucoup plus prosaïque : nourrir des populations qui ne produisent plus rien de matériel parce qu’ elles achètent tout (notamment ce qui se mange et qui permet de produire de l’ énergie) dans des pays tiers grâce aux revenus de la finance et du commerce mondial ; s’ ils s’ écroulent, nous n’ auront plus rien. NOUS N’ AVONS PAS DE MATIERES PREMIERES et nous avons perdu NOTRE INDEPENDANCE ALIMENTAIRE. C’est si difficile à comprendre ?

Untel : Il est clair qu’après a crise il faudra relancer avec ce qui marche le mieux et non avec ce qui fait le plus plaisir. La priorité ne sera pas de revenir à ces conceptions d’enfants gâtés, le bobo-écologisme, mais de relancer la machine. Il faut que cette « guerre » soit suivie d’un nouveau baby boom et que ces nouveaux boomers redémarrent tout, dans tous les secteurs, dans une explosion d’activités.

Thibaut : Bref, Untel, réaccélérer à fond, tout droit en direction du mur ? Malin !

DMA : Le changement climatique et sa kyrielle de conséquences ne vont pas s’arrêter en raison du coronavirus, ni de la crise économique. La transformation de notre société de performance, en une société de résilience ne sera pas, à moyens termes, une option parmi d’autres, mais la condition de notre survie. Néanmoins, il y a effectivement fort à parier que nos gouvernants vont essayer , dans un premier temps, d’appliquer les vieilles recettes avant de s’apercevoir que nous ne sommes plus en 1948, ni même en 2008, et que les ressources dont nous disposons sont insuffisantes pour relancer durablement la croissance.

le sceptique : On a eu 10000 tribunes sur la catastrophe climat, 1000 tribunes sur la catastrophe pesticide, 100 tribunes sur la catastrophe fin du pétrole, résultat : on se tape finalement une pandémie. Des gens se contentant d’aligner des risques sans priorisation ni prédiction, de dire « faut tout changer » quoiqu’il arrive, ne sont pas crédibles. L’écolo répétera toujours la même chose qu’on se prenne un astéroïde, une pandémie, un tremblement de terre, un krach boursier, une guerre civile, etc. Pour sortir de la crise covid-19, nous n’avons pas trop besoin de vélos ni de carottes bio (ni de transport en commun où le virus respiratoire se diffuse mieux!), mais d’une bonne répartition des lits d’urgence privés et public, de traitements antiviraux, de vaccins, d’applis numériques, d’industries capables de produire masques, tests, respirateurs, médicaments. Une société ouverte, prospère, éduquée, avancée au plan industriel, technique, scientifique. Résilience? Cf Japon, Corée du Sud, Taiwan…

Frog : Si le covid-19 non montre bien quelque chose, c’est que la mondialisation n’a rien de résilient… pas assez de masques et médicaments chinois pour toute la planète, avions soudains bloqués au sol, chaîne d’approvisionnement de la nourriture sous tension… Qu’est-ce que cela donnera lorsque l’épuisement des ressources deviendra plus visible, couplé au réchauffement climatique ? Un peu d’anticipation et de sagesse aurait pu faire éviter des milliards au monde entier, alors que le risque pandémique était connu depuis longtemps. Ne reproduisons pas la même erreur avec le réchauffement climatique.

* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/07/coronavirus-a-bercy-les-economistes-debattent-de-l-utilite-d-un-plan-de-relance_6035774_823448.html

** https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/06/en-france-les-pistes-pour-imaginer-le-monde-d-apres_6035721_3234.html

Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

En 2008 et 2009, années du précédent plongeon de la croissance, Nicolas Sarkozy avait chargé une commission, dite « Stiglitz-Sen », de redéfinir des indicateurs de progrès « au-delà du PIB » (produit intérieur brut). Votée à l’unanimité en 2015, une loi « visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques » n’est plus appliquée, et ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été. La croissance du PIB reste l’objectif premier des décideurs, elle doit se poursuivre coûte que coûte pour subvenir non seulement aux besoins sociaux individuels et collectifs mais aussi résoudre les problèmes écologiques. Or on sait depuis la fin des années 1960 que le « gâteau du PIB à partager » devient, en grossissant, de plus en plus toxique pour la vie, le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des mers et des sols. Qu’il ne contribue plus au bien-être à partir d’un niveau de richesse économique par habitant correspondant à celui qui était le nôtre il y a un demi- siècle. Qu’il s’est accompagné de l’explosion des inégalités mondiales. Qu’il met le travail sous pression en lui faisant perdre son sens et en provoquant des maladies professionnelles physiques et psychiques.

Pourtant il n’y a aucun besoin de croissance pour améliorer le pouvoir de vivre, pour réduire les inégalités, pour créer des emplois. Le contexte de la crise sanitaire actuelle fait resurgir des questionnements sur « ce qui compte vraiment ». L’alternative à la société thermo-industrielle est simple, c’est une juste répartition des richesses associée à de nouvelles priorités mettant l’utile et les biens communs au-dessus du futile et de l’accumulation privée. Cela implique de se donner d’autres indicateurs comme guides. (résumé d’une tribune de FAIR, Forum pour d’autres indicateurs de richesse)*

Le PIB est un fourre-tout trompeur. Un homme qui épouse sa femme de ménage fait chuter le PIB et diminuer les rentrée fiscales, un accident de la route augmente le PIB, cela fait travailler les garagistes et les pompes funèbres, les dépenses publicitaires boostent le PIB, mais cela nous agace fortement. Si tout se passe bien, nous abandonnerons progressivement l’indicateur PIB (produit intérieur brut), spécialisé dans l’accumulation économique, pour se fier à de nouveaux indicateurs de richesse durable. L’idée de « développement durable » n’opérait guère de saut conceptuel car il assimilait croissance et développement. On peut aussi aller beaucoup plus loin que l’IDH (indicateur de développement humain). L’indice final de performance environnementale en 2010 n’a pas eu beaucoup de succès. L’IBED (indicateur de bien-être véritable) peut être défini comme la somme [consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement)] moins [dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel]. L’empreinte écologique garde aujourd’hui toute sa pertinence. Pour l’instant les « indicateurs d’écologie appliquée » sont multiples et non utilisés par les gouvernants. Le BNB (Bonheur national brut) n’a toujours pas remplacé le PNB (produit national brut). Le tsunami financier de 2008-2009 n’était qu’un épiphénomène, les crises découlent surtout de notre désaccord économique avec les règles de reproduction inhérentes au vivant. L’épisode Covid-19 nous empêche actuellement de concevoir une société post-croissance tellement nous sommes hypnotisés par la sacralisation médicalisée de la vie humaine. Mais au fur et à mesure de l’approfondissement des crises écologiques, la prise en compte de l’économie biophysique deviendra essentielle. Pour en savoir plus grâce à notre réseau de documentation des écologistes :

2016, Faut-il attendre la croissance ? de Florence Jany-Catrice et Dominique Méda

2010 Adieu à la croissance (bien vivre dans un monde solidaire) de Jean Gadrey

2005 Les nouveaux indicateurs de richesse de Gadrey et Jany-Catrice

livre synthèse : une utopie pour 2050

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/15/l-urgence-sanitaire-n-a-pas-fait-oublier-l-urgence-ecologique-et-climatique_6039773_3232.html

Plutôt mourir que donner du fric à Renault

Un prêt public bancaire de 5 milliards d’euros prévu pour Renault. Encore de l’argent gaspillé ! Pour obtenir l’aide de l’Etat, le constructeur automobile doit s’engager « dans trois directions : le véhicule électrique, le respect de leurs sous-traitants et la localisation en France de leurs activités technologiquement les plus avancées », dixit le ministre français de l’économie. Rien sur l’écologie ! Bruno Le Maire ajoute sans rire : « Toutes les aides que nous apportons aux entreprises doivent être orientées dans deux directions : la décarbonation de l’économie française et l’amélioration de sa compétitivité. » Déroutant oxymore ! Étonnant que les politiques ne parlent pas du nécessaire dévoiturage, l’abandon de la voiture individuelle qui épuise les ressources fossiles et nous procure un réchauffement climatique de moins en moins délicieux. Sauvegarder l’emploi n’est rien quand cela se fait au prix de la détérioration des conditions de vie sur cette petite Terre. La voiture électrique ne résout rien, l’électricité est une énergie qu’il faut fabriquer dans des conditions non durables pour permettre la voiture électrique pour tous. Nous dilapidons l’argent public pour la voiture, l’avion, des secteurs sans avenir. Notre système thermo-industriel a bien obligé les paysans à quitter la terre, pourquoi on ne convertirait pas les travailleurs de l’automobile en paysans  ? Une agriculture non industrialisée a besoin de bras, de beaucoup de bras…

Pour en savoir plus sur le dévoiturage, lire sur notre blog biosphere :

5 juin 2019, Nous n’en poumons plus, vite le dévoiturage !

Extrait : La loi d’orientation des mobilités (LOM) est discutée par nos députés depuis le 3 juin. Le projet inscrit dans la loi l’interdiction en 2040 de la vente des voitures utilisant des énergies fossiles (pétrole, essence, GPL, GNL)…

16 septembre 2019, Le salon de l’automobile en accusation

Entre 15 000 et 25 000 manifestants, la plupart en vélo, ont défilé samedi 14 septembre à Francfort à l’occasion du salon international l’automobile. Le slogan « des sous, des sous » est remplacé par des évidences, « On ne peut pas remplacer nos poumons », « Le salon de l’automobile représente le siècle passé », « On n’en veut plus de ces gros SUV  »..

22 février 2019, LE MONDE est l’otage des lobbies automobiles

Extrait : Normal de pleurer sur la fin de la civilisation automobile, LE MONDE est victime de la nécessité de recettes publicitaires dont une grande partie provient du lobby automobile. Dans le numéro de mardi dernier, la dernière page en son entier est un hymne à Peugeot, « Motion & émotion » ! Un tiers de la page 7 pour la Nouvelle classe C coupé (jusqu’à 228 g de CO2 au km !). Sans oublier la rubrique habituelle « Styles » consacrant toute la page à l’automobile, ici la Toyota hybride…

18 janvier 2019, La voiture demain, économique, propre, omniprésente ?

Extrait : Économique, connectée, propre, la voiture de demain sera au cœur de la vie quotidienne des citoyens de demain, estime Serge Clemente dans LE MONDE*. Un tel point de vue est si irréaliste qu’il en est comique. Il est vrai que pour quelqu’un dont le métier est de vivre de l’automobile, le point de vue est biaisé. Comme on disait dans les années1970, la bagnole ça pue, ça pollue et ça rend con…

18 octobre 2017, La chasse aux automobilistes est ouverte, feu à volonté

Extrait : Pour un écologiste, c’est à la déconstruction du monopole de la bagnole qu’il faut travailler, le dévoiturage doit être massif. Déjà en 1974, le candidat écolo à la présidentielle René Dumont s’exprimait ainsi : « Chaque fois que vous prenez votre voiture pour le week-end, la France doit vendre un revolver à un pays pétrolier du Tiers-Monde…

10 juillet 2017, Une société sans voitures à essence est-elle possible ?

Nicolas Hulot a présenté le 6 juillet 2017 un plan climat : « Ce n’est pas un sujet qui spontanément passe toujours au premier plan dans l’écran radar. Notre responsabilité, c’est de faire que ce sujet prime sur tous les autres. » Il annonce la fin de la commercialisation des voitures roulant à l’essence ou au gazole en France d’ici 2040. Un gouvernement adepte du dévoiturage, je demande à voir ! En fait il s’agit d’abord de relancer la machine à fabriquer encore plus d’automobiles…

9 mai 2017, Adieux à l’automobile, le dé-voiturage en marche

Extrait : Une fois encore, nos gouvernements font preuve de manque de vision ; on répare les infrastructures routières qui se détériorent, on cherche les moyens de diminuer les bouchons de circulation, on encourage le remplacement des moteurs à combustion par des moteurs électriques… Bien évidemment, avec la fin du pétrole bon marché, l’ère de l’automobile s’achève et il faut dès maintenant repenser notre civilisation sur un autre modèle…

29 février 2016, Dévoiturage : l’urgence de sortir du tout routier

Extrait : Moteur du dynamisme économique et de la mobilité individuelle, le trafic routier se présente en même temps comme une des causes principales du fameux effet de double ciseau : raréfaction de la ressource pétrolière d’une part et aggravation de l’effet de serre d’autre part…

27 avril 2015, Pourtant il faudra bien un jour se passer de voiture

Extrait : Pic de pollution en Ile-de-France*. Pourtant la ministre socialiste Ségolène Royal refuse des mesures de restriction du trafic routier contre l’avis des élus locaux : « Empêcher quelqu’un de prendre sa voiture, c’est une mesure privative de liberté (…). Personne ne peut ni imposer, ni vociférer, ni exiger »…

L’aviation au banc des accusés, coupable !

L’avion a commis des crimes sans nombre, émissions de gaz à effet de serre, complicité de permettre d’aller plus loin, plus vite, plus souvent, épuisement des ressources fossiles par gaspillage du kérosène, destruction des communautés locales en permettant le tourisme de masse. Aucunes circonstances atténuantes ! Coupable, condamné à la peine capitale, les avions cloués au sol, définitivement. C’est le verdict d’une écologie de rupture avec le système thermo-industriel. Ce n’est pas l’avis prédominant. Malheureusement nous continuerons à faire fausse route par la voie des airs. Le monde d’après sera similaire au monde d’avant… en pire. Un plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale ». Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire n’a pas hésité sur les mots ni sur les moyens pour soutenir Air France qui va recevoir une enveloppe de 7 milliards d’euros. Alors que les Verts sont au gouvernement en Suède, la SAS (Scandinavian Airlines) recevra des aides de l’État sans aucune condition. Les écologistes font partie de la coalition en Autriche et n’ont toujours rien imposé sur le sujet aérien. Nulle part les écologistes au pouvoir n’ont encore su concilier exigences sociales et environnementales. Même pas quand ils sont dans l’opposition.

Dimanche 26 avril sur BFMTV, le député européen EELV, Yannick Jadot, s’est dit favorable au « sauvetage d’Air France ». Le gouvernement impose à Air France une condition environnementale pour être refinancé : réduire les vols intérieurs. Une condition, en réalité, pas très impressionnante mais qui a le mérite de montrer ce que doit être le transport de demain. Yannick Jadot, au micro de France Inter, n’a pas su être précis quand on lui a demandé ce qu’il aurait fait, lui, pour sauver Air France. Il a même défendu François Bayrou qui proteste contre la réduction des liaisons aériennes Paris/Pau. Par pragmatisme de compromission, les écologistes se retrouveraient alignés sur le gouvernement. Allez comprendre ! La CGT réclame un « plan Marshall de 10 milliards d’euros pour l’aéronautique ». Le PDG de Dassault Aviation réclame une « prime à la casse » pour l’achat d’avions « moins polluants ». Air France va écarter ses vieux A340, A319 et A318, pour recevoir, à la place, des Airbus A320neo et des A350. Patronat, syndicats, même combat, la protection de l’emploi rejoint la dynamique des profits. Tous les notables soutiennent la ligne Paris-Bordeaux, le maire de Mérignac où se trouve l’aéroport, le maire de Bordeaux, le président de la métropole et le président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Les collectivités rappellent que « l’aéroport s’est doté d’un plan d’orientation stratégique volontariste en termes de lutte contre les nuisances sonores et visant à la neutralité carbone, devenant ainsi un équipement éco-responsable ». Le Conseil Régional de la Nouvelle-Aquitaine « est engagé dans la mise en oeuvre d’une feuille de route stratégique aéronautique prévoyant le recours accru aux carburants alternatifs et le soutien à la filière hybride électrique ». Mais les spécialistes pointent que ni les biocarburants comme alternative au kérosène, ni les batteries électriques ne seront capables de faire face au défi climatique posé par l’envol du trafic. L’écoblanchiment sévit, les offres de « vols Paris-Bordeaux » pas cher se multiplient aujourd’hui !!  Avez-vous oublié que l’aéronautique a été à l’origine même de la propagation de la pandémie ? » interroge la Sepanso qui milite « pour le rétablissement des trains de nuits, alternative à l’avion, qui satisfaisait tant de passagers, par exemple ceux de Tarbes, Pau, Irun… »

La position de l’écologie politique est incompréhensible sans message et messagers assez affirmés pour tracer un chemin pas forcément populaire au premier abord. C’est pourtant le moment d’être limpide et d’avoir un propos qui tranche. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) recommande de conditionner l’octroi d’aides publiques à « l’adoption explicite de plans d’investissement, avec mesures de vérification, et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas carbone ». Par exemple, toute aide au secteur aérien doit être conditionnée à la mise en place d’un plan précis pour atteindre la neutralité carbone. « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte, mais d’ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion, prévient la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC. Des aides (formation, reconversion) aux travailleurs des secteurs très émetteurs peuvent parfois être préférées à une aide sectorielle. » Les ministres de l’économie, Bruno Le Maire, et de l’écologie Elisabeth Borne, ont confirmé que le plan d’aide de 7 milliards d’euros accordé à Air France serait conditionné à des critères écologiques, dont « la fermeture de lignes aériennes intérieures », SAUF pour les liaisons vers des hub, et A CONDITION qu’existe une « alternative en train durant moins de 2h30 ». Condition contre condition, autant dire qu’on ne va rien faire politiquement contre l’aviation. Seule source de satisfaction, venant des spéculateurs. Warren Buffett, patron du groupe Berkshire Hathaway, a annoncé le 2 mai 2020, lors de son assemblée générale des actionnaires, qu’il avait vendu toutes ses actions dans les compagnies aériennes américaines, pour un total de 6 milliards de dollars. « L’aérien, je pense que cela a changé fondamentalement », a-t-il expliqué : « Même si le trafic revenait à 70 % de sa capacité dans les prochaines années, il y aurait quand même une énorme surcapacité d’avions. »

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

30 janvier 2020, CLIMAT, l’illusoire compensation carbone

Air France annonce que, dès janvier 2020, elle compenserait les émissions de CO2 de ses quelque « 450 vols intérieurs » quotidiens en finançant des projets de « plantations d’arbres, de protection des forêts, de transition énergétique »… La forêt devient un alibi qui fait passer au second plan la priorité numéro un, c’est-à-dire la décarbonation de pans entiers de l’économie…

27 juin 2019, Pour l’avion tous bords confondus

Tribune signée par plusieurs sénateurs et députés de gauche, du Centre, de droite et macronistes, « Arrêtez de taper sur l’avion » . L’alliance de l’ancien monde économico-politique contre l’urgence écologique !…

21 juin 2019, Mettre à terre le lobby aérien

Nous avons reçu une déclaration écœurante du GIFAS. Créé en 1908, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales ose dire que « Le secteur aérien français est mobilisé en faveur de la lutte contre le changement climatique »…

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques)…

7 avril 2019, Faire « tourisme et découvertes » sans prendre l’avion

Les experts semblent penser que la sagesse qu’ils répandent sur la Terre depuis leur siège en première classe à 10 000 mètres d’altitude est si importante qu’elle pèse plus lourd dans la balance que leurs propres émissions de gaz à effet de serre…

7 avril 2019 / 4 commentaires / effet de serre / Par biosphere

Il en est des savants comme des touristes aux antipodes et tant de commerciaux, l’avion est à la mode. No Fly Climate Sci, Hypocrites in the Air ou Labos1.5 en France, des collectifs de chercheurs visent à limiter les déplacements aériens académiques.

26 février 2019, Prenez l’avion, c’est bon pour nos générations futures

Celui qui se prive de voyages au long cours vers des destinations paradisiaques pour montrer l’exemple d’un comportement écologique sans faille ne fait que retarder l’échéance fatale. Son sacrifice offre aux avionneurs invétérés un répit avant d’arriver aux limites biophysiques de la planète : le kérosène qu’il économise, c’est autant de plus à la disposition des destructeurs.

8 octobre 2016, Compensation carbone, l’hypocrisie de l’aviation civile

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) instaure un mécanisme mondial de compensation des émissions de gaz à effet de serre*. Victoire ? Que nenni ! C’est un leurre, du greenwashing (écoblanchiment). Il s’agit d’achat de crédits carbone par les compagnies aériennes auprès d’autres secteurs via une Bourse d’échanges…

13 mai 2016, Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

Le transport aérien bénéficie d’un régime d’exception en étant le seul secteur dont le carburant est exonéré de toute taxe au niveau international. Pourtant, il pèse 3 % des émissions carbone mondiales. Ce chiffre n’est pas à négliger : si le secteur aérien était un pays, il serait le 7e pays le plus pollueur en termes d’émissions. Quand le kérosène sera taxé, les compagnies aériennes feront faillite…

23 juillet 2015, Pour ne pas changer le climat, ne pas prendre l’avion

la seule énergie utilisable pour les déplacements humains doit résulter des énergies renouvelables. On ne peut recouvrir la terre toute entière d’arbres. Le système de compensation d’un voyage en avion (détruire à un endroit, acheter une indulgence par ailleurs) a ses limites…

21 octobre 2014, Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué

Tombé dans le baril en 1974, au moment du premier choc pétrolier, Margerie pense que le brut est « la plus belle des sources d’énergie ». La maison brûle ? s’exclamait Chirac à un sommet de la Terre. Haussement d’épaules de Margerie : « Je suis foncièrement optimiste et je ne suis pas inquiet pour l’avenir. »…

25 novembre 2013, tout accord fait grâce à l’avion n’est pas un bon accord

Congressistes, restez chez vous ! Vous ne servez à rien. L’accord 2013 sur le climat est adopté à Varsovie… pour rien. On se reverra l’an prochain pour une autre « conférence d’étape, on prendra l’avion et on étudiera les modalités de la prochaine conférence. Le chef de la délégation sriklankaise à Varsovie met le doigt où ça fait mal : « Nous continuerons à essayer de nous mettre d’accord chaque année en contribuant toujours plus aux émissions de CO2 par nos voyages en avion. »…

8 octobre 2010, trop de touristes prennent l’avion

Aujourd’hui nous ne parlerons pas du tourisme par avion qui profite d’un kérosène détaxé pour abîmer des contrées lointaines et détériorer le climat. Aujourd’hui nous ne parlerons pas du tourisme du troisième âge qui multiplie les « long-séjouristes » puisqu’ils ont tout le temps…

19 avril 2010, des avions cloués au sol, la bonne affaire !

Un petit volcan qui se réveille et c’est une grande partie de l’espace aérien européen qui reste fermé plusieurs jours (LeMonde du 18-19 avril 2010). Pour nous, cela serait une bonne nouvelle si c’était volontaire et durable : l’avion est l’ennemi de la planète et des humains. Nous trouvons ridicule de la part des ressortissants européens de prendre l’avion pour aller dans un autre pays européen que le sien. A plus forte raison si on utilise les lignes aériennes internes à son pays. Les avions doivent rester définitivement cloués au sol…

19 septembre 2009, la fin de l’avion plus lourd que l’air

Les compagnies européennes continuent d’étendre leur flotte ! Ce paradoxe marque l’irréalisme des transporteurs aériens qui se croient encore exonérés de la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %…

12 août 2009, les avions, au sol !

Le projet de grand aéroport à Notre-Dame-des-Landes est contesté. Hervé Kempf conclut comme il se doit avec un militant anti-avion: « Ce projet cristallise tout ce qu’on rejette dans cette société : le réchauffement climatique, l’abus de pétrole, la surconsommation, la délocalisation et le gâchis de terres agricoles. »…

8 décembre 2007, avions et climat

Pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %. Les climatologues rappellent aussi qu’à consommation égale un avion a un impact climatique qui vaut plusieurs fois celle d’un transport routier, en raison des émissions de gaz à haute altitude…

Histoire de planètes parlant du virus humain

Histoire de planètes, j’en connaissais déjà une bien bonne :

La Terre rencontre une planète qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps : « Tu as bien pâle mine, lui dit celle-ci. – Je suis malade, dit la Terre, j’ai attrapé l’humanité. – Oh ! Ne t’inquiète pas, la rassure l’autre, je l’ai eue moi aussi, ça passe tout seul. (Eloge de la simplicité volontaire d’Hervé-René Martin p. 236).

Je viens d’en trouver une variante de la part d’un internaute sur lemonde.fr :

Saturne, Venus, et la Terre échangent autour d’un verre sur leurs maux. Venus : « Il fait tellement chaud chez moi que j’ai un mal de tête épouvantable. » Saturne : « Moi avec tous ces anneaux qui tournent sans cesse autour de moi, j’ai un tournis insupportable.
Et puis la Terre qui a le temps devant elle : « Moi, j’ai un petit virus humain qui m’exaspère, mais je suis tranquille, je vais bientôt m’en débarrasser… »

moralité : Dans les situations les plus désastreuses, les humains trouvent toujours le moyen d’en rigoler, et ça que c’est une bonne idée…

Le virus humain, plus mortel que le CoV-2

Philippe Descola : «  Les grandes pandémies sont des zoonoses, des maladies qui se propagent d’espèce en espèce et dont la diffusion est donc en grande partie dépendante des bouleversements écologiques ; la dégradation et le rétrécissement sans précédent des milieux peu anthropisés du fait de leur exploitation par l’élevage extensif, l’agriculture industrielle, la colonisation interne et l’extraction de minerais et d’énergies fossiles. Cette situation a eu pour effet que des espèces sauvages réservoirs de pathogènes se sont trouvées en contact beaucoup plus intense avec des humains vivant dans des habitats beaucoup plus denses… Le capitalisme se propager comme une épidémie, sauf qu’il ne tue pas directement ceux qui le pratiquent, mais les conditions de vie à long terme de tous les habitants de la Terre. Nous sommes devenus des virus pour la planète. Un virus est un parasite qui se réplique aux dépens de son hôte, parfois jusqu’à le tuer. C’est ce que le capitalisme fait avec la Terre depuis les débuts de la révolution industrielle, pendant longtemps sans le savoir. Maintenant, nous le savons, mais nous semblons avoir peur du remède, que nous connaissons aussi, à savoir un bouleversement de nos modes de vie. L’idée que les humains vivent dans un monde séparé de celui des non-humains nous a fait oublier que la chaîne de la vie est formée de maillons interdépendants. Le « nous » n’a guère de sens si l’on songe que le microbiote de chacun d’entre « nous » est composé de milliers de milliards d’« eux », ou que le CO2 que j’émets aujourd’hui affectera encore le climat dans mille ans. Les virus, les micro-organismes, les espèces animales et végétales que nous avons modifiées au fil des millénaires sont nos commensaux dans le banquet parfois tragique de la vie. Il est absurde de penser que l’on pourrait en prendre congé pour vivre dans une bulle… Dans plusieurs pays des petits collectifs ont fait sécession par rapport au mouvement continu d’appropriation de la nature et des biens communs qui caractérise la croissance économique depuis la fin du XVIe siècle. Ils mettent l’accent sur l’identification à un milieu et l’équilibre des rythmes de la vie plutôt que sur la compétition, l’appropriation privée et l’exploitation maximale de la Terre… On peut appeler ça un tournant anthropologique,devenue moins anthropocentrique. L’un des moyens pour ce faire fut d’introduire les non-humains comme des acteurs de plein droit… Que serait-il important de changer rapidement ? En vrac : développement des conventions citoyennes tirées au sort ; impôt écologique universel proportionnel à l’empreinte carbone ; taxation des coûts écologiques de production et de transport des biens et services ; développement de l’attribution de la personnalité juridique à des milieux de vie, etc. »*

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Precis : Saturne, Venus, et la Terre échangent autour d’un verre sur leurs maux. Venus : « Il fait tellement chaud chez moi que j’ai un mal de tête épouvantable. » Saturne : « Moi avec tous ces anneaux qui tournent sans cesse autour de moi, j’ai un tournis insupportable. » Et puis la Terre s’exprime : « Moi, j’ai un petit virus humain qui m’exaspère, mais je suis tranquille, je vais bientôt m’en débarrasser… »

J.Dupond1 : L’homme un virus ? Chouette, les écologistes profonds ont trouvé leur idéologue pour justifier de prochaines tueries de masse. Les terroristes islamistes pourraient même s’y raccrocher car, après tout, ce système ce sont plutôt ces infidèles d’occidentaux qui en sont responsables.

le sceptique : Descola ne va pas au bout de sa logique, « la nature » n’est qu’un mode d’auto-transformation. La construction des artefacts n’est ni plus ni moins « naturelle » que la construction des tissus et organes, la vie est un programme de captation de ressources pour s’autorépliquer. Si le capitalisme est un « virus », alors il est une émergence de la vie dont il a parfaitement compris la logique, d’où son grand succès ! Les cultures aussi co-évoluent, en compétition, coopération, hybridation. Difficile alors de dire qu’un état (passé, présent ou futur) de « la nature » serait une référence de quoi que ce soit.

Bernard l. @ le sceptique : Vous n’êtes pas sceptique, vous êtes désespéré. Et, oserais-je ajouter, désespérant. La vie évolue par essais successifs, au hasard. Des résultats de ces essais, le chemin parcouru. Mais l’homme, bien que partie intégrante de ce cheminement, à ceci de différent, qu’il est capable de comprendre ce fonctionnement et d’anticiper les conséquences de ses actions. Donc non, il ne me semble pas que ses choix soient à mettre au même niveau que les évolutions des autres composantes de la nature. On a le choix de notre futur, encore ne faut-il pas le sacrifier à notre présent.

le sceptique @ Bernard : je lis dans votre réponse le reflet de votre propre désespoir. Il n’y a rien de désespéré ni désespérant à observer l’incroyable trajectoire de la vie, la puissance du devenir qui se déploie et l’insignifiance quasi-complète du présent d’un Terrien dans ce processus. Je ne crois pas que la conscience humaine a tant de prise que cela, en fait nous bricolons comme le reste du vivant. Par ailleurs, si l’environnement émerge comme question au sein du capitalisme, assez vite finalement à échelle du temps historique, cela fait partie de l’auto-ajustement, non ?

Philippe Marrel : Sauf qu’il faut tenir compte des échelles temporelles! C’est sûr, à l’échelle de la biosphère, en centaines de millions d’années, le problème humain sera réglé et oublié, au catalogue des essais et erreurs de l’évolution. Une grande extinction parmi d’autres. Mais en tant qu’êtres vivants d’un temps bien plus bref, nous n’avons pas la possibilité de compter sur les auto-corrections, et nous devons donc nous référer à un schéma de principe, forcément simplificateur, forcément idéalisé, pour guider notre route. Du moins ce qui reste en notre pouvoir comme décision.

A. LE COMTE : Il y a une cinquantaine d’années, on me riait au nez quand je défendais les idées de René Dumont !! On voit où on en est maintenant !

Supergudule : Pour rappel la population mondiale de 1950 à 2017 est passée de 2 milliards à 7 milliards d’humains. c’est bien ? c’est mal ? c’est à cause du capitalisme ? Pensez vous que cela permet d’envisager cette coexistence sereine avec la nature ?? Sérieusement ???

Sybill : C’est le bon moment pour revisiter les écrits et la pensée de Nicolas Georgescu-Rogen : « Le processus économique n’est qu’une extension de l’évolution biologique et, par conséquent, les problèmes les plus importants de l’économie doivent être envisagés sous cet angle ». Tant que les dommages écologiques ne seront pris en compte que comme des externalités négatives, sorte de dommages collatéraux qu’il suffirait d’internaliser dans les coûts (principe pollueur-payeur), les choses ne changeront pas significativement…

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/20/philippe-descola-nous-sommes-devenus-des-virus-pour-la-planete_6040207_3232.html