Vers de terre et humains, même combat

1er acte. Les fongicides ou SDHi (pour « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase ») bloquent le fonctionnement d’une enzyme (la SDH) nécessaire à la respiration cellulaire des champignons. Ce mécanisme est présent non seulement chez les champignons, mais aussi chez la majorité des organismes – des vers de terre aux insectes en passant par les humains. Avec, comme risque, de voir se développer des maladies chroniques induites par le défaut de fonctionnement de la SDH : « encéphalopathies sévères », « tumeurs du système nerveux  », « prédispose en outre à certains cancers du rein ou du système digestif », est associé à la maladie de Huntington, de Parkinson… détaillaient des chercheurs en avril 2018. En réponse à cette mise en garde, l’ Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a conclu, dans un rapport rendu en janvier 2019, à l’absence d’alerte sanitaire, tout en recommandant la poursuite de la recherche.

2e acte. La Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé ­publique et d’environnement (cnDAspe),une instance officielle indépendante constituée de 22 experts bénévoles, a publié, mardi 19 novembre 2019, un avis estimant que l’alerte était fondée, étayée par « des données scientifiques de qualité ». Les données montrent bien, sur des cultures cellulaires, que les substances appartenant à la famille des SDHI ne ciblent pas seulement les champignons et les moisissures, mais une diversité d’organismes comme l’abeille domestique, le lombric ou l’être humain. Le recul n’est pas suffisant sur les usages actuels de plusieurs de ces produits pour pouvoir se fonder sur des données épidémiologiques relatives aux personnes exposées. Sur les onze substances en question, huit ont été autorisées pour la première fois il y a moins de dix ans.La controverse illustre un hiatus grandissant entre la science réglementaire d’une part (tests standardisés avant une autorisation de mise sur le marché) et la science académique de l’autre, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances publiées dans la littérature savante. Elle pose la question des conditions d’application du principe de précaution.

3e acte. « Des travaux financés par l’Anses ont été publiés en 2012 et montrent que le bixafène (l’un des SDHi) est génotoxique [toxique pour l’ADN] in vitro, écrit la députée Mme Batho. Les experts toxicologues disent que ce type de résultat doit être confirmé in vivo : j’ai donc demandé à l’Anses si, depuis sept ans, de tels travaux avaient été entrepris. » L’Anses n’est pas en mesure de répondre !

Merci Stéphane Foucart, journaliste scientifique du MONDE, de nous tenir éveillé sur les risques techno-scientifiques. Le gros problème, c’est combien de nos concitoyens sont éduqués pour s’y retrouver au milieu des SDH, Anses, SDhi, cnDAspe ? La réponse inexpliqué pourquoi le complexe chimico-industriel garde le pouvoir, avec son fric, son pouvoir de lobbying au niveau politique et ses scientifiques qu’il rétribue pour justifier ses poisons.

NB : Vous pouvez signer une pétition en ligne contre glyphosate et SDhi,

https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/stop-glyphosate-sdhi/67626

ET vous pouvez envoyer une lettre à vos élus,

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/sdhi/

La guerre de l’oignon se poursuit

« Au XXIe siècle il y aura la guerre des terres, comme il y aura les guerres du pétrole, les guerres de l’eau, les guerres du climat, les guerres civiles, les guerres aux frontières…et les guerres de l’oignon. La flambée des prix alimentaires mondiaux avaient provoqué en 2008 des émeutes de la faim dans plusieurs pays. Ce n’est pas seulement la faute des catastrophes naturelles et des spéculateurs, c’est aussi la conséquence de la surpopulation mondiale. La pénurie n’est plus conjoncturelle. Nous sommes six milliards d’humains et on en dénombrera 3 milliards de plus en 2050. Pour protéger leur souveraineté alimentaire, l’Inde vient d’interdire l’exportation de l’oignon national. » C’était là le tout début de notre article de janvier 2011, faim du monde, fin du libre-échange.

Aujourd’hui en 2019, après une mousson tardive qui a endommagé sa production, l’Inde vient à nouveau d’interdire l’exportation d’oignons, entraînant une flambée des prix au Bangladesh voisin et provoquant la colère d’une population qui utilise largement cette herbacée dans la cuisine. Le kilogramme de ce légume de base est passé de 32 centimes d’euros à près de 2,78 euros dans un pays où le PIB par habitant est de 4,4 euros par jour. A Dacca, la capitale qui compte 9 millions d’habitants, seuls quelques milliers de personnes ont pu bénéficier d’oignons à prix subventionné. Les trafiquants stockent les oignons pour faire monter les prix, le marché noir se développe, on se croirait revenus aux temps de l’occupation allemande en France. L’histoire est un éternel recommencement.

Sauf que la période qui s’annonce va être particulièrement dramatique, comment nourrir durablement au Bangladesh une population urbaine de 9 millions d’habitants à Dacca (ou 18 millions ?) dans un pays déjà très pauvre de 165 millions d’habitants, avec une densité de 1144 habitants au kilomètre carré, plus de 11 habitants sur un carré de 100 mètres de côté. Comment ne pas voir que cette histoire conjoncturelle d’oignons n’est qu’un signe parmi d’autres des catastrophes qui s’amoncellent au niveau planétaire ? Quand j’envisage l’avenir sur une planète surpeuplée, sur-polluée, surchauffée et sous-alimentée, se faisant la guerre pour un oui ou pour un non, élisant des Trump et Bolosonaro, je suis terrifié. Quand les anti-malthusiens en France veulent ignorer la problématique démographique, je suis terrifié. Quand les Gilets jaunes en France manifestent contre l’augmentation du prix de l’essence, je suis terrifié. Heureusement, comme il est écrit dans LE MONDE*, « La saveur de la ciboulette est proche de celle de l’oignon ». Pour s’adapter, ça on va s’adapter, contraints et forcés !

* LE MONDE du 21.11.2019, Face à la pénurie d’oignons au Bangladesh, un pont aérien, un prix subventionné et des mesures antitrafic

Jonathan Safran Foer montre notre assiette

Jonathan Safran Foer a trouvé le filon. Après Eating Animals en 2009 (« Faut-il manger les animaux ? »), il publie « L’avenir de la planète commence dans notre assiette »*. Voici un dialogue possible avec lui :

Jonathan Safran Foer : Nous sommes en quelque sorte une génération charnière : ceux qui vivent aujourd’hui sont ceux qui réussiront, ou non, à sauver la planète. Aujourd’hui, notre espèce vit sous la menace d’un suicide de masse.

Biosphere : Nous sommes il est vrai une « génération charnière », celle qui va passer de l’abondance permise par les énergies fossiles à une période de pénuries et de rationnement. Nous allons basculer de façon assez brutale de la génération-écran à la génération-climat. Il est vrai aussi que cette « transition écologique » se fera au prix d’un grand nombre de morts, inondations, sécheresses, famines, guerres, épidémies… Mais il est encore plus vrai qu’il ne s’agit pas de « sauver la planète », elle se fout complètement de notre existence ou de notre disparition, elle vit sa vie. Après nous les méduses ?

Jonathan Safran Foer : A l’échelle individuelle, nous pouvons principalement mener quatre types d’actions pour réduire notre empreinte carbone : moins utiliser l’avion, vivre sans voiture, avoir moins d’enfants et réduire notre consommation de produits d’origine animale. La réflexion sur les trois premiers registres est certes nécessaire, mais ce sont des questions complexes, qui doivent être pensées sur le long terme. Or, nous n’avons plus de temps pour agir !

Biosphere : C’est un constat qu’il faut répéter, la fécondité, la voiture, l’avion et le mode alimentaire sont des activités qui découlent de notre comportement individuel. Sauf exception (à mon insu ou de mon plein gré), ce n’est pas autrui qui fait les enfants à ma place. Or changer un comportement socialement intériorisé prend du temps, y compris la consommation de viande. Nous n’en avons jamais consommé autant qu’aujourd’hui ; même l’Inde l’Inde et la Chine s’y mettent. La production de viande est passée de 70 millions de tonnes en 1961 à 330 millions en 2018… La tendance est lourde, nous ne deviendrons pas végétariens d’un coup de baguette magique. Cela mettra au moins autant de temps que nous passer de voiture individuelle !

Jonathan Safran Foer : La voiture ? La plupart des grandes villes américaines ont été conçues pour la rendre indispensable et 85 % des Américains l’utilisent pour aller au travail.

Biosphere : Pour maintenir le réchauffement planétaire à moins de 2 °C, il faut abandonner la plus grande partie de notre consommation d’énergies fossiles – charbon, pétrole, gaz – afin de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Que les Américains et les Gilets jaunes le veuillent ou non, soit il faut individuellement accepter l’augmentation du prix du carburant pour rapprocher lieu de travail et domicile, soit c’est l’apocalypse climatique accompagnée d’une effroyable descente énergétique.

Jonathan Safran Foer : Pour ce qui est de l’avion, une bonne part des déplacements ont un motif professionnel ou sont effectués dans un but personnel indépendant des loisirs, par exemple, rendre visite à un membre de sa famille malade.

Biosphere : De plus en plus de Suédois commencent à ressentir la « honte de voler (flygskam) » en avion, pourquoi pas aux États-Unis et en France. Jonathan, vous faites assaut de faux arguments pour ne rien faire contre les déplacements d’une élite réduite et de touristes au long cours. Pour les Français, vacances et loisirs sont le principal motif de déplacement en avion (près de 70 %), tandis que les usages professionnels représentent moins d’un tiers des vols.

Jonathan Safran Foer : Quant à la décision d’avoir des enfants, ce n’est pas au centre des préoccupations urgentes de la majorité des gens – je suis sûr que la plupart de vos lecteurs ne sont pas, en ce moment précis, en train de se demander s’ils veulent mettre un enfant en route dans le mois qui suit.

Biosphere : Les citoyens ne se demandent pas si leurs activités quotidiennes émettent plus ou moins de gaz à effet de serre. Par contre le choix d’avoir ou non un enfant devrait poser problème à tout citoyen : procréer alors que le futur s’assombrit, est-ce une bonne idée ? Les nullipares existent, elles sont peut-être moins nombreuses que les végans, mais leur nombre ne peut que s’accroître, écologie oblige.

Jonathan Safran Foer : L’alimentation, en revanche, est un choix que nous faisons trois fois par jour et, pour presque tout le monde, ce n’est pas un choix contraint : personne ne nous force à manger d’une façon ou d’une autre.

Biosphere : Vous aviez écrit dans votre précédent livre : « Ce n’est pas au consommateur qu’il devrait incomber de savoir ce qui est cruel et ce qui ne l’est pas, ce qui est destructeur et ce qui est viable pour l’environnement. Les produits alimentaires cruels et destructeurs devraient être interdits. Nous ne devrions pas avoir à choisir des jouets contenant de la peinture au plomb, des aérosols avec des chlorofluorocarbones. » La société évolue grâce aux changements individuels de comportements, mais ceci ne peut se généraliser qu’en étroite corrélation avec les choix collectifs. Un repas végétarien par semaine dans tous les restaurants scolaires devrait être une obligation pédagogique.

Jonathan Safran Foer : Quand vous voyez quelque chose qui vous fait envie, vous ne le volez pas. Vous ne le volerez pas parce que vous savez qu’on ne doit pas voler, c’est inscrit en vous. Il nous faut devenir des gens qui ne volent rien à la planète, qui ne volent rien à l’avenir.

Biosphere : Des humains qui ne volent rien à la planète, c’est impossible. Cela ne consiste pas seulement à éviter la viande puisque tout est parasitaire dans l’activité humaine. Pour exister, se chauffer, se transformer, publier un livre… on vole matières et énergie disponibles dans la nature. Donc adopter un comportement écolo, faire de l’économie au sens « économiser », ce sera bientôt la norme, qu’elle soit simplicité volontaire ou imposée. A ce moment il y a intériorisation, la sobriété deviendra naturelle, on la pratiquera sans y penser.

Jonathan Safran Foer : Il est étonnant de voir le nombre de fois où quelqu’un me demande : « Avez-vous l’espoir que les gens finiront par changer ? » En général, je rétorque : « Avez-vous l’espoir, vous, que vous finirez par changer ? » Souvent, on me répond : « Oui, je crois que je pourrais changer un peu. » Et j’insiste : « Que voulez-vous dire par un peu ? Parlons de l’avion. Que croyez-vous que vous pourriez faire pour le prendre moins souvent ? Je ne vais pas vous juger, j’espère que vous ne me jugerez pas non plus, mais parlons-en. » Et ces conversations, c’est vrai, me donnent de l’espoir.

Biosphere : C’est bien résumé, c’est l’art de convaincre d’une juste cause. Arne Naess tenait le même raisonnement : « La violence à court terme contredit la réduction universelle à long terme de la violence. Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié. »

Jonathan Safran Foer : Au bout du compte, que je sois optimiste ou non n’a pas beaucoup d’importance ; ce qui compte, c’est ce que nous faisons.Ce qui est certain, c’est que la conscience que nous avons de la situation augmente à un rythme très rapide : si nous continuons de changer à cette cadence, alors je crois que nous avons de vraies chances de gagner la partie.

Biosphere : c’est l’effet boule de neige. On y arrivera quand on s’apercevra que la nature ne négocie pas, la catastrophe servira de pédagogie si la pédagogie de la catastrophe n’a pas eu le succès qu’elle méritait…

* LE MONDE du 16 novembre 2019 Jonathan Safran Foer : « Il nous faut devenir des gens qui ne volent rien à la planète »

MiaouBOX pour une société débile

En tant que journalistes, nous recevons par mail beaucoup de messages d’entreprises plus ou moins débiles, mais celui-là bas le pompon.

« LE CADEAU AU POIL POUR NOËL, LA WOUFBOX & LA MIAOUBOX »

13,5 millions de chiens et 7,4 millions de chats, nos meilleurs amis à quatre pattes ne seront pas les grands oubliés au pied du sapin cette année. Woufbox et Miaoubox ont confectionné une box spécialement pour Noël composée de 8 produits choisis spécialement pour l’occasion sur le thématique des fêtes de fin d’année. Des jouets, des friandises, des accessoires, des produits d’hygiène, adaptés à chaque boule de poils pour garantir une expérience féerique au moment de déballer son cadeau le soir du réveillon Noël !  Qui a dit que gâter son animal de compagnie était onéreux ? Les coffrets cadeaux en Édition Limitée pour Noël contenant 8 produits d’une valeur de 50€, sont proposés à 24,90€. De quoi mettre la patte au porte monnaies sans se ruiner ! Réalisé avec une patte de maître par nos experts canins et félins, chaque coffret est adapté selon les caractéristiques de l’animal. Un cadeau original qui ravira chaque membre de la tribu, en particulier le fidèle compagnon de la famille. L’idée cadeau qui permettra de consacrer encore plus de moments de complicité avec lui ! Chaque box est livrée entre le 15 et le 20 décembre, timing parfait pour la glisser sous le sapin le Jour-J !

Qu’en pense le parti animaliste ?

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Municipales, tous écolos ou presque !

A Paris, la maire sortante Anne Hidalgo a fait de la lutte contre la pollution, automobile notamment, son marqueur politique. Les socialistes prônent un nouveau modèle de gestion locale, incluant participation citoyenne et projets (végétalisation, réduction de la place de la voiture, restauration de terres agricoles) parfois inspirés des Verts, tout en gardant des marqueurs sociaux tels la gratuité des dix premiers mètres cubes d’eau ou la construction de logement social. Pour recevoir l’investiture de la majorité macroniste, tout candidat doit adhérer à une charte de dix engagements qui précise notamment que « l’élu(e) s’engage à faire de la transition écologique une priorité ». Cédric Villani, ex-LRM, se rêve en « premier maire véritablement écologiste de Paris », son concurrent Benjamin Griveaux veut créer des « rues-jardins » et améliorer la « santé environnementale ». A droite, les maires sortants entendent bien jouer la carte écolo. Les Républicains restent héritiers d’un credo pro-nucléaire et productiviste, mais une nouvelle garde croit en la possibilité d’une écologie « pragmatique » compatible avec l’économie de marché. Le maire de Nice Christian Estrosi assure œuvrer depuis 2008 à un projet de « ville verte exemplaire de la Méditerranée » faite de végétalisation et de nouvelle ligne de tramway. Nul ne délaisse le terrain environnemental, pas même le Rassemblement national (RN), qui décline un concept des européennes, le « localisme », à l’échelon municipal. Produits locaux dans les cantines, jardins partagés, « faire en sorte qu’on puisse vivre et travailler dans la commune ». A la préférence nationale succède la préférence municipale.*

Il n’est pas difficile de se rendre compte, vu le passé des anciens protagonistes d’un monde dépassé, qu’il ne s’agit en fait que de greenwashing politicien, une écologie décorative et préélectorale, une écologie de l’incantation loin de mettre en œuvre une écologie concrète. On retrouve maintenant au niveau de l’ensemble de l’échiquier politique ce qui a traversé le mouvement écologiste depuis son origine, l’opposition entre une écologie superficielle et une écologie radicale. Il est significatif que François de Rugy ait quitté les Verts pour tomber dans les bras de Macron, puis succédé à Hulot qui avait pourtant montré en démissionnant qu’on ne pouvait rien faire dans ce système techno-industriel même quand on est ministre de l’écologie. François de Rugy se contente de phrases toutes faites : « Il y a tellement de gens qui adorent quand les écologistes sont très radicaux, marginaux et minoritaires. Le conservatisme et la radicalité sont les deux faces de la même médaille, celle de l’impuissance et de l’inaction. Ce que je veux, c’est une écologie qui agit. » Encore faudrait-il définir de quel type d’actions il s’agit. Pour les municipales, que faire ?

L’urgence écologique, la déplétion des ressources fossiles, l’extinction des espèces… exige des efforts tant au niveau individuel que collective. C’est le premier message qu’il faut faire passer pour cette élection locale, la transition écologique demandera des sacrifices. Le comportement personnel de sobriété alimentaire et énergétique ne sera suivi par tous que dans un contexte collectif. Il faudra changer les pratiques, abandonner les parterres de fleurs pour des jardins potagers et les arbres d’ornement pour des fruitiers. Il s’agit d’instaurer un nouvel état d’esprit dans les municipalités, on ne construira la société du futur qu’avec l’apport de chaque citoyen. Il s’agit d’abandonner tous les grands projets qui gaspillent des ressources, promouvoir des ceintures vivrières et endiguer l’artificialisation du territoire, faire des villes fruitières et pas simplement ombragées, mettre une éolienne à la place du moulin à vent en ruine, utiliser des techniques appropriées au contexte local, revitaliser l’artisanat local et les circuits courts, etc. C’est au niveau des communauté de base, au niveau des communes, qu’on peut mettre en place des espaces de résilience, capables de résister aux chocs, cherchant l’autonomie au niveau alimentaire, énergétique et politique. Ce blog biosphere n’est rien en lui-même, mais heureusement tout s’agite autour de lui. Ainsi l’ADEME, avec « Demain MON TERRITOIRE », propose des actions concrètes. Les 20 fiches de ce recueil valorisent des solutions mises en place dans des communes et intercommunalités de différentes tailles, réparties sur l’ensemble du territoire. Elles montrent qu’il est possible d’envisager une ville plus sobre en carbone, avec des gains en matière de lien social, de qualité de vie et de dynamisme économique.

* LE MONDE du 14 novembre 2019, Tous écolos ? La campagne municipale s’annonce verte à tous les étages

Dialogue avec l’ex-ministre François de Rugy

François de Rugy* : Des énormités se disent sur l’écologie, de tous côtés d’ailleurs. En ce moment, nous entendons surtout ceux qui disent que ce n’est jamais assez. C’est un peu le syndrome de « tant qu’on n’a pas tout changé, on n’aura rien changé », ce qui conduit généralement à ne rien changer.

Biosphere : Monsieur de Rugy, votre arrivée au ministère a coïncidé avec la condamnation par votre prédécesseur Nicoals Hulot de la « politique des petits pas » du gouvernement Macron. Un écologiste digne de ce nom ne peut qu’être radical, la dégradation de la planète est tel que nous devons complètement reconsidérer le fonctionnement économique actuel qui reste encore business as usual et technologie de pointe.

François de Rugy : Souvenez-vous des débats autour de la voiture électrique. Tous les groupes de « gilets jaunes » que j’ai rencontrés y étaient hostiles. D’un seul coup, des gens se sont mis à dire que ce genre de véhicule était plus polluant que la voiture thermique, ce qui défie toutes les études scientifiques.

Biosphere : Toutes les études scientifiques sérieuses montrent que la voiture électrique n’est pas une solution. Vous vous voyez faire la queue à la prise électrique pour recharger pendant 1/2 heure votre voiture sur une aire d’autoroute le 1er Août ? Vous vous voyez réclamer à corps et à cris pour les alimenter la construction de nombreuses centrales nucléaires du type EPR ? Vous vous voyez perpétuellement recycler des batteries hors d’usage ?

François de Rugy : Le cœur du débat politique, c’est le degré de contraintes que l’on est prêt à supporter. Prenez la lutte contre le tabagisme, on n’y serait jamais arrivé sans un certain degré de contraintes. Sur l’écologie, on n’en est pas encore là. Il faut, au contraire, lutter contre l’idée que l’écologie serait forcément punitive.

Biosphere : Il n’y a pas sentiment de punition quand la norme sociale se modifie. En Suède par exemple, des sportifs, des politiciens, des personnalités, font publiquement le serment de ne plus prendre l’avion. Il y a effet boule de neige, les mentalités se modifient, la structuration sociale de même. Renoncer à ce mode de transport très émetteur de gaz à effet de serre devient tendance, une nouvelle norme sociale s’établit, on se sent libéré et non contraint. L’écologie punitive est un élément de langage déjà utilisé à votre poste par Ségolène Royal, cela déconsidère la difficile lutte à mener. C’est l’écologie positive qu’on devrait célébrer.

François de Rugy : Je revendique ma capacité à faire des compromis, même si cela ne garantit pas le succès médiatique. Je pense que les changements progressifs sont plus durables et profonds que les choses brutales qui nous poussent ensuite à faire marche arrière. La taxe carbone en est un exemple.

Biosphere : Pour faire des compromis encore faut-il avoir des convictions! Ceux qui en ont ne prennent pas ce ministère ou le quittent. Vous avez dû confondre compromis et paillasson ! La taxe carbone est un exemple de recul politique inadmissible. Cela fait trop longtemps que les gouvernements successifs parlent de taxe carbone sans jamais avoir expliqué aux citoyens sa nécessaire mise en place dans un contexte de déplétion pétrolière et de réchauffement climatique.

François de Rugy : Je revendique également l’action globale : il ne suffit pas de prendre pour cible tel secteur, comme le transport aérien, pour lutter contre le réchauffement climatique. Il faut regarder ce que nous sommes capables de faire dans l’ensemble des secteurs en tablant sur notre capacité collective à combiner un certain niveau de confort auquel nous sommes attachés, et les objectifs écologiques.

Biosphere : Action globale dites-vous ? Vous avez été en place de septembre 2018 à juillet 2019. Pendant cette période combien de fois avez-vous tranché sur un sujet particulier ? Jamais ! Le combat écologique est une lutte à la fois globale et sectorielle ; tous nos secteurs d’activité ou presque sont dépendants de l’énergie fossile et donc responsables des émissions de gaz à effet de serre. Il faut expliquer à nos concitoyens que le nécessaire changement de comportement implique une baisse du niveau de vie, donc du niveau de confort de la classe globale. Un ministre de l’écologie devrait parler de sobriété partagée, il n’est pas là pour faire plaisir.

François de Rugy : Faut-il changer de modèle de développement ? Je suis un pragmatique. Je préfère me concentrer sur les leviers d’action que sur les débats philosophiques.

Biosphere : Le concept international de développement durable en 1987 n’était pas une question philosophique, mais la manière de concilier le mode de fonctionnement économique et la protection des intérêts des générations futures. Comme cela a été considéré comme perpétuation d’une croissance non durable, les risques planétaires sont désormais si important qu’il faudrait mettre en place de façon pragmatique une décroissance maîtrisée. Tous vos propos depuis le début consistent à minimiser les actions à entreprendre, c’est une forme de lâcheté.

François de Rugy : Cent cinquante citoyens tirés au sort vont travailler durant six mois pour tenter de rendre l’action de la France pour le climat plus efficace.Le FMI le dit : la taxe carbone est la mesure la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle sera donc en débat, parmi les autres mesures.

Biosphere : La convention citoyenne va se réunir 6 mois durant pour donner un avis pas avant un an…. alors que tant de spécialistes ont vu leurs études validées par l’accélération de la fonte des glaces et l’augmentation de fréquence et de puissance des phénomènes météo. C’est du temps et de l’efficacité gaspillés… Nos bâtiments resteront des passoires thermiques et nos routes encombrées de voitures….

François de Rugy : Si nous dépensons 11 milliards d’euros dans l’EPR à Flamanville, autant qu’elle produise de l’électricité. Quant au fait de commander ou non de nouveaux EPR, la décision sera prise en 2022, après les élections, puisque c’est un choix lourd pour la France.

Biosphere : Si le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, se prépare à construire de nouvelles centrales nucléaires, votre remplaçante Elisabeth Borne ne mâche pas ses mots :« J’invite Jean-Bernard Lévy à intégrer le scénario sur lequel travaille le gouvernement, 100 % renouvelables. L’énergie nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, c’est un plus mais ça produit des déchets, on en a pour des centaines de milliers d’années, c’est un moins. Il se trouve que la politique énergétique, c’est plutôt le gouvernement et en particulier la ministre en charge de l’énergie que je suis qui doit la définir. »

Monsieur de Rugy, on ne vous regrette pas, votre esprit de compromis avait tourné à la compromission.

* LE MONDE du 29 juin 2019, François de Rugy : « Je revendique ma capacité à faire des compromis »

Sans écologisme, la démocratie part en vrille

Autrefois l’exercice du pouvoir était facile, les communications étaient limités dans l’espace, et un livre ne sert pas à ouvrir les consciences quand on ne sait pas lire. Selon le cardinal de Richelieu (1585-1642), apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». La bible était la seule référence, mais son interprétation était monopolisée par un clergé à la solde au pouvoir.

Depuis les jeunes ont tous appris à lire, écrire ou compter à partir du XIXe siècle, mais il n’y a pas eu de révolution culturelle, seulement soumission à un autre conformisme, principalement marchand. La prospérité économique des Trente Glorieuses (1945-1974) a fait office d’opium pour le peuple, la vie politique se déroulait entre politiciens comme le faisait remarquer Michel Debré dans « Ces princes qui nous gouvernent » dont voici un extrait judicieusement choisi par Pierre Fournier : « Le propre de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne, ses soucis et ceux de sa famille l’absorbent. Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la Nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de la ruine. La démocratie, ce n’est pas l’affectation permanente des passions ni des sentiments populaires à la discussion des problèmes d’Etat. Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal est sain, il retourne à ses préoccupations personnelles – qui ont leur grandeur – ne serait-ce que par ce qu’elles ont de nécessaire, non seulement pour chaque individu, mais pour la société. »* En France jusqu’en 1968 le contenu des informations à la télévision était contrôlé par le pouvoir.

Aujourd’hui les contestations secouent l’ensemble de la planète d’Alger à Bagdad en passant par Hongkong, La Paz ou Santiago. Et la France a ses « gilets jaunes » récurrents. Chacun de ces mouvements est différent et naît de circonstances particulières mais il y a des points communs. Après le libre-échange généralisé qui a soutenu la croissance économique vient l’acte II de la mondialisation, une volonté d’expression populaire facilitée par Internet et les réseaux sociaux. La mondialisation permet une communication généralisée créant, au Sud comme au Nord, une visibilité sur le monde qui n’existait pas auparavant. On compte maintenant 400 millions de téléphones connectés en Afrique. Au troisième trimestre 2019, Facebook comptait 1,62 milliard d’utilisateurs actifs chaque jour dans le monde. D’où à la fois l’échange facilité, les frustrations partagées et la rage qui en découle. On découvre les opportunités de la société de consommation et l’impossibilité d’en profiter comme on voudrait. Il faut alors un bouc émissaire. Le dénominateur commun à tous ces mouvements tient à la mise en cause du « système », argument si bien utilisé par les populistes de droite ou de gauche. Le seul message est alors de clamer que seul le peuple (ou son porte-parole) peut remédier à une situation qui se dégrade. C’est d’autant plus redoutable que cette notion relève de l’imaginaire démocratique (« le pouvoir au peuple »), mais reste floue dans sa signification concrète. Cette mise en accusation des élites et de tous les représentants en général rend la situation très complexe car, sur cette base de revendications multiples et mouvantes, aucune négociation n’est possible. Quand des dizaines de milliers de manifestants ne se satisfont pas de la démission d’un gouvernement, le pouvoir en place est démuni. La démission d’Evo Morales en Bolivie laisse par exemple un dangereux vide politique difficile à combler, la mort de plusieurs dictateurs a mis leur pays à feu et à sang. Il n’y a plus d’espace pour des initiatives capables de désamorcer la protestation, il n’y a plus de langage commun possible. Les seuls éléments de langage alternatifs, nous les abordons régulièrement sur notre blog biosphere. Ils sont principalement liées à la problématique écologique : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production).

À lire aussi sur notre blog biosphere, Nécessité pour la foule, partager un langage commun

* Charlie Hebdo n°119 du 19 février 1973

Effondrement de la vie, aujourd’hui et en 1973

1973 : On a plus entamé le capital biologique commun pendant les dix dernières années que pendant toute l’histoire du monde avant ces dix années, et l’on détruira encore plus pendant les dix prochaines années. La vie dans les mers a diminué de 40 % en vingt ans. Elle devrait à ce rythme avoir disparu dans vingt ans, et la nôtre avec. Il faut donc que quelque chose se passe AVANT. Quoi ? J’en sais rien, mais quelque chose qui stoppe la course à la mort. C’est l’avènement de ce renversement inimaginable qu’encourage, en ses balbutiements, le mouvement écologique, le vrai. Je vous parle pas d’amuse-couillons du type « Charte de la nature » (bétonnez tout, puisqu’il le faut, mais ménagez des espaces verts), charte approuvée par l’unanimité des partis et syndicats, dans le même temps où ils se retrouvaient tous d’accord pour déclarer que Concorde, c’est l’avenir. L’Avenir ? Vous croyez pas si bien dire. L’avenir, il est déjà en train, pauvres cloches, de vous revenir sur la tronche contrairement à tous vos minables calculs… Ce n’est sûrement pas par hasard qu’au moment où s’annonce aux États-Unis la grande crise de l’énergie le gouvernement satellite du Brésil, en perçant l’autoroute trans-amazonienne, voue à disparaître le dernier poumon, la dernière réserve naturelle du globe au risque de modifier le climat de la planète… Que voulez-vous faire d’autre que de vous battre, et de précipiter l’effondrement du monstre avant qu’il n’ait tout dévoré ? (Pierre Fournier)*

2019 : La probabilité est forte que l’information la plus importante de la semaine écoulée vous ait échappé. Le crash en cours des populations d’invertébrés terrestres très rapide, les résultats de l’étude sont à vous glacer le sang. Les auteurs ont analysé l’évolution des captures d’arthropodes sur 300 sites de trois régions allemandes, entre 2008 et 2017. Le travail qu’ils ont accompli est considérable. Les chercheurs ont analysé un million d’individus capturés au cours de cette décennie, et ont recensé les quelque 2 700 espèces auxquelles ils appartiennent. Ils ont ensuite estimé l’évolution de ces populations grâce à plusieurs indicateurs : le représentées. Quelle que soit la métrique considérée, le désastre est à peu près total, les chiffres sidérants : le nombre d’individus s’est effondré de 78 %, la biomasse a chuté de 67 % et leur diversité a chuté d’un tiers. Tout désigne les pratiques agricoles, notamment le recours systématique à la chimie de synthèse. En France aussi la faune insectivore s’effondre à une vitesse vertigineuse. Conséquence, les oiseaux des champs ont perdu près d’un tiers de leur effectif en quinze ans, les chauves-souris disparaissent plus vite encore et les amphibiens ne se portent pas beaucoup mieux. Une stérilisation à peu près complète des campagnes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord est une perspective à plus ou moins brève échéance. La raréfaction des grands mammifères emblématiques d’Afrique ou d’Asie nous passionne, mais l’effondrement, sous nos latitudes, des formes de vie les plus communes reste, ainsi, largement sous le radar médiatique et politique.

Comme pour le climat, il faudra sans doute attendre que la situation soit devenue critique pour que disparaissent le déni et l’indifférence. Et, de la même façon que la lutte contre le réchauffement est aujourd’hui partiellement perdue, il sera alors trop tard. (Stéphane Foucart)**

* Charlie Hebdo n°118 du 12 février 1973 (avant-dernier article de Pierre Fournier avant sa mort)

** LE MONDE du 12 novembre 2019, « L’effondrement de la vie sous nos latitudes reste largement sous le radar médiatique »

World Energy Outlook, l’avenir énergétique !

World Energy Outlook, rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE – 13 novembre 2019), rien de nouveau sous le soleil ! On croit encore que les panneaux solaires et les éoliennes permettront de produire des énergies « propres » ; les risques qu’encourent les installations utilisant de l’énergie fossile sont exposées aux attaques terroristes ; une forte variation des températures favorise l’usage de la climatisation (« les décideurs devront anticiper ces aléas grâce aux technologies qui permettent de le faire ») ; les États-Unis continuent d’inonder les marchés mondiaux de gaz de schiste, mais nous serons toujours dépendants de l’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient ; le continent africain va connaître une hausse très importante de ses besoins énergétiques, la croissance démographique alimentera le recours à des appareils énergivores tels que les climatiseurs.

Donc rien dans le WEO sur la nécessaire réduction de nos besoins en énergie, rien sur le fait qu’il faudrait laisser la majorité des ressources fossiles connes sous terre pour lutter contre le réchauffement climatique, rien sur le coût financier et environnemental de la fracturation hydraulique, rien sur l’incapacité de la technologie à faire face aux crises ; rien sur l’imbécillité du recours aux climatiseurs, et bien sûr rien sur l’urgence de réguler la fécondité humaine, et ce pas seulement en Afrique ! On prend pour acquis le prolongement des tendances actuelles, l’action volontariste est complètement absente de ce énième rapport. Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

World Energy Outlook 2013, Fatih Birol, prévisionniste déjanté d’un infini pétrole

World Energy Outlook 2011, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

World Energy Outlook 2010, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

World Energy Outlook 2007, en panne d’énergie

Agribashing et retour à la paysannerie

Comment faire passer en quelques années seulement la population active agricole de 2 % comme actuellement à 36% comme cela était en 1946 ? Tel est le dilemme posé par la conversion écologique et le retour à une paysannerie de polyculture. Car disons-le tout net, l’agriculture industrielle est devenue démentielle. Le film « Au nom de la terre », d’Edouard Bergeon, réalisateur fils d’agriculteur, conte l’histoire vraie d’un agriculteur conduit au suicide par les déboires qu’il connaît sur son exploitation… Le poulailler de Philippe peut accueillir jusqu’à 130 000 volailles… Hélène, une éleveuse fait visiter l’un de ses poulaillers et ses 19 000 poussins de deux jours. Avant d’entrer, il a fallu passer dans un pédiluve, puis s’équiper de pied en cap, combinaison intégrale et surchaussures. Les paysans ont disparu pour laisser leur place à des « exploitants », avec obligation de se spécialiser pour pouvoir survivre. Mais si on a 200 bêtes ou 200 hectares de cultures, alors on devient des salopards, à la tête d’une ferme-usine. Le changement à marche forcée passe donc par les agressions et la culpabilisation. « Agribashing » , le mot n’est pas vieux, deux ans à peine, une mise en cause massive et généralisée qui revient à contester en bloc les pratiques agricoles, l’utilité sociale des agricultures et jusqu’à leur existence. « Les opposants animalistes ne souhaitent pas améliorer les conditions de vie des animaux : ils veulent mettre fin au système dans son ensemble. Des activistes de Boucherie Abolition en arrivent même à des actions extrémistes. Sous l’égide des préfets, cinq départements ont déjà instauré des comités de lutte contre les actes de malveillance dans le milieu agricole »*.

Le voisin néo-rural est devenu l’adversaire, toujours prêt à bondir pour défendre l’environnement – le sien, d’abord – contre l’ogre paysan. Il y a deux ou trois générations, tout le monde avait des racines proches à la campagne. Maintenant, c’est terminé, la rupture est consommée. L’élevage travaille avec le vivant, ce qui implique un contact avec la mort, mais aussi avec des bruits, des odeurs… Et des gens arrivent qui n’avaient plus aucun lien avec le vivant. II n’y a plus de langage commun. Le retrouver demandera des efforts de toute la population, l’abandon de la nourriture industrielle et d’un système, y compris syndical (FNSEA) qui a poussé au productivisme agricole. Pour en savoir plus, nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

15 mars 2014, semences paysannes contre marchandisation de la vie

26 janvier 2013, Un modèle pour l’écologiste, le paysan Paul Bedel

24 novembre 2012, Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

22 août 2009, tous paysans en 2050

25 mars 2009, le retour des paysans

9 octobre 2008, paysans de tous les pays, unissez-vous

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Le discrédit agricole

EDF et le scénario « 100 % renouvelables »

Octobre 2019 : « Il est clair que la France se prépare à construire de nouvelles centrales nucléaires » (Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF)

10 novembre 2019, « J’invite Jean-Bernard Lévy à intégrer le scénario sur lequel travaille le gouvernement, 100 % renouvelables. L’énergie nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, c’est un plus mais ça produit des déchets, on en a pour des centaines de milliers d’années, c’est un moins. Il se trouve que la politique énergétique, c’est plutôt le gouvernement et en particulier la ministre en charge de l’énergie que je suis qui doit la définir. » (Elisabeth Borne, ministre de l’écologie)

note interne d’EDF : « L’appropriation du message concernant les intérêts du nucléaire dans un mix électrique décarboné semble progresser dans l’opinion (vu l’urgence climatique). Avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050, les arguments mettant en avant le nucléaire s’en trouvent renforcés. »

FredM : Pas facile de vendre à l’opinion une énergie sale, dangereuse et désormais de 3 à 4 fois plus chère que les énergies renouvelables (et l’écart va continuer à se creuser rapidement). Nous pouvons faire comprendre à EDF que nous ne voulons plus de ses cocottes minutes infernales : en se désabonnant d’EDF au profit de n’importe quel autre opérateur mais idéalement au profit d’un opérateur d’ENR tels que ceux recommandés par Greenpeace par exemple. Ça se fait en quelques clics et ça fait un bien fou de se dire que l’on ne subventionne plus le dernier lobbyiste de cette énergie du passé.

Orion : Pour calculer les émissions de CO2, la méthode de référence reste l’Analyse de Cycle de Vie (ACV) qui fait l’objet d’un consensus scientifique international. Avec l’hydro-électricité, l’énergie nucléaire fait partie des énergies les moins émettrices en CO2 en moyenne sur l’ensemble de son cycle de vie, si on la compare aux autres filières de production. Selon le GIEC, l’impact carbone de la filière nucléaire au niveau mondial, est en moyenne de 12gCO2/kWh sur l’ensemble de son cycle de vie. Ce qui est très faible. Pour comparer, voici les données de l’impact carbone de différentes énergies : éolien : 10 gCO2/kWh – solaire : 32 gCO2/kWh – gaz : 443 gCO2/kWh – fioul : 778 gCO2/kWh – charbon : 1050 gCO2/kWh (source : Commission nationale du débat public sur la base des données du GIEC)

Biosphere : le problème du débat nucléocrates / anti-nucléaires, c’est qu’on envisage toujours un aspect particulier du débat et pas son ensemble. Pour avoir une vision complète des arguments en présence, consultez le lien ci-dessous tout en se rappelant que la meilleure source d’énergie est celle que nous ne consommons pas (sauf si elle vient de notre propre corps).

BIOSPHERE-INFO, tout savoir sur le nucléaire

Transformer notre corps en humus, le pied

Je ne suis que poussière et j’y retournerai (la bible). Ce qui est terre retournera à la terre (Église d’Angleterre). En termes écolo, mieux vaut après notre mort se transformer en bon humus pour perpétuer le cycle de la vie. L’État de Washington a adopté un texte permettant de transformer le corps de défunts en compost. Sur le site Humusation.org, la fondation Métamorphose pour mourir… décrit ainsi le processus d’humusation : « Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en douze mois, les dépouilles mortelles en humus sain et fertile. La transformation se fera hors sol, le corps étant déposé dans un compost et recouvert d’une couche de matières végétales broyées. En une année, l’humusation (…) produira plus ou moins 1,5 m³ de super-compost ». Que du bonheur, pas de cercueil, pas de frais de concession dans un cimetière, pas de frais de pierre tombale, ni de caveau, pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs… C’est une bonne solution pour réduire l’impact environnemental de la mort, mais ce n’est pas encore entré dans les mœurs ! La question a été abordée en 2016 lors d’une séance de questions au gouvernement français par une sénatrice : « La législation actuelle permet seulement l’inhumation et la crémation. Un certain nombre de Français, dont des habitants du département du Rhône, souhaitent pouvoir bénéficier de l’humusation ». Le ministère de l’intérieur a rappelé que « l’humusation est actuellement interdite. » Il y a cinquante ans, l’incinération paraissait répugnante, l’humusation s’imposera dans cinquante ans, respect des cycles naturels oblige. Il n’y a aucun caractère sacré de la dépouille humaine, les momies égyptiennes et leur pyramides étaient réservé à l’élite extrême, le bon peuple n’a laissé de traces ni dans des sépultures, ni même par leurs maisons.

LE MONDE du 1er-2 novembre nous propose une autre innovation, la forêt funéraire écologique.Une expérimentation menée avec la municipalité d’Arbas va permettre aux familles endeuillées d’enfouir les cendres des défunts au pied des arbres. Pour l’urne, même si le phénomène de décomposition est assez rapide, un certain nombre de matériaux ont été proscrits : les contenants en plastique ou bois traité, de même que l’amidon de maïs qui attirerait sangliers et chevreuils. Ce sont donc des urnes en bois, tissu ou feutre, qui sont proposées. Ces cimetières naturels sont pleine expansion en Allemagne. Dans le bois de Nuthetal-Parforceheide par exemple, 23 hectares au sud de Berlin, il n’y a ni stèle ni tombeau, et pas une seule épitaphe en marbre à la ronde. Sur le tronc des arbres choisis, une discrète plaque en aluminium porte le nom des défunts. Tout autre ornement funéraire est proscrit. La forêt conserve son caractère naturel. La différence de prix considérable entre une inhumation en forêt et un enterrement classique explique le succès de cette pratique, mais selon notre point de vue l’argument écologique doit toujours l’emporter sur l’argument économique. Et tant mieux si les deux considérations se complètent !

Rappelons que pour augmenter la capacité d’accueil de votre caveau familial, vous pouvez recourir à la réduction de corps de vos défunts. Leurs ossements seront alors réunis dans un même reliquaire. Mais la poudre d’os peut être aussi utilisé comme engrais. Pour d’autres aspects des funérailles écolos, lire sur notre blog biosphere :

9 juillet 2019, écolo pour l’éternité… au cimetière

27 octobre 2014, Tout écologique, même au moment de notre enterrement

La guerre des natalistes contre le clitoris

JMG : Le clitoris est dédié exclusivement au plaisir. Les hommes tellement jaloux n’ont pas trouvé mieux que l’excision pour EMPECHER les femmes d’avoir du plaisir. Le clitoridectomie a été pratiquée en Occident jusqu’à l’époque contemporaine. Un crime qu’on appelle excision qui perdure encore dans certaines contrées du monde. Ce que ne supportent les bonshommes c’est que le plaisir clitoridien dépasse de loin le plaisir vaginal.

LAWRENCE BOHME : Quand j’étais encore puceau, ma première nuit à 17 ans avec une jeune femme a été un échec foudroyant. C’était en 1959 à New York. Un ami d’origine italienne m’a pris expliqué qu’il fallait commencer, avec certaines filles par ce qu’il nommait dans son argot personnel, « the clit ».

Clitoridectomie, l’ablation du plaisir féminin. Pendant longtemps le clitoris n’est pas identifié en tant que tel dans la littérature savante. C’est seulement en 1560 qu’un médecin italien le décrit de la façon suivant : « Si tu frottes à cet endroit avec le membre, ou mieux encore avec un doigt, même le plus minuscule, la semence coulera aussi vite que la brise, qu’elles éprouvent du plaisir ou même malgré elles. Si tu le touches, tu te rendras compte qu’il se durcit et s’allonge, présentant la même apparence d’une sorte de membre viril. » En 1575, Ambroise Paré est le premier Français à utiliser le mot « cleitorus », mais sans faire allusion au plaisir ! Au milieu du 18e siècle, un mouvement d’origine religieuse va décrier la masturbation qui devient une « pratique funeste ». Au XIXe siècle en Allemagne, les jeunes filles en train de se masturber subissent l’excision. En 1880 on va comprendre que le clitoris ne sert à rien dans la procréation, et il commence à être attaqué. Le grand exciseur psychique en Occident est Sigmund Freud qui explique en 1905 que la petite fille se touchait le clitoris parce qu’elle était dans une sexualité inorganisée, asociale. La petite fille «remarque le grand pénis bien visible d’un frère ou d’un camarade de jeu, le reconnaît tout de suite comme la réplique supérieure de son propre petit organe caché et, dès lors, est victime de l’envie du pénis», décrit Freud dans Introduction à la psychanalyse (1922). «Humiliée», «dégoûtée», la petite fille doit abandonner son clitoris pour se tourner vers son vagin et par là, «vers de nouvelles voies qui conduisent au développement de la féminité», reproductive. Il invente à cet effet le terme « orgasme vaginal » et accompagne dans sa démarche les mouvements natalistes qui s’étendent après-guerre à tout l’occident. La découverte du processus de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde sonnera définitivement le glas pour le clitoris: il est décrété inutile pour la procréation et perd donc tout intérêt. Par la suite, le présentation du clitoris disparaît des ouvrages scientifiques et médicaux. Dans les années 1960, il a même disparu des dictionnaires. Jean-Claude Piquard, sexologue à la faculté de médecine, témoigne dans son livre « La fabuleuse histoire du clitoris », qu’à sa grande surprise pendant ses études de sexologue clinicien on ne lui a jamais parlé du clitoris. Plus de 50 % des jeunes filles ignorent posséder ce fameux « bouton de rose ». Et seulement 16 % d’entre elles connaissent sa fonction érogène.

C’est seulement en 1998 qu’une urologue australienne redécouvre que le clitoris externe et les bulbes clitoridiens internes ne font qu’un seul et même organe. Odile Fillod a réalisé, en 2016, le premier clitoris « imprimé en 3D à taille réelle » (soit, tout de même, 10 cm de long), et mis le fichier de fabrication en accès libre sur Internet. L’ensemble a la même origine embryologique que le pénis, fonctionne exactement de la même manière (sa congestion constitue la composante principale de l’excitation sexuelle) et joue le même rôle dans le plaisir sexuel.

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Un fou à diplômes explique à ses étudiants : « C’est un fait d’expérience, le taux de natalité ne diminue qu’à partir d’un certain niveau de vie. Lequel niveau de vie ne peut être atteint que par l’industrialisation à outrance. Laquelle industrialisation exige une main d’œuvre abondante et donc un taux de natalité élevé. Le seul moyen de résoudre à long terme le problème de la surpopulation, c’est donc d’encourager la surnatalité. CQFD. » Or ce fou, notez-le bien, n’est pas unique en son genre et au moins, lui est presque inoffensif puisqu’il ne fait rien d’autre que parler. Mais tous les dirigeants du tiers-monde raisonnent comme lui ; et même, disons, tous les dirigeants du monde. J’ai bossé dans une administration. Les avantages de carrière d’un administrateur s’évaluent au nombre d’employés sous ses ordres. Si toutes les bureaucraties sont pléthoriques, c’est pas par hasard. La puissance engendre le nombre, car le nombre fait la puissance. Le Japon surpeuplé, surpollué, coincé renonce aux mesures antinatalistes pour donner un coup de fouet à sa croissance industrielle. Il est pas encore assez gros. Il le sera jamais assez. Un rapport du MIT démontre très bien que pour amener les pays du tiers-monde au niveau de vie occidental (théoriquement nécessaire pour que la natalité s’effondre d’elle-même) il faudrait polluer la planète au point d’y détruire toute vie, et que d’ailleurs c’est impossible parce que les trois quarts des ressources indispensable à cette croissance sont déjà monopolisées par le monde riche. (Charlie Hebdo – 2 février 1973)

– Il est facile de transformer les Chinois en robots parce qu’ils sont nombreux et bien tassés. La pollution par le nombre et la pollution fondamentale, celle qui tue l’initiative et qui tue la pensée.

– Pour parler à des milliers de mecs, faut des slogans, faut un podium, un micro et une grande gueule, faut être Hitler.

Extraits de « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Terre inhabitable, chute démographique

Plus de 11 000 scientifiques, climatologues mais aussi biologistes, physiciens, chimistes ou agronomes, issus de 153 pays, préviennent que les humains risquent des « souffrances indescriptibles » liées à l’urgence climatique*. Les décès, les maladies augmentent déjà rapidement ; des industries et des économies entières sont menacées, en particulier dans les régions les plus pauvres du monde. Pour éviter de « rendre de grandes parties de la Terre inhabitables », ces scientifiques exposent des solutions que plus personne n’ignore, sortir des énergies fossiles, fixer un prix du carbone élevé, baisser la consommation de viande, protéger les zones humides, etc. La nouveauté, c’est que ces scientifiques osent s’aventurer dans le domaine démographique : il faudrait stabiliser, et « idéalement », réduire la population en promouvant l’accès de tous, et en particulier des filles, à l’éducation et à la contraception. Cette proposition relative à la maîtrise de la démographie a alimenté la verve de certains critiques, pour eux les pays du Sud ne sont pas responsables de la gabegie d’émissions de gaz à effet de serre par ceux qui vivent au Nord. Comme l’écrit Bruno Clémentin, «  On l’a déjà dit, on va le répéter : il n’y a pas trop de monde sur notre planète, il y a trop d’automobilistes (et de motards) »**.

On l’a déjà dit et on va le répéter, Biosphere connaît les auteurs de ce genre d’affirmation gratuite. Pour avoir directement « dialogué » avec Bruno Clémentin, Vincent Cheynet ou Clément Wittmann, nous savons qu’on ne peut pas discuter avec ce genre d’anti-malthusiens assujettis à leurs préjugés. Ils sont comme les inquisiteurs face à Galilée, refusant de regarder dans la lunette qui prouvait l’héliocentrisme. Opposons au constat partiel des natalistes une réalité incontestable : le nombre d’automobiles est lié au nombre de conducteurs de façon absolument interdépendante. Nous avons dépassé les 7 milliards d »automobilistes en puissance, et il y plus d’un milliard d’automobiles en circulation. Un niveau de vie motorisé basé sur les ressources fossiles est un multiplicateur des menaces, mais le nombre de personnes qui accèdent à l’automobile (à la moto et au camion) est réciproquement un multiplicateur des effets de serre entraînés par l’automobile. Bruno, Vincent, Clément et les autres devraient regarder de plus près en ajustant leurs lunettes l’équation de Kaya. Elle met en relation l’influence et le poids de l’activité humaine en termes d’émissions de gaz à effet de serre :

CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

Notons d’abord que tous les éléments de cette équation sont des multiplicateurs des autres paramètres. On y trouve d’abord le contenu carbone d’une unité d’énergie, ensuite la quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire, puis la richesse par personne et finalement la taille de la population. Le premier terme de l’équation appelle à réduire les émissions de carbone dans notre production d’énergie. L’indicateur suivant reflète cette réalité : au niveau mondial, une augmentation globale de la richesse par habitant aura mécaniquement – considérant les autres paramètres constants – une conséquence à la hausse sur les émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc faire en sorte que la réduction de notre niveau de vie empêche la possession d’une voiture individuelle, riches compris pour des raisons d’équité. La question éthique percute aussi le dernier paramètre de l’équation, la population.  Mais Dennis Meadows nous met devant le véritable enjeu de la problématique malthusienne : « Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de la population : la réduction du taux de natalité ou l’accroissement du taux de mortalité. Laquelle préférez-vous ?  » En résumé, pour sortir de l’impasse où nous mène la civilisation thermo-industrielle, la sobriété partagée doit s’accompagner d’une décroissance démographique. Les Gilets jaunes et les chauffeurs routiers auront du mal à comprendre la première solution au réchauffement climatique, les natalistes auront du mal à comprendre la seconde.

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Crise climatique : l’appel de 11 000 scientifiques pour éviter des « souffrances indescriptibles »

** éditorial du mensuel La décroissance de novembre 2019

Effondrement, bientôt une terre inhabitable

David Wallace-Wells signe en juillet 2017 dans le New York Magazineun article en Une, « Catalogue de la Terre condamnée ». A l’intérieur, l’enquête d’une vingtaine de pages, titrée « La Terre inhabitable », s’ouvre sur ces mots : « La situation est, je vous le promets, bien pire que vous le pensez. » Terrifiant, l’article fait l’effet d’un électrochoc : il devient le papier le plus lu de l’histoire du magazine (plusieurs millions de lecteurs). Rien de nouveau sous le soleil, un supplément du Nouvel Obs titrait en 1972 en France « La dernière chance de la terre ». L’éditorial d’Alain Hervé, qui nous a quitté il y a peu, était prémonitoire : « Depuis un siècle, au nom de progrès qui faisaient la spécificité et la fierté des hommes, a commencé la plus gigantesque entreprise de destruction qu’une espèce ait jamais menée contre le milieu qui soutient la vie et contre la vie elle-même. La plus spectaculaire des opérations-suicide. La Terre est en danger. Elle a été mise en danger notamment par le développement de la civilisation industrielle occidentale. C’est ce qu’on appelle le péril blanc. Océans pollués, terres stérilisées, atmosphère empoisonnée, tissu social disloqué, civilisations tribales écrasées. Pendant ce temps des imbéciles, qui ne sont même pas heureux, chantent des hymnes au progrès : le produit national brut s’accroît, la consommation d’énergie s’accroît, la population s’accroît. » De même le premier numéro du mensuel La Gueule ouverte sous-titrait en novembre 1972 « le journal qui annonce la fin du monde » ! Son éditorialiste, Pierre Fournier, écrivait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »* Que nous apprend de plus David Wallace-Wells dans son livre La Terre inhabitable (Robert Laffont) ?

« Nous sommes entrés dans la décennie la plus cruciale de l’histoire de l’humanité. Notre espèce entière traverse un dilemme existentiel, et quelle qu’en soit l’issue, le sens de nos existences sera révélé. Même si vous avez une voiture électrique et que vous ne mangez pas de viande, en étant le citoyen privilégié d’un pays du Nord, vous bénéficiez de l’économie fossile. Nous faisons tous partie d’un grand récit, qui ne se limite pas à la conspiration de cinq compagnies pétrolières, mais est la saga de notre addiction aux conforts bon marché du consumérisme. La moitié des émissions de gaz à effet de serre jamais produites l’ont été au cours des trente dernières années, c’est-à-dire de mon vivant. Ma vie contient cette histoire, qui nous a menés d’une situation stable à une catastrophe imminente. »* Il croit que la peur peut être un détonateur efficace pour prendre conscience de la gravité de la situation. Rien de nouveau sous le soleil, les livres des collapsologue et autres effondristes font un tabac en France. On le sait déjà, nous serons cuits comme des merguez, ou asphyxiés par un air irrespirable, ou sans ressources avec l’effondrement de l’économie. 

La seule différence entre 1972 et maintenant, c’est le fait que les précurseurs de l’écologie, aidés depuis par de multiples études scientifiques et moult reportages, ont fait germer les graines de l’inquiétude dans l’opinion publique. Le problème, c’est que nous avons perdu presque cinquante ans, bercés par un confort factice et non durable. C’est pourquoi notre blog biosphere pratiquait sadiquement la pédagogie de la catastrophe, exemples :

19 juillet 2019, Le survivalisme, pour résister à l’effondrement

18 juillet 2019, Les enfants face à l’effondrement global

6 juin 2019, Trois intellectuels envisagent l’effondrement

12 mars 2019, Fermeture des centrales à charbon et effondrement

18 décembre 2018, Effondrement, un appel à témoignage dans LE MONDE

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

25 novembre 2016, Pourquoi s’inquiéter de l’effondrement annoncé ?

22 novembre 2016, L’effondrement prévu de la société thermo-industrielle

21 juillet 2016, Trop tard pour éviter l’effondrement thermo-industriel

26 septembre 2015, Climat : les mécanisme complexes de l’effondrement

25 avril 2015, Collapsologie : l’effondrement démographique prévisible

16 octobre 2014, Fragilité et effondrement : une prévision de Dmitry Orlov

13 mai 2014, L’effondrement de la civilisation, texte venu du futur

8 octobre 2013, l’effondrement programmé de la méga-machine

12 avril 2013, Bientôt l’effondrement auquel personne ne veut croire

7 février 2013, Ceci n’est pas une crise, mais un effondrement global

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

20 avril 2012, Chronique d’un effondrement annoncé, de Tainter à Greer

19 avril 2012, Effondrement de notre civilisation sous son propre poids

19 mars 2012, effondrement des villes, explosion des inégalités

9 janvier 2012, L’effondrement social avant 2030 ? Parions !

29 janvier 2011, l’effondrement volontaire de la population

14 mai 2010, l’effondrement de notre société (suite)

13 mai 2010, l’effondrement de notre société complexe

10 décembre 2007, syndrome d’effondrement (pour les abeilles)

NB : texte dédié à notre inspirateur éclairé, Yves Cochet

* LE MONDE du 7 novembre 2019, Climat : le scénario apocalyptique de David Wallace-Wells

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste ou « naturiste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise. Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le journal qui annonce la fin du monde, véritable sous-titre prémonitoire du mensuel écologique « La Gueule ouverte » (parution du n°1 en novembre 1972). Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

La postface de Diane Veyrat* offre une très bonne synthèse de l’état actuel de l’écologisme. De 1973 à 2019, on dirait qu’on n’a rien su tirer des avertissements de Fournier. Difficile de changer toute une civilisation suicidaire. Ce livre nous offre aussi en annexes plus de 70 pages qui montrent la profonde pugnacité des écrits de Pierre Fournier. Il manquait une biographie actualisée de Pierre Fournier, voici chose faite grâce à Diane Veyrat.

* « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

PS : une recension a déjà été publiée que le site JNE, association à laquelle Pierre Fournier avait adhéré il y a bien longtemps

pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

Günther Schwab, nous dansons avec le diable

Le Diable, sous les traits d’un homme d’affaires, explique : « J’ai imprégné tous les domaines de la vie humaine de mes principes. Dans toutes les administrations, les associations, quelle que soit la fonction qu’elles remplissent, j’ai placé mes agents et mes hommes de confiance. J’empoisonne méthodiquement tout ce dont l’homme a besoin pour son existence : l’air respirable et l’eau, l’alimentation humaine et le sol qui la produit. J’empoisonne les animaux, les plantes, les campagnes, toute la Nature sans laquelle l’être humain ne peut vivre et je fais passer cette misère criante pour de la prospérité, les hommes ne remarquent pas qu’ils sont bernés. » Le Diable fait venir différents démons qui font un exposé circonstancié de leurs activités. D’abord, le démon du « Progrès » se félicite notamment de voir que ses « délégués » s’appliquent à apporter aux peuples « « sous-développés » le poison du « Progrès » afin qu’ils tombent eux aussi malades de corps et d’âmes ». Puis le responsable du service Soif et Sécheresse, explique sa stratégie : « Sous le slogan de l’hygiène, je rends obligatoire dans les HLM les salles de bains et les WC à chasse d’eau et je pousse ainsi non seulement à un gaspillage intensif de l’eau et de matières organiques hautement fertilisantes, mais je pollue encore les rivières et les fleuves. » Morf, impliqué dans la dégradation de l’alimentation, a « éliminé de l’alimentation humaine des substance de grande valeur pour les transformer artificiellement ». Les aliments raffinés, comme le sucre blanc, sont notamment désignés comme déclencheurs de cancers. Un autre démon, Karst, décrit la déforestation, incitant « à la construction des scieries et des fabriques de cellulose et de papier ». Il se réjouit ainsi « des mouchoirs en ouate de cellulose qui ne servent qu’une seule fois, des couches de bébé et bien d’autres objets qui sont jetés aussitôt après leur utilisation ». En outre, Karst loue « le démon du Mensonge qui est occupé à la prolifération croissante du livre, des éditions, et, en général, de tout ce qui est imprimé ». La question agricole est longuement abordée, avec trois démons : Dust, Tibu et Spray. Le premier a incité l’homme à moderniser l’agriculture et à utiliser des engrais et des pesticides chimiques, affirmant que « plus les récoltes sont impressionnantes, plus profonds et durables sont les dommages causés au sol ». Pour lui, « la mort de la vie organique dans la terre représente la dernière phase de vie de l’humanité (…) ». Le deuxième est « chargé de procéder à l’élimination de la culture rurale et de la paysannerie » tandis que le troisième se vante d’avoir « donné aux hommes l’idée de lutter contre les mauvaises herbes à l’aide de ces poisons chimiques que l’on nomme les herbicides. »

A la fin du livre, Gunther Schwab avance ses idées eugénistes et malthusiennes. Un démon affirme que les médecins œuvrent pour le Diable parce qu’en « enrayant les épidémies, vous empêchez l’élimination des faibles, de ceux qui ne sont pas biologiquement résistants, et vous affaiblissez le potentiel biologique de votre peuple et de l’humanité en général. » Le Diable termine alors avec « la source de toutes les puissances de destruction », à savoir l’explosion démographique : « Jusqu’alors, la bonne mort, due aux épidémies, aux serpents venimeux, aux tigres ou aux famines avaient maintenu la fécondité naturelle des hommes à l’intérieur de certaines limites. Mais maintenant, mes mesures sanitaires de protection et de développement des productions alimentaires sont partout, et, de plus en plus, mises en application. Le taux de mortalité baisse dans le même temps où le nombre des naissances augmente. » Et il conclut : « L’homme obtiendra le succès qu’il a si longtemps cherché à atteindre en violant la Nature dans tous les domaines, avec son prétendu « Progrès » ! A la fin, l’humanité ne sera plus qu’un immense troupeau de milliards d’individus bornés, tarés, infirmes, malades, faibles et idiots (…). Une misère sans nom, les épidémies, les souffrances et la faim seront la récompense de votre belle humanité. »

NB : « La danse avec le Diable, une interview fantastique », de Gunther Schwab a été publié pour la première fois en 1958. Peu connu du grand public, il aura principalement un impact auprès des premiers militants écologistes.

On ne naît pas écolo, on le devient

Qui suis-je ? Il y a bien des nombres pour me caractériser, mon numéro d’inscription à la sécurité sociale, des chiffres pour téléphoner, un numéro sur ma porte d’entrée, un indicatif postal, une plaque minéralogique, un code bancaire, des chiffres, encore des chiffres. Et moi je ne suis qu’une simple unité parmi des milliards d’habitants qui réduisent d’autant mon espace vital, celui des autres espèces et la beauté de la nature qui m’entourait. Désespérant d’être un minuscule rouage d’une énorme machinerie numérisée qui écrase tout sur son passage. Désespérant ? C’est aussi une motivation pour réagir ! Dans mon carnet de notules que je tenais depuis 1969, j’attribuais à Tchekhov cette phrase que j’ai fait mienne : « Tout homme a en lui-même un esclave qu’il tente de libérer. » Je me suis libéré. Pour mieux réfléchir… Pour aider à améliorer le monde… J’ai soutenu et propagé comme j’ai pu tout ce qui allait dans ce sens, la non-violence, l’objection de conscience, le féminisme, le naturisme, le biocentrisme, le sens de l’écologie, le sentiment des limites de la planète, l’objection de croissance, le malthusianisme, la simplicité volontaire… Pas étonnant que je sois considéré comme écologiste radical. En rupture avec le système dominant. Mais je ne sais pas ce que veut dire faire la révolution, prendre le pouvoir. Trop brutal, inefficace à long terme. Je ne suis qu’un passeur. Je ne fais que transmettre les connaissances que j’ai acquises. Toute mon existence a été vouée à (in)former après m’être (in)formé, et peu importe de ne pas obtenir immédiatement un résultat probant. Chacun de nous apprend aux autres, consciemment ou inconsciemment, de façon maladroite ou pertinente. Car chacun de nos actes ou presque est jugé par d’autres, servant de modèle ou de repoussoir. C’est notre comportement commun qui fait le sens de l’évolution sociale, mais nous ne sommes pas à la place d’autrui, chacun fait ce qu’il peut. Quant à moi, il me suffit d’avoir fait ce que j’estimais devoir faire, la part du colibri.

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » [Pierre Rabhi, La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir (éditions de l’Aube, 2011)

Né en 1947, je ne suis arrivé qu’après mai 1968 aux années de mon éclosion, de ma renaissance. Élevé dans une société autoritaire, imbibée de religiosité et d’économisme, j’ai quand même réussi à penser autrement. Avec ce livre*, je n’ai pas voulu me contenter de dénoncer l’inertie socio-politique et le déni économique face à l’urgence écologique. Ma bibliothèque est déjà plus que pleine de ces livres sur l’effondrement en cours de notre civilisation thermo-industrielle sans qu’on sache quoi que ce soit de l’engagement personnel de l’auteur. J’ai essayé de mettre de la chair autour des idées. Cela me semblait plus porteur qu’un énième livre sur la crise écologique. C’est pourquoi dans chaque partie de ce livre je raconte ma propre expérience pour essayer d’en tirer des enseignements profitables à tous. Je voudrais te convaincre que tu es toi aussi un écologiste qui sommeille, qui s’éveille, qui peut agir. On ne naît pas écolo, on le devient. J’ai essayé de montrer que nous sommes à la fois déterminés par notre milieu social et libre de choisir notre destinée. Il n’y a de liberté véritable que dans la mesure où nous savons mesurer les contraintes qui pèsent sur nous. J’ai écris ce livre pour partager avec toi mes pensées et mon vécu car nous partageons la même maison, la Terre, si belle, si fragile.

* On ne naît pas écolo, on le devient » de Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre

de la part de biosphere, « Bon anniversaire Michel … »