Grève du 5 décembre et limites planétaires

Les manifestations de masse vont plutôt à la protection des avantages acquis, nous ne serons jamais plusieurs millions dans les rues pour exiger la sobriété partagée. La volonté de combattre le 5 décembre la énième réforme des retraites en était un exemple parmi d’autres. Les limites planétaires, on s’en fout quand on est cheminot ou enseignant, policier ou avocat, on est d’abord au service de sa propre catégorie professionnelle. La COP25, on s’en fout, mieux vaut manifester contre Macron. Pourtant le CO2 émis sur le territoire national représente 4,9 t/hab ; le dépassement est encore plus frappant quand on inclut les émissions liées aux importations, 7,9 t/hab. Pour espérer limiter le réchauffement de la planète à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait limiter les émissions de CO2 entre 1,6 et 2,8 tonnes par an et par habitant sur la période 2018-2100. Cela veut dire en termes clairs chauffer sa maison à 17°C maximum, diviser par quatre ou cinq l’usage de la voiture individuelle, ne jamais faire du tourisme par avion interposé, ne manger de la viande rouge qu’une fois pas semaine, ne plus se nourrir avec des préparations industrielles, etc. Nos émissions de gaz à effet de serre se trouvent en effet à la maison, dans nos déplacements et même dans notre assiette. Des études de plus en plus nombreuses constatent que nous sommes dans le rouge et que nos générations futures n’auront que des miettes au milieu de nos poubelles, y compris nucléaires. L’artificialisation des sols ne cesse jamais. Nos eaux souterraines sont infiltrées par des nitrates, des pesticides et des médicaments. Mais on aime manifester contre l’inéluctable réforme des retraites. Que dire de plus ?

Neuf limites planétaires et la France n’est pas la dernière pour les franchir. Pour la première fois un rapport officiel du ministère de la transition écologique l’affirme, mais qui va lire les 220 pages du rapport ? Qui va changer son mode de vie et faire preuve de sobriété ? Pourtant l’urgence est là, et pas seulement climatique. Une équipe de chercheurs internationaux avait forgé en 2009 cette notion de « limite planétaire ». Leurs travaux identifiaient les seuils-limite à ne pas franchir pour éviter que « le système-Terre ne bascule dans un état bien défavorable au développement des sociétés humaines ». En 2015 la même équipe identifiait quatre limites déjà franchies ou en cours de dépassement.

– Sur le front du climat, les auteurs estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. L’objectif des deux degrés de réchauffement, fixé par la communauté internationale comme limite à ne pas dépasser, représenterait déjà des risques significatifs pour les sociétés humaines partout sur Terre.

– La diversité du vivant pourrait s’éroder à un rythme de 10 espèces par an sur un capital d’un million sans impacts majeurs pour les société humaines. Cette limite est largement dépassée par le taux d’érosion actuel, 10 à 100 fois supérieur.

– Le changement rapide d’usage des sols est, lui aussi, globalement hors limite. Les chercheurs estiment ainsi qu’il faudrait conserver 75 % de couvert forestier dans les zones auparavant forestières ; au niveau mondial, le taux moyen actuel est estimé à tout juste un peu plus de 60 %.

– La quatrième limite franchie est la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore qui assurent la fertilité des sols agricoles. Ces perturbations sont principalement causées par l’utilisation excessive d’engrais et la mauvaise gestion des effluents des exploitations animales. Les phosphates naturels, qui servent à produire les engrais phosphatés, ont été recensés en 2014 par la Commission européenne comme faisant partie des 20 matières premières critiques, et c’est la seule qui concerne directement les questions de sécurité alimentaire.

COP25, un unanimisme de façade

Pedro Sanchez, chef socialiste du gouvernement espagnol : « le négationnisme climatique n’est plus le fait que d’une poignée de fanatiques ».

Carolina Schmidt, ministre de l’environnement du Chili qui préside la COP25 : « Les crises sociale et environnementale du XXIe siècle sont les deux faces d’une même pièce, on ne peut pas s’attaquer à l’une sans faire face à l’autre ».

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre américaine des représentants : « Au nom de la Chambre des représentants et du Congrès des Etats-Unis, nous restons engagés ».

Charles Michel, président du Conseil européen :  « Durant des siècles, nous avons été en guerre contre la nature… Le temps est venu de la révolution verte ».

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne : « dès le mois prochain la première loi européenne de transition vers la neutralité climatique afin de rendre le processus irréversible. »

Édouard Philippe, premier ministre français : « À côté de la tonalité sombre que nous devons développer, je crois qu’il faut aussi donner des motifs d’espoir à nos concitoyens, car on ne livre jamais aussi bien un combat que lorsqu’on voit la possibilité du succès…Ce combat est gagnable. »

Antonio Guterres,  secrétaire général de l’ONU : « Voulons-nous vraiment rester dans l’histoire comme la génération qui a fait l’autruche, qui flânait pendant que le monde brûlait ?  L’autre option est le chemin de l’espoir. Un chemin de résolution et de solutions durables. Un chemin dans lequel les énergies fossiles restent là où elles devraient être, dans le sol, et où nous parviendrons à la neutralité carbone d’ici 2050Faire moins serait trahir la famille humaine dans son ensemble et toutes les générations à venir. Faisons preuve de la volonté politique que les peuples attendent de nous. écoutons les foules qui réclament le changement. Ouvrons les yeux devant la menace imminente qui nous guette. Ayons l’esprit ouvert face à l’unanimité de la science. »

Carlos Alvarado, président du Costa Rica : « Comment expliquer à mon fils de 6 ans ce que nous avons fait, face au plus grand défi que nous affrontons ».

Conclusion : les associations environnementales organisent un contre-sommet du 7 au 13 décembre à Madrid.

L’historique du fiasco climatique

L’alerte climatique, elle remonte à…. il y a très longtemps. Temps perdu ne se retrouve pas !

1857: la scientifique américaine Eunice Newton Foote avait identifié le phénomène de l’effet de serre, mais n’avait pas pu signer sa découverte, car « les femmes n’avaient pas l’autorisation d’exposer des travaux scientifiques ».

1896 : le chimiste suédois Svante Arrhenius prévoit l’augmentation de la température moyenne de la Terre comme conséquence de l’utilisation des combustibles fossiles. Il estimait qu’un doublement de la teneur en gaz carbonique de l’air se traduirait par un réchauffement de la planète de l’ordre de 5 à 6°C. Il était proche des analyses actuelles du GIEC, sachant que le CO2 de l’atmosphère atteignait 280 parties par millions avant la révolution industrielle pour atteindre avant la fin du siècle, 550 ppm !

1958 : on mesure la concentration en CO2 de l’atmosphère à Hawaï. Charles David Keeling sera le premier en 1958-59 à donner l’alerte du haut des 3400 mètres d’altitude de l’observatoire du Mauna Loa : la teneur en gaz carbonique relevée dans l’atmosphère s’y avérait en concentration anormale et en augmentation. Keeling, analysant tous les facteurs de production et d’absorption de gaz carbonique, en déduit que ce phénomène est le résultat de l’activité humaine – déforestation et consommation des énergies fossiles. Mais si certains évoquent l’effet de serre, la crainte climatique la plus répandue était à l’époque le retour d’une glaciation, phénomène naturel cyclique.

1963 : Claude Lorius soutient sa thèse qui porte sur les carottes de glace qu’il a recueillies en Antarctique. Il montre qu’il existe « une relation entre la température à laquelle la glace se forme et la proportion des isotopes de l’oxygène et de l’hydrogène dans les molécules d’eau formant la glace.

1979 : première Conférence internationale sur le climat, tenue à Genève sous l’égide de l’Organisation météorologique mondiale. La réunion conclut seulement qu’il faut intensifier la recherche.

1979 : Rapport Charney, commandé par l’administration Carter à l’Académie des sciences américaine. « Si le dioxyde de carbone continue à s’accumuler [dans l’atmosphère], le groupe d’experts ne voit aucune raison de douter que des changements du climat en résulteront ni aucune raison de penser qu’ils seront négligeables…Attendre pour voir avant d’agir signifie attendre qu’il soit trop tard. » Les experts du rapport Charney estiment qu’un doublement de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère conduirait à un réchauffement moyen compris entre 1,5 et 4,5 °C.

1979 : document interne du pétrolier Exxon, montrant que les scientifiques de l’entreprise n’avaient aucun doute sur l’ampleur de ce qui était à l’horizon. « Au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050. » Mais entre cette date et 2014, alors que 83 % des articles scientifiques et 80 % des documents internes [de l’entreprise] reconnaissent que le changement climatique est réel et causé par l’homme, seulement 12 % de ses publirédactionnels tiennent le même discours, 81 % émettant au contraire des doutes sur la réalité du phénomène ou sur sa cause anthropique.

12 juillet 1979, éditorial du New York Times : « Le dioxyde de carbone bloque l’évacuation du rayonnement de la Terre dans l’espace. Les zones agricoles pourraient se déplacer vers le nord, là où la terre est moins fertile, et la fonte des calottes polaires pourrait à terme élever le niveau des mers jusqu’à 6 mètres, inondant les plaines côtières fortement peuplées, partout dans le monde. Dans le passé, de petites variations du climat ont perturbé les récoltes dans de nombreux pays et ont porté les pays du Sahel, en Afrique de l’Ouest, au bord de la ruine. Il n’est pas difficile de voir comment une intensification de l’effet de serre peut produire une catastrophe bien pire que tout accident nucléaire imaginable. »

1982 : le géochimiste Martin Hoffert, employé chez Exxon, connaissait un graphique qui montrait une projection des niveaux futurs de dioxyde de carbone [CO2], et le changement de température associé à l’évolution de cette concentration. Pourtant Exxon sera pendant de nombreuses années le grand argentier des think tanks climatosceptiques qui mèneront campagne pour alimenter le doute sur la réalité du changement climatique anthropique. « Un déni historique qui a grandement entravé le traitement de la question du réchauffement dans le monde », selon Martin Hoffert, qui n’a pas de mots assez durs aujourd’hui pour son ancien employeur.

1984 à 1991 : Les études de Lorius sur la composition des bulles d’air incluses dans les carottes de glace montrent le lien direct entre les taux de gaz à effet de serre et l’évolution climatique sur des périodes allant de 150 000 à 800 000 ans. De plus, ces échantillons ont permis de retracer la composition climatique de la planète sur ces mêmes périodes. L’information vient corroborer la courbe de Keeling.

1985 : La conférence internationale sur le climat tenue à Villach pourra conclure que les émissions de CO2 conduiraient dans la première moitié du XXIe siècle à une température que les hommes n’ont jamais connue. Des courbes sur 160 000 ans sont publiées le 1er octobre 1987 dans Nature.

1988 : James Hansen, directeur du laboratoire d’étude du climat de la NASA annonce devant le Sénat que l’ampleur des événements climatiques aux USA excède la variabilité naturelle du climat et que la Terre est entrée dans une phase de réchauffement dû aux activités humaines. Contre l’avis de la majorité de ses pairs – qui estiment que ce réchauffement n’est pas encore sensible –, il se dit sûr de son fait « à 99 % ». Les déclarations de James Hansen font la « une » du New York Times, le changement climatique est désormais mis à l’agenda médiatique et politique mondial. La création du GIEC, cette même année, sous l’égide des Nations unies, lui permettra d’y rester.

1990 : Premier rapport du GIEC (groupe Intergouvernemental d’experts sur le climat)

1992 : Le sommet de la Terre à Rio marque la prise de conscience de la nécessité d’instaurer un cadre international pour répondre à la crise climatique. A cette époque, on est au summum du multilatéralisme. Après la chute du mur de Berlin, il y a l’idée que tout est possible, qu’il n’y a plus de fractures, qu’il faut construire des institutions pour répondre à l’unité du monde. On adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène. Elle instaure les Conférences des parties annuelles – les fameuses COP (Conference of the Parties, en anglais) –, qui se réunissent chaque année lors d’un sommet mondial où sont adoptées, par consensus, les décisions pour lutter contre le dérèglement climatique.

1995, première COP à Berlin. Elle prépare l’adoption, deux ans plus tard, du protocole de Kyoto,

1997, protocole de Kyoto : premier traité juridiquement contraignant destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce texte ne fixe des objectifs contraignants qu’à 55 pays industrialisés, représentant 55 % des émissions globales de CO2 en 1990. Le protocole vise à réduire d’au moins 5 % leurs émissions entre 2008 et 2012 par rapport au niveau de 1990.

2005, le protocole de Kyoto entre en vigueur : Il fallait attendre que suffisamment d’Etats aient ratifié le texte pour qu’il soit efficient. Mais les pays émergents sont devenus d’importants pollueurs et le paysage énergétique a été totalement redessiné. En définitive, si le protocole de Kyoto a ralenti les rejets des émissions de CO2 des pays développés, il n’a eu aucun impact sur ceux des pays en développement, qui ont triplé entre 1990 et 2012.

2019, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Les émissions de gaz à effet de serre continuent de s’accroître au niveau mondial, la COP25, c’est 25 années de parlottes pour rien.

Conclusion de Mohamed Nasheed, ancien président des Maldives : « Pour comprendre la réalité du réchauffement, il faut avoir de l’eau dans son salon. Un jour, à New York, ils verront de l’eau dans leur salon et ils se diront : “Tiens, le changement climatique est une réalité !” Chez nous, aux Maldives, l’eau est déjà dans la maison. »

Ouf, l’écologie devient intelligence collective

Un maelstrom de conversions à l’écologie parcourt LE MONDE. Le plus réconfortant, c’est que cela touche tous les centres de pouvoir, élus, médias, culture… Ainsi par exemple :

– Au congrès des maires, l’écologie s’impose comme un « thème incontournable : « Moins de voitures, plus de verdure ! « , « Aménager des îlots de fraîcheur dans la cité », « Des solutions pour une route plus durable », plus rien ne sera comme avant dans la prise de conscience… (LE MONDE du 22 novembre 2019)

– Pour sauver la planète, commençons par lire : numéro de « la Grande Librairie » avec Pierre Rabhi, apôtre d’une sobriété heureuse, Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibri, Emmanuelle Pouydebat (Comment les animaux nous inspirent), Hubert Reeves et sa prise de conscience progressive de l’écologie… (LE MONDE du 27 novembre 2019)

– Un collectif surnommé « The Freaks » composé d’une soixantaine d’artistes, s’engage à mettre en pratique et à diffuser une liste de petits gestes permettant de réduire drastiquement notre impact sur la planète : « Pour agir contre le dérèglement climatique, il est temps de passer de la parole aux actes… » (LE MONDE du 29 novembre 2019)

– Les discours de fin du monde sont-ils utiles ? Oui car les perspectives catastrophistes peuvent être de vrais aiguillons démocratiques…L’effondrisme fait faire des choses qui ne sont pas des formes de mobilisation classique, mais il ne s’agit pas moins de politique…(LE MONDE du 29 novembre 2019)

Tout cela, ce n’est qu’un simple frémissement de la pensée collective, mais que ça fait du bien de ne pas se sentir complètement seul pour agiter le tocsin avec ce blog biosphere et quelques intellectuels hors norme !

état de guerre, la planète ne négocie pas

1971, message (dit de Menton) remis à U Thant, alors Secrétaire général des Nations unies, le 11 mai 1971 : « Nous savons que la Terre et tous ses habitants sont mal-en-point et que nos problèmes se multiplieront si nous négligeons de les résoudre. Nous vivons en système clos, totalement dépendants de la Terre, et pour notre vie et pour la vie des générations à venir. » Il était signé par 2 200 hommes de science de 23 pays. Il était adressé aux « trois milliards et demi d’habitants de la planète Terre ». Nous sommes 7 800 000 000 aujourd’hui, nos problèmes présents sont dix fois plus grave qu’en 1971 et les perspectives sont encore plus sombres.

2019, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre. N’en doutons pas, les politiques vont continuer à se regarder le nombril à Madrid du 2 au 13 décembre.

L’écologie scientifique nous dit depuis les années 1970 que notre futur va tendre au cauchemar dans une course à l’abîme. Quatre réactions intéressantes sur lemonde.fr qui montrent la difficulté de faire cause commune. Mais qu’on se le dise, c’est un état de guerre dans lequel la planète ne négociera jamais.

Sheg : Ce n’est pas une guerre contre la nature… mais un déni de nature. Les gros pollueurs ont oublié que nous ne sommes que des mammifères terrestres totalement dépendants d’un écosystème dont l’équilibre est fragile. Nos technologies hyper-connectées ne nous permettent pas de nous déconnecter de cet écosystème, nous restons asservis à lui. C’est un changement de civilisation dont nous avons besoin car nous ne respectons pas l’ordre des choses en privilégiant le présent sur le futur.

Untel : Sophie Marceau pourra un jour être secrétaire générale de l’ONU.

Gambetta : “Le mode de vie des Américains n’est pas négociable “ dixit Georges W Bush il y a 12 ans. En fait c’est tout le mode de vie des économies libérales, puisque basée sur la surconsommation. Un exemple tout simple de notre ineptie : les enfants de 12 ans ont-ils besoin d’avoir leur smartphone ? A quoi peut donc bien servir un SUV genre Q5 ? Quelle est l’intérêt de manger une pomme du Chili, alors que nous avons plus de 20 espèces chez nous…. mais c’est vrai, au nom de la liberté voyons. Ce concept de liberté ne résistera pas, car nous parlons de survie, et beaucoup accepteront de moins en moins de voir leurs efforts anéantis par quelques uns.

Pm42 @ Gambetta : Vous pensez que le problème ce sont les smartphones et les Q5 ? Non, c’est infiniment plus compliqué que cela mais vous êtes enfermé dans une pensée religieuse judéo-chrétienne qui croit qu’en se privant, on progresse vers le paradis. Ceci explique aussi pourquoi vous ne supportez pas la liberté, elle ne convient pas bien à votre religion qui avec le temps s’est transformée en pensée « gaucho/écolo ».

Collapsologie, foutaises ou prévision ?

La collapsologie fait vendre. Ce néologisme a le mérite d’aborder frontalement l’hypothèse d’un effondrement de notre civilisation thermo-industrielle sous l’effet conjoint du réchauffement climatique et de la surexploitation des ressources. Même le premier ministre, Edouard Philippe, en est convaincu : « Si on ne prend pas les bonnes décisions, c’est une société entière qui s’effondre littéralement, qui disparaît », déclarait-il en juillet 2018, Mais à prédire « ad nauseam » la fin du monde, ces prophètes du malheur risquent de rendre leur discours contre-productif. Considérer le désastre comme inéluctable, c’est favoriser l’« aquoibonisme » ? La sociologue Alexandra Bidet a donc exploré les motivations des Collapsonautes. De cette incursion au pays des « effondrés numériques », elle est revenue avec une certitude : loin d’exercer un effet démobilisateur ou dépolitisant, la perspective du désastre les amène à « explorer en commun les relations concrètes qui les font exister », et favorise « la radicalisation de leur rapport au réel ». Mais la politique des petits gestes n’est-elle pas dérisoire face à la crise écologique en cours ? Peut-on se contenter de dire que faire face à une catastrophe est une affaire de “cheminement intérieur” ? (Catherine Vincent, journaliste du MONDE)*

Quelques réactions sur lemonde.fr :

Michel Lepesant : La collapsologie est d’abord une critique radicale du « trop ». Alors le choix du titre du MONDE « Les collapsologues en font-ils trop ? » fait basculer le « trop » du côté de l’accusation et non plus du côté de l’accusé. Cela participe d’une politique (délibérée ?) de l’enfumage. La réaction au soi-disant « trop » de la collapsologie manifeste une promptitude qui contraste tellement avec l’inertie en faveur du « business as usual ».

Chardon Marie : Notre modèle qui consomme en 8 mois ce que la planète produit en 12. Les scientifiques nous expliquent qu’il n’y a jamais eu autant de production de CO2 qu’en 2018. Les vents sont de plus en plus violents. Les événements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, feux, inondations, cyclones…) deviennent une nouvelle norme : c’est ça le changement climatique. Il faut cesser d’écrire « réchauffement climatique », c’est un terme impropre et à la limite de l’infox. Les ponts s’effondrent, les habitations et les récoltes sont détruites, la biodiversité est en déclin. Mais le microcosme parisien se demande si c’est n’est pas tellement de l’an dernier tout ça ma chérie. Et puis c’est déprimant, allez viens, on va se faire les soldes et un resto.

DCLT : Encore un débat inutile, et pendant ce temps les aiguilles de l’horloge tournent, irrémédiablement. C’est toujours comme ça. Peu importe que les catastrophes annoncées arrivent brutalement ou graduellement, elles arrivent. Discuter si le niveau de la mer montera dangereusement d’ici la fin du siècle ou durant les suivants, il le fera. Pareil pour les pénuries alimentaires, de matières premières, elles viendront. La question est, voulons-nous freiner puis arrêter le bus lancé à pleine vitesse contre le mur. Pour l’instant nous ne faisons rien et le mur est toujours plus près.

HdA : face aux politiques et à la société en général, il faut en faire des tonnes pour être écoutés. Prenez le mouvement féministe. Quels hommes va s’y intéresser si les femmes demandent le respect et l’égalité? Celles qui font dans l’excès sont bankable, elles ont un langage stérile mais elles forcent à nous positionner sur les demandes légitimes. Une catastrophe soudaine n’arrivera pas mais en parler fait prendre conscience des dépendances et des petits gestes que nous pouvons faire pour éloigner les problèmes.

Jean-Pierre Dupuy : Les simplismes de l’écologie catastrophiste attirent l’attention générale sur des problèmes considérables, mais c’est un « flou conceptuel ». En effet annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle… Mais la passer sous silence ou en minimiser l’importance conduit au même résultat . C’est sur la ligne étroite qui sépare ces deux attitudes que je propose une posture philosophique : considérer la possibilité de cet avenir (et non sa réalité) comme certaine pour qu’il n’advienne pas. C’est « la sagesse du pire ». (ndlr : Jean-Pierre Dupuy a publié, en 2002, « Pour un catastrophisme éclairé ».)

Arthur : Il y a actuellement un déficit de communication majeur entre les aspects climatiques (les effets de la fumée), et les aspects ressources (le carburant disponible pour alimenter le « feu », feu c’est à dire l’économie, ou civilisation industrielle si vous préférez). Mais de fait les aspects ressources (ou pics de production, maximum de flux, de débit) vont nous tomber dessus avant les conséquences climatiques « majeures » ; l’AIE cache de plus en plus les aspects ressources, recherchez par exemple l’analyse de l’ASPO Allemagne sur le dernier rapport WEO de l’AIE.

Electron : Le plus grave, la fin programmée des réserves du pétrole, sans lequel notre société n’existe plus. Comment remplacer les 80% de dépendance aux énergies fossiles, si avantageuses, et qui vont disparaître, dans une humanité qui va tendre vers 10 milliards d’individus? En France on augmente de 15 centimes le prix de l’essence et on a une révolte, alors que chaque année il faudrait diminuer notre consommation de 5%.

* LE MONDE du 30 novembre 2019

Biosphere-Info, in memoriam Pierre Fournier

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Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise.

Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le « journal qui annonce la fin du monde », véritable sous-titre prémonitoire. Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. » (mensuel écologique »La Gueule ouverte », parution du n°1 en novembre 1972)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980), 1er éditorial de Pierre Fournier

pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

sur notre blog biosphere

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Pierre Fournier et la décroissance démographique

Pierre Fournier décrit LE MONDE

la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

Le couple infernal sécheresse/violence

Nous sommes en France spectateurs de la désolation du monde. 150 millions, c’est l’estimation du nombre de déplacés climatiques en 2050, si rien n’est fait pour lutter contre le réchauffement climatique. LE MONDE du 24 septembre 2019 restait muet sur les solutions dans son article : « A Herat, en Afghanistan, les déplacés climatiques sont réduits à la misère. » On se contente de décrire la misère. Ainsi 17,2 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur localité d’origine en 2018 en raison de catastrophes naturelles, en grande majorité liées au climat. Les conflits ont occasionné le déplacement de 10,8 millions de personnes la même année. Ahmad Shah Kakari, jadis agriculteur afghan et aujourd’hui réfugié climatique : « Il y a trois ans, la pluie a diminué. Cela a continué jusqu’à il y a un an. L’année dernière, je n’ai rien récolté. Zéro. » Les conflits tribaux amplifient le problème agricole : « D’un côté, il y avait les talibans, de l’autre le gouvernement. Et nous, en plein milieu, pris entre deux feux. » Malgré les difficultés, sept ou 8 enfants par famille reste la norme, les fillettes sont mariées de force, les jeunes garçons jouent au foot. Que faire de plus que quelques associations humanitaires ?

Pourtant la réponse est simple sur le papier, combattre le réchauffement climatique, c’est-à-dire arrêter le plus rapidement possible la combustion de ressources fossiles, en clair baisser drastiquement le niveau de vie des populations aisées. Sans oublier la question démographique soulevée par des commentateurs du monde.fr :

Edgard Wibeau : L’Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, est aussi un de ceux où le taux de natalité est le plus élevé. Depuis l’intervention militaire, les ONG y grenouillent par milliers, mais aucune n’ose s’occuper de ce problème. Dans le Nord du pays, il y a de gigantesques périmètres irrigués créés voici plusieurs milliers d’années et peu habités. Aujourd’hui des villes tentaculaires grignotent ces espaces agricoles. La démographie galopante obère donc doublement la capacité du pays à nourrir sa population : par croissance rapide des bouches à nourrir, et par la destruction des meilleurs espaces agricoles du pays.

Galatée : Comme j’aimerais avoir une baguette magique pour soustraire ces fillettes à cette horreur. Cette impuissance est désespérante

Edgard Wibeau @ Galatée : cette baguette magique existe ; elle s’appelle contraception. Or tenter de la mettre à la disposition des femmes en Afghanistan peut vous conduire rapidement à la tombe. J’ai des cas concrets en tête.

Michel SOURROUILLE : Pour résoudre la problématique de l’accroissement de la misère, il faudrait à la fois mettre en pratique la décroissance du pouvoir d’achat de la majorité de la population des pays développés, changer les relations ethniques et natalistes des cultures traditionnelles, faire du malthusianisme à tous les niveaux, protéger les agriculteurs de l’extension des villes, devenir tous écolos, etc. La politique de la terre brûlée n’est donc pas prête de cesser, il n’est pas étonnant qu’une partie de la jeunesse de tous les pays commence à s’inquiéter.

GIEC, prévisions climatiques trop prudentes

La science repose sur le doute, les résultats d’une recherche ne sont valides que temporairement, dans l’attente d’une démonstration contraire, même si le résultat est reproductible à un moment donné, ce qui n’est d’ailleurs pas possible pour des perspectives sur le climat futur. Ce biais scientifique indispensable a été exploité par les négationnistes du climat et autres fabricants du doute, comme les marchands de tabac ou de pesticides. Ce qui importe, ce n’est pas d’abandonner la prudence de la science, gage d’objectivité, mais d’interdire de parole médiatique tous ceux qui détournent les faits objectifs pour asséner leurs fantasmes et instiller le doute. Ce n’est possible que si fournir de fausses informations devient un délit. Claude Allègre ou Donald Trump devraient être en prison, et la planète ne s’en porterait que mieux…

Dans une étude publiée en février 2013 dans Global Environment Change, quatre chercheurs ont mis en évidence un « biais systématique » des chercheurs en sciences du climat, qui engendre une sous-estimation des effets du réchauffement climatique. Naomi Oreskes s’insurge : « Si la sécurité du monde est menacée, ce n’est pas être prudent que de sous-estimer la menace, c’est être imprudent. Si un enfant joue sur une route sur laquelle arrive un poids lourd, ce n’est pas prudent d’observer depuis le trottoir et de conclure : “Je ne suis pas sûre exactement de la façon dont le camion va écraser cet enfant.” »* Ce « péché par excès de prudence » peut être expliqué par la « culture du consensus » au sein du GIEC. Cet effort pour créer du consensus peut poser problème sur les sujets compliqués où les connaissances et les données sont insuffisantes ; à partir de là, « le consensus tend à mener au plus petit dénominateur commun, une estimation conservatrice ». La pression, qu’elle provienne de l’opinion publique, des médias, des cercles politiques ou de sa propre communauté scientifique, est le deuxième facteur. Les attaques des négationnistes du climat contre les scientifiques veulent atteindre ce but. Ainsi le président du GIEC de 2002 à 2015, Rajendra Pachauri, a été la cible d’attaques répétées.

Un troisième facteur est ce que l’on appelle le « principe de moindre surprise », c’est-à-dire la préférence donnée aux résultats les plus en accord avec les connaissances et hypothèses préexistantes, au détriment des résultats plus « surprenants ». Ce principe a amené à rejeter des hypothèses « catastrophistes ». L’hypothèse de la chute d’une météorite pour expliquer la fin de règne des dinosaures il y a 66 millions d’années sera rejetée majoritairement par la communauté des géologues et paléontologues, malgré les éléments de preuve avancés. On se retrouve devant la problématique de Galilée. Galilée (né en 1564) utilisa une lunette astronomique, récemment découverte, pour observer le relief de la lune et surtout les satellites de Jupiter, démontrant par la même occasion un héliocentrisme beaucoup plus pertinent que le message biblique. Un tribunal de l’Inquisition, dont les membres ont refusé de regarder dans la lunette, l’obligea pourtant à se rétracter en 1633 : « Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant, et que, Dieu aidant, je croirai à l’avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Eglise catholique et apostolique romaine… J’abjure les écrits et propos, erronés et hérétiques, par lesquels j’ai tenu et cru que le soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n’était pas le centre et qu’elle se mouvait. »  L’Église catholique n’a réhabilité Galilée qu’en 1992 ! Pour les gardiens de la foi et des fausses croyances, il faut attendre plus de 350 années pour reconnaître une vérité scientifiquement prouvée… Pour le réchauffement climatique nous n’avons pas le temps d’attendre 350 ans pour comprendre qu’on va être cuit comme des merguez sur un barbecue !

* LE MONDE du 24 octobre 2019, Climat : pourquoi les scientifiques sont plutôt plus prudents qu’alarmistes

Des morts pour rien au Mali

En janvier 2013, unanimisme pour l’intervention militaire française au Mali ! Même le Front national  par la bouche de Marine Le Pen l’affirmait : «  L’intervention française au Mali décidée par le président de la République est légitime. » Le communiqué de presse (13.01.2013) d’Europe Ecologie-Les Verts, bien que nuancé, allait dans le même sens : « Les autorités légitimes du Mali ont fait appel à la communauté internationale… EELV souhaite que l’opération engagée par la France soit strictement limitée dans le temps. » Nos politiques et nos militaires n’ont rien appris de l’histoire, une guerre asymétrique avec d’un côté des soldats en uniforme et de l’autre un ennemi qui sait se rendre invisible est une guerre perdue d’avance. France-Indochine, une guerre pour rien. Algérie française, une guerre pour rien. Afghanistan, une guerre pour rien. Libye, une guerre sarkozyste pour rien sauf que des armes et des miliciens circulent maintenant partout. Guerre Hollandiste au Mali… une guerre pour rien !

On sait pertinemment que toute guerre est destructrice nette de ressources. Quelles guerres l’écologie peut-elle donc accepter ? Y a-t-il des guerres justes ? Laissons à l’Eglise sa doctrine de la guerre juste ; massacrer pour la « bonne cause » est devenue une maladie récurrente de l’histoire humaine. De façon plus précise, la menace multipolaire du terrorisme est-elle soluble dans un engagement militaire  classique ? L’éditorial du MONDE ce jour ne va pas jusqu’au bout de son titre, « Présence française au Sahel : sortir de l’impasse. » Nous sommes dans l’impasse, nous n’en sortirons pas, et nous aurons encore des morts pour rien. Adoptons l’attitude selon laquelle les guerres sont intrinsèquement mauvaises pour être jamais justes ou efficaces. Erasme, au début du XVIe siècle : « Une fois que la guerre est déclarée, les affaires de l’Etat se retrouvent à la merci des appétits d’une poignée d’individus. » Albert Einstein : « Il ne faut pas banaliser la guerre en y fixant des règles. La guerre ne peut pas être humanisée, elle ne peut qu’être abolie. » « La fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence » (Gandhi) est à l’origine du choix de la non violence par l’écologie politique. L’adage « la fin justifie les moyens » devrait être définitivement exclu.

Que faudrait-il faire en pratique ? D’abord considérer que la société civile d’un pays est la première responsable de ce qui lui arrive. Il y a conjonction entre une explosion démographique, des jeunes sans perspectives d’emplois, une prolifération des trafics, la marginalisation des populations rurales, les crises alimentaires. Dans un tel contexte, la population ne peut qu’être séduite par des idéologies extrémistes et prosélytes. La rébellion au Mali n’est pas forcément impopulaire ; les islamistes comptent aussi des soutiens parmi la population. Ce n’est pas la France, aidée ou non par d’autres pays, qui peut reconstruire de l’extérieur par les armes un territoire unifié et sécurisé alors que la période de paix précédente a abouti à la faillite de l’État malien. Arrêtons de courir après la realpolitik pour laisser aux peuples le soin de régler leurs problèmes par leurs propres moyens. Le terreau de la guerre ne disparaît que quand  un peuple se trouve en harmonie avec son écosystème. C’est là la voie de l’écologie politique, non inféodée au jeu des grandes puissances militaro-industrielles et basée sur la prise de responsabilité locale. A force d’enfourcher des combats qui ne sont pas les siens et d’ignorer ce qui compte structurellement, selon moi l’écologie politique se déconsidère.

Pour en savoir plus, lire Howard Zinn, Désobéissance civile et démocratie

COP25 et concentration record de GES

On va cuire comme des merguez ! Le dioxyde de carbone associé aux activités humaines, gaz à effet de serre le plus persistant (GES), a battu un nouveau record de concentration en 2018, à 407,8 parties par million (ppm), soit 47 % de plus que le niveau préindustriel de 1750. Selon l’Organisation météorologique mondiale, « la dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui, et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel  … Il n’y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, (…) malgré tous les engagements pris au titre de l’accord de Paris sur le climat ». Les concentrations de méthane (CH4), qui figure au deuxième rang des plus importants GES persistants, et de protoxyde d’azote (N2O) ont également augmenté plus fortement que la moyenne annuelle de la dernière décennie.

La première conférence mondiale sur le climat remonte à 1979. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. La 25ème réunion annuelle de l’ONU sur la lutte contre le changement climatique, la COP25, se tiendra du 2 au 13 décembre à Madrid. Après la défection du Chili, organiser la grand-messe du climat dans la capitale espagnole ressemble à une course contre la montre. Sont attendues des délégations de 196 pays (beaucoup d’avions en perspective), 25 000 personnes (trop de diplomates), un coût estimé de 60 millions d’euros (ce n’est pas rien pour un résultat qui sera comme d’habitude sans effet). Heureusement la jeune Greta Thunberg a déjà réussi à trouver un bateau pour rejoindre l’Espagne, du sang neuf dans un climat morose. Pour un retour sur les échecs passés, lire sur notre blog biosphere :

18 décembre 2018, COP24, une mascarade sur le climat, un échec avéré (Katowice)

2 novembre 2017, COP23, vingt trois années de blabla climatique (Bonn)

19 novembre 2016, La COP 22 s’achève à Marrakech sur un bide

14 décembre 2015, COP21, encore un succès d’apparence, le 21ème ! (Paris)

15 décembre 2014, Climat : les trois chiffres clés, zéro / zéro / cent (COP20 à Lima)

30 novembre 2009, le fiasco de Copenhague (COP15)

novembre 2007, Echec de la COP13 à Bali, extraits: Dans le dernier rapport du GIEC de novembre 2007, il est préconisé que les pays industrialisés divisent par 20 leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, cela fait plus de cinq ans que les stratèges du climat préconisent une simple réduction par quatre pour ces pays-là. Comment expliquer ce négationnisme de l’urgence ? Déni, aveuglement, lâcheté ? Aux sommets de La Haye en 1998, à Marrakech en 2001, à Johannesburg en 2002, les mêmes mots sont ressassés : « nous sommes sur les bons rails ». La langue de bois environnementale existe : elle s’exerce à merveille dans ces grandes rencontres de la diplomatie verte où les hauts dirigeants du monde entier simulent collectivement la prise de conscience des risques climatiques. A Bali une fois encore, les participants se sont empressés de se vanter auprès des médias du « pas décisif », de la « grande avancée », ou encore d’un hypothétique « processus volontariste ». Mais les émissions continuent à augmenter, les ravages des dérèglements climatiques créent de nouveaux éco-réfugiés ou éco-sinistrés, la fonte des glaces ne cesse pas.

L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

LE MONDE se positionne contre la chasse

Les dérogations accordées à l’activité de la chasse semblent d’autant plus exorbitantes que cette pratique souffre d’un rejet massif de l’écrasante majorité de la population, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». En bref : « Les concessions faites aux chasseurs depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée sont si étourdissantes qu’elles ont précipité le départ du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot… La gestion de l’activité cynégétique est désormais dite « adaptative », les quotas d’oiseaux tués étant déterminés par le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Hélas : sans grande surprise, six des quinze membres du groupe sont notoirement proches des fédérations de chasse et leurs déclarations d’intérêts ne sont pas publiques.Ce n’est pas tout : le nouvel Office français de la biodiversité sera cogéré par les fédérations de chasseurs, inscrivant dans le marbre institutionnel l’un des slogans préférés des porteurs de fusil, selon lequel les chasseurs seraient les premiers écologistes de France. (Mais) qui eût cru, voilà seulement une dizaine d’années, que des élus de premier plan devraient avoir une opinion sur l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, sur les delphinariums, sur la taille des cages des poules pondeuses, voire sur les méthodes les moins cruelles de dératisation ? Le gain politique des faveurs faites aux chasseurs pourrait, bien plus vite qu’on ne le pense, se changer en fardeau. »*

Pour en savoir plus sur les chasseurs, lire sur notre blog biosphere :

3 janvier 2019, Le président Macron, un chasseur d’oies aux ordres

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

24 août 2018, Permis de chasse à prix réduit, un Macron anti-écolo

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

18 septembre 2013, pour en finir avec la chasse-loisir, chasse sans avenir

12 mai 2013, Mieux vaut un surfeur mort que la chasse aux requins

2 janvier 2010, LE VILAIN CHASSEUR (Serge Dassault)

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

* LE MONDE du 24-25 novembre 2019, « En France, à l’exact inverse des discours tenus, tout semble être mobilisé pour favoriser le déclin de la biodiversité »

François, un écologiste contre l’arme nucléaire

Le chef de l’Eglise catholique a délivré à Nagasaki, le 24 novembre 2019, son « message sur les armes nucléaires ». Ce texte proclame l’illégitimité morale de la possession même de ces armes, de la dissuasion, et appelle les États qui en sont dotés à engager des négociations en vue d’un désarmement total. Le pape jésuite introduit une rupture dans le discours de l’Eglise catholique. Elle considérait la dissuasion nucléaire comme un moindre mal, transitoire. Le 7 juin 1982, en pleine crise des euromissiles, Jean Paul II avait ainsi résumé cette acceptation conditionnée : « Dans les conditions actuelles, une dissuasion basée sur l’équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable. » Mais lors d’un symposium sur le désarmement le 10 novembre 2017, le pape François posait les fondements de sa doctrine personnelle : « Il faut condamner fermement la menace de leur usage ainsi que leur possession, précisément parce que leur existence est liée à une logique de la peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain. »

Le pape François estime que les États concernés ne font plus d’efforts pour appliquer l’article 6 du traité de non-prolifération (TNP), signé en 1968, selon lequel les Etats s’étaient engagés à négocier en vue du désarmement. Pour lui, « on ne construit pas la paix sur la peur que l’on crée en montrant sa force. Or, avoir des armes nucléaires, c’est menacer de s’en servir. On ne peut donc se contenter de mettre en cause la dissuasion. Il faut aussi mettre en cause leur possession ». Dans une initiative politique sans précédent, sa diplomatie, qui privilégie d’habitude le statut d’observateur, s’est impliquée en faveur du traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), conclu en 2017 et signé par 122 Etats – mais par aucun possesseur officiel ou officieux de l’arme nucléaire. Des représentants d’États nucléaires ont glissé au Vatican que l’Eglise n’avait peut-être pas une vision complète des impératifs de la sécurité. « Le pape leur pose cette question : au nom de quoi peut-on dire que le nucléaire donne la sécurité ? », rétorque Marc Stenger, coprésident de Pax Christi International. Mgr Duffé » Le représentant d’un gouvernement nous a dit : il vous manque une pensée de l’ennemi. Je lui ai répondu : qui est l’ennemi ? Si c’est le terrorisme international, pensez-vous que l’arme nucléaire vous permette de lutter contre ? »

Le message de François a une vocation universelle. Il s’adresse non aux seuls catholiques, mais à toute l’humanité, comme l’encyclique sur le climat Laudato Si’ (2015). Pour le pape argentin, les thématiques du désarmement et de l’environnement sont liées. « Dans Laudato Si’, il y a l’idée d’un parallélisme entre le développement intégral, le désarmement intégral et l’écologie intégrale »

Sur ce blog biosphere, nous avons toujours analysé l’armement nucléaire comme dénué de fondement stratégique au niveau militaire tout en prenant les populations civiles en otage puisqu’il s’agit d’anéantir des villes entières. Envisager un hiver nucléaire sur la planète est d’ailleurs hisotriquement à la source des conceptualisations de l’effondrement possible de notre civilisation. Voici un récapitulatif de nos écrits antérieurs:

25 septembre 2019, Pour un désarmement nucléaire

24 mars 2019, Le nucléaire, inacceptable dans un pays démocratique

23 janvier 2018, NI dissuasion nucléaire, NI service national universel

10 octobre 2017, La folie du feu nucléaire entretenue par un journaliste

30 mars 2017, Les présidentiables face au feu nucléaire

29 septembre 2016, Politique de défense en accord avec l’écologie politique

21 février 2015, François Hollande fait joujou avec la bombe nucléaire

16 juillet 2014, L’art de ne pas répondre… sur le nucléaire militaire

21 mars 2014, Un gouvernement français de tout temps pro-nucléaire

27 juin 2012, supprimer la dissuasion nucléaire, alléger le budget !

23 juillet 2011, les socialistes sont pro-nucléaires

1er juillet 2011, Eva Joly contre le désarmement nucléaire

31 octobre 2011, la bombe atomique n’est pas écolo

19 juillet 2011, la dissuasion nucléaire, un débat pour 2012

18 mars 2011, Fukushima et la bombe atomique

25 mars 2008, la bombe, assurance vie d’une nation ?

150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron annonçait, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale ». Notons déjà, ce qui nous paraît le plus significatif, « le retour éventuel d’une hausse de la taxe carbone, à l’origine de la colère des gilets jaunes, a soigneusement été écarté des pistes de travail. » C’est comme le Grenelle de l’environnement (laissé sans suite), le nucléaire avait été soigneusement exclu des débats par le gouvernement ! Laissons la parole aux Internautes, entre doute et enthousiasme :

Diplo : 150 inconnus amateurs tirés au sort se retrouvent le soir au bar à période fixe après des débats dirigés par Terra Nova et proposent la mesure révolutionnaire d’inscrire l’urgence climatique dans la Constitution. Waou.

jea.vie : Force est de constater que, pour le moment ce grand moment de démocratie se déroule dans l’indifférence générale. De toute façon je n’ai toujours pas compris en quoi 150 citoyens lambda tirés au sort seraient plus compétents que les milliers d’experts de tous poils qui phosphorent sur le sujet depuis des années. Jean Jouzel et ses petits camarades doivent quand même l’avoir un peu mauvaise. On verra bien ce qu’il en sort, mais pour le moment ça ressemble plutôt à un caprice de Macron qu’à autre chose…

Jean Rouergue : Quand le parlement ne sait plus assumer ses responsabilités, assurer son autonomie, réfléchir par lui-même mais est devenu une chambre de godillots aux ordres, il faut extrader la décision, l’analyse, la réflexion, tout en somme….
Victor M : Il faut espérer que le résultat soit meilleur que celui du « grand débat », qui a seulement abouti à : les français ne veulent plus payer d’impôts et veulent plus de services publics. Une conclusion très simpliste qui écarte complètement le sentiment d’injustice sociale et d’abandon de certains territoires et populations. Pour participer régulièrement au semblant de « démocratie » qu’offre les consultations et débats publics, les conclusions sont souvent loin des remontées, les décisions encore plus loin.

G.Martin : Jean-Marc Jancovici a-t-il été tiré au sort ??? Non ! Dommage…

César Bistruk @ Martin : Soyez rassuré, il fait partie du panel d’experts consultés par cette Assemblée. Cf. une des dernières vidéos youtube qu’il a postées sur Youtube. Cet enregistrement de la première séance en illustre parfaitement le mode de fonctionnement. Les citoyens sont bien épaulés pour organiser les débats et les thématiques, d’une manière plutôt efficace.

Cyril Videau : Il me semble que ces pistes d’action sont bien résumées dans l’étude du cabinet d’analyse BL Évolution « Comment s’aligner sur une trajectoire 1,5 degré ». Elle liste les mesures concrètes à mettre en œuvre pour s’aligner sur une trajectoire de réchauffement limitée à + 1,5°C, et pas davantage. Parmi elles, l’interdiction de vendre des véhicules thermiques pour un usage particulier, l’interdiction du chauffage au fioul, la mise en place d’un « couvre feu thermique » entre 22h et 6h (température plafonnée à 17 degré dans les logements), l’interdiction de la plus grande partie des déplacements en avion ou encore l’instauration de quotas sur les produits importés (café, chocolat…). Vous pouvez consulter le résumé de cette étude en infographie sur le site de Novethic. Cette étude n’est peut-être pas parfaite mais elle donne une idée des efforts à réaliser pour limiter le changement climatique (mesures à mettre en œuvre au niveau mondial pour qu’elles aient un véritable effet).

Untel : L’erreur est de croire que nous sommes au centre des enjeux. Pour la démographie, pour les émissions, pour l’équilibre économique de la planète, cela se passe ailleurs. Agir ici, de manière isolée, sans vérifier si les centres plus importants font pareil, aux USA, en Chine, en Inde, en Afrique, est une pure ânerie. Le monde entier se fiche de notre exemple. Ils attendent que nous commettions des fautes, notamment en décroissant, pour prendre nos marchés et notre place via l’immigration.

Camille Pol @untel : Votre raisonnement consiste à dire : s’il y a tant de pays ou les droits de la femme sont peu respectés, alors ne nous fixons pas d’objectif d’amélioration en France, si certains pays n’interdisent pas le travail des enfants, ou appliquent des conditions de travail esclavagiste, abandonnons toute réglementation de droit du travail en la matière, si certains pays obligent leurs étudiants à emprunter des sommes astronomiques, ne nous posons aucune question concernant les difficultés rencontrée par les étudiants français, … bref, dans une logique très malhonnête de la « goutte d’eau » de la France par rapport au monde, abandonnons toute ambition d’un monde meilleur ?

Mamani Quispe : Vouloir transformer pilotes d’avion, ingénieurs aéronautiques, vendeurs d’autos, agents de tourisme, en paysans, et paysans sans tracteurs bien sûr, c’est une vue de l’esprit. D’autant plus que la destruction de toutes ces filières aura un effet domino. L’aéronautique, l’automobile, font vivre l’informatique, la filière acier, etc. Que fait-on des centaines de millions de chômeurs dans les industries de l’automobile, de l’aéronautique, du tourisme, chez les exportateurs de café et de chocolat, pour ne citer que cela ?

Cyril Videau @ Mamani : je suppose qu’ils deviennent agriculteurs, non ? Un système économique qui n’est plus basé sur les énergies fossiles, cela veut dire une vie moins confortable et la nécessité de se recentrer sur les besoins de base. Je pense qu’il faut que des ingénieurs, scientifiques, médecins, juristes, économistes, financiers, artisans… se penchent sur la question. Pour nous dire comment on pourrait mettre en œuvre cette politique de décroissance énergétique et matérielle, de manière à permettre un rétablissement des équilibres écologiques de la planète tout en préservant une certaine paix sociale. Mais dans tous les cas, cela veut dire une baisse du niveau de confort et une vie moins facile qu’aujourd’hui. Et probablement qu’une majorité de la population préfèrera conserver son « pouvoir d’achat », même si cela signifie détruire les équilibres écologiques de la Terre.

Novi : Ce que veulent les écologistes sans le dire, une baisse de la population mondiale, car le vrai sujet est celui de la surpopulation. Certains écolos n’hésitent pas à espérer une grande crise engrainant une baisse de la population comme la peste noire en son temps. C’est le commandant Cousteau qui expliquait parmi les premiers combien il fallait supprimer d’hommes sur Terre pour sauver la planète.

Quidam : Émettre des idées, c’est toujours assez facile, Les faire partager par des personnes qui sont comme vous volontaires pour échanger positivement, c’est relativement simple. Maintenant les frotter aux réactions des râleurs professionnels, des partisans politique qui regarderont cela à l’aune de leur doctrine politique, des citoyens persuades qu’il ne faut rien changer, des réalités économiques, de l’inanité de certaines reformes franco-française dans un système planétaire, tout cela sera très compliqué,

C.Paris : Cette méthode d’élaboration consensuelle par commission citoyenne a montré en Irlande tout son intérêt (loi pro-avortement malgré l’opposition des partis et corps intermédiaires). Elle est une réponse satisfaisante à la demande d’implication des populations et de dépassements des structures en place (aprtis, syndicats…) forcément sclérosés.
Reste encore à aboutir par des lois et décrets.

Perros Jean Michel : J’imagine la déception de ces 150 citoyens quand ils verront la suite donnée à leurs préconisations après passage de l’étape « État profond », c’est à dire l’énarchie des cabinets ministériels. Pour en savoir plus, notre blog biosphere :

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

23 octobre 2019, On n’a pas de pétrole, mais on a des idées

* LE MONDE du 20 novembre 2019, « La convention pour le climat a déjà réussi ce petit miracle : refabriquer de la citoyenneté »

L’anti-écolo Pascal Praud a encore frappé

Pour dévoiler l’état d’esprit de Pascal Praud et donc de CNews, voici son discours !

« Voici une liste de que nous pouvons faire aujourd’hui, mais que l’époque a déjà condamné : Regarder un tigre chez Bouglione ; Boire un verre chez des amis et repartir en voiture ; prendre l’avion ; Fumer une cigarette en terrasse ; Draguer (au bureau dans la rue, partout en fait) ; Voir un film de Roman Polanski ; manger une côte de bœuf ; Acheter des fraises en décembre : aimer la corrida… Conclusion : nous aurons des cirques sans animaux, des dîners sans alcool et des amours sans risque. La vie sera moche, lisse, les polémiques auront cessé. La dictature de la laideur et de la bêtise sera instaurée. Vivement demain ! »*

Le climato-sceptique Pascal Praud veut toujours faire le buzz, il avait sur Cnews-télé défendu le droit des climato-sceptiques à s’exprimer, lire sur notre blog biosphere.

Interdisons de parole les négationnistes du climat

Si un commentateur nous dit qu’il faut interdire d’interdire, nous rappelons que nous ne pouvons pas dire et faire n’importe quoi quand c’est au détriment d’autrui ou du bien commun.

* « gratuit » de CNews du 21 novembre 2019 (p.2)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier (1937-1973) a dès les années 1970 perçu l’intérêt de retourner vivre en communautés rurales. Exemple :

17 septembre 1968, lettre à Elise Freinet : Ce sont les barricades de mai 1968 qui m’ont décidé. Elles m’ont fait comprendre qu’une idée se vit, ne se dit pas ; que l’expérience naît de l’action, ne la précède pas ; que tout est encore possible à qui agit pendant que les autres palabrent… »

Hara-Kiri (23 juin 1969) : Mon action (de revitalisation d’un village abandonné) s’insère dans un mouvement naissant visant à l’instauration d’une structure économique parallèle qui doit nous opposer aux structures aliénantes de notre société de consommation. Le but est de maintenir coûte que coûte les bases organiques auxquelles s’attaquent notre civilisation suicidaire, de démontrer par l’exemple que l’épuisement des ressources vitales et la pollution de la biosphère ne sont pas des fatalités inscrites dans un déroulement irréversible. Nous ne fuyons pas la société, au contraire nous allons à sa rencontre, aux sources qu’elle rejoindra bientôt malgré elle. Nous ne cherchons pas des refuges, mais des avant-postes. Dans nos villages, nous aurons nos coopératives pour la commercialisation de produits agricoles biologiques, nos ateliers et même nos laboratoires, car, contrairement à ce qu’on peut penser, nous ne souhaitons pas freiner la connaissance scientifique mais seulement contrôler ses applications. Ce que je cherche encore, c’est le capitaliste génial qui, en participant à la société d’économie mixte fondée par la municipalité pour la mise en valeur de son territoire, investira dans la civilisation de l’avenir.

Hara-Kiri (4 au 18 août 1969) : Il s’agit de cultiver, dans un but d’exemplarité, de contagion (et si la contagion ne se produit pas, tant pis), un art de vivre difficile, un art de vivre en bonne santé, c’est-à-dire en bon accord avec le sol, les saisons, les autres, qu’ils soient plantes, animaux ou humains, et en satisfaisant au mieux, c’est-à-dire sans faire du tort à personne, nos vrais besoin.s Car nous n’avons pas des besoins très différents de ceux du nuage, de la terre et de l’arbre. Nous avons comme eux nos nécessités intimes, inscrites en nous, très profondément, par des millénaires de difficile adaptation aux conditions de vie terrestres.

Charlie Hebdo (1er novembre 1971) : Je suis à peu près persuadé que tout ce qu’il reste à faire d’intelligent est de fonder des communautés. Mais en même temps qu’il n’y a quasiment plus d’endroits où ce soit possible et il n’y a pas encore de gens avec qui ce soit possible. Se lancer là-dedans, c’est le meilleur moyen de se faire bouffer tout cru. J’aime mieux perdre mon temps à bosser pour Charlie que perdre mon temps à faire le con avec des communautaires foireux.

Charlie Hebdo (25 septembre 1972) : Un cultivateur moderne, condamné à la rentabilité selon les normes de l’agriculture industrielle, est un conducteur d’engins, rien de plus. Un paysan traditionnel est un botaniste, un naturaliste, un météorologue, un maçon, un boisselier, un forgeron, et j’en oublie. Il est le dernier dépositaire d’un trésor culturel, mais il a honte devant son fils parce que cet abruti sait lire le Dauphiné libéré, et écrire le nom d’un démagogue sur un bulletin de vote… Nous ne pourrons pas longtemps vivre tous dans les villes, en laissant aux machines le soin d’exploiter à mort ce qu’il restera de désert dans les interstices de la banlieue totale.

La Gueule ouvert (décembre 1972) : Si l’on excepte le cas trop particulier de l’Arche (la communauté fondée il y a vingt ans par Lanza del Vasto) et quelques autres peut-être, qui toutes ont en commun le mysticisme, aucune communauté véritable, à ce jour, n’a tenu assez longtemps pour pouvoir constituer un exemple. Ce n’est pas décourageant. Le mouvement n’en est qu’à ses débuts.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

La brève existence de Pierre Fournier (1937-1973) marque la médiatisation de l’urgence écologique.

janvier 1967, Pierre Fournier devient un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il aura été pendant quatre années l’écologiste le plus lu et le plus inspirant de France, des centaines de pages d’informations, de récits, d’ incitations à faire…

septembre 1968, conférence de la biosphère à l’égide de l’UNESCO, sous le titre « Notre planète devient-elle inhabitable ? »

1970, proclamée « année européenne de la conservation de la nature ».

22 avril 1970, le premier « Earth Day » marque aux États-Unis la naissance du mouvement environnemental.

16 novembre 1970, la couverture d’Hara-Kiri associe la mort du général de Gaulle et l’incendie d’un dancing en Isère : « Bal tragique à l’Élysée – 1 mort ». Le journal est interdit sur le champ, Il ressort en kiosque la semaine suivante sous le titre Charlie Hebdo.

Fin 1970, Alexander Grothendiek du mouvement « Survivre, pour la lutte des scientifiques avec les masses pour survivre », contacte Pierre Fournier.

Début 1971, création du ministère de l’environnement, soit 0,1 % du budget de l’Etat.

12 avril 1971, Prémillieu invite Fournier à participer à la première manifestation anti-nucléaire à Fessenheim, il y aura 1000 manifestants. Dans Charlie Hebdo, Fournier avait écrit : «  il faut aller gueuler contre le dépôt d’une bombe atomique à effet ralenti sur la rive du Rhin. » De toute la presse hebdomadaire pharisienne, il sera le seul à couvrir l’événement.

Fin avril, Fournier confie à Cavanna qu’outre ses actions militantes anti-nucléaires, il devient un « journaliste informatif ». En mai, il adhère à l’association des journaliste et écrivains pour la protection de la nature. Il reprend le vocabulaire de Survivre dont les feuilles, en ce mois de mai, prêchent une révolution fondée sur l’ÉCOLOGIE. Il se sent investi d’une mission : « Je ne vois pas qui pourrait ouvrir sa gueule à ma place dans la situation actuelle. » Pour Pierre, l’écologie est la suite logique de Mai 1968, dorénavant le rôle des politiques est « d’engager la société sur la voie qui conciliera la survie de l’espèce et le libre épanouissement de l’individu ».

Juin 1971, Gébé publie dans les pages de Charlie-Hebdo sa bande dessinée « L’An 01, on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ».

10 juillet 1971, le comité Bugey-Cobayes de Prémillieu et Fournier rassemble 15 000 personnes. A la suite se crée une dizaine d’associations de lutte contre les centrales nucléaires en construction.

Janvier 1972, l’ouvrage « A Blueprint for Survival » préconise la décentralisation de la société en de petites communautés capables d’auto-réguler leur population, d’assurer leur propres besoins alimentaires et de réduire la taille de leurs industries et infrastructures.

Mars 1972, rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Il prévoit un effondrement de la civilisation au cours du XXIe siècle si la trajectoire du développement exponentiel reste inchangé.

Avril 1972, les Amis de la Terre organisent, aux cris de « les vélos, pas l’auto ! » la première manifestation cycliste à Paris : 10 000 participants.

Juin 1972, premier sommet des Nations unies sur « l’environnement et le développement ». Le numéro spécial environnement du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la Terre » se vend à plus de 200 000 exemplaires.

Septembre 1972, Fournier lance son mensuel écologiste, « La Gueule ouverte, journal qui annonce la fin du monde » : 70 000 exemplaires vendus.

15 février 1973, alors qu’il participe au bouclage du numéro 5, Fournier est emporté par un arrêt cardiaque.

1974 : René Dumont se présente à la présidentielle en tant qu’écologiste. L’écologie entre en politique, Pierre Fournier avait facilité ce passage.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

sur notre blog biosphere

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

Conférence internationale sur la population

Les conférences des Nations unies sur la population sont-elles vouées à l’échec ? Les polémiques qui ont précédé celle du Caire en 1994 amènent à le penser, comme l’histoire des deux précédentes, en 1974 et 1984. Le Saint-Siège refuse tout ce qui pourrait paraître  » légaliser  » l’avortement et accuse le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), organisateur de la conférence, de  » détruire la famille  » et de  » promouvoir une culture hédoniste et permissive  » (le Monde du 19 août 1994). A Bucarest en 1974, les représentants du Vatican avaient aussi bataillé pour le  » droit à la vie « , et  » le caractère sacré de la famille  » mis en exergue par le pape d’alors, Paul VI. A Mexico, en 1984, la liberté d’avorter avait été encore remis en question par Jean-Paul II qui avait personnellement pris contact avec les gouvernements représentés à la conférence. De plus les représentants du  » tiers-monde  » avaient usé du slogan :  » Le meilleur contraceptif, c’est le développement.  » Les États-Unis, dans le droit fil de la  » révolution conservatrice  » portée par Ronald Reagan, mettaient mettaient en préalable à toute politique démographique le rétablissement de la liberté économique. Conformément aux convictions de la  » majorité morale « , ils s’opposaient à tout recours à l’avortement pour le contrôle des naissances ; ils exigeaient que le FNUAP n’accorde aucune aide à des programmes qui l’utilisaient. C’est la  » cabale des dévots ». En 1994, les responsables du FNUAP ont donc souhaité choisir comme axe stratégique le soutien des besoins des individus et surtout  » une politique de promotion générale de la femme « , renforçant notamment les investissements dans les domaines de l’éducation et de la santé (maternelle et infantile en particulier).

Il faut attendre ensuite novembre 2019 pour qu’une nouvelle conférence internationale ait lieu (à Nairobi). Il s’agissait de marquer le 25e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) qui s’était tenue au Caire. Elle a eu lieu dans la plus stricte confidentialité. Pourtant 10 000 participants de plus de 170 pays, ce n’était pas rien. Comme une litanie on a continué d’exposer les violences faites aux femmes grossesses non désirées, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations génitales… La réduction du taux de mortalité maternelle, qui était une des grandes ambitions du Caire, n’atteint pas les trois quarts comme promis. L’avortement reste, dans de nombreux pays, traité comme un crime. Le défi du contrôle de la démographie est un sujet qui crispe certains responsables. Ainsi Macharia Kamau, principal secrétaire du ministère kényan des affaires étrangères, s’est écriée : « Qui sont les 11 000 scientifiques qui ont lancé un appel à contrôler nos populations ? Sont-ils africains ? Le changement climatique n’a rien à voir avec le nombre de gens. Ceux qui ont besoin de contrôler leur population sont ceux dont le mode de vie a créé les ravages qui frappent notre continent. »*

La deuxième partie de cette phrase est partiellement vraie, un bébé de plus dans un pays développé est un désastre climatique. C’est ce que disait déjà René Dumont en 1974 dans son programme de présidentiable écolo : « Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à New York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. La « France de 100 millions de Français » chère à Michel Debré est une absurdité. » Mais la lutte contre la politique nataliste de la France ne devrait pas empêcher les pays en surchauffe démographique de proposer aux femmes les services d’un planning familial efficace. D’autre part nier la variable démographique dans le réchauffement climatique est une grossière erreur, Macharia Kamau devrait apprendre l’équation de Kaya.

Pour en savoir plus avec notre blog biosphere : Nicolas Sarkozy plaide : « Nous sommes 7 milliards d’habitants. En 2100, nous serons 11,5 milliards. La question des conséquences de cette démographie est donc centrale pour les grands équilibres de la planète ». Il souhaite qu’enfin « la communauté internationale prenne en main le premier problème de la planète, qui est celui de la démographie mondiale ». Il préconise « une conférence mondiale sur la démographie ». A son avis, le sujet doit « faire l’objet, chaque année, d’une conférence comparable à celle sur le climat ». Encore un coup d’épée dans l’eau…

* LE MONDE du 17-18 novembre 2019, L’accès à la contraception progresse dans le monde

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

– Papa, c’est loin l’apocalypse ? Tais-toi et consomme.

– Depuis que je suis tout petit, le monde « moderne », le monde où nous enferme une technologie acéphale et monstrueusement foisonnante, me remplit d’horreur par sa laideur. Cette laideur est le signe d’un profond déséquilibre, et ce déséquilibre finira par entraîné la destruction de la civilisation qui l’avait engendré.

– Le « devoir » de nos concitoyens est de déserter un espace rural désormais voué à la pollution touristique et de s’entasser frénétiquement dans des mégalopoles invivables. Toute une imprégnation idéologique les y pousse.

– Je ne peux pas piffrer ce mot d’environnement, il pue l’anthropocentrisme, alors que la prise de conscience qui l’a mis à la mode annonce la fin d’un anthropocentrisme dépassé.

– Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes aux autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la Terre inhabitable non seulement pour lui, mais pour toutes les formes de vie qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence.

– Si l’homme peut détruire le monde d’une manière brutale, il peut aussi le détruire tranquillement, mais tout aussi efficacement, en déchirant le fine toile que la nature a tissée afin de maintenir toutes choses dépendantes les unes des autres, depuis la plus élémentaire forme de vie contenue dans le sol, jusqu’à l’homme, en passant par la plante et par l’animal.

– C’est toujours le Fric qui commande, c’est-à-dire les choses, c’est-à-dire personne, Vous pouvez remonter n’importe quelle filière du Pouvoir vous trouverez toujours, au bout, les Choses, l’engrenage des prétendues « fatalités », rien.

– Outre que notre attitude donne mauvaise conscience aux inertes, aux obéissants, – à tout le monde quoi !- , notre action si elle s’étendait, dérangerait les plans des technocrates, fausserait les calculs des profiteurs et troublerait la quiétude des esclaves. Autant dire que nos idées ont tout pour faire l’unanimité contre elles.

– Le problème de la survie n’est pas seulement politique, il va beaucoup plus loin que ça. C’est le problème de la relation de l’homme au réel. C’est un problème religieux (du latin religere, relier). Une religion est un système de relations de l’homme à la nature, et pas suite de l’homme à l’homme. Elle n’implique pas l’existence du Dieu judéo-chrétien. Toute grande révolution est un changement de religion. Le culte du progrès est une religion messianique et fataliste, basées sur des dogmes métaphysique, entretenues par une Eglise qui a comme celle du Moyen Age, les monopoles de l’éducation, plus beaucoup d’autres que l’Église médiévale n’avait pas.

– Il y a quelques irréductibles qui n’achètent jamais rien. Ils font leur pain avec leur blé, et leur lessive avec les cendres du four. Ils polluent pas plus qu’un papou. Ils sont les derniers hommes libres. Ou les premiers, peut-être ? En tout cas, si on veut pas disparaître dans la tourmente, quand tout va se faire la valise, on ferait bien de se mettre à leur école.

– Nous sommes des prophètes de malheur. Nous sommes des emmerdeurs et des minoritaires indésirables. Admettre le bien-fondé de notre position, c’est admettre qu’il faut tout remettre en cause, jusqu’aux habitudes physiques et mentales les plus confortables et les mieux ancrées.

– La révolution écologique consiste à tout remettre à l’endroit.

Extraits de « Fournier, face à l’avenir » (Diane Veyrat – Les cahiers dessinés, 2019)