COP25, heureusement qu’il y a Greta

Greta Thunberg à la COP25 : « Le vrai danger est quand les politiques et les dirigeants d’entreprises font croire que des actions réelles se passent quand, en réalité, rien n’est fait … Les promesses n’incluent pas l’aviation, le secteur maritime et les biens importés ou exportés alors qu’ils incluent la possibilité pour les pays de compenser leurs émissions ailleurs… Ce n’est pas gouverner, c’est tromper… Les jeunes sont désespérés : nous voulons un signal d’espoir … Il ne vient pas des gouvernements et des corporations mais des gens qui commencent à se réveiller ».

Greta Thunberg a été désignée personnalité de l’année 2019 par le magazine « Time ». C’est la plus jeune lauréate de cette distinction, décernée depuis 1927 par le magazine américain. Bien que la jeune Suédoise fût pressentie pour recevoir le prix Nobel de la paix, le comité avait récompensé de façon inopportune le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed. Trois millions de personnes suivent Greta sur Twitter,combien de personnes connaissent Abiy ? Place aux commentateurs sur lemonde.fr :

Obéron : Peut-être plus impressionnant encore que les millions de jeunes (et moins jeunes) ralliés à sa cause (notre cause), l’un des plus grands mérites de Greta Thunberg est la levée de boucliers unanime des derniers climato-sceptiques, conviés en chœur sur les forums à leur chant du cygne !

Thymie : Cette distinctionpar Time n’est pas une récompense, ni un honneur. Pour mémoire, l’ayatollah Khomeiny, Poutine, Trump (en 2016 !), Deng Xiao Ping, Andropov ( ! ! ! ! !), le roi Fayçal d’Arabie saoudite, l’ont reçu… Un musée Grévin. Comme la légion d’honneur, vide de sens.

Dance Fly : Et alors ? Le Time ne décerne pas un prix Nobel. Sont désignés personnalités de l’année ceux qui ont une influence sur la marche du monde. Khomeini ou encore Staline ont aussi été choisis par Time… et à juste titre. Dans le cas présent Greta est celle qui aura réussi à mobiliser la seconde plus grande manifestation mondiale de tous les temps et ce au nom de l’écologie. Chapeau !

Camille : Il s’agit en fait de la 2éme plus grande protestation. La première était contre la guerre en Irak en 2003 (8 à 30 millions selon les estimations).

Buber : Je suis en accord avec ce que dit Greta Thunberg mais le star system enterre tous les phénomènes qu’il touche. Donc Greta sera la Garbo de l’écolo mais cela ne fera pas bouger les choses.

Piérick : Greta Thunberg est simplement l’une des porte-paroles officieuses du GIEC, et elle est la plus médiatisée car elle sait y faire ! Donc, ayez un peu plus de respect pour elle et son combat.

Manuel : Greta est une prophète, une entité miraculeuse : elle sait tout sans étudier puisqu’elle ne va pas à l’école. Elle parle et donne de doctrine sur l’histoire, sur la climatologie, sur la science, enfin, à tous qui étudions beaucoup afin de sortir un peu de notre trou d’obscurité à ce monde, elle nous montre le pouvoir des êtres supérieurs. Et ses parents, après tout ceci, millionnaires. Oh, là là.

Piérick @Manuel. En vous attaquant à elle, vous vous attaquez à 99,99 % des climatologues… Courage, Manuel, courage… LOL.

Abert @ Manuel : Greta est un porte voix. la question serait plutôt ; pourquoi les hommes politiques refusent-ils obstinément d’écouter les scientifiques? Voilà 20 ans qu’ils alertent sur les pesticides. Aujourd’hui une nouvelle étude confirma que 80% de la biomasse des insectes a disparu, 30% des oiseaux et même les poissons insectivores. Alors je me fous que ces parents soient millionnaires si elle peut faire gagner (peut-être) le combat pour les futures générations.

COP25, article 6 et sac de nœuds

Le temps presse, les minables engagements étatiques pour réduire les émissions de GES mettent la planète sur une trajectoire de + 3,2 °C en 2100. Or depuis une semaine, les négociateurs des 196 pays réunis à Madrid tentent de résoudre leurs multiples désaccords sur l’« article 6 » qui, sous des aspects très techniques, un jargon impénétrable et des subtilités comptables, cache l’essentiel. La régulation des marchés carbone, régie par l’article 6 de l’accord de Paris de 2015, fait l’objet de négociations depuis trois ans. Le texte provisoire du mode d’emploi de l’article 6 comptait encore, dans sa dernière version, 34 pages avec 423 crochets– c’est-à-dire autant d’options à trancher. Autant dire que ce qui devait être adopté lors de la COP24 attendra la COP 36 pour être (in)validé. Autant dire que le citoyen moyen restera allergique à ces bruits de couloir alors qu’il est le premier responsable des émissions de gaz à effet de serre par ses consommations (directes et indirectes) d’énergie fossile. D’autant plus que l’article 6, c’est de la poudre aux yeux, un vulgaire mécanisme de compensation qui ressemble au trafic des indulgences d’autrefois.

LE MONDE* nous donne un exemple d’application de l’article 6 : « Imaginons un village indien équipé de panneaux solaires qui permettent aux habitants de s’éclairer sans utiliser de générateurs au diesel. Ce projet est financé par des pays ou des entreprises à l’autre bout du monde : grâce aux émissions de gaz à effet de serre évitées en Inde, ils compensent celles qu’ils ont émises sur leur territoire. Voilà un exemple de la façon dont le CO2 est échangé autour du globe, dans des marchés du carbone. Ce nouveau marché international, régi par un organisme des Nations unies, générerait des crédits grâce à des projets de réduction des émissions, comme les panneaux solaires dans le village indien. Ces crédits pourraient être achetés par des pays ou des entreprises pour remplir leurs engagements internationaux. » Or on sait déjà qu’un marché carbone est inopérant, lire sur notre blog biosphere :

11 mars 2019, Neutralité carbone en 2050, la volonté de ne rien faire

7 novembre 2015, Climat : la stupidité du marché carbone

19 avril 2013, du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable

Conclusion : le marché carbone, annoncé comme la panacée lors du protocole de Kyoto (1997, y’a des lustres) a été remplacé par un nouveau mot à la mode, la taxe carbone, mécanisme rejeté tant par les Gilets jaunes que par les grandes puissances. Et aujourd’hui on en revient au marché ! Alors, quand il ne restera plus que quelques gouttes de pétrole, et par une chaleur caniculaire qui entraînera beaucoup beaucoup de morts ici ou là, quelques gouvernements éclairés par les circonstancies adopteront la carte carbone, rationnement par un système de quotas… qui permettra aux plus riches d’acheter des crédits carbone aux plus pauvres. Bis repetita, en pire.

* LE MONDE du 12 décembre 2019, Climat : les marchés carbone, l’épineux dossier de la COP25 qui risque de saper l’accord de Paris

« Casseurs de pub » vingt ans après

1999 : Automobile, la solution finale ! La civilisation automobile nous conduit tout droit à l’holocauste écologique. Épuisement des ressources naturelles, fossiles, minières… Pollution atmosphérique… Bétonnage massif. Plus sûrement que toutes les dictatures, automobile extermine la vie sur Terre, sasn différence de sexe, de race, d’espèces, animale ou végétale. Le régiment des hommes nouveaux, dans leur armure d’acier, écrase toute résistance. Rien d’étonnant, alors, que des groupes industriels, fleurons d’anciens régimes totalitaires, collaborent à cette destruction annoncée…. Armura, voiture propre ! Dans son habitacle filtré, vous voilà enfin protégé de totue pollution. L’insonorisation très soignée vous épargne tout bruit extérieur et la caisse renforcée ne vous fait craindre aucun violence. D’ailleurs de nouvelles vitres teintées à cristaux liquides vous isolent du monde, effaçant la laideur environnante. Au volant de l’Armura, vous ressentez un sentiment de puissance jusqu’à présent inconnu. Vous accédez à une nouvelle dimension. Les grands espaces s’ouvrent devant vous, vous vous sentez redevenir ce prédateur que vous n’avez jamais cessé d’être. Vous dominez l’Armura, vous faites corps avec l’Arura, vous êtes l’Armura. (Casseurs de pub n° 1 ( dossier de novembre 1999, 25 francs))

2019 : L’idée selon laquelle la voiture n’est qu’un objet, et non un système demeure. Les gens se disent que la voiture privée est nécessaire, car il n’y a actuellement aucune alternative à l’utilisation de la voiture pour certains trajets. On ne comprend pas que c’est le système automobile qui a créé ce problème : en étendant les villes au-delà des limites d’un piéton, en rendant les alternatives moins accessibles voire inexistantes, et en générant un besoin accru de déplacements. Nous devrions nous rappeler qu’il existait autrefois des alternatives, et qu’elles réapparaîtront si, d’une manière ou d’une autre, automobile était mise hors d’usage… Je suis naturellement optimiste, mais je ne peux pas non plus ignorer que l’époque de l’Anthropocène a été catastrophique pour le monde naturel. Tous les indicateurs montrent que la situation s’aggrave. Les nécessaires changements radicaux ne doivent pas être considérés comme des fardeaux ; ils sont avant tout des opportunités pour améliorer notre qualité de vie. (Randall Ghent, premier président de Casseurs de pub, fondateur de la revue Carbusters in La décroissance, numéro double décembre 2019-janvier 2020 (dossier Casseurs de pub, vingt ans))

éditorial de novembre 1999 : Quand la planète arrivera au bout de ce qu’elle peut nous donner. Quand tout sera devenu rare, l’air, le pétrole, l’eau. Quand apeurés, nous réclamerons des pouvoirs forts pour nous sauver de notre soif sans fin de consommation. Ils seront là tapis dans l’ombre, tous les petits Mao, Benito, Adolphe, Joseph… prêts à assouvir leur soif de pouvoir absolu. Ce numéro de Casseurs de pub, revue de l’environnement mental, est là pour que nous changions librement avant qu’on ne nous l’impose par la force. La sortie de la crise écologique ne se trouve pas dans un ordinateur, mais dans la tête de chacun de nous. Le pouvoir réel nous appartient, il est au bout de chacun de nos actes, quand nous prenons le vélo plutôt que la voiture, achetons dans une épicerie plutôt que dans une grande surface. Le pouvoir nous le détenons ; changeons, et le monde changera. (Raoul Anvélaut)

NDLR : « La Décroissance est le prolongement de « Casseurs de pub ». Que ce soit en 1999 ou en 2019, les protagoniste de cette critique radicale de notre système sont toujours Vincent Cheynet, Bruno Clémentin… et leur pseudo Anvélault. Bravo à ces deux-là pour leur constance sur vingt ans. Notre blog biosphere n’a que 14 ans, mais nous avons tous leurs numéros en archives, de 1999 à 2019.

Courrier, vouloir la pub, pas la subir

Chaque année en France, ce sont environ 18 milliards de publicités non sollicitées, soit 800 000 tonnes de papier, qui arrivent dans nos boites aux lettres. Chaque foyer français reçoit en moyenne 30 kg de prospectus. Fabrication, distribution, ramassage, traitement des déchets, recyclage, abandon en pleine nature… leur impact carbone peut être estimé à environ 800 000 tonnes de CO21, soit l’équivalent des émissions de 600 000 voitures neuves qui parcourraient 13 300 km dans l’année. Objets « à usage unique », ces imprimés ont une durée vie très courte. Alors que les citoyens ne demandent pas à recevoir ces publicités, ce sont eux qui, in fine, paient la facture. Trois milliards d’euros annuels dépensés par les publicitaires dans les prospectus sont au final payés par les consommateurs au travers de leurs achats, ce qui représente un coût de 200 euros pour une famille de 4 personnes. Plutôt que StopPub sur les boîtes aux lettres, un affichage « Pub acceptée » serait normal et nécessaire.

France Nature Environnement mène le combat contre le gaspillage des publicités non souhaitées dans les boîtes aux lettres depuis 1991. La fédération avait alors imaginé le dispositif « StopPub » pour permettre à chacun de refuser l’intrusion des messages commerciaux dans leur quotidien. Pas toujours respecté par les distributeurs, parfois arraché, abîmé avec le temps, difficile à obtenir ou même refusé par certaines copropriétés pour manque d’esthétisme, le dispositif a malheureusement montré ses limites. Il est donc temps d’inverser la tendance. Ce n’est pas à ceux qui ne souhaitent pas recevoir de publicité de faire un effort, mais bien à ceux qui souhaitent la recevoir, de le signaler. La logique de réduction des déchets, de préservation des ressources et l’urgence environnementale l’imposent : le geste par défaut doit être le geste vertueux. Autrement dit, pas de distribution de prospectus dans les boîtes aux lettres sans autocollant « Publicité acceptée ».

A l’occasion du projet de loi Anti-gaspillage, France Nature Environnement demande au gouvernement et aux parlementaires de soutenir sa proposition. Réduire de 50% les prospectus publicitaires serait deux fois plus efficace en termes de diminution des émissions de CO2 que de passer de 60 à 100% de recyclage sur les bouteilles plastique. Certains avanceront l’excuse de l’emploi pour reculer, alors que près de la moitié des prospectus sont actuellement imprimés à l’étranger.

Les chasseurs dans le viseur

La colère anti-chasseurs monte, normal quand on voit le discours des viandards*.

Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs : « Ce n’est pas la chasse, c’est la ruralité dans son ensemble qu’attaquent ces activistes minoritaires, comme les végans. Ils ne supportent pas que d’autres vivent différemment. Les chasses traditionnelles existaient avant l’arme à feu. La chasse à courre ? Il n’y a que les cons pour ne pas comprendre que l’animal a dix fois plus de chances de se sauver que d’être attrapé. Souvent le cerf est vieux ou malade, c’est la sélection naturelle. Pas le monde des Bisounours ! On est en haut de la chaîne alimentaire, les animaux sont en dessous, c’est l’ordre des choses. Qui travaille sur la biodiversité ? Ce ne sont pas ceux qui font des grands discours, à Paris, qui plantent des haies, des arbres, qui entretiennent les zones humides, qui nourrissent les animaux, et qui apportent ainsi 4 milliards d’euros à la nature tous les ans ! »

Gérard Lang, patron des chasseurs du Bas-Rhin : « Etre chasseur, c’est dans nos gènes. Parce que, à l’époque préhistorique, celui qui n’était pas bon chasseur ne survivait pas. »

Guy Harlé d’Ophove, président de la Fédération des chasseurs de l’Oise : « Les gens ne connaissent plus les fondamentaux de la ruralité. Dans l’Oise, la vénerie est tout à fait acceptée, à part dans quelques points de fixation artificiellement créés par des groupuscules extrémistes. C’est un spectacle auquel beaucoup tiennent. Ceux qui manifestent viennent de Paris… »

Alain Lignier, directeur de la Fédération de chasse de l’Ardèche : « On est dans l’irrationnel. Dès l’instant où l’on se dit pour la chasse, le débat est fermé, même si l’on construit toute l’année la cohabitation avec les fédérations de randonneurs et de cyclistes… La chasse fait partie du paysage quand on vit en campagne, comme les cloches et le coq du voisin ! »

Le président Emmanuel Macron semble avoir été convaincu de cette équivalence : Chasse = ruralité. il a réduit de moitié le prix du permis de chasse national (de 400 à 200 euros), rouvert les chasses présidentielles, autorisé les silencieux sur les fusils. Au total, 42 millions d’euros de cadeaux au monde de la chasse, pour s’offrir ce vernis ruraliste, sans requérir des chasseurs le moindre effort de changement.Les agriculteurs ne représentent que 8 % des détenteurs de permis. Le gros des bataillons ? Des quinquagénaires ou sexagénaires exerçant une profession libérale ou cadres (à 36 %), citadins les jours de semaine. En Allemagne, les chasseurs ne décrochent leur permis qu’après plusieurs années de préparation théorique – zoobiologie, protection de la faune, maîtrise des chiens… – et d’entraînement au tir ; ils doivent aussi prouver leur aptitude physique.

Les associations anti-chasseurs :

Aspas-nature, association pour la protection des animaux sauvages

AVA, abolissons la vénerie aujourd’hui

Fondation Brigitte Bardot

Front de libération des animaux

LPO, Ligue pour la protection des oiseaux

One Voice, pour le respect de la vie sous toutes ses formes

* LE MONDE des 8-9 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

Écologie, l’invention du Sauvage en 1973

Le Sauvage, publié par le groupe du Nouvel Observateur de 1973 à 1981, fut pendant neuf ans le magazine écologique le plus diffusé en France avec une diffusion mensuelle avoisinant en moyenne les 45 000 exemplaires, dont près de 20 000 abonnés. Tout avait commencé avec un numéro spécial du Nouvel Observateur publié en juin 1972 et intitulé La dernière chance de la Terre. Y collaborèrent Théodore Monod, F.-O. Giesbert, Michel Bosquet alias André Gorz, Gilles Lapouge, Bernard Guetta, Edgar Morin et le Club de Rome. Ce ballon d’essai fut un succès avec près de 120 000 exemplaires vendus et décida Claude Perdriel, le patron du groupe, à tenter le magazine écologique mensuel que je lui proposais.

Ce fut Le Sauvage. Ce titre au parfum rousseauiste fut proposé par Victor Zigelman, le secrétaire de rédaction qui arrivait de France-Soir et qui observait depuis plusieurs jours nos discussions à la recherche d’un titre. Nous en étions à L’Œuf, lorsque Victor nous dit : « Ce matin, je me suis brossé les dents avec le dentifrice “au goût sauvage”, vous devriez appeler ce journal Le Sauvage». Le premier numéro paru le 1eravril 1973 titrait : L’Utopie ou la mort, le numéro deux c’était : La grande crise de l’énergie, le numéro trois : Travailleurs de tous les pays reposez vous , le numéro huit : Crise de l’énergie, branchez-vous sur le soleil. Avec les signatures de Philippe Saint Marc, Michel Bosquet, Brice Lalonde, Ivan Illich, Konrad Lorenz, Serge Moscovici, Daniel Maja, Herbert Marcuse, et Arnold Toynbee (NDLR : historien britannique spécialiste de la chute des civilisations) qui posait la question de savoir si le premier régime écologiste ne serait pas fasciste. Et il ajoutait : « C’est la Nature elle-même qui va stopper la croissance ». Marshall McLuhan, l’auteur de La Galaxie Gutemberg, éructait dans le numéro de décembre 1973: « La planète sombre dans la démence ou bien nous arrêtons tout. Et tout de suite ». Il annonçait également la disparition de l’automobile en cinq à dix ans ! C’était une joyeuse époque, on étrennait le catastrophisme. La première crise de l’énergie, l’épuisement des ressources comme la pollution de l’air et des paysages étaient des nouveautés excitantes. On vivait encore dans la traînée de l’illumination de mai 68. On rêvait de communautés, de retour à la terre, de maisons solaires (déjà), de légumes bio, de troc…

Je dois un peu revenir en arrière et expliquer quelles avaient été les idées qui m’avaient mis en mouvement. Né dans une famille de marins entre Saint-Malo et Granville, breton-normand, j’avais passé une partie de mon enfance dans l’archipel des Chausey où j’avais fréquenté le granit, les grandes marées, et des ciels immenses. J’avais campé sur les îles, appris à allumer un feu et à l’éteindre, manié l’aviron et la voile. Il m’en est resté des cals aux mains jusqu’à aujourd’hui. J’avais appris à lire avec Daniel Defoe et Robinson, appris à réfléchir avec Melville et Moby Dick, avec Marx (Groucho). En 1956 je sortais du CFJ (NDLR : Centre de formation des journalistes) et je me retrouvais rapidement en Algérie pour plus de deux ans de service militaire en tant que journaliste. Ensuite je fus grand reporter à Réalités, un mensuel. En 1964, je démissionnai pour partir autour du monde à la voile pendant trois ans. Ce que j’ai fait de plus intelligent dans ma vie. En 1968, j’entrai comme journaliste à la FAO à Rome, dont je démissionnai par horreur de la politique mondiale de développement agricole, inspirée par les États-Unis, qui y était prêchée. En 1969, en reportage à New York, je rencontrai les fondateurs de Friends of the Earth et je découvris l’écologie. Je créai les Amis de la Terre et Le Courrier de la Baleine en 1970 et en 1972 passai la main à Brice Lalonde. Nous venions tous les deux du PSU, lui comme militant, moi comme électeur. Il était beaucoup plus doué que moi pour la vie associative et la politique. Je voulais faire connaître l’écologie par un journal grand public. Un homme a eu un rôle décisif dans cette aventure, ce fut Philippe Viannay, un illuminé presque génial, qui avait été membre du Conseil National de la Résistance, qui avait créé entre autres, et en partie ou en totalité, le CFJ, le Centre nautique des Glénans et L’Observateur. Il m’avait aidé à démarrer les Amis de la Terre et, étant membre du conseil d’administration, il me poussa dans la cage aux lions du Nouvel Obso ù je restai un an en observation ou tentative de décontamination dans la rubrique Notre Époque. Je dois dire que je rencontrai dans la rédaction une remarquable incompréhension sauf de la part de Michel Bosquet et de Claude Perdriel, le patron, qui avait le goût du risque et de la découverte. Le Sauvage ne lui a jamais rapporté un centime et lui a sans doute fait perdre de l’argent, mais il m’a soutenu pendant dix ans.

En 1981, il m’envoya une note m’enjoignant de soutenir la candidature de François Mitterrand. Je lui répondis que c’était impossible car nous avions un membre de la rédaction du Sauvage, Brice Lalonde, qui se présentait lui aussi pour devenir Président de la République. Il m’annonça alors qu’il fermait la boutique. Fin du spectacle. Sans rancune, Perdriel nous cédait le titre pour un franc symbolique.

Alain Hervé

NB : Alain Hervé (9 juin 1932, 8 mai 2019) était un ami de la Biosphère. Nous lui avons consacré sur ce blog un hommage le 1er juin 2019 :

Biosphere-Info en souvenir d’Alain Hervé

La bibliothèque idéale de l’écologie

Comment penser l’écologie aujourd’hui ? Quels sont les intellectuels qui comptent dans les différentes sphères de réflexion de l’environnement, du climat et de la biodiversité? L’équipe de « Soft Power » sur France Culture propose sa petite bibliothèque idéale de l’écologie. On présente 100 éco-intellectuels, et seulement une personne qui s’intéresse à la démographie, Françoise d’Eaubonne. Nous lui accordons donc la primeur, pour ensuite liste quelques personnalités à connaître.

Françoise d’Eaubonne (1920-2005). Romancière et essayiste prolifique, François d’Eaubonne était avant tout féministe. Elle a cofondé le Mouvement de libération des femmes (MLF) puis le Front homosexuel d’action révolutionnaire (Fhar). Sa prise de conscience écologiste progressive, imprégnée du rapport Meadows Limits to growth (« Limites à la croissance ») de 1972 et des idées de Serge Moscovici, la pousse à mener de front ces deux combats. Elle opère dès 1974 la synthèse entre la dénonciation de l’exploitation de la nature par l’Homme et l’exploitation de la femme par l’homme. C’est dans Le féminisme ou la mort (Éd. P. Horay) qu’apparaît pour la première fois le terme d’ « écoféminisme » qui sera ensuite repris par les militantes étasuniennes, anglaises ou indiennes dans les années 1980. Au cœur de sa théorie écoféministe se trouve la dénonciation de « l’illimitisme de la société patriarcale », qui pousse tant à l’épuisement des ressources qu’à une « surfécondation de l’espèce humaine ». C’est dans ce contexte qu’elle pose comme premier fondement de l’écoféminisme la reprise en main de la démographie par les femmes et défend le droit à la contraception, à l’avortement, aussi bien que l’abolition du salariat et de l’argent, dans une logique de décroissance économique autant que démographique.

Les scientifiques : chimistes, biologistes, géographes, géologues…

Svante August Arrhenius (1859-1927). Chimiste suédois, qui fut le premier à établir un lien, dans un article publié en 1896 (« De l’influence de l’acide carbonique dans l’air sur la température au sol »), entre concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et augmentation de la température terrestre, soit le désormais bien connu « effet de serre ». [EM]

Rachel Carson (1907-1964). Scientifique de haut niveau, rattachée à une agence fédérale américaine, Rachel Carson fut l’une des femmes précurseures de la question écologique aux États-Unis. Avec son livre Printemps silencieux (Silent Spring, préface de Al Gore), elle a livré une analyse précoce sur le danger du DDT et des pesticides. Son influence fut déterminante, donnant naissance à un véritable mouvement social en faveur de l’environnement aux États-Unis et à la création d’agences dédiées, aujourd’hui fort menacées. [FM]

Élisée Reclus (1830-1905). Géographe, membre actif du mouvement anarchiste, il a forgé une géographie humaine totale, décrivant dans La Terre (1868) les phénomènes de la vie du globe et le rôle qu’y joue l’homme, bénéfique comme néfaste. Les dix-neuf volumes de La Nouvelle Géographie universelle : la terre et les hommes représentent son grand-œuvre, une encyclopédie d’une géographie totale. [EM]

James Lovelock (1919). Géophysicien, il a développé avec la biologiste Lynn Margulis le concept « Gaïa » dans plusieurs livres (Les Âges de Gaïa ; La Terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa). « Gaïa » entend décrire la particularité de la planète Terre, qu’un certain nombre d’êtres vivants ne font pas qu’habiter, en subissant la pression d’un milieu (dans une conception darwinienne), mais l’ajustent aussi en retour, la transforment pour la rendre plus propice à la vie. Selon Lovelock, la Terre n’est pas un bloc de matière, un donné pur, c’est avant tout un vaste organisme, vivant et rétroactif. « Gaïa » permet ainsi de dépasser la frontière entre sujet et objet, animé et inanimé, vivant et inerte, et de concevoir la vie comme un processus physique autorégulateur, un vaste système symbiotique. [EM]

Lynn Margulis (1938-2011). Microbiologiste américaine, elle a bouleversé la biologie contemporaine avec sa théorie de l’origine endosymbiotique des cellules eucaryotes. Elle a mis en avant la dimension évolutive des interactions symbiotiques entre des organismes d’origine phylogénétique différente. Elle est également connue pour avoir créé avec James Lovelock le concept « Gaïa ». (Voir notamment : L’Univers bactériel. Les nouveaux rapports de l’homme et de la nature, avec Dorion Sagan).

Jean Jouzel (1947). Climatologue et glaciologue, membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il a notamment étudié les évolutions passées et futures du climat de la terre. Jean-Jouzel est une figure renommée de l’alerte scientifique quant au réchauffement climatique. (Voir : Climats passés, climats futurs).

Les écologistes

André Gorz (1923-2007). Il est l’un des penseurs qui a le plus contribué au développement de l’écologie politique en France et au-delà. Comme il le disait lui-même, c’est par la critique du modèle de consommation opulent qui caractérise les sociétés contemporaines qu’il est devenu écologiste avant la lettre. Son ouvrage pionnier sur ce thème date de 1975 et s’intitule Écologie et Politique. Mais aujourd’hui, à la différence d’une écologie purement scientifique qui vise à déterminer des limites écologiquement supportables pour le développement de l’industrialisme, Gorz privilégie une « défense de la nature » conçue avant tout comme la « défense du monde vécu », qui préserve l’autonomie des individus et du politique. Le mouvement écologiste s’est d’ailleurs construit initialement sur la défense du milieu de vie en tant que déterminant de la qualité de la vie. On peut retrouver l’ensemble du cheminement de Gorz en lisant son recueil posthume Ecologica paru en 2008. [CF]

René Dumont (1904-2001). Ingénieur agronome, il est le premier candidat écologiste à se présenter à l’élection présidentielle de 1974. Dans son autobiographie intitulée Agronome de la faim (1974), il évoque sa prise de conscience des enjeux écologiques, remettant en cause une conception de l’agronomie tournée vers le rendement et la maîtrise de la nature. Son combat pacifiste et anticolonialiste contre les inégalités dans le monde, couplé à son souci de transformer les méthodes agricoles, le mènent à défendre un « éco-socialisme », appelant à une civilisation « de l’arbre et du jardin », dans laquelle la paysannerie jouerait un rôle fondamental. (Ecouter le podcast). [EM]

Patrick Viveret (1948). De l’autogestion (PSU, Seconde gauche) aux mouvements écologiques français actuels, le parcours de Patrick Viveret résume bien la prise de conscience écologique de sa famille politique, à savoir la gauche démocratique. Précocement, il s’est intéressé à l’écologie (à partir des travaux d’Ivan Illich, Edgar Morin ou André Gorz, ou dans une optique altermondialiste), et a permis le renouvèlement de la pensée de gauche sur cette thématique. Ses thèmes de travail sont nombreux (Rapport « Reconsidérer la Richesse » sous le gouvernement Jospin, fondateur du Mouvement Sol des monnaies citoyennes, textes sur la refonte du PIB, délibération, démocratie et environnement…) : ils font de Patrick Viveret l’un des penseurs majeurs de la mouvance écologiste française. (Voir : Reconsidérer la richesse, Attention Illich, Une alternative de société: l’écosociétalisme ; voir aussi Pour une nouvelle culture politique

[avec Pierre Rosanvallon]

ainsi que son dernier livre : LaCause humaine, Du bon usage de la fin d’unmonde). [FM]

David Abram (1996). Notamment auteur de Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens (2013), Abram a voulu appréhender la question écologique à partir d’une réflexion sur nos sensibilités et leur configuration culturelle. La crise environnementale à laquelle notre civilisation est confrontée prendrait racine dans notre incapacité à prêter attention aux univers terrestres que nous habitons. Ailleurs dans le monde, d’autres communautés humaines (minoritaires, certes) nous montrent les possibilités oubliées d’une écoute et d’un dialogue avec la Terre. [JR]

Aldo Leopold (1887-1948). Écologue, forestier, professeur, il participe activement à la défense du premier espace naturel officialisé aux États-Unis. Il critique le principe de propriété des terres qui est selon lui incompatible avec une coexistence harmonieuse avec la nature. Il est l’auteur de l’Almanach d’un comté des sables, ouvrage à succès qui permît une prise de conscience au grand public de la nécessité de protéger l’environnement. Il fait partie du courant dit préservationniste de l’environnement, qui affirme le besoin de préserver non seulement une nature domestiquée, mais encore une part de sauvage. Son éthique de l’environnement repose sur le principe suivant : « une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique » (chapitre « Éthique de l’environnement »). Il fonde ainsi une véritable land ethic, une éthique de la terre. [NMM]

Premiers philosophes ayant pensé l’écologie au XXème siècle

Hans Jonas (1903-1993). Dans Le Principe de responsabilité (1979), il tente de construire une « éthique pour la civilisation technologique », repensant les catégories morales du bien, du devoir, de l’engagement, à partir d’un « principe de responsabilité » qui lie les générations présentes à celles futures, rendues vulnérables par une science aux pouvoirs désormais illimités. Cette « éthique de l’incertitude » nourrit le concept de « principe de précaution ». Ainsi, il donne une légitimité philosophique à l’exploration hypothétique du futur, au sens où il ancre sa réflexion sur la prévision de l’avenir, et non sur l’analyse du passé, comme la plupart des philosophes marxistes ou libéraux. Le souci des autres au nom du lendemain. (Voir aussi : Eva Sas, Philosophie de l’écologie politique et ce podcast). [EM]

Günther Anders (1902-1992). Philosophe allemand (notamment l’un des penseurs de la bombe nucléaire), sa critique de la technologie s’axe autour de l’hypothèse que l’humanité serait entrée, après 1945 et les bombardements atomiques au Japon, dans une nouvelle ère. Un « temps de la fin » où elle est chaque jour en mesure d’entraîner sa propre disparition par des moyens technologiques qui la dépasse, dans l’attente interminable d’une « apocalypse sans royaume », une destruction sans salut… (Voir notamment : La Menace nucléaire : Considérations radicales sur l’âge atomique). [EM]

Felix Guattari (1930-1992). Si l’on se souvient de Félix Guattari d’abord pour sa collaboration avec Gilles Deleuze, il faut rappeler ses textes tardifs, portant sur la crise écologique, où il développait l’idée d’un paradigme écologique élargi et complexe. Pour lui, on ne peut pas penser l’écologie sans faire une place à la soutenabilité et le soin des milieux sociaux et mentaux : l’écologie se doit donc d’être au moins triple. Voir surtout Les Trois écologies (paru en 1989) et son plaidoyer pour des réflexions et des pratiques « écosophiques ». [JR]

Jürgen Habermas (1929). Le philosophe allemand, héritier de l’École de Francfort, est aujourd’hui déterminant dans la réflexion écologique car il réfléchit à son articulation avec la démocratie. Quand de nombreux penseurs « verts » échafaudent des scénarios inspirés par une pensée libertaire, sans État ni politique, difficiles à mettre en œuvre dans un cadre démocratique, Habermas se propose notamment de refonder la démocratie à l’âge écologique. Autour de ses travaux sur la « démocratie participative » (ou délibérative) et le principe de publicité des débats (éthique de la discussion), ce marxiste sincère qui – comme Claude Lefort et Cornelius Castoriadis avec « Socialisme ou Barbarie » –, fut abasourdi par le totalitarisme soviétique, tente de réconcilier écologie et démocratie. Ce faisant, Habermas combat les risques autoritaires des pensées écologiques et refonde l’ « écologie politique » sur des bases pluralistes en dépit de sa fragmentation idéologique. Loin du courant de l’ « écologie autoritaire », ou même de l’ « écologie profonde », sa pensée contribue à bâtir une « écologie démocratique ». (Voir notamment La technique et la science comme idéologie, Après Marx, Le discours philosophique de la modernité, De l’éthique de la discussion, L’avenir de la nature humaine). [FM]

Ulrich Beck (1944-2015). Le sociologue allemand s’est durablement intéressé aux problèmes écologiques, aux conséquences de la modernisation et à la question du risque. Dans son livre majeur, La Société du risque (1986) il remet en cause notre évaluation (ou notre hiérarchisation) du risque qui peut contribuer à privilégier des solutions immédiates sur des solutions durables. Ce faisant, il réfléchit à une meilleure répartition des risques à l’âge de la globalisation et de la « seconde modernité ». [FM]

Jacques Derrida (1930-2004). Dans L’animal que donc je suis (2002), Jacques Derrida observe l’oubli de l’animal dans la philosophie moderne occidentale « logocentrée » : il est réduit à une pure altérité, un simple mot, un « animot », désignant ce que l’humain n’est pas et ne veut pas être, justifiant par répercussion son exploitation. Pourtant, la frontière serait plus poreuse qu’il n’y paraît, notamment sur la question du langage, reliant possiblement tous les êtres vivants entre eux. [EM]

Arne Næss (1912-2009). La pensée du philosophe norvégien a accompagné la mobilisation écologique émergeante vers une radicalisation du paradigme environnemental, de ses amorces « superficielles » vers ses implications « profondes ». Si l’écologie de surface se préoccupe exclusivement du traitement de tels déchets ou de tel approvisionnement énergétique, la « deep ecology » (ou « écologie profonde ») nous pousse à déplacer le regard humain à une échelle plus vaste, au niveau de l’importance intrinsèque de chaque manifestation du vivant avec laquelle nous sommes toujours déjà en relation. Il faut que le discours analytique autour des milieux (éco-logie) soit incarné par la sagesse pratique de formes de vie respectueuses et soutenables (éco-sophie). À travers la notion de flourishing (« épanouissement »), il insiste sur le changement de regard porté sur la nature : une relation harmonieuse comme source de valeur. (Voir notamment : Une écosophie pour la vie et Écologie, communauté et style de vie). [JR, NMM]

Jacques Ellul (1912-1994). Critique radical de l’idéologie techniciste, qui asservit l’homme et détruit la nature, il a prôné, avec Bernard Charbonneau, une écologie qui déconstruit le mythe du progrès et de la technique, replaçant l’homme dans son environnement naturel. (Voir Nous sommes des révolutionnaires malgré nous). [EM]

Ivan Illich (1926-2002). Prêtre autrichien-américain spécialiste de l’éducation (concept de la « société apprenante), Illich a publié de nombreux ouvrages notamment sur l’énergie, l’eau, l’automobile et a contribuer à imaginer la ville écologique future (sans voiture). Anarchiste, penseur de l’écologie radicale, et critique de la société industrielle (illusoire et aliénante), il a également contribué à la réappropriation chrétienne de l’écologie. Avec le concept de « contre-productivité », il a pointé du doigt les dévoiements d’un productivisme retourné comme un gant par ses propres excès. Contre la vitesse, le développement exponentiel des activités humaines, le culte de la croissance, il dessine une piste : une société « conviviale », c’est-à-dire « une telle société dans laquelle les technologies modernes servent des individus politiquement interdépendants, et non des gestionnaires » (Voir : La Convivialité ; et Thierry Paquot, Introduction à Ivan Illich). [EM]

Grève du 5 décembre et limites planétaires

Les manifestations de masse vont plutôt à la protection des avantages acquis, nous ne serons jamais plusieurs millions dans les rues pour exiger la sobriété partagée. La volonté de combattre le 5 décembre la énième réforme des retraites en était un exemple parmi d’autres. Les limites planétaires, on s’en fout quand on est cheminot ou enseignant, policier ou avocat, on est d’abord au service de sa propre catégorie professionnelle. La COP25, on s’en fout, mieux vaut manifester contre Macron. Pourtant le CO2 émis sur le territoire national représente 4,9 t/hab ; le dépassement est encore plus frappant quand on inclut les émissions liées aux importations, 7,9 t/hab. Pour espérer limiter le réchauffement de la planète à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait limiter les émissions de CO2 entre 1,6 et 2,8 tonnes par an et par habitant sur la période 2018-2100. Cela veut dire en termes clairs chauffer sa maison à 17°C maximum, diviser par quatre ou cinq l’usage de la voiture individuelle, ne jamais faire du tourisme par avion interposé, ne manger de la viande rouge qu’une fois pas semaine, ne plus se nourrir avec des préparations industrielles, etc. Nos émissions de gaz à effet de serre se trouvent en effet à la maison, dans nos déplacements et même dans notre assiette. Des études de plus en plus nombreuses constatent que nous sommes dans le rouge et que nos générations futures n’auront que des miettes au milieu de nos poubelles, y compris nucléaires. L’artificialisation des sols ne cesse jamais. Nos eaux souterraines sont infiltrées par des nitrates, des pesticides et des médicaments. Mais on aime manifester contre l’inéluctable réforme des retraites. Que dire de plus ?

Neuf limites planétaires et la France n’est pas la dernière pour les franchir. Pour la première fois un rapport officiel du ministère de la transition écologique l’affirme, mais qui va lire les 220 pages du rapport ? Qui va changer son mode de vie et faire preuve de sobriété ? Pourtant l’urgence est là, et pas seulement climatique. Une équipe de chercheurs internationaux avait forgé en 2009 cette notion de « limite planétaire ». Leurs travaux identifiaient les seuils-limite à ne pas franchir pour éviter que « le système-Terre ne bascule dans un état bien défavorable au développement des sociétés humaines ». En 2015 la même équipe identifiait quatre limites déjà franchies ou en cours de dépassement.

– Sur le front du climat, les auteurs estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. L’objectif des deux degrés de réchauffement, fixé par la communauté internationale comme limite à ne pas dépasser, représenterait déjà des risques significatifs pour les sociétés humaines partout sur Terre.

– La diversité du vivant pourrait s’éroder à un rythme de 10 espèces par an sur un capital d’un million sans impacts majeurs pour les société humaines. Cette limite est largement dépassée par le taux d’érosion actuel, 10 à 100 fois supérieur.

– Le changement rapide d’usage des sols est, lui aussi, globalement hors limite. Les chercheurs estiment ainsi qu’il faudrait conserver 75 % de couvert forestier dans les zones auparavant forestières ; au niveau mondial, le taux moyen actuel est estimé à tout juste un peu plus de 60 %.

– La quatrième limite franchie est la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore qui assurent la fertilité des sols agricoles. Ces perturbations sont principalement causées par l’utilisation excessive d’engrais et la mauvaise gestion des effluents des exploitations animales. Les phosphates naturels, qui servent à produire les engrais phosphatés, ont été recensés en 2014 par la Commission européenne comme faisant partie des 20 matières premières critiques, et c’est la seule qui concerne directement les questions de sécurité alimentaire.

COP25, un unanimisme de façade

Pedro Sanchez, chef socialiste du gouvernement espagnol : « le négationnisme climatique n’est plus le fait que d’une poignée de fanatiques ».

Carolina Schmidt, ministre de l’environnement du Chili qui préside la COP25 : « Les crises sociale et environnementale du XXIe siècle sont les deux faces d’une même pièce, on ne peut pas s’attaquer à l’une sans faire face à l’autre ».

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre américaine des représentants : « Au nom de la Chambre des représentants et du Congrès des Etats-Unis, nous restons engagés ».

Charles Michel, président du Conseil européen :  « Durant des siècles, nous avons été en guerre contre la nature… Le temps est venu de la révolution verte ».

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne : « dès le mois prochain la première loi européenne de transition vers la neutralité climatique afin de rendre le processus irréversible. »

Édouard Philippe, premier ministre français : « À côté de la tonalité sombre que nous devons développer, je crois qu’il faut aussi donner des motifs d’espoir à nos concitoyens, car on ne livre jamais aussi bien un combat que lorsqu’on voit la possibilité du succès…Ce combat est gagnable. »

Antonio Guterres,  secrétaire général de l’ONU : « Voulons-nous vraiment rester dans l’histoire comme la génération qui a fait l’autruche, qui flânait pendant que le monde brûlait ?  L’autre option est le chemin de l’espoir. Un chemin de résolution et de solutions durables. Un chemin dans lequel les énergies fossiles restent là où elles devraient être, dans le sol, et où nous parviendrons à la neutralité carbone d’ici 2050Faire moins serait trahir la famille humaine dans son ensemble et toutes les générations à venir. Faisons preuve de la volonté politique que les peuples attendent de nous. écoutons les foules qui réclament le changement. Ouvrons les yeux devant la menace imminente qui nous guette. Ayons l’esprit ouvert face à l’unanimité de la science. »

Carlos Alvarado, président du Costa Rica : « Comment expliquer à mon fils de 6 ans ce que nous avons fait, face au plus grand défi que nous affrontons ».

Conclusion : les associations environnementales organisent un contre-sommet du 7 au 13 décembre à Madrid.

L’historique du fiasco climatique

L’alerte climatique, elle remonte à…. il y a très longtemps. Temps perdu ne se retrouve pas !

1857: la scientifique américaine Eunice Newton Foote avait identifié le phénomène de l’effet de serre, mais n’avait pas pu signer sa découverte, car « les femmes n’avaient pas l’autorisation d’exposer des travaux scientifiques ».

1896 : le chimiste suédois Svante Arrhenius prévoit l’augmentation de la température moyenne de la Terre comme conséquence de l’utilisation des combustibles fossiles. Il estimait qu’un doublement de la teneur en gaz carbonique de l’air se traduirait par un réchauffement de la planète de l’ordre de 5 à 6°C. Il était proche des analyses actuelles du GIEC, sachant que le CO2 de l’atmosphère atteignait 280 parties par millions avant la révolution industrielle pour atteindre avant la fin du siècle, 550 ppm !

1958 : on mesure la concentration en CO2 de l’atmosphère à Hawaï. Charles David Keeling sera le premier en 1958-59 à donner l’alerte du haut des 3400 mètres d’altitude de l’observatoire du Mauna Loa : la teneur en gaz carbonique relevée dans l’atmosphère s’y avérait en concentration anormale et en augmentation. Keeling, analysant tous les facteurs de production et d’absorption de gaz carbonique, en déduit que ce phénomène est le résultat de l’activité humaine – déforestation et consommation des énergies fossiles. Mais si certains évoquent l’effet de serre, la crainte climatique la plus répandue était à l’époque le retour d’une glaciation, phénomène naturel cyclique.

1963 : Claude Lorius soutient sa thèse qui porte sur les carottes de glace qu’il a recueillies en Antarctique. Il montre qu’il existe « une relation entre la température à laquelle la glace se forme et la proportion des isotopes de l’oxygène et de l’hydrogène dans les molécules d’eau formant la glace.

1979 : première Conférence internationale sur le climat, tenue à Genève sous l’égide de l’Organisation météorologique mondiale. La réunion conclut seulement qu’il faut intensifier la recherche.

1979 : Rapport Charney, commandé par l’administration Carter à l’Académie des sciences américaine. « Si le dioxyde de carbone continue à s’accumuler [dans l’atmosphère], le groupe d’experts ne voit aucune raison de douter que des changements du climat en résulteront ni aucune raison de penser qu’ils seront négligeables…Attendre pour voir avant d’agir signifie attendre qu’il soit trop tard. » Les experts du rapport Charney estiment qu’un doublement de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère conduirait à un réchauffement moyen compris entre 1,5 et 4,5 °C.

1979 : document interne du pétrolier Exxon, montrant que les scientifiques de l’entreprise n’avaient aucun doute sur l’ampleur de ce qui était à l’horizon. « Au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050. » Mais entre cette date et 2014, alors que 83 % des articles scientifiques et 80 % des documents internes [de l’entreprise] reconnaissent que le changement climatique est réel et causé par l’homme, seulement 12 % de ses publirédactionnels tiennent le même discours, 81 % émettant au contraire des doutes sur la réalité du phénomène ou sur sa cause anthropique.

12 juillet 1979, éditorial du New York Times : « Le dioxyde de carbone bloque l’évacuation du rayonnement de la Terre dans l’espace. Les zones agricoles pourraient se déplacer vers le nord, là où la terre est moins fertile, et la fonte des calottes polaires pourrait à terme élever le niveau des mers jusqu’à 6 mètres, inondant les plaines côtières fortement peuplées, partout dans le monde. Dans le passé, de petites variations du climat ont perturbé les récoltes dans de nombreux pays et ont porté les pays du Sahel, en Afrique de l’Ouest, au bord de la ruine. Il n’est pas difficile de voir comment une intensification de l’effet de serre peut produire une catastrophe bien pire que tout accident nucléaire imaginable. »

1982 : le géochimiste Martin Hoffert, employé chez Exxon, connaissait un graphique qui montrait une projection des niveaux futurs de dioxyde de carbone [CO2], et le changement de température associé à l’évolution de cette concentration. Pourtant Exxon sera pendant de nombreuses années le grand argentier des think tanks climatosceptiques qui mèneront campagne pour alimenter le doute sur la réalité du changement climatique anthropique. « Un déni historique qui a grandement entravé le traitement de la question du réchauffement dans le monde », selon Martin Hoffert, qui n’a pas de mots assez durs aujourd’hui pour son ancien employeur.

1984 à 1991 : Les études de Lorius sur la composition des bulles d’air incluses dans les carottes de glace montrent le lien direct entre les taux de gaz à effet de serre et l’évolution climatique sur des périodes allant de 150 000 à 800 000 ans. De plus, ces échantillons ont permis de retracer la composition climatique de la planète sur ces mêmes périodes. L’information vient corroborer la courbe de Keeling.

1985 : La conférence internationale sur le climat tenue à Villach pourra conclure que les émissions de CO2 conduiraient dans la première moitié du XXIe siècle à une température que les hommes n’ont jamais connue. Des courbes sur 160 000 ans sont publiées le 1er octobre 1987 dans Nature.

1988 : James Hansen, directeur du laboratoire d’étude du climat de la NASA annonce devant le Sénat que l’ampleur des événements climatiques aux USA excède la variabilité naturelle du climat et que la Terre est entrée dans une phase de réchauffement dû aux activités humaines. Contre l’avis de la majorité de ses pairs – qui estiment que ce réchauffement n’est pas encore sensible –, il se dit sûr de son fait « à 99 % ». Les déclarations de James Hansen font la « une » du New York Times, le changement climatique est désormais mis à l’agenda médiatique et politique mondial. La création du GIEC, cette même année, sous l’égide des Nations unies, lui permettra d’y rester.

1990 : Premier rapport du GIEC (groupe Intergouvernemental d’experts sur le climat)

1992 : Le sommet de la Terre à Rio marque la prise de conscience de la nécessité d’instaurer un cadre international pour répondre à la crise climatique. A cette époque, on est au summum du multilatéralisme. Après la chute du mur de Berlin, il y a l’idée que tout est possible, qu’il n’y a plus de fractures, qu’il faut construire des institutions pour répondre à l’unité du monde. On adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène. Elle instaure les Conférences des parties annuelles – les fameuses COP (Conference of the Parties, en anglais) –, qui se réunissent chaque année lors d’un sommet mondial où sont adoptées, par consensus, les décisions pour lutter contre le dérèglement climatique.

1995, première COP à Berlin. Elle prépare l’adoption, deux ans plus tard, du protocole de Kyoto,

1997, protocole de Kyoto : premier traité juridiquement contraignant destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce texte ne fixe des objectifs contraignants qu’à 55 pays industrialisés, représentant 55 % des émissions globales de CO2 en 1990. Le protocole vise à réduire d’au moins 5 % leurs émissions entre 2008 et 2012 par rapport au niveau de 1990.

2005, le protocole de Kyoto entre en vigueur : Il fallait attendre que suffisamment d’Etats aient ratifié le texte pour qu’il soit efficient. Mais les pays émergents sont devenus d’importants pollueurs et le paysage énergétique a été totalement redessiné. En définitive, si le protocole de Kyoto a ralenti les rejets des émissions de CO2 des pays développés, il n’a eu aucun impact sur ceux des pays en développement, qui ont triplé entre 1990 et 2012.

2019, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Les émissions de gaz à effet de serre continuent de s’accroître au niveau mondial, la COP25, c’est 25 années de parlottes pour rien.

Conclusion de Mohamed Nasheed, ancien président des Maldives : « Pour comprendre la réalité du réchauffement, il faut avoir de l’eau dans son salon. Un jour, à New York, ils verront de l’eau dans leur salon et ils se diront : “Tiens, le changement climatique est une réalité !” Chez nous, aux Maldives, l’eau est déjà dans la maison. »

Ouf, l’écologie devient intelligence collective

Un maelstrom de conversions à l’écologie parcourt LE MONDE. Le plus réconfortant, c’est que cela touche tous les centres de pouvoir, élus, médias, culture… Ainsi par exemple :

– Au congrès des maires, l’écologie s’impose comme un « thème incontournable : « Moins de voitures, plus de verdure ! « , « Aménager des îlots de fraîcheur dans la cité », « Des solutions pour une route plus durable », plus rien ne sera comme avant dans la prise de conscience… (LE MONDE du 22 novembre 2019)

– Pour sauver la planète, commençons par lire : numéro de « la Grande Librairie » avec Pierre Rabhi, apôtre d’une sobriété heureuse, Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibri, Emmanuelle Pouydebat (Comment les animaux nous inspirent), Hubert Reeves et sa prise de conscience progressive de l’écologie… (LE MONDE du 27 novembre 2019)

– Un collectif surnommé « The Freaks » composé d’une soixantaine d’artistes, s’engage à mettre en pratique et à diffuser une liste de petits gestes permettant de réduire drastiquement notre impact sur la planète : « Pour agir contre le dérèglement climatique, il est temps de passer de la parole aux actes… » (LE MONDE du 29 novembre 2019)

– Les discours de fin du monde sont-ils utiles ? Oui car les perspectives catastrophistes peuvent être de vrais aiguillons démocratiques…L’effondrisme fait faire des choses qui ne sont pas des formes de mobilisation classique, mais il ne s’agit pas moins de politique…(LE MONDE du 29 novembre 2019)

Tout cela, ce n’est qu’un simple frémissement de la pensée collective, mais que ça fait du bien de ne pas se sentir complètement seul pour agiter le tocsin avec ce blog biosphere et quelques intellectuels hors norme !

état de guerre, la planète ne négocie pas

1971, message (dit de Menton) remis à U Thant, alors Secrétaire général des Nations unies, le 11 mai 1971 : « Nous savons que la Terre et tous ses habitants sont mal-en-point et que nos problèmes se multiplieront si nous négligeons de les résoudre. Nous vivons en système clos, totalement dépendants de la Terre, et pour notre vie et pour la vie des générations à venir. » Il était signé par 2 200 hommes de science de 23 pays. Il était adressé aux « trois milliards et demi d’habitants de la planète Terre ». Nous sommes 7 800 000 000 aujourd’hui, nos problèmes présents sont dix fois plus grave qu’en 1971 et les perspectives sont encore plus sombres.

2019, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre. N’en doutons pas, les politiques vont continuer à se regarder le nombril à Madrid du 2 au 13 décembre.

L’écologie scientifique nous dit depuis les années 1970 que notre futur va tendre au cauchemar dans une course à l’abîme. Quatre réactions intéressantes sur lemonde.fr qui montrent la difficulté de faire cause commune. Mais qu’on se le dise, c’est un état de guerre dans lequel la planète ne négociera jamais.

Sheg : Ce n’est pas une guerre contre la nature… mais un déni de nature. Les gros pollueurs ont oublié que nous ne sommes que des mammifères terrestres totalement dépendants d’un écosystème dont l’équilibre est fragile. Nos technologies hyper-connectées ne nous permettent pas de nous déconnecter de cet écosystème, nous restons asservis à lui. C’est un changement de civilisation dont nous avons besoin car nous ne respectons pas l’ordre des choses en privilégiant le présent sur le futur.

Untel : Sophie Marceau pourra un jour être secrétaire générale de l’ONU.

Gambetta : “Le mode de vie des Américains n’est pas négociable “ dixit Georges W Bush il y a 12 ans. En fait c’est tout le mode de vie des économies libérales, puisque basée sur la surconsommation. Un exemple tout simple de notre ineptie : les enfants de 12 ans ont-ils besoin d’avoir leur smartphone ? A quoi peut donc bien servir un SUV genre Q5 ? Quelle est l’intérêt de manger une pomme du Chili, alors que nous avons plus de 20 espèces chez nous…. mais c’est vrai, au nom de la liberté voyons. Ce concept de liberté ne résistera pas, car nous parlons de survie, et beaucoup accepteront de moins en moins de voir leurs efforts anéantis par quelques uns.

Pm42 @ Gambetta : Vous pensez que le problème ce sont les smartphones et les Q5 ? Non, c’est infiniment plus compliqué que cela mais vous êtes enfermé dans une pensée religieuse judéo-chrétienne qui croit qu’en se privant, on progresse vers le paradis. Ceci explique aussi pourquoi vous ne supportez pas la liberté, elle ne convient pas bien à votre religion qui avec le temps s’est transformée en pensée « gaucho/écolo ».

Collapsologie, foutaises ou prévision ?

La collapsologie fait vendre. Ce néologisme a le mérite d’aborder frontalement l’hypothèse d’un effondrement de notre civilisation thermo-industrielle sous l’effet conjoint du réchauffement climatique et de la surexploitation des ressources. Même le premier ministre, Edouard Philippe, en est convaincu : « Si on ne prend pas les bonnes décisions, c’est une société entière qui s’effondre littéralement, qui disparaît », déclarait-il en juillet 2018, Mais à prédire « ad nauseam » la fin du monde, ces prophètes du malheur risquent de rendre leur discours contre-productif. Considérer le désastre comme inéluctable, c’est favoriser l’« aquoibonisme » ? La sociologue Alexandra Bidet a donc exploré les motivations des Collapsonautes. De cette incursion au pays des « effondrés numériques », elle est revenue avec une certitude : loin d’exercer un effet démobilisateur ou dépolitisant, la perspective du désastre les amène à « explorer en commun les relations concrètes qui les font exister », et favorise « la radicalisation de leur rapport au réel ». Mais la politique des petits gestes n’est-elle pas dérisoire face à la crise écologique en cours ? Peut-on se contenter de dire que faire face à une catastrophe est une affaire de “cheminement intérieur” ? (Catherine Vincent, journaliste du MONDE)*

Quelques réactions sur lemonde.fr :

Michel Lepesant : La collapsologie est d’abord une critique radicale du « trop ». Alors le choix du titre du MONDE « Les collapsologues en font-ils trop ? » fait basculer le « trop » du côté de l’accusation et non plus du côté de l’accusé. Cela participe d’une politique (délibérée ?) de l’enfumage. La réaction au soi-disant « trop » de la collapsologie manifeste une promptitude qui contraste tellement avec l’inertie en faveur du « business as usual ».

Chardon Marie : Notre modèle qui consomme en 8 mois ce que la planète produit en 12. Les scientifiques nous expliquent qu’il n’y a jamais eu autant de production de CO2 qu’en 2018. Les vents sont de plus en plus violents. Les événements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, feux, inondations, cyclones…) deviennent une nouvelle norme : c’est ça le changement climatique. Il faut cesser d’écrire « réchauffement climatique », c’est un terme impropre et à la limite de l’infox. Les ponts s’effondrent, les habitations et les récoltes sont détruites, la biodiversité est en déclin. Mais le microcosme parisien se demande si c’est n’est pas tellement de l’an dernier tout ça ma chérie. Et puis c’est déprimant, allez viens, on va se faire les soldes et un resto.

DCLT : Encore un débat inutile, et pendant ce temps les aiguilles de l’horloge tournent, irrémédiablement. C’est toujours comme ça. Peu importe que les catastrophes annoncées arrivent brutalement ou graduellement, elles arrivent. Discuter si le niveau de la mer montera dangereusement d’ici la fin du siècle ou durant les suivants, il le fera. Pareil pour les pénuries alimentaires, de matières premières, elles viendront. La question est, voulons-nous freiner puis arrêter le bus lancé à pleine vitesse contre le mur. Pour l’instant nous ne faisons rien et le mur est toujours plus près.

HdA : face aux politiques et à la société en général, il faut en faire des tonnes pour être écoutés. Prenez le mouvement féministe. Quels hommes va s’y intéresser si les femmes demandent le respect et l’égalité? Celles qui font dans l’excès sont bankable, elles ont un langage stérile mais elles forcent à nous positionner sur les demandes légitimes. Une catastrophe soudaine n’arrivera pas mais en parler fait prendre conscience des dépendances et des petits gestes que nous pouvons faire pour éloigner les problèmes.

Jean-Pierre Dupuy : Les simplismes de l’écologie catastrophiste attirent l’attention générale sur des problèmes considérables, mais c’est un « flou conceptuel ». En effet annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle… Mais la passer sous silence ou en minimiser l’importance conduit au même résultat . C’est sur la ligne étroite qui sépare ces deux attitudes que je propose une posture philosophique : considérer la possibilité de cet avenir (et non sa réalité) comme certaine pour qu’il n’advienne pas. C’est « la sagesse du pire ». (ndlr : Jean-Pierre Dupuy a publié, en 2002, « Pour un catastrophisme éclairé ».)

Arthur : Il y a actuellement un déficit de communication majeur entre les aspects climatiques (les effets de la fumée), et les aspects ressources (le carburant disponible pour alimenter le « feu », feu c’est à dire l’économie, ou civilisation industrielle si vous préférez). Mais de fait les aspects ressources (ou pics de production, maximum de flux, de débit) vont nous tomber dessus avant les conséquences climatiques « majeures » ; l’AIE cache de plus en plus les aspects ressources, recherchez par exemple l’analyse de l’ASPO Allemagne sur le dernier rapport WEO de l’AIE.

Electron : Le plus grave, la fin programmée des réserves du pétrole, sans lequel notre société n’existe plus. Comment remplacer les 80% de dépendance aux énergies fossiles, si avantageuses, et qui vont disparaître, dans une humanité qui va tendre vers 10 milliards d’individus? En France on augmente de 15 centimes le prix de l’essence et on a une révolte, alors que chaque année il faudrait diminuer notre consommation de 5%.

* LE MONDE du 30 novembre 2019

Biosphere-Info, in memoriam Pierre Fournier

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Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise.

Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le « journal qui annonce la fin du monde », véritable sous-titre prémonitoire. Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. » (mensuel écologique »La Gueule ouverte », parution du n°1 en novembre 1972)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980), 1er éditorial de Pierre Fournier

pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

sur notre blog biosphere

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Pierre Fournier et la décroissance démographique

Pierre Fournier décrit LE MONDE

la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

Le couple infernal sécheresse/violence

Nous sommes en France spectateurs de la désolation du monde. 150 millions, c’est l’estimation du nombre de déplacés climatiques en 2050, si rien n’est fait pour lutter contre le réchauffement climatique. LE MONDE du 24 septembre 2019 restait muet sur les solutions dans son article : « A Herat, en Afghanistan, les déplacés climatiques sont réduits à la misère. » On se contente de décrire la misère. Ainsi 17,2 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur localité d’origine en 2018 en raison de catastrophes naturelles, en grande majorité liées au climat. Les conflits ont occasionné le déplacement de 10,8 millions de personnes la même année. Ahmad Shah Kakari, jadis agriculteur afghan et aujourd’hui réfugié climatique : « Il y a trois ans, la pluie a diminué. Cela a continué jusqu’à il y a un an. L’année dernière, je n’ai rien récolté. Zéro. » Les conflits tribaux amplifient le problème agricole : « D’un côté, il y avait les talibans, de l’autre le gouvernement. Et nous, en plein milieu, pris entre deux feux. » Malgré les difficultés, sept ou 8 enfants par famille reste la norme, les fillettes sont mariées de force, les jeunes garçons jouent au foot. Que faire de plus que quelques associations humanitaires ?

Pourtant la réponse est simple sur le papier, combattre le réchauffement climatique, c’est-à-dire arrêter le plus rapidement possible la combustion de ressources fossiles, en clair baisser drastiquement le niveau de vie des populations aisées. Sans oublier la question démographique soulevée par des commentateurs du monde.fr :

Edgard Wibeau : L’Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, est aussi un de ceux où le taux de natalité est le plus élevé. Depuis l’intervention militaire, les ONG y grenouillent par milliers, mais aucune n’ose s’occuper de ce problème. Dans le Nord du pays, il y a de gigantesques périmètres irrigués créés voici plusieurs milliers d’années et peu habités. Aujourd’hui des villes tentaculaires grignotent ces espaces agricoles. La démographie galopante obère donc doublement la capacité du pays à nourrir sa population : par croissance rapide des bouches à nourrir, et par la destruction des meilleurs espaces agricoles du pays.

Galatée : Comme j’aimerais avoir une baguette magique pour soustraire ces fillettes à cette horreur. Cette impuissance est désespérante

Edgard Wibeau @ Galatée : cette baguette magique existe ; elle s’appelle contraception. Or tenter de la mettre à la disposition des femmes en Afghanistan peut vous conduire rapidement à la tombe. J’ai des cas concrets en tête.

Michel SOURROUILLE : Pour résoudre la problématique de l’accroissement de la misère, il faudrait à la fois mettre en pratique la décroissance du pouvoir d’achat de la majorité de la population des pays développés, changer les relations ethniques et natalistes des cultures traditionnelles, faire du malthusianisme à tous les niveaux, protéger les agriculteurs de l’extension des villes, devenir tous écolos, etc. La politique de la terre brûlée n’est donc pas prête de cesser, il n’est pas étonnant qu’une partie de la jeunesse de tous les pays commence à s’inquiéter.

GIEC, prévisions climatiques trop prudentes

La science repose sur le doute, les résultats d’une recherche ne sont valides que temporairement, dans l’attente d’une démonstration contraire, même si le résultat est reproductible à un moment donné, ce qui n’est d’ailleurs pas possible pour des perspectives sur le climat futur. Ce biais scientifique indispensable a été exploité par les négationnistes du climat et autres fabricants du doute, comme les marchands de tabac ou de pesticides. Ce qui importe, ce n’est pas d’abandonner la prudence de la science, gage d’objectivité, mais d’interdire de parole médiatique tous ceux qui détournent les faits objectifs pour asséner leurs fantasmes et instiller le doute. Ce n’est possible que si fournir de fausses informations devient un délit. Claude Allègre ou Donald Trump devraient être en prison, et la planète ne s’en porterait que mieux…

Dans une étude publiée en février 2013 dans Global Environment Change, quatre chercheurs ont mis en évidence un « biais systématique » des chercheurs en sciences du climat, qui engendre une sous-estimation des effets du réchauffement climatique. Naomi Oreskes s’insurge : « Si la sécurité du monde est menacée, ce n’est pas être prudent que de sous-estimer la menace, c’est être imprudent. Si un enfant joue sur une route sur laquelle arrive un poids lourd, ce n’est pas prudent d’observer depuis le trottoir et de conclure : “Je ne suis pas sûre exactement de la façon dont le camion va écraser cet enfant.” »* Ce « péché par excès de prudence » peut être expliqué par la « culture du consensus » au sein du GIEC. Cet effort pour créer du consensus peut poser problème sur les sujets compliqués où les connaissances et les données sont insuffisantes ; à partir de là, « le consensus tend à mener au plus petit dénominateur commun, une estimation conservatrice ». La pression, qu’elle provienne de l’opinion publique, des médias, des cercles politiques ou de sa propre communauté scientifique, est le deuxième facteur. Les attaques des négationnistes du climat contre les scientifiques veulent atteindre ce but. Ainsi le président du GIEC de 2002 à 2015, Rajendra Pachauri, a été la cible d’attaques répétées.

Un troisième facteur est ce que l’on appelle le « principe de moindre surprise », c’est-à-dire la préférence donnée aux résultats les plus en accord avec les connaissances et hypothèses préexistantes, au détriment des résultats plus « surprenants ». Ce principe a amené à rejeter des hypothèses « catastrophistes ». L’hypothèse de la chute d’une météorite pour expliquer la fin de règne des dinosaures il y a 66 millions d’années sera rejetée majoritairement par la communauté des géologues et paléontologues, malgré les éléments de preuve avancés. On se retrouve devant la problématique de Galilée. Galilée (né en 1564) utilisa une lunette astronomique, récemment découverte, pour observer le relief de la lune et surtout les satellites de Jupiter, démontrant par la même occasion un héliocentrisme beaucoup plus pertinent que le message biblique. Un tribunal de l’Inquisition, dont les membres ont refusé de regarder dans la lunette, l’obligea pourtant à se rétracter en 1633 : « Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant, et que, Dieu aidant, je croirai à l’avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Eglise catholique et apostolique romaine… J’abjure les écrits et propos, erronés et hérétiques, par lesquels j’ai tenu et cru que le soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n’était pas le centre et qu’elle se mouvait. »  L’Église catholique n’a réhabilité Galilée qu’en 1992 ! Pour les gardiens de la foi et des fausses croyances, il faut attendre plus de 350 années pour reconnaître une vérité scientifiquement prouvée… Pour le réchauffement climatique nous n’avons pas le temps d’attendre 350 ans pour comprendre qu’on va être cuit comme des merguez sur un barbecue !

* LE MONDE du 24 octobre 2019, Climat : pourquoi les scientifiques sont plutôt plus prudents qu’alarmistes

Des morts pour rien au Mali

En janvier 2013, unanimisme pour l’intervention militaire française au Mali ! Même le Front national  par la bouche de Marine Le Pen l’affirmait : «  L’intervention française au Mali décidée par le président de la République est légitime. » Le communiqué de presse (13.01.2013) d’Europe Ecologie-Les Verts, bien que nuancé, allait dans le même sens : « Les autorités légitimes du Mali ont fait appel à la communauté internationale… EELV souhaite que l’opération engagée par la France soit strictement limitée dans le temps. » Nos politiques et nos militaires n’ont rien appris de l’histoire, une guerre asymétrique avec d’un côté des soldats en uniforme et de l’autre un ennemi qui sait se rendre invisible est une guerre perdue d’avance. France-Indochine, une guerre pour rien. Algérie française, une guerre pour rien. Afghanistan, une guerre pour rien. Libye, une guerre sarkozyste pour rien sauf que des armes et des miliciens circulent maintenant partout. Guerre Hollandiste au Mali… une guerre pour rien !

On sait pertinemment que toute guerre est destructrice nette de ressources. Quelles guerres l’écologie peut-elle donc accepter ? Y a-t-il des guerres justes ? Laissons à l’Eglise sa doctrine de la guerre juste ; massacrer pour la « bonne cause » est devenue une maladie récurrente de l’histoire humaine. De façon plus précise, la menace multipolaire du terrorisme est-elle soluble dans un engagement militaire  classique ? L’éditorial du MONDE ce jour ne va pas jusqu’au bout de son titre, « Présence française au Sahel : sortir de l’impasse. » Nous sommes dans l’impasse, nous n’en sortirons pas, et nous aurons encore des morts pour rien. Adoptons l’attitude selon laquelle les guerres sont intrinsèquement mauvaises pour être jamais justes ou efficaces. Erasme, au début du XVIe siècle : « Une fois que la guerre est déclarée, les affaires de l’Etat se retrouvent à la merci des appétits d’une poignée d’individus. » Albert Einstein : « Il ne faut pas banaliser la guerre en y fixant des règles. La guerre ne peut pas être humanisée, elle ne peut qu’être abolie. » « La fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence » (Gandhi) est à l’origine du choix de la non violence par l’écologie politique. L’adage « la fin justifie les moyens » devrait être définitivement exclu.

Que faudrait-il faire en pratique ? D’abord considérer que la société civile d’un pays est la première responsable de ce qui lui arrive. Il y a conjonction entre une explosion démographique, des jeunes sans perspectives d’emplois, une prolifération des trafics, la marginalisation des populations rurales, les crises alimentaires. Dans un tel contexte, la population ne peut qu’être séduite par des idéologies extrémistes et prosélytes. La rébellion au Mali n’est pas forcément impopulaire ; les islamistes comptent aussi des soutiens parmi la population. Ce n’est pas la France, aidée ou non par d’autres pays, qui peut reconstruire de l’extérieur par les armes un territoire unifié et sécurisé alors que la période de paix précédente a abouti à la faillite de l’État malien. Arrêtons de courir après la realpolitik pour laisser aux peuples le soin de régler leurs problèmes par leurs propres moyens. Le terreau de la guerre ne disparaît que quand  un peuple se trouve en harmonie avec son écosystème. C’est là la voie de l’écologie politique, non inféodée au jeu des grandes puissances militaro-industrielles et basée sur la prise de responsabilité locale. A force d’enfourcher des combats qui ne sont pas les siens et d’ignorer ce qui compte structurellement, selon moi l’écologie politique se déconsidère.

Pour en savoir plus, lire Howard Zinn, Désobéissance civile et démocratie

COP25 et concentration record de GES

On va cuire comme des merguez ! Le dioxyde de carbone associé aux activités humaines, gaz à effet de serre le plus persistant (GES), a battu un nouveau record de concentration en 2018, à 407,8 parties par million (ppm), soit 47 % de plus que le niveau préindustriel de 1750. Selon l’Organisation météorologique mondiale, « la dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui, et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel  … Il n’y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, (…) malgré tous les engagements pris au titre de l’accord de Paris sur le climat ». Les concentrations de méthane (CH4), qui figure au deuxième rang des plus importants GES persistants, et de protoxyde d’azote (N2O) ont également augmenté plus fortement que la moyenne annuelle de la dernière décennie.

La première conférence mondiale sur le climat remonte à 1979. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. La 25ème réunion annuelle de l’ONU sur la lutte contre le changement climatique, la COP25, se tiendra du 2 au 13 décembre à Madrid. Après la défection du Chili, organiser la grand-messe du climat dans la capitale espagnole ressemble à une course contre la montre. Sont attendues des délégations de 196 pays (beaucoup d’avions en perspective), 25 000 personnes (trop de diplomates), un coût estimé de 60 millions d’euros (ce n’est pas rien pour un résultat qui sera comme d’habitude sans effet). Heureusement la jeune Greta Thunberg a déjà réussi à trouver un bateau pour rejoindre l’Espagne, du sang neuf dans un climat morose. Pour un retour sur les échecs passés, lire sur notre blog biosphere :

18 décembre 2018, COP24, une mascarade sur le climat, un échec avéré (Katowice)

2 novembre 2017, COP23, vingt trois années de blabla climatique (Bonn)

19 novembre 2016, La COP 22 s’achève à Marrakech sur un bide

14 décembre 2015, COP21, encore un succès d’apparence, le 21ème ! (Paris)

15 décembre 2014, Climat : les trois chiffres clés, zéro / zéro / cent (COP20 à Lima)

30 novembre 2009, le fiasco de Copenhague (COP15)

novembre 2007, Echec de la COP13 à Bali, extraits: Dans le dernier rapport du GIEC de novembre 2007, il est préconisé que les pays industrialisés divisent par 20 leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, cela fait plus de cinq ans que les stratèges du climat préconisent une simple réduction par quatre pour ces pays-là. Comment expliquer ce négationnisme de l’urgence ? Déni, aveuglement, lâcheté ? Aux sommets de La Haye en 1998, à Marrakech en 2001, à Johannesburg en 2002, les mêmes mots sont ressassés : « nous sommes sur les bons rails ». La langue de bois environnementale existe : elle s’exerce à merveille dans ces grandes rencontres de la diplomatie verte où les hauts dirigeants du monde entier simulent collectivement la prise de conscience des risques climatiques. A Bali une fois encore, les participants se sont empressés de se vanter auprès des médias du « pas décisif », de la « grande avancée », ou encore d’un hypothétique « processus volontariste ». Mais les émissions continuent à augmenter, les ravages des dérèglements climatiques créent de nouveaux éco-réfugiés ou éco-sinistrés, la fonte des glaces ne cesse pas.

L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

LE MONDE se positionne contre la chasse

Les dérogations accordées à l’activité de la chasse semblent d’autant plus exorbitantes que cette pratique souffre d’un rejet massif de l’écrasante majorité de la population, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». En bref : « Les concessions faites aux chasseurs depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée sont si étourdissantes qu’elles ont précipité le départ du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot… La gestion de l’activité cynégétique est désormais dite « adaptative », les quotas d’oiseaux tués étant déterminés par le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Hélas : sans grande surprise, six des quinze membres du groupe sont notoirement proches des fédérations de chasse et leurs déclarations d’intérêts ne sont pas publiques.Ce n’est pas tout : le nouvel Office français de la biodiversité sera cogéré par les fédérations de chasseurs, inscrivant dans le marbre institutionnel l’un des slogans préférés des porteurs de fusil, selon lequel les chasseurs seraient les premiers écologistes de France. (Mais) qui eût cru, voilà seulement une dizaine d’années, que des élus de premier plan devraient avoir une opinion sur l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, sur les delphinariums, sur la taille des cages des poules pondeuses, voire sur les méthodes les moins cruelles de dératisation ? Le gain politique des faveurs faites aux chasseurs pourrait, bien plus vite qu’on ne le pense, se changer en fardeau. »*

Pour en savoir plus sur les chasseurs, lire sur notre blog biosphere :

3 janvier 2019, Le président Macron, un chasseur d’oies aux ordres

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

24 août 2018, Permis de chasse à prix réduit, un Macron anti-écolo

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

18 septembre 2013, pour en finir avec la chasse-loisir, chasse sans avenir

12 mai 2013, Mieux vaut un surfeur mort que la chasse aux requins

2 janvier 2010, LE VILAIN CHASSEUR (Serge Dassault)

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

* LE MONDE du 24-25 novembre 2019, « En France, à l’exact inverse des discours tenus, tout semble être mobilisé pour favoriser le déclin de la biodiversité »