Greta Thunberg, l’icône dont nous avons besoin

CLIMAT. Certains internautes regrettent la mise en avant de Greta Thunberg, 16 ans. Ils ne comprennent pas que notre démocratie de masse a besoin d’image représentative de ce à quoi il faut s’identifier. Ils postent par exemple « Balader cette jeune fille malade dans le cadre d’un lobbying est tout simplement répugnant ». Laissons de côté les indignes attaques sur l’Asperger de Greta, son syndrome ne l’empêche pas de savoir de quoi elle parle, même devant  le Parlement européen: « Sous peu, nous ne pourrons plus inverser la tendance actuelle. Lors de cette élection du 26 mai, vous voterez pour les futures conditions de vie de l’humanité... »*

Face à l’inertie politique totale des politiques face à l’urgence écologique, la présence de Greta est nécessaire. Les 24 années de parlottes internationales sur le climat n’ont servi à rien, COP21 à Paris, puis COP22, 23, 24, bientôt 25 au Chili. L’Union européenne s’interroge depuis bien des années, peut-être un jour qu’elle va faire quelque chose, peut-être. Les objectifs européens du paquet énergie (32 % d’énergies renouvelables et 32,5 % d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici à 2030) ne sont que des effets d’annonce sans programmation d’un plan d’action. Voter une réduction de 37,5 % des émissions de CO2 des voitures neuves, c’est entériner qu’on ne sortira pas de l’impasse de la voiture individuelle alors qu’il faudrait mettre en place un processus dévoiturage. La France régresse en adoptant le concept de neutralité carbone en 2050 (on peut continuer à polluer, on trouvera bien un jour qqch pour compenser nos émissions de gaz à effet de serre). Le prix de la tonne de CO2 sur le marché du carbone est trop faible pour être efficace, et les taxes carbones sont aux abonnés absents. Etc., etc.

Dans ce contexte où les blocages décisionnels sont omniprésents et les nations charbonnières (Pologne, Hongrie et République tchèque) arc-boutés sur leur intérêts nationaux, nous avons besoin de Greta Thunberg, nous avons besoin d’une icône de la lutte contre le changement climatique. Nous avons besoin d’une Greta Thunberg en pleurs, submergée par l’émotion, pour sortir de notre indifférence face à des changements de température qui ne nous touchent pas encore : « Il va faire beau, y’a le soleil, dit miss météo ». Nous avons besoin d’être culpabilisés par Greta en pensant au triste sort que nous préparons pour nos générations futures dont Greta est une porte-parole. Elle fait vivre les acteurs absents. Nous avons besoin que les Greta se multiplient dans toutes nos écoles, fassent la grève pour le climat, discutent avec leurs parents des désastres écologiques, envahissent les réseaux sociaux pour parler d’autre chose que leur dernier maquillage à la mode. Faire de Greta une icône, ce n’est pas lui voler une partie de son enfance, c’est lui donner de l’expérience pour faire face aux réalités, c’est la faire grandir. C’est nous faire grandir, et ça nous change des icônes de la chanson, du cinéma, de la télé. C’est abandonner la société du spectacle, c’est contribuer à la formation d’un peuple écolo. Pour en savoir plus sur Greta Thunberg grâce à notre blog biosphere :

Pascal Bruckner incarne l’infantilisme de l’adulte : « Greta Thunberg ou la dangereuse propagande de l’infantilisme climatique* », dixit Pascal Bruckner. Il est terrifié par une jeune fille de 16 ans qui a le culot de faire la leçon aux mâles dominants….

Les générations futures font entendre leurs voix : Greta Thunberg, qui a été proposée pour le prix Nobel de la paix 2019. Elle s’est exprimé devant le Parlement de Stockholm : « Nous venons de naître au monde, cette crise nous allons devoir vivre avec, et nos enfants et nos petits-enfants et les générations futures. Nous ne l’accepterons pas »….

Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars : A l’opposé des destructeurs se situent les lycéens et étudiants qui suivent le mot d’ordre de grève climatique de Greta Thunberg ; et au-delà la jeunesse de la planète entière. Nous comprenons un mouvement de désobéissance civile comme Extinction Rebellion, dont la radicalité relève du réflexe de survie….

* LE MONDE du 15 mai 2019, L’Europe divisée face à l’urgence climatique

L’origine historique de l’écologie politique, 1974

Nous avions transmis l’hommage à Alain Hervé, un pionnier de l’écologie politique au début des années 1970. On pouvait croire que tout avait commencé à cette époque, l’échange de mail suivant entre Michel Sourrouile et Antoine V. permet de mieux comprendre l’origine historique de l’écologie politique.

Antoine V. : L’écologie politique commence dans les années 1960 pas 70, mon cher Michel.

Michel Sourrouille : Antoine, ça se discute. Quels sont tes arguments ? La question de date à l’air d’être importante pour toi, c’est pourquoi j’attends de toi une réponse circonstanciée et non une remarque lapidaire.

AV : Là pas trop le temps d’argumenter. Ce qui est important pour moi c’est de réécrire l’histoire de l’écologie en intégrant toutes les composantes.

MS : Donc tu lances des paroles en l’air ? Voici ma propre argumentation, à toi de m’éclairer s’il en est autrement… Dans les années 1960, on ne parle pas d’écologie politique en France, c’est le mouvement associatif qui mène seul le combat environnemental. A part quelques expériences locales aux élections (début des années 1970), l’écologie politique ne devient visible qu’à partir de la présidentielle 1974. Et encore, c’est le mouvement associatif qui est maître d’œuvre. Justification : « Plutôt que de chercher à politiser l’écologie Philippe Saint-Marc, animateur du Comité de la Charte de la Nature (signée par près de 300 000 personnes), préconisait à l’époque d’écologiser les politiques en sensibilisant les différents partis aux enjeux environnementaux. Mais en novembre 1973, l’Association des Journalistes-écrivains pour la protection de la nature (AJEPN) organise un débat entre neufs délégués des partis politiques chargés des questions environnementales. D’après Jean Carlier, alors directeur du service des informations à RTL et militant de la protection de la nature et de l’environnement, « ça a été lamentable, sauf un ou deux exemples, des centristes plutôt ». À l’issue de cette réunion, Jean se dit convaincu que les partis politiques ne prendront jamais les enjeux environnementaux au sérieux, à moins d’y être contraints. Le 3 décembre 1973, lors d’une réunion du bureau de l’AJEPN, il propose de présenter un candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles qui, selon lui, ne devraient pas tarder du fait de la détérioration de l’état de santé de Georges Pompidou. Ce sera René Dumont. » (extraits du livre de Michel Sourrouille, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », 2016)

AV : En 70, Survivre et vivre c’est un groupe d’écologie politique.

MS : Tu me disais auparavant que l’EP avait commencé dans les années 1960 et maintenant tu t’alignes sur moi : les années 1970. Dont acte. Notons d’abord que le mouvement de mai 1968 ne parlait pas encore d’écologie. Mais au cœur de la contestation de la guerre du Vietnam, le mouvement « Survivre » des scientifiques critiques (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement techno-scientifique. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage. Il ne s’agit pas encore d’écologie politique, mais de dénonciation du système.

AV : Lebrun 1964 «  la totalité de notre milieu ambiant est soumis à l’influence humaine », on est bien dans l’écologie politique dès 1964. Moscovici en 68 s’appuie sur Lebrun pour dire qu’il n’y a pas de nature naturelle.

MS : Si tu appelles cela de « l’écologie politique », j’en perds mon latin ! Le livre de Serge Moscovici en 1968 n’est qu’un « Essai sur l’histoire humaine de la nature ». Sa démarche n’est pas encore annonciatrice de l’écologie politique : « Quelles sont les racines de l’inégalité sociale, de quelle façon peut-on la combattre ? Quelle est la société la plus juste ? Voilà les demandes auxquelles on est pressé de fournir une réponse. » Son livre « De la nature, pour penser l’écologie » est seulement publié en 1976.

AV : Pas la peine d’en perdre son latin, l’écologie devient politique lorsqu’elle appelle à une profonde transformation du modèle économique et social actuel ainsi qu’à une remise à plat des relations entre l’homme et son environnement. C’est la position des Lebrun et autre Duboin dans les années 60. c’est pour cela que je parle des années 60. C’est un point de vue philosophique et je ne parle pas de ce qui se passe en dehors de la France (Jonas, etc.) Donc les prémisses de l’écologie politique sont dans les années 60, les précurseurs sont connus ce sont les Reclus et autre Thoreau, etc.

MS : Antoine, tes réponses sont significative de la tendance contemporaine à n’être d’accord sur rien par principe. Tu as déplacé le débat en parlant des prémisses de l’écologie politique. On peut certes remonter à Elysée Reclus (1830-1905), Henry David Thoreau (La désobéissance civile, 1849) ou même Gandhi (lire son autobiographie, 1925-1929). Plus explicitement précurseur de l’écologie politique, nous pensons plutôt à l’ouvrage « La planète au pillage » de Fairfield Osborn (1948). Il faut aussi citer l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson sur les ravages du DDT, « Le printemps silencieux » (1962). En France, ce sont les naturalistes qui ont été les premiers à s’inquiéter du dérèglement planétaire. Ainsi Jean Dorst, « Avant que nature meure » (1965). Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) n’a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » qu’en 1979, et ce n’était pas de la politique, c’était de la philosophie. Il n’y a pas là d’écologie politique au sens de politique « politicienne », c’est-à-dire par présentation à des élections. Les associations environnementales et divers écrits n’ont été que des prémices, centrés sur des constats scientifiques de la détérioration du milieu qui nous fait vivre. Le processus décisionnel porté par la politique ne vient qu’après.

Donc précisons l’origine de l’écologie politique. Dans les années 1960 et bien avant, il y a des textes et quelques actions associatives. En France, il faut attendre la présidentielle de 1974 avec la présence d’un programme explicitement écologiste porté par René Dumont. L’action écologique de terrain passe dans le jeu institutionnel. Et Alain Hervé a bien été une cheville ouvrière du passage de l’écologie médiatisée à la présence de l’écologie dans l’arène électorale comme je l’avais exprimé au début de notre échange.Notons que la structure partisane de l’écologie politique a été encore plus longue à se mettre en place. Les Verts sont issus en 1984 de la fusion de la confédération écologiste et du parti écologiste, ils ne comptaient que 1700 adhérents à la fin de 1988. L’écologie politique ne fait que commencer dans les années 1970.

Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

Nous sommes une société où l’information chasse la précédente, donc plus aucun événement n’a d’importance. Un jour on nous parle de la fonte des glaciers, c’est abominable, le lendemain de la mort de Johnny Hallyday, c’est atterrant, le surlendemain de l’extinction de la biodiversité, c’est catastrophique, et de temps en temps on s’immobilise médiatiquement sur des événements anodins comme les manifestions récurrentes des gilets jaunes… quand il n’y a pas un attentat terroriste. Autant dire que le pic pétrolier est derrière nous, on a déjà oublié que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables. Misère, misère, trop d’informations tue l’information, tu l’intelligence, tue notre capacité à envisager l’avenir. Seuls quelques spécialistes de l’énergie lancent en vain un cri d’alarme par rapport à notre addiction à la merde du diable.

Matthieu Auzanneau : La démocratie moderne a germé dans un bain d’abondance énergétique. Il me semble raisonnable de craindre que l’hiver de cette ère soit tout proche. La production mondiale de pétrole conventionnel (près des 3/4 de la production totale de pétrole) « a franchi un pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j), et a décliné depuis d’un peu plus de 2,5 Mb/j ». L’Agence Internationale de l’Energie estime que ce déclin ne sera pas interrompu (cf. World Energy Outlook 2018, p. 142). L’essor spectaculaire du pétrole de schiste aux Etats-Unis apparaît à l’AIE comme la seule planche de salut accessible à une humanité technique plus que jamais shootée à l’or noir, et qui n’est en rien préparée au sevrage .Il est peu probable que le pétrole de schiste prenne le relais à lui seul. Aux Etats-Unis, plus des trois-quarts des entreprises petites et grandes spécialisées dans le pétrole de schiste continuent à investir plus qu’elles ne gagnent d’argent. Rendre d’urgence nos systèmes techniques (beaucoup) plus sobres est un enjeu vital, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous éviter un monde à la Mad Max. La démocratie est-elle capable de faire des choix rationnels qui lui réclament de s’écarter de la pente de plus faible résistance qu’elle a jusqu’ici suivi ? … Y’a du boulot. (Pic pétrolier probable d’ici 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie)

Jean-Marc Jancovici : Qu’est-ce que l’économie des hommes ? Rien d’autre que la transformation des ressources naturelles, qui sont apparues sous nos pieds sans que nous ne fassions rien pour cela. La clé de cette transformation est l’énergie, qui  est, par définition, l’unité physique de transformation du monde. Dès lors, la baisse tendancielle du prix réel de l’énergie depuis deux siècles a permis de transformer le monde à moindre frais. Inversement toute hausse suffisante de son prix freinera le système, et se traduira par la récession et une inflation généralisée. Il existe un signal fort pour les spécialistes de l’économie actuelle, trop dépendante des ressources physiques : la multiplication, depuis deux ans, de déclaration de la part des dirigeants du monde pétrolier sur le prochain pic pétrolier, et donc chacun aurait mérité de faire la une d’un grand journal. Le fait est que, en 2007, la production mondiale de pétrole conventionnel a diminué de 0,15 % par rapport à celle de 2006 après avoir augmenté de seulement 0,5 % l’année d’avant. (C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde au Seuil, 2009)

Sur ce blog biosphere, nous sonnons le tocsin depuis longtemps :

16 mars 2016, BIOSPHERE-INFO, bientôt la crise pétrolière ultime

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par JM Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

12 août 2010, la date du pic pétrolier

19 avril 2008, pic pétrolier (USA, Russie, etc.)

Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…

Le mot « décroissance »  à l’honneur chaque mois

Le mensuel « La décroissance » nous fournit régulièrement matière à réflexion. Dans le numéro de mai, voici quelques variations sur le concept de « décroissance ».

Jean-François Rial : je ne crois plus à la solution de la décroissance ou de ne plus prendre l’avion. Ce n’est pas naturel, la grande majorité ne suivra pas. (page 3)

Reporterre : la richesse de la décroissance, c’est d’essayer d’articuler différents niveaux d’action : la simplicité volontaire, la mise en place d’alternatives, la construction de récits autour de futurs désirables et possibles, la résistance à l’ordre établi. (page 4)

un centralien : quand sobriété et décroissance sont des termes qui peinent à s’immiscer dans les programmes centraliens, mais que de grands groupes industriels à fort impact carbone sont partenaires de mon école, je m’interroge sur le systèmes que nous soutenons. Je doute et je m’écarte.

Bertrand Piccard : le dilemme aujourd’hui n’est pas entre croissance et décroissance quantitative, les deux sont impossibles car la décroissance va détruire l’économie et la croissance va détruire la planète. Il faut passer à la croissance qualitative, c’est-à-dire faire de l’argent et créer des emplois tout en remplaçant les vieux systèmes polluants par des systèmes propres. C’est le marché industriel du siècle !

Thomas Legrand : toute référence aux notions de limites et de racines renvoie immanquablement à quelques anti-modernes, adeptes d’une décroissance de types réactionnaire. (page 8)

Alain Gras : la décroissance, disent nos subtils adversaires, nous ramènerait à la bougie… mais la croissance, elle, nous fait revenir au charbon roi du XIXe siècle. (page10)

Aurélien Barrau : aujourd’hui les apôtres de la croissance sont considérés comme des gens sérieux tandis que les écologistes, ceux qui plaident pour la décroissance, sont volontiers taxé de doux dingues. Il faut que ce rapport s’inverse. Que le « sérieux » change de camp. (page 13)

Bernard Charbonneau (en 1980) : le problème d’une politique écologiste réaliste est celui d’un freinage progressif qui n’enverrait pas la mécanique en folie dans le décor. Aux plans de croissance, il faut opposer des plans de décroissance pour éviter qu’elle ne se produise de toute façon au hasard et en catastrophe. (page 14)

Eddy Fougier : parler de décroissance a été une erreur stratégique sur la forme, dans le sens où le mot a fait peur au grand public. (page 16)

Serge Latouche : « Décroissance » est un mot provocateur et un slogan. Derrière, il y a un projet proche d’« autonomie », défendu par Cornelius Castoriadis ou Ivan Illich. Mais ce mot « autonomie » n’a eu aucun impact dans le débat public, alors que celui de « décroissance » en a un immédiatement.

Sur ce blog biosphere, nous utilisons souvent l’expression « décroissance » car si nous ne contrôlons pas la descente énergétique qui s’amorce, il y aura un krach de la civilisation thermo-industrielle. Pour nous décroissance subie, catastrophe, effondrement ou apocalypse sont des mots similaires. Voici quelques-uns de nos articles sur cette problématique :

BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

Presque personne ne veut consentir à la décroissance

les précurseurs de la décroissance… sans Malthus

Le pape de la décroissance et la question démographique

Hauts et bas du mensuel « La Décroissance »

Déconsommation rime avec Décroissance et Écologie

Notez bien : suite à la suppression par le groupe LE MONDE de ses blogs abonnés, notre blog http://biosphere.blog.lemonde.fr/ s’est réincarné en http://biosphere.ouvaton.org/blog/. Venez dorénavant sur ouvaton.org, merci de votre fidélité.

Raoni peut-il encore sauver l’Amazonie ?

François de Rugy, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire s’est entretenu le 13 mai 2019 avec Raoni Metuktire, cacique du peuple Kayapo. Blablabla, c’est le théâtre de l’apparence pour ne pas traiter le problème. LE MONDE* est dithyrambique :  « Raoni parle, et sa voix semble le rugissement d’un jaguar. Ses chants volent comme des oiseaux. Par moments, on entend son rire de vieux sage. Raoni fait ensuite silence et regarde la route avec l’intensité de ceux qui ont appris à savourer chaque seconde de l’existence. » Constatons d’abord que Raoni revient pour plaider la cause de son peuple trente ans après une tournée en Europe avec Sting qui n’avait rien amené de concret. Raoni sait ce dont il s’agit : « L’argent est une malédiction », « mais une malédiction aujourd’hui indispensable pour maintenir la démarcation de nos terres, les protéger et aider nos peuples. » Trop optimiste, Raoni. L’argent s’est glissé dans les villages, modifiant les équilibres socio-économiques déjà fragiles des communautés indigènes. Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, ne fait qu’amplifier le phénomène, « Les minorités devront s’adapter à la majorité… ou simplement disparaître. » Au lieu d’aller à l’essentiel, la nécessaire sauvegarde de nos racines, LE MONDE s’englue dans les controverses de fric autour de Jean-Pierre Dutilleux, ce cinéaste qui avait réalisé en 1978, un documentaire, Raoni. Même Sting ne sort pas indemne de l’article. On peut dénoncer la fuite de l’argent, les bienfaiteurs attitrés aiment les hôtels de luxe et les Kayapo veulent boire du Coca-Cola. Il en est de l’Amazonie comme des autres contrées, les populations indigènes sont extrêmement attirées par le mode de vie “moderne”… et deviennent diabéto-dépendants avec les miettes de l’argent collecté.

Citons nos articles précédents sur ce blog biosphere.

Nauru, l’extractivisme à l’image de ce qui nous arrive…. Nauru, perdu dans l’étendue du Pacifique, ses 10 000 habitants, ses gisements de phosphate… les millions ne tardent pas à pleuvoir sur le petit État. Le pays connaît d’énormes problèmes sociaux, dont une obésité endémique, affichant le plus haut taux au monde.

assistanat destructeur… Le Nunavut (territoire des Inuits du Canada) a acquis son indépendance le 1er avril 1999. Le tout proche Groenland, sous tutelle danoise, réclame dorénavant son indépendance après le référendum sur l’autonomie élargie du 25 novembre 2008. Mais quelle indépendance ? Le contact avec la culture occidentale a déstructuré toutes les sociétés vernaculaires, y compris celle des esquimaux. Les jeunes se sentent piégés dans un territoire isolé. Alors l’alcool fait des dégâts considérables. Il y a des épidémies de suicide tellement les relations familiales sont devenues désespérantes et le mode de vie incohérent.

Peut-on vraiment aider ces peuples premiers ? Oui, mais ce n’est pas en leur donnant de l’argent, c’est en les laissant vivre leur vie. Il faut sanctuariser leurs territoires comme nous le faisons pour des espaces naturels. Il faut rejoindre l’alliance des gardiens de mère Nature. Il faut surtout que la classe globale, celle qui se permet d’avoir une voiture individuelle, montre l’exemple en diminuant son train de vie pour moins peser sur la Biosphère, sur les forêts primaires, sur les matières premières enterrées sous terre.

* LE MONDE du 12-13 mai 2019, En Amazonie, le combat de Raoni, le dernier des Kayapo

Interdisons de parole les négationnistes du climat

Un média français, CNews, lundi 6 mai, un animateur, Pascal Praud, amateurs de « clashs ». Le thème du débat donnait la couleur : « Le refroidissement climatique ? ». Et Pascal Praud le texte : « Est-ce que vous diriez qu’il y a depuis trente ans dans le monde un dérèglement climatique ? Oui ou non ? » L’invitée principale, Claire Nouvian, militante écologiste s’étrangle : « Attendez, mais vous en êtes encore là ? Ce n’est pas une émission de climatosceptiques quand même ? » Rejoint par Elisabeth Lévy, la directrice de la rédaction du magazine conservateur Causeur, Pascal Praud défend le droit des climatosceptiques à s’exprimer. Claire Nouvian interpelle par la site le CSA : « Protégez notre avenir ! Des propos climatosceptiques contribuent à créer un climat de suspicion envers la science et à fabriquer du doute, au moment même où l’action collective et individuelle doit être radicale pour sauver la vie sur Terre. C’est pourquoi nous demandons au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) d’appliquer l’article 3-1 de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, «Le Conseil supérieur de l’audiovisuel veille à ce que le développement du secteur de la communication audiovisuelle s’accompagne d’un niveau élevé de protection de l’environnement et de la santé de la population.» Les médias audiovisuels ne doivent pas servir de tribune à la négation de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, qui est un fait avéré.»

La liberté d’expression n’est jamais absolue, surtout quand il s’agit à la fois de nier les avancées scientifiques et de ne pas agir contre la détérioration de la Biosphère. Voici quelques commentaires éclairés sur le net :

Bruno : Si les climatosceptiques sont si visibles, c’est parce qu’ils ont tous ou presque une grand gueule.

Ulysse : Il faut instaurer un délit de mensonges avérés. C’est délicat vis-à-vis de la liberté d’expression, mais peut-on continuer à autoriser les manipulations de masses et provoquer notre perte au bout du chemin ?

Amitiés à Claire : Il y a deux sortes de négationnistes climatiques, ceux pour qui 2 et 2 font 5, qu’aucun fait ne peut convaincre, qui ne se donnent d’ailleurs pas la peine de lire, c’est trop compliqué, ça prend trop de temps etc…et de toutes les façons , ils savent. Et ceux pour qui 2 et 2 font 4 mais c’est négociable, par exemple en plantant davantage d’OGM, en augmentant la part du nucléaire etc… Dans les deux cas, la rubrique « réaction » porte bien son nom!

Un scientifique : Des milliers d’études très complètes dans Science, Nature (les publications scientifiques les plus prestigieuses et sérieuses du monde) faites par des spécialistes mondiaux du climat, des big data, de la mécanique des fluides, des modélisations montrent que l’Homme a un impact non négligeable dans le réchauffement actuel de la Terre et des océans. Mais non, on accorde plus de crédits à ces spécialistes de rien du tout que sont Zemmour, Praud, Elisabeth Lévy… Époque des réseaux sociaux …

HK : +1 ! Sacré époque où tout le monde a un avis sur tout et veut absolument le faire partager à la terre entière.

MICHEL BRUNET : Tout le problème avec le climat et l’opinion publique en général c’est que le « ressenti » est dicté par la « météo ». Le réchauffement global est réellement mesuré (fonte des glaciers, température des mers,…etc..). Mais ses conséquences se font à « bas bruit » sur la météo de tous les jours et seulement à « grand bruit » quand il y a des phénomènes exceptionnels.

Comment trouver la bonne info au milieu de la merde ?

Lisez Télérama* par exemple, le summum de la sophistication en matière de présentation de la vie culturelle. Il faut oublier les programmes de la TNT dont l’indigence est à la mesure de leur fausse gratuité : on paye des pages de pub. Laissons de côté câble et satellite, on s’y noie corps et âme. La recension des films ? Où est la nature et l’écologie ? Nulle part ou presque. Apprécions les trois informations qui comptent.

– Un or très noir, que fait-on avec du pétrole ? « De la misère. De la guerre. De la laideur. »** Trois quarts de siècle après qu’on ait proféré cette phrase, misère, guerre et laideur ont gagné pays producteurs et pays consommateurs. L’ère pétrolière a causé le malheur des peuples et doit s’achever au plus vite car elle menace l’humanité tout entière. Le meilleur surnom qu’on puisse donner au pétrole, la « merde du diable ».

– Les océans se vident. C’est ce que nous a démontré Daniel Pauly. Les prises totales de poisson diminuent depuis 1996. La pêche industrielle est un désastre global, depuis la fin du XIXe siècle, quand les Anglais on lancé les premiers chalutiers à vapeur et fait main basse sur toutes les ressources côtières de l’Angleterre en une dizaine d’années. Ils ont tout zigouillé, puis ils sont partis pêcher plus loin. Les prises de poisson en mer du Nord représentent moins de 10 % de ce qu’ils ont été à leur maximum. C’est précisément la définition d’un « effondrement ». Les gens l’auront-ils remarqué ? Non. Un jour il ne restera que du poisson d’élevage ou du surimi, les jeunes générations n’auront plus les références de ce qu’était un poisson. Est-ce que j’accepte la destruction de la biodiversité mondiale ? Est-ce que j’accepte que la température du globe augmente de trois, quatre ou cinq degrés ? Non. Sans chercher à coupler mon combat avec une victoire potentielle, je lutte, par principe.

-Vivement demain : Enki Bilal travaille à une série télévisée, il adapte sa BD Bug, un futur où l’outil numérique est hors d’usage, créant la panique chez des humains dépendants de la technologie Quelques pannes récurrentes du réseau électrique, et on entrera enfin dans la vraie vie, suivez mon regard, vers le Venezuela !

* Télérama n° 3617, 11 au 17 mai 2019

** dans la pièce de théâtre de Giraudoux, La folle de Chaillot, 22 décembre 1945

Notre blog, c’était un regard critique sur le monde.fr

Notre blog biosphere a définitivement déménagé des serveurs du monde.fr depuis hier. A ce jour 14 mai 2019, nous ne savons toujours pas pourquoi lemonde.fr a éjecté ses 411 blogs abonnés dont nous faisions partie. Inutile de nous lamenter puisque nous avons immédiatement ressuscité. Il faut être à la marge pour se sentir libre.

Notre serveur est dorénavant la « Coopérative d’hébergement numérique » https://ouvaton.coop/. Notre ambition reste la même, développer un regard critique et écolo sur la société thermo-industrielle. Blogueur sur lemonde.fr depuis début 2005, quelle est notre vision du MONDE ? Dans les années 1970, il y avait quelques journalistes militants, l’écologie faisait tout juste son entrée dans les médias. Aujourd’hui l’écologie est une rubrique parmi d’autres. L’information produite a tendance à se dépolitiser, à se formater, à se déconflictualiser. Nous considérons que LE MONDE reste une « presse de référence » qui essaye d’être le plus complet possible, mais son prisme traditionnel centré sur la vie politique empêche de donner aux pages « Planète » la place essentielle que cela mériterait. D’autre part il est évident que le fait de faire plaisir à des actionnaires privés et aux régies publicitaires ne favorise pas le fait d’aller titiller le système là où cela ferait mal… d’où une ode au libéralisme et à la vie des entreprises au détriment d’une objectivité qui serait vraiment réelle.

Nous constatons que ce média fait comme les autres, l’ouverture à l’écologie n’a été que très très progressive. Avant 1971-1972, c’est le mépris et la désinvolture. Dans son numéro 199 du 8 août 1945, le quotidien annonçait le largage de la première bombe atomique en manchette sur trois colonnes avec, en surtitre, cette formule ingénue et terrible : « Une révolution scientifique ». En 1952, on inaugure le barrage de Donzères-Mondragon ; l’envoyé spécial du MONDE ne dira rien concernant l’impact environnemental de ce « colossal ouvrage ». En 1957, la critique du projet de tracé de l’autoroute du sud à travers la forêt de Fontainebleau fait simplement l’objet d’une libre opinion qui constate : « Il est triste de penser que l’autorité des naturalistes, des artistes et des sociétés savantes est impuissante contre le vandalisme ». Le naufrage du Torrey Canyon le 18 mars 1967 échappe complètement à l’attention du quotidien pendant plusieurs semaines, ce n’est que la première marée noire sur nos côtes. Il faut attendre le 21 avril  pour que soit publié en Une un bulletin intitulé « les dangers du progrès ». La conversion écologique de ce quotidien « de référence » va être lente, aussi lente que la prise de conscience générale dans une société où priment l’économique et le socio-politique. C’est seulement à partir de 1969 que LE MONDE ouvre un dossier « Environnement » au service de documentation. LE MONDE n’a commencé à traiter spécifiquement d’environnement qu’en 1971, seulement au moment où le ministère de la protection de la nature et de l’environnement a été crée. En 1972, c’est la première conférence des Nations unies « pour l’homme et son environnement » qui contraint LE MONDE à créer une rubrique sous ce nom. Mais les rédactions se méfiaient encore de ce type d’information et « écologie » reste un gros mot. Le journaliste Marc Ambroise-Rendu a été le premier en charge d’une rubrique environnement en mars 1974. Mais ses collègues étaient étonnés, et même, pour certains, scandalisés qu’on donne dans leur journal « si sérieux » de la place à l’environnement – sujet marginal et jugé parfois réactionnaire. Un rédacteur en chef s’était même exclamé: « L’écologie, c’est Pétain »…

Quand Roger Cans reprend la rubrique environnement au MONDE en 1982, il se retrouve seul et isolé. Son chef de service lui dit carrément que l’important était la décentralisation et la régionalisation, qui devraient occuper 80 % de son temps. Le directeur de la rédaction d’alors, Daniel Vernet, le croise dans le couloir et lui demande « l’agriculture bio, combien de divisions ? ». Certains de ses articles passent à la trappe. En 1984, Cans avait proposé de couvrir une AG des Verts dans un gymnase de Dijon ; le service politique lui avait dit alors qu’il « avait du temps à perdre ». Même avec des catastrophes écologiques, la rubrique environnement a du mal à s’imposer. L’affaire de Bhopal, cette fuite de gaz mortel qui tue ou blesse des milliers d’habitants d’une grande ville indienne en décembre 1984 ne donne lieu qu’à une brève le premier jour. Et le correspondant à New-Delhi n’ira à Bhopal que plusieurs mois après la catastrophe, lorsque l’affaire deviendra politique. Idem pour Tchernobyl, en avril 1986 : le correspondant à Moscou n’ira jamais enquêter sur place, la couverture de l’événement est donc minimale. L’écologie n’est toujours pas un service ni un département rédactionnel, l’environnement reste un problème technique. Et l’écologie politique reste considérée comme une nuisance puisqu’elle affaiblit la gauche dans les élections. Colombani considérait même le Vert Antoine Waechter comme « à droite de la droite ». Les colonnes du quotidien ne s’ouvrent véritablement à l’écologie qu’à partir du numéro du 23 septembre 2008 ; une page 4 est enfin consacrée à la Planète à l’image des pages International ou France.

Le départ d’Hervé Kempf le 2 septembre 2013 a révélé qu’il valait mieux pour les journalistes environnementalistes ne pas faire de « militantisme ». Censuré par LE MONDE, il a été acculé à démissionner, empêché de poursuivre enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes. Le directeur du journal (par intérim) n’hésite pas à lui écrire : « Ce ne sont pas tes compétences qui sont en question, mais un problème d’image : nous tenons à ce que l’approche du journal reste aussi impavide que possible, tout particulièrement dans les pages Planète ». Il s’est fait traité de « chroniqueur engagé » par un directeur de la rédaction, etc. L’environnement gêne dans un journal vendu aux intérêts financiers. Plus que jamais avec la crise de la presse, LE MONDE dépend des recettes publicitaires. La prise de contrôle en 2010 par MM. Bergé, Niel et Pigasse n’a fait que renforcer ce processus. La parole des écologistes est captive d’un système marchand qui n’a pas encore compris que l’écologie sera la pensée dominante du XXIème siècle.

Le blog biosphere, bien présent à sa nouvelle adresse

Ce blog biosphere existe depuis le 13 janvier 2005. Il était hébergé par lemonde.fr, il est maintenant accessible à l’adresse où vous êtes :

www.biosphere.ouvaton.org/blog

En effet le groupe LE MONDE supprime ses 411 blog abonnés à partir du 5 juin prochain. Pour assurer la continuité de notre blog, nous avons devancé l’appel. Toutes nos archives,4 345 articles, près de 9 800 commentaires, ont été transférées sur le serveur ouvaton.org qui hébergeait déjà notre réseau de documentation

http://biosphere.ouvaton.org/

Celui-ci contient de son côté près de 3600 articles dont beaucoup de références bibliographiques, une rubrique « actions en cours », et bien sûr des liens vers notre blog.

Nous continuerons sur ce blog biosphere à produire chaque jour un article présentant « le point de vue des écologistes » sur l’actualité. Chaque article est soumis à vos commentaires. Comme l’écologie est multiple, vous pouvez proposer un texte, il suffit de l’envoyer à biosphere@ouvaton.org. L’intelligence collective se constitue par la complémentarité des approches. Merci de votre attention, à bientôt.

NB : Biosphere est une association loi 1901 ayant pour raison d’être de défendre les intérêts de la biosphère, un espace-temps dans lequel chacun de nous n’est qu’une maille dans la trame du vivant.

Notre ami Alain Hervé est mort, l’écologie en deuil

Né en 1932, Alain Hervé est mort le 8 mai 2019. C’était un pionnier de l’écologie, il était radical, il était notre ami. Il avait fondé la branche française des Amis de la Terre en 1970 et supervisé le hors-série du Nouvel Observateur en avril 1972 : « La dernière chance de la Terre ». À partir de 1973, il dirigeait le mensuel écologique Le Sauvage. Lors de la candidature de René Dumont à la Présidence de la République en 1974, il a été responsable du bureau de presse. Il avait relancé Le Sauvage sur Internet et écrit de nombreux livres, dont « Le Paradis sur Terre, le défi écologique ». Il s’était confié à nous en 2011.

— Quelle est l’origine de ton engagement écologiste ?

Ma vocation remonte à l’enfance. Je suis né à Granville, en Normandie, les pieds dans l’eau. J’ai toujours souffert de l’environnement urbain, de l’enfermement dans le métro, dans un bureau. J’ai pendant trois ans parcouru les tropiques à bord d’un voilier : l’homme est un animal des latitudes chaudes qui s’est exilé dans le froid. Il a alors été obligé d’inventer des techniques qui nous ont menées là où nous en sommes actuellement… Je ne crois pas du tout au progrès technique qui a entraîné cet âge industriel qui sévit sur notre planète et la ravage.

Une autre origine de ma sensibilité écologique, c’est ma participation aux jardins potagers que mon père avait entrepris pour nous nourrir pendant la Seconde Guerre mondiale. J’aimais retourner la terre, planter des légumes et des arbres fruitiers, écraser les doryphores…

— Ta vision actuelle de l’écologie ?

Nous sommes tous écologistes, nous n’avons pas le choix, nous devons tous respirer, déféquer. C’est une évidence. C’est beaucoup plus qu’une approche de droite ou de gauche, il s’agit d’une vision globale de l’univers dans lequel nous sommes. Nous sommes conscients des limites. Il faut observer, comprendre et se conformer aux lois de la nature.

Mais les Trente glorieuses sont en fait trente désastreuses. En 1967-68, j’étais journaliste à la FAO, j’en ai démissionné au bout de six mois. J’ai compris qu’ils menaient une politique criminelle. Le marché mondial a détruit l’agriculture vivrière traditionnelle pour installer les monocultures du coton, du café, du maïs, du soja, du cacao… pour l’exportation. Les personnes chassées de leurs terres peuplent les banlieues de capitale bidon où ils meurent. J’en arrive à penser que ce génocide de millions de paysans est similaire à la Shoah.

— Tu crois donc à la catastrophe ?

L’abus de la nature a atteint sa limite létale. Je me pose la question (futile) de savoir si elle aura lieu de mon vivant… Mes amis millénaristes Pierre Samuel, Teddy Goldsmith ou André Gorz sont morts avant que la catastrophe qu’ils avaient annoncée advienne.

La catastrophe peut servir de pédagogie et déclencher une prise de conscience. Mais la mémoire de l’humanité est extrêmement courte, nous cultivons un opportunisme de l’immédiat, nous n’apprenons rien de notre passé. Ni la retraite de Russie, ni Tchernobyl ne nous ont rien appris. Fukushima pourra peut-être servir de catharsis, surtout si Tokyo devait être évacué. Car il faudra que le drame aille très loin pour que les hommes abandonnent leur utopie technicienne.

— Que faut-il changer ?

L’écologie n’est pas une prise de position religieuse ou politique, c’est admettre que nous sommes de simples éléments de la nature, c’est une nouvelle philosophie. Il nous faut abandonner notre anthropocentrisme pour ressentir profondément notre appartenance à la communauté des vivants. L’humanisme qui donne la priorité absolue à l’homme ne me satisfait absolument pas. L’humanisme devrait consister à nous faire accéder à des stades supérieurs d’intelligence de la coévolution.

Sinon nous devenons des destructeurs terrifiants, nous enfantons beaucoup plus de Hitler que de Mozart. Il y a une écologie superficielle qui perpétue l’anthropocentrisme, qui dit que la planète est en danger, qu’elle nous appartient. On fait des parcs naturels, ce sont des alibis pour répandre la merde autour. L’homme a été doté d’une capacité de transformation trop brutale de l’environnement. Nous sommes devenus des dictateurs assassins du vivant. Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal.

— N’as-tu pas l’impression d’exagérer ?

On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle. Je me fous complètement de la réputation qu’on peut me faire, je vais bientôt mourir, j’ai atteint l’âge de la liberté. Le progrès social, l’égalitarisme et la démocratie ne peuvent advenir avec le pullulement humain.

Michel Sourrouille, extrait de nos archives : Alain Hervé, une figure historique de l’écologie

Tout le MONDE en croisade contre Coca-Cola

Un Terrien sur sept est inscrit sur Facebook. Seules deux autres entreprises, Coca-Cola et McDonald’s, atteignent ce chiffre magique, un milliard de con-sommateurs. Personnellement je n’ai pas de compte Facebook, je ne bois jamais de Coca-Cola et je me refuse à entrer dans un truc de restauration rapide. Qui est anormal, un milliard de personnes ou ma pomme ? Il y a mille raisons de refuser Coca-Cola. Coca-Cola nous inonde de sucre, vide les nappes phréatiques, c’est aussi la mainmise sur nos esprits, le sponsoring des Jeux Olympiques, du greenwashing.  Supprimons (le) Coca-Cola, buvons de l’eau, c’est plus écolo … Boycottons Coca-Cola. Allons plus loin, Interdisons les sodas, place à l’écologie responsable. N’oublions jamais l’ampleur des dégâts, il faut se souvenir de ce cri du cœur de Patrick Le Lay, PDG de TF1 : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Les émissions de TF1 ont pour vocation de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages publicitaires. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible. »

Notre croisade contre Coca-Cola sur ce blog biosphere est relayé par un article du MONDE : «  Faites plus d’exercice sans trop vous préoccuper de réduire vos apports en calories : tel est le discours des vendeurs de sodas. Or les données scientifiques mettent en cause les boissons sucrées dans l’explosion de l’obésité et du diabète de type 2 sur la planète entière. Le roi du soda finance professionnels de santé et chercheurs pour faire oublier les risques liés à ses boissons. Coca-Cola a dépensé 8 millions d’euros en France depuis 2010 en opérations marketing maquillées en recherches…. »* Quelques réactions sur lemonde.fr :

Thibaut : Le Monde découvre l’eau tiède. Ce que décrit cet article, ce sont tout simplement les méthodes actuelles de relations publics et de communication d’influence. Toutes les multinationales ont des pratiques équivalentes, dans leur secteur.

Whistleblower : Cet article me fait penser à la présence de Coca-Cola et de MacDonald’s au 6e Congrès de Médecine Générale (congrès qui s’adresse à tous les médecins généralistes français) en juin 2012 à Nice. Ils avaient chacun leur stand parmi les stands partenaires et, pire, un créneau de conférence chacun. Quelques personnes avaient d’ailleurs manifester leur dégoût de ce type de partenariat.

Bibi de Bordeaux : Les méthodes de Coca sont révélatrices de ce que ces firmes internationales sont prêtes à tout pour continuer leur sinistre commerce. J’attends avec impatience le moment où l’une d’elle traînera devant les tribunaux un État européen qui voudrait les contrôler un peu mieux. Car, grâce à l’Europe, une firme peut désormais porter plainte contre un Etat. Merci, Europe protectrice et progressiste !

Tristan Lambert : Ce qui fait question est l’argent dépensé par Coca pour minimiser les effets désastreux du sucre, il ne fait rien d’autre que copier l’attitude des fabricants de tabac

exemple : Voyez le modèle en grandeur nature du Mexique , dont la boisson de principe est le(s) soda(s): le Mexicain moyen est diabétique et obèse…

Phil : Le sucre ajouté est un poison. Point barre. Et le seul liquide essentiel à la vie est l’eau. Après ces deux petits rappels, bonne journée.

* LE MONDE du 9 mai 2019, Enquête sur la science sous influence des millions de Coca-Cola

Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

LE MONDE en page Une et gros titre : « Un million d’espèces menacées de disparition… Il n’est pas trop tard pour agir. » Bonne nouvelle, on commence dans l’éditorial* à s’éloigner de l’anthropocentrisme dominant : « La planète s’achemine vers la sixième extinction de masse avec un unique responsable : l’homme… Rien ne saurait justifier qu’une espèce – la nôtre – s’arroge le droit de vie et de mort sur toutes les autres… L’humanité fait partie intégrante de la biodiversité, elle a un destin lié avec l’ensemble du vivant… » Mauvaise nouvelle, l’utilitarisme refait très vite surface : « En sapant la biodiversité, nous mettons en péril notre propre avenir… La qualité de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la terre qui nous nourrit, est aussi tributaire de celle des milieux naturels. » Le problème, c’est que pour ce média « La réponse à l’extinction des espèces est désormais entre les mains des gouvernements ». Faire confiance à des gouvernements qui n’ont jamais considéré l’épuisement en ressources fossiles, qui organisent depuis bientôt 25 ans des conférences sur le péril climatique sans rien changer à nos modes de vie, c’est un non-sens. D’autant plus que la biodiversité, tout le monde s’en tape le coquillard. Nous aurons ce que nous méritons, famines, guerres et épidémies sur un sol où ciment, goudron et friches industrielles conserveront les ultimes traces de la civilisation thermo-industrielle.

Pour agir vraiment il faudrait verser dans l’écocentrisme prosélyte, pratiquer la sobriété partagée et combattre la société de croissance. C’est notre envahissement de l’espace de toutes les espèces vivantes par notre population et nos activités qui entraîne la chute de la biodiversité. Quelques points de vue sur lemonde.fr :

Hum : « Rien ne saurait justifier qu’une espèce, la nôtre.. » Attention, l’homme a peut-être tous les défauts du monde mais cette planète est d’abord la sienne, il y a créé ce qu’aucune autre espèce n’est capable de faire, civilisations, cultures, valeurs, histoires.

Animal poilu mais pas méchant : Pour sauver je ne sais pas combien des millions d’espèces dans les siècles à venir, il y a une seule espèce à supprimer : l’espèce humaine et sa cupidité, son arrogance, son ignorance et son incompréhension de la place qui lui revient dans l’ordre naturel.

HdA : Depuis la sortie d’Afrique d’Homo Erectus, partout où il est passé, des centaines d’espèces ont disparu. L’agriculture a accéléré le phénomène. La vie moderne met la barre un peu plus haut. Et rien ne vient enrayer cette détermination à détruire, des mammouths aux loups de Tasmanie et passant par les mégathériums, le dodo, la vache marine de Stelléride, la perruche de Caroline et des milliers d’autres. Nous avons toujours une bonne raison de les détruire.

Claude Hutin : Qu’une grenouille à pattes vertes endémique à Bornéo disparaisse, ça fait quoi au juste concrètement ? Pendant ce temps il y a des vraies personnes qui meurent, du paludisme par exemple, et les écologistes s’en fichent. La sauvegarde de la biodiversité n’est pas une fin en soi, il faut savoir ce qu’on veut préserver et pourquoi.

Alphonse : A moins que cette petite grenouille ne soit capable de se nourrir des larves de moustiques porteurs du paludisme? Pauvre petit Hutin.

JEAN-PHILIPPE PETIT : L’origine humaine de l’effondrement prévu est attestée, mais rien de vraiment très concret ne l’empêche et l’humanité le sait. Nous colloquons. En 2018, total des dépenses militaires mondiales : 1 565 milliards d’euros. Les rogner ou « suicider » l’humanité prochaine ?

SIMON M : il faudra quand même parler de l’éléphant dans la pièce… la destruction des habitats, c’est la surpopulation, et l’incapacité (ou l’absolu manque de volonté) de certains états à contrôler/limiter les naissances… C’est sûr qu’à plus de 7 milliards d’êtres humains (d’autant que nous sommes une espèce relativement auto-centrée sur nos besoins), ça laisse moins de place aux autres espèces…

Marcel : La nature poursuit tranquillement son chemin, elle n’a que faire de l’avenir de l’humain. L’avenir est au plus malin, et ce n’est pas l’humain, mais le cafard qui existe depuis 355 millions d’années…

Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

Boursouflure de l’ego, moyens financiers démesurés, passe-temps déplorable, ainsi se caractérise Larry Ellison, fondateur d’Oracle (40 milliards de dollars de chiffre d’affaires). Son étalage de nouveau riche devrait révulser. Il possède une île dans l’archipel d’Hawaï, une flotte de super-yachts (50 millions de dollars pour l’un), mais son dada c’était la participation à la doyenne des régates, l’America’s Cup ? Vexé d’avoir perdu en 2017 ce truc où on fait des ronds dans l’eau, Larry Ellison lance SailGP, des bolides robotisés qui « volent » grâce à leurs foils au-dessus des eaux : super fragile, super dangereux, super robotisé, et çà sert à rien. N’attendons pas des commentateurs sur lemonde.fr d’avoir un avis critique sur ce conquérant de l’inutile, la moitié s’exclame « De la SF nautique : j’adore ! ». L’autre moitié s’interroge doctement sur un passage de l’article, « Comment ces bateaux peuvent-ils aller 3 fois plus vite que le vent ? ». Les réponses fusent, techniques, et pas idéologiques pour un sou. D’ailleurs l’article en page entière du quotidien LE MONDE, spécialiste de la fausse objectivité, se garde bien de porter un jugement : l’étalage de la gloriole fait vendre, c’est le principal.

Quelques extraits de cet article qui montre de façon indirecte l’imbécillité de cette régate : « C’est juste incroyable comme bateau, cela frise la folie ; Tu dois naviguer en fonction des chiffres, il y a 1 200 capteurs. Pas comme tu penses que tu devrais. ; L’équipier manœuvre avec un joystick de jeu vidéo ; Ce n’est plus de la voile, c’est un rêve d’ingénieur aéronautique ; On pourrait totalement automatiser le bateau et avoir un robot aux commandes ; L’humain n’a plus d’importance ; Il ne faudrait pas risquer de harponner un cétacé avec les lames acérées qui permettent de décoller. »

Notez bien : suite à la suppression par le groupe LE MONDE de ses blogs abonnés, notre blog http://biosphere.blog.lemonde.fr/ se réincarne sous la forme http://biosphere.ouvaton.org/blog/. Postez votre commentaire à cette nouvelle adresse, sinon il ne sera pas conservé.

* LE MONDE du 5-6 mai 2019, La « formule 1 des mers », le défi du fondateur d’Oracle

Avec 33 listes pour les européennes, quel sera le vote écolo ?

Record absolu de candidatures pour les européennes du 26 mai. A l’heure de la clôture du dépôt des candidatures, vendredi 3 mai, pas moins de trente-trois listes ont été officiellement enregistrées. L’écologie se présente façon puzzle, avec l’assurance de sortir de l’élection encore plus éparpillée. Deux formations sont explicitement écolos, « Europe Ecologie-Les Verts » derrière Yannick Jadot, et la liste « Urgence écologie », conduite par l’universitaire Dominique Bourg (en avant-dernière position Delphine Batho). Mais n’oublions pas « La France insoumise », qui se positionne parfois sur le même créneau. Ni la liste du Parti socialiste et de Place publique, emmenée par Raphaël Glucksmann, qui a pris pour otage Claire Nouvian comme alibi écolo. Ni Génération.s, conduite par Benoît Hamon qui avait fait cause commune avec Yannick Jadot à la présidentielle. Ni LRM qui a débauché les Verts Pascal Canfin et Pascal Durand. Pour compléter ce capharnaüm, citons entre autres, un Parti animaliste et des partisans de la décroissance.

Faut-il en rester au slogan « élection, piège à con » et laisser la première place au Rassemblement national des extrémistes de droite ? Faut-il tirer à la courte paille entre quelques listes bien choisies, le tirage au sort est à la mode ? Faut-il attendre l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle bien calé dans son fauteuil ? A chacun de décider, c’est le seul avantage du vote dans l’isoloir : on peut changer d’avis à la dernière minute !

CLIMAX, bulletin d’information d’EELV

E comme Ecology in the UK

Et cette décision, la première du genre, venue du Royaume-Uni: le Parlement britannique a déclaré l’urgence écologique et climatique. Une décision pour l’heure non contraignante. Le mouvement Extinction Rebellion appelle désormais à des actes concrets.

Voir l’article de France Info TV

R comme Rayonnement de la France

Toujours à la pointe de l’audace, François de Rugy envisage un potentiel référendum sur le climat en 2020. Les paris sont ouverts sur la question qui sera posée: « Pour ou contre la fonte des glaciers? » « Faut-il sauver la planète? » « Avez-vous vraiment trop chaud? ». On a vraiment hâte.

Voir l’article de Libération

M comme Matrice

Celle du projet européen défendu par Yannick Jadot: l’écologie. Celle qui défend la biodiversité et les lanceurs d’alerte, celle qui combat la pêche électrique, l’huile de palme, les pesticides et le libre échangisme.

Voir l’article de Politis

L comme Last night a DJ saved the earth

Compilation pour le climat qui réunit 57 artistes, portés par l’association Djs for Climate Action. Les bénéfices des ventes des albums seront reversés à plusieurs associations.

Ecouter la compilation Earth Night Records

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Un ministre de l’environnement planifie le désastre

Ricardo Salles, le ministre de l’environnement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, estime que son travail consiste plus à « défaire qu’à faire ». Le quadragénaire démantèle, les unes après les autres, les organisations étatiques chargées de la préservation de l’environnement : « Le Brésil souffre de graves problèmes depuis [l’adoption de] la Constitution de 1988 qui a créé appareillage idéologique et bureaucratique freinant le développement économique du pays ». Jair Bolsonaro, aux anges, saluait, le 29 avril, le « nettoyage » effectué par son disciple. Entre 1985 et 2017, l’Amazonie, a perdu 18 % de sa surface.* Quelques commentaires acerbes sur lemonde.fr :

jobst : L’ONU ne peut rien faire, par principe : chaque pays souverain est maître chez lui d’assassiner des minorités ou de détruire les derniers grands massifs forestiers ; tant qu’on est pas en guerre civile, pas d’ingérence.

Pas de programme : Bolsonaro a réalisé la prouesse d’être élu sans se prêter aux moindres débats pré-électoraux. Il s’est présenté et exprimé presque exclusivement sur les réseaux – et twitter n’est pas un moyen de développer une pensée. Son programme – si on peut l’appeler ainsi – a été fait de provocations et de menaces. Sur le fond il a dit très peu de choses. Mais ses orientations et décisions gouvernementales étaient largement prévisibles.

le pesticique : Si 51% des gens décident de passer l’Amazonie au napalm pour s’en foutre plein les poches en plantant du soja OGM, c’est OK, c’est la démocratie. Tant pis si les moins de 18 ans n’ont pas pu voter, si les indiens n’ont pas réussi à faire 51% des voix, ou si les sols seront bousillés en 10 ans. C’est la démocratie on vous dit… Si vous êtes contre vous êtes anti-démocratique.

le sceptique : En tant qu’Européens, nous avons nous-mêmes rasés 75% de nos forêts de feuillus au fil des siècles pour faire de l’agriculture, de l’extraction minière, de l’énergie, des villes et des infrastructures. Outre que nous avons pillé le reste du globe. Il en résulte un PIB par habitant et des services publics meilleurs en UE qu’au Brésil, notamment pour les classes pauvres des populations. Partant de là, négocier avec un tiers souverain se fait avec une certaine modestie et un certain réalisme.

Vatenguère : Justement les Indiens d’Amazonie sont pour la protection de leur forêt…leurs prérogatives sont donc bafouées…renseignez vous.. Les orpailleurs, les forestiers, les mineurs ne sont pas des locaux mais une immigrations économiques. Genre ruée vers l’or jaune noir blanc, laissant derrière eux ruines, délabrement et désastre écologique..

CLAUDE HUTIN : Les indiens d’Amazonie c’est 0,3% de la population qui mobilise 13% des terres. Si, en France métropolitaine, 200 000 personnes occupaient 13 départements, vous seriez le premier à trouver cela discutable. Et puis leurs enfants doivent avoir le droit aussi à la santé, à l’éducation… Cela ne dérange pas les écolos qu’ils meurent du palu ou de n’importe quelle maladie infectieuse en forêt, du moment qu’ils forment réserve exotique : c’est une attitude anti-humaniste voire criminelle.

Pierre @ C.Hutin : Les indiens ne sont pas assez nombreux certes, les envahisseurs eux sont un peu trop nombreux, non?

L’indienbécile @Claude Hutinbécile : Les indiens d’Amazonie représentent 0,3% de la population.Ils représentaient 100% de la population avant que les occidentaux viennent y foutre le bordel, notamment en y apportant toutes leurs maladies contagieuses,puis en s’appropriant les terres.Les voila les grands humanistes tant admirés par C Hutin.Il faudrait plutôt s’excuser, leur demander ce qu’ils veulent et non pas leur dire ce qui est bon pour eux.D’ailleurs nous n’avons rien fait pour eux depuis que nous y avons mis le pied chez-eux.

CLAUDE HUTIN : Une belle démonstration que l’écologisme fait le lit du populisme. On peut se désoler pour la forêt amazonienne mais encore faut-il appréhender le sujet dans sa globalité. Pourquoi le Brésil, où des millions de personnes manquent encore de tous, aurait comme devoir sacré de ne pas utiliser ses ressources naturelles pour complaire à des pays étrangers qui ne sont évidemment pas prêts à payer quoi que ce soit en compensation ?

AM : La planète est un système global. Vous détruisez la forêt amazonienne, vous perturbez tout le système. Aucun ne devrait être libre de faire ce qu’il veut sur son territoire si ça met en danger l’ensemble de la planète.

R.Berre : Ne vous en faites pas trop, le Brésil sera aux premières loges pour payer les conséquences de cette politique. Le reste de l’humanité suivra de très près.

* LE MONDE du 3 avril 2019, Au Brésil, la mise en place d’une politique de destruction de l’environnement

De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

Les individus à la recherche du pouvoir (économique ou politique) sont tellement malfaisants dans leur devenir qu’il faut délimiter leurs capacités de nuire. Montesquieu (1689-1755) énonce que le « doux commerce » amène la paix entre les nations, désormais liées par des intérêts réciproques. Mais il ajoutait que cela ne fait pas des commerçants des parangons de vertu, bien au contraire, prêts à faire trafic de tout, y compris des vertus. Adam Smith est très connu pour l’idée que l’égoïsme en affaires, comme mené par une « main invisible », conduit à l’intérêt général. Mais pour lui cette poursuite de l’intérêt personnel n’est que le moyen d’arriver à coopérer de façon équitable et rationnelle entre deux personnes qui ne se connaissent pas. De plus Adam Smith donne pour limite au règne de l’intérêt particulier l’existence de l’État, garant du bien commun, qui ne doit jamais être soumis au premier. Car il y a une inégalité structurelle entre ceux qui monopolisent le pouvoir (marchands, soldats, hommes d’État) et ceux qui en sont dépossédés.

Au niveau politique, Montesquieu constate que « Les princes qui ont voulu se rendre despotiques ont toujours commencé par réunir en leur personne toutes les magistratures, et plusieurs rois d’Europe toutes les grandes charges de leur État » (in « de l’Esprit des lois »). C’est pourquoi il préconise la séparation des pouvoirs : « La liberté politique n’existe que là où on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Montesquieu distingue ainsi la fonction d’édiction des règles générales, ou fonction législative ; la fonction d’exécution de ces règles, ou fonction exécutive ; enfin, la fonction de règlement des litiges, ou fonction juridictionnelle. Toutes ces limitations du pouvoir ont montré leur fragilités… même le contre-pouvoir de la presse n’a jamais constitué véritablement un contre-pouvoir.

Dès qu’un groupe humain devient plus important en nombre, la lutte pour le pouvoir ne peut qu’être omniprésente. C’est pourquoi l’analyse de Leopold Kohr nous paraît cruciale : « J’ai essayé de développer une seule théorie à travers laquelle tous les phénomènes sociaux seraient réduits à un dénominateur commun. Le résultat obtenu est une nouvelle philosophie politique unifiée qui suggère qu’il n’y a qu’une seule cause derrière toute forme de misère sociale : la taille excessive. Si le corps social devient malade à la suite de la brutalité ou de la bêtise de masse, c’est parce que des êtres humains, si charmants en tant qu’individus ou pris en petites assemblées, ont été amalgamés dans des entités sociales surdimensionnées telles que les foules, les unions, les cartels, les grandes puissances. Car les problèmes sociaux, pour paraphraser la doctrine démographique de Thomas Malthus, ont malheureusement tendance à grossir à un ratio exponentiel à la croissance de l’organisme dont ils font partie, alors que la possibilité qu’a l’homme d’y faire face ne grandit pour sa part que linéairement. Cela signifie que, si une société croît au-delà de sa taille optimale, ses problèmes finiront par dépasser la croissance des facultés humaines qui sont nécessaires pour le traiter. » (Leopold Kohr, introduction de son livre the Breakdown of nations, 1957 – traduit en français en 2018 sous le titre L’effondrement des puissances)

« Suis-je aussi pessimiste en 1986 au sujet de la perspective d’une organisation en petits États remplaçant l’actuelle cartographie de grands puissances que je l’étais en 1941 quand l’idée de mon livre fut conçue ? Ma réponse reste la même : NON. Il n’y a pas l’ombre d’une preuve que la valeur supérieure de la petite entité sociale soit plus proche d’être comprise qu’elle ne l’a jamais été par le passé. Le véritable conflit n’est pas entre les races, les sexes, les classes, la gauche et la droite, la jeunesse et la richesse, le socialisme et le capitalisme, tous vestiges de confrontations passées. Le véritable conflit est celui entre l’Homme et la Masse, l’Individu et la Société, le Citoyen et l’État, la Grande et la Petite communauté. Les hommes, comme Hésiode l’a écrit au VIIIᵉ siècle av. J.-C, « continueront à détruire les villes des autres hommes ». Regarder autour de moi 2 800 ans plus tard me donne peu de raisons d’espérer qu’il en ira jamais autrement. Mais mon pessimisme n’est pas désespoir. Devrions-nous être dépressifs parce que nous devons mourir ? Ou devrions-nous au contraire utiliser ce constat pour nous réjouir et apprécier la vie ? » (préface de Leopold Kohr à une réédition de 1986)

Homosexualité et décroissance, une révolution éthique

Les valeurs aujourd’hui se modifient à toute allure, mais pas toujours, pas encore. Pierre Palmade n’a plus peur de renouveler son coming out, Dominique Méda se lamente du fait que l’idée de décroissance économique patine. Mais un jour chacun vivra sa sexualité à sa guise tout en ayant dès sa naissance délimitation stricte de son quota de CO2.

Pierre Palmade* : A la fin des années 1960, je me suis affiché une fois avec un garçon à Bordeaux et j’ai été la risée de tout le lycée. Dans ces années-là, on ne parlait pas d’homophobie, puisqu’on ne parlait même pas de l’homosexualité. Donc il n’y avait pas de mots sur ce que je ressentais. Je suis d’une génération qui est passée de la honte à la loi pour le mariage pour tous… C’est le virage le plus historique de la société sur l’homosexualité. C’est incroyable ce changement de regard. Il y a encore quinze ans, si une personne traitait de pédé quelqu’un dans la rue, on regardait le pédé. Maintenant, on regarde l’homophobe. Le délit a changé de camp.

Dominique Méda** : l’économiste Michel Husson a ainsi montré que même si l’intensité en CO2 (la quantité de CO2 émise pour produire une unité de PIB mondial) baissait deux fois plus vite qu’au cours des quarante années passées, une baisse annuelle de 1,8 % du PIB mondial serait nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)…Nous sommes quelques-uns à prôner, depuis la fin des années 1990, sinon l’abandon du PIB comme indicateur de référence, du moins son encadrement au sein de normes environnementales et sociales strictes (possiblement représentées par deux indicateurs non monétaires : l’empreinte carbone et l’indice de santé sociale) dans une société que nous qualifions de « postcroissance », une société qui ne se donne plus pour objectif principal d’obtenir des gains de productivité ou de croissance mais de répondre aux besoins sociaux en visant des gains de qualité et de durabilité. Aujourd’hui, l’objectif principal est de diminuer la production de CO2 de la manière la plus égalitaire possible, y compris en adoptant des quotas carbone individuels. De cela, malheureusement, il n’est guère question aujourd’hui.

Greenpower : La phrase clé c’est «quota de CO2 individuel». Mais sur quelle base distribue-t-on de tels quotas ? La France est à 10t/an/hab quand il ne faudrait pas dépasser 2. Alors comment fait on pour diviser par 5 ? Comment découpler progrès technique et croissance industrielle ? À quelle époque la France a t elle atteint le chiffre de 2t/an/ hab ? Avant la Révolution industrielle probablement. Quelles seront les sanctions si vous dépassez votre quota ? On se dirige vers la dictature écologique voilà.

le sceptique ;Si la nature est un bien commun, si l’objectif est sa modification minimale, si le sol, l’air, l’eau, le climat, le vivant doivent être surveillés et si ce qui les impacte doit être contrôlé pour rester dans une enveloppe d’équilibre, alors chacun naîtra en effet avec un quota d’impact jugé soutenable, chacun sera surveillé pour ne pas dépasser ce quota, y compris dans sa vie privée et sa propriété privée. Je ne vois pas trop d’autre aboutissement logique aux présupposés de départ (l’écologie).

* LE MONDE du 28-29 avril 2019, Pierre Palmade : « Je veux m’éloigner de mes démons »

** LE MONDE du 28-29 avril 2019, Dominique Méda : « La croissance est-elle la meilleure ou la pire des choses ? »

L’IPBES, l’équivalent pour la biodiversité du GIEC

mars 2018 : Partout sur la planète, le déclin de la biodiversité se poursuit, « réduisant considérablement la capacité de la nature à contribuer au bien-être des populations ». Ne pas agir pour stopper et inverser ce processus, c’est mettre en péril « non seulement l’avenir que nous voulons, mais aussi les vies que nous menons actuellement ». Tel est le message d’alerte délivré par la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), réunie du 17 au 24 mars à Medellin (Colombie), pour sa 6e session plénière. Créée en 2012, sous l’égide des Nations unies et fédérant aujourd’hui 132 pays, l’IPBES peut être considérée comme le « GIEC de la biodiversité », en référence au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont elle a repris, dans son domaine, le mode de travail.

Avril 2019 : La sixième extinction de masse des espèces est bel et bien en cours. Et la terrible nouveauté, par rapport aux précédentes comme la disparition des dinosaures, voilà 65 millions d’années, est qu’elle se produit en quelques décennies seulement, et qu’une espèce parmi toutes les autres, l’homme, en est responsable : destruction des habitats terrestres et marins, surexploitation des ressources, pollutions de toute nature, prolifération d’espèces envahissantes, mais aussi changement climatique. Les experts de l‘IPBES se réunissent à Paris. Les délégués devront adopter un rapport scientifique de plus de 1 700 pages, élaboré par 150 chercheurs de cinquante pays, avec des contributions fournies par 250 spécialistes des sciences naturelles, mais aussi économiques et sociales. Encore faudra-t-il, pour espérer endiguer la perte du vivant, que les États agissent alors plus efficacement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent pour contenir le réchauffement planétaire. Quelques réactions sur lemonde.fr*, en particulier sur le rôle des moustiques. L’écologie, c’est le domaine de la complexité :

Olivier Martineau : Déclin vertigineux… Et il semble qu’aucune de ces alertes ne soit en mesure de toucher les décideurs et les électeurs. Alors que nous savons tout cela depuis plus d’une décennie, tout continue comme avant. Les émissions de CO2 augmentent et nous déforestons à tout va. L’humanité est-elle devenue si apathique, que le destin des générations futures lui soit devenu indifférent ?

TW : Recommandations « non contraignantes ». Tout est dit. Tant qu’il en sera ainsi, rien ne changera.

Ivo Mieupa : Il y a urgence là aussi : Macron va créer un conseil citoyen sur la biodiversité afin de dégager des pistes de réflexion pour 2060. Et hop ! Plus de problème. What else ?

Action réaction : Est-il encore temps d’alerter les décideurs ? Il me semble que les décideurs savent, et considèrent qu’il ne peuvent pas agir car l’économie reste la priorité malgré la faille suicidaire de ce raisonnement. Ne serait-il pas temps que la science s’organise afin d’entrer en politique ?

CYNIQUE DU BON SENS ET RAISON : Comparez, »Les dépenses mondiales d’armement approchent des 2 000 milliards de dollars »… Ce monde, notre civilisation, est juste suicidaire.

le sceptique : Dès le début, on aurait aimé que les deux « éco » (économie, écologie) jouent franc jeu ensemble en mettant sur la table ce qui coince. A savoir que l’objectif d’un climat stable et d’une biodiversité stable est impossible sur fond d’exploitation croissante de la planète pour nourrir les besoins et désirs humains. Mais chacun dans son coin, le géophysicien regarde ses courbes glaces et CO2, l’écologue ses courbes espèces et habitats, l’économiste ses courbes PIB et pouvoir d’achat.

Daniel : La biodiversité est l’assurance vie de notre écosystème planétaire; elle lui confère sa capacité à s’adapter aux changements qui surviennent en son sein. Continuons de la réduire et nous atteindrons le point de rupture où les écosystèmes ne pourront plus assurer cette  » contribution de la nature aux sociétés ».

Syfre : comme d’hab dans ce genre d’article la démographie humaine n’est jamais évoquée alors que c’est LA principale raison de tous les problèmes.

JP4921 : Vous avez raison, quand Pasteur trouve le moyen de sauver tant d’Humains, il ne se doute pas de l’utilité de toutes ces « petites, petites, bêtes » que depuis nous tuons grâce à une chimie « protectrice » de notre démographie galopante…

Laurent Jacques : Et alors ? Faudrait-il un petit génocide pour protéger les abeilles et les rhinos ?

Enkidou : la nature n’est pas autre chose qu’une ressource pour l’homme. Il faut la gérer, comme n’importe quelle ressource, au bénéfice de l’humanité, mais pas la diviniser. La biodiversité doit être protégée, mais seulement dans la mesure où son maintien est plus utile aux hommes que sa diminution. Je doute fort, par exemple, que la forte réduction du nombre de moustiques (y compris ses conséquences) soit une calamité pour l’homme.

PIERRE FERRON : « Ecologie » désigne l’équilibre d’un systéme vivant ; les moustiques font partie de ce systéme, ils nourrissent les oiseaux, entre autres. Supprimez un maillon de la chaîne du vivant ( » bios » ) et l’ensemble est déséquilibré. Nous ne connaissons pas encore toute la teneur des interactions entre tous les maillons de la chaîne. « L’économie » ne peut exister sans « l’écologie », Un président qui se veut « moderne » aurait dû comprendre ça profondément.

Enkidou @ PF : « Nous ne connaissons pas encore toute la teneur des interactions entre tous les maillons de la chaîne », dites-vous. Certes. Mais si l’homme avait attendu de connaître toutes les conséquences de ses actions avant d’agir, il en serait encore à l’âge de pierre, et nous ne serions pas là pour en deviser.

GILLES GAMAICHE @ Enquidou : Quelle ignorance crasse. La nature n’est pas une ressource pour l’homme. L’homme fait partie intégrante de la nature. Il en est même tout à la fois son espèce la plus disruptive et la plus fragile.

Claude Hutin : Supprimons ces saloperies de moustiques et nous supprimerons le paludisme et d’autres maladies ignobles qui tuent encore des centaines de milliers d’enfants chaque année. D’autres insectes prendront leur place, ou il y aura moins d’insectes, mais je me fous de cette nature qui tue des enfants.

Lysistrata : Par simple cohérence intellectuelle, Le Monde pourrait cesser de jouer les pleureuses dès que la croissance baisse. Le niveau minimum de récession pour sauver le vivant (et donc aussi les êtres humains) est de – 2% par an. Il est indispensable que nous soyons durablement en récession pour que nos enfants survivent. Et on ne meurt pas d’avoir une voiture plus petite, de ne pas passer nos vacances en Tunisie et de manger du steak seulement une fois par semaine.

* LE MONDE du 30 avril 2019, Les délégués de 132 pays et les experts de l’IPBES entament lundi une semaine de discussions à Paris pour alerter sur la disparition accélérée du vivant

BIOSPHERE INFO, Small is Beautiful

La présentation de Small is Beautiful d’Ernst Friedrich Schumacher a été faite par Satish Kumar dans son livre« Pour une écologie spirituelle » (Belfond, 2018). Dans les années 1970, Satish a travaillé avec Schumacher (1911-1977) et leur relation professionnelle s’est très vite muée en amitié. Juste après sa mort, il a fondé la Schumacher Society, une des associations qui perpétuent l’héritage d’une personnalité dont le livre, « Small is Beautiful » (1973), devrait être reconnu comme pionnier pour les tentatives actuelles de relocalisation des activités économiques.

Introduction

Ernst Friedrich (ou Fritz) Schumacher fut l’un des rares économistes occidentaux sensibles au lien qui unit l’économie à l’éthique. Il espérait voir la société se tourner vers la non-violence plutôt que la violence, la coopération avec la nature plutôt que sa destruction, la mise en place de solutions à basse consommation d’énergie plutôt que la poursuite d’un système industriel alimenté par des moyens lourds et brutaux – centrales nucléaires et combustibles fossiles. Pour lui, il semblait d’ores et déjà évident qu’une économie basée sur des ressources non renouvelables, pétrole, charbon et métallurgie, ne saurait être davantage qu’une courte anomalie dans l’histoire de l’humanité. Le bouddhisme résumait à lui seul l’ensemble des valeurs auxquelles il adhérait était allemand à l’origine. On lui doit d’avoir popularisé en 1973 l’expression Small is beautiful de son maître Leopold Kohr. En 1937 il avait fui l’Allemagne nazie pour s’établir à Londres. Il avait suivi des études d’économie à Oxford au début des années 1930, mais il adorait planter et cultiver. Il passait des journées au grand air, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Sa passion pour le jardinage l’amena à diriger la Soil Association en 1946 pour défendre la qualité des sols menacés par le développement de l’agriculture intensive. Si tu prends soin du sol, disait-il souvent, le sol prendra soin du reste.

L’origine des pensées de Schumacher

Au milieu des années 1950, Fritz Schumacher avait accepté une mission de consultant en développement pour le Premier ministre birman, qui s’interrogeait sur la pertinence du modèle occidental et la meilleur manière de le transposer dans son pays. Schumacher constata que les Birmans disposaient déjà d’un excellent système économique, partiellement inspiré par la doctrine bouddhique. Surtout il s’aperçut que les Birmans issus des classes populaires étaient satisfaits de leur existence : joyeux, créatifs et proches de la nature, ils prenaient soin d’autrui de la terre et des animaux avec plaisir. Le bon travail, que les bouddhistes nomment « moyen d’existence parfait », est celui qui transforme l’homme pour le meilleur ; le mauvais travail est celui qui le change pour le pire. Dans ces conditions il semblait insensé de leur imposer un système industriel, urbain et mécanisé. A son retour de Birmanie, Schumacher expliqua qu’il avait eu le sentiment, en découvrant l’économie bouddhique, d’effecteur un « retour au pays natal ». Il avait désormais en horreur l’idée selon laquelle l’industrialisation de l’agriculture relèverait du « développement « économique, alors que l’agriculture à l’échelle humaine, reposant sur de petites exploitations, du savoir-faire et des transactions locales, relèverait, elle du « sous-développement ». Il en vint à penser que sa mission et celle de sa génération pouvaient être assimilées à une « reconstruction métaphysique » face au désastre écologique généré par l’industrie moderne, qui engloutit tant de ressources naturelles pour un résultat somme toute plus que modeste en termes de bien-être et d’harmonie.

Un jour il vit un camion à l’effigie d’une marque de biscuits écossais entrer dans Londres ; peu après il apprit qu’une entreprise fabriquant des biscuits à Londres acheminait sa production jusqu’en Écosse. Cette découverte le troubla profondément. En tant qu’économiste, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi des être compétents se voyaient contraints de conduire un camion d’un bout à l’autre des îles britanniques dans le seul but de transporter des biscuits. N’était-ce pas absurde ? Le coût humain et environnemental d’une tel manœuvre n’avait donc alerter personne ? Schumacher eut beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il faut incapable d’y déceler la moindre logique. Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. La relocalisation permettrait de réduire le chômage et la pollution. Enthousiasmé par l’exemple de Rachel Carson (parution de Printemps silencieux en 1962), par le Sommet de la Terre en juin 1972 et le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance, Fritz Schumacher entrepris de faire un livre, Small is beautiful, publié en 1973. 

Les avantages de produire à petite échelle

D’après E. F. Schumacher, si l’homme produisait à petite échelle partout sur la planète, il conjuguerait à la fois l’excellence et la protection de la nature. En produisant à petite échelle, les acteurs économiques sont amenés à se montrer plus autonomes. Ils sont aussi plus à même de veiller sur l’environnement, sur eux-mêmes et sur autrui – en d’autres termes sur la terre, l’âme et la société. Du point de vue de l’action, nous avons besoin de petites unités, car l’action est une aventure éminemment personnelle, et l’on ne saurait être en relations dynamiques et personnelles à tout moment qu’avec un nombre très restreint de personnes. Il en va de même pour la Terre : bien qu’elle soit partout notre maison, nous développons un lien privilégié, un sentiment d’appartenance et de connexion spirituelle avec l’endroit où nous vivons. Produire à petite échelle permet aussi d’améliorer le bien-être personnel, psychologique et émotionnel des personnes. L’âme se port mieux dans yen entreprise à taille humaine ; elle se perd et se dissout dans les grandes multinationales, quand l’individu a l’impression de n’être plus qu’un petit rouage. Personne n’aime être gouverné par des règles, c’est-à-dire par des personnes dont la réponse à chaque doléance est : « Ce n’est pas moi qui fait les règles, je ne fais que les appliquer. » Si nos activités économiques sont menées à petite échelle au niveau local, notre empreinte sur la Terre demeurera minime. Les travailleurs veilleront à ne consommer qu’avec modération, à réutiliser, recycler et réparer les objets dont ils se servent au quotidien. En revanche, dès qu’elles dépassent une certaine taille, les unités de production entraînent gaspillage et pollution de masse.

La production et la consommation de masse, ajoutées au fret à l’échelle mondiale, polluent les sols, l’air et l’eau, dilapident les ressources naturelles et nuisent à la créativité humaine. Dès lors que les entreprises atteignent une certaine taille, elles tendent à s’enliser dans la gestion de l’entreprise elle-même. Dès lors qu’une entreprise considère ses employés et ses clients comme de simples moyens pour maximiser ses profits, ou comme des instruments destinés à perpétuer sa propre existence, c’est qu’elle est trop grande. Les multinationales soumettent leurs salariés à ses propres objectifs, alors que les petites unités de production parviennent mieux à maintenir l’équilibre entre le bien-être de leurs employés et la réalisation de leurs objectifs commerciaux. La croissance frénétique de certaines métropoles inquiétait beaucoup Schumacher, qui voyait dans l’exode rural une des catastrophes du XXe siècle. « Des millions de gens commencent à se déplacer. Attirés par les lumières de la ville, ils désertent les zones ruarles et vont se déverser dans la grande ville où ils provoquent une croissance pathologique ». Schumacher estimait à 50 000 habitants la limite supérieure au-delà de laquelle une cité n’est plus vivable. En deçà de cette limite, les habits peuvent traverser leur ville à pied sans devoir prendre un bus ou une voiture ; ils se rendent en quelques minutes à l’école, ua marché, à la bibliothèque ou au centre médical. La ville et la campagne se sont pas coupées l’une de l’autre. La zone urbaine se situe à proximité de cultures maraîchères et de vergers où les citadins peuvent s’approvisionner localement. Les villes, avec toute leur richesse, ne sont que des producteurs secondaires. La production primaire, condition première de toute vie économique, est le fait des campagnes. Cette question d’échelle est tout aussi vraie pour les institutions et le pouvoir politique. Pour avoir longtemps travaillé dans une grosse institution – il était économiste en chef au National Coal Board, l’autorité britannique du charbon -, Schumacher savait que les grandes entreprises prennent leurs décisions sur des bases de réflexion très étroites, et que ces décisions sont biaisées par des objectifs à court terme ; équilibrer le bilan comptable trimestriel ou augmenter la marge bénéficiaire annuelle par exemple.

Les fermes géantes, l’ingénierie génétique, la mécanisation des semailles et des récoltes, l’emploi d’engrais chimiques, de pesticides, d’herbicides, la déforestation, les mines à ciel ouvert, le recours aux forages en eaux profondes et à la fracturation hydraulique, la pêche industrielle et bien d’autres pratiques encore, témoignent d’un climat éminemment belliqueux : l’économie capitalise conçoit la nature comme un adversaire à combattre et à vaincre. En gaspillant nos ressources fossiles, nous faisons peser une menace sur la civilisation ; mais en gaspillant le capital que représente la nature vivante autour de nous, c’est pour la vie elle-même que nous sommes une menace. L’économie moderne a redistribué les rôles, inversant l’ordre des priorités établis par les théories classiques: le capital, qui occupait la troisième position en ordre d’importance après la terre et le travail, occupe désormais la position dominante : la terre et le travail ne sont là que pour le servir. Alors que le capital financier ne sert qu’à mettre de l’huile dans les rouages, les théories modernes ont attribué à l’argent une valeur en soi. La primauté accordée à l’argent constitue l’un des facteurs de la crise écologique actuelle.

Conclusion

Pour Schumacher, la notion de petitesse n’avait rien de dogmatique. Il s’agissait de l’appliquer au cas par cas, il préférait parler d’échelle « appropriée ». S’il se faisait l’avocat de la petitesse, c’est parce qu’il trouvait le monde victime d’une idolâtrie quasi universelle du gigantisme. Il jugeait pathologique, car obsessionnelle et surtout chimérique, puisque nul ne peut prétendre à une croissance infinie sur une planète aux ressources finies et limitées. Dans ce cadre, toute multiplication des besoins tend à augmenter la dépendance à l’égard de forces extérieures qui échappent à notre contrôle. Ce n’est qu’en réduisant ses besoins que l’on peut encourager une authentique réduction des tensions responsables des luttes et des guerres. L’économie à grande échelle est une économie de violence. La sagesse exige une novelle orientation de la science et de la technologie vers l’organique, le généreux, le non violent. Comment édifier la paix en la fondant sur une science imprudente et une technologie violente ? Des machines toujours plus grosses, entraînant des concentrations de pouvoir économique toujours plus grandes et violentant toujours davantage l’environnement ne représentent nullement le progrès : ce sont autant de refus de sagesse. Ensemble, les forces de l’offre et de la demande, le libre-échange, la mondialisation et la croissance économique ont constitué une véritable religion de l’économie où règne et triomphe la quantité, écrit Schumacher, avant d’ajouter : Dans la mesure où la conception économique repose sur le marché, elle ôte à la vie tout caractère sacré, car rien de ce qui a un prix ne peut être sacré. Dans un tel système, même les valeurs le moins « économiques », telles la beauté, la santé et la propreté, ne survivront que si elles se révèlent capables d’être commercialisées. Il ne s’aveuglait pas pour autant : il savait que les petites unités peuvent se rendre coupables, elles aussi, de pollution, de destruction et d’agression envers l’homme et la nature. Mais leurs exactions, lorsqu’elles en commettent, ont nécessairement moins d’impact puisqu’elles sont plus petites.

Extraits de « Pour une écologie spirituelle » de Satish Kumar (Belfond, 2018), titre originel SOIL, SOUL SOCIETY (2013)

livre de référence : « Small is beautiful : Une société à la mesure de l’homme », de E. F. Schumacher (Seuil, 1979), traduit de l’anglais (1973)