CLIMAT, Juliana contre les États-Unis

Une Cour d’appel américaine a jugé, vendredi 17 janvier, à une majorité de deux juges contre un, qu’il n’est pas du ressort du pouvoir judiciaire fédéral de contraindre le gouvernement des États-Unis à agir contre les changements climatiques*. Dans le dossier « Juliana contre les Etats-Unis », 21 jeunes requérants reprochaient au gouvernement fédéral d’avoir manqué à leur devoir de les protéger du dérèglement climatique, en soutenant depuis plus de cinquante ans l’utilisation des énergies fossiles. Pour sa défense, le gouvernement a fait valoir que ni la loi ni l’histoire des États-Unis ne peuvent étayer la revendication des plaignants pour un droit fondamental à un « climat vivable ». Remédier au changement climatique, explique la cour d’appel, exige « des décisions politiques complexes confiées, pour le meilleur ou pour le pire, à la sagesse et à la discrétion » de la Maison Blanche et du Congrès. Mais moralement les jeunes ont gagné car il est aussi écrit dans le jugement : « Les plaignants ont fait valoir de façon convaincante la nécessité d’agir ; il sera de plus en plus difficile, à la lumière de ce dossier, pour les branches politiques de nier que les changements climatiques se produisent, que le gouvernement a joué un rôle dans leur apparition et que nos élus ont la responsabilité morale de chercher des solutions, développe la décision. Nous concluons, à contrecœur cependant, que les arguments des plaignants doivent être présentés aux branches politiques ou à l’ensemble de l’électorat, ce dernier pouvant modifier la composition des branches politiques par le biais des urnes. »

La troisième juge a, pour sa part, manifesté ainsi son désaccord : « C’est comme si un astéroïde se dirigeait vers la Terre et que le gouvernement décidait de nous priver de tous nos moyens de défense. En cherchant à annuler ce procès, le gouvernement insiste lourdement sur le fait qu’il a le pouvoir absolu et irrévocable de détruire la nation. (Or) la Constitution américaine ne tolère pas la destruction délibérée de la nation par le changement climatique.» Et pourtant c’est le cas ! Ainsi va la démocratie dans nos systèmes complexes, dans le mur. Le peuple envoie par les urnes à la présidence des États-Unis un climato-sceptique assez ignorant de l’intérêt public pour subir actuellement un procès en destitution. Le peuple élit aussi un sénat aux ordres car fondamentalement conservateur ; il défendra un président en train de mettre la planète en feu avec ses coups de sang type type » assassinat de l’Iranien Ghassem Soleimani. » Poison dans la pomme, Trump démantèle méthodiquement toute la législation américaine de protection de environnement depuis son arrivée au pouvoir.

C’est à cause de cette pseudo-démocratie de citoyens sous-informés et sur-conditionnés que l’année 2019 a été la plus chaude enregistrée (avec 2016) depuis les premiers relevés de température au milieu du XIXe siècle, que la température moyenne à la surface du globe a augmenté de 1,1 °C par rapport à l’époque préindustrielle (1850-1900), tandis que la chaleur accumulée par les océans a atteint un nouveau sommet. Selon l’OMM (Organisation météorologique mondiale) « nous nous dirigeons vers une augmentation de la température de 3 °C à 5 °C d’ici à la fin du siècle  au rythme actuel des émissions de dioxyde de carbone. »

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, Réchauffement climatique : de jeunes citoyens américains perdent leur combat devant la justice

CLIMAT, convention citoyenne et décisions

Le site* de la convention citoyenne pour le climat vaut le détour. Pratiquer les recommandations qui en émergent mériteraient d’entrer en application tout de suite. Exemples :

​- Faire une commission de citoyens tirés au sort qui déciderait de la commercialisation ou non des produits que les entreprises souhaitent vendre, selon leur impact pour la société ;

​- Faire calculer à tous les élèves de primaire le bilan carbone de leurs parents et le comparer aux objectifs de 2030 afin de les sensibiliser ;

– Inverser la politique actuelle d’allocations familiales en n’ouvrant des allocations qu’au premier enfant ;

– Interdire de vendre les produits qui nécessitent de brûler de la forêt (exemple cité : soja) ;

​- Obliger la vente à emporter de ne vendre que des boissons à verser dans des gourdes ;

– Apprendre aux élèves de l’école primaire à bricoler et réparer les objets ;

​- Faire un quota d’achat d’1kg de vêtements neufs par an ;

​- Produire soi-même sa nourriture…

​Le Canard enchaîné du 15 janvier reprend de son côté d’autres propositions, « instaurer un permis pour manger de la viande » ou « supprimer la publicité de façon pure et simple au moins dans les espaces publics »… Le Canard en profite pour se moquer de nos députés : Nombre de ces idées, même « sans filtre », n’ont aucune chance de se concrétiser. Aucune chance, dans une Assemblée qui vient de voter une distance de sécurité de seulement 5 mètres pour les pesticides d’accepter « Sortir du nucléaire, trop insécuritaire. » En revanche parions que si les citoyens formulaient cette proposition : « Construire 10 EPR pour assurer à la France une énergie décarbonée », elle serait votée à une large majorité macroniste.

Ce que nous venons d’écrire montre deux choses. D’abord que les propositions des 150 citoyens n’ont aucune chance d’aboutir législativement, sauf à être édulcoré de façon à ne plus avoir de signification. Ensuite que la démocratie représentative, qui envoie au parlement des citoyens qui défendent un parti et/ou des intérêts économiques sans se soucier ni de l’intérêt public, ni de la durabilité dans le temps de leurs décisions, est complètement inadaptée à l’urgence écologique. Alors remplacer nos élus au niveau national par des conventions citoyennes semble la première des mesures à prendre pour sortir de la merde où nos émissions de gaz à effet de serre nous mènent…

* https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/

Fin de vie à domicile, la galère

Journaliste, Catherine Vincent a répondu cet été au souhait de sa mère, qui demandait à mourir simplement à la maison. Elle témoigne personnellement dans un article du MONDE* des difficultés rencontrées pour exaucer cette dernière volonté : « Autrefois on mourait « de vieillesse », chez soi, dans son lit, entouré des siens, de plus en plus faible jusqu’à ce que la mort nous prenne. La différence avec cette époque, c’est que la médecine a maintenant des moyens simples et efficaces pour apaiser à domicile, dans la plupart des cas, les souffrances morales ou physiques. C’est leur mise en œuvre, politiquement voulue, correctement financée et à grande échelle, qui fait défaut. Mais qui le sait ? Qui en débat ?

J’ai découvert que rien n’est véritablement fait dans notre pays, pas même dans notre capitale pourtant dotée de moyens privilégiés, pour favoriser la mort à domicile. Il s’en faudrait pourtant de peu, m’a-t-il semblé, pour que tout fonctionne mieux. Mais le peu manque à l’appel, notamment par manque d’information. (… après moultes mésaventures et impossibilité de dialogue avec différentes autorités sanitaires), un ami, médecin généraliste rompu aux situations délicates et connaissant bien ma famille, est encore à Paris. Lui saura me conseiller. Il fait bien plus : il me sauve. A peine lui ai-je expliqué le contexte qu’il me propose de le rejoindre à son cabinet. Une demi-heure plus tard, il me remet une enveloppe contenant quelques dosettes d’Oramorph – une solution buvable à libération immédiate de morphine. Ajoute quelques mini-flacons de scopolamine, destinés à pallier l’éventuelle survenue de râles agoniques. M’explique qu’en soins palliatifs il suffit en général de disposer de trois types de molécules : un anxiolytique (le Lexomil que nous avons déjà fera l’affaire), un opioïde contre la douleur (morphine ou dérivés), un anticholinergique contre la détresse respiratoire aiguë (la scopolamine). C’est tout ? C’est tout. Et encore, toutes ces substances ne sont pas forcément nécessaires. La preuve : jusqu’à la fin, la scopolamine restera dans son enveloppe. Et ce que fait mon ami en me donnant ces produits, est-ce légal ? Il sourit, ne répond pas.

Mon principal problème réside dans la posologie des « bonbons qui font du bien » – c’est ainsi que j’ai surnommé la cuillère d’eau gélifiée dans laquelle je glisse, à heures régulières, quelques gouttes d’Oramorph et un peu de Lexomil dissous. Je crains sans cesse d’en donner trop à ma mère – est-ce pour cela qu’elle somnole tant ? A moins que ce ne soit pas assez – est-ce pour cela qu’elle s’agite, gémit et tient par moments des propos délirants ?…………………

Complément d’analyse sur notre blog biosphere :

8 janvier 2020, Fin de vie, prendre du midazolam ?

21 août 2018, Hans Jonas confronté au problème de l’euthanasie

25 septembre 2016, Euthanasie, un mot en vogue pour la mort douce

29 janvier 2016, Ni euthanasie, ni suicide assisté, une molle décision !

14 décembre 2014, Fin de vie, encore une mesurette de François Hollande

5 novembre 2014, L’engagement 21 de François Hollande sur la fin de vie

25 juin 2014, Acceptons la fin de vie, par nature notre lot commun

16 janvier 2014, Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ?

* LE MONDE du 11 janvier 2020, Fin de vie : « Je n’avais pas prévu qu’aider ma mère à mourir chez elle serait une épreuve si solitaire »

Australie, les flammes de l’apocalypse

On croirait l’apocalypse. Le ciel est en feu, une catastrophe nationale est en train de se produire en Australie. Cela fait trois mois que le feu ravage des terres déjà grillées par la sécheresse et des arbres assoiffés par des vagues de chaleur précoces. La journée du samedi 4 janvier a été la plus chaude depuis l’existence des relevés de températures, avec 44 °C à Canberra. De gigantesques murs de flammes projettent des pluies de braises, lesquelles enflamment tout alentour. Une superficie équivalente à celle de la Belgique a été réduite en cendres. Le nombre d’animaux qui ont déjà péri est estimé à 1 milliard. Des colonies entières de koalas ont été réduites à néant. Les Australiens, qui ne prêtaient jusque-là pas attention aux discours des climatologues du monde entier, observent tout cela avec horreur.

Clive Hamilton : Il est impossible de faire taire la rage ressentie à l’encontre des responsables politiques et des lobbyistes du charbon. Le gouvernement s’oppose à des réductions plus massives des émissions mondiales de CO2. Le premier ministre conservateur, Scott Morrison, déploie tous les talents qu’il a développés au cours de sa précédente carrière dans le marketing pour pointer du doigt des facteurs de l’embrasement autres que le changement climatique. Je pensais autrefois que des catastrophes causées par le changement climatique feraient tomber les murs psychologiques du déni. Mais je me trompais. Il est à présent clair que ceux qui sont dans le déni regarderaient le pays entier partir en fumée plutôt que d’admettre qu’ils avaient tort. Mais on peut s’attendre à une vague de dégoût envers ces responsables politiques et à une poussée de militantisme en faveur d’un changement. D’une façon ou d’une autre, nous devons commencer à imaginer un nouvel avenir sur une terre de plus en plus chaude, une terre de plus en plus hostile à la vie humaine.*

Isabelle Adjani : Notre colère gronde face à l’impéritie de dirigeants climatosceptiques, éco-irresponsables. Je n’en reviens pas de voir le premier ministre australien, Scott Morrison, fanfaronner, histrion malgré lui, qui regarde les flammes dévorer son pays comme s’il assistait à un spectacle d’effets spéciaux. Honte et indignation, disons-nous. Nous n’irons pas jouer à Sidney. Nous sommes des artistes, et aujourd’hui, plus que jamais, notre tâche est de redonner du sens aux choses. Le théâtre ne doit pas être un endroit égocentré. Toutes les crises graves posent la question de la place de l’artiste et de la place de l’art dans la crise, face à la crise et en dehors de la crise : engagement et éveil des consciences.Nous devons de nous opposer aux politiques climaticides et nous nous devons aussi d’inciter les responsables d’événements culturels à réfléchir à ce qui est le plus important quand brûlent les forêts. En attendant de mettre pour la première fois le pied sur le sol australien, en espérant y découvrir un nouveau gouvernement soucieux de son peuple, celui que les Australiens ne manqueront pas de choisir aux prochaines élections, après une telle catastrophe.

Audrey Garric : La planète brûle, littéralement. En Australie, en Amazonie ou au Cambodge, des hectares et des hectares partent en fumée, décimant la faune et la flore. Ces phénomènes dramatiques ne sont qu’un aperçu de ce qui nous attend dans un monde qui se réchauffe. En France, le tableau est également des plus sombres. La probabilité d’occurrence d’une année comme 2003, qui a marqué un record en termes de surfaces brûlées et de départs de feux, est 51 fois plus élevée aujourd’hui sur le littoral méditerranéen que ce qu’elle serait sans changement climatique. Il faut d’urgence rester bien en deçà de 2 °C de réchauffement.

Nous laissons maintenant la parole à nos commentateurs qui souvent complètent judicieusement nos synthèses…

* LE MONDE du 11 janvier 2020, Clive Hamilton : « En Australie, nous devrons faire le deuil de l’avenir »

** LE MONDE du 4 janvier 2020, Isabelle Adjani : « Pourquoi je renonce à jouer en Australie »

*** LE MONDE du 16 janvier 2020, Les incendies en Australie préfigurent le futur dans un monde réchauffé, selon des scientifiques

Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

Qui a écrit , « Face à l’effondrement de la biodiversité, annonciateur de celui des sociétés humaines, il n’est plus temps de tergiverser, de lésiner ou de se payer de fortes paroles. On ne marchande pas avec la vie » ? Cette phrase était la conclusion d’un éditorial du MONDE* il y a plus de deux ans. Depuis rien n’a bougé, le soi-disant contre-pouvoir des médias n’existe pas. Reste l’incantation des diplomates. La Convention des Nations unies sur la Diversité Biologique (CDB) est un traité international adopté lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992. En 2020, les États-Unis n’avaient toujours pas ratifié cette Convention. En 2010, lors de la COP10 (conférence des parties) au Japon, la CBD avait adopté les accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020. Dix ans plus tard le constat était amer : la plupart des objectifs n’avaient pas été atteints. La Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) n’a vu le jour qu’en 2012, vingt ans après Rio. La 15e Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) est programmée en octobre 2020 à Kunming, en Chine**. COP15 pour la biodiversité et nous n’étions même pas au courant qu’il y en avait 14 avant ! L’objectif est de protéger au moins 30 % de la planète – terre et mer – d’ici à 2030. Dans ces 30 %, 10 % des zones protégées devraient être en état de « protection stricte », aucune activité humaine, comme la pêche ou l’agriculture, même réglementée, ne pourra y avoir lieu.

Ce genre d’objectifs ambitieux, on connaît. C’est comme les COP sur le climat, l’ambition est là et les moyens inexistants ; il s’agissait de limiter la température du globe à moins de 2°C et c’est pourtant parti pour 4 ou 5 degrés. L’Australie flambe et Trump est sorti des accords sur le climat. Sur ce blog, nous suivons avec inquiétude l’état de plus en plus désespérant de la biodiversité. Exemples :

La biodiversité dans le monde

9 mai 2019, Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

2 mai 2019, L’IPBES, l’équivalent pour la biodiversité du GIEC

25 mars 2018, L’homme disparaîtra, bon débarras ! L’IPBES le dit…

20 octobre 2012, Conférence mondiale sur la biodiversité, bavardage !

20 février 2010, biodiversité, un objectif perdu d’avance

2 février 2005, la biodiversité en péril selon l’union mondiale de la nature

La biodiversité en France

8 juillet 2018, Plan biodiversité, laissez-moi rigoler…

22 mai 2018, Nicolas Hulot à l’épreuve de la chute de la biodiversité

6 janvier 2017, La police de la biodiversité mise en place sans moyens

17 mars 2016, Loi sur la biodiversité, un vrai parcours du combattant

19 janvier 2016, loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

26 mars 2015, Loi sur la biodiversité ne veut pas dire biocentrisme

1er juin 2012, sans sentiment de nature, la biodiversité fout le camp

14 août 2008, bagnole versus Biodiversité

25 juin 2008, Donner un prix à la biodiversité (Pavan Sukhdev)

9 décembre 2007, le concept de biodiversité (définition)

* LE MONDE du 7 juillet 2018, éditorial : Biodiversité,fortes paroles et faibles moyens

** LE MONDE du 15 janvier 2019, L’ONU propose de protéger 30 % de la planète d’ici à 2030

Emmanuel Macron devant 150 citoyens

Devant les 150 citoyens qui bossent pour lui, Emmanuel Macron a présenté trois scénarios suite à leurs propositions sur le climat. Dans le premier cas de figure, le chef de l’Etat n’est pas d’accord : « Je n’ai pas fait cet exercice pour en arriver là. » Deuxième possibilité, « le texte que vous avez se tient, et on y va sans filtre … Les propositions trouveront leur cheminement par voie réglementaire, par voie législative ou par référendum ».Troisième option, la proposition n’est pas assez précise et le chef de l’État s’engage à la « finaliser » avec les citoyens. Rendez-vous en avril ; le chef de l’État s’est en effet engagé à revenir devant la « convention citoyenne pour le climat » pour leur annoncer le sort qu’il réserverait à leurs propositions. Quelques commentaires perspicaces sur lemonde.fr* :

Réalité : Si le roi n’est pas d accort avec une proposition il la refuse, toute la démocratie expliquée ainsi par notre suzerain !

Esclave moderne : J’adore ce type de concertation, on vous fait travailler en vous donnant l’illusion que votre avis à un quelconque intérêt, vous faites vos propositions, réponse «  c est très intéressant ce que vous proposez, j’aime bien mais blablabla cela ne pourra pas se faire car blablabla ».

curieux01 : Concernant le dérèglement climatique, toute autre mesure qu’une très forte augmentation et généralisation de la taxe carbone ne serait que mesurette destinée à amuser le public.

Jean Sérien @ curieux : Je signale au passage que la principale revendication « des gens » et « du peuple », c’est plus de pouvoir d’achat. Du pognon pour consommer, en résumé.

jea.vie : Comment ne pas voir que cette convention c’est du pipeau intégral. Un referendum sur quoi? L’arrêt des centrales nucléaires? L’interdiction des SUV? La fin des plastiques a usage unique dès l’année prochaine?

Lithopedion : Rassurez-vous ! C’est déjà trop tard. Cette consultation ne changera rien au fait que le réchauffement est estimé à +2° et que si rien n’est fait nous allons tranquillement sur les 4°. Ou que les réserves de pétrole et de phosphates sont bientôt épuisées.

PSLG : Il faut rappeler une évidence : la marche du monde nous conduit inexorablement à la catastrophe, à la fin prochaine de notre société thermo-industrielle. La prise de conscience est trop partielle, trop tardive. Sauver l’humanité à l’échelle du siècle réclamerait des changements tellement radicaux, notamment dans les sociétés occidentales, qu’ils n’auront pas lieu. Et le soi-disant « progrès » technologique ne nous sauvera pas, n’en déplaise à Monsieur Rifkin. Alors, quel (très mince) espoir nous reste-t-il ? Que la jeunesse perde son insouciance, son innocence et bouscule radicalement les baby-boomers pour imposer démocratiquement des changements massifs….

Cyril Videau : L’idéal serait que cette convention climat transmette les résultats de son travail à une commission climat qui pourrait ensuite faire valider (ou pas) ses conclusions par une assemblée climat en vue de la réunion d’un groupe de travail sur les enjeux climatiques, groupe de travail qui serait chargé de présenter les grands axes de cette réflexion aux citoyens en vue d’engager un grand débat national sur cette question que l’on doit considérer comme prioritaire et urgente.

Walden58 : Écologiste de la parole creuse, le néolibéral Macron travaille en fait pour garantir que ses amis de la grande entreprise puissent continuer à polluer nos vies et l’environnement.

* LE MONDE du 12 janvier 2020, « Il était cool, mais n’a pas apporté grand-chose » : accueil mitigé pour Emmanuel Macron à la convention sur le climat

Il est interdit d’avoir plus de deux enfants

– La loi interdit aux fonctionnaires d’avoir plus de deux enfants. Au-delà, ils encourent des sanctions. C’est déjà une réalité dans certaines régions de l’Inde, comme au Rajasthan. Ummed Singh Rathore l’a appris à ses dépens, alors qu’il cherchait du travail. « J’ai été embauché pour être gardien à l’Assemblée du Rajasthan. Plus tard, le directeur m’a convoqué et m’a dit que mon embauche était annulée », explique-t-il. « Pourquoi le gouvernement interfère dans nos vies privées ? » La raison de l’annulation de son embauche ? Ummed Singh a trois filles, et donc la loi l’empêche d’accéder à un poste de fonctionnaire. « J’ai trois enfants, mais je n’ai rien fait de mal. Pourquoi le gouvernement interfère dans nos vies privées ? Il est censé nous aider, au contraire », déplore-t-il. L’Inde est en état de surpopulation avec presque 1,4 milliard d’habitants. Le pays va bientôt dépasser la Chine. Face à ces défis, les autorités cherchent des solutions. (JT de 20 heures le 13 janvier 2020)*

– La population de l´Etat du Gujarat, en Inde, est en constante augmentation. Selon les données du recensement qui vient d´être réalisé, l´État compte 50,5 millions d´habitants. Dix millions de plus qu´en 1991. Les nationalistes hindous, au pouvoir dans cette région, proposent d´interdire aux couples d´avoir plus de deux enfants. L´Église catholique s´oppose résolument à ce projet. L´évêque de Ahmedabad a déclaré qu´il s´agit d´une « violation des droits humains élémentaires ». Le père Cedric Prakash a déclaré que le chemin à suivre pour faire face à la croissance démographique est celui de l´éducation « des femmes et des catégories les moins privilégiés ». L´Église, a-t-il souligné, encourage les « méthodes naturelles » de planification familiale. (ROME, lundi 27 août 2001)**

– Deux enfants par couple, c’est possible dans un pays où le divorce est interdit… ou impossible. La loi indienne permet le divorce par consentement mutuel ou pour sévices physiques. Dans la réalité, la plupart des femmes indiennes préféreront subir la violence de maris ivrognes plutôt que d’encourir le rejet de leur entourage. Alors mieux vaudrait dire deux enfant maximum par femme. Et si on va jusqu’au bout de la logique de l’intérêt collectif face aux menaces de surpopulation, de réchauffement climatique, d’épuisement des terres, de stress hydrique, d’extinction de la biodiversité… mieux vaudrait une loi mondiale imposant de façon progressive l’idée d’un seul enfant par femme. Sensibilisation éducative, consentement des populations et écologie punitive sont absolument complémentaires. Et ce n’est pas parce que certains sont contre les radars au bord des routes qu’on ne doit pas sanctionner pour excès de vitesse. Pourquoi faire une différence avec l’excès de fécondité ?

* https://www.francetvinfo.fr/monde/inde/inde-vers-une-limitation-du-nombre-d-enfants_3783485.html

** https://fr.zenit.org/articles/inde-l-eglise-s-oppose-au-plan-imposant-un-maximum-de-deux-enfants-par-couple/

La chasse aux cotons-tiges est ouverte

En France, la mise sur le marché des cotons-tiges à usage unique et en plastique est interdite depuis le 1er janvier 2020. Alors vive le nouveau coton-tige à label écolo. ! Le capitalisme est passé maître dans l’art de récupérer la contestation pour ne rien changer au fond : la sobriété ne doit pas connaître, le consommateur doit consommer. Ainsi

LastSwab, un nouveau concept danois, lance le premier coton-tige lavable et réutilisable breveté au monde : « Conçu intelligemment, son embout est en élastomère thermoplastique (TPE) et la tige en nylon rigide. L’étui, quant à lui, composé de maïs, est biodégradable. LastSwab propose deux versions déclinables: l’une aux embouts rembourrés pour le nettoyage des oreilleset l’autre aux embouts pointus pour les retouches de maquillage. Souhaitez-vous parler de ce nouveau produit éco-responsable ? »

Oui, on en parle, mais pour dire qu’on peut s’en passer. D’abord le maquillage abîme la peau, autant ne rien faire et laisser à notre beauté sans fard l’art de paraître et à nos rides l’a manière de vieillir naturellement. Quant au coton-tige pour les oreilles, on devrait déjà savoir qu’on peut remplacer le coton-tige par des oriculi, des cure-oreilles en bambou réutilisables à vie. Mais après mûre réflexion sur la raréfaction du pétrole et l’apparition du sixième continent*, on peut même comprendre qu’il suffit d’user d’une allumette brûlée au bout de laquelle on tortille un peu de coton. Mieux vaut au final la voie de la simplicité volontaire. Les trucs dans les oreilles, c’est très méchant : ils risquent de provoquer de l’eczéma dans vos conduits auditifs ou provoquer de vilains bouchons de cérumen. Ni coton-tige, ni oriculi, il faut savoir que l’oreille a besoin d’exsuder ses substances pour se sentir bien, et nous avec.

L’Europe accompagne la chasse au plastique menée (de façon très mesurée) par la France. Les eurodéputés avaient soutenu à une large majorité un texte visant même à interdire les produits oxoplastiques, supposés biodégradables, se fragmentent en microparticules de plastique. « Oxoplastique », un terme à connaître mieux que LastSwab ! L’interdiction de couverts et assiettes à usage unique, pailles, cotons-tiges, tiges de ballons, plastiques oxo-dégradables, récipients pour les aliments et gobelets en polystyrène expansé entrera en vigueur au printemps 2021. Les produits concernés par cette interdiction représentent 70 % de l’ensemble des déchets marins selon la Commission européenne. « On trouve des résidus de plastique dans l’organisme de nombreuses espèces marines – tortues de mer, phoques, baleines, oiseaux mais aussi poissons et coquillages – et, partant, dans la chaîne alimentaire humaine« , explique l’exécutif européen. La directive fixe aux Etats membres un objectif de collecte de 90 % des bouteilles en plastique d’ici 2029. Les bouteilles commercialisées dans l’UE devront par ailleurs contenir au moins 25 % de plastique recyclé en 2025 et au moins 30 % en 2030. Le texte adopté instaure également une responsabilité élargie des producteurs (REP) pour deux catégories de produits. Tout d’abord les filtres à cigarettes, qui devront par ailleurs faire l’objet d’un étiquetage obligatoire (tout comme les gobelets en plastique, les lingettes humides et les serviettes hygiéniques). Les engins de pêche ensuite, afin de faire supporter les coûts de collecte des filets perdus en mer par les fabricants.**

* Le vortex de déchets du Pacifique nord est une zone du gyre subtropical du Pacifique nord, également connue sous le nom « soupe plastique », « septième continent », vortex d’ordures, ou encore « grande zone d’ordures du Pacifique ».

** https://www.actu-environnement.com/ae/news/Union-europeenne-interdiction-plastiques-jetables-2021-33170.php4

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier (p.107). »

« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler (p.109)»

Voici en deux phrases nichées au milieu du livre « Les vaches aiment le yaourt », le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo. L’auteur, Anne Galais, est éleveur de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer. Tache difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu simplement présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de tette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA. Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lire le livre d’Anne Galais distribué par Amazon (2019), 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

NB : article initialement paru sur le site des JNE

La 3G évitable, 4G superflue, 5G inacceptable

Est-il normal que la mise en place de la 5G ne s’accompagne en France d’aucune évaluation mettant en balance le supplément de service rendu avec les inconvénients environnementaux additionnels. Devons nous en rajouter alors que les effets négatifs de la « prolifération numérique » commencent à être bien documentés. Un équipement 5G consomme trois fois plus qu’un équipement 4G… L’impact global représenterait environ 10 TWh supplémentaires, soit une augmentation de 2 % de la consommation d’électricité du pays. De plus l’énergie nécessaire à la fabrication des terminaux, serveurs, et éléments de réseau représente trois fois l’énergie de fonctionnement des réseaux, hors data centers. Alors qu’une augmentation de la durée d’utilisation des smartphones serait centrale pour réduire leur empreinte carbone, l’apparition de la 5G accélérerait leur remplacement, entièrement importé. Les services offerts lors de l’introduction des forfaits 5G seront… les mêmes qu’aujourd’hui ! Sans compter l’augmentation de la fracture numérique… Nous devrions consacrer notre temps et nos moyens à d’autres priorités. (Shift Project) *

Il faut de l’innovation technologique pour que chacun ait l’impression que son niveau de vie s’améliore. L’urgence climatique et la raréfaction de nos ressources voudraient qu’on se mette plutôt à la diète… A voir les températures en Australie et la détérioration de pans entiers des services que nous offrait jusqu’à présent gratuitement la biosphère, on peut en effet s’interroger sur nos priorités. Notre mode traditionnel d’existence, notre capacité à faire beaucoup avec peu, le fait de flâner plutôt que de regarder son smartphone… importent-ils moins que le cycle sans fin d’innovations sans réflexion ? Le superflu, le double emploi, l’inutile gadget aggrave notre présent et devient mortel pour nos générations futures. On peut classer, on devrait politiquement classer toutes nos activités de la plus approprié à l’absolument inacceptable :

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération 4G, 5G…

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > nucléaire > charbon

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique >société des écrans

pour en savoir plus, L’art de classer ce qui est bien ou mal
* LE MONDE du 10 janvier 2020, « La 5G est-elle vraiment utile ? »

Les humains face aux autres prédateurs

En France, il ne faut pas marcher avec les loups : Le Syndicat Agricole FDSEA05 a appelé via facebook à manifester contre le film « Marche avec les loups » dimanche dernier 5 janvier. En se donnant rendez-vous devant le siège de la Chambre d’agriculture à Gap pour ensuite se diriger vers le cinéma le Palace où se tenait une avant-première. Face au tollé des internautes sur facebook, cette manifestation a été annulée. C’était la deuxième fois. Ce fait n’est pas isolé. Lors du tournage le réalisateur Jean-Michel Bertrand a reçu à 3 reprises des menaces de mort ! Les élus du département des Hautes Alpes et de la Région Sud (ex Paca) ont refusé de soutenir le film. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes les élus, bien qu’ayant financé le film, ont demandé à ne pas apparaître dans la communication autour du film. Ils n’apparaissent ni au générique ni sur les affiches, sur la pression des éleveurs. Il ne s’agit que de loups, que diraient éleveurs et pouvoirs publics face à un troupeau d’éléphants ?

Entre Sri-Lankais et éléphants, la guerre est déclarée : L’habitat est grignoté par la déforestation et les infrastructures routières. On étend les plantations de thé, de noix de coco, de banane ou de mangue pour développer le revenu local. Les fermiers sont tentés de se lancer dans l’élevage bovin, pour sa rentabilité. Les pachydermes sont contraints de se rapprocher des villages pour se nourrir. Chaque camp compte ses morts. Il y a dix ans, c’était autour de 70 humains tués chaque année, mais plus de 80 les années récentes, pour atteindre 100 victimes en 2019. L’année 2018 avait vu pour la première fois le nombre d’éléphants tués dépasser les 300, pour atteindre 319. A la mi-décembre 2019, on en comptait 360 en moins d’un an. Face à l’aggravation des conflits, la solution gouvernementale a consisté à déplacer les éléphants problématiques dans des parcs nationaux. Mais ceux-ci sont désormais saturés. (LE MONDE du 8 janvier 2020)

« Il va falloir apprendre à cohabiter, à se partager le territoire », pourrait-on conclure avec les protecteurs de la biodiversité. Plus facile à dire qu’à faire, il faudrait à la fois réduire drastiquement le niveau de la population humaine ET ne plus bénéficier des avantages de la société techno-industrielle…

Bernard Stiegler lutte contre l’effondrement

Bernard Stiegler mise sur les expériences locales pour lutter contre l’effondrement systémique. Il est interrogé par le journal La Croix : 

Le collectif de scientifiques « Internation », que vous avez co-fondé en 2018, lance ce vendredi 10 janvier un appel à Antonio Guterres, sous la forme d’une « méthode » d’action contre l’effondrement. Expliquez-nous votre démarche.

Bernard Stiegler : En 2018, nous avons créé un collectif international de scientifiques issus de nombreuses disciplines (biologistes, mathématiciens, économistes, ingénieurs, juristes, philosophes, etc.) pour répondre aux exhortations du secrétaire général de l’ONU à agir afin d’éviter une catastrophe climatique. Le Giec rendait alors un rapport décisif, appelant à des « changements sans précédent ». Puis la jeunesse est descendue dans la rue. Le travail de notre collectif est une réponse à toutes ces interpellations. Avec une conviction que nous partageons tous, du mathématicien Giuseppe Longo au sociologue Richard Sennett, en passant par le juriste Alain Supiot.

Laquelle ?

B. S. : Notre thèse est la suivante : si rien ne se passe, alors même que Guterres n’a de cesse, depuis deux ans, de rappeler au monde la gravité de la situation, ce n’est pas seulement en raison du poids des lobbys pétroliers ou financiers, des calculs politiques ou des contradictions des citoyens. Tout cela existe, certes. Mais l’obstacle majeur vient du fait que les problèmes sont mal posés et que l’on ne propose pas de méthode d’action.

Comment, dès lors, considérer la crise que nous traversons ?

B. S. : Il est crucial de partir de la notion d’entropie, qui est un principe fondamental du vivant… Ou plutôt, de ce contre quoi il lutte. Car ce qui caractérise notre époque – et ce qui se passe dans la biosphère – est une augmentation vertigineuse de l’entropie. Il s’agit au départ d’un concept de la physique, qui renvoie à la dissipation de l’énergie d’un système, menant à son dépérissement. De ce point de vue, la dissipation énergétique conduit à l’heure actuelle à une augmentation délétère de la température, qui détruit notre planète.

Mais l’entropie est aussi biologique. Elle se traduit par une chute dramatique de la biodiversité – on parle aujourd’hui de sixième extinction des espèces. Enfin, l’entropie est « informationnelle ».

C’est-à-dire ?

B. S. : Avec la montée en puissance des algorithmes et du « big data », le savoir humain est remplacé par les calculs de la machine. Ces derniers sont très efficaces à court terme. Mais pas au-delà, car ils ne prévoient pas l’improbable. Or le processus à travers lequel l’univers se déploie produit toujours de l’improbable. Et comme l’a montré le physicien et philosophe Erwin Schrodinger, la vie n’est pas réductible aux calculs. Le problème, c’est que nos systèmes – et en particulier nos modèles économiques – y sont aveugles. Il faut inventer autre chose, ce que nous tentons de faire, en mettant des solutions sur la table.

Quelle « méthode » le collectif propose-t-il ?

B. S. : Tout en travaillant sur ce cadre théorique, nous menons des expérimentations de terrain, en particulier en Seine-Saint-Denis. Puisque l’entropie est systémique, nous y avons lancé des chantiers dans différents domaines, en prenant le contre-pied du modèle économique actuel. Comment ? En se fondant sur les « savoirs » – car c’est bien le savoir humain qui permet de lutter contre l’entropie : celui de la mère qui élève son enfant, du jardinier qui cultive, du mathématicien qui conçoit des constructions extraordinaires, etc.

Donnez-nous des exemples.

B. S. : En Seine-Saint-Denis, nous avons créé une clinique mère-enfant, pour des parents ayant perdu le « savoir » de la filiation en raison d’une invasion des écrans numériques, dont on abreuve les petits. Dans le secteur du bâtiment, où l’emploi est menacé par les robots, nous préparons les jeunes à cette révolution des métiers, en lien avec le rectorat de Créteil. Par exemple, on pourrait utiliser l’argile crue, un excellent matériau de construction, aujourd’hui considéré comme un déchet, alors qu’on en extrait des milliers de tonnes par an. Autre illustration : le travail mené avec des mécaniciens de rue, formés pour être en première ligne de la motorisation électrique – allons-nous bientôt jeter nos voitures thermiques en bon état ou les réemployer ? Je pourrais multiplier les exemples, car nous travaillons aussi en Équateur, en Irlande, etc. Mais le véritable enjeu, c’est de promouvoir ces contre-modèles locaux à l’échelle mondiale, en misant sur les spécificités des territoires. D’où notre interpellation de l’ONU.

Que visez-vous ?

B. S. : Dans une lettre rendue publique ce vendredi 10 janvier, nous proposons à Antonio Guterres de lancer un appel d’offres vers les territoires, partout dans le monde, en s’appuyant sur le cadre théorique et pratique que je viens de décrire brièvement (2). Autrement dit, de débloquer des financements pour une durée de trois ans renouvelable, avec l’impératif d’évaluer les actions menées. Pourquoi une région menacée par la montée des eaux comme le Kerala, en Inde, ne deviendrait-elle pas un lieu pilote ? L’idée est que des réseaux de collectivités, d’entreprises, de scientifiques, de citoyens puissent candidater. Et engager ensuite un partage d’expériences locales entre territoires, certes différents, mais confrontés aux mêmes problématiques – agricoles, climatiques, d’emplois – au sein de ce que nous appelons une « Internation ». Selon l’intuition même de l’anthropologue Marcel Mauss, il y a cent ans, à la création de la SDN.

Propos recueilli par Marine Lamoureux

(1) Auteur de Qu’appelle-t-on panser ? Tome 2 La leçon de Greta Thunberg,
à paraître le 16 janvier,
Les liens qui libèrent.
(2) Un livre issu de ces recherches interdisciplinaires sera publié
le 31 janvier.

NB : appel à Guterres à lire dans La Croix du Vendredi 10 janvier 2020

Nous aimons beaucoup trop les feux d’artifice

Chaque nuit du 31 décembre, les crépitements et détonations d’objets pyrotechniques à tous les coins des rues allemandes créent une ambiance festive. Mais c’est source de pollution atmosphérique, de blessures graves… les pétards de la Saint-Sylvestre se trouvent sous le feu des critiques. Pour les commerçants, cette tradition est une aubaine, un chiffre d’affaires de 133 millions d’euros en 2018. Cependant, l’orgie pyrotechnique de la Saint-Sylvestre libère 5 000 tonnes de particules fines en une nuit, soit 16 % de la pollution causée par le trafic routier en une année. En dépit de la polémique, les Allemands restent attachés aux feux d’artifice ; 84 % d’entre eux attendaient avec impatience les Feuerwerke de 2019. Ainsi va la vie, nourries de contradictions. L’humain occidentalisé est soumis à des injonctions contradictoires, aller en voiture au travail pour s’acheter des feux de Bengale et respirer en y allant un air vicié rempli de gaz à effet de serre. La dissonance cognitive ou « double pensée » nous joue des tours et nous empêche d’agir comme il faudrait. Difficile de se passer de ses habitudes de plaisir et des feux d’artifice ! Difficile de se passer de ses habitudes de pensée, comment envisager l’absence de pensions de retraite dans l’avenir ! Difficile de se passer de tabac même s’il est inscrit sur son paquet de clopes « fumer tue » ! Les commentateurs écolo-sceptiques se déchaînent sur lemonde.fr* sans avoir conscience de leurs propres dissonances cognitives :

Luc Grinand : C’est quand même atterrant de fanatisme d’en arriver là. Quand il y a un problème de pollution aux particules fines, c’est que l’air est stagnant et que les gaz d’échappements des voiture s’accumule dans les villes, mais l’alerte retombe assez vite… pour la simple et bonne raison que les particules ne sont pas des gaz, elles retombent par terre sous 24-48h… c’est vraiment de l’écologie a la con que de parler en portion des émissions annuelles pour un problème qui n’a lieu qu’un jour par an, d’ailleurs si ça représente une telle « proportion » c’est justement parce que la réglementation a efficacement réduit les émissions de particules fines des voitures. Imaginons qu’on interdise les barbecue au prétexte que « ohmondieu ça représente 30% de nos émissions ! » ? c’est ça l’idée ? Faudra pas s’étonner de se faire traiter de khmer verts hein…

Azerty : Le fanatisme, est-ce remettre en question ses habitudes/traditions au nom d’une cause noble et primordiale ou dénigrer ceux qui remettent en question leurs habitudes/traditions au nom d’une cause noble et primordiale? Vaut mieux être khmer vert que khmer réac..

Untel : L’écologisme part du principe que nous sommes dans le péché, collectivement, en tant qu’éléments du genre humain. L’essentiel de son travail consiste à fournir des formes de rédemption à ses adeptes (ex. ne pas manger de viande) et à trouver des rebuffades pour les autres, les infidèles (ex. les priver de festivités de fin d’année : pas de foie gras, pas de feu d’artifice, pas d’achat de cadeaux pour les enfants au Black Friday).

Escorailles @ Untel: C’est très décevant, vous n’avez pas réussi ou songé à caller « bobo ecolos parisiens » dans votre texte. Vous baissez Untel, vous baissez…

Olivier Dobson : 16% des particules fines d’une année de trafic routier en une nuit ! Même si c’est pas encore gagné, je suis satisfait de voir que les lignes bougent, au final. Avec Rennes qui interdit les chauffages de terrasses ça donne un peu d’optimisme en cette fin d’année. haut les cœurs !

Luc Grinand : oh ça va, les particules fines ça retombe, c’est pas un gros problème, contrairement a tout le CO2 que recrachent leurs foutues centrales a charbon et leurs aciéries pour leur précieuse industrie automobile. ah mais non, suis-je bête, on sauvera le monde en interdisant les pétards ! Soit l’art et la manière d’agiter un hochet devant le public pour faire croire que les choses bouges quand en réalité on ne fait rien.

Olivier Dobson @ Luc Grinand : quand on se renseigne un peu et qu’on s’en tient aux faits, on évite de donner dans un anti-germanisme franchouillard, daté et peu éclairé, et c’est mieux. L’Allemagne produit beaucoup d’énergie renouvelable, est en plein débat pour sortir du charbon (ce qui est chose compliquée maintenant que leurs centrales nucléaires sont arrêtées), et non, les particules fines ne retombent pas sur terre, à plus forte raison par temps sec et quand une grosse chape de hautes pressions persiste au dessus du pays comme c’est le cas en ce moment. AVC et infarctus sont fortement corrélés au taux de PM5 et 10…

Olivier MT : Les enfants allemands trépignent jusqu’à ce que leurs parents cèdent et finissent par acheter pétards et feux d’artifices. Chaque année intense polémique sur la nécessité de les interdire ou non. Il y a 30 ans déjà, au nom de la sécurité, maintenant au nom de l’environnement. Le résultat est le même : ça continue.

* LE MONDE du 2 janvier 2020, En Allemagne, l’engouement pour les feux d’artifice du Nouvel An fait débat

Fin de vie, prendre du midazolam ?

Le midazolam et célèbre, on en a parlé devant la Cour suprême américaine à propos de la peine de mort. Il revient en France sur le devant de la scène à propos de la fin de vie. Jean Méheut-Ferron, un médecin généraliste titulaire d’un diplôme universitaire de soins palliatifs, est sous le coup d’une « interdiction totale » d’exercer après avoir été mis en examen pour « administration de substance nuisible ayant entraîné la mort sans intention de la donner à une personne vulnérable ». La justice lui reproche d’avoir donné à plusieurs patients du midazolam (distribué sous le nom d’Hypnovel), un puissant sédatif exclusivement délivré par les pharmacies hospitalières et recommandé par la Haute Autorité de santé (HAS) pour mettre en place les sédations profondes et continues jusqu’au décès. Dans le cadre de l’enquête, les corps de sept anciens patients ont été exhumés. Des traces de midazolam ont été trouvées chez cinq d’entre eux.Jean Méheut-Ferron assure qu’il n’était pas question d’euthanasie : « Il ne s’agissait ni d’accélérer la mort ni de prolonger inutilement le patient. Il s’agissait vraiment, au sens strict, d’un accompagnement. » La mise en cause du praticien par la justice a relancé le débat sur l’accompagnement de la fin de vie à domicile. Cette information du MONDE* est largement commentée sur lemonde.fr :

Jean Rouergue : Quand je vois mes vieux oncles en EPHAD, j’ai pas envie d’y aller, je préfère choisir ma mort plutôt que de finir légumes. Vois ceux qui nous sont chers transformés en légumes est douloureux. Vous me direz vous ne pensez qu’à votre confort personnel. Non, car ils nous disent aussi,  » le temps est long »… dans un éphémère éclair de lucidité. Personnellement je préférerais pour voir disposer de midazolam plutôt que d’une corde ou d’une balle, par respect pour ceux qui passeront la porte. Une majorité de français est favorable à une mort digne.

Kotelk : Je viens de relire l’article. Nulle part il est fait mention de l’accord du malade, et aucune contribution n’y fait allusion. Il n’est question que du courageux médecin qui a bien voulu permettre à des patients de mourir. Mais toutes ces personnes à qui il a été généreusement donné la mort le voulaient-elles ? C’est la seule question et je suis très étonnée qu’elle ne soit pas abordée. Si c’est le vrai désir du patient alors, oui il faut l’aider. Si c’est l’initiative d’un praticien, c’est tout simplement une mise à mort et personne n’a le droit de tuer, même avec un diplôme de médecine. Seul le malade doit avoir le droit de décider et sa décision doit être respectée.

Ana : Vous avez mal lu l’article: il ne s’agit pas de donner la mort mais d’aider une fin de vie. Quand j’ai vu ma mère en unité de soins palliatifs, j’aurais préféré qu’elle puisse vivre ses derniers jours chez elle.

J.C.M : Attention à cette situation particulière. Le problème n’est pas l’utilisation du MIDAZOLAM que nous pouvons nous procurer de façon assez simple (HAD/ Réseau), mais la nécessité d’une procédure collégiale. On ne peut accepter que le médecin décide seul d’une sédation terminale, sans concertation, sans procédure collégiale, ni à l’hôpital ni à domicile. On peut être médecin généraliste, c’est déjà bien, mais pas « Dieu le père ».

Antoine Martin : Profondément anormal ce qui arrive à ce collègue manifestement à l’écoute de ses patients et de leurs familles. On marche sur la tête et il n’y a eu aucune plainte de celles-ci mais on a été déterrer les corps pour faire des recherches toxicologiques !!! On a tous aidé des patients à mourir et l’Hypnovel endort mais ne tue pas ; il ne s’agit pas de Kcl (clorure de portassium) intraveineux ! On utilisait très volontiers l’association Dolosal/Phenergan/Largactil il y a une vingtaine d’années.

PATIN Claude : je suis médecin rural dans le Jura et avec l’aide du service hospitalisation a domicile, j’ai accès à la pose d’un pouce seringue d’imidazolan quand je le décide (contexte de fin de vie) et en accord à l’avance avec le médecin du service HAD et c’est une infirmière formée à cette tâche qui vient au domicile le poser !!!!

Sam D : S’il y a bien un médicament qui n’est utilisé dans le cadre des soins palliatifs que parce que le laboratoire a su se placer, c’est le midazolam. Il faudrait qu’on m’explique l’intérêt d’une benzodiazépine ayant une demi-vie courte pour des patients dont les problèmes nécessitent généralement une solution agissant de façon prolongée…

doc : Manifestement Sam D ignore les soins palliatifs en général et les dispositifs de perfusion continue automatisées et réglables en particulier…On a les outils pour aider à la fin de vie, manque la volonté politique…

Ricardo Uztarroz : Puisque ces jours-ci le mot « consentement » est à la mode, au nom de quoi peut-on interdire à quelqu’un de mettre fin à sa vie si celle-ci lui est devenue insupportable ? Selon Albert Camus, la seule question philosophique qui méritait considération était celle du suicide.

Charles Condamines : Souffrant d’un cancer du poumon inguérissable, j’ai toujours manifesté le désir de demander l’heure venue, la dite sédation. Pendant plus d’un an tous les soignants qui m’entourent m’ont fait croire que ce serait possible à mon domicile ; ce n’est qu’après mes demandes réitérées de plus de précision qu »une réunion au sommet a finalement conclu que non, ce ne sera pas possible. Je parle d’une réunion au sommet parce ce qu’ils sont venus à 7 m’annoncer la nouvelle à mon domicile.

* 3 janvier 2020, Fin de vie : le débat sur le rôle des médecins généralistes relancé par une affaire judiciaire

Tout savoir sur la dissonance cognitive

Nous sommes tous soumis à des injonctions contradictoires, l’obligation d’obéir à ce que dicte notre milieu social ou professionnel et notre attachement profond à l’idée de l’acte juste, conforme à notre conscience. Soumission / volontaire, comment sortir de cet oxymore ? Le texte de 1576 d’Etienne de la Boetie sur la servitude volontaire est plus que jamais d’actualité à l’heure où nous savons pertinemment qu’il est urgent de lutter contre la surexploitation de la planète mais où tout nous incite à conforter le système croissanciste qui nous mène à notre perte. Les lanceurs d’alerte sont très rares, les complices du business as usual innombrables. C’est comme pendant la dernière guerre, les résistants sont une poignée, les collaborateurs un peu partout. Il faudrait apprendre à désobéir alors que nous sommes prédisposés par notre socialisation à suivre la voie de la facilité, à se conformer. Ce mécanisme d’injonction contradictoire peut être appelé schisme de réalité, double pensée ou dissonance cognitive. Voici quelques exemples sur ce mécanisme qui nous rend à la fois complice et victime de la société thermo-industrielle :

Philippe Gruca dans « Pouvons-nous compter sur une prise de conscience ? »

Le psychosociologue Leon Festinger a appelé « dissonance cognitive » la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter deux croyances contradictoires. De ce sentiment d’inconfort, nous tendons inconsciemment vers un état de stabilité, d’apaisement, vers un état dans lequel cette tension puisse être résolue. Lors d’une projection du film We Feed the World, une amie m’a dit avoir été particulièrement choquée par les images sur l’élevage des poulets en batterie : « Ecoute, pendant trois semaines, je n’ai plus mangé de viande. Et depuis, bon… j’en remange comme avant. » Sa conscience a refoulé les informations, elle nous fait éviter d’y penser. Un autre choix était possible, intégrer les informations nouvelles et veiller à ce que cette prise de conscience se traduise en actes. Mais la conscience ne joue pas à pile ou face : que valent vingt minutes d’images animées contre des journées, des mois et des années entières au cours desquelles nous nous mouvons dans des espaces qui n’ont que peu à voir avec la désagréable intrusion de l’élevage en batterie. Les vitrines brillent, les rues sont nettoyées, les publicités caressent de promesses, les intérieurs sont bien chauffés. Où est le problème ? Nos sociétés modernes se caractérisent par la maximisation du rapport entre l’internalisation des commodités et l’externalisation des nuisances. Quant à mon amie, elle travaille depuis chez Total et, aux dernières nouvelles, l’ambiance dans son équipe est sympa et les conditions de travail plus que confortables.

James Howard Kunstler dans « la fin du pétrole » : « C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables. On peut qualifier ce processus de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent comprendre les informations disponibles. On peut aussi l’appeler « dissonance cognitive ». La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Cela explique pourquoi les Américains se précipitent vers l’avenir en somnambules. La plupart des Américains imaginent que le pétrole est surabondant, voire inépuisable et que de nouvelles technologies de forage accompliront de prodigieux miracles. La réflexion s’arrête là. »

Stéphane Foucart, dans un article sur la COP21, emploie deux dénominations significatives de la dissonnance cognitive: « schisme de réalité » et « double pensée » : « Les politiques savent que nous allons dépasser le seuil de 2°C, passage vers des perturbations ingérables. Ou bien la conscience trouve le moyen d’éviter d’y penser en participant à une mascarade nommée COP21. Il y a une telle opposition entre ce qu’on sait de dramatique (ou catastrophique) de source sûre et le besoin absolu de pouvoir conserver son statut social qu’on veut ignorer ce qui fait mal pour croire à ce qui n’est qu’illusoire. Les politiques choisissent la voie du moindre effort. »

2 mars 2013, les écrits de Pascal Bruckner, cas de dissonance cognitive

11 novembre 2012, Michel Rocard souffre de dissonance cognitive, toi aussi !

Maison passive, la maison qu’on ne chauffe pas

Plus besoin de conférences mondiales sur le climat, les médias nous présentent de plus en plus les gestes qui sauvent la planète. Ainsi chaque premier lundi du mois dans LE MONDE*, cette fois pour le chauffage : le bâtiment, en France, c’est 45 % de la consommation d’énergie et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Comment s’y prendre pour passer l’hiver au chaud de façon écolo ? Niveau débutant : lutter contre l’humidité, se calfeutrer et réguler son chauffage… Niveau intermédiaire : fermer les volets, baisser le chauffage, mettre un pull… Niveau confirmé : entreprendre des travaux de rénovation thermique, convaincre les copropriétaires, passer aux énergies renouvelables.

Rien n’est dit sur le niveau de température acceptable. Si vous augmentez la température de votre logement de 1°C, vous augmentez mécaniquement votre facture de chauffage de 7 %. Mais jusqu’où aller à la baisse ? L’émission pour la Terre » sur France 2 le 15 octobre 2019 avait l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « se chauffer à 19 degrés. » C’est la température dite « de confort » selon le code de la constrution et de l’habitat avec 16 à 17 ° dans les chambres. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés. Mais les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Aujourd’hui on parle de précarité énergétique, il y a même un Observatoire pour cela (l’ONPE), on offre même des chèques énergie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. Aujourd’hui on parle de « maison passive », qui consomme autant d’énergie qu’elle en produit. Demain la maison passive sera une maison qu’on ne chauffe pas.

La résistance au froid est une habitude à prendre. Mais faire entendre à des gens habitués à vivre avec 23 ou 24 °C qu’ils doivent se chauffer à moins, c’est déjà compliqué, alors quand on leur dira qu’il ne faut plus du tout chauffer son appartement, ce sera une révolution !

* LE MONDE du 7 janvier 2020, Des gestes pour passer l’hiver au chaud sans monter le thermostat

Une politique agricole commune écologique ?

Dès la signature du traité de Rome en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) a mis en place une politique agricole commune (PAC), dont les objectifs étaient multiples : accroître la productivité de l’agriculture, garantir la sécurité des approvisionnements agroalimentaires, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais les mécanismes de soutien différencié par des prix garantis ont surtout incité à produire et à exporter à bas prix les productions protégées et à ne plus produire assez de légumineuses et protéagineux. La recherche incessante de compétitivité est allée de pair avec une intensification et une spécialisation exagérée des systèmes de production agricole. Cette agriculture productiviste se révèle destructrice pour l’environnement et génératrice d’exclusion pour les hommes. D’où le départ des paysans vers les villes et la désertification de régions entières.

Lors de la présidentielle 1974, le programme de l’agronome écolo René Dumont remettait en question cette agriculture intensive : l’agriculture sur-industrielle stérilise le sol, déséquilibre les plantes cultivées et leur ôte toute résistance face à leurs ennemis naturels, ce qui rend nécessaire l’emploi d’une quantité de pesticides, insecticides, fongicides. Les marchands d’insecticides et d’engrais, comme par hasard, sont les mêmes. La solution, c’est de régénérer les sols par des façons culturales qui stimulent l’activité bactérienne dans l’humus ; par une polyculture raisonnable ; par la protection de la flore et de la faune sauvages ; par le respect de l’équilibre écologique qui va du minéral à l’homme en passant par toutes les formes de vie microbienne, végétale et animale ; par la diversité des cultures avec priorité à la production vivrière pour le marché intérieur et non monoculture destinée à l’exportation. Nous avons tourné le dos à ce programme.

« Un regard sur la PAC est offert, ces jours-ci, par le New York Times. La conclusion de l’enquête est que la PAC est « un système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts ». En 2018, elle a distribué quelque 60 milliards d’euros aux exploitants des Etats membres. Le fait que la plus grande part des subventions de la PAC puisse être indexée sur la taille des exploitations, conjugué aux marges de manœuvre dont chaque État membre dispose dans l’attribution des fonds, a favorisé des mécanismes d’annexion ou de captation frauduleuse du foncier agricoles, surtout en Hongrie, en République tchèque, en Slovaquie et en Bulgarie, ces aides nourrissent « des procédés mafieux d’accaparement des terres ». Cela contribue à agrandir la taille des exploitations, donc à favoriser les systèmes agricoles les plus industriels, ceux qui simplifient le plus les paysages, fonctionnent avec le moins d’emplois et le plus d’intrants. Le résultat est un bilan environnemental désastreux, les gaz à effet de serre émis par l’agriculture européenne ont augmenté de 5 % au cours de la dernière décennie, les populations d’insectes et d’oiseaux des champs s’effondrent, les nitrates polluent les rivières. Qu’une politique européenne subventionne tout à la fois la destruction de l’emploi, le saccage de l’environnement, la concentration du pouvoir économique et les oligarchies d’Europe centrale est un tour de force. L’année qui s’ouvre sera celle de la renégociation de la PAC, le Green Deal européen risque de rester un vœu pieux. » (Stéphane Foucart)*

La responsabilité de la PAC est lourde, mais le système hyperconsumériste l’est tout autant, façonné par la Grande Distribution et ses centrales d’achat qui broient les agriculteurs dans la mécanique du toujours moins cher, ce qui pousse à l’industrialisation et au gigantisme ! Cet article du New York Times n’est d’ailleurs pas une enquête sur la PAC à proprement parler mais sur la façon dont les dirigeants des gouvernements nationalistes en tirent parti, s’enrichissent ainsi que leurs proches en s’adonnant à toutes sortes de prévarications. Viktor Orban étant le meilleur exemple. Le titre d u NYT est d’ailleurs restrictif : « Comment oligarques et populistes soutirent des millions à l’Europe ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur « l’agro-business américain » : Monsanto, OGM, antibiotiques, hormones de croissance, fermes gigantesques, poulets au chlore, …etc…etc, tout ça vient de l’autre côté de l’atlantique. Conclusion, on est pas près d’avoir un monde agricole écolo quand concurrence internationale, désirs formatés des consommateurs, structure de production hyper-concentrée et politiciens à la solde de l’agro-industrie font cause commune. C’est pourquoi nous attendons le Grand Soir, pas la Révolution qui ne fait que redistribuer les cartes du pouvoir central, mais le choc pétrolier ultime qui nous obligera à revenir (dans l’affolement général) à une agriculture paysanne. Ça va pas être triste !

* LE MONDE du 5-6 janvier 2020, « La PAC, une catastrophe agricole commune »

2020, placé sous les auspices de l’écologisme ?

Signe d’une année 2020 un tantinet meilleure que les précédentes, on n’entend plus vociférer sur Internet et sévir dans les médias égationnistes du climat et autres écolo-sceptiques. Ils ne vitupèrent plus sur les Khmers verts et le retour à l’âge des cavernes, ils sont devenus plus policés et se contentent de sourire sur le boboécologisme. Mais tout n’est pas gagné pour faire face à l’urgence écologique, le système bio-industriel récupère déjà le discours pour le dénaturer, l’écoblanchiment est partout, et les politiques s’activent dans les couloirs pour perpétuer le business as usual. Deux exemples ces derniers temps, l’huile de palme et les tickets de caisse :

En France le gouvernement sert coûte que coûte les intérêts de Total, quitte à contourner une loi durement acquise, exclusion de l’huile de palme de la liste des agrocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal. Or une note technique de la direction générale des douanes et des droits indirects, en date du 19 décembre 2019, fait une exception, la nouvelle règle ne s’applique pas aux agrocarburants à base de palm fatty acid distillate (PFAD)*. Ce point de vue favorise en tout cas le business plan de Total et son usine de la Mède qui utilise des distillats d’acide gras et des huiles usagées pour au moins un quart de son approvisionnement. Selon le ministère de la transition écologique et solidaire, les PFAD « ne sont pas de l’huile de palme », mais constituent de simples « résidus ».

en Allemagne, pour lutter contre la fraude fiscale, on va produire des tonnes de déchets difficilement recyclables. A partir du 1er janvier 2020, l’émission d’un ticket de caisse deviendra obligatoire pour toutes les transactions, y compris pour les petits achats, comme à la boulangerie ou à l’épicerie**. Outre-Rhin, les commerces et même les supermarchés, n’impriment un reçu qu’à la demande du client. Mais cette habitude permet à de nombreux établissements de dissimuler une partie de leur chiffre d’affaires. Berlin estime le montant de la fraude à plus de 10 milliards d’euros par an. Pour y remédier, le Bundestag avait voté, en décembre 2016, une loi qui généralisera, dès janvier 2020, l’impression d’un Kassenbon. L’impact écologique de la réforme fait débat, le ticket de caisse obligatoire produira des montagnes de déchets de papier thermique, non recyclable et dangereux pour la santé.

La société thermo-industrielle trouve toujours quelque chose pour contourner l’impératif écologique, faut préserver l’emploi nous dit-on, et les entrées fiscales, et surtout ne pas être pu-ni-tif. Donc les générations futures vivront avec des températures insupportables, des terres stérilisées et des conflits généralisés… les écolo-sceptiques trouveront ce qu’ils ont cherché, un avenir bouché.

* LE MONDE du 3 janvier 2020, Une exemption fiscale relance le débat sur l’huile de palme

** LE MONDE du 22-23 décembre 2019, En Allemagne, polémique sur la généralisation des tickets de caisse

Le sport-spectacle, on tourne en rond

Taylor Phinney, ex-prodige du cyclisme mondial, perd les pédales à 29 ans et devient réaliste : « Mon ego était énorme quand j’ai commencé la compétition. Mes héros de jeunesse n’étaient guidés que par cela. Ces rencontres m’ont laissé un goût amer mais, dans le même temps, j’encourageais cela chez moi… Ce qui rend le cyclisme magnifique à regarder, c’est la hiérarchie du peloton qui repose sur la souffrance. Celui qui dicte le rythme fait mal aux autres. Les autres suivent jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus ou deviennent à leur tour celui qui fait souffrir le reste. On est dans une cage et soit on est le plus fort, soit on se fait fouetter… Les cyclistes sont malheureux, insatisfaits, déprimés, mais excellent à faire taire ces voix, comme ils arrivent à repousser la souffrance… En course, c’est un océan de négativité, bouffe pourrie, temps pourri, voyages pourris. C’est toxique, je ne le supportais plus. C’était dangereux pour ma santé mentale… J’ai pris beaucoup de décontractants musculaires, de somnifères. Quant aux antidouleurs, bien sûr, ça rend la course plus facile, ça te permet d’aller plus loin dans tes retranchements. Mais ceux qui en prennent sont accros à l’opium. Ils en souffriront toute leur vie… La vie de cycliste est une chose absurde : pourquoi partir d’un point A pour y revenir après quatre heures de selle ? Pourquoi pédaler contre les autres plutôt que de réfléchir à la façon dont le vélo peut résoudre la crise environnementale ? » Ses futurs enfants ne feront pas de sport de haut niveau.*

Critiquer le vélo parce que c’est se rendre d’un point A et y revenir, autant le dire pour tous les sports spectacles : course à pieds, vélo, natation, etc. etc. Il y a une contradiction flagrante entre les termes activité physique et sport professionnel… Le sport-spectacle qui empêche les gens de pédaler pour la planète devrait être interdit, le Tour de France cycliste n’a aucune raison valable de perdurer, les courses automobiles et autres compétitions qui tournent en rond et détériorent la planète sont une abomination climatique, chacun devrait percevoir l’absurdité du sport-spectacle et quitter son fauteuil et sa télé pour s’activer par soi-même.

* LE MONDE du 27 décembre 2019, Taylor Phinney, le cyclisme et ses « 99 % d’emmerdes »

Bonne année 2020, ça va chauffer

L’argument collapsologue : L’Australie flambe, la COP 25 de décembre 2019 a été un échec… Il est plus que temps de transformer nos incantations outrées sur le dérèglement climatique en actes. Or ce réveillon est une catastrophe écologique programmée : pensons à ces centrales à charbon qu’il va falloir remettre en marche pour fournir toute cette électricité afin de vous permettre de danser jusqu’au petit matin à Berlin dans une boîte de nuit ­surchauffée, à cette débauche de viande issue d’élevages qui épuisent la planète, et aux mangues venues en avion du Pérou pour agrémenter la salade de fruits ­censée vous aider à digérer… Trop, c’est vraiment trop. (M le magazine du MONDE)

Le contre-argument de bon sens : Si 2019 a été triste à mourir, 2020 s’annonce excitante. Vous êtes mordu de politique ? Les municipales seront une merveilleuse saga qui promet moult trahisons. Vous êtes footeux ? Chouette, 2020, c’est l’Euro. Pour les théâtreux, c’est le retour de Joël Pommerat, quatre ans après son génial Ça ira (1) Fin de Louis. Pour les fanas de cinéma, c’est le premier film de Wes Anderson tourné en France avec un casting insensé et la première série musicale de Damien Chazelle, The Eddy, elle aussi tournée dans l’Hexagone. Et cerise sur la bûche de Noël : Christo a prévu cette année d’emballer l’Arc de triomphe. Alors ? Champagne ! (M le magazine du MONDE)

Le malthusien Nicolas Sarkozy : Je veux souligner l’ampleur pharaonique du défi démographique qui est devant nous. La population mondiale passera dans les 30 prochaines années de 7,5 à 9,5 milliards d’habitants et atteindra 11 milliards à la fin du siècle. Jamais la planète n’a connu une explosion aussi violente, aussi rapide, autant à même de mettre en cause l’avenir de l’humanité. Tous les autres défis globaux, qu’il s’agisse du réchauffement climatique ou des migrations, y sont directement liés. Il en va de même du décollage du continent africain, qui dépendra de sa capacité à faire face au doublement de sa population dans les 3 prochaines décennies, le plus puissant choc démographique de toute l’histoire humaine. Cette angoissante question est quasiment absente de nos débats. Pour preuve, il n’est pas un seul organisme international qui soit chargé du suivi de cette évolution. Cela ne peut plus attendre. (Paris-Match décembre 2019)

Mister Z : Finalement, et si le meilleur argument pour fêter l’An nouveau était celui de la continuité ? Rien de plus angoissant qu’un monde qui change, non ? Alors, soyons sereins : ils seront encore là, nous les retrouverons en pleine forme ! Trump, Poutine, Xi Jinping, Kim Jong un, Duterte, Modi, Bolsonaro, Le Pen, Salvini, Boris Johnson, Abdel Fattah al-Sissi, Bashar al-Assad, Al Khamenei et les Gardiens de la révolution, Maduro, Ortega, Orban et j’en oublie… De quoi envisager avec sérénité 2020 et fêter dignement son avènement ! Alleluia ! J’oubliais : Benyamin Netanyahou, sorry. (commentateur sur lemonde.fr)