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Covid-19, le droit à la vie et à la mort

Le droit à la vie est relatif, c’est ce que nous avions écrit dans un post précédent. En fait nous vivons une médecine de guerre en temps de paix qui nous oblige à un triage médical entre ceux qui doivent être sauvés et ceux qui ont le droit de mourir ; on établit un « score de fragilité » pour en décider et les spécialistes ne diront pas le contraire. Exemple :

Mathias Wargon, chef des urgences à l’hôpital Delafontaine : « Aux urgences en temps habituel, on décide très fréquemment de ne pas envoyer tel ou tel patient en réanimation selon un critère principal : l’autonomie de la personne. Ce n’est pas une décision que l’on prend seul, c’est une décision collégiale. Si la personne est grabataire ou avec une démence très évoluée, on ne va pas la placer en réanimation car on sait qu’elle n’en sortira pas mieux. C’est pour ça que les personnes en Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], sans autonomie, on ne les réanime pas. Avec le coronavirus s’est ajoutée la médecine de catastrophe où on ne peut pas dilapider des ressources de plus en plus rares. On n’essaie pas de réanimer un patient qui nécessite trop de moyens. Et tous ces gens qui ne vont pas en réanimation, notre objectif n’est pas de les tuer plus vite, mais qu’ils ne meurent pas en souffrant. C’est bien la moindre des choses. On ne va pas les étouffer avec un coussin ! Comme il commence à y avoir une pénurie de morphine et de midazolam (un sédatif), on utilise le Rivotril pour soulager la souffrance et l’anxiété de patients en train d’étouffer. »*

Frédérique Leichter-Flack, spécialiste de l’éthique : « Faudra-t-il choisir qui tenter de soigner et qui laisser mourir ? Cette question du tri et du rationnement va nous accompagner durablement. L’accès à la ventilation mécanique n’est que la pointe émergée d’un continuum du rationnement des chances face à l’épidémie : en amont, des hôpitaux chroniquement sous-dotés ; une pénurie des moyens de protection face au risque (masques) ; un premier tri téléphonique opéré par la régulation du 15, qui envoie ou n’envoie pas à l’hôpital ; et, en aval, pour la suite, une réflexion à mener sur l’ordre de priorité de la distribution des médicaments et vaccins au fur et à mesure de leur production, quand ils seront trouvés… Le tri a  été inventé, en médecine d’urgence comme en médecine de guerre, pour remettre de la justice, de l’efficacité et du sens là où ne régnait que l’aléa du fléau – pour reprendre le contrôle du destin de la collectivité menacée de destruction. Le médecin trieur n’est pas là pour jouer à Dieu et dire qui aura ou non droit à la vie, mais pour sauver le plus de vies possibles. Le tri, en pénurie, opère le basculement d’une médecine individuelle à une médecine collective, qui oblige le sauveteur à prendre en compte, à côté de la victime en face de lui, les besoins de tous les autres au regard du stock de ressources disponibles. Plus le décalage entre ressources et besoins est grand, plus on aura tendance à basculer dans des pratiques de tri dégradées. Un afflux non maîtrisé de patients jeunes soulèverait d’autres dilemmes plus graves encore si les critères médicaux de pronostic et d’espérance de vie se révélaient insuffisamment pertinents pour opérer le tri. »**

Sennepy sur lemonde.fr : Dans les Ephad, on occupe des lits avec des gens en état végétatif qui lorsqu’ils étaient en bonne santé souhaitaient mourir dans la dignité, mais que l’accident ou la maladie ne leur ont pas laissé le temps de spécifier qu’ils voudraient être « débranchés ». Où est l’éthique ?

Thibaut  : J’hallucine qu’on en soit rendu à débattre de ça ! Trions qui survivra puisque l’impéritie de nos premiers de cordée nous y contraint désormais. Mais trions aussi les dirigeants en débranchant ceux qui soignent les prochains résultats trimestriels du CAC40. Et trions aussi les organisations sociales qui envisagent une sobriété conviviale, soutenable à long terme, en débranchant celles qui exaltent la concurrence de chacun contre les autres.

charles condamines : Même en temps « normal », les besoins dépassant les capacités disponibles, il y a du tri… sur le marché du travail, des logements sociaux, des places en crèche… Dans tous les cas, la question décisive est celle des critères réellement en œuvre dans le processus de sélection; chacun peut en effet se rendre compte que les critères affichés et les critères appliqués ne coïncident pas et que le processus de tri est faussé. Aux USA, c’est souvent l’argent qui fait le tri entre ceux qui ont le droit d’être soignés et ceux qui n’ ont pas ce droit.

* https://www.lemonde.fr/journal-blouses-blanches/article/2020/04/04/journal-de-crise-des-blouses-blanches-la-reanimation-c-est-un-choc-violent-a-l-issue-incertaine_6035589_6033712.html

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/16/coronavirus-la-question-du-tri-des-malades-est-un-enjeu-ethique-et-democratique-majeur_6033323_3232.html

Covid-19, le « droit à la vie » est relatif

« En France, les personnes âgées  sont plusieurs millions et les plus exposées au risque de mourir du coronavirus. Une immense hécatombe menace, se résigner à cette issue est humainement inacceptable, et les moyens de lutter efficacement existent. C’est pourquoi nous rappelons le principe éthique du droit à la vie de toute personne humaine. Que chaque personne âgée prenne en toute liberté la décision de donner la priorité aux plus jeunes, libre à elle ! Mais que l’État le fasse est une perspective insupportable. Il faut s’assurer de la distribution effective d’équipements de protection individuelle aux soignants, donner des tests de dépistage, que les soins palliatifs soient pleinement assurés... » (tribune collective dans LE MONDE*, Pascal Bruckner, Axel Kahn, etc.)

Commentaire : cette très courte tribune parle du « droit à la vie »  comme un droit absolu alors que sa perception varie selon l’époque et le lieu. A l’origine, c’est une simple réprobation générale de l’homicide qui se résumer au « Tu ne tueras point » du décalogue ; elle été reprise dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Si ce principe avait été bien respecté, il n’y aurait aucune guerre, tout le monde serait objecteur de conscience (pour le droit de ne tuer personne et de ne pas être tué). Par la suite, le « droit à la vie » a été invoqué en matière de peine de mort, ce qui ne dit rien du respect des personnes en fin de vie ni du droit des victimes. Le « droit à la vie » est aussi invoqué paradoxalement pour promouvoir l’euthanasie, le droit de mourir certes, mais seulement si c’est une vie digne d’être vécue n’est plus possible. Le « droit à la vie » est aussi utilisé comme droit à naître, il est particulièrement, utilisé par les opposants à l’avortement ; c’est l’opposition pro-vie contre pro-choix. En clair, les signataires de cette tribune ne justifient nullement leur position de principe, garder nos vieux le plus longtemps possible. Autre manque flagrant à la rigueur intellectuelle, ces signataires du haut de leurs gradins partent du présupposé que les moyens de soigner actuellement nos innombrables contaminés, jeunes ou vieux, sont accessibles, « il suffit de demander ». Ils n’ont donc jamais lu un seul article sur le manque criant de personnel et de matériel (masques, respirateur artificiel…). Y’a qu’à, faucon., c’est pas une analyse, c’est une prière. Bruckner, Kahn et consorts devraient savoir que nous vivons une médecine de guerre, tout n’est pas possible dans de telles circonstances. On a mis en place parce qu’on ne pouvait faire autrement un triage médical, on détermine concrètement un score de fragilité, que le patient soit jeune ou moins jeune. Quelques commentaires complémentaires sur lemonde.fr :

F. P. : Les malades seraient tous soignés, tous ne pourront être sauvés. Faute de moyens. Comment décidera-t-on ? Dans le tourment d’avoir à le faire, les médecins le disent, c’est-à-dire d’avoir à choisir. Selon quels critères ? L’âge en sera un, c’est incontestable. Est-ce barbare ? Donnons un exemple. Il se trouve que ma mère vit dans l’un de ces EHPAD. Vendredi dernier, elle a déclaré une fièvre assez forte pour qu’elle soit testée, ce dont mon frère, médecin généraliste retraité, m’a informé, non sans me rappeler que si elle était testée positive, elle ne serait pas hospitalisée. Est-ce barbare ? Eu égard à son grand âge, 94 ans, il ne nous l’a pas semblé.

Philippe Rizzo : Je tente de lever le masque sur ce qui sous-tend la théorie du « Herd Immunity » chère aux anti-vax et aux demi-malins, à savoir laisser mourir les personnes faible pour que le reste de la population soit immunisée. Elle n’est ni plus ni moins que le vieil eugénisme si cher aux nazis.

nicoca nicola : Les signataires sont tous éminents et fort sympathiques mais ils sont en moyenne bien plus proches de l’Ephad que de la maternelle. Nous sommes en crise et il faut faire des choix : faisons le choix de l’avenir, pourquoi sacrifier notre belle jeunesse et l’empêcher de vivre pour préserver les petits vieux et leur permettre de continuer à regarder BFM TV 15 heures par jour ?

Pessicart : les signataires, Agid, 80 ans, Cyrulnick 83 ans, Bruckner 72 ans, Pol droit 71 ans, Jeandel 66 ans, Kahn 76 ans, Sicard 82 ans, Tiercelin 67 ans… ils ont peur qu’on les euthanasie ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/25/coronavirus-combattre-cette-barbarie-insidieuse-qui-porte-a-s-imaginer-que-les-plus-vieux-seraient-moins-a-defendre_6034421_3232.html

Droit à la vie ou droit à une mort digne ?

Vincent Lambert va-t-il mourir ? Aujourd’hui âgé de 42 ans, il est dans un état végétatif irréversible depuis un accident de la route en 2008. Des parents ont tout fait judiciairement pour qu’il reste en vie inutilement. Après trente-quatre décisions juridictionnelles concernant, c’est donc au tour de la Cour de cassation de se pencher sur le cas Vincent Lambert. Rarement la Cour de cassation aura tranché une question aussi rapidement. La cour suprême de l’ordre judiciaire a décidé, vendredi 28 juin 2019, de lever tout blocage à l’arrêt des traitements. Dans son arrêt, la Cour de cassation estime tout bonnement que la cour d’appel n’avait pas à statuer sur cette affaire. Cette décision devrait permettre à l’équipe médicale du centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims de reprendre le protocole qu’elle avait enclenché le 20 mai dernier.

Dans sa formation la plus solennelle, l’assemblée plénière composée de dix-neuf magistrats, l’institution judiciaire suprême a rendu sa décision sur les pourvois de l’Etat et de l’hôpital de Reims contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 20 mai ordonnant la reprise des traitements alors que l’équipe du Docteur Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims, avait commencé le protocole avec une sédation profonde accompagnant l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation. Le procureur général François Molins a tenu à circonscrire la question soumise à la Cour. « Elle n’est pas saisie de la question de la fin de vie de Vincent Lambert ni du bien-fondé des décisions médicales prises à son égard. Ce procès n’est pas non plus celui de la loi Leonetti ». Pour s’estimer légitimes sur ce dossier, les juges de référés de la cour d’appel ont invoqué une « voie de fait » de l’administration, autrement dit une violation manifeste d’une liberté individuelle par l’Etat. C’est la seule exception qui permet au juge judiciaire d’aller sur le terrain du juge administratif. L’arrêt estimait que le « droit à la vie » avait été violé par l’Etat. Selon Patrice Spinosi, avocat de Rachel Lambert, la femme de Vincent, la cour d’appel a « totalement dénaturé la voie de fait, de façon grossièrement contraire à toutes les jurisprudences ». M. Molins a ainsi rappelé la jurisprudence du Conseil constitutionnel cantonnant la liberté individuelle, dont l’autorité judiciaire est la gardienne, à la question de la détention arbitraire. Le droit à la vie ou le droit au respect de la vie privée n’en font pas partie. La CEDH qui consacre le droit à la vie a d’ailleurs considéré que les modalités de la décision de l’arrêt des soins de M. Lambert ne le violaient pas et respectaient au contraire le droit à la dignité. « La cour d’appel a créé une catégorie de liberté suprême qui n’a aucun fondement », a souligné le procureur général. M. Molins avait solennellement demandé aux dix-neuf magistrats de la haute juridiction de casser, sans renvoi, c’est-à-dire sans nouvel examen, l’arrêt de la cour d’appel. Sinon, a-t-il prévenu « cela remettrait en cause notre ordonnancement juridique », sans parler de la « remise en question immédiate de la loi Leonetti ou de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse ».

JAIME LE MONDE : Dans le fascisme tranquille du pays des droits de l’homme l’État décide de la vie et de la mort de ses sujets.

Livia : Mr Molins a parfaitement saisi le danger que représente cet arrêt de la Cour d’appel. La fondation Lejeune ne dépense pas des centaines de milliers d’euros pour uniquement maintenir en vie un légume ! C’est bien la loi Clays-leonetti et surtout la loi sur l’IVG qui sont dans leur ligne de mire. J’espère que la Cour de cassation le comprendra.

Lacannerie : On mesure une fois de plus la profondeur de la folie dans laquelle la religion peut plonger les hommes et les femmes. Au nom des leurs dieux, leurs adeptes sont capables du pire. Même d’obliger un des leurs à vivre l’enfer, allongé sur un lit, privé de toute conscience, réduit à l’état végétatif sans espoir de retour à la normale. Ils vitupèrent contre l’intervention humaine tout en oubliant que cet homme est maintenu en vie de manière artificielle. Débranché, tout laisse penser qu’il mourrait, laissant ainsi s’accomplir la loi de la nature, « la volonté divine » à laquelle les adeptes finalement s’opposent.

Zutzutzut : C’est la médecine qui a créé cet état. Il y a moins de 30 ans, ces patients cerebrolésés mourraient dans les 3 mois. Et puis la médecine technique s’est démocratisée : gastrostomie d’alimentation, prévention des complications de décubitus… sont des techniques qui, de fait, permettent le maintien en vie totalement artificielle. Et dans ce cas, il me semble qu’un collège de médecin doit être seul juge. Il ne s’agit pas d’un cancéreux en phase terminale qui veut ou ne veut pas plus de traitement, ou une personne handicapée, exposée à certains problèmes de santé, qui veut ou non qu’on les traite. Le caractère totalement artificiel de cette situation précise n’est pas assez considérée. Ni dans la loi, ni dans les faits.

Marie : Comment se fait il que la famille Lambert ne soit pas condamnée pour abus judiciaire, menaces et harcèlement envers les médecins ?

Pour en savoir plus, notre article précédent : L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens (26 avril 2019)

Le droit d’asile devient le droit de dire n’importe quoi

En guise d’argumentation pro-migration et anti-Macron, le professeur Jean-François Bayart* nous assène une litanie de mots injurieux : « A peine sortis de l’état d’exception, nous nous installons dans l’état d’abjection. L’état d’abjection nous conduira à l’Etat d’abjection, par acceptation générale de l’inhumanité sur laquelle il repose. En Libye, au Soudan, en Erythrée, nous sommes prêts à signer des accords infâmes avec des régimes infâmes. Nous acceptons la résurgence de l’esclavage sur les rives de la Méditerranée et rendons à leurs maîtres les fugitifs. Calais est devenu le visage hideux de la République. Cette politique est dangereuse en même temps qu’elle est abjecte… Le fonctionnaire doit faire valoir son devoir de désobéissance à des ordres anticonstitutionnels de nature à compromettre un intérêt public, et le citoyen son droit à la désobéissance civile. » Voici quelques commentaires sur le monde.fr :

Nardo : C’est de l’insubordination. Un appel à la désobéissance civile. Il faut mettre hors d’état de nuire ce dangereux anarchiste qui va bien au delà de la liberté d’expression. En plus il intervient de Genève… il ne manque vraiment pas d’air.

citoyen atterré : Et vive l’Etat de droit que M. Bayart piétine en bon démocrate !

JosieLaRelou : Un état d’abjection qui fait encore rêver bien du monde cherchant par tous les moyens à venir chez nous…

Sébastien : Tribune clivante et dangereuse. L’auteur pense que l’accueil de tous les migrants relève de la normalité. Or nous sommes nombreux à situer notre normalité dans la défense de notre territoire et de notre civilisation. L’auteur est arrogant et donc égoïste : il ne comprend pas qu’il peut aider cette population étrangement chère à son cœur en les assistant sur leur territoire, sans ennuyer les Européens ne demandant qu’à vivre leur culture sans culpabilisation d’être ce qu’ils sont.

CLAUDIE LESSELIER : Bien que engagée très activement pour les droits des personnes migrantes et exilées, je n’aime pas trop ce genre d’appel qui valorise surtout la belle âme de son auteur. Les causes de ces exils qui viennent des Etats faillis et corrompus, des sociétés injustes et des violences sociales sont ici occultés, comme souvent dans ce genre de propos…

CHRISTIAN WATERKEYN : Je n’ai pas compris ce qu’il propose! N’y aurait-il pas de problème ? Alors quelle solution? Cette tribune est simplement borgne…

Quelles solutions ? Cette prise de position assez radicale est peut-être justifiée, mais quelles solutions proposez-vous, M. Bayart ? On comprend entre les lignes qu’il faudrait augmenter l’immigration légale, mais selon quels critères, dans quelles proportions et avec quels moyens pour s’assurer que les immigrés vivent dignement chez nous ?

Marcel : notre « intellectuel » oublie tout simplement l’essentiel, la cause de tout ça, à savoir la démographie africaine incontrôlée : en 1950 200 millions d’Africains, 1 milliard en 2010, il est prévu 2 milliards en 2050 et 4 milliards en 2100. Il faut réaliser que nous n’en sommes qu’au tout début de la vague migratoire.

vivement demain : Entrer dans un pays illégalement, et vouloir y rester, c’est aussi une atteinte aux droits des habitants et citoyens déjà présents… Car travail, aides sociales, logement sont des ressources rares et les clandestins viennent peser sur l’économie. C’est une colonisation, et on m’a appris à l’école (de gauche…) que les colonisations, c’était très mal…

mdut : Cela faisait longtemps qu’un être supérieur, professeur à l’IHEID, ne nous avait pas gratifié de sa sagesse et sa haute élévation d’esprit. Je vais être heureux toute la journée grâce à cela…

* LE MONDE du 20 avril 2018, Migrants : Sortons de « l’Etat d’abjection ! »

Le droit d’asile devient le droit de dire n’importe quoi

En guise d’argumentation pro-migration et anti-Macron, le professeur Jean-François Bayart* nous assène une litanie de mots injurieux : « A peine sortis de l’état d’exception, nous nous installons dans l’état d’abjection. L’état d’abjection nous conduira à l’Etat d’abjection, par acceptation générale de l’inhumanité sur laquelle il repose. En Libye, au Soudan, en Erythrée, nous sommes prêts à signer des accords infâmes avec des régimes infâmes. Nous acceptons la résurgence de l’esclavage sur les rives de la Méditerranée et rendons à leurs maîtres les fugitifs. Calais est devenu le visage hideux de la République. Cette politique est dangereuse en même temps qu’elle est abjecte… Le fonctionnaire doit faire valoir son devoir de désobéissance à des ordres anticonstitutionnels de nature à compromettre un intérêt public, et le citoyen son droit à la désobéissance civile. » Voici quelques commentaires sur le monde.fr :

Nardo : C’est de l’insubordination. Un appel à la désobéissance civile. Il faut mettre hors d’état de nuire ce dangereux anarchiste qui va bien au delà de la liberté d’expression. En plus il intervient de Genève… il ne manque vraiment pas d’air.

citoyen atterré : Et vive l’Etat de droit que M. Bayart piétine en bon démocrate !

JosieLaRelou : Un état d’abjection qui fait encore rêver bien du monde cherchant par tous les moyens à venir chez nous…

Sébastien : Tribune clivante et dangereuse. L’auteur pense que l’accueil de tous les migrants relève de la normalité. Or nous sommes nombreux à situer notre normalité dans la défense de notre territoire et de notre civilisation. L’auteur est arrogant et donc égoïste : il ne comprend pas qu’il peut aider cette population étrangement chère à son cœur en les assistant sur leur territoire, sans ennuyer les Européens ne demandant qu’à vivre leur culture sans culpabilisation d’être ce qu’ils sont.

CLAUDIE LESSELIER : Bien que engagée très activement pour les droits des personnes migrantes et exilées, je n’aime pas trop ce genre d’appel qui valorise surtout la belle âme de son auteur. Les causes de ces exils qui viennent des Etats faillis et corrompus, des sociétés injustes et des violences sociales sont ici occultés, comme souvent dans ce genre de propos…

CHRISTIAN WATERKEYN : Je n’ai pas compris ce qu’il propose! N’y aurait-il pas de problème ? Alors quelle solution? Cette tribune est simplement borgne…

Quelles solutions ? Cette prise de position assez radicale est peut-être justifiée, mais quelles solutions proposez-vous, M. Bayart ? On comprend entre les lignes qu’il faudrait augmenter l’immigration légale, mais selon quels critères, dans quelles proportions et avec quels moyens pour s’assurer que les immigrés vivent dignement chez nous ?

Marcel : notre « intellectuel » oublie tout simplement l’essentiel, la cause de tout ça, à savoir la démographie africaine incontrôlée : en 1950 200 millions d’Africains, 1 milliard en 2010, il est prévu 2 milliards en 2050 et 4 milliards en 2100. Il faut réaliser que nous n’en sommes qu’au tout début de la vague migratoire.

vivement demain : Entrer dans un pays illégalement, et vouloir y rester, c’est aussi une atteinte aux droits des habitants et citoyens déjà présents… Car travail, aides sociales, logement sont des ressources rares et les clandestins viennent peser sur l’économie. C’est une colonisation, et on m’a appris à l’école (de gauche…) que les colonisations, c’était très mal…

mdut : Cela faisait longtemps qu’un être supérieur, professeur à l’IHEID, ne nous avait pas gratifié de sa sagesse et sa haute élévation d’esprit. Je vais être heureux toute la journée grâce à cela…

* LE MONDE du 20 avril 2018, Migrants : Sortons de « l’Etat d’abjection ! »

espérance de vie et équivalent pétrole

Denis Cheynet : « Alors qu’elle était de moins de 30 ans en 1800, l’espérance de vie mondiale moyenne est aujourd’hui de plus de 72 ans. Mais ce « progrès » ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur l’énergie que nous sommes prêts à mobiliser pour améliorer une espérance de vie que nulle autre civilisation sur Terre n’avait jamais ne serait-ce qu’approché. La corrélation entre la quantité d’énergie mobilisée par chaque être humain et l’espérance de vie est frappante. Malgré de très fortes inégalités, ce chiffre global n’a cessé d’augmenter. Aurait-ce était possible si notre consommation d’énergie primaire moyenne par habitant n’avait pas été multipliée par trois en 200 ans. On pourrait même mettre un chiffre sur l’année d’espérance de vie : environ 25 litres de pétrole et par an. Notre espérance de vie moyenne se puise sous terre sous forme de charbon et de pétrole. Parce que cette énergie abondante et bon marché est une anomalie de l’histoire humaine, on peut en déduire que notre espérance de vie l’est aussi. La France dépense un peu plus de 11 % de son PIB dans le domaine de la santé, c’est-à-dire plus de 200 milliards d’euros. Nous aimerions faire perdurer cette opulence coûte que coûte, mais en oubliant que la vie se nourrit de la mort, comme les plantes se nourrissent de l’humus. Certains comme Jean-Luc Mélenchon aimeraient pourtant vaincre la mort, ce qui signifierait purement et simplement refuser de laisser de la place pour les générations suivantes. Accepter le finitude de nos existences, savoir tirer notre révérence et laisser quelques ressources énergétiques aux suivants, cela fait aussi partie du mouvement de la décroissance. »*

Serge Latouche : « La montée en puissance du refus de la mort qui s’est manifestée dans le fantasme de guerres zéro morts et se révèle aussi dans les recherches chimériques des transhumanistes transparaît dans la complicité implicite entre le pouvoir médical, la puissance gouvernementale et l’opinion publique. Je crains que certains en soient encore à la position infantile d’une illimitation de leurs désirs et de leur egos qui me semble le principal fondement de la foi dans la Croissance. Faire envisager une absence de maladie dans le monde idyllique qu’on nous promettait est une forme de messianisme qui me fait peur. Les dépenses de santé sont rentrées dans une logique exponentielle immaîtrisable de médecine de pointe. Il est tout à fait remarquable qu’on ait régressé de « l’économie coûte que coûte » à « la santé coûte que coûte ». Le curseur s’est déplacé, il faut échapper à la mort quel que soit le prix à payer en terme de renoncement aux libertés, et même s’il faut quelque peu sacrifier l’économie et à plus forte raison l’écologie. Il y a quelque chose de pathétique dans la course mondiale de masques de protection dont la fabrication ne nécessite ni terres rares, ni haute technologie… »**

sur notre blog biosphere :

5 mai 2020, Covid, la trouille politique devant la mort

18 avril 2020, Covid, regardons sans ciller la mort en face

15 avril 2020, Covid-19, le droit à la vie et à la mort

24 février 2020, Covid-19, bientôt 5 millions de morts ?

14 février 2020, Aux mains des « labo de la mort »

1er juillet 2019, Droit à la vie ou droit à une mort digne ?

* La décroissance, mai 2020, L’espérance de vie ? C’est du pétrole ! (extraits)

** La décroissance, mai 2020, coronavirus et décroissance (extraits)

Covid-19, le droit de vivre ou de mourir

Bien sûr nous ne souhaitons à personne de mourir un jour, mais c’est ainsi, notre destin est scellé, il nous faudra tous obligatoirement en passer par là. Mais autant que ce soit en bonne santé ! Les événements actuels reposent la question fondamentale, qui a le droit de vivre et qui a le droit de mourir. Cela se pose dès l’origine de la vie quand on se pose la question d’une interruption volontaire de grossesses Cela se pose à la fin de sa vie quand on refuse l’acharnement thérapeutique. La société se refusait à donner des règles collectives en la matière, elle donnant un cadre général et à chacun d’user de son autonomie décisionnelle. Avec le Covid-19, la société a décidé d’intervenir directement, cela s’appelle le « score de fragilité ». Nous avions sur ce blog traité cette option le 11 mars dernier sous le nom de « triage médical ». Le document actuel vise à aider les médecins à opérer des choix dans l’éventualité d’une saturation des lits de réanimation pour les patients Covid-19. Il s’intitule « Priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie ». On classe les patients selon leur état de santé préalable à la maladie, en clair on fait une sélection. L’objectif est que le patient survive dans de bonnes conditions et ressorte avec une autonomie et une qualité de vie raisonnables. Si au terme d’un séjour en réanimation, le patient ne récupère pas et reste grabataire, c’est un échec. Or la période d’hospitalisation en réanimation pour les patients Covid-19 peut aller jusqu’à trois semaines. Les patients seront donc priorisés selon leur capacité à récupérer. « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera… », veut pour sa part croire Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la société française de réanimation. Voici quelques commentaires sur lemonde.fr* :

Pelayo Decovadonga : « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera…  » . Le yaka fokon de la part de ce médecin n’est pas rassurant.

Mc : Vouloir sauver tout le monde n’a aucun sens. Il faut évidement calculer le bénéfice/risque dans ce type de situation. Si c’est pour s’acharner sur un patient dont la qualité de vie est compromise par une grabatisation ou des troubles cognitifs, autant donner une chance à un autre patient. Les réanimateurs ne sont pas des surhommes et ne doivent pas contrer la sélection naturelle et se prendre pour des dieux. Il faut faire preuve d’empathie: qu’est ce qui est le mieux pour le patient ? Dans quelle condition poursuivre notre vie ? Pas d’acharnement inconsidéré comme le stipule la loi Clays Leonetti.

Jean Rouergue : Pourquoi nier l’évidence : le cap est en franchi, certains hôpitaux ne peuvent plus déjà répondre à la demande… Voyons les plus de 80 ans atteints par le virus. Bénéficieront-ils du midazolan pour terminer leur vie en douceur, éloignés de toute famille pour cause de pandémie ?

Ana : Au moins les choses sont claires: dans 8 ou 15j , quand les services de réa seront saturés, si vous avez plus de 80 piges, pas la peine d’aller à l’hosto, autant crever chez soi.

Chanski @ Ana : Pourrait-on leur administrer,si ça ne revient pas trop cher bien sûr,une injection létale afin de leur éviter de mourir étouffés?

César Bistruk : Quand on en arrivera là, j’espère qu’ils seront suffisamment bien pourvus en morphine. Plutôt cela qu’une mort par étouffement.

Jb.d : L’établissement du pronostic fait partie du quotidien du métier de réanimateur. même avant le COVID19. On n’admet en réanimation que les patients qui ont suffisamment de chances de supporter l’épreuve et de s’en sortir. Le COVID actualise des questions qui existent déjà au quotidien. Cet épisode pourrait être l’occasion d’éclairer le public sur ces difficiles décisions qui sont prises tous les jours de l’année : malheureusement c’est raté !

* Lemonde.fr du 18 mars 2020, Coronavirus : les hôpitaux se préparent à la « priorisation » de l’accès aux soins en cas de saturation des services

Le droit au blasphème, c’est démocratique

Blasphème, « parole impie », sarcasmes envers un dieu ou une religion. Aujourd’hui encore, soixante-douze pays, dont treize en Europe, ont toujours une législation pénale qui condamne le blasphème, considéré parfois comme un crime. En France, c’est au contraire un fondement du principe de neutralité de l’État sur les questions religieuses. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen abolissait en 1789 le blasphème, crime pour lequel le chevalier de La Barre avait été condamné à mort par torture en 1766. Rappelons l’état du droit au niveau international avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1948) :

Article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. 

Article 19 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Aujourd’hui c’est une adolescente, Mila, qui fait débat en postant sur instagram : « Je déteste la religion, (…) le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. (…) J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s’exciter, j’en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. » Sa messagerie explose : « je recevais 200 messages de pure haine à la minute. » La lycéenne se justifie : « Contrairement à eux, je n’ai insulté personne, ni menacé, ni appelé à la violence envers qui que ce soit. Ce que j’ai fait, c’est du blasphème, c’est une critique générale des religions, et rien d’autre. » Nicole Belloubet, pourtant ministre de la justice, déclare que l’insulte contre une religion constituait « évidemment une atteinte à la liberté de conscience ». La sénatrice Laurence Rossignol lui rappelle qu’« en France, il est interdit d’insulter les adeptes d’une religion mais on peut insulter une religion, ses figures, ses symboles ». Le parquet a classé sans suite, le 30 janvier 2020, la première enquête ouverte contre Mila pour « provocation à la haine raciale ». En revanche, une seconde enquête est « ouverte du chef de menaces de mort, menace de commettre un crime, harcèlement ».

Rappelons quelques précédents. En 2006 le professeur R.Redecker qualifiait dans une diatribe le prophète Mahomet « de chef de guerre, impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame » et le Coran de livre « d’inouïe violence ». Il n’a été poursuivie en justice par aucune association musulmane. Le procès qui s’est ouvert le 7 février 2007 contre Charlie Hebdo est une autre illustration de cette thématique. Dans les différences caricatures sur Mahomet reprises par ce journal satirique, c’était la religion qui est visée, pas les musulmans.En 2014, Houellebecq déclarait publiquement : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. » Nous avons inventé la démocratie pour qu’il y ait recherche de la vérité par le débat. Puisque la religion n’est qu’une idéologie comme les autres, elle doit pouvoir être critiquée. Aussi pénible que cela puisse être pour les croyants, on doit pouvoir dire ce que l’on veut de la religion, tout en faisant clairement la distinction entre la religion comme idée discutable, et ceux qui la pratiquent. En effet l’injure publique à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion est en France poursuivie par la loi. Ni la bible, ni le coran, lisez dans le livre de la Nature pour l’amour de toutes les formes de vie. C’est ce que nous vous conseillons sans vouloir faire passer les mécréants par le fil de l’épée.

* LE MONDE du 30 janvier 2020, L’affaire Mila expliquée : insultes contre l’islam, menaces contre une lycéenne et réaction politique « maladroite »

Fin de vie, prendre du midazolam ?

Le midazolam et célèbre, on en a parlé devant la Cour suprême américaine à propos de la peine de mort. Il revient en France sur le devant de la scène à propos de la fin de vie. Jean Méheut-Ferron, un médecin généraliste titulaire d’un diplôme universitaire de soins palliatifs, est sous le coup d’une « interdiction totale » d’exercer après avoir été mis en examen pour « administration de substance nuisible ayant entraîné la mort sans intention de la donner à une personne vulnérable ». La justice lui reproche d’avoir donné à plusieurs patients du midazolam (distribué sous le nom d’Hypnovel), un puissant sédatif exclusivement délivré par les pharmacies hospitalières et recommandé par la Haute Autorité de santé (HAS) pour mettre en place les sédations profondes et continues jusqu’au décès. Dans le cadre de l’enquête, les corps de sept anciens patients ont été exhumés. Des traces de midazolam ont été trouvées chez cinq d’entre eux.Jean Méheut-Ferron assure qu’il n’était pas question d’euthanasie : « Il ne s’agissait ni d’accélérer la mort ni de prolonger inutilement le patient. Il s’agissait vraiment, au sens strict, d’un accompagnement. » La mise en cause du praticien par la justice a relancé le débat sur l’accompagnement de la fin de vie à domicile. Cette information du MONDE* est largement commentée sur lemonde.fr :

Jean Rouergue : Quand je vois mes vieux oncles en EPHAD, j’ai pas envie d’y aller, je préfère choisir ma mort plutôt que de finir légumes. Vois ceux qui nous sont chers transformés en légumes est douloureux. Vous me direz vous ne pensez qu’à votre confort personnel. Non, car ils nous disent aussi,  » le temps est long »… dans un éphémère éclair de lucidité. Personnellement je préférerais pour voir disposer de midazolam plutôt que d’une corde ou d’une balle, par respect pour ceux qui passeront la porte. Une majorité de français est favorable à une mort digne.

Kotelk : Je viens de relire l’article. Nulle part il est fait mention de l’accord du malade, et aucune contribution n’y fait allusion. Il n’est question que du courageux médecin qui a bien voulu permettre à des patients de mourir. Mais toutes ces personnes à qui il a été généreusement donné la mort le voulaient-elles ? C’est la seule question et je suis très étonnée qu’elle ne soit pas abordée. Si c’est le vrai désir du patient alors, oui il faut l’aider. Si c’est l’initiative d’un praticien, c’est tout simplement une mise à mort et personne n’a le droit de tuer, même avec un diplôme de médecine. Seul le malade doit avoir le droit de décider et sa décision doit être respectée.

Ana : Vous avez mal lu l’article: il ne s’agit pas de donner la mort mais d’aider une fin de vie. Quand j’ai vu ma mère en unité de soins palliatifs, j’aurais préféré qu’elle puisse vivre ses derniers jours chez elle.

J.C.M : Attention à cette situation particulière. Le problème n’est pas l’utilisation du MIDAZOLAM que nous pouvons nous procurer de façon assez simple (HAD/ Réseau), mais la nécessité d’une procédure collégiale. On ne peut accepter que le médecin décide seul d’une sédation terminale, sans concertation, sans procédure collégiale, ni à l’hôpital ni à domicile. On peut être médecin généraliste, c’est déjà bien, mais pas « Dieu le père ».

Antoine Martin : Profondément anormal ce qui arrive à ce collègue manifestement à l’écoute de ses patients et de leurs familles. On marche sur la tête et il n’y a eu aucune plainte de celles-ci mais on a été déterrer les corps pour faire des recherches toxicologiques !!! On a tous aidé des patients à mourir et l’Hypnovel endort mais ne tue pas ; il ne s’agit pas de Kcl (clorure de portassium) intraveineux ! On utilisait très volontiers l’association Dolosal/Phenergan/Largactil il y a une vingtaine d’années.

PATIN Claude : je suis médecin rural dans le Jura et avec l’aide du service hospitalisation a domicile, j’ai accès à la pose d’un pouce seringue d’imidazolan quand je le décide (contexte de fin de vie) et en accord à l’avance avec le médecin du service HAD et c’est une infirmière formée à cette tâche qui vient au domicile le poser !!!!

Sam D : S’il y a bien un médicament qui n’est utilisé dans le cadre des soins palliatifs que parce que le laboratoire a su se placer, c’est le midazolam. Il faudrait qu’on m’explique l’intérêt d’une benzodiazépine ayant une demi-vie courte pour des patients dont les problèmes nécessitent généralement une solution agissant de façon prolongée…

doc : Manifestement Sam D ignore les soins palliatifs en général et les dispositifs de perfusion continue automatisées et réglables en particulier…On a les outils pour aider à la fin de vie, manque la volonté politique…

Ricardo Uztarroz : Puisque ces jours-ci le mot « consentement » est à la mode, au nom de quoi peut-on interdire à quelqu’un de mettre fin à sa vie si celle-ci lui est devenue insupportable ? Selon Albert Camus, la seule question philosophique qui méritait considération était celle du suicide.

Charles Condamines : Souffrant d’un cancer du poumon inguérissable, j’ai toujours manifesté le désir de demander l’heure venue, la dite sédation. Pendant plus d’un an tous les soignants qui m’entourent m’ont fait croire que ce serait possible à mon domicile ; ce n’est qu’après mes demandes réitérées de plus de précision qu »une réunion au sommet a finalement conclu que non, ce ne sera pas possible. Je parle d’une réunion au sommet parce ce qu’ils sont venus à 7 m’annoncer la nouvelle à mon domicile.

* 3 janvier 2020, Fin de vie : le débat sur le rôle des médecins généralistes relancé par une affaire judiciaire

On ne naît pas écolo, on le devient

Qui suis-je ? Il y a bien des nombres pour me caractériser, mon numéro d’inscription à la sécurité sociale, des chiffres pour téléphoner, un numéro sur ma porte d’entrée, un indicatif postal, une plaque minéralogique, un code bancaire, des chiffres, encore des chiffres. Et moi je ne suis qu’une simple unité parmi des milliards d’habitants qui réduisent d’autant mon espace vital, celui des autres espèces et la beauté de la nature qui m’entourait. Désespérant d’être un minuscule rouage d’une énorme machinerie numérisée qui écrase tout sur son passage. Désespérant ? C’est aussi une motivation pour réagir ! Dans mon carnet de notules que je tenais depuis 1969, j’attribuais à Tchekhov cette phrase que j’ai fait mienne : « Tout homme a en lui-même un esclave qu’il tente de libérer. » Je me suis libéré. Pour mieux réfléchir… Pour aider à améliorer le monde… J’ai soutenu et propagé comme j’ai pu tout ce qui allait dans ce sens, la non-violence, l’objection de conscience, le féminisme, le naturisme, le biocentrisme, le sens de l’écologie, le sentiment des limites de la planète, l’objection de croissance, le malthusianisme, la simplicité volontaire… Pas étonnant que je sois considéré comme écologiste radical. En rupture avec le système dominant. Mais je ne sais pas ce que veut dire faire la révolution, prendre le pouvoir. Trop brutal, inefficace à long terme. Je ne suis qu’un passeur. Je ne fais que transmettre les connaissances que j’ai acquises. Toute mon existence a été vouée à (in)former après m’être (in)formé, et peu importe de ne pas obtenir immédiatement un résultat probant. Chacun de nous apprend aux autres, consciemment ou inconsciemment, de façon maladroite ou pertinente. Car chacun de nos actes ou presque est jugé par d’autres, servant de modèle ou de repoussoir. C’est notre comportement commun qui fait le sens de l’évolution sociale, mais nous ne sommes pas à la place d’autrui, chacun fait ce qu’il peut. Quant à moi, il me suffit d’avoir fait ce que j’estimais devoir faire, la part du colibri.

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » [Pierre Rabhi, La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir (éditions de l’Aube, 2011)

Né en 1947, je ne suis arrivé qu’après mai 1968 aux années de mon éclosion, de ma renaissance. Élevé dans une société autoritaire, imbibée de religiosité et d’économisme, j’ai quand même réussi à penser autrement. Avec ce livre*, je n’ai pas voulu me contenter de dénoncer l’inertie socio-politique et le déni économique face à l’urgence écologique. Ma bibliothèque est déjà plus que pleine de ces livres sur l’effondrement en cours de notre civilisation thermo-industrielle sans qu’on sache quoi que ce soit de l’engagement personnel de l’auteur. J’ai essayé de mettre de la chair autour des idées. Cela me semblait plus porteur qu’un énième livre sur la crise écologique. C’est pourquoi dans chaque partie de ce livre je raconte ma propre expérience pour essayer d’en tirer des enseignements profitables à tous. Je voudrais te convaincre que tu es toi aussi un écologiste qui sommeille, qui s’éveille, qui peut agir. On ne naît pas écolo, on le devient. J’ai essayé de montrer que nous sommes à la fois déterminés par notre milieu social et libre de choisir notre destinée. Il n’y a de liberté véritable que dans la mesure où nous savons mesurer les contraintes qui pèsent sur nous. J’ai écris ce livre pour partager avec toi mes pensées et mon vécu car nous partageons la même maison, la Terre, si belle, si fragile.

* On ne naît pas écolo, on le devient » de Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre

de la part de biosphere, « Bon anniversaire Michel … »

Biosphere-Info : Ecologie, droite ou gauche ?

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A l’heure où l’idée écologique commence à infuser tous les partis politiques s(ou presque) se pose la question de la classification de l’écologie sur l’échiquier politique : droite, gauche, ou ailleurs ? Notons d’abord que depuis les années 1970, le parti socialiste n’a véritablement jamais été présent sur les différents fronts de la lutte environnementaliste et a laissé aux Verts la sous-traitance de cette problématique. Notons aussi que la droite traditionnelle n’a jamais brillé sur le front de l’engagement écologique. Notons pourtant que la droite a eu aussi ses ministres compétents en matière environnementale comme Corinne Lepage, Serge Lepeltier ou Nathalie Kosciusko-Morizet.  Notons surtout que le parti écologiste des Verts a fait en 1984 son entrée en politique sous le slogan : « Ni gauche, ni droite ! ». Son amarrage au Parti socialiste ne date que de 1997 et les élections européennes de 2019 marqueront sans doute son autonomie retrouvée.

Le véritable obstacle en matière écologique ne repose pas sur la dichotomie droite/gauche. Elle repose sur une contradiction qui s’insère au cœur de chaque individu : « Au sein des démocraties, la difficulté viendrait plutôt de la résistance farouche de la majorité des populations à la remise en cause de leur mode de vie, considéré comme un acquis dans le cadre d’un progrès à sens unique, perçu comme un droit. » (Hubert Védrine, Le débat, Janvier-Février 2005, n °133). Plus généralement, il devrait être clair pour tous que l’écologie n’est pas un thème de droite ou de gauche puisque nous sommes tous concernés par l’évolution de la biosphère. Arnold Schwarzenegger le dit simplement : « Il n’y a pas un air républicain ou un air démocrate, il y a l’air que nous respirons tous. » (Le Monde.fr | 11.10.2014, La leçon d’Arnold Schwarzenegger aux climatosceptiques). Voici quelques points de vue historiques sur l’obsolescence de la dichotomie droite/gauche.

1973 La convivialité d’Ivan Illich

La dictature du prolétariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politique de la même domination par un outillage industriel en constante expansion. Une interprétation exclusivement industrielle permet aux communistes et aux capitalistes de parler le même langage. La politique économique socialiste se définit bien souvent par le même souci d’accroître la productivité industrielle que le chantre de la libre entreprise. Aussi longtemps qu’on attaquera le trust Ford pour la seule raison qu’il enrichit Monsieur Ford, on entretient l’illusion que les usines Ford pourraient enrichir la collectivité. La solution ne réside pas dans un certain mode d’appropriation de l’outil, mais dans la découverte du caractère non convivial de certains outils.

1979 Que la crise s’aggrave de François Partant (Parangon, 2002)

En fin de compte, la division entre droite et gauche est aujourd’hui presque totalement dépourvue de sens ; il y a ceux qui cherchent l’avenir en respectant la logique du système, les soumis, et les autres, réfractaires à cette logique : voilà la ligne de partage politique qui traverse toutes les classes. Les écologistes réfractaires luttent contre les moyens et les conséquences de la croissance, ils ébranlent donc notre système qui implique la croissance.

1980 Le Feu vert de Bernard Charbonneau (réédition Parangon, 2009)

L’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints. Déjà commence à se tisser ce filet de règlements assortis d’amendes et de prison qui protégera la nature contre son exploitation incontrôlée. Que faire d’autre ? Ce qui nous attend, comme pendant la seconde guerre totale, c’est probablement un mélange d’organisation technocratique et de retour à l’âge de pierre : les intuitions de la science-fiction risquent d’être plus près de la réalité à venir que la prospective progressiste de M.Fourastié.

1991 Philosophie de la crise écologique de Vittorio Hösle (Wildproject, 2009)

Ce ne sont pas les différents régimes de propriété des moyens de production qui déterminent les modalités d’exploitation de la nature mais bien la mentalité de ceux qui prennent des décisions importantes. C’est avec sagacité qu’André Gorz a subsumé l’économie contemporaine capitaliste et socialiste sous un concept plus large, l’industrialisme. Cela est difficile à faire admettre à ceux qui restent tributaires de l’illusion simplificatrice du modèle gauche/droite. Mais on se rend compte actuellement que des chrétiens démocrates et des sociaux-démocrates partageant une même sensibilité écologique sont plus proches les uns des autres que de leurs camarades de parti qui restent attachés au modèle productiviste.

1999 Politiques de la nature (comment faire entrer les sciences en démocratie) de Bruno Latour

L’écologie politique ne cherche pas à choisir une place à droite ou à gauche, selon l’organisation des travées au parlement. Aucun paquet tout ficelé ne permet d’opposer les forces du Progrès et celles de la Réaction. Les divisions à l’intérieur des partis sont depuis déjà longtemps supérieures à ce qui les réunit. Que faire de la gauche et de la droite si le progrès consiste à aller d’un mélange des faits et des valeurs à un mélange encore plus inextricable ? Si la fraternité réside non pas dans un front de civilisation qui renverrait les autres à la barbarie, mais dans l’obligation de construire avec tous les autres un seul monde commun ? Si l’égalité demande à prendre en charge les non-humains sans savoir d’avance ce qui relève du simple moyen et ce qui appartient au royaume des fins ? Si la République devient une forme de parlement des choses ? L’écologie débute à peine, pourquoi aurions-nous fini d’explorer les institutions de la vie publique ?

2003 Pétrole, la fête est finie d’Heinberg Richard (Résistances, 2008)

Tant la gauche que la droite tendent à occulter le problème de la croissance démographique continuelle. Pourtant tous les pays de la planète ont dépassé leur capacité d’accueil.

2005 Comment ne plus être progressiste…sans devenir réactionnaire de Jean-Paul Besset

  • Tu n’es donc plus de gauche ?
  • Non.
  • Tu ne te sens pas un peu à droite ?
  • Pas plus. De toute façon, aujourd’hui, c’est à peu près pareil.
  • Quand même…
  • Si, si, franchement. La carrosserie change un peu mais le moteur reste le même. Croissance, production, progrès…

Le capitalisme et le socialisme participaient de la même valeur productiviste, et si le second avait triomphé plutôt que le premier, nous serions probablement arrivés à un résultat indique. Les deux systèmes ne partagent-ils pas la même vision opérationnelle de la nature, corvéable à merci pour répondre à la demande ? L’un comme l’autre se proposent de satisfaire l’exigence de bien-être social par l’augmentation indéfinie de la puissance productive : logique de développement des forces productives par le marxisme, libérées de la propriété privée ; dynamique des mécanismes de marché pour le capitalisme, en éliminant les obstacles à son fonctionnement.

La lutte contre l’exploitation des uns et l’arrimage aux privilèges des autres ne peuvent être confondus, mais un même corpus idéologique lie les deux mouvements. Ce qui les rassemble demeure plus fort que ce qui les oppose. C’est d’un même mouvement que les néoconservateurs américains décident de nouveaux forages pétroliers dans le parc national de l’Alaska et que le ¨Parti des travailleurs de Lula donne son feu vert à la culture du soja transgénique sur les terres conquises sur la forêt amazonienne. Au nom du progrès, les idéologues de la bourgeoisie mais aussi la plupart des marxistes prédisent un monde sans paysans. A croire que ceux-ci constituaient une race de perturbateurs, celle qui maintient le lien avec la nature, et qu’il fallait définitivement tourner cette page « archaïque » de l’histoire.

Pour basculer vers la société durable, nous n’avons besoin ni de la droite, ni de la gauche. D’un même mouvement, elles se refusent à prononcer les mots qui fâchent – limites, décroissance, sobriété, modération, écotaxes – et elles n’envisagent de changements qu’à l’étalon des mots usés – modernité, développement, progrès.

2006 Pour un pacte écologique (avec le Comité de veille écologique) de Nicolas Hulot

Madame ou monsieur le futur président de la République, l’impératif écologique n’est pas une priorité, c’est LA priorité.

Mobilisation ! J’emploie ce terme à dessin, dans son sens guerrier, même si cette guerre est d’un type particulier puisqu’elle est dirigée contre nous-mêmes. L’ennemi ne vient pas de l’extérieur, il siège à l’intérieur de notre système et de nos consciences. L’impératif écologique ne sera pas relevé en faisant l’impasse sur cette double dimension, collective et individuelle, en sous-traitant le problème aux scientifiques, aux politiques ou aux industriels. Nous avons besoin que chacun participe au changement. L’impératif écologique dessine un paysage politique radicalement différent de ceux auxquels nous sommes habitués. Il suppose une confluence d’intérêts plutôt qu’un conflit d’intérêts. Il faut en finir avec les logiques exclusives de parti, cette psychologie de horde où l’individu abdique toute conscience pour privilégier les intérêts de sa boutique. Si quelque chose émerge, ce ne sera ni à droite ni à gauche, ni au centre, mais au-dessus. Il est indispensable que toutes les familles politiques partagent le même diagnostic et votent de concert les grandes orientations pour une mutation écologique de notre société, d’autant plus qu’elles seront parfois rugueuses.

2006 Les Ecovillages de Jonathan Dawson

L’intérêt principal des communautés de résilience, c’est qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle idéologie, mais d’une pratique : comment faire en sorte que sa communauté d’appartenance puisse faire face prochainement aux chocs que sont l’épuisement des ressources fossiles (le pic pétrolier…), le réchauffement climatique, l’éloignement de l’homme par rapport à la nature. C’est aussi une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les bobos et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. La volonté de vivre en communauté repose non sur les affinités de ses membres mais sur des valeurs et une mission communes remonte aux brumes de la préhistoire.

2007 petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche (1001 nuits)

La croissance et le développement étant respectivement croissance de l’accumulation du capital et développement du capitalisme, la décroissance ne peut être qu’une décroissance de l’accumulation, du capitalisme, de l’exploitation et de la prédation. La véritable dualité politique n’est plus celle qui distingue « la droite » de « la gauche », mais celle qui sépare les partisans respectueux du souci écologique des autres, les prédateurs. La critique radicale de la modernité a été plus poussée à droite qu’à gauche, avec Hannah Arendt ou Cornelius Castoriadis. Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Yann Arthus-Bertrand ne sont pas « de gauche ». Et le programme d’une société de décroissance que nous proposons est aussi peu partagé à gauche qu’à droite.

2009 C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici Jean-marc et Grandjean Alain (Seuil)

De l’extrême gauche à l’extrême droite, ils sont tous d’accord : il y a peut-être un problème avec le pingouin sur la banquise, ce qui rend les enfants très tristes, mais cela ne concerne pas les affaires des grandes personnes, comme le pouvoir d’achat ou la compétition économique internationale. Au dernier débat présidentiel, c’est donc du même côté de la table que nous aurions dû trouver Royal, Sarkozy, et les deux journalistes politiques qui les interrogeaient. Tous les quatre étaient tellement confiants dans leurs promesses de croissance infinie ! Seule la répartition des sucettes supplémentaires était un sujet de débat.

2009 Simon Charbonneau, Résister pour sortir du développement (le droit entre nature et liberté) (Sang de la Terre)

Le clivage qui marque depuis la Révolution française la séparation entre une droite conservatrice et cléricale et une gauche républicaine et progressiste est obsolète. Les repères se brouillent, la droite a même confisqué à la gauche le monopole du progressisme et de l’engagement écologique. L’opposition entre la droite et la gauche est aussi en décalage croissant avec l’urgence écologique. Faut-il rappeler que les représentants du capitalisme comme ceux du socialisme ont toujours manifesté une foi inébranlable dans les vertus d’un progrès menant l’humanité vers le bien être matériel et la paix entre les hommes. Cette croyance au progrès, marqué pourtant par des totalitarismes et des massacres, entre dans une crise idéologique majeure. Comme l’écologie est transversale, elle ne peut être revendiquée par aucun parti.

2009 Le syndrome du Titanic – 2 de Nicolas Hulot

On ne m’en fera pas démordre : les enjeux écologiques se situent au-delà de l’affrontement traditionnel entre droite et gauche. Nous ne défendons pas des intérêts particuliers, mais l’humanité tout entière. Quel que soit le vainqueur des élections, il s’agissait pour moi de continuer à ouvrir l’espace de l’impératif écologique.

2009 Sur quelle planète vont grandir mes enfants ? (Ecologie, clé du futur) de Jean-Guillaume Péladan

Les modes de gestion des ressources et des biens publics ne sont ni de droite, ni de gauche. Les clivages idéologiques passés accusent leur obsolescence.

2009 Tu viens ? de Nathalie Kosciusko-Morizet

On entre en politique, adolescent, pour faire bouger les choses. Lorsque j’en ai éprouvé le besoin, et rien n’a changé depuis, il m’a semblé que le levier du mouvement était à droite, quand la gauche française me paraissait vouée à la répétition vaine de principes dont elle faisait, au mieux, une sorte de vêtement de l’inertie. L’invocation permanente de la justice sociale, du partage, et du « pluriel », tout cela ne n’habillait plus rien, ne disait plus aucune espérance. Qu’on le veuille ou non, c’est bien la droite qui a porté en France la législation environnementale, qui lui a donné un principe constitutionnel et qui a organisé la première véritable concertation publique sur l’ensemble de ces enjeux : création en 1971 du ministère de l’environnement par Georges Pompidou, loi Barnier en 1995, Charte de l’environnement en 2005 avec Jacques Chirac et « Grenelle de l’environnement » lancé en 2007 par Sarkozy.

2010 Le paradis sur Terre d’Alain Hervé

On l’a entendu aussi bien à gauche qu’à droite pendant le débat parlementaire (en 1979) sur l’industrialisation nucléaire : « Pour réduire les inégalités sociales, nous avons besoin de davantage d’énergie. » Ce qui revient à dire, à droite : « Nous refusons de partager les richesses déjà accumulées, mais ça ne nous coûte pas cher de promettre de partager les richesses à venir. » A gauche, cela veut dire : « Plutôt que chambarder la société, nous attendons que la corne d’abondance nucléaire commence à produire et nous serons là pour répartir justement ses fruits. » Et voilà toute la classe politique agenouillée, mains jointes devant la machine, l’implorant de déverser une pluie de bienfaits. Ainsi soit-il. J’ai eu du fait de ma profession l’occasion de bavarder avec quelques-uns de nos dirigeants. Je peux citer Jospin, Rocard, Guichard, Couve de Murville… Gauche, droite, je les ai tous trouvés parfaitement ignares en ce qui concerne les notions les plus élémentaires de l’écologie : les biotopes, la biodiversité, la chaîne alimentaire, les risques liés à l’énergie nucléaire, aux manipulations génétiques… Enfermé à vie dans un système de références appris à l’école (souvent à l’ENA) et dont ils étaient incapables de sortir. Et ça ne change pas avec les nouveaux venus.

2010 Manifeste pour une société écologique (texte de synthèse lors de la création d’EELV le 13 novembre 2010)

A droite, à gauche ou au centre, beaucoup se disent maintenant convaincus de l’importance de la question écologique. C’est un effet spectaculaire de l’impact de la crise. Les écologistes n’ont pas de raison de douter de la sincérité des évolutions individuelles. Ils s’en réjouissent même. Mais force est de constater que, dans les programmes et les décisions des formations de droite, de gauche ou du centre, l’intégration de la question écologique apparaît plus comme une posture d’opportunité, une concession à l’air du temps, que comme un véritable tournant.

  Dans les mouvements libéraux, conservateurs, sociaux-démocrates ou d’inspiration marxiste, la problématique écologique reste généralement perçue comme relativement secondaire, une catégorie parmi d’autres, un secteur d’intervention supplémentaire qu’il s’agit d’ajuster sans faire obstacle à l’orientation prioritaire, à savoir les politiques de stimulation de la croissance à des fins de redistribution en direction de leurs bases sociales.Fossilisés par leur histoire, ils se refusent à accomplir une mue qui les montrerait nus.

L’écologie politique a donc toute raison de revendiquer son autonomie, refusant de devenir une force d’appoint assignée à la sous-traitance ou au supplément d’âme. Mais autonomie n’est pas isolement. Les écologistes ne sont pas seuls au monde. Il nous faut donc construire des majorités d’idées en cherchant en permanence des partenariats avec d’autres forces politiques et plus largement avec les organisations et les mouvements sociaux concernés, à travers des pactes ponctuels, sectoriels ou régionaux, démarche pouvant se prolonger jusqu’à conclure des accords de gouvernement ou de mandature.

Les écologistes n’exigent aucun passeport idéologique si l’accord intervient sur l’essentiel du projet de société. Mais le poids de l’histoire et la réalité politique obligent à constater que l’attachement des partis de droite aux formes les plus sauvages du libéralisme, vecteur privilégié de l’approfondissement des crises, dogme idéologique et système économico-social rigoureusement incompatibles avec la mutation écologique, rend les rapprochements impossibles. Les écologistes seront toujours disponibles pour appuyer toute mesure qui irait dans le bon sens, quels qu’en soient les protagonistes, mais ils ne se laisseront jamais enfermer dans des opérations de dilution de leur projet dans les méandres du capitalisme vert. L’écologie politique est donc conduite à envisager ses alliances avec la social-démocratie et les partis qui se réclament de la gauche. Cela ne va pas de soi. Certes, des sensibilités voisines sur les questions de droits humains et de justice sociale, confortées par des complicités militantes et des proximités historiques, ont conduit les écologistes à collaborer souvent étroitement avec les forces de gauche. Des valeurs se croisent, des objectifs convergent. L’écologie politique ne sera jamais neutre vis-à-vis du clivage droite-gauche quand il s’agit de choisir entre des politiques qui favorisent les privilégiés et celles qui se préoccupent des démunis.

Pour autant, les écologistes et les gauches ne sont pas des alliés naturels. Ils n’ont pas le même ancrage historique et ne s’inscrivent pas dans le même horizon. Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fascinés par ses fétiches et ses addictions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. Les écologistes souhaitent les convaincre de changer d’orientation. Mais ils n’ont pas vocation à épouser une doctrine qui n’est pas la leur en y introduisant un peu de vitamine verte.

Le champ de la discussion et des convergences est donc ouvert ainsi que l’indiquent de nombreux signaux venus des rangs de gauche. Mais les frémissements ne font pas une politique et, de la parole aux actes, le changement de cap reste à démontrer. En l’état actuel des projets respectifs, l’écologie politique n’est pas candidate à une union de la gauche où son identité se dissoudrait. Elle est néanmoins prête à des contrats de partenariats avec les gauches disposées à aller aussi loin que possible vers la transformation écologique et sociale de la société.

2011 Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici

En Occident, alors que certains pays ont été soi-disant à gauche et d’autres soi-disant à droite, les modes de consommation à l’arrivée sont furieusement identiques ! Dans le monde fini qui est le nôtre, le mode de vie futur va dépendre bien davantage de la disponibilité de l’énergie par personne que de la nature des régimes politiques.

2011 Des écologistes en politique d’Erwan Lecoeur (lignes de repères, 2011)

L’écologie politique comporte la même temporalité ternaire du mythe, passé harmonieux du climax, présent catastrophique et projet de sauvetage de la planète ; toutefois le héros central du récit n’est plus le prolétariat comme dans la philosophie de l’histoire du XIXe, mais la nature. Après le libéralisme et le socialisme du XXe siècle, l’écologie est la grande idée du XXIe siècle, qui répond à la principale question du temps : la question naturelle. C’est au-delà du clivage droite-gauche que se situe l’écologie. Corinne Lepage, Dany, Cécile ou José, tous expriment un refus de se laisser enfermer dans le clivage entre une gauche dont nul ne semble plus distinguer les valeurs et une droite dont on sait trop ce quelle réserve à l’écologie, en dernière analyse.

Corinne Lepage n’a jamais eu d’autres engagements politiques que l’écologie, n’a jamais été dans d’autres partis politiques qui ne soient écologistes. L’écologie doit affirmer son autonomie. Elle était dès la première réunion de Génération Ecologie en 1990, elle a créé Cap 21 en 1996, devenu parti politique en 2000. Elle a parcouru presque tout l’éventail politique, elle en connaît les dessous : « Les partis traditionnels ont certes un volet écologique dans leur programme politique, cela va de soi. Mais la question est traitée en aval. Lorsqu’ils ont décidé le modèle socio-économique qu’ils veulent mettre en place, alors ils se posent la question de l’impact environnemental que cela va avoir. La particularité de l’écologie politique est dans l’inversion de l’ordre des facteurs : qu’est-ce qui fait système ? Moi, je suis pour faire de l’économie un sous-système de l’écosystème global. L’alternative, c’est de ne plus considérer les capacités physiques de la planète comme étant une variable d’ajustement, mais comme étant le point à partir duquel on construit un projet politique. »

Daniel Cohn-Bendit précise : « Dans le ni droite, ni gauche, il y avait quelque chose de juste. C’est vrai qu’on est critique du productivisme de gauche, et du productivisme de droite, donc on est ni à gauche, ni à droite, on est autre part… C’est vrai aussi qu’à certains moments historiques, il faut créer des majorités, et que dans certaines majorités, tu ne peux pas réaliser ce que tu veux faire. »

Cécile Duflot peut conclure : « C’est vrai que c’est compliqué de faire des alliances avec le Parti socialiste. Oui, on est une troisième voie ; oui, on est capable de passer des accords ; non, ce n’est pas automatique. Nous Europe Ecologie et les Verts, notre position, c’est de revendiquer, à la fois, l’autonomie de notre projet politique différent, et la possibilité de passer des accords.  On ne peut légitimer des valeurs politiques qui sont basées sur la compétition, la concurrence, le refus de prendre en compte le long terme… »

En clair, le refus du positionnement procède d’un refus des termes habituels du champ politique pour restituer le radicalisme que les écologistes veulent poser comme une nécessité. Mais comment, sans le soutien du PS,  accéder à la qualification aux législatives, scrutin uninominal à deux tours ?

2011 La décroissance heureuse (la qualité de la vie ne dépend pas du PIB) de Maurizio Pallante

Depuis toujours, les innombrables variantes de la droite et de la gauche se mesurent sur la scène politique à la stratégie la plus efficace pour faire croître la production de marchandises. De 1917 à 1989, la confrontation a été monopolisée par le défi opposant marché et planification, entre le capitalisme des Etats-Unis et le socialisme de l’Union Soviétique. Une confrontation analogue s’est produite et se produit encore entre partis de droite et de gauche à l’intérieur de pays à économie de marché. Le culte de la croissance économique, de l’innovation et du progrès unit tous les partis de droite et de gauche. S’ils sont au gouvernement et que le PIB croît, ils sonnent le clairon et en attribuent le mérite aux choix de leur politique économique. Si, par contre, la croissance ralentit ou, pire, est égale à zéro, ou pis encore, est négative, les partis d’opposition se déchaînent accusant leurs adversaires d’être incapables de gouverner.

En agitant le drapeau du progrès, des changements et des innovations, la gauche a contribué à introduire dans le patrimoine génétique des classes subalternes le système de valeurs sur lesquelles est fondé le mécanisme de la croissance économique et le pouvoir des classes dominantes qui le dirigent. Celui qui dénonce les problèmes très graves causés par la croissance et pense qu’on doit entamer le plus vite possible la voie de la décroissance, se met hors de la dialectique entre droite et gauche. Pourtant il n’est pas nécessaire de regretter le passé pour critiquer le présent. Droite et gauche partent de l’hypothèse que plus le gâteau est gros, plus il y en aura pour tout le monde. Cela n’allège pas les souffrances de quatre cinquièmes de l’humanité auxquels on soustrait ce qui est nécessaire pour vivre, pour faire un grand gâteau dont les classes subalternes des pays développés mangent les tranches les plus fines.

2011 Petit bréviaire écolo de Wilfrid Séjeau et Erwan Lecoeur (les Petits Matins)

« L’écologie, ça ne devrait être ni de droite ni de gauche »

Environ la moitié des Français ne se reconnaît plus dans cette séparation entre droite et gauche. Avant d’être de droite ou de gauche, les écologistes sont… écologistes. L’écologie politique n’est pas ailleurs, elle est devant ! Les écolos sont bien isolés lorsqu’ils posent une critique radicale de la société de consommation et du matraquage publicitaire. Les écologistes sont toujours les seuls à remettre en cause les religions du progrès et de la croissance. Les écolos fauchent les champs d’OGM. Au fond, et en dehors du fait que le sarkozysme a remis la droite sur l’axe de l’extrême droite, c’est quoi, au juste, d’être « de gauche » ? A quoi bon s’enferrer dans des clivages paresseux aux contours flous. Il n’empêche que la préservation des ressources et des milieux naturels ne fait pas bon ménage avec le libéralisme économique.

2012 Le futur a-t-il un avenir ? (pour une responsabilité socio-écologique) de Philippe Lebreton

La droite privilégie le niveau de l’individu, la gauche celui de la société ; les dépassant tous deux, l’écologisme s’intéresse au destin de l’espèce humaine (et de la biosphère) dont dépendent solidairement société et individus.

Question : « Si la droite se convertissait réellement à l’écologie, voteriez-vous pour elle ? » Réponse : « Oui, car ce ne serait plus la droite. » « Et si la gauche faisait de même ? » « Oui, car ce serait enfin la gauche » (Philippe Lebreton, l’excroissance, 1978)

2013 Plus haut que mes rêves de Nicolas Hulot

J’avais lancé le Pacte écologique pour la présidentielle 2007. Je demandais aux politiques de ne plus s’affronter systématiquement mais de valider les idées pertinentes d’où qu’elles viennent. S’il n’existe pas un esprit de concorde entre la droite et la gauche, nous assisterons impuissants à l’effondrement de notre planète. Si les politiques signent le Pacte, je me retire de la course à la présidence. Après son paraphe, Sarkozy me renvoie dans les gencives : « Cet exercice ridicule auquel tu m’as obligé à me prêter devant tes écologistes barbus… »

(…) EELV a négocié un accord avec le parti socialiste sur un certain nombre de députés sans demander mon avis ni celui d’Eva Joly. Conditionner l’engagement écologique à un ancrage politique est un problème majeur. Il aurait fallu que je proclame ma symbiose absolue avec la gauche alors que, sur les sujets écologiques, elle n’est pas plus éveillée ou instruite que ne l’est la droite. Si leurs priorités diffèrent, leurs modalités sont identiques.

Une ouverture à droite de l’écologisme ?

Pour marquer le rassemblement des écologistes, rendez-vous était donné lundi 8 juillet devant l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine. On y voyait Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts), Delphine Batho (Génération Ecologie), Antoine Waechter (Mouvement écologiste indépendant), François Damerval (Cap 21), Jean-Marc Governatori (Alliance écologiste indépendante) et François Béchieau (Mouvement des progressistes). Manquait à l’appel le Parti animaliste. « Ils sont sur une ligne monothématique, mais nous allons les rencontrer dans les prochains jours », a indiqué M. Jadot*. Réunir les différentes chapelles écolos ? Jusqu’à présent l’écologie institutionnelle a tendance à se disperser plutôt qu’à se rassembler !

Le texte commun du 8 juillet : « Nous voulons préparer la conquête et l’exercice du pouvoir par un mouvement démocratique en rupture avec les anciens clivages partisans à l’égard desquels nous affirmons notre indépendance… L’écologie est la seule alternative à la barbarie et à la progression de l’extrême droite. » La grande absente est… la gauche. François Damerval estime que « ce rassemblement est important car il va au-delà du clivage droite-gauche ». Delphine Batho : « Tous ceux qui se définissent écolos sont les bienvenus, ils doivent quitter les anciens partis pollués ».Yannick Jadot : « Dans des municipalités où vous avez des maires qui sont sans étiquette ou divers droite, qui font du 100 % bio dans les cantines, des jardins partagés ou de la rénovation urbaine, qui appliquent ce que nous avons envie de faire, nous prendrons nos responsabilités. Surtout si on les compare à des socialistes qui sont dans des contournements routiers ou du 100 % Sodexo ! » Les gauchistes d’EELV sont ulcérés. Julien Bayou, porte-parole d’EELV : « On ne fera pas d’accord à droite ! » La sénatrice de Paris Esther Benbassa : « A qui m’interroge sur l’ouverture de Yannick Jadot à des accords avec des sans-étiquette ou divers droite, je réponds qu’il parle en son nom, pas au nom d’EELV ». David Cormand, secrétaire national d’EELV : « Ma ligne est assez simple : c’est celle qui a été votée à l’unanimité par le Conseil fédéral. Il n’y aura pas d’alliance avec la droite, qu’elle soit d’extrême droite, conservatrice ou libérale ».

Un commentaire du sceptique sur lemonde.fr : « Pauvre Jadot : il a compris que l’écolo-gauchisme majoritaire au conseil fédéral EELV est la garantie de végéter en marge de la vie politique, que le seul moyen d’en sortir est de casser le tabou en faisant des alliances locales même avec la droite écolo-compatible, comme le font les Grünen allemands, realos depuis 20 ans. Mais voilà : alors qu’on parle surtout du lepénisme, le gauchisme pourrit lui aussi la politique française depuis 40 ans. Nous devons être la dernière grande démocratie à avoir autant de chapelles marxistes, d’intellectuels anticapitalistes, de sachants révolutionnaires, de ratiocinations doctrinaires complètement décalées par rapport au monde tel qu’il évolue. Et comme ce gauchisme pourrit la politique par la voie gauche, l’écologie en est logiquement victime, avec ses fractions pures et jalouses. Cet état de fait plaît aux pollueurs, puisqu’il leur permet en France de dire « regardez, c’est nous ou la chienlit utopique anticapitaliste ». »

Sur notre blog biosphere, nous n’avons pas attendu ces derniers rebondissements pour clarifier le débat écologie/droite/gauche :

7 juin 2019, Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

16 avril 2018, L’écologie va-t-elle passer à droite, nature oblige ?

15 mai 2017, l’écologie politique, vision par-delà droite et gauche (l’écologie intégrale du pape François)

27 mars 2017, un parti social-écologiste ou bien ni droite ni gauche ?

22 août 2016, L’écologie est-elle de droite ou de gauche, ou d’ailleurs

23 avril 2016, L’écologie, ni gauche, ni droite, ni centre, mais supérieur

8 avril 2016, Le « ni droite ni gauche » va avoir le vent en poupe

20 février 2016. Deux manières de tuer l’affrontement droite/gauche (le FN et les Verts)

13 janvier 2016, Non à une primaire ligotant les écologistes à la gauche

19 décembre 2013, Droite ou gauche, comment situer l’écologie ?

17 mai 2013, l’écologie ou l’extrême droite, à toi de choisir !

28 septembre 2011, Manuel Valls, plus proche de la droite que des écologistes

17 mai 2011, plus à gauche et moins à droite, Nicolas Hulot

19 avril 2011, Nicolas Hulot, droite ou gauche?

12 février 2011, socialistes à droite, écologisme à droite (Dominique Strauss-Kahn)

26 février 2010, droite/gauche, un classement ringard

17 octobre 2009, l’écologie de droite (Chantal Jouannet)

6 juillet 2008, droite et gauche, même combat

3 mars 2008, l’écologie, de droite ou de gauche ?

* LE MONDE du 10 juillet 2019,  Yannick Jadot ou l’écologie « et de droite et de gauche »

Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

Le récent positionnement politique de Yannick Jadot clôt la parenthèse 1994-2019. En 1986, Antoine Waechter fixait ainsi la ligne politique des Verts : « l’écologie politique n’est pas à marier. » Le ni-ni (ni droite, ni gauche) domine, les Verts considèrent que l’écologie est un nouveau courant de pensée politique différent des partis productivistes. Mais lors de l’Assemblée générale des Verts à Lille en 1994, l’alliance à gauche de l’écologie politique est devenue la norme. La participation au gouvernement Jospin puis Hollande, la constitution de groupes parlementaires grâce au PS, le ralliement du présidentiable écolo Jadot en 2017 au PS d’Hamon… se sont terminés par un désastre électoral. Merci Macron d’avoir fait éclater le vieil antagonisme droite/gauche, c’est là votre seule victoire ! C’est pourquoi la proportionnelle aux Européennes 2019 ont redonné leur autonomie aux écolos et un succès électoral : troisième force politique après le rassemblement national et l’attrape-tout macroniste. Aujourd’hui Jadot acte clairement le fait qu’il se dissocie complètement des « vieux appareils » pour construire une vraie alternative aux simplismes de l’extrême-droite. Cela va dans le sens de l’histoire, une écologie qui sera la seule voie réaliste pour le XXIe siècle. Voici en résumé le discours de Yannick dans LE MONDE* :

« Ce n’est pas la question de la recomposition de la gauche qu’il faut se poser, mais celle de tout le champ politique pour faire face au plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée : sa survie. Notre mandat, c’est de sauver l’avenir, pas le passé, sauver le climat et pas les vieux appareils. Je ne participerai pas à un rafistolage du paysage politique du XXe siècle.Il n’y aura pas de société solidaire et démocratique si on n’échappe pas au chaos climatique et à l’anéantissement de la biodiversité. Pour les municipales, les jeunes ne nous ont pas donné mandat pour nous asseoir autour d’une table avec Olivier Faure, Benoît Hamon et Fabien Roussel [dirigeants du Parti socialiste, de Génération.s et du Parti communiste], mais pour agir concrètement sur le climat. Le deuxième tour se construira sur la base du programme écolo. Il est absurde qu’il y ait différents partis écolos qui se fassent concurrence. Il faut créer la structure qui va rassembler la liste Urgence écologie et le Parti animaliste. Génération.s ou La France insoumise ne sont pas des partis écologistes. Mais leurs militants sont les bienvenus s’ils souhaitent, avec nous, construire une société écologique et apaisée. Le populisme, c’est instrumentaliser les difficultés sans se donner les moyens d’y répondre. Nous avons la démarche inverse ; notre souhait est d’être dans le concret, pas dans les slogans. Notre écologie doit montrer qu’elle est sociale et positive, qu’elle est la vraie alternative à l’extrême droite. On doit donner cette espérance dans les zones qui se sentent abandonnées. L’écologie est une exigence concrète qui répond à des besoins quotidiens : chauffage, isolation, fuite d’eau. L’extrême droite se combat tous les jours en améliorant le quotidien. La seule façon de contrer la montée de l’extrême droite, c’est l’alternative écolo. L’écologie a deux pôles : le global et le local, l’Europe et les municipales. Je vais m’y investir pleinement. »

Le gros problème, c’est que la politique politicienne et l’arrivée d’opportunistes qui réclament des places d’élus fasse basculer le parti de Jadot du côté de l’écologie superficielle, apte à la langue de bois et aux mesurettes. Il reste à former les militants et les sympathisant à un discours cohérent et plus radical. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait définir les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), Biens communs (gouvernance), communauté résiliente (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), croissance maîtrisée (économie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), Fécondité raisonnée (démographie), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). Cette réflexion complexe sous-tend le contenu de ce blog biosphere.

* LE MONDE du 6 juin 2019, Yannick Jadot : « Nous voulons conquérir et exercer le pouvoir »

8 mars, Journée internationale des droits des femmes

D’un point de vue écologiste, il est nécessaire de montrer que la nature fait une différence entre les sexes et non une inégalité. La différence, c’est le résultat d’une évolution qui nécessite deux sexes différents pour fabriquer une progéniture. Il y a donc complémentarité. Par contre les inégalités ne sont que construction culturelle. Sauf anomalie chromosomique, on naît bien femme ou homme, mais on le devient aussi par le statut que la société nous donne. En 1978 LE MONDE* avait rendu hommage à Simone de Beauvoir (1908-1986), celle qui a donné au féminisme ses lettres de noblesse :

« Tout ce que j’ai lu, vu, appris pendant ces trente années m’a complètement confirmé dans cette idée : « On ne naît pas femme : on le devient. » On fabrique la féminité comme on fabrique d’ailleurs la masculinité, la virilité. Elena Gianini Bellotti a montré d’une façon très détaillée dans « Du côté des petites filles » que l’éducation de l’enfant, garçon ou fille, est différente dès les premières années. Ces différences ne viennent pas des natures féminines ou masculines, mais de l’ensemble culturel. Il y a une certaine émancipation. Sur le plan sexuel certainement, il y a l’émancipation due à la contraception et due, quand même, à la loi sur l’avortement, Mais ce n’est pas grand-chose, parce que la vraie émancipation se situe sur le plan du travail économique et des possibilités de réussir sa vie. Il y a quelques femmes qui ont obtenu des promotions, nous, les féministes, nous les appelons des femmes-alibis. Quand une carrière se féminise, elle est dévaluée. Féministe, pour moi cela voulait dire que je réclamais une identité de situation entre l’homme et la femme, et d’égalité radicale entre l’homme et la femme. L’Année de la femme [instaurée par l’ONU en 1975. Deux ans plus tard, le 8 mars 1977, la Journée internationale des femmes est officialisée] ne m’a pas semblé quelque chose de valable. Je pense qu’il ne faut pas traiter les femmes séparément. Je ne suis pas tellement pour la représentation parlementaire, la participation des femmes aux élections me paraît secondaire ; je ne vois pas très bien ce que les femmes élues feront, sinon d’être des femmes-alibis, là aussi. »

Voici quelques articles sur ce blog biosphere à propos de l’égalité homme/femme :

11 février 2019, Françoise d’Eaubonne, une icône de l’écoféminisme

22 novembre 2018, Sans soutien-gorge ni voiture, telle est la femme écolo

17 juillet 2018, Le combat démographique analysé par une écoféministe

13 janvier 2018, Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

25 décembre 2017, La vraie nature, trompeuse, de l’élection de Miss France

10 décembre 2017, Décroissance, ne pas nier la différence des sexes

1er novembre 2017, Biosphere-info, féminisme et écologie

29 décembre 2016, Féminisme, sensibilité écologique et refus de maternité

18 décembre 2016, Féminisme et maîtrise de la fécondité sont inséparables (Paul Robin)

16 décembre 2016, Le sexe/genre relève-t-il de la nature ou de la culture ?

17 septembre 2013, Le genre et le sexe, des différences aux inégalités

* LE MONDE du 9 mars 2019, Simone de Beauvoir au « Monde », en 1978 : « J’ai cru trop vite à une proche victoire des femmes »

Nature de la sexualité et droit à la sexualité

1) sexualité chez les écologistes. Les bonobos ne s’embarrassent pas de lois contraignantes, mâles et femelles aiment faire l’amour, point final. Oubliant cette possibilité naturelle de faire baisser les tensions sociales, les nanas d’EELV (l’écologie institutionnelle) se déchaînent contre un mâle que se voulait dominant, Denis Baupin. Devant un tribunal Cécile Duflot résume, en pleurs : « Il me regarde bizarrement et me dit : “Je savais que tu en avais autant envie que moi.” Il a posé la main sur mon cou. Je lui ai dit : “Ça va pas, arrête !” Je lui ai donné un grand coup de pied dans le tibia. Je l’ai repoussé des deux mains et j’ai fermé la porte. »* C’est tout ! Il y a différentes conceptions du féminisme face à l’agression sexuelle, par exemple celle-ci : « En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. »** Voici quelques commentaires complémentaires sur lemonde.fr :

CL : J’essaie de comprendre où est la violence dans ce qu’à fait Baupin. C’est quand il touche son cou ? Quand il repousse la porte qu’elle essaie de fermer ? Tout ça m’a l’air d’un dragueur maladroit refoulé mais pas plus. C’est insipide, mais c’est lui-même qui a voulu ce procès.

Incompréhensible : J’ai l’âge de C. Duflot, je ne comprends absolument pas ses propos, ni sur la « normalité » de propositions salaces récurrentes, et moins encore sur le fait de céder plutôt que de s’épuiser à résister ! Quel message dévastateur sur la sexualité des femmes, dont la finalité n’est pas d’avoir la paix, mais une satisfaction personnelle… C. Duflot généralise une pathologie de groupe.

Pierre Castaing : J’ai été agressé par un nombre incroyable de jeunes femmes françaises et américaines tout au long de mon adolescence. Quelques actrices françaises en faisaient partie et même une femme d’homme politique borgne. Chaque mois… je parle des pages centrales de Lui et Play-boy. Cécile me décide par son courage à porter plainte contre X.

2) sexualité devant le conseil constitutionnel. La mesure phare de la loi du 13 avril 2016 sur la prostitution, l’interdiction de l’achat d’un acte sexuel, communément appelée la « pénalisation des clients », a été jugé conforme au droit par le Conseil constitutionnel :  « en faisant le choix de pénaliser les acheteurs de services sexuels, le législateur a entendu, en privant le proxénétisme de sources de profits, lutter contre cette activité et contre la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle, activités criminelles fondées sur la contrainte et l’asservissement de l’être humain. Il a ainsi entendu assurer la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre ces formes d’asservissement et poursuivi l’objectif de valeur constitutionnelle de sauvegarde de l’ordre public et de prévention des infractions »***. Donc une loi morale reposant sur une infantilisation des personnes prostituées nous prive du « droit de disposer de son corps ». On constate déjà que la pénalisation des clients a entraîné une dégradation des conditions de travail des prostituté(e)sVoici quelques commentaires sur lemonde.fr :

Etrange : Ces arguments sont tout de même assez tendancieux. Les juges autorisent à interdire une activité car ils considèrent qu’elle est fortement liée à la traite d’êtres humains… Ne devraient-ils pas s’attaquer directement à celle-ci.

Kent : Il serait intéressant de connaître le nombre de membres du Conseil Constitutionnel ayant eu recours à des escort-grils, par exemple, qui se souvient de Roland Dumas?

PIERRE DUMONT : Sur le fond ce conservatisme idiot est accablant. Soutenu d’ailleurs -au nom d’arguments idéologiques- par un certain nombre de grandes associations moralistes dûment subventionnées. Il y a un mélange constant et volontaire entre prostitution et traite des êtres humains, dans le but évident de ne jamais aboutir. Les prohibitionw ne sont qu’idioties qui font croître ce qu’elles son censées combattre. Avons-nous vu une diminution de la prostitution ?

Lo : Le problème posé par cette loi anti-clients n’est sans doute pas d’ordre constitutionnel, il est d’ordre logique, dans l’absurdité qu’il y a à pénaliser le recours à un service qu’il n’est pas interdit d’offrir. C’est juste un non-sens.

Georges : Si on donnait des droits aux prostituées : -Droit d’expression -Droit du travail -Droit à la sécurité sociale et à la retraite -Droit à la sécurité physique -Droit à formation pour changer de métier si elle le désire.

Henri : Nous sommes gouvernés par des gens pudibonds qui piaffent d’impatience devant la PMA, fabrique de mères célibataires et GPA, location/vente du ventre d’autrui (compassionnel au départ), mais qui ne veulent pas de sexe tarifés dans ses rues.

Bibifok : puisqu’il est légal de vendre un produit mais pas de l’acheter, je vais devenir dealer.

Denis Courvoisie : Q: les producteurs de films pornographiques et/ou leurs clients pornocinéphiles rentrent-ils dans le champ d’application de cette loi ?

Allez donc comprendre : Par contre quand on est handicapé, ce n’est pas un délit, on y a droit… https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/01/accompagnement-sexuel-des-handicapes-j-aime-la-vie-le-contact-avec-les-corps_5391288_3224.html

Pour en savoir plus sur l’écologie de la sexualité grâce à ce blog biosphere :

l’écologie face aux abolitionnistes de la prostitution

La bipédie, origine de notre sexualité très encadrée

Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

nature et sexualités : le débat sur le genre humain

* LE MONDE du 9 février 2019, Les regrets de Cécile Duflot, victime silencieuse de Denis Baupin

** LE MONDE du 10 janvier 2017, Nous serons libre quand nous pourrons exprimer notre désir)

*** LE MONDE du 2 février 2019, Prostitution : la pénalisation des clients jugée conforme par le Conseil constitutionnel

Les « gilets jaunes », conséquence de la vie à crédit

Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », relève que la crise des « gilets jaunes » illustre les limites d’une logique qui a conduit les gouvernements successifs à recourir à la dette : « Annulation de la hausse de la taxe sur les carburants, gel de la hausse de l’électricité, cent euros de plus par mois, annulation de la hausse de la CSG… Cet inventaire à la Prévert a fait des treize minutes du discours de Macron le prime time le plus cher de l’histoire de la télévision : environ 1 milliard d’euros les soixante secondes. Ces annonces ont pourtant été tournées en dérision : « Des miettes ! », s’est plaint Jean-Luc Mélenchon, « Opération pièces jaunes », a renchéri Alexis Corbière… La valeur de l’argent public dans ce pays est décidément à géométrie variable. Ceux qui permettent d’assurer les fins de mois non seulement des « gilets jaunes », mais de la nation tout entière payeront l’essentiel de la dizaine de milliards nécessaires au financement de l’annulation de rentrées fiscales inscrites au budget ou de nouvelles dépenses non prévues. C’est tout de même 42 milliards d’euros qui ont été finalement consacrés en 2018 au remboursement de la dette. Il est irresponsable de faire croire que la France pourra continuer à consommer plus qu’elle ne produit et vivre au-dessus de ses moyens jusqu’à la fin des temps... » Face à ce constat indiscutable, nous avions déjà suggéré sur ce blog, avant les reniements de l’Etat macroniste, le virement des recettes de la taxe carbone au remboursement de la dette publique. Mais la logique financière n’existe plus dans les pays riches où l’endettement sert d’exutoire aux colères sociales. Quelques commentaires sur le monde.fr* :

YL : Excellent éditorial, qui rattrape un peu beaucoup d’articles du Monde très inspirés par LFI, ou qui soufflent sur les braises des barbecues installés aux carrefours.

ThRz : Donc on continue comme d’habitude: les pauvres c’est fait pour être très pauvres et les riches pour être très riches. Je pense qu’avec ce type de logique les gilets jaunes ne sont pas près de s’arrêter après les fêtes de fin d’année. De même les partis populistes et extrémistes en profiteront aux prochaines élections européennes.

MARTIN : On aurait souhaité cet article en plein cœur de la crise des GJ. Mais la rédaction du Monde n’a pas été à la hauteur des enjeux. Il y a un populisme de gauche, un populisme de droite et un populisme du journal de « référence ». (merci de ne pas censurer !)

Libérez les ronds-points : Article trop compliqué pour les Gilets Jaunes qui désormais dictent leur agenda depuis leurs gares de péages saccagées. Leurs « doléances » impliquent de la dette ? Endettons la France, c’est la démocratie directe horizontale participative on vous dit !

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : « Mais il est irresponsable de faire croire que la France pourra continuer à consommer plus qu’elle ne produit et vivre au-dessus de ses moyens jusqu’à la fin des temps. » Ce qui est irresponsable c’est de croire que l’humanité pourra vivre longtemps au-dessus des moyens de la planète. Car c’est aux dépends de celle-ci que les hommes construisent l’illusion de s’enrichir. C’est dur de reconnaître que la Terre tourne autour du soleil.

Ciel bleu, mer belle à Marseille : Oui, les ressources de la planète sont limitées. Il est plus que temps de modifier nos modes de consommation…. si l’on veut un jour pouvoir régler nos dettes.

* LE MONDE du 18 décembre 2018, « Il est irresponsable de faire croire que la France pourra continuer à vivre au-dessus de ses moyens jusqu’à la fin des temps »

Le droit à l’enfant n’est pas un droit donné à toutEs

Deux lesbiennes qui ont des problèmes de fertilité veulent avoir un enfant. Deux raisons de ne pas en avoir, mais on en veut quand même ! Un pays sur-développé comme la France laisse aujourd’hui les fantasmes de totale liberté individuelle s’exprimer. Le Conseil d’État, interpellé par ce couple, mets les points sur les i : « Refuser d’accorder une procréation médicalement assistée (PMA) à deux lesbiennes n’est pas contraire au principe d’égalité devant la loi… Le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général. »* Quelques réactions sur le monde.fr où lois de la nature et désirs individuels s’entrechoquent :

Bfree : Un couple de lesbienne n’est pas fertile, c’est la nature humaine et même bien au delà. Il n’y a rien à corriger dans cela. Quel est donc cet acharnement à vouloir se faire rembourser ce qui est contre nature ?

PHILÉMON FROG : Le sujet est le droit de toute femme à avoir un enfant quel que soit son mode de vie. La PMA le permet. Si l’on ne donne pas à toute femme le droit d’accéder à la PMA mais seulement à celle qui ont un conjoint, c’est là qu’on rompt le principe d’égalité des femmes. Le CE donne l’impression de se positionner idéologiquement et éthiquement en faveur des couples, indirectement certes mais, même indirectement, ce n’est pas son rôle.

René B. : On rompt (peut-être) le principe d’égalité des femmes, mais on respecte le principe d’égalité des enfants : chacun a droit à avoir un père et une mère.

Stan : En quoi discriminer les lesbiennes est-il conforme à « l’intérêt général » ? Bref, encore un combat d’arrière garde menée par de vieux réacs probablement bigots, qui sacrifient le principe d’égalité républicaine à leurs préjugés hors d’âge.

Zzxyz : C’est vrai que les lesbiennes ne sont pas discriminantes pour deux ronds !

MICHEL BRUNET : Pour moi cette décision du CE est « choquante » voire « idéologique » car rien ne justifie la différence de traitement entre les couples souffrant d’une infertilité médicalement diagnostiquée, selon qu’ils sont de même sexe ou de sexe différent.

Loriane : Jusqu’à présent, un enfant ne peut pas être procréé sans l’intervention d’un homme, à un moment ou à un autre. Les hommes sont par conséquent impliqués dans cette affaire dès le début. Il est hors de question de vouloir les éliminer, comme s’il n’existait pas, pour les remplacer égoïstement par de pauvres seringues anonymement inséminatrices.

Jean-Claude TIREX : Au fond, ce que le politiquement correct appelle la « procréation médicalement assistée » n’est pas autre chose que l’insémination artificielle que tous les éleveurs de bovins connaissent. Je serais une dame, je n’aimerais pas être traitée comme une vache.

Votre conscience qui vous parle : Elles devraient plutôt s’abstenir et s’assumer. Il n’y a pas de honte à être lesbienne, mais l’enfant a aussi droit à avoir un père. Par ailleurs, ce n’est pas comme si la planète était sous-peuplée. On ne peut pas nier la souffrance de ne pas avoir d’enfant, mais il y a pire comme sort.

Sonia Moriz : Le Conseil d’État consacre le droit de l’enfant à avoir un père. La légalisation de la PMA pour les couples de femmes conduirait en outre l’ensemble des assurés sociaux à prendre en charge les conséquences d’un choix sexuel qui n’est pas une maladie.

CHANTAL LAURENT : Dans toute cette histoire, on ne parle que des couples homosexuelles et on oublie les femmes seules. Comme quoi le débat est biaisé par une bande d’intégristes cathos et autres homophobes.

Bfree @ Chantal : Lol, on oublie « les femmes seules » … Et les hommes, tous les hommes ? Ah, oui, c’est vrai que l’égalité ce n’est pas dans les objectifs de la PMA, c’est juste pour faire plaisir au lobby féministe.

Asia : Il y a tellement d’enfants orphelins ici ou ailleurs abandonnés par tous. L’adoption pourrait être une solution. Une amie, veuve très tôt, l’a fait et ne le regrette pas.

* LE MONDE du 4 octobre 2018, Exclure les lesbiennes de la PMA n’est pas discriminatoire, selon le Conseil d’Etat

ADMD, pour le droit de mourir dans la dignité

L’association ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) a été fondée en 1980. L’ADMD revendique aujourd’hui plus de 68715 adhérents. Jean-Luc Romero-Michel, président de l’ADMD depuis le 2 juin 2007, répond aux questions du MONDE*.

Comment êtes-vous entré dans ce mouvement ?

Parce que j’ai vu mourir Hubert (en mai 1994). C’était un samedi soir, dans sa chambre d’hôpital. Il souffrait tellement que j’ai demandé aux infirmières de le soulager. L’une d’elles m’a répondu : « Ah non, la morphine, ça va accélérer sa mort. » Je lui disais : « Mais madame, il est en train de mourir ! » La nuit fut terrible, et je m’en voulais de ne rien pouvoir faire. J’avais déjà, à l’âge de 13 ans, vu mourir mon père d’un cancer des poumons. Il s’étouffait. Et puis, il y a eu tous ces amis morts du sida. Ils avaient 20 ans, 25 ans, et l’immense majorité disaient : « Laissez-moi partir. » On a oublié qu’en 1983 les premiers malades qui s’étaient réunis aux Etats-Unis avaient, dans leur déclaration de Denver, demandé à avoir le droit de mourir dans la dignité, de dire stop. Ils ont été précurseurs. Je ne suis pas un intellectuel. Mon combat au sein de l’ADMD a été naturel, lié aux événements que j’ai vécus. Je me souviendrai toujours des mots de Mireille Jospin [la mère de Lionel Jospin], lors d’une des premières réunions à laquelle j’ai assisté : « Moi, le jour où je veux mourir, je sais ce qu’il faut faire. Vous, vous n’aurez pas les médicaments, c’est pour cela qu’il faut une loi pour tout le monde. » Je ne suis pas un militant de l’euthanasie mais de la liberté et du choix. C’est un droit supplémentaire qui n’enlève rien à personne.

Vous venez de publier « Lettre ouverte à Brigitte Macron » sur la question de la fin de vie. Avez-vous eu un retour de sa part ?

Non, et je pense qu’elle ne me répondra pas. Son mari m’avait invité à un dîner où étaient réunis des représentants de toutes les religions et une majorité de médecins. Ce qui me choque, c’est qu’on fasse du droit de mourir dans la dignité une question médicale, alors qu’il s’agit d’une affaire citoyenne. Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait déclaré : « Moi, je souhaite choisir ma fin de vie, oui. » J’espère que les parlementaires vont s’emparer du sujet. Dans chaque groupe politique, il y a désormais des partisans du droit de mourir dans la dignité. Pour la première fois, il existe une majorité à l’Assemblée sur cette question.

Textes de référence :

LE MONDE du 8 août 1980,  » Choisir le moyen et le moment de terminer sa vie

Une Association pour le droit de mourir dans la dignité que préside M. Michel Landa vient d’être créée en France. Elle s’intéresse à la dignité de la personne humaine face à la mort et entend « aider ceux qui vivent cette situation dans la solitude et l’angoisse, et agir auprès de l’opinion pour que cette dignité soit reconnue ». Dans un premier temps, l’association mène campagne contre l’acharnement thérapeutique et propose notamment de faire signer à ses membres un  » testament biologique  » dont elle entend que les pouvoirs publics et le corps médical reconnaissent la valeur légale. À plus long terme, l’association vise « l’inscription dans la Constitution du droit pour chaque individu de disposer librement de son corps et de sa vie et de choisir le moyen et le moment de terminer sa vie ». L’association française et toutes les autres organisations militant pour le droit à la mort doivent se réunir à Oxford en septembre prochain pour une conférence internationale sur l’euthanasie volontaire et le suicide.

LE MONDE du 4 juin 1981, L’Association pour le droit de mourir dans la dignité prépare un guide de l’autodélivrance

A l’instar du mouvement Exit écossais, l’Association française pour le droit de mourir dans la dignité a décidé de préparer un guide de l’autodélivrance destiné à aider ceux qui, pour des raisons diverses, souhaitent quitter la vie sans violence, par la « mort douce ». Bien que cette décision ait été prise lors d’une assemblée généraleà l’unanimité des membres présents ou représentés (ils sont 1 400 à ce jour), des divergences et des réserves ont été exprimées, non sur le principe du droit qu’a chacun de choisir le moment et les modalités de sa mort, mais sur les modalités de diffusion d’une telle brochure et sur son contenu. « C’est à des êtres désespérés mais sans voix que s’adresse notre action », conclut le président de l’Association française. M. Landa.

* LE MONDE du 1er et 2 juillet 2018, Jean-Luc Romero-Michel : « Ma séropositivité m’a rendu meilleur »

L’insoumise Delphine Batho devient Génération écologie

L‘ex-ministre socialiste du gouvernement Ayrault, Delphine Batho, quitte le PS pour prendre la tête de Génération écologie. Son objectif est de faire de Génération écologie le parti d’une révolution non violente, celui de l’écologie intégrale : « Je veux que l’écologie ne soit plus considérée comme une force d’appoint ou marginale, mais centrale et hégémonique. Quand 15 000 scientifiques disent « bientôt il sera trop tard », l’écologie devient la question historique de ce siècle. Plusieurs formations ont cet objectif : Europe écologie-Les Verts (EELV), l’Union des démocrates et écologistes (UDE, centre), voire Génération. s ou La France insoumise… Aucune d’entre elles ne préconise une ligne d’autonomie, de construire une force politique de l’écologie à vocation majoritaire, pour avoir un gouvernement 100 % écologiste. Génération écologie est une formation pionnière de l’écologie en France, une écologie ouverte, pragmatique, non sectaire et ancrée dans le travail de terrain. Je veux que l’on devienne une alternative. Avec tout le respect que j’ai pour les militants EELV et l’action de ses élus dans les territoires, ce parti n’a pas échappé aux travers des vieux appareils. Il ne détermine pas ses décisions politiques en fonction de cette cause. Je me souviens du silence sur la baisse du budget de l’écologie, qui était une régression. Le PS n’a pas pris le virage écologiste, il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour… C’est difficile de donner du crédit à des slogans quand on ne se prononce pas pour l’interdiction du glyphosate, pour citer un exemple récent. La nouvelle ligne d’affrontement avec le capitalisme est sur la question écologique. Tout est lié. Tous les pays développés et démocratiques vivent dans un système où une protection sociale existe, mais si le seul horizon est le retour de la croissance, c’est une impasse. Avec la reprise, tout repart à la hausse, les émissions de CO2 notamment. Il faut penser un nouveau modèle. Les marges de manœuvre des ministres de l’écologie au sein des gouvernements passés sont toujours limitées, se heurtent à des résistances. J’en sais quelque chose. Avec le gouvernement actuel, on est plus dans une continuité par rapport au passé que dans un nouveau monde. »

Sur lemonde.fr, étonnant de voir tant de hargne contre Delphine Batho parmi les commentateurs de ce discours sans montrer la moindre connaissance de la personne et de son action. Pourtant dans son livre « Insoumise », elle montrait bien la profondeur de sa sensibilité écolo et tous les bâtons dans les roues qu’elle a eu en tant que ministre de la part de Hollande et sa clique. N’oublions pas qu’elle a été virée par le 1e ministre Ayrault uniquement parce qu’elle voulait préserver le budget de l’écologie. De plus Delphine Batho pointe bien la contradiction de base : nos protections sociales sont essentiellement fondées sur la croissance économique. Or la croissance économique et sa consommation d’énergie sont à la source de la dégradation écologique. Donc, difficile de coordonner écologie et défense des protections sociales telles qu’elles sont actuellement financées. Un nouveau modèle devra résoudre cette contradiction. Mais nous doutons fort que « Génération écologie, fort seulement de ses 2000 membres (et sans doute beaucoup moins), soit en mesure de faire advenir un gouvernement 100 % écologiste. Génération écologie est créé en mai 1990 par Brice Lalonde avec Jean-Louis Borloo, Yves Piétrasanta, Noël Mamère et Corinne Lepage. En fait il s’agit d’une initiative de François Mitterrand pour casser la dynamique des Verts qui ont dépassé 10 % aux européennes de 1989. Par la suite, chacun est parti de son côté, Brice Lalonde un peu partout, Noël Mamère chez les Verts, Corinne Lepage pour fonder CAP21, et Piétrasanta a rejoint Hollande en 2012… alors qu’il était président de Génération Ecologie ! Manger au râtelier du PS, c’est un refrain qui sera abondamment repris par beaucoup. Aujourd’hui on rejoint plutôt l’écurie Macron. Normal, l’écologie n’est plus à droite ou à gauche, elle cherche sa voie comme Delphine cherche la sienne.

Pour rester optimiste, voici un extrait significatif du livre de Delphine Batho : « Je ne me suis pas engagé en politique à quinze ans pour faire carrière mais pour changer le monde. Depuis presque trente ans, depuis mon adolescence… Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d’enfant, la crise écologique est là… L’écologie n’a jamais été pour moi un combat séparé des autres, elle n’a jamais été un simple sujet parmi d’autres… Là est le cœur de mon désaccord avec le président de la République : la crise n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle. Elle s’explique notamment par la crise énergétique et la raréfaction des ressources à l’échelle mondiale. » [Delphine Batho, Insoumise (Grasset, 2014)]

* LE MONDE du 3 mai 2018, Delphine Batho : « Je quitte le PS sans regrets »

La liberté de choisir la vie… ou la mort

De l’IVG à l’euthanasie, la revendication d’une même liberté, celle de rester maître de son destin… En 2018, l’interruption volontaire de grossesse est un droit reconnu. Et en dehors d’une poignée de militants anti-choix rétrogrades, nul ne le remet sérieusement en cause, même si la vigilance citoyenne reste indispensable à la protection de cette loi. Mais au fait, qu’est-ce que l’IVG ? Rappels…

L’IVG est un droit. OUI, mais seulement depuis le 22 juillet 1992 et le nouveau code pénal. Dans la loi du 17 janvier 1975, il s’agissait d’une « simple » dérogation à un délit, votée pour une période de 5 années seulement puis confirmée le 31 décembre 1979.

L’IVG est un acte qui doit être pratiqué avant la fin de la 12e semaine de grossesse (14e semaine d’aménorrhée).OUI, mais seulement depuis le 4 juillet 2001. Dans la loi du 17 janvier 1975, l’acte devait être pratiqué avant la fin de la 10e semaine de grossesse (12e semaine d’aménorrhée).

L’IVG s’adresse aux femmes enceintes, sans condition.OUI, mais seulement depuis le 4 août 2014. Dans la loi du 17 janvier 1975, la femme enceinte devait se trouver placée dans une situation de détresse.

L’IVG est remboursée à 100% par la Sécurité sociale.OUI, mais seulement depuis le 31 décembre 1982 puis le 31 mars 2013. Dans la loi du 17 janvier 1975, l’acte n’était pas pris en charge par la Sécurité sociale.

Simone Veil avait compris que pour passer outre les réticences – elles furent nombreuses – il fallait faire un premier pas, mettre le pied dans la porte, pour ensuite, patiemment, arriver à un texte au plus près des légitimes revendications en la matière.

Dans notre sujet, celui de l’aide active à mourir, et dès lors qu’il s’agit de légaliser un geste actif pour finir sa vie dans la dignité, il convient de rassembler le plus largement possible et de pas agiter trop violemment les chiffons rouges devant nos opposants les plus farouches. C’est pourquoi l’ADMD soutient toutes les propositions de loi d’origine parlementaire visant, d’une manière ou d’une autre, à permettre l’auto-détermination de chacun en fin de vie, tout en préparant dans les délégations et au niveau national un texte de loi de légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté et favorisant un accès universel aux soins palliatifs qu’elle soumettra à l’ensemble de ses presque 70.000 adhérents lors de sa prochaine assemblée générale.

Prenons bien soin à être du côté de nos soutiens et des plus de 200 parlementaires qui appuient notre revendication et à ne pas les insulter en joignant nos voix, même involontairement, à ceux qui s’opposent à leurs propositions de loi et à notre ultime liberté. (ADMD, près de 70 000 adhérents)

http://www.admd.net/articles/decryptages/de-livg-leuthanasie-la-revendication-dune-meme-liberte-celle-de-rester-maitre