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Quel Monde voulons-nous ?

Pour l’éditorial du journal Lemonde du 18-19 novembre 2007, tout parait simple : « Informer sur les faits ne pose que des problèmes techniques : il faut confronter les sources , vérifier les chiffres, fournir les indications les plus récentes et les plus complètes possible. En revanche, donner à tous ceux qui sont concernés des possibilités égales d’exposer leurs arguments est délicat. » Mais les faits par eux-mêmes relèvent déjà d’un parti pris conscient ou inconscient qui structure l’opinion du lecteur. Prenons un exemple tiré du même numéro, l’Opep refuse d’être tenue responsable de la flambée du baril. Bien sût les faits sont incontestables, les chefs d’Etat de l’Opep se réunissent à Riyad pour le troisième sommet depuis la création du cartel pétrolier à Bagdad en 1960. Mais le choix des citations impose une vision des choses, un article de journaliste est toujours un commentaire personnel.

Selon le ministre algérien du pétrole, « Il y a assez de pétrole sur le marché, d’autant qu’on assiste à un fléchissement de la demande ». Cette assertion est reprise plus loin, « A quoi sert de pomper plus si personne n’est là pour acheter ».  Equilibre entre l’offre et la demande, il n’y aurait donc pour les producteurs aucune raison que le baril dépasse la barre symbolique de 100 dollars, si ce n’est la spéculation ou l’affaiblissement du dollar ! Cette vision à court terme est inféodée au jeu « libre » du marché, elle ne tient aucunement compte de l’épuisement des ressources fossiles et du prochain pic pétrolier, autant dire que le lecteur ne peut avoir clairement en vue toute la problématique conjoncturel/structurel ! Demain il est vrai nous serons tous morts, mais autant mourir en toute connaissance des choses…

Pour le journaliste, il s’agit d’une réunion hautement politique dont l’ordre du jour reprend aussi bien la défense des intérêts producteurs que l’aide aux pays pauvres. Mais de son côté le secrétaire général de l’Opep rappelle à ceux qui, comme Hugo Chavez, veulent en faire une arme à visée géopolitique que l’Opep est une organisation non politique… Alors que, selon le journaliste lui-même, la naissance du cartel fut certes politique, mais n’a pas été conçu comme une arme contre l’Occident. Alors, politique ou pas politique, comment s’y reconnaître ? Il faut découvrir par une lecture attentive dans l’article que l’Arabie Saoudite, maître des variations de l’offre, est inféodé aux intérêts occidentaux, et principalement ceux des Etats-Unis. Pauvre de nous, comme le lecteur moyen peut-il s’y reconnaître ?

De plus, un article particulier se lit toujours dans un contexte général. Sur la page de droite du journal Lemonde, toujours à la rubrique « Economie&Entreprises », un  panégyrique sur l’industrie automobile qui rivalise d’annonces environnementales à Shanghai, voitures, scooters et vélos électriques, pile à combustible, la prochaine Logan de Renault très propre à 97 grammes de CO2 par kilomètre. Et juste en dessous, un autre article sur la fabrication d’un 4×4 en Corée du Sud par la même ex régie-Renault, on ne nous donne pas de chiffres sur l’émission de CO! Ce n’est pas avec une telle avalanche d’informations contradictoires que le lecteur peut se rendre compte que le règne de la bagnole est bientôt terminé ; bientôt nous manquerons de pétrole et l’énergie de substitution performante n’a pas encore été trouvée !

Ajoutons pour clore ce chapitre sur les contradictions humaines que, six pages plus loin dans Lemonde, nos futurs (rubrique Futurs) s’annoncent radieux : l’énergie solaire produite dans le désert africain pourra (« pourrait » dans le texte) satisfaire 25 % des besoins européens en 2050. Nous savons tous que Lemonde n’est pas un journal écolo, mais on comprend aussi pourquoi les comportements vers un mode de vie plus sobre ne pourra se faire que dans la douleur : notre conscience des faits n’est pas du tout préparée à des futurs qui déchantent…

Susan George

Résumé de la pensée de Susan George, une personnalité de l’association Attac-France :

 

« Les économistes voient dans l’économie un système total auquel tout est subordonné, y compris la nature. Or quiconque ayant des connaissances en matière d’analyse de systèmes sait que les règles d’un sous-système ne peuvent régir celles du système auquel il appartient. C’est sans doute pourquoi il est si difficile de convaincre la plupart des économistes qui ne peuvent admettre que la biosphère est le système total dont l’économie humaine n’est qu’un sous-système. Pour les économistes, l’espace naturel est réduit à une source de matières premières et à un site où l’on rejette les déchets. De plus le temps du marché est à l’opposé du temps naturel, on ne peut accélérer la nature. Dans le marché, le rapide dévore le lent, on fait agir plus vite la force de travail, on fait croître plus vite plantes et animaux. Les économistes ne croient pas aux limites naturelles. Leur solution serait davantage de croissance économique, mais plus nous devenons riches, plus nous devons consacrer de ressources à la remise en état du milieu et de son nettoyage. La croissance n’est donc pas la solution, elle est le problème.

 

L’écologie place la coopération entre les individus et la nature au centre de nos choix. L’approche selon laquelle l’économie globale se fonde sur la guerre de tous contre tous ne peut que conduire à un désastre collectif. Nous sommes échoués entre un passé vers lequel nous ne pouvons retourner et un avenir fondé sur les règles brutales et sinistres de l’accumulation maximale de marchandises. La réponse n’est pas de courir au plus vite vers cet avenir effrayant, mais de s’arrêter. Reste la question cruciale : comment mettre un terme à la destruction écologique et arrêter ceux qui, actuellement, en sont les principaux responsables ? Pour cela, il ne faudra pas moins que ce que les idéalistes naïfs et les utopistes ont toujours appelé une révolution. »

 

Les politiques qui ne comprennent pas cette analyse ne doivent pas être élus, les économistes qui continuent de propager l’idéologie de la croissance doivent être condamnés.

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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L’après-Grenelle

Question à Roland Lehoucq, astrophysicien : Quelle avancée attendez-vous d’une nouvelle politique écologique de la France ?

 

Réponse : « La prise en compte systématique, dans chaque décision politique, d’un fait incontournable : la Terre est un système fini dont notre croissance exponentielle nous fait atteindre les limites beaucoup plus vite que nous l’imaginons. L’humanité est dans la situation d’une colonie de bactéries en culture dont la population et les besoins doublent régulièrement. Insouciante, elle s’imagine que tout va pour le mieux, au prétexte qu’elle n’occupe qu’une faible fraction de la surface de sa boîte. En réalité, dès que la colonie en occupe un huitième, seulement trois temps de doublement lui suffisent pour saturer son espace vital.

 

Aujourd’hui, l’humanité double sa consommation d’énergie tous les trente-cinq ans environ. Son activité rivalise même avec les forces de la nature. Mais le compte à rebours commencé au début de l’ère industrielle est en train de s’achever. Pour que l’expérience humaine perdure, il faut prendre conscience de notre situation et agir en conséquence. Nous n’aurons pas raison contre les lois de la nature. »

 

Pour cet astrophysicien, le Grenelle de l’environnement n’est donc pas allé assez loin. Puisse tous les citoyens, élus ou non, raisonner comme ce valeureux défenseur de la Biosphère !

 

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dette écologique

Au Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992, la plupart des pays pauvres de la planète ont signé la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Cette convention prenait l’année 1990 comme « année zéro », autrement dit cela signifiait que l’on ne ferait aucune reconstitution du patrimoine des réserves mondiales de combustibles fossiles pillées auparavant depuis des décennies. Donc, d’un trait de plume, on effaçait la dette écologique des pays riches. Les Etats-Unis se comportent comme un fils prodigue de famille aristocratique, dilapidant en égoïste le legs familial, sans se soucier des effets sur le reste de la collectivité. Pourtant, du point de vue de la logique et de l’équité, le fait de puiser davantage que sa part de ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique. Rien que pour donner la mesure des inégalités actuelles, rappelons qu’entre le repas du soir pour le Nouvel An et le 2 janvier, une famille américaine aura déjà consommé, par personne, l’équivalent en combustible fossiles des besoins d’une famille tanzanienne pour toute l’année !

 

Après avoir généreusement annulé, en 1992, leur créance en charbon et hydrocarbures, les pauvres ont été payé en retour par une décennie de promesses non tenues sur le plan de l’aide au développement. A moins que les riches ne s’acquittent de leur dette écologique, il ne s’écoulera guère de temps avant que les huissiers du climat ne frappent à toutes nos portes. (dixit Andrew Simms, un des directeurs de la New economics foundation de Londres)

 

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prémonition 2

Missive au courrier des lecteurs (Lemonde, 17 mars 2005) : Bientôt un baril hors de prix

             Pendant des années, les « spécialistes » du pétrole  nous ont répété que le pétrole devait rester en dessous de 30 dollars le baril. Il est vrai que l’entente tacite entre occidentaux et Emirats avaient fixé une fourchette de fluctuation entre 22 et 28 dollars (le Monde du 9 mars) dans l’intérêt bien compris des consommateurs et des producteurs. Il est vrai qu’on nous explique encore aujourd’hui que le marché est bien approvisionné et qu’un renchérissement des cours pénaliserait les pays en voie de développement.

Les « spécialistes » et même l’Agence internationale de l’énergie nous endorment ainsi de paroles illusoires depuis trop longtemps alors que les réserves de pétrole ne peuvent durer beaucoup plus de quarante années (2050, c’est demain) et que les pays émergents ont de plus en plus soif de pétrole. Or la rareté croissante, c’est obligatoirement la montée des prix. Mais le marché ne vit qu’à court terme et ses serviteurs zélés (et bien payés) nous ont empêché de mettre en place, dès hier et avant-hier, une augmentation progressive et constate du baril de façon concertée et équitable. Ils nous ont donc précipités dans une société structurée par des déplacements individuels toujours plus longs, ce qui rend extrêmement difficile tout changement d’orientation : plus nous attendons, plus les réveils seront terribles.

Ces faux analystes, qu’ils soient consultants, directeur exécutif de l’AIE ou président de l’OPEP sont des dangers publics : on ne peut plus rêver, il faut se réveiller.

Sanctuarisez l’Arctique !

L’érosion touche déjà plus du quart du littoral français. Le réchauffement climatique devrait augmenter la violence et la fréquence des tempêtes, le niveau de la mer s’élèverait de 18 à 59 centimètres d’ici à 2100 ; les rivages plats et sableux seront les plus agressés. C’est ce qu’on apprend dans Le Monde du 12-13 août 2007. A la même page, on lit aussi que la banquise de l’arctique est à son plus bas niveau historique.

 

Mais on nous assène dans l’éditorial les bienfaits de cette situation : la partie canadienne de l’océan arctique pourrait être libre de glaces dans une trentaine d’années, ce qui faciliterait la circulation des navires. De plus les experts (Ah, les experts !!!) estiment qu’un quart des réserves naturelles non encore découvertes de gaz et de pétrole se situent au-delà du cercle polaire. Les appétits s’aiguisent. Déjà les Russes revendiquent un statut de propriétaire en mettant un petit drapeau sous les glaces du pôle nord. Le Canada prend de son côté des mesures de nature  militaire pour renforcer sa présence en Arctique. Les grandes manœuvres commencent pour s’approprier les ressources fossiles dont on sait pourtant que leur combustion provoque le renforcement de l’effet de serre, et donc le réchauffement climatique qui détériore le littoral français et bien d’autres régions du monde. Le bien ne peut résulter du mal.

 

Pour sauvegarder l’équilibre de la Biosphère, sanctuarisons l’Arctique à l’instar du traité international qui préserve l’Antarctique depuis 1961. Que ce soit clair, il faudra prochainement se passer complètement des ressources fossiles. Le plus tôt sera le mieux…

 

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prémonition 1

Prémonition 1 : Missive au courrier des lecteurs (Lemonde 9 septembre 2004) :

Bientôt un baril à plus de 100 dollars

 

            Un expert européen estime qu’un baril à 44 dollars ne peut casser la reprise (Le Monde du 24 août). Cela me fait penser à tous ces spécialistes qui, pendant les débuts du conflit en Irak, pensaient que le marché permettrait de rester durablement en dessous de 30 dollars. Je n’ai pas grand mérite à prévoir un baril à plus de 100 dollars dans les mois ou les années qui viennent puisque le pétrole est une ressource limitée : l’ère utile du pétrole en tant que combustible s’achèvera avant le milieu du XIXe siècle, autant dire demain.

 

Or toute rareté implique un prix élevé. Le prix du pétrole est artificiellement bas depuis le début de son exploitation puisqu’il a permis aux humains de gaspiller en moins de deux siècles un don de la nature accumulée pendant des millions d’année. Le problème essentiel n’est pas seulement l’effet de serre, mais un système de croissance basé sur l’éloignement entre domiciles et lieux de travail, entre localisation de la production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme.

 

Le changement structurel qui s’est opéré sur plus d’un siècle ne peut être modifié brutalement sauf à provoquer une crise économique et sociale sans précédents. La société thermo-industrielle est très fragile puisqu’elle est basée sur une facilité de déplacement et un confort de vie issue du bas prix de l’essence et du gaz oil, du fioul et du kérosène.

 Dès aujourd’hui il faut se préparer au plus vite à des changements structurels de nos modes de vie pour éviter la pétroapocalypse. Seule une augmentation du prix du pétrole constate et progressive, dont les royalties iraient à la promotion des économies d’énergie et non aux rentiers du pétrole, permettrait une prise de conscience mondiale.

Live Earth

Tout peut être critiqué, même Al Gore. Car la lutte contre les perturbations climatiques peut-elle utiliser les méthodes de la société du spectacle ?

 

Samedi 7 juillet 2007, c’était le grand jour du Live Earth, the concerts for a climate in crisis ; à l’instigation d’Al Gore, 150 artistes se sont produits pendant 24 heures dans huit villes à travers le monde, générant une audience multimédia de 2 milliards de spectateurs. Ces concerts font fait preuve d’excellence environnementale : on pratique la carbon neutrality ou neutralité en émission de gaz à effet de serre, on compense ses péchés en plantant des arbres ! Les bénéfices de la vente seront versés à la fondation de l’ex-nouveau président des USA. Cette association, The Alliance for Climate Protection, repose sur l’idée qu’il faut faire circuler l’information sur la crise climatique et annonce un plan d’action en sept points, des gestes simples que les gens peuvent adopter dans leur vie quotidienne.

 

L’intention reste naïve : « Si assez de gens se rassemblent pour lutter contre la crise du climat, les entreprises et les gouvernements seront forcés d’agir, eux aussi. » En effet un show planétaire reste un show, un concert de rock est bien la dernière chose dont a besoin la planète. Car la mise en musique de la crise climatique ne peut entraîner de nouveaux comportements. D’autant plus que le site www.liveearth.org s’empresse de proposer les « Live earth merchandise » !!!

 En fait Live Earth a été fondée par Kevin Wall, le producteur exécutif mondial de Live 8, un événement qui avait rassemblé l’un des plus larges publics de l’Histoire pour lutter contre la pauvreté. La pauvreté est restée en l’état, il en sera de même de la détérioration de la Biosphère par une société qui consomme du spectacle et cultive beaucoup d’illusions. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Help, quelles réserves minières ?

Lemonde « économie » du 13/11/2007 nous propose un dossier trés incomplet sur l’envolée des prix des métaux. Beaucoup de statistiques sur la flambée des prix, quelques remarques sur les principaux minerais, mais rien de tangible sur le montant des réserves mondiales en volume. Pourtant, selon un analyste du BRGM, « au rythme actuel de l’extraction des métaux, on en produira davantage dans les vingt prochaines années que dans tout l’histoire de l’humanité ». Mais l’offre durable n’est-elle pas conditionnée à moyen terme par la rareté croissante de la ressource ?

 Les spécialistes ne paraissent pas s’inquiéter, l’un d’entre eux estime même que l’exploitation des métaux, à l’inverse du pétrole, n’est pas menacée « d’extinction ». Cet optimisme me semble très excessif. Par mes propres forces, j’ai pu déterminer par exemple que les réserves mondiales de cuivre en 2005 étaient de 500 Mt et la consommation de 16 tonnes, soit environ 30 années de réserves. Cela me semble très peu, même si on sait que 40 % environ de la consommation européenne de cuivre provient du recyclage. Les générations futures ne vont-elles pas affronter la pénurie ?

Peux-tu me fournir des chiffres sur les réserves mondiales de bauxite, de zinc ou de nickel, et leur niveau de consommation annuelle pour compléter l’article sur l’envolée des prix des métaux.

Avec ta contribution, nous pourrions essayer de nourrir le  courrier des lecteurs ou, pourquoi pas, la page « débat » de notre journal Lemonde?

Eric le Boucher 4/4

Pour mieux connaître Eric Le Boucher, chroniqueur Lemonde, cet échange de correspondance : 

Missive au courrier des lecteurs du journal Lemonde :Dans la chronique du 29-30 janvier 2006, cette affirmation d’Eric Le Boucher : « L’Asie supplante l’Europe, Mittal Steel fait main basse sur l’acier européen, adaptons-nous. Sinon on ferme nos frontières et on relance massivement le transport à cheval ». En fait les politiques et les médias veulent nous faire croire qu’il faut toujours plus de vitesse alors que le problème de la planète est un trop de  croissance. Le PIB de l’Asie est extraordinaire, mais il n’est significatif que d’une entrée dans l’impasse : exode rural, urbanisation sans frein, déséquilibres sociaux et environnementaux. Le modèle de développement occidental que l’Asie imite a déjà fait faillite, tous les indicateurs sont au rouge ici ou ailleurs. Il ne s’agit donc plus de prôner concentration ou concurrence, mais de lutter contre les délocalisation par la relocalisation, contre l’épuisement de la planète par la sobriété. Cela implique de réguler les flux trans-frontaliers, cela implique de limiter nos déplacements, mais il y a bien d’autres manières que le retour au cheval. Ce n’est pas la modernité ou la bougie (le retour à l’âge de pierre ?), c’est l’objection de croissance pour tous, ici et en Asie. 

Suite donnée par Yves Marc Ajchenbaum (le Courrier des lecteurs) : « Nous sommes très attentifs aux points de vue exprimés par nos lecteurs, soyez sûr que votre courriel sera transmis à Eric Le Boucher ». 

Courriel d’Eric Le Boucher à Missive: « Allez dire qu’il faut moins de croissance aux paysans chinois ou aux Africains qui en rêvent ! Je ne partage pas du tout cette idée de décroissance. Il faudra qu’elle soit économe, oui. Mais seule la croissance remplit les assiettes et permet de lutter contre la pauvreté. Merci de me lire. » 

Réponse de Missive : « Merci d’abord de ne pas déformer mes propos, l’objection de croissance n’est pas toujours la décroissance ! Le problème d’ailleurs n’est plus de partager ou non l’idée de décroissance, sa réalité va être inéluctable (cf. par exemple Pétrole Apocalypse d’Yves Cochet ou les calculs d’empreinte écologique). Dans ces conditions, la seule question qui se pose : est-ce que nous serons assez sage pour l’organiser le plus en douceur possible ?            

Un chroniqueur du Monde a dont un rôle essentiel à jouer ; encore faut-il qu’il transcende son opinion personnelle. Ce n’est pas parce que tous les pauvres rêvent de l’abondance que cela va devenir une réalité. La Chine s’enferme dans d’innombrables problèmes et le paysan migrant ressemble de plus en plus à ceux qui s’entassent déjà dans les bidonville du Tiers-monde et survivent de l’économie souterraine. Ce n’est pas parce que nous nommons la Chine « pays émergent » que cela va être une réalité pour tous et encore plus une réalité durable. Quant à l’Afrique, ils étaient bien plus heureux avant que l’Afrique soit mal partie » (René Dumont).           

Enfin ce n’est pas la croissance qui remplit nos assiettes, c’est l’équilibre des écosystèmes qui permettent un recyclage de l’énergie solaire que nous retrouvons sous forme de céréales ou de viandes : l’économie ne peut rien faire sans l’aide de la biosphère, et elle est en train de détruire la capacité d’homéostasie. Ce n’est pas parce que notre société (journalistes, politiciens, sondages) véhicule une véritable croyance collective en une croissance économique qu’elle a raison : la durabilité de la croissance est impossible dans un monde fini. Maintenant l’idée de décroissance est complexe, il peut s’agir de décroissance énergétique et c’est déjà en cours avec le protocole de Kyoto (il faut diminuer les émissions de gaz à effet de serre), il peut s’agir de simplicité volontaire dans le mode de vie… mais il serait dommageable que nous soyons victimes d’un rationnement drastique par la crise !           

Il faut savoir que le ministre de l’environnement en Grande Bretagne travaille déjà sur un projet de carte carbone (en fait un ticket de rationnement). Merci de m’avoir lu et compris, la planète a besoin de toi, Eric ! » 

Eric Le Boucher : « J’ai lu et ai compris, oui il y a des problèmes de ressources. Mais je ne crois qu’au progrès pour  résoudre les problèmes qui se posent. Merci d’être tolérant. » 

la place des pauvres

Quelle place pour les pauvres dans la société de demain ? Les perspectives sont sombres.

 

Afin de limiter les dérèglements climatiques, Bruxelles veut imposer aux constructeurs une diminution des rejets de CO2 à 120 grammes par kilomètre d’ici à 2012. Mais le vieillissement du parc automobile va à l’encontre des ces efforts technologiques, plus la voiture est ancienne, plus elle rejette de CO2. Aujourd’hui en France, les voitures en circulation ont en moyenne 8 ans, contre 5,8 ans en 1990. Même si, grâce à Harry Potter, toutes les voitures neuves atteignaient par miracle la norme de 120 g/km, il faudrait encore attendre, vu le faible taux de renouvellement, plus de dix ans pour que toutes les voitures immatriculées rejettent 120 g/km ! Salauds de pauvres qui n’achètent pas le dernier modèle de voiture « propre »?

 

Les adeptes de l’usine fordiste, généreux et avisés comme on sait, envisagent des mesures incitatives pour le retrait du marché des véhicules les plus anciens : crédit d’impôt, système de bonus/malus, prêt à taux zéro pour acheter un véhicule récent. En fait, on peut déjà prévoir que les ménages les plus pauvres seront non seulement confrontés à la difficulté d’acheter un nouveau véhicule, mais devront aussi faire face à un carburant beaucoup plus cher.

 

On ne peut lutter à la fois contre les émissions de gaz à effet de serre et contre la raréfaction du pétrole par des demi-mesures. Il faudra le plus vite possible envisager une planification écologique qui interdirait aux riches comme aux pauvres de rouler à titre individuel dans leur bagnole personnelle. Je fais parce que tu fais parce que nous faisons tous. Mais les politiques, généreux et avisés comme on sait,  peuvent-ils penser à la fois à la prochaine élection et à la réduction drastique des inégalités humaines ?

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Eric Le Boucher, ter

Une missive du  1.10.2007 pour le courrier des lecteurs classée sans suite :

Le totem d’Eric Le Boucher (chronique du 30 septembre 2007), c’est le nucléaire. Sarkozy avait exhorté les allemands à revenir sur leur choix de fermer leurs centrales nucléaires, Le Boucher insiste à deux reprises sur les avantages immenses du nucléaire en matière de CO2. Mais le ministre allemand de l’environnement avait rétorqué à Sarkozy que « l’énergie nucléaire est tout sauf une technologie du futur ».

Je tiens à ajouter que toute affirmation qui repose sur un seul élément du processus de fabrication et non sur l’ensemble de l’analyse de cycle de vie du produit (pour l’énergie nucléaire, ressources en uranium, risques des centrales, traitement des déchets radioactifs…) est une affirmation gratuite.

Un chroniqueur dans un journal de référence se doit à une stricte objectivité, non à des parti-pris contre l’écologie et les écologistes.

Nobel aux GES

Dans la Biosphère, sur cette planète qui nous porte, les êtres humains ont joué aux apprentis sorciers. Ils doivent maintenant remiser leurs balais magiques et  vivre autrement, sobrement, surtout les riches… Certains signes sont positifs, ainsi du dernier Nobel de la paix.

 

Le comité Nobel a décerné le 12 octobre 2007 le prix Nobel de la paix à la fois au groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et à l’ex-futur président des USA, Al Gore. Le comité cherche ainsi à « attirer l’attention sur les processus et les  décisions qui paraissent nécessaires pour protéger le futur climat du monde, et ainsi réduire la menace qui pèse sur la sécurité de l’humanité ». Il est vrai que des régions entières vont devenir inhospitalières et que leurs populations seront contraintes de se déplacer. Cette redistribution géographique va entraîner de nouvelles tensions, donc des conflits et des guerres. Ce sont les pays les plus pauvres qui souffriront le plus des transformations du climat alors qu’ils n’en sont pas responsables. Il y aura en conséquence un fort ressentiment envers les pays industrialisés et, pourquoi pas, une explosion de divers terrorismes. Le lien opéré par le comité Nobel entre les notions de sécurité et de réchauffement climatique est si réaliste que la Biosphère en pleure de joie.

 

Comme dit Al Gore, « Je fais quelque chose d’important qui est de convaincre les gens, je fais de la politique des esprits ». Cette manière de faire complète l’action du GIEC, chargé en 1988 par l’ONU et l’Organisation météorologique mondiale d’une mission : « La transformation de l’atmosphère par les hommes risque-t-elle de se retourner contre eux ? » L’année précédente, on avait découvert dans les glaces de l’Antarctique les relations entre teneur en gaz à effet de serre et climat depuis 150 000 ans. Le premier rapport du GIEC en 1990 va contribuer à l’adoption de la Convention sur le climat lors du sommer de l’ONU à Rio de Janeiro en 1992. Le rapport de 1995 va être déterminant pour la signature du protocole de Kyoto en 1997. Les rapports de 2001 et de 2007 vont accélérer la prise de conscience.

 

Combien de catastrophes avant d’agir ? 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Eric le Boucher (bis)

Une missive du  10.04.2007 pour le courrier des lecteurs de notre quotidien favori 

classée sans suite :

Je tremble de stupeur devant la chronique d’Eric Le Boucher du 8-9 avril 2007. L’art de la simplification atteint des sommets pour essayer de déconsidérer les « écologistes de métier ». Il paraît même que le groupe international de scientifiques qui planche depuis des années sur le climat veut faire peur alors qu’il n’y a aucune crainte à avoir : l’atome est une technologie disponible pour produire massivement de l’électricité sans émettre de CO2. De toute façon, pourquoi s’inquiéter alors que la vigueur de la croissance américaine fait l’admiration de tous les économistes, et que ce sont les pauvres qui souffrent toujours le plus, quoi qu’il arrive, que ce soit avec le réchauffement  climatique ou, on sait jamais, suite à un « refroidissement de la planète ».

 Ce journaliste veut nous faire oublier que si la pédagogie de la catastrophe n’est pas prise au sérieux, c’est la catastrophe qui va nous servir de pédagogie. Cet homme est dangereux.

être végétarien ?

Il ne s’agit pas de te convertir immédiatement au végétarisme intégral, mais de réfléchir au poids que fait peser ton mode de digestion sur la Biosphère.

 

Les pays développés représentent aujourd’hui 15 % de la population mondiale, mais 38 % de la consommation mondiale de viandes bovines. Selon une étude publiée par The Lancet (13 septembre 2007), on consomme dans le monde 100 grammes de viande par jour et par personne, le taux moyen atteignant 200 à 250g dans les pays développés alors qu’il plafonne entre 20 et 25g dans les pays pauvres. Mais presque partout dans le monde, au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, la consommation de produits animaux, viande et produits laitiers, augmente au détriment des produits végétaux. Par exemple en Chine, la consommation de viande a été multipliée par quatre en vingt ans. Pourtant en Afrique la consommation de viande a diminué drastiquement au cours des trente dernière années. Malgré ce sacrifice involontaire de certaines populations, la FAO a publié à l’automne 2006 un rapport titré La grande ombre de l’élevage. En effet à l’échelle de la planète l’élevage représente 18 % de l’effet de serre, davantage que la totalité des transports, et occupe 26 % des terres émergées. Les causes du réchauffement de la planète par l’élevage sont dues à 35 % par la déforestation qu’implique l’augmentation des superficies transformées en pâturages, 31 % par le fumier et le lisier, 25 % par la fermentation entérique des ruminants, 7 % par la production d’aliments de bétail et le reste résulte de la transformation et du transport. Ces émissions de gaz à effet de serre par l’élevage sont dans le monde de 7,1 milliard de tonnes d’équivalent CO2, soit près de 13 fois les émissions de la France, toutes sources confondues. Donc à toi de limiter la taille de ton steak !

 

Pour aller plus loin, cf. L’élevage, une menace pour l’environnement (L’écologiste n° 23 juillet-septembre 2007) et l’ouvrage de l’agronome Cl.Aubert et du médecins N.Le Berre : Faut-il être végétarien ? (sous-titré Pour la santé de la planète, éditions Terre vivante, 2007)

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Eric Le Boucher

Missive non envoyée au courrier des lecteurs de notre quotidien favori, je ne suis pas dupe du résultat !

Eric Le Boucher est un journaliste qui, dans presque toutes ses chroniques, pense à beaucoup de choses, mais certainement pas à sauver la Biosphère. Dans ses « Questions pour l’après-Grenelle » (Le Monde du 28-29 octobre 2007) il énumère encore ses fantasmes à propos des écologistes : « écologie restrictive, malthusienne, pour qui l’homme est le destructeur de la belle nature ». Trois qualificatifs, trois conneries !

 

Ecologie restrictive ? Eric Le Boucher ignore encore qu’une crise économique suit obligatoirement une période de croissance comme l’avait démontré Aloïs Schumpeter : le  capitalisme n’est pas un long fleuve tranquille. Destructeur de la planète, le mode de développement capitaliste ne peut que se fracasser contre le mur des limites de notre Biosphère beaucoup plus violemment que lors du krach de 1929. La seule solution, la simplicité volontaire pour tous tout de suite, sinon ce sera les rationnements par l’argent comme sait traditionnellement le faire le système capitaliste libéral.

 

Ecologie malthusienne ? Eric Le Boucher ignore encore que la solution malthusienne (limitation des naissances, volontaire ou subie) sera imparables quand notre faim de ressources agricoles (alimentation et agrocarburants) dépassera bientôt les capacités productives du sol. La multiplication des violences inter-humaines va de pair avec l’insécurité. A juste titre le prix Nobel de la Paix a été donné à ceux qui savent lier climat insurrectionnel et réchauffement climatique (qui pénalisera entre autres la productivité agricole).

 Destructeur de la belle nature ? Eric Le Boucher ignore encore que notre système productiviste et mercantile est en train de provoquer une extinction des espèces, un bouleversement climatique, une stérilisation des sols, l’épuisement des ressources halieutiques, des pollutions diffuses… N’est-ce pas « dégueulasse » de ne pas savoir voir de telles catastrophes écologiques ? 

Eric Le Boucher assène dans cette chronique bien d’autres approximations du type « La vérité est que le principe de précaution est une ânerie chiraquienne pour acheter le calme des ayatollahs verts » (…) « On sent pointer une inquiétante écologie qui serait le dernier avatar du protectionnisme » (…) « L’écologie est anti-sociale ».

 En définitive, ce ne sont pas les écologistes qui sont inquiétants, c’est Eric Le Boucher. Combien de temps va-t-il encore sévir dans Le Journal qui veut être une référence ?

féroces carnivores

Quand on lit Le Monde dans tous ses recoins, on arrive à trouver d’adorables petits bijoux :

 

« L’homme consomme, engloutit à lui seul plus de chair que tous les animaux ensemble d’en dévorent ; il est donc le plus grand destructeur, et c’est plus par abus que par nécessité ; au lieu de jouir modérément des biens qui lui sont offerts, au lieu de les dispenser avec équité, au lieu de réparer à mesure qu’il détruit, de renouveler lorsqu’il anéantit, l’homme riche met toute sa gloire à consommer, toute sa grandeur à perdre en un jour à sa table plus de biens qu’il n’en faudrait pour faire subsister plusieurs familles ; il abuse également des animaux et des hommes, dont le reste demeure affamé, languit dans la misère, et ne travaille que pour satisfaire à l’appétit immodéré et à la vanité encore plus insatiable de tous ces riches qui, détruisant les autres par la disette, se détruisent eux-mêmes par les excès. »

Buffon (1707-1788), extrait de son article sur le bœuf

 

C’était une petite pensée de la Biosphère pour les végétariens qui économisent la planète…

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

le travail manuel

Les humains travaillent le monde pour en faire un foyer, mais notre agitation extrême fait en sorte que notre maison brûle. Pour la sauvegarde de tous, vive la décroissance des techniciens au service de la mégamachine…

 

« C’est le travail manuel qui est le lieu de l’attachement de l’homme à lui-même. Cette tâche ne voue aux gémonies ni le règne biologique ni la part animale de l’homme. Il y a au contraire, dans l’acte de soumission à la nécessité un bienfait, presque un salut. L’engagement corporel n’est pas signe d’abaissement de l’homme, mais de son humilité qui l’incline vers le sol, vers l’humus. Il n’y a pas d’un côté le travailleur, et de l’autre sa force de travail, une marchandise échangée sur un marché impersonnel. Comme le disait l’Américain Emerson, « Je ne veux pas que l’on sacrifie le travailleur au produit de son travail. Je préfèrerais de coton moins bon et des hommes meilleurs. Le tisserand ne doit pas être placé plus bas que la toile qu’il tisse. »

 

« L’intuition qui sous-tend cette préférence pour le travail manuel est que si le travail ne nuit pas au travailleur, ni à son corps, ni à son âme, il ne pourra pas nuire non plus à la création car le travailleur se ressentira partie intégrante de la nature terrestre. Il n’y a plus d’opposition fondamentale entre le monde social et la Biosphère, entre le sujet et l’objet, entre l’humain et le non humain. Au partage voulu par la tradition occidentale, on peut substituer les notions d’association et de réseau. L’activité manuelle constitue une chaîne reliant les humains aux non humains, que ces derniers soient de la matière inerte, des entités au statut incertain ou telle espèce en voie de disparition. L’homme ne se  comprend plus seul, enfermé en lui-même, mais relié, maillé avec le reste de la création dans une trame à la fois souple et solide qui dessine comme une architecture d’un monde inextricablement social et matériel, humain et non humain. » (Geneviève Decrop, Entropia n° 2).

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

bientôt les restrictions…

Parfois dans notre journal Le Monde, on trouve des remarques intéressantes. Ainsi ce point de vue, en marge du Grenelle de l’environnement, de Bartabas (théâtre équestre Zingaro) qui n’attends vraiment rien d’une nouvelle politique écologique en France :

 

« Jusqu’à présent, je n’ai entendu personne poser la seule question qui importe : de quoi avons-nous vraiment besoin pour vivre ? Quelle est la part de l’indispensable et du superflu ? Quand chacun de nous aura répondu à cette question, nous aurons fait un grand pas et nous pourrons alors nous interroger sur la bonne façon de gérer la planète. Tant que nous choisirons de rester dans un système où nous produisons pour accumuler des richesses, où nous consommons pour satisfaire des besoins superflus dictés par la mode et la publicité, nous ne trouverons pas de solution à la hauteur des problèmes.

« Il faut mettre un frein à cette course effrénée et apprendre à se restreindre. Derrière le battage médiatique qui accompagne ce Grenelle de l’environnement, je crains malheureusement que le sens des limites ne soit pas encore une vraie préoccupation. »

 

Enfin quelqu’un qui se pose la seule question qui importe et qui trouve la bonne  réponse : pour sauver la Biosphère  et tous ses habitants, il te faudra renoncer à beaucoup de choses…

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

droit à la paresse

Les paysans propriétaires, les petits bourgeois, les uns courbés sur leurs terres, les autres acoquinés dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent pour regarder à loisir la nature. Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres et les économistes ont sacro-sanctifié le travail. Les philanthropes acclament bienfaiteurs de l’humanité ceux qui, pour s’enrichir en fainéantant, donnent du travail aux pauvres ; mieux vaudrait semer la peste et empoisonner les sources que d’ériger une fabrique au milieu d’une population rustique. Introduisez le travail de fabrique, et adieu joie, santé, liberté ; adieu ce qui fait la vie belle et digne d’être vécue. Et les économistes s’en vont répétant aux ouvriers : Travaillez pour augmenter la fortune sociale !

 

Notre époque est, dit-on le siècle du travail ; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption. Et  cependant les philosophes, les économistes bourgeois, depuis le péniblement confus Auguste Comte, jusqu’au ridiculement clair Leroy-Beaulieu, tous ont entonné les chants nauséabonds en l’honneur du dieu Progrès, le fils aîné du travail. A mesure que la machine se perfectionne et abat le travail d’un homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur comme s’il  voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière !

 

L’économiste Destut de Tracy disait : « Les nations pauvres, c’est là où le peuple est à son aise ; les nations riches, c’est là où il est ordinairement pauvre. » Quand on veut retrouver une trace de la beauté native de l’homme, il faut aller la chercher chez les nations où les préjugés économiques n’ont pas encore déraciné la haine du travail. Les bienheureux Polynésiens pourront-ils continuer à se livrer à l’amour libre sans craindre les coups de pieds de la Vénus civilisée et les sermons de la morale européenne ? Si la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers… Du moment que les produits européens consommés sur place ne seront pas transportés au diable, il faudra bien que les marins, les hommes d’équipes, les camionneurs s’assoient et apprenant à se tourner les pouces.

 

Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ? 

 in Le droit à la paresse, écrit par Paul Lafargue en 1880-1883 (résumé par Biosphere)