de 2005 à 2008

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Un petit  tableau significatif pour commencer :

population mondiale en millions

- 10 000

an 0

1000

1600

1700

1800

1925

1960

1975

1987

1999

2011

5

250

250

580

777

900

2000

3000

4000

5000

6000

7000

L’évolution de l’effectif d’une population est l’exemple le plus clair du processus exponentiel. Une grande partie des problèmes affrontés par les hommes en ce début de millénaire sont la conséquence de ce processus. Il est clair qu’aucune croissance ne peut véritablement durer ; elle n’est qu’un épisode transitoire, nécessairement suivi d’un pallier ou même d’une décroissance. Aujourd’hui le taux d’accroissement de la population mondiale est de 1,4 % par an, le maximum a été atteint en 1970 (il était alors de 2,1 %).

1/4) Histoire de la démographie

La première rupture démographique s’est produite il y a 35 000 ans, avec les nouveaux procédés de taille de la pierre. Avec l’efficacité de la chasse, une plus grande quantité de nourriture a permis d’atteindre le palier de 5 millions d’habitants au niveau mondial. En effet, la production naturelle de 200 hectares suffit à peine à nourrir une personne. Avec l’invention de l’élevage et de l’agriculture au  néolithique, la population peut s’accroître : cinquante siècles avant J.-C., elle dépasse 50 millions. A partir de l’an 1500, l’accélération se manifeste, entretenue par les progrès de l’hygiène puis par ceux de la médecine. A partir de 1950, c’est véritablement l’explosion : le troisième milliard est obtenu en 1960 au bout de 35 ans, le quatrième 15 ans plus tard (1975), le cinquième après 12 ans (1987), ainsi que le sixième (1999) et le septième.

Nos ancêtres les chasseurs-cueilleurs, et plus près de nous les éleveurs et agriculteurs, utilisaient ce que la Terre voulait bien leur fournir. Les ressources qu’ils en obtenaient étaient constamment renouvelées par les rythmes des saisons. La Terre-mère n’était pas seulement une expression poétique, elle marquait l’attitude des hommes face à celle qui leur apportait tout ce dont ils avaient besoin. Une attitude fondée sur le respect. Le développement industriel a bouleversé ce comportement ; le respect a disparu ; la planète n’est plus qu’une esclave qu’on exploite et dont on tire le maximum de profit. Avec une inconscience invraisemblable, les hommes ont commencé, depuis quelques siècles, à détruire leur domaine ; ils ont osé anéantir des richesses non renouvelables accumulées au cours de millions d’années par de lents processus comme le pétroler. Pour la première fois de leur histoire, les hommes sont confrontés  à la « finitude » de leur domaine.

2/4) L’obligation de la maîtrise démographique

Il ne s’agit plus d’éviter la disparition de l’espèce par une insuffisance de fécondité mais par excès de celle-ci. Un nouveau devoir s’impose : gérer l’effectif des hommes. Mais obtenir l’égalité entre la fécondité et la mortalité ne signifie pas obtenir aussitôt l’arrêt de la croissance. La pyramide des âges est telle que les jeunes femmes, même si elles ne donnent naissance en moyenne qu’à deux enfants, en produisent plus qu’il n’y a de décès. La décélération de l’évolution de l’effectif n’intervient qu’avec plusieurs décennies de retard sur celle de la fécondité.

De plus, la capacité de charge de la Terre en humains n’est pas une donnée de la nature, elle dépend de notre comportement. Si ce sont des Parisiens utilisant chaque jour leur voiture et passant leurs vacances dans un club aux Seychelles, les six milliards actuels sont déjà insupportables. Il ne s’agit pas seulement de gérer notre effectif ; il faut décider de prendre ou non au sérieux le mot égalité. Y aurait-il un homme de trop sur la Terre ? Si la réponse est oui, lequel ? Moi ? Cette petite fille de Bombay dont je n’ai pas oublié le regard désespéré ? Il faut que la réponse soit non. Et en tirer les conséquences

Une maîtrise démographique ne peut être réalisée sans de profondes déchirures ; c’est le cœur même de nos cultures qui est en cause. Toutes devront procéder à une remise en cause douloureuse et tout particulièrement la nôtre dont la responsabilité est la plus décisive puisqu’elle sert, provisoirement, de modèle aux autres.

3/4) La pratique chinoise

L’humanité est réellement prise à la gorge par l’accroissement de son effectif. Le pays qui, le premier, a été confronté à ce drame fut la Chine. Lorsque Mao prit le pouvoir en 1949, le nombre de Chinois était de l’ordre de 500 millions. A la mort de Mao en 1976, la population atteignait le chiffre de un milliard. Si les choses avaient suivi leur cours, c’est deux milliards de Chinois qu’il aurait fallu nourrir au début de ce siècle. Les autorités chinoises ont donc adopté des mesures qui nous horrifient : limitation de la descendance de chaque femme à un enfant, avortement obligatoire pour respecter cette limite.

Ce qui est arrivé à la Chine nous enseigne que les mesures à prendre pour échapper à la sursaturation humaine sont d’autant plus sévères que celle-ci est plus rapprochée.

4/4) conclusion

Devant les dangers d’une Terre saturée d’hommes, la tentation est grande de renoncer peu à peu à ce luxe inutile qu’est la liberté. La solution de tous les problèmes sera aisément obtenue au moyen d’une organisation pyramidale aussi bien à l’intérieur de chaque nation (quelques princes régneront sur une foule asservie) qu’entre les nations. On peut craindre d’être déjà engagé dans cette voie qui, à terme, élimine toute liberté. Dans quelques siècles, la fécondité des hommes leur sera peut-être imposée, la gestion de leur effectif résultera des calculs de quelques ordinateurs.

Echapper à cette voie nécessite une révision en profondeur de tous nos objectifs. Il faut d’urgence remplacer la hiérarchie par la réciprocité. Un nouveau comportement collectif face à la procréation doit être défini. Or un système éducatif efficace n’est pas accessible aux pays pauvres.  Le seul espoir est que les pays riches mettent une part de leurs ressources surabondantes à la disposition des systèmes éducatifs des pays pauvres.