année 2009

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Livre à lire absolument par tous ceux qui veulent vraiment changer le monde. Xavier Renou place les actions directes non violentes dans le contexte d’une démocratie de marché. Les pseudo démocraties ont ceci de préférables aux dictatures qu’elles doivent entretenir la fiction d’une société ouverte, transparente et libre. C’est le paradoxe relevé par Noam Chomsky : les démocraties de marché partagent avec les dictatures une répartition très inégale, et tout aussi injustes, des richesses. Mais si les premières peuvent faire usage de la plus grande violence contre leurs peuples, les secondes y perdraient ce qui leur assure l’acceptation tacite de leurs peuples. Nous avons des droits ! C’est une différence certaine entre fausses démocraties et vraies dictatures… Voici un résumé de l’aspect théorique de l’ouvrage :

1/4) En finir avec le sentiment d’impuissance

On a tous manifesté des dizaines de fois, pétitionné des centaines de fois. Mais combien sommes-nous à nous être demandés, lucidement, ce qu’il en était de l’efficacité. Pourtant nous devons gagner parce que nous ne voulons pas être les victimes de ce qui nous fait souffrir. Il a suffi d’à peine un millier de faucheurs volontaires pour neutraliser la plupart des parcelles d’OGM plantées en France. Il a suffi de quelques dizaines de militants anti-pub pour commencer à déboulonner la publicité de son piédestal. Participer à un stage, lire un manuel, connaître l’Histoire des victoires politiques obtenues jadis permet d’accélérer l’apprentissage de l’esprit de révolte. Il s’agit aussi de dissuader le recours à la violence chez les participants à une lutte, et de les préparer à la violence de l’adversaire. La formation et l’entraînement sont au cœur de l’action non-violente.

Le collectif des désobéissants est né en novembre 2006 d’un traumatisme profond : l’arrêt brutal d’une campagne que Greenpeace menait depuis près de deux années contre la relance de l’arme nucléaire en France, à travers le programme d’essais du futur missile balistique français, le M51. Nous décidons quand même d’empêcher le tir prévu le 9 novembre, nous ne parvenons à retarder le tir que de 20 minutes! Nous devons nous former, les désobéissants sont nés. Le premier stage de formation à l’activisme non violent est organisé dans le Vercors en décembre 2006. Nous faisons appel à des formateurs de Bombspotting, le collectif belge qui organise des actions spectaculaires contre le militarisme et la bombe nucléaire. Suivent des dizaines de stages…toujours dans un esprit de convergence des luttes, en opposition aux guerres de chapelle  qui nous paralysent trop souvent.

2/4) caractéristiques de l’action non violente

Pour les militants qui choisissent la non violence, la fin est déjà dans les moyens. L’adage « la fin justifie les moyens » est exclu. Gandhi parlait du Satyâgraha, le chemin de la vérité. Les valeurs et la force de vérité pèsent de beaucoup dans la bataille, et rendent plus efficaces les moyens choisis. Les non violents refusent de juger tel ou tel être humain qui incarnerait la figure de l’adversaire. Nous savons que nous sommes tous profondément déterminés par les conditions sociales qui nous sont faites, le parcours de nos parents, etc. et que nous ne choisissons pas nos destins. Le grand patron n’a pas davantage choisi, la contrainte économique l’amène à s’affranchir progressivement de toute considération sociale ou environnementale pour ne plus songer qu’à l’impératif de compétitivité. Et qui peut dire qu’il utilise absolument tout son temps pour défendre à la fois l’environnement et la paix, l’égalité sociale et celle des genres, le bien être des animaux et la liberté de la culture ? Celui-là seul pourrait se permettre de juger des autres… mais il n’existe pas !

Une dimension essentielle de la non violence active est l’appel à la responsabilité de l’individu. Dans la désobéissance civile, chacun a décidé de suivre d’abord sa propre conscience. La désobéissance civile se mène au grand jour, elle fait de l’opinion son juge en se présentant comme l’acte ultime que des citoyens conscients de leurs obligations morales ont décidé d’accomplir pour défendre le bien commun. La désobéissance civile implique en effet la défense d’un intérêt qui dépasse l’intérêt strictement individuel de celui qui la pratique. Elle tire sa légitimité du fait qu’elle défend l’intérêt général contre une politique qui la contredirait. Si la violence soude l’adversaire, la non violence le divise au contraire, en entrouvrant la porte qui permet à celui-ci de changer de camp, ou tout au moins de faire un geste. Elle réduit le coût de la conversion, puisque l’adversaire devenu frère sait qu’il ne sera pas jugé puisqu’on pardonnera qu’il se fut égaré quelques temps.

Le militant en conscience peut prendre de grands risques pour lui-même, sur le plan professionnel mais aussi sur le plan de la santé ou de sa sécurité. S’il met par exemple son corps en travers d’une voie de chemin de fer pour empêcher le passage d’un convoi de déchets nucléaires, il sait qu’il prend un risque. La grève de la faim apparaît comme la forme la plus extrême de violence faite à soi-même. Cependant la séparation entre violence et non violence de l’acte n’est pas toujours claire. Doit-on s’autoriser la destruction de biens ? Doit-on s’autoriser à neutraliser l’avion militaire qui part bombarder l’Afghanistan, le bulldozer qui s’apprête à construire une centrale nucléaire, le panneau publicitaire ?  De manière générale, le débat philosophique sur les limites entre violence et non violence doits se tenir au sein du groupe qui s’apprête à entreprendre une action. Il ne s’agit pas d’exclure a priori telle ou telle forme de sabotage. La compréhension de l’acte par l’opinion publique sera un gage de légitimité.

3/4) les dangers qui nous guettent

La réunionnite aiguë est une maladie qui s’attrape quand on commence à militer. On s’ennuie, et, pour certains, beaucoup écouté parler. Les réunions des activistes sont donc dotées d’un ordre du jour précis et d’un « maître du temps ». Une deuxième maladie guette, le culte de l’Ego, ce qui peut susciter des conflits avec d’autres Ego et qui prend la forme de batailles de pouvoir. Une seule recette pour s’en protéger, la communication non violente. Enfin la maladie du sectarisme est la plus redoutable de toutes. Elle a pour fonction essentielle de contester la légitimité, et l’influence, de telle ou telle personne. Toujours pour diviser, dévaloriser, discréditer, rejeter. On peut finir par considérer le  camarade le plus proche comme étant le plus dangereux, le plus « traître », bref, comme l’ennemi. Tout l’inverse d’une logique de tolérance, de respect des différences, de construction non violente de rapports de fraternité entre les militants qui seuls pourront nous rendre assez forts pour affronter le véritable adversaire.  Nos décisions collectives doivent être nourries par la volonté de produire de l’unité dans le groupe, afin de construire ensemble le rapport de force qui nous fera gagner.

Le véritable adversaire cédera d’autant plus facilement qu’on l’aura traité avec respect, lui ménageant une porte de sortie honorable, négociant une sortie de crise. Ce moment viendra d’autant plus tôt que l’on aura su se garder de montrer du mépris, de la haine, et a fortiori, de la violence envers lui, tout en faisant abstraction de son mépris envers nous, de sa haine et de sa violence éventuelle. Nous nous en prenons à la fonction sociale de l’adversaire, jamais à sa personne en tant que telle. La personne humaine est toujours respectable.

4/4) une pédagogie dans l’action

Le militant radical, au sens propre du terme, est celui qui s’attaque à la racine des problèmes, ce qui ne détermine pas a priori un mode opératoire déterminé. Mais méfions-nous de ceux qui prônent plus de radicalité par la violence, ils sont de biens mauvais guides ! Ce n’est pas en tuant un policier qu’on tue la fonction policière, en tuant tel patron qu’on élimine les mécanismes sociaux qui amènent à l’exploitation. La vertu de l’émeute n’a pas été démontrée à ce jour, ni surtout sa capacité à construire une alternative à ce qu’elle combat. Les violences des dominés retiendront toute l’attention des commentateurs hostiles, qui leur donneront tout l’espace médiatique nécessaire, tandis qu’il ne sera plus question de la violence des dominants, à laquelle celle-ci répondait pourtant.

On ne gagne pas contre l’opinion publique. On peut parler d’une pédagogie de l’action, qui considère les actions comme devant entraîner l’adhésion de secteurs toujours plus larges de la population. Il est essentiel de se crédibiliser aux yeux de l’opinion, des médias et même de nos adversaires. Jouer de la proximité avec la population, en montrant que les militants sont des citoyens ordinaires, simplement en colère, que bien sûr ils ont essayé d’abord tous les moyens légaux pour alerter et se faire entendre. C’est une règle de base de la pédagogie de l’action : la désobéissance doit apparaître comme l’ultime moyen de lutter, lorsque tous les autres moyens ont été essayés. On pourra désobéir, parce que l’opinion aura compris que le mépris était du côté de l’adversaire. La non violence rend possible l’adhésion du plus grand nombre.

 

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